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Mai 37 en Espagne, la contre-révolution stalinienne à l’oeuvre

Il y a 80 ans, Barcelone se soulève pour la seconde fois : 10 mois après l’insurrection victorieuse du 19 juillet 1936, la ville se couvre à nouveau de barricades. Si les barricades sont bien les mêmes (une grande partie des militants « destacados » influents de la CNT sont absents de ce mouvement), les défenseurs de l’ordre établi, eux, ont changé d’uniforme, changé de maître : ils œuvrent maintenant pour la défense de l’état républicain de plus en plus dominé par les communistes (eux-mêmes entièrement manipulés par les soviétiques) dont l’objectif prioritaire est de restaurer l’ordre républicain en éliminant la révolution sociale et ses propagateurs.

Ces combats du mois de mai 1937 vont faire plus de 500 morts et au moins 1000 blessés, c’est-à-dire qu’ils causeront plus de victimes que l’insurrection populaire du 19 juillet 1936 qui, dans une grande partie de l’Espagne, a vaincu le soulèvement des militaires fascistes.

Après la fin des combats, la ville, ainsi qu’une bonne partie de la Catalogne, seront quadrillées et les rafles, les arrestations, les exécutions se multiplieront. Des dizaines de cadavres seront retrouvés dont beaucoup portant des traces de torture ; de nombreuses disparitions seront signalées. Les victimes sont membres des Jeunesses Libertaires, de la CNT, du POUM.

Alors que des militants des comités de quartier et des comités de défense sont en première ligne, les « comités supérieurs » de la CNT (régional et national) optent pour une solution négociée et appellent à la cessation des hostilités. A la dureté des affrontements viennent s’ajouter, pour les militants de base, le désarroi et l’amertume. Comment les « comités supérieurs » ne comprennent-ils pas l’enjeu de ces combats ? Les appels au calme de Garcia Oliver et de Fédérica Montseny (alors ministres de la justice et de la santé) diffusés à la radio semblent tellement suspects que selon le militant et historien cénétiste, José Peirats « parmi les combattants libertaires, le bruit courait que les orateurs étaient séquestrés par les communistes et qu’ils étaient obligés de lire les textes qui leur étaient dictés ». Cette rumeur faisant de Garcia Oliver et de Fédérica Montseny les otages des communistes se répand si bien « que les militant confédéraux qui contrôlaient la forteresse de Montjuic pointèrent les canons vers la généralité, sans jamais les utiliser ».

De fait les « comités supérieurs », les dirigeants de la CNT n’étaient pas, au sens strict du terme, « otages » des communistes mais ils avaient dès le 23 juillet fait le choix de la collaboration avec les institutions étatiques, privilégiant la lutte contre le fascisme au détriment de la révolution sociale. Ce choix les liait donc, de fait, à ces dangereux partenaires. Ils avaient à la fois sous-estimé la redoutable capacité de nuisance des communistes, tenus pour quantité négligeable (or, leur nombre va s’accroître rapidement), surestimé leurs propres forces, et surtout très largement sous-estimé la difficulté de se mesurer à des politiciens professionnels sur leur terrain.

Si pour les comité supérieurs de la CNT, le fascisme était bien l’ennemi numéro un (ils ont en conséquence joué la carte de l’unité anti-fasciste de façon quasiment suicidaire), les communistes avaient, quant à eux, comme priorité absolue la marginalisation, voire l’élimination, des libertaires et des militants du POUM. Ceci constituait, de leur point de vue, une première étape nécessaire pour parvenir à la victoire contre le fascisme.

José Peirats rappelle qu’un des leaders du PSUC (parti communiste catalan) avait déclaré : « avant de prendre Saragosse (aux mains des fascistes), il faut prendre Barcelone (ou prédominait la CNT). Ce