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CroiZADes, la Zone, Notre-Dame et la couche d’ozone

  L’erreur historique de nombreux mouvements libertaires est de faire du territoire l’espace de la lutte des classes. Autrement dit, d’inverser les données : aménager un espace pour créer des activités « autogestionnaires », alors que la réappropriation-transformation des outils de travail au service de la lutte désigne la force collective en action qui est son propre espace. Il ne s’agit pas de créer des « en-dehors », comme c’est le cas par exemple avec le phénomène des ZAD.

 L’insurrectionnalisme sans lendemain des ultras-activistes n’a rien à envier à l’avant-gardisme idéologique et militaire du marxisme en vue de la conquête politique du pouvoir étatique. L’horizon de société post-capitaliste s’élabore dans la transformation sociale immédiate du travail, c’est-à-dire directement dans les formes de lutte émancipatrices et créatrices de réappropriation.

 Du Larzac à Jarnac, de Tarnac à Montcuq

 

 

/!\ARTICLE EN CONSTUCTION /!\

 

 

 Dans tout récit politique, il y a un mythe fondateur. On pourrait situer celui du nuage altermondialiste en France sur les ruines fumeuses du plateau du Larzac, qui signe un peu la flambée de ce qui va mourir, une idéologie gauchiste soixante-huitarde pacifiste hippisante qui opère un virage occitaniste en se jetant aux côtés d’une centaine de paysans expropriés par l’Etat face au projet d’extension d’une base militaire en affrontant une droite belliqueuse.

 C‘est dans la porosité du Larzac aux idéologies spiritualistes et communautaires (communautés de l’Arche, etc,…) mais aussi féministes, à la défense du patrimoine terrien dans le contexte d’un monde paysan qui n’a pas encore totalement été lessivé par l’agriculture intensive de la Révolution verte, que vont émerger des réactionnaires comme José Bové,

Des nuages militants qui s’articuleront autour des luttes contre les marées noires, le nucléaire puis plus tard, aidé en cela par un gros travail de lobbyistes, notamment celui du mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie, contre les OGM avec toujours José Bové.

MALVILLE marque l’effondrement visible du mouvement écologique – il n’est ici fait référence à aucun sous-groupe particulier, mais bien à l’ensemble du mouvement qui va des curés à la Lanza del Vasto aux Che Guevara de bocage – ou plutôt son effondrement qui est devenu visible.

Des militants pacifistes et des agriculteurs se réunissent, le 14 août 1977 sur le causse du Larzac, dans la région de Millau, pour manifester contre l’extension d’un camp militaire sur le plateau. L’annonce de cette extension de 3.200 à 14.000 hectares pour un l’entraînement de divisions blindées et d’engins lance-missiles, a engendré un mouvement de protestation jusqu’en 1981, lorsque le président François Mitterrand a enterré le projet.

 Ceci est d’autant plus significatif que cette manifestation voulait trancher d’avec la grisaille et l’insignifiance des rassemblements antérieurs, où les mêmes gens se retrouvaient annuellement pour ânonner les mêmes choses ; au nom de l’antinucléaire, le prêche le plus solennel en faveur du respect de l’ordre.

Passion sans vérité, vérité sans passion ; héros sans héroïsme, histoire sans événement ; développement dont la seule force motrice semble être le calendrier, fatigant par la répétition constante des mêmes tensions et des mêmes détentes ; antagonismes qui ne semblent s’aiguiser périodiquement d’eux-mêmes que pour pouvoir s’émousser et s’écrouler sans se résoudre. Efforts prétentieusement étalés et craintes bourgeoises devant la fin du monde.

L’intérêt de Malville résidait en ceci qu’un mouvement avait été cristallisé, qui allait au delà de ses objectifs proclamés, au point que les sous-leaders écologistes se virent dans l’obligation de se démarquer, c’est-à-dire de se démasquer.

  Chaque fois que se trouvent rassemblés les gens, et ceci pour ne rien faire ensemble, une fête est organisée pour éviter la conscience du vide qui ne manque pas de s’accroître avec le nombre. Cet ersatz se révéla ici sans usage. A sa place, on pouvait voir à Courtenay le clown Mermaz polémiquer respectueusement avec de respectueux écologistes. Ailleurs, on discutait à n’en plus finir, dans des forums, sur l’attitude à tenir pour le lendemain matin. Discussion sans moyen ni raison sur la violence ou la non-violence ; débat aussi faux que tout ce qui se disait et qui se faisait jusqu’à ce jour-là. A défaut de pain et de jeux, l’on eu des mots. Se voyant complètement dépassés, les écologistes organisèrent la confusion, le plus sûr moyen de ne rien faire.

Notre-Dame-des-Landes et au premier plan, un tee shirt de Sea Shepherd du réactionnaire Paul Watson

  Depuis longtemps déjà, l’État en place souffrait d’un mal qui est comme la maladie ordinaire et incurable des pouvoirs qui ont entrepris de tout commander, de tout prévoir et de tout faire. Quelque divisés que l’on fût sur le sujet des plaintes, on se réunissait donc volontiers pour le blâmer ; mais ce qui n’était jusque là qu’une inclinaison générale des esprits, devenait depuis mai 68 de plus en plus pratique. Toutes les douleurs secrètes que faisait naître la domination prolongée de l’économie sur la société, le contact incessant avec des institutions désuètes dont les débris blessaient en mille endroits les idées et les mœurs, toutes ces colères contenues qui se nourrissaient de cette situation se tournèrent en cette occasion contre le pouvoir. Depuis longtemps elles se cherchaient un chemin pour se faire jour. Celui-ci vint à s’offrir, elles s’y précipitèrent sans discernement. Ce n’était pas leur voie naturelle, mais c’était la première qui s’offrait. Malheureusement, ce qui la veille de la manifestation pouvait apparaître comme une perspective possible, se révéla être, dès le lendemain, un cul-de-sac.

 De leur côté, les membres de la coordination distillaient la pagaille, mâchonnant à la sono qu’il fallait faire demi-tour. En fin d’après-midi, lorsque tout le monde refluait, les mêmes cons appelaient à se rassembler à Poleyrieu, dans l’espoir de transformer ce revers en médaille. Mais la plupart assez écœurés, estimaient superflu de tomber dans ce panneau supplémentaire.

Pour les organisateurs de la manifestation, le résultat était donc maigre, en dehors d’un mort, de pas mal de blessés et de quelques grimaces amicales de la bourgeoisie compatissante pour ces jeunes apprentis sorciers. Aussi se répandaient-ils en confessions, plus qu’en déclarations, aux micros des postes périphériques et dans les journaux.

Si l’on se proposait sérieusement une manifestation pacifique, il était stupide de ne pas prévoir qu’elle serait accueillie belliqueusement. S’il fallait s’attendre à une lutte véritable, il était véritablement original de désarmer les gens du désir de s’armer. Mais les menaces des classes moyennes ne sont que de simples tentatives d’intimidation de l’adversaire. Et quand ils sont acculés, quand ils se sont suffisamment compromis pour se voir contraints de mettre leur menaces à exécution, ils le font d’une manière équivoque qui n’évite rien tant que les moyens propres au buts, et cherchent avidement des prétextes de défaite. L’ouverture éclatante annonçant le combat se perd en un faible murmure dès que le combat doit commencer. Les acteurs cessent de se prendre au sérieux et l’action s’écroule lamentablement comme une baudruche que l’on perce avec une aiguille.

  Il faut dire que rarement on sous-estima à ce point l’État de l’actuelle société de classes. Mais les écologistes, parce qu’ils se recrutent dans la petite bourgeoisie moderne – celle qui est devenue salariée, de l’infirmier à la cadre supérieure — représentent la classe intermédiaire au sein de laquelle s’émoussent les intérêts de classe opposées.

Europe Ecologie, parti le plus détesté des français selon un sondage patronal récent, est une bulle politique qui n’existe que par sa nature satellitaire du PS et la structuration sociale qui l’anime, le compose et exerce son lobbying, à savoir les sous-classes dominantes appartenant au monde de l’édition, de la communication, de la culture et de la fonction territoriale s’affichant ici aux côtés d’un millénariste déjanté dont la poésie plâtreuse affriole les prélats de Pachamama.

  Celle-ci s’imagine, pour cette raison, être au-dessus des antagonismes de classe et, pour cette même raison, les regroupements écologistes s’adressent indistinctement à tout le monde.

  Certes, les écologistes reconnaissent qu’ils ont devant eux une classe privilégiée, mais eux, avec tout le reste de la nation, ils constituent la population. Ce qu’ils veulent représenter, c’est le droit de la population. Ils n’ont donc pas besoin, avant d’engager une lutte, d’examiner les intérêts et les positions des différentes classes.

Notre-Dame-des-Landes, 2016

 Ils n’ont pas non plus besoin de peser trop minutieusement leurs propres moyens. Ils n’ont qu’à donner le signal pour que la population fonce avec toutes ses ressources inépuisables sur ses oppresseurs, qui prennent ici l’aspect des pollueurs.

Extrait de la brochure anonyme de Malville

 Même si de nombreux habitants se solidarisent de la ZAD, la question de la propriété privée n’est pas posée. L’exploitation individuelle de la terre s’oppose à une démarche plus collective fondée sur l’entraide et la solidarité.


 Ensuite, la ZAD peut sombrer vers l’alternativisme. Le collectif Mauvaise troupe montre un espace en lutte. Mais le discours sur la désertion et l’alternative existe également.

 Même si la logique capitaliste traverse tous les aspects du quotidien et les relations humaines. Le mode de vie alternatif de la Zad ne doit pas être idéalisé ou présenté comme un modèle de société. Mais il faut reconnaître que de nombreux zadistes font également le choix de la lutte plutôt que de la marginalité.

Il faut également pointer les limites d’une lutte qui reste locale. Ce n’est pas uniquement d’un petit territoire que peut provenir un mouvement de rupture avec le monde marchand. Cette lutte reste focalisée sur le point précis de l’aéroport et ne s’inscrit pas dans la perspective d’un changement global. Elle ne se situe pas sur le rapport d’exploitation. Les luttes importantes ne peuvent partir que des questions sociales et des problèmes vécus par l’ensemble des exploités. Un aéroport à l’autre bout de la France n’est pas forcément un enjeu suffisant pour déclencher un soulèvement populaire d’ampleur.

 Même si le collectif Mauvaise troupe montre bien que cette lutte locale alimente un climat de conflictualité, notamment au moment du mouvement contre la loi Travail. L’enjeu ne doit pas se réduire à la question de l’aéroport. Les luttes peuvent s’ancrer sur des enjeux locaux mais doivent s’élargir et s’inscrire dans la lutte des classes. Seul un renversement de l’ordre capitaliste peut ouvrir de nouvelles possibilités d’existence.

Explication sommaire du montage-photo de la couverture

 

Il s’agit d’une vraie photo de ZAD, seules les têtes ont été changées, des bustes et personnages ont été ajoutés

Ce montage photo, c’est celui de l’altermondialisme dans toutes ses composantes.

De l’aile droite écologiste gouvernementale à l’ultra-gauche insurrectionnaliste.

En haut à gauche, Tina Turner et Mel Gibson, ça c’est pour le côté Mad Max, ce  côté post-apocalyptique spectaculaire,     cette esthétique radicale de fin d’une       civilisation roulant sur la réserve                                                       d’essence.

                                   Nicolas Hulot

A côté, Nicolas Hulot, ministre Europe Ecologie, hostile au principe de ZAD. Il représente la grimace du gouvernement. Il trouve ATTAC (des altermondialistes de gauche aussi vaillants qu’un poulpe après la sieste) trop radicaux. Lui, c’est aux côtés des réactionnaires Pierre Rabhi et Paul Watson qu’il préfère poser.

                                 Brigitte Bardot

A côté, Brigitte Bardot, ancienne jeune giscardienne et vraie lepéniste. Dans le sillage idéologique de Paul Watson, cette idéologie xénophobe, malthusienne, réactionnaire.

                             Françoise Nyssen

 Encore à côté, Françoise Nyssen. Après Nicolas Hulot, c’est la seconde ministre en fonction présente sur ce montage photo. Directrice de la maison d’édition Actes Sud, elle a ouvert il y a peu une école proche des préceptes ésotériques du mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie.

                      Marie-Monique Robin

 A ses côtés, Marie-Monique Robin, auteure et réalisatrice de films écologistes réactionnaires. Proche de la sphère de l’anthroposophie et de Pierre Rabhi. C’est elle qui a fait ” Le monde selon Monsanto “. L’anthrophosophie se cache derrière de nombreux sites contre Monsanto. L’anthroposophie, comme l’Eglise catholique romaine, n’a jamais trop aimé la chimie. C’est elle aussi, qui a fait ” Nos enfants nous accuseront “. Ils t’accusent déjà, Marie-Monique.

                        Philippe Desbrosses

 Juste à côté, Philippe Desbrosses. Le pape de la bio en France. Il est lui aussi proche du mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie. Dans pas mal de magasins bio est distribué Kaizen, le magazine proche de l’anthroposophie et de Pierre Rabhi.

                                      José Bové

 La plupart connaît José Bové. Agriculteur et député européen écologiste. C’est pas vraiment un progressiste José Bové, c’est un réactionnaire. Comme Pierre Rabhi, il est opposé à la PMA, il est opposé aux “bébés éprouvette” alors que ça fait plus de trente ans que ça existe et qu’il a déjà peut-être serré la main à un individu conçu dans une éprouvette. Bonjour les toiles d’araignées dans la tête. Il a été approché par des mystiques avec le Larzac pour lutter, comme tous les réactionnaires l’ont toujours fait, contre la science, contre les OGM.

                        Masque Anonymous

 Juste à côté un masque Anonymous. C’est pour illustrer le nombre de zadistes – et de teufeurs – qui sont tombés dans la propagande conspirationniste à cause des réseaux marchands. Sur la page d’extrême droite Anonymous France par exemple. Ce masque n’est pas conspirationniste en soi, il a été utilisé par certains fascistes en France pour diffuser des idées fascistes, pour regrouper des personnes un peu mystiques sur les réseaux marchands, qui eux aussi regroupent les personnes qui pensent et surtout, qui croient pareil. Quand on dit “les réseaux sociaux”, c’est pour ne pas dire facebook, bien entendu.

                   Sous-commandant Marcos

Encore à côté, le sous-commandant Marcos, c’est un zapatiste, aussi un altermondialiste, c’est une révolte civile, au Chiapas.

                                     Un mouton

 Enfin, un mouton, pour illustrer la forme primitive de la ferme, semblant pour certains une alternative au capitalisme en crise. C’est un mouton du Larzac, une lutte écolo qui n’a pas mené à grand chose. Mais est-ce qu’une lutte écolo a déjà mené quelque part?

 Seconde rangée à gauche, une forêt herbacée, habillant Tina Turner qui se change en Gaïa, c’est Mère Nature. C’est le voyage astral indica. C’est la méditation sativa. Ce sont tous les bienfaits naturels de dame Nature. La purification. La méditation, consistant, on vous le rappelle, à rechercher une forme de volupté dans le fait de se vider totalement le cerveau.

A méditer… mais pas trop.

                                            Yoshi 

En dessous, c’est Yoshi. Un pote de Mario. C’est pour le côté ludique, un peu enfantin. Le côté sept vies en stock au lieu d’une.

                                       Un Ewok

A côté, un Ewok. Ça c’est pour le côté péplum, avec des légions de CRS, des hélicoptères, c’est Star Wars. C’est aussi le primitivisme, c’est retourner vivre dans les bois parce que finalement, c’était vachement bien de vivre dans les bois. Un côté irréel et spectaculaire. Du grand cinéma.

                                 Vandana Shiva

A côté, Vandana Shiva, grande prêtresse anti-OGM. Elle ne possède strictement aucune formation scientifique, du coup, elle est super écoutée par plein d’altermondialistes et d’écolos réactionnaires. Elle vend très cher, par des conférences hors de prix, une vision du monde profondément anti-féministe, un peu comme Marine Le Pen ou Margaret Thatcher dans un autre genre.

                                Denis Brognart

A côté, Denis Brognart, un présentateur télé. C’est pour le côté spectaculaire, insulaire, blindé de caméras. Sans eau courante. Ont-ils trouvé le riz? Ce sont des votes au conseil, pas vraiment équitables. Ce sont aussi deux équipes. Les jaunes, comme les syndicats jaunes, les vrais-faux syndicats patronaux chargés de torpiller les luttes syndicales et les rouges, les appellistes. Ceux qui ont lu le petit livre vert ” L’insurrection qui vient “. Ceux qui appellent à faire une révolution depuis les ZAD et en jetant des fers à cheval sur les lignes TGV pour les arrêter, il paraît que ça porte bonheur.

                        Un triangle Illuminati

A l’angle de son genou, un triangle illuminati. Pour illustrer les croyances, le fait qu’une partie de ce nuage ait plongé la tête la première quand le délire sur les illuminati tapissait tous les réseaux sociaux marchands. En réalité contre les francs-maçons, fixette “classique” et historique de l’extrême droite.

                                   L’abbé Pierre

A côté, c’est l’abbé Pierre. C’est la ZAD anti-115. La ZAD sans fichage direct, sans éduc, sans humiliation. C’est un Emmaüs sans l’arnaque et le contrôle Emmaüs, sans le catholicisme rance ou l’Emmaüs altermondialiste de Germain. C’est le christianisme de la pauvreté, social, en opposition au christianisme autoritaire, patronal, raciste, bête et méchant, pro-hommes, de Marine Le Pen.

                   L’horrible docteur Chouard

Au milieu, Etienne Chouard, qui s’est fait connaître avec le Non au Traité européen en 2005. Il a été mis dans le circuit de la “gauche” altermondialiste par ATTAC et les ” Amis du diplo ” (le monde diplomatique, un journal pour profs de gauche paresseux). C’est un type qui est très à droite, qui a participé à la conférence de lancement des colibris de Pierre Rabhi. il voudrait une société très inégalitaire tout en dénonçant l’inégalité et le pouvoir du “1%” qui est une proportion totalement bidon. Bonjour la cohérence.(Ce serait plutôt les 10% contre les 90% si vraiment on devait en trouver une) Il comprend pas vraiment le capitalisme le pauvre, ou alors il fait semblant de ne pas comprendre. Il ne parle jamais de social, d’émancipation véritable, de féminisme, de lutte des classes. il préfère faire des conférences avec tous les fascistes de la toile.

                                       Le sac FBI

Son sac “FBI“, c’est pour le côté conspi. Un site conspi sort toujours des ” documents déclassifiés du FBI ” sinon c’est pas un vrai site conspi!

                                Corinne Touzet

La seconde gendarme, c’est Corinne Touzet. C’est le côté feuilleton interminable. C’est le côté téloche, le côté joué, une bien sympathique petite troupe de théâtre.

                                    Pierre Rabhi

 Juste au dessus à droite, c’est Pierre Rabhi. En train de grattouiller les forces cosmiques. Il médite pendant que le repas se prépare, tout seul, comme par magie. Il possède une armée de colibris derrière lui. Son agriculture est tellement miraculeuse que si elle était utilisée partout, il y aurait des centaines de millions de terriens qui en mourraient. C’est un malthusien comme Paul Watson. Sauf que Watson, lui, il dit qu’il veut revenir à un milliard d’êtres humains. Rabhi, il dit l’inverse, il dit qu’on peut nourrir tout le monde en biodynamie, son agriculture de chéper. Son agriculture, c’est aussi efficace que de se déguiser en Skippy le Kangourou et de danser la lambada pour faire sortir des semis de radis. Tout le fric qu’il soutire à ses fidèles, il ne le garde pas pour lui, il en file une partie à son entreprise sectaire.

                                    Manu Chao

Au premier rang, à gauche, Manu Chao. Chanteur engagé, altermondialiste. Fait apparaître dans l’un de ses derniers clips, l’obscurantiste Vandana Shiva. Sans dire que c’est une escroc, sans dire que c’est un charlatan. C’est un peu moche tout ça. La Main Noire, c’est comme le Beaujolais, ça vieillit mal.

                                   Keny Arkana

 Juste à côté, c’est Keny Arkana. Ancienne conspirationniste semi-repentie radi-cale. Sur ses clips vidéo, elle a la rage et ça donne surtout l’impression que ça a déjà pété partout. Mais dans la réalité, ça n’a pété nulle part. C’est bizarre. Peut-être qu’elle se fait des films. Elle ne s’est pas non plus révoltée contre l’interview chez les cathos confusionnistes de Reporterre. C’était peut-être pas aussi grave qu’une rage, finalement. C’était peut-être qu’une petite toux passagère.

                                               Raël

  En bas au centre, c’est Raël, qui annonce la fin du monde et le début d’une nouvelle ère. Celle de ” l’Insurrection qui vient “. C’est la (R)évolution apocalyptique. C’est un pote de l’antisémite Dieudonné. Un réactionnaire.

                                     Eric Pététin

 A côté, c’est Eric Pététin. Militant écolo professionnel historique. Dieu vivant à la Goutte d’Eau, prophète à la ZAD du Testet, sage respectable à la ZAD d’Agen, hué à la ZAD de Notre-Dame à l’occasion d’une prise de parole mystique. Il est proche des écologistes. L’un des rares à le défendre, c’est Noël Mamère, d’Europe Ecologie.

                                  Julien Coupat

 Tout en bas à l’extrême droite, Julien Coupat, un des accusés de Tarnac qui a été emprisonné. Un montage politique. Des hauts fonctionnaires qui rigolent. C’est le Comité Invisible, les appellistes, des écolos en révolte, ils appellent à faire la révolution, avec tout le monde, même quand ils prennent des champignons hallucinogènes en hallucinant Marcel Campion, roi des forains et proche de Le Pen, révolutionnaire ultra-gauche.

Tout en haut, un OVNI et des ” chemtrails “, pour illustrer encore une fois les idées d’extrême droite qui sont arrivées jusqu’à l’altermondialisme. “Grâce” aux réseaux marchands, à facebook. Et à Youtube. Et à Google aussi. Grâce surtout aux fascistes qui ont rempli ces sites de boue fasciste et cette boue, comme à Nuit de Boue, elle est ici aussi, sur l’image, un peu partout.

 Solutions locales pour une famine mondiale?

 

 Les bien-pensants et les beaux-parleurs qui défendent l’écologie et la ruralisation de la société mettent en danger la survie d’une partie de l’humanité sans pour cela aller jusqu’à soutenir les mesures extrêmes prises par les Khmers rouges au Cambodge. Il leur suffit de prôner la réduction drastique de la productivité agricole, qui provoquera nécessairement une crise alimentaire, étant donné les techniques de culture qu’ils veulent appliquer

Commençons par la prétendue «perte de la biodiversité». Il est intéressant de connaître la genèse de cette idée pour comprendre pourquoi, aujourd’hui, on la mentionne à propos de tout et de rien.

Comme l’a expliqué Bjørn Lomborg, l’écologiste Norman Myers affirma en 1979, sans citer la moindre référence, que, jusqu’au début du XXe siècle une espèce disparaîtrait tous les quatre ans, et que ce taux passerait ensuite à une espèce par an. Lors d’une conférence qui se tint en 1974, on émit l’hypothèse, sans qu’elle fût étayée par la moindre recherche, que le taux d’extinction avait alors atteint 100 espèces par an, affectant non seulement les animaux, mais toutes les espèces, y compris celles qui étaient encore ignorées par la science. Il est vraiment extraordinaire d’attribuer un taux d’extinction à quelque chose qui n’est pas encore connu !

Comme si cette méthode particulière ne suffisait pas, Norman Myers prétendit que, durant les vingt cinq prochaines années, un million d’espèces disparaîtraient, effectuant un calcul facile : 40000 espèces allaient disparaître chaque année. «Toute l’argumentation de Myers se résume à cette affirmation, conclut Lomborg. Son livre ne fournit pas d’autres références ou arguments8.» Telle est l’origine de l’une des peurs contemporaines. Examinons maintenant les autres éléments de la liste.

La façon dont les écologistes traitent la question de la modification génétique des aliments suffit pour dénoncer leur obscurantisme, car les plantes et les animaux que nous mangeons aujourd’hui ne sont pas naturels. Plantes et animaux résultent d’un processus multimillénaire de domestication, qui a impliqué de nombreuses modifications génétiques ; celles-ci avaient l’inconvénient d’être beaucoup plus lentes, elles ont conduit à un plus grand nombre de résultats négatifs et ont dû être abandonnées.

Dans un article9, García Olmedo note à ce sujet que le mot «naturel» est erroné pour plusieurs raisons dont la suivante : «il désigne des variétés cultivées traditionnelles qui ne sont plus naturelles précisément parce qu’elles sont passées par un processus de domestication durant lequel leurs caractéristiques
essentielles ont été éliminées pour survivre dans la nature en échange de l’acquisition des propriétés qui les rendaient aptes à la culture». Et cet auteur, un ingénieur agronome spécialisé dans le génie génétique, professeur à l’université polytechnique de Madrid et membre de l’Académie royale d’ingénierie espagnole, a attiré l’attention sur le fait qu’«aucune des espèces cultivées n’est naturelle parce qu’aucune n’est (ou n’a été) capable de mener par elle-même une vie libre et que toutes dépendent de la main de l’homme pour réussir dans la succession de leurs cycles biologiques». Mais, pour les écologistes, le laboratoire est le siège du Mal, et les aliments génétiquement modifiés résultant de l’association entre la
science et l’industrie sont classés comme dangereux, tandis que les aliments modifiés par la domestication (aussi artificielle que les autres techniques humaines) sont classés comme… naturels.


Le problème fondamental n’est cependant pas de savoir si ces classifications sont justes ou erronées, mais si les aliments biologiques sont plus nutritifs et meilleurs pour la santé. «Il est faux d’affirmer que ce qui est naturel est forcément plus sain que ce qui est artificiel, écrit Mark Lynas sur son site. En 2009,
une importante étude pour la Food Standards Agency du Royaume-Uni [le ministère responsable de la protection de la santé publique] a conclu que les aliments biologiques n’apportaient aucun avantage nutritionnel ou positif pour la santé.» Et Lynas d’évoquer le cas des bactéries qui passent du fumier animal à la plante, puis aux aliments. En effet, une étude publiée en 2004 par Avik Mukherjee et al., de l’université du Minnesota, citée par García Olmedo dans l’article que j’ai mentionné, a détecté la présence de coliformes fécaux dans 9,7 % des fruits et légumes provenant d’exploitations agroécologiques, mais seulement 1,6 % dans ceux provenant d’un autre type d’agriculture. Et García Olmedo a ajouté une liste inquiétante de maladies et de décès causés par l’utilisation de matières fécales comme engrais.

 

Bilan provisoire des altermondialismes : Altermondialisme… ou altercapitalisme ?

Formuler une définition précise de l’altermondialisme est très difficile, vu la multiplicité des courants idéologiques que ce terme recouvre, la multiplicité des mouvements qui s’en réclament (de façon plus ou moins intéressée ou opportuniste (1) ) et la multiplicité des formes d’action qui lui sont liées.

Ses partisans mettent en avant le fait qu’il s’agirait d’un « mouvement des mouvements », d’un Réseau des réseaux, horizontal, ultradémocratique, ouvert à toutes les sensibilités politiques et philosophiques, à condition qu’elles remettent en cause le « néolibéralisme », concept au contenu très ambigu sur lequel nous reviendrons plus loin.

Ses détracteurs soulignent le fait que les sommets altermondialistes sont financés par des municipalités, des régions, des ministères ou des États. Ils soulignent que les cadres de ces mouvements travaillent pour des ONG, des associations humanitaires, des observatoires du développement, des think tanks (clubs de réflexion), des instituts de recherche, des cabinets de consultants (2,4 millions d’euros par contrat) ou des syndicats qui dépendent totalement des subventions gouvernementales ou privées (2) . Les théoriciens de l’altermondialisme sont le plus souvent des universitaires qui vivent dans leurs tours d’ivoire académiques, relativement privilégiées, soutenus par des politiciens ou des militants chevronnés à la recherche d’une nouvelle virginité politique.

PARIS – 21/06/2009 – MANIFESTATION EN SOUTIEN AUX INCULPES DE TARNAC AUX ABORDS DE L ADMINISTRATION PENITENTIAIRE –

Ses partisans ripostent que le mouvement altermondialiste est tourné vers des revendications concrètes, minimales certes, mais réalistes, voire « utopiques-réalistes-et-citoyennes ». Qu’il regroupe des syndicats, des associations, des bénévoles qui ne font pas d’« idéologie » mais n’hésitent pas à « mettre les mains dans le cambouis ».

Ses détracteurs rétorquent que l’altermondialisme n’est qu’un concentré de vieilles idéologies ou de vieilles propositions politiques, datant pour la plupart du XIXe ou des débuts du XXe siècle : apologie des coopératives, des petites et moyennes entreprises, ou des petites et moyennes exploitations agricoles employant des salariés ; réforme du système bancaire ; réforme agraire (sans supprimer la propriété privée du sol) ; adoption de règles internationales garantissant la coexistence pacifique entre les États ; imposition de règles internationales garantissant un rééquilibrage économique durable et plus juste entre le Nord et le Sud ; ou tiersmondisme, idéologie qui a servi, et sert encore, à justifier la domination de nouvelles bureaucraties, ou bourgeoisies bureaucratiques, sur les peuples du Sud. Il n’y aurait donc rien de nouveau sous le soleil altermondialiste.

Bref, lorsque l’on discute du sens et de l’intérêt de l’altermondialisme, assiste-t-on à un dialogue de sourds, finalement assez classique, entre « réformistes (3) » et « révolutionnaires » ? Ou la discussion peut-elle s’avérer plus complexe ? Peut-on agir au sein des mouvements altermondialistes sans renier ses idéaux de révolution sociale, tout en défendant de façon efficace les intérêts des exploités ? La primauté accordée par les altermondialistes aux « droits humains » (droits dont jouissent, ou jouiraient, par conséquent toutes les classes sociales) est-elle riche de perspectives nouvelles ?

La pratique du consensus et de la non-violence qui caractérisent ces mouvements (dont les « Indignados » en Espagne sont la dernière illustration) n’aboutissent-ils pas tout simplement à redorer le blason d’une démocratie qu’il faut bien appeler par son nom : la démocratie bourgeoise – ce que ne font jamais les altermondialistes ? N’aboutissent-ils pas à re-noncer à toute perspective de véritable suppression du capitalisme, de l’État, de l’exploitation, de la hiérarchie, du salariat ?

La dénonciation du néolibéralisme et de la « marchandisation (4) » du monde n’est-elle pas le moyen de réhabiliter un capitalisme en crise au nom d’un discours pseudo-éthique qui sanctifie l’indignation mais condamne la révolte quand celle-ci ne souhaite pas se contenter d’un simple replâtrage ? N’est-elle pas une manœuvre habile pour inventer un « altercapitalisme » plutôt qu’un anticapitalisme ou un socialisme du XXIe siècle ?

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Sivens : quand l’extrême droite tente d’infiltrer la ZAD

Autour de la ZAD de Sivens, gravitent d’inquiétants personnages. Cela fait plusieurs années que des groupuscules d’extrême droite violents, au nom de la défense d’une nature éternelle, tentent de récupérer les combats écologiques. (…)

Quelques jours après avoir publié ce statut Facebook, rapidement effacé, Jean-Luc Mélenchon persiste : le 25 octobre, lorsque Rémi Fraisse a été tué au cours d’un affrontement contre les gendarmes dans la forêt de Sivens, ce sont bien des militants d’extrême droite qui l’ont accueilli, lui le dirigeant de gauche, aux cris de “Tiens, voilà la franc-maçonnerie qui se réveille !” et en lui jetant des pierres. “C’était une souricière, j’ai pris des coups et j’ai eu peur, poursuit-il. J’ai profité d’un moment où ces excités se sont retournés contre José Bové pour m’échapper de là.”

Impossible de vérifier l’appartenance politique de ce petit groupe de militants agressifs. Mais une chose est sûre : l’extrême droite a effectivement pointé son nez sur le barrage. Et pas uniquement pour s’attaquer à Mélenchon.

Des tracts étranges

La première fois qu’on les a vus, c’était à Gaillac, le village voisin, début octobre”, se souvient Dominique*, vieux militant écolo chargé de la sécurité, qui campe sur la ZAD (zone à défendre) depuis août. “Des copains ont vu des types coller des affiches contre le barrage, mais ce n’était pas les nôtres.” Sur les feuilles A3, signées “Rébellion”, une inscription “Non au barrage de Sivens, ne laissons pas le profit détruire la nature !” encadre un dessin représentant un poing levé qui fait office de tronc d’arbre. “On ne savait pas qui ils étaient, raconte Camille C.*, zadiste écolo de 33 ans. Mais ils parlaient plus volontiers de putsch que de révolution : ça m’a mis la puce à l’oreille.” Ce collage d’affiches était en fait l’œuvre du MAS (Mouvement d’action sociale) et de sa revue Rébellion : loin de vouloir attaquer les zadistes, ils cherchaient à s’associer à leur lutte. Et ce n’était pas la première tentative de ce genre. Mi-septembre, déjà, un militant soralien surnommé FArthur, membre du site complotiste Inform’action, avait tenté d’infiltrer une organisation toulousaine de soutien à la ZAD, sous le pseudonyme d’Abbé Farthur. Vite démasqué, il n’avait pas pu accéder au camp. Mais d’autres ont suivi.

Des dieudonnistes s’infiltrent

Fin octobre, les opposants au barrage ont vu débarquer trois membres de la Dieudosphère. Vêtus de tee-shirts de la Ligue de défense goy, portant une inscription “arrière-garde française” dans le dos, ils arboraient des tatouages qui ne trompent pas : le mot “Quenelle” imprimé sur le bras de l’un, un ananas sur l’avant-bras de l’autre (référence au Shoahnanas de Dieudonné). Le premier distribuait des tracts conspirationnistes sur un réseau pédophile pendant que les deux autres montaient leur tente.

“Quelques camarades se sont opposés à eux et on a fini par les convaincre de partir sinon ils risquaient de se faire lyncher”, se rappelle Grogne, jeune zadiste punk. Camille C. raconte qu’avec un ami militant antifasciste, il s’est armé d’une barre de fer pour aller les attendre dans la forêt, au coin de la départementale qui borde le site. “Mais on n’a rien pu faire : deux camarades de la Zad s’étaient postés sur le capot de leur voiture pour qu’ils partent sains et saufs. Sur le coup j’enrageais, mais aujourd’hui je me dis que c’était la bonne décision”. Dans la foulée, les zadistes ont publié sur leur site internet, Tant qu’il y aura des bouilles, un communiqué intitulé “Non à la récupération d’extrême droite de la lutte contre le barrage”. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

“Le MAS existe depuis le milieu des années 2000, précise l’historien Jean-Yves Camus. Ils fonctionnent sur le modèle du CasaPound, mouvement italien néofasciste qui a ouvert un centre social à Rome, doté d’une librairie, d’une maison d’éditions et d’un squat destiné aux SDF. Leur spécialité est de soutenir les luttes sociales, environnementales et contre le logement précaire, pour ne pas laisser ce terrain à l’extrême-gauche”.

L’extrême droite et l’écologie

Selon le politologue, il n’est pas aberrant de penser qu’ils sont réellement opposés au barrage : “Pour eux l’écologie c’est la défense de la nature : ils considèrent qu’elle obéit à des lois immuables auxquelles on ne peut pas déroger. Cela vaut aussi dans le domaine social, le genre, etc.” “Cela leur permet de valoriser les racines, le sol et de défendre une certaine notion de pureté et d’identité aux accents régionalistes et nationalistes”, ajoute l’historien spécialiste des mouvements d’extrême droite Jean-Paul Gautier.

Depuis quand l’extrême-droite s’implique-t-elle dans les luttes écolos ? “A la fin des années 70, elle a récupéré ce thème en associant défense de la Nature et protection de la race blanche”, répond le responsable d’une organisation antifasciste.

“Dans les années 90, Christian Bouchet et Fabrice Robert, de Nouvelle Résistance, avaient même infiltré une section jeune des écolos en y plaçant quelques types pour recruter et diffuser leurs idées. Ensuite ils ont lancé Auto Défense Nature et Ecolo J. Aujourd’hui, on trouve souvent le MAS dans des associations types AMAP (3), où ils touchent un public large et crédibilisent leurs idées pseudo-anticapitalistes”.

Les dieudonnistes, quant à eux, sont les héritiers d’une autre tendance. “En 1910, lors des grandes inondations de Paris, les antisémites de la mouvance Drumont accusaient les Juifs d’avoir déboisé les bords de Seine où ils avaient largement investi, et d’être responsables de la catastrophe”, note Jean-Paul Gautier. “Sur ces questions, les mouvements de gauche vont devoir faire très attention”, prévient Jean-Yves Camus, car les tentatives de récupération des luttes écolos par l’extrême droite sont en train de prendre de l’ampleur.

Source les inrocks

En photo, l’écologie d’extrême droite du MAS

 

 

Emmaüs, Une multinationale qui exploite les travailleurs et travailleuses

Éviter la conflictualité, chercher la paix sociale pour ne pas renverser l’ordre établi dans lequel les pauvres sont condamné-e-s à accepter les miettes concédées par une bourgeoisie en quête de supplément d’âme, c’est sur ce principe même qu’Emmaüs a été créé au début des années 50 par l’abbé Pierre qui fut également député du MRP (Mouvement Républicain et Populaire) en Meurthe-et-Moselle.

 Les médias ont toujours été discrets sur les réactions hyper réactionnaires du bon curé contre les grandes grèves de cheminots, mineurs et surtout de fonctionnaires dénoncé-e-s par lui comme des nanti-e-s, voire des fainéant-e-s, les opposant aux « vrais et bons pauvres », les sans-logis.

 En faisant appel à des valeurs telles que la rédemption par le travail, la bonté et le pardon, l’abbé Pierre organise ainsi les couches les plus défavorisées des classes populaires sur des bases autres que révolutionnaires.

L’abbé Pierre inaugure la Cité de la Joie le 30 avril 1954 au Plessis-Trévise accompagné du ministre du Logement Maurice Lemaire.

 Au début des années 50, le mouvement Emmaüs participe à transformer en mendiant-e-s, un mouvement de personnes auto-organisées prêtes à défendre armes à la main les logements vides qu’elles squattaient. En effet, en 1945, le Conseil National de la Résistance avait autorisé la réquisition de logements vacants et dans plusieurs villes de France, des milliers de personnes occupaient des immeubles et diverses habitations.

 Comme toujours, il s’agit d’éviter que se propage un mouvement dans lequel les classes sociales défavorisées prennent leurs affaires en main et de faire en sorte qu’elles trouvent dans l’organisation d’une survie moins misérable les raisons de ne pas se révolter, de patienter pour une hypothétique vie meilleure…

Ce sont ces mêmes dynamiques qui ont été mises en œuvre en 1987 dans la lutte du comité des mal-logés : plutôt que de laisser prendre de l’ampleur à un mouvement de réquisition des HLM, Emmaüs a par exemple tenté de convaincre les familles d’occuper des lieux inadaptés dans lesquels personne ne peut vivre, comme par exemple un hôpital désaffecté, plutôt que de prendre des logements dignes de ce nom.

