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Barbarie homophobe à Marseille : séquestré, battu et violé

Dans le contexte d’une homophobie très ancrée dans la société française, malgré le relatif progressisme apparent, c’est avec horreur et effroi que nous apprenons l’agression barbare et la séquestration d’un militant homosexuel pendant quarante-huit heures la semaine dernière à Marseille.

Des faits inqualifiables d’une violence inouïe

 

 Zak Ostmane est un militant homosexuel pour les droits LGBTI ayant fondé en Algérie l’organisation Trans Homos Dz afin de venir en aide aux personnes LGBTI forcées à la clandestinité dans un pays où l’homosexualité est pénalement et socialement réprimée. Il a par la suite, en 2016, participé à la fondation de l’association Shams – France, dont nous reproduisons ci-dessous le communiqué et la présentation :

SHAMS-France est l’association LGBTQI des personnes maghrébines et moyen-orientales vivant en France.

Le week-end dernier, Zak Ostmane, grand militant LGBT et un des membres fondateurs de Shams – France a été séquestré pendant plus de 48 heures, agressé et sauvagement violé par deux individus à Marseille. Nous condamnons avec fermeté cet acte barbare et abjecte et apportons tout notre soutien à notre cher ami.

Soutien total et solidaire à  Zak Ostmane!

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

Violée chez sa «seconde famille»

Jean-Pierre THIBAUDAT Privas, envoyé spécial.

A 13 ans, Carole a été victime du gendre du couple qui l’accueillait en colo chaque été. Procès à Privas.

Cet été-là, 1999, Carole (1), 13 ans, retrouve la ferme de Montchamp perdue dans un coin d’Ardèche du côté de Joyeuse, près du village de Lablachère. Elle y vient depuis plusieurs années. Elle est contente, elle s’y sent bien.

Au début, il y avait eu cette annonce de «ferme des enfants» punaisée dans l’école Decroly qu’elle fréquente à Saint-Mandé, près de Paris.

Michèle et Pierre Rabhi, arrivés à Montchamp dans une ancienne magnanerie après bien des aventures, s’étaient reconvertis dans la nature. Pierre Rabhi allait devenir un personnage public moins par sa candidature avortée à la dernière élection présidentielle que par son engagement écologique, prônant un retour à la terre. Libération a fait récemment son portrait (27 août) et il publie ces jours-ci un livre d’entretiens avec Nicolas Hulot.

Les parents de Carole sont séduits par cet «accueil paysan» qui croise leurs idéaux intello-baba-post-soixante-huitards. Il est psychanalyste, fume la pipe et joue de la guitare, elle est prof de fac (anglais) et porte des robes indiennes, ils forment un couple «fusionnel» dit un ami. Le premier été, ils accompagnent Carole inscrite avec trois copines de l’école. Ils discutent avec le couple Rabhi, signent un chèque et repartent. «On était quatre enfants, on s’occupait de l’âne, des chevaux, des chèvres, des plantes, on faisait vraiment partie de la famille», se souvient Carole.

«Trouille». Quelques étés plus tard, Carole est comme un membre de la famille Rabhi. Elle vient en payant moins ou pas du tout, s’occupe des plus petits, de la traite des chèvres, elle aide Sophie, la fille du couple qui a pris les rênes de ce qui devient une colonie. Une animatrice est engagée en 1999. Cet été-là, Sophie est enceinte pour la seconde fois de son mari Lionel, âgé de 26 ans, qui, son Bafa (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) en poche, s’occupe des enfants. Carole a 13 ans. Pour la première fois, ses parents lui laissent prendre le train toute seule. Carole, 19 ans aujourd’hui, se souvient de cet été-là : «Un soir, pour voir le feu d’artifice, on monte sur une colline. Lionel me demande : « Ça te dérange si je m’allonge sur toi ? » Je dis « oui ». Deux jours plus tard, on bivouaque avec les enfants autour d’un feu, Lionel me rejoint dans mon sac de couchage, je ne peux rien dire, je sens de la culpabilité. La seule chose qu’il me dit : « A ton âge on ne tombe pas enceinte. »» Cela se reproduira cinq fois dans différentes circonstances. Rentrée à Paris avec «la trouille d’être enceinte et d’avoir chopé le sida», elle raconte les scènes à sa meilleure amie qui les résume d’un mot : viol. Les gamines appellent le Planning familial. Elle a ses règles ? Oui. Carole envoie un mail à Lionel, lui dit que ce qui s’est passé ne doit pas se reproduire. Elle lui enverra d’autres mails disant qu’elle l’«embrasse fort», lui, évoquera leur «secret». Les Rabhi constituaient sa «seconde famille».