 

Philippe Desbrosses, le pape de la bio

 

 

L’efficacité symbolique du discours de l’agriculture biologique en France recèle une ambivalence qui déployée permet de comprendre comment s’est orchestré autour des « produits bio » le passage de la « nostalgie communautariste » agrarienne. « L’agrarisme » néologisme forgé par P. Barral recouvre… des années 1940 à l’utopie communautaire anti-conformiste des années 1970.  Ce sujet a été présenté au 23e colloque de l’Association…. L’objectif de ce texte est de comprendre comment le produit « bio » a pu soutenir différents discours idéologiques (de droite puis de gauche) et comment de mêmes éléments ont été conjugués à l’inverse. Le mécanisme décrypté se décline en deux versions : soit la représentation de la nature est convoquée pour imposer une idéologie de l’ordre et elle peut alors nourrir une pensée d’extrême-droite [3][3] L. Ferry, Le nouvel ordre écologique. L’arbre, l’animal… ; soit cette même représentation de la nature est mobilisée pour mener une critique des méfaits environnementaux du capitalisme et elle peut alors alimenter une pensée écologiste de gauche. (…)

Il est nécessaire, pour comprendre la perspective retenue pour étudier la genèse de l’agriculture biologique, de remonter aux années 1930 où la France connaît une triple crise de la paysannerie (dépression économique avec l’effondrement précoce des prix des denrées agricoles ; exode rural ; crise de représentation [5][5] R. Paxton, Le temps des chemises verte. Révoltes paysannes…) et voit l’émergence d’un grand démagogue rural, Henry Dorgères (mort en 1985), célèbre agitateur des campagnes qui finira à Vichy (puis pour quelques temps en prison). Si les relations de Dorgères avec le fascisme peuvent être débattues (il voulait restituer les autorités traditionnelles de la famille — ce qui le rapprocherait plus du modèle franquiste — et non pas installer un nouveau Parti), il reste dans le « champ magnétique [6][6] P. Burrin, « La France dans le “champ magnétique” des… » du fascisme et le représentant d’un agrarisme poussé à son extrême limite. Il rêvait d’imposer une « Nation paysanne » et certains de ses objectifs recoupent le projet promu dans les années 1950 par les pères fondateurs de l’agriculture biologique en France. Après les séquelles de la Seconde Guerre mondiale le monde agricole continue de s’interroger sur sa construction politique et sa relation à la société globale. De ce point de vue les fondateurs de l’agriculture biologique peuvent être considérés comme de très classiques agrariens ou d’ultimes rémanences du magnétisme de Dorgères (avant que l’entrée dans le marché commun agricole — confirmée par de Gaulle en 1958 — puis les évènements de mai 1968 — et le départ de de Gaulle — n’organisent un changement de génération et d’idéologie). Se plonger alors dans l’histoire de l’agriculture biologique permet de découvrir autour de son avènement l’existence de préoccupations largement extra-alimentaires (du politique, du religieux, de l’idéologique) et permet aussi de tracer à grands traits l’histoire de groupes sociaux dominés et marginalisés dans le domaine de l’agronomie ou de la médecine.

La biodynamie

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L’invention d’une première forme d’agriculture « biologique » se fait dans la mouvance austro-allemande de Rudolf Steiner (1861-1925) [7][7] Rudolf Steiner fonde en 1913 l’anthroposophie (fille… qui dans les années 1920 crée une Société d’anthroposophie dotée d’un centre de formation en agriculture biodynamique (qui accorde une grande importance aux rythmes cosmiques, des saisons, biologiques, etc.) [8][8] Elle vise notamment à développer les forces « structurantes…. Cette agriculture s’installe en France en Alsace à partir de 1940 et se structure après guerre grâce à l’Union des cercles bio-dynamistes. Cette agriculture s’est perpétuée à travers deux organisations contemporaines : le Mouvement de biodynamie à Paris et le Syndicat d’agriculture biodynamique toujours basé en Alsace. Aujourd’hui minoritaire au sein des mouvements agrobiologistes, elle bénéficie d’une aura importante car les méthodes de conduites culturales bio-dynamiques président discrètement aux destinées de terroirs viticoles des plus prestigieux.
Des agrariens réactionnaires

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Dans les années 1950, pour des raisons liées aux nouvelles orientations en matière de politique agricole (suppression de l’indexation des prix agricoles), un autre foyer de diffusion émerge dans l’Ouest de la France, avec la création du Groupement des agriculteurs biologiques de l’Ouest (GABO). (…)

La mobilisation de la Tradition contre le capitalisme

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Le journal se range dans le camp du protectionnisme et du nationalisme (proche en cela des positions de Lemaire). Il réalise notamment une apologie permanente de tout ce qui est présenté comme issus de la Tradition (…)

Pour alimenter cette idéologie agrarienne, LVC travaille sur la perception du temps. U. Windisch a montré que la « construction » du temps est propice à la projection d’éléments mythiques et symboliques qui font fréquemment l’objet d’une manipulation dans le cadre de discours politiques [22][22] U. Windisch, Le raisonnement et le parler quotidiens,…. Cela s’illustre dans le journal par le recours à la glorification des sociétés précapitalistes dont celle de l’Égypte ancienne. (…)

Autre exemple de fonctionnement concret du temps mythique, la construction hexagonale du cycle des saisons qui a l’avantage de conjuguer protectionnisme et nationalisme. En refusant d’acheter des produits de contre-saison, le journal de LVC organise et impose une géographie imaginaire et nationale qui érige le contre-saison en contre-nature. De ce point de vue, tout se passe alors comme si le produit « bio » permettait de réactiver le mythe d’une nature éternelle et d’un ordre fixe. Ces rêves ont leurs lois qui renvoient alors directement à l’idée de sélection naturelle. Ainsi la référence à Alexis Carrel est récurrente jusque dans le milieu des années 1980 [23][23] « Hommage à Alexis Carrel », LVC, n° 220, juillet 1966 ;…. Ces visions « biologisantes » ont pour base une vision profondément essentialiste, autre caractère récurrent de la publication.
L’essentialisme ou la lutte contre la vaccination

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La vaccination est une méthode constamment dénoncée. C’est même, avec le pain, l’autre « complot majeur » contre lequel La Vie Claire se mobilise. Pour le journal « L’injection de vaccin a mis la vie des enfants en danger et corrompu leur sérum sanguin par du poison » (LVC, n° 5, décembre 1946). La prégnance de l’essentialisme [24][24] Entendu ici comme croyance en la Nature comme référence… rend impossible l’acceptation du principe de la vaccination qui est précisément « désessentialisant » puisqu’il introduit la notion de gradation. Tout se passe pour la revue comme si le combat contre la vaccination engage des représentations de la pureté qui ne peuvent s’accommoder d’aucune trace de maladies fussent-elles des anticorps. Comme dans la pensée de Raoul Lemaire, Pasteur y est présenté comme un imposteur (…)

Un magazine pas féministe mais qui deviendra féminin

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Si la revue militante s’adressait d’abord à l’homme de la ville, rapidement la femme devient un sujet valorisé comme individu pour sa proximité avec la Nature. Là encore l’action de la modernité est perçue comme procédant d’un détournement dommageable. Au centre de ces discours, l’image d’une femme qui, dans une conception conservatrice de la famille, devrait rester au foyer

Dans la continuité de ces combats le journal de La Vie Claire se montre opposé à la pilule (…)

Le journal est même contre toute forme de contraception puisque son usage ne se justifierait que par le développement de la luxure généralisée. La pilule pénaliserait les plus « innocentes » en les forçant à recourir à l’avortement qui est considéré comme « une erreur » (…)

Le discours moral limite le rôle social de la femme à celui de la mère, clé de voûte de la tradition familiale.
Puis, elle est progressivement désignée comme la première victime du monde moderne et c’est par cette pente qu’insensiblement la revue quittera la dénonciation musclée, les attaques contre l’État, la glorification du paysan pour se tourner définitivement vers un lectorat nombreux mobilisé autour de l’environnement, de la prévention des risques en matière de santé. Dans les dernières années de sa parution, le journal de LVC est presque devenu un magazine féminin comme les autres, conforme au modèle dominant en vigueur dans ces magazines. Le discours sur la femme s’est déplacé de la femme-épouse aux valeurs portées par la femme-mère avec, dans les années 1980 en particulier, un accent accru sur les enfants — de l’alimentation de la femme enceinte jusqu’à leur comportement (bébénageur, agitation, anorexie, etc.) — ce qui favorisera l’adhésion plus large d’un public différent. (…)

La question n’est évidemment pas de prendre position « pour ou contre » l’agriculture biologique et encore moins de faire croire qu’en mangeant « bio » à l’entrée du troisième millénaire on cautionne les odieuses valeurs d’extrême-droite qui ont été fondatrices du développement premier de ce type d’agriculture dans les années 1950. L’analyse d’une genèse complexe rappelle que la promotion d’une « agriculture naturelle » n’est pas toujours en soi un argument neutre, anhistorique ou simplement de gauche.

http://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique1-2003-1-page-193.htm

En photo Philippe Desbrosses, à l’origine de la création de la plupart des mouvements de l’officialisation de l’agriculture biologique, à la tête d’Intelligence Verte créée en 1999 et proche de l’anthroposophie

 

La Goutte d’eau a fait déborder l’indien

 

Cette scène épique est sans conteste l’une des plus héroïques de la carrière militante d’Eric Pététin, elle a lieu 48 heures après l’ultime expulsion de la “ZAD” de la Goutte d’Eau.

Seul en une nuit, vous le verrez, il va élaborer un plan d’attaque d’une ingéniosité qui fera date dans les carnets militants, d’autant plus que personne, absolument personne n’aurait misé un euro ce jour-là sur la tentative d’Eric Pététin.

En arrivant sur les lieux, on dépasse ses deux disciples, qui se tiennent en retrait, sans doute intimidés par la portée historique de la journée. Il faut dire qu’il y a de quoi être impressionné par la promesse de l’ampleur de cette énième envolée héroïque tant l’entreprise pourrait paraître vaine pour n’importe quel être empêtré dans la rationalité. 
Seuls les deux chiens, braves comme des séminaristes après la sieste, semblent confiants.
Pététin, toujours très concentré, se dresse un instant face à la Goutte d’Eau, changée depuis peu en bunker. De nombreux gendarmes, des hommes en armes, une milice de sécurité en condamnent totalement l’accès, en tout cas pour le commun des mortels.

Soudain, un craquement de branche pète comme un cassoulet de la veille. Le signal. Pététin rugit en première ligne, la guitare en bandoulière, sans bandoulière, c’est magnifique! Il est en cannes le petit! Droit devant!
L’entrée principale, barrée de blocs de pierre? Et alors! Peu nous en importe! S’il était écrit que l’on devait passer par ici, alors on passera ici! La ligne de gendarmes, ne saisissant pas immédiatement l’imputrescible fougue de la manœuvre, s’apprête à le cueillir, presque déçue de marquer en début de jeu sans qu’on lui oppose combativité véritable, quand, tel un ailier conquérant le prestige des plus fougueuses épopées rugbalistiques, Pétoff feinte tout le monde en sautillant vigoureusement latéralement! 
Là est tout le panache blanc et ténébreux de la survivance de l’esprit chevaleresque! 
La gorge déployée d’une musicalité très printanière, Pétoff se bat comme un beau diable! Prenant tout le monde par surprise, voilà qu’il dévale, pieds nus, les ronces du fossé. 
Touchées subitement par la grâce, les voilà bien résolues, elles aussi, à faire pénitence au contact de la voûte plantaire christique. Le temps que la défense adverse se repositionne sur ses lignes, l’écolo bondissant a déjà entrepris une nouvelle feinte! Magique! C’est par l’accès Sud désormais qu’il envisage d’atteindre le potager. Ah ça non, il n’est pas venu pour acheter du terrain, lui, il en gagne! Pététin, c’est un jeu spectaculaire qui est là avant tout pour faire plaisir à son public et une élégance rare. Ça y est! C’est presque gagné! Il dévoile enfin son ultime tactique de la matinée. La victoire, le potager, tout cela n’est plus qu’à deux bus de playmobils. Deux minuscules bus. La foi en vaut dix, en vaut mille mais en face, l’équipe adverse y croit aussi dur comme fer! Il faut dire que le mercato a été bon, notre barde en guenilles lui aussi fait des bonds. Mais seul, désespérément seul…

Epilogue

L‘occupation du potager en question pour conjurer toute expulsion. C’était très malin, voire très futé mais hélas, cela ne suffit à convaincre une maréchaussée qui fut loin de posséder une telle expertise dans le droit civil, ce qui priva Pétof d’une nouvelle magistrale victoire.

Eric Pététin, zadiste catholique

 

Même Eric Pététin, militant professionnel, y était. Son cas mérite d’ailleurs qu’on s’y arrête : ce militant d’une soixantaine d’années au look de hippie, surnommé aussi « Pétof » ou « l’Indien » a fait ses armes dans la lutte contre le tunnel du Somport dans les années 1990. Depuis, celui qui se dit à la fois anarchiste et catholique est apparu dans de nombreuses luttes, notamment des ZAD. Nombre de militants qui l’ont connu lui reprochent de se comporter en gourou et de n’en faire qu’à sa tête, sans considération pour les décisions prises collectivement. Mystique, il a jugé positivement le Mouvement du 14-Juillet lors de son apparition, conseille la lecture ou l’écoute du conspirationniste Pierre Jovanovic et se serait déclaré, selon Gaultier Bès, favorable à l’accueil des Veilleurs à Notre-Dame-des-Landes.

Il devrait d’ailleurs contribuer au prochain numéro de Limite, à paraître dans quelques semaines. Le collectif antifasciste Les Enragés le décrit ainsi :

« Il est possible de tout lui reprocher à l’exception de sa constance, même s’il y a eu en réalité plusieurs Pététin dans la vie de Pététin, on pourrait en dégager deux. La belle époque puis celle des errances, dont l’aboutissement sera celui de se faire copieusement huer à NDDL à l’occasion d’une intervention frappée d’un mysticisme carabiné et qui ne parvint pas, heureusement, à séduire l’auditoire. Quoiqu’il en soit, Pététin se greffa au projet de réhabilitation d’un lieu – une gare désaffectée rebaptisée La Goutte d’Eau – qui fut pendant des années à la pointe de la lutte écologiste. Il est à l’origine, en tout cas dans sa réalisation personnifiée la plus médiatiquement exposée, de l’une des plus grandes manifestations organisée en moyenne montagne en Europe, ce n’est pas rien. Peu importe finalement la foi qui semble l’animer tant que cette dernière ne prend pas le dessus sur les mises en action concrètes. Il n’en a pas toujours été ainsi. Et dans son militantisme teinté d’happening et de jeu du chat et de la souris avec les bleus, tout le monde ne possède pas forcément les mêmes ressources familiales pour pouvoir affronter la Justice. Il n’en reste pas moins un personnage vif, cultivé, à l’imagination sans fin, séducteur et à qui il faut sans doute savoir dire non. Dans les aspects gênants à très gênants, sa déification de la nature, ce rejet de la modernité et de la ville, ses accointances actées avec des sphères catholiques proches de la “Manif pour Tous”, etc. »

source confusionnisme.info

 

 

Quand la FNSEA fait sa loi

Nous vous proposons un reportage de la chaîne France 4 sur la politique lobbyiste et terroriste du premier syndicat agricole que nous complèterons de quelques images des exactions de pro-barrage qui ont lieu sur la Zone A Défendre du Testet.

 

 

 

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Grand rassemblement prévu le week end des 25 et 26 avril – le printemps de Sivens – pour  affirmer sa solidarité avec les opposants au barrage, victimes des exactions de groupes violents, couverts par l’Etat.

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

 

 

Pour comprendre les enjeux politico-économiques du barrage du Sivens

Testet “Je crois que ce jour-là, on a tous compris que c’était bien plus qu’une histoire de barrage”

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Toutes les photos et commentaires associés sont issus du journal de bord de Camille

Les Enragé-e-s: Salut Camille, alors, tu reviens de la ZAD du Testet?

Camille: Salut les enragé-e-s, oui, j’y étais en octobre. (et avant aussi, mais me rappelle plus les dates)

On peut commencer par le début si tu veux? Comment as-tu entendu parler pour la première fois du Testet?

J’en ai entendu parler fin août, j’avais un ami sur place qui m’a demandé de venir, les zadistes n’étaient que quelques dizaines à ce moment-là, ils avaient besoin de gens pour occuper. Je travaillais donc j’ai attendu mi-septembre pour y aller pour la première fois.

 

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Dimanche 14 septembre “21h00, la nuit tombe. Nous sommes observés de loin. N’étant pas équipés de jumelles à vision nocturne comme nos “amis” d’en face, un feu est allumé. Je n’ai pas pu prendre de photo durant l’heure qui a suivi. Mais je peux vous raconter ce que j’ai vu. Tout d’abord, une poignée de gendarmes mobiles s’est approchée, agressifs, en position de combat. Ils observent un moment, ne répondant pas lorsqu’un militant s’adresse à eux. Puis ils commencent à reculer. J’étais à quelques mètres d’eux seulement lorsque celui qui semblait être leur chef a hurlé “ILS VONT CAILLASSER !”, surprise, je m’écarte et me retourne, personne n’a la moindre arme (ou projectile) en main. Ils chargent. Je me retrouve séparée du reste du groupe.”

Les Enragé-e-s: Dans quel état d’esprit y es tu allée la première fois? Tu savais à peu près à quoi t’attendre, même si tu as déjà l’expérience des lieux autogérés?

J’y suis allé un peu angoissée, je ne savais pas trop à quoi m’attendre en fait. Je ne savais rien du mode de fonctionnement d’une ZAD, ni des groupes d’affinité. Je ne savais pas quand ni comment les GM [NDLR les Gendarmes Mobiles] se comportaient avec les zadistes . J’avais vu quelques vidéos, mais devant un écran on a du mal à se rendre compte de la violence…

Les Enragé-e-s: Une fois sur place, comment tes peurs ont pu se dissiper? As-tu immédiatement rencontré ce sentiment de solidarité dans la lutte qu’il n’est possible de trouver quasiment dans aucune autre circonstance?

Elles ne se sont pas dissipées, pas tout de suite. Je suis arrivée un samedi et la veille un groupe de 60 pro-barrage avaient attaqué le camp, on a passé la nuit à monter la garde.
Mais dès le lendemain je me suis sentie beaucoup plus rassurée, j’ai très vite discuté avec tout le monde. C’est des gens très accueillants. Très solidaires. Chacun est prêt à aider les autres. Mes voisins de tente m’ont réveillée pour m’offrir un café. Ça m’a étonnée, cette gentillesse gratuite. C’est vrai qu’on en perd l’habitude dans notre société.

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Lundi 15 septembre. “Face aux protestations des militants, le ton aillant dû monter, des lacrymos sont jetées contre nous. Les GM en profitent pour charger. Je suis à la lisière de la forêt (ou plutôt ce qu’il en reste), 3 GM me montrent du doigt et s’avancent dans ma direction. Comme mes camarades, je recule.”

 

Les Enragé-e-s: Plusieurs zadistes nous ont écrit pour nous dire, bien qu’ayant été entouré-e-s de gendarmes de toutes parts, qu’ils n’avaient jamais connu un tel sentiment de liberté. Est-ce que cet état d’esprit partagé a pu profondément modifier certaines de tes certitudes?

C’est exactement ça, la ZAD est un peu comme une zone de non-droit, un endroit au dessus des lois, de l’État, du système.
Moi ça m’a redonné espoir. Je ne me suis jamais autant sentie à ma place qu’au Testet. C’est un petit peu comme s’ils m’avaient redonné foi en l’humanité.

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Les Enragé-e-s: Sans chef, c’est le bordel ou tout simplement le pied?

C’est le pied. Carrément. C’est un beau bordel organisé. Je ne dis pas que c’est un système parfait, mais c’est le plus harmonieux pour moi. On apprend tous les jours quelque chose, on partage, on échange. J’espère que ce mode de vie s’étendra.

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Lundi 15 septembre. “Les copains tentent de garder leur positions devant Mirador. Depuis mon observatoire, je vois un copain recevoir un tir de flashball en plein thorax. C’est l’incompréhension. D’autres sont violemment poussés (ou jetés au sol) pour les éloigner de Mirador.”

 

Les Enragé-e-s: Dans quel état d’esprit étaient les zadistes la semaine qui a précédé la nuit du 25 au 26? [NDLR la nuit où Rémi a été assassiné] Tu constatais que la tension allait crescendo? Que les provocations policières allaient en augmentant?

La semaine avant était relativement calme, du moins pas plus violente que d’habitude. On s’occupait surtout de l’organisation du festival. Les travaux continuaient à coté, mais des vigiles étaient présents 24/24 sur la zone (ce n’était pas le cas avant). C’était un peu plus tendu que d’habitude oui. Ils avaient un énorme projecteur qui nous éclairait parfois au milieu de la nuit, mais avec un laser on leur répondait, c’était presque un jeu.

 

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Lundi 15 septembre. “10h15, plus personne en bas de Mirador, les copains sont repoussés jusqu’à Gazad (où ils resteront en otage jusqu’au soir), on aperçoit au loin la fumée des fumigènes et des lacrymos vers la Métairie.”

 

Les Enragé-e-s: Comment la nouvelle de la découverte d’un corps s’est-elle répandue sur le camp? Tu as été au courant à quelle heure le dimanche?

Je me suis doutée que quelque chose de grave était arrivé vers 7h du matin, quand les copains de mon camp m’ont réveillée. Vers 9h, quand la confirmation est arrivée, tout le monde a su. Une assemblée s’est vite organisée pour en parler.
Je dormais au moment du meurtre, j’avais passé la journée à faire la médic au front.

Quel était l’état d’esprit général au moment de l’AG?

La plupart des gens étaient choqués, on n’y croyait pas. Ça a été très difficile de décider du comportement à adopter, certains regards cherchaient du réconfort, d’autres une explication.

As-tu senti de la résignation à ce moment-là?

Non, on se sentait abattu, mais on était loin de l’être. Personne ne l’a dit, mais je crois que ce jour-là, on a tous compris que c’était bien plus qu’une histoire de barrage…

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Les Enragé-e-s: Vous avez compris qu’il y a derrière cette lutte des enjeux bien plus majeurs?

Moi, petite apprenti-militante, j’ai compris ce jour-là oui. On ne se battait pas seulement pour sauver une zone humide, mais pour sauver les gens de cet Etat assassin ! Je savais qu’une telle lutte arriverait, mais pas si tôt. La mort de Rémi a précipité les choses.

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Les Enragé-e-s: Au niveau de tes réflexions politiques personnelles, penses-tu que le fait de t’impliquer de près dans ces évènements, de faire l’expérience par le réel de la lutte solidaire, d’être baignée dans une forme de bouillonnement d’idées, a pu produire chez toi une forme d’accélération de l’évolution de celles-ci? As-tu pu voir ta pensée s’aiguiser?

Clairement, mes réflexions sont devenues des idées. Je me suis un peu radicalisée aussi. Être sur la zone, vivre l’oppression, ça m’a enragée. Et avec la rage, mes positions politiques se sont enracinées. Puis j’y ai rencontré des gens qui avaient les même idées que moi, ce qui n’était pratiquement jamais arrivé auparavant. En arrivant à la ZAD, j’avais déjà des idées très arrêtées. Mais j’en étais encore au stade de la réflexion. L’autogestion, la vie en communauté, c’étaient des expériences que j’avais envie de tester (Testet ? haha), et mettre en application ce qui pour moi relevait de l’utopie, ça fait du bien, ça consolide les idées. J’ai vu que ce mode de vie que le système combat est certainement le plus sain. Politiquement parlant, là-bas, c’est l’Anarchie. J’ai remarqué que pour le sens commun ça sonne comme une insulte. C’est tout le contraire. Une anarchie qui fonctionne sera toujours 100 fois mieux que la plus rodée des “démocraties” actuelles. Bon, tout le monde n’est pas anarchiste sur le camp, bien sûr. Mais peu importe les idées, encartés ou pas, on se tolère et on tombe même souvent d’accord. L’expérience de la ZAD renforce les idées, les approfondit et rassemble les gens malgré leurs différences.

Les Enragé-e-s: En conclusion, tu aurais un message à faire passer aux abonné-e-s de la page des Enragés?

Camille: Pour les enragé-e-s qui peuvent se déplacer : allez sur les ZAD, il s’en monte un peu aux quatre coins de la France, juste y faire un tour au moins. Allez découvrir par vous-même. C’est une expérience intéressante et qui remet les idées en place. Et pour ceux qui peuvent se déplacer jusqu’au Testet, du 24 au 30, c’est “Sème ta ZAD”! On va remettre la zone en état, replanter, et construire des cabanes qui tiennent la route aux copains qui vont passer l’hiver sur place. J’y serai et si vous venez, j’vous fais un bisou.

 

 

Procès d’un casseur : le marquis, la banque et le boulanger

T.R., boulanger de 21 ans, s’est fait choper pendant les émeutes du 1er novembre. Il est accusé d’avoir balancé un parpaing dans le dos d’un agent de la BAC (1 jour d’ITT) et d’avoir lancé des pierres sur la vitrine du Crédit Mutuel de la place Esquirol (« LA banque à qui parler »). Visiblement inexpérimenté, l’accusé a immédiatement avoué être l’auteur des faits qui lui étaient reprochés. Quelle aubaine ! Après un mois de débordements et de samedis perdus pour les commerçants, la justice tient enfin son coupable.

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La première question du juge porte tout naturellement sur la coiffure « de type rasta » (dixit les dépositions du policier) que l’accusé arborait le jour des faits. « Avez-vous changé votre coiffure depuis le 1er novembre ? ». Question purement rhétorique, puisque tout le monde voit bien qu’il a aujourd’hui les cheveux courts. L’effet est réussi, T. est d’entrée déstabilisé, sommé de s’expliquer sur son apparence alors qu’il croyait être accusé de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice de ses fonctions. Il balbutie qu’ « en prison, les dreadlocks ramènent toutes les saletés », mais arrive bon gré mal gré à rebondir en expliquant que « ce changement d’apparence est aussi le signe d’un changement dans [sa] personne ». Fier de lui, le juge continuera de s’amuser avec cette histoire de dreadlocks à travers d’autres questions faussement naïves du type « ah bon ? Mais quel est le problème avec cette coiffure ? »

D’autant que le président du procès n’est pas n’importe qui. Pur produit de l’aristocratie française, Henri de Larosière de Champfeu (marié à l’exquise Diane Marie Paloma de Roquemaurel de Lisle) n’est autre que le frère de Jacques du même nom, pas méconnu des milieux de la finance : directeur du FMI de 1978 à 1987, gouverneur de la banque de France de 1987 à 1993, président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (1993), président de la BNP… Bref, le frangin semblait tout désigné pour présider le procès d’un casseur de banque.

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Depuis la manifestation du 22 février à Nantes, la répression étatique a fait 12 mutilés à vie et un mort chez les manifestants, des centaines d’arrestations arbitraires, des dizaines de comparutions immédiates dans une parodie de justice, de la prison ferme pouvant aller, comme pour Enguerrand, jusqu’à un an d’enfermement, pour avoir jeté un simple fumigène contre une barrière en plastique.

 

Avant de commencer, Henri prend soin de récupérer le parpaing délictueux, qui avait été mis sous scellé, afin de le placer bien en évidence sur son bureau. Tout content de sa pitoyable petite mise en scène, il résume les faits brièvement, pressé d’en découdre avec le petit prolo rebelle qui se tient en face de lui et qui ne paie rien pour attendre. Jean-Michel Baqueux, le flic amoché, est présent pour assister à la petite sauterie, pressentant déjà que son cadeau de Noël sera cette année un peu en avance. Il a une telle tête de flic, que quand bien même il serait revêtu d’un simple pyjama, on aurait envie de lui présenter ses papiers d’identité.

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.Se rappelant soudainement que sa victime du jour n’est pas uniquement accusé de délit de faciès, Henri passe à la prochaine question : « Est-ce que la mort de Rémi Fraisse vous autorise à lancer des parpaings contre les policiers ? »

 

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Et l’accusé de servir la soupe que son avocat lui a demandé de servir, celle que l’on entend dans chaque procès, des répliques formatées pour les merdias, pour les juges, et pour tous ceux dont le cerveau est trop petit ou le portefeuille trop gros pour comprendre que notre insurrection est légitime ; « J’ étais influencé, j’étais pris dans un mouvement de foule, j’ai suivi mon instinct… »

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M. le Marquis, qui s’improvise philosophe pour l’occasion, l’interrompt : « C’est quoi la différence entre l’homme et l’animal ? » Regard dubitatif de l’accusé, qui ne sait plus s’il est encore utile d’intervenir tant le juge se fait les questions et les réponses. Ce dernier reprend : « Ne peut-on pas attendre de l’humain qu’il surmonte son instinct ? »
– Si…
– A quoi sert la police ?
– A protéger la société…

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A gauche, Damien Cour Franklin Roosvelt le 22/02/2014 vers 17h. A droite, à l’hôpital

 

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A gauche, Quentin rue Deurbroucq à Nantes le 22/02/2014 vers 18h30. A droite, à l’hopital le lendemain

 

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Emmanuel à l’hôpital de Nantes le 22 février 2014

 

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Flash-Ball Super pro (44mm) 4e catégorie – « armes à feu dites de défense » Longueur : 33 cm – Poids : 1,550 kg. Fabriqué par Verney-Carron (France), il arme les forces françaises depuis 2002. Il possède la puissance d’arrêt d’un 38 Spécial avec un bruit de détonation équivalent à un fusil à pompe cal.12. Il propulse des balles de caoutchouc (28g) de 44 mm (sphériques) jusqu’à 30 mètres. Sa portée opérationnelle est de 7 à 10 mètres. Energie de 200 joules à 2,5 mètres.

 

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LBD 40 (40 mm) ou Grenad Launcher 06. 1ère catégorie – « conçues pour ou destinées à la guerre terrestre, navale ou aérienne » Longueur : 59 cm – Poids : 2,050 kg. Fabriqué par Brugger & Thomet (Suisse), il arme les forces de l’ordre françaises depuis 2009. Equipé d’un canon simple 40×46 mm en métal, d’une crosse repliable et d’une poignée, il ne produit pas de bruit de détonation. Il propulse des balles mi-dur (26g) de 40 mm sur une distance de 25 à 50 mètres. Sa portée opérationnelle est de 10 à 30 mètres. Energie de 122 joules à 10 mètres et à 84 joules à 40m

 

Autres armes susceptibles de mutiler

Grenades de type classique

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A gauche : Grenades lacrymogènes de type classique. Ici, les GLI F4 (SAE 810) fabriquées par Lacroix-Alsetex.29 Au centre : Grenades lacrymogènes à effet sonore très intense (165 db). Egalement abriquées par Lacroix-Alsetex, elles produisent une forte détonation et sont souvent confondues avec les grenades de désencerclement. Contrairement à celles de type classique, elles n’envoient pas de résidus aux alentours, mais libèrent un nuage de gaz CS pulvérulent. « Lors de la manifestation de Toulouse (31) du 7 mars 2006 (avis 2006-22 évoqué supra, rapport 2007), M. M.R. a été touché à la tête par une grenade lacrymogène qui aurait dû éclater en vol. Le médecin qui l’a examiné a notamment constaté un traumatisme crânien sans perte de connaissance, et plusieurs plaies profondes au niveau du front et du sourcil ayant entraîné la pose de quarante points de suture. »30

 

– Si vous envoyez des parpaings sur les personnes dont le travail est de protéger la société, quel regard croyez-vous que cette société portera sur vous ?

– Un regard méchant ?

Le jeune ouvrier a beau courber l’échine le plus bas qu’il peut, ça ne suffit pas à calmer le magistrat à la double particule, bien décidé à humilier jusqu’au bout le sans-dent qui a eu l’affront de se révolter.

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« Vous envoyez un parpaing sur un policier de dos qui n’a ni casque ni carapace (sic). Où est le courage ? Chez vous, ou chez lui ? » Celles et ceux qui sont familièr-e-s du fameux courage policier, consistant à éborgner des manifestants désarmés à une centaine de mètres ou à asphyxier des vieux Arabes à l’ombre d’un commissariat, apprécieront la justesse de la question, si jamais ils ou elles ont la chance d’être encore en vie.

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Las, Henri refile son os déjà bien entamé à ses complices de la partie civile. C’est le moment où la grandiose avocate du Crédit Mutuel rentre en scène. Elle est ici comme chez elle, c’est presque si on lui demanderait pas de prendre la place d’une des assesseures. Alors que l’on s’attendait à une brève intervention rappelant le montant des dommages infligés sur les différentes agences de la banque (« la modique somme de 78 000 euros tout de même »), la voila qui se livre à un invraisemblable discours politique.

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Les manifestants sont accusés de « stigmatiser la police », une expression qui reviendra trois fois dans sa bouche pleine de novlangue débile. Elle pointe la préparation du manifestant « pour ne pas dire casseur » ; son équipement, « qui comportait un casque, un masque, des gants, et surtout de la littérature, trouvée sur des blogs spécialisés, qui explique comment se défendre contre la police. » Bref, des manifestants armés, organisés, qui oppriment une minorité, la police, vulnérable et désarmée. Il faut le dire vite.

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L’avocate se livre ensuite à une tentative d’analyse des mouvements « anarchistes », qui assimileraient dans la plus grande confusion « les banques, le Grand Capital (sic), à l’État et à sa police, qui seraient à l’origine de la mort de Rémi Fraisse. » Et c’est là qu’a lieu son incroyable conclusion, ce moment où tombent les masques, où la mascarade se laisse voir pour ce qu’elle est : « C’est ce discours qu’il faudrait tarir. »

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C’est ce discours qu’il faudrait tarir.

 

Qui d’autre que l’avocate d’une grande banque peut se permettre de venir donner des prescriptions d’ordre politique à une cour de justice ? Qui d’autre peut se croire légitime à décréter quel discours est acceptable, quel discours ne l’est pas ? Sans complexe, le Grand Capital demande à sa milice, la justice française, de faire taire les pensées déviantes, nuisibles à ses intérêts. Et il n’y a qu’à voir avec quel entrain cette dernière s’exécute pour comprendre que le discours que condamne l’avocate n’est dangereux que parce qu’il est vrai.

Pour tarir tous tout ça, donc, l’avocate propose logiquement de condamner l’échantillon de sous-prolétariat ici présent à rembourser l’intégralité des dommages infligés à l’agence d’Esquirol le 1er novembre 2014, c’est-à-dire 45 928 euros. Trois années et demie de SMIC, ça devrait lui remettre de l’ordre dans ses idées, lui qui confond banque et État !

Le procureur a presque honte de s’exprimer tellement il fait doublon. Il tient quand-même à citer Camus, question de pas paraître complètement inutile, à propos de cette histoire d’instinct évoquée plus haut ; « un homme, ça se retient. » Du coup, pour l’animal smicard qui se tient en face de lui, il demande le remboursement du Crédit Mutuel et un an de prison. Merci, à plus.

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Pour la forme, on laisse l’avocat de la défense terminer les hostilités avec sa plaidoirie. Désintérêt ostensible de la part du juge, qui se cure même furtivement le nez en regardant dans le vide. Il faut dire que l’avocat, Christian Etelin, est d’une extraordinaire médiocrité. Il réussit l’exploit de consacrer la majeure partie de son intervention à expliquer qu’il est stupide d’affirmer que la police a assassiné Rémi Fraisse, que ce sont là des allégations mensongères, qu’il s’agit bien entendu d’un accident, et qu’il faudrait être particulièrement sournois pour prétendre le contraire. D’ailleurs, c’est bien la faute à ces discours grossiers, portés entre autres par des « irresponsables politiques » (il cite, avec une ironie théâtrale : « une tâche indélébile sur l’action du gouvernement » – mais qu’est-ce que Cécile Duflot vient foutre là-dedans ?), que son client s’est laissé emporter, influencé comme il l’était par la propagande d’ultra gauche. Il concède tout de même que le barrage de Sivens n’a pas l’air d’un projet tout à fait réglo, que l’union européenne commence même à se poser des questions, que bon, hein, bon, quand-même ! S’attendant sans doute qu’à l’évocation de la biodiversité des zones humides tarnaises, le président allait soudainement s’écrier : « Acquitté ! »

A la place, ce dernier lui coupe la parole en pleine plaidoirie, chose que je n’avais jamais vue auparavant. Alors que l’avocat raconte comment son client se fait régulièrement tabasser en prison par ses codétenus, il demande, avec tout le mépris qu’il est possible de concentrer en un seul homme : « A-t-il porté plainte ? »
– Eh bien… Non, non, il n’a pas porté plainte. Il n’en a pas encore eu le temps.
– On va essayer de rester factuels, alors. Vous me parlez d’évènements qui n’ont pas fait l’objet de plaintes…
– Bien, bien.
Il est vrai que porter plainte contre des gens violents avec qui l’on est enfermé frappe tellement au coin du bon sens que c’est à se demander si notre boulanger du jour mérite ne serait-ce que ce semblant de procès.

Alors qu’une partie des débats avaient portés sur la nature et la taille des projectiles envoyés sur l’agence bancaire par l’accusé– pierres, cailloux, parpaings ? – l’avocat, vraisemblablement encore bourré de la veille, se débrouille encore pour préciser que son client est titulaire de deux CAP : tailleur de pierre et matériaux composites. Ce n’est que quand il estime avoir fait assez de dégâts qu’il retourne décuver sur son banc, conscient que le banquier-juge qu’il a en face de lui se contient pour ne pas lui balancer son parpaing dans la gueule.

Après un suspens insoutenable, la peine d’élimination sociale est prononcée. La cour a décidé de suivre les réquisitions du procureur – celles de la banque, en fait – 45 928 € de dommages et intérêts, un an de prison dont six mois fermes (question qu’il perde bien son boulot, dans quel cas trois ans et demie de SMIC pourraient pertinemment se transformer en sept ans et demie de RSA), sans oublier les 700€ pour les flics blessés (oui, parce que tous les flics blessés le 1er novembre l’ont étrangement reconnus après coup comme étant l’auteur de leurs blessures… Puisqu’on vous dit que c’était un professionnel !)

La mère crie sa rage, les frères pleurent, les flics les regardent en rigolant. « Il a joué, il a perdu », se gausse l’un d’entre eux devant le palais d’injustice.

A ce prix là, camarade, la prochaine fois, fais comme les flics : vise la tête.

Quant à nous qui sommes encore libres : ciblons le Crédit Mutuel dans chacune de nos manifs, harcelons-les à base de “tiens, tes dommages et intérêts”. A 46 000 euros la vitrine, ça vaut le coup (de marteau) !

Source iaata.info

Pour écrire au camarade incarcéré :

Maison d’Arrêt de Seysses
Rue Danielle Casanova
BP85 Seysses
31603 Muret Seysses
T.R.
N° d’écrou 27107

Maintenir les liens avec le (la) prisonnier(e) :
le courrier & la censure, les permis et le parloir, les radios.

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Données sur le Flash-ball et le LBD 40

Collectif des blessés par la police lors de la manifestation du 22 février 2014 à Nantes

 

Zied et Bouna en 2005
Moushin et Laramy en 2007
Ali Ziri en 2009
Wissam el Yamni et Amine Bentousi en 2012
Abdelhak Goradia, Mourad Touat, Hocine Bouras et Rémi Fraisse 2014
Entre 2000 et 2014, au moins 127 personnes sont mortes sous les coups de la police.

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Sur l’anarchie:

 

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Les anarchistes ne sont pas des extrémistes.

C’est l’ordre social qui est extrême par son exacerbation de la domination hiérarchique, par sa violence, par sa folie meurtrière, par sa destruction de la vie même.
La propriété enfante depuis son invention surtout des pauvres et des exclus et bien marginalement des riches; elle a été le moteur du capitalisme, du colonialisme, du racisme et de l’industrialisme à outrance qui a étendu sa merde à la grandeur de la planète, jusque dans l’air qu’on respire.
Mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si l’humanité pendant l’essentiel de son histoire a vécu sans elle et s’en portait beaucoup mieux.
L’État est au cœur même de toutes les abominations des cinq cents dernières années, des guerres aux massacres en passant par des génocides, mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si encore une fois l’expérience humaine nous démontre qu’on vivrait beaucoup mieux sans lui.
Il est d’une tristesse indicible que de vivre dans une société ou le désir de vivre plutôt que de survivre est perçu comme de la subversion. Une société où remettre en question l’obligation de devoir se vendre — au rabais, de surcroît — pour avoir le privilège de survivre est accueilli comme un scandale. Une société où le désir de n’être déterminé que par ses propres nécessités est considéré comme immoral et outrancier.

L’anarchie n’est pas radicale.

C’est le capitalisme qui est radical par son exploitation. C’est l’État qui est radical par son oppression. Ce sont les religions et les médias qui sont radicaux par leur bêtise. C’est la police et l’armée qui est radicale par sa violence.

Désirer la chute de ces institutions de mort ne constitue en rien de l’extrémisme; je dirais plutôt que ce n’est qu’un simple soubresaut de lucidité et un signe de santé mentale.

Anne Archet