L’été 2000, Carole retourne à Montchamp. Elle se rapproche de Vianney, le frère aîné de Sophie, ce qui lui permet de tenir à distance Lionel qui la poursuit encore. Vianney a 37 ans, joue de la guitare classique, Carole vient de se mettre à la guitare. «Quand mes parents viennent me chercher, je présente Vianney à mon père qui est subjugué par ce type, parti de rien, qui donne des concerts à travers toute la France.» L’été 2001 arrive, Carole a 15 ans révolus, les relations avec Vianney, 38 ans, deviennent sexuelles, «je me sens complètement amoureuse», se souvient-elle.

Anorexie. Quand ils découvrent cette relation entre leur fille et un homme beaucoup plus âgé qu’elle, les parents de Carole le vivent très mal. Ils écrivent à tous les membres de la «seconde famille» leur donnant l’ordre de cesser toute relation avec leur fille. Chacun répond. Vianney : «Vous l’empêchez de vivre.» Michèle Rabhi évoque un «père trop autoritaire et violent, une mère excessivement angoissée et possessive». Sophie leur demande d’aimer leur fille «pour ce qu’elle est, non pour ce qu’elle fait». Exit le rêve post-soixante-huitard.

Tout se dégrade. Les relations entre les parents et leur fille aînée ; la cadette qui en subit les contrecoups ; le corps de Carole : sciatique inexplicable, acné atroce, anorexie (elle perd près de 15 kilos). Et par là-dessus, fugues (où elle retrouve Vianney), avec des résultats scolaires en chute libre, elle qui était plutôt brillante. C’est pour cette dernière raison que la copine rapporte aux parents ce qu’ils ne savent pas : le viol. Carole finit par raconter. Le monde des parents s’écroule. «On est dans les conséquences destructrices de Mai 68, on s’est plantés complètement», analyse la mère aujourd’hui. Ils prennent contact avec l’association Enfance et Partage qui les oriente vers un avocat. Dans le cabinet de ce dernier, le père a un malaise cardiaque. Un troisième quelques mois plus tard lui sera fatal. Eloignée dans un internat, Carole a repris pied et, petit à petit, s’est «lassée» de Vianney. Elle l’appelle une dernière fois pour lui dire : «Mon père est mort.»

L’an dernier, à 18 ans, l’étudiante en droit qu’elle est devenue a porté plainte pour viol contre Lionel, aujourd’hui divorcé de Sophie Rabhi.

«Grand frère». Il est là, ce mercredi, bien seul, planté à la barre du tribunal correctionnel de Privas (l’affaire ayant été correctionnalisée par le juge d’instruction). La présidente Charre l’interroge, évoquant les scènes avec Carole mais aussi avec d’autres petites filles : «La première fois vous avez dit à Carole : « Je suis un grand frère qui va t’apprendre. » Vous trouvez ça normal ?» Lionel baisse la tête, dit que, depuis, il a fait un travail sur lui-même. Sur un banc, la mère de Carole tient sa fille par la taille. C’est une audience feutrée. L’huissière va et vient sur ses talons sonores. Seuls les hommes en robe se font entendre. Carole a depuis longtemps essuyé les larmes qui lui sont venues après avoir été interrogée. Son avocat, maître Costantino, venu de Paris : «Carole attend comme toutes les victimes qu’on la reconnaisse pour ce qu’elle est.» L’ombre du père mort plane. L’avocat de Lionel, maître Forster, se démène pour prouver les «ambiguïtés» du dossier. Une peine, mi-chèvre mi-chou, est demandée par le procureur : dix-huit mois dont six ferme et un suivi médical. Jugement le 7 décembre.

(1) Le prénom a été changé.

Jean-Pierre THIBAUDAT Privas, envoyé spécial.

Violée chez sa «seconde famille» – Libération du 05 novembre 2005

Lien direct: http://www.liberation.fr/societe/2005/11/05/violee-chez-sa-seconde-famille_538151

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Captures d’écran issues du site du journal Libération.

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Le capitalisme nous affame, bouffons-le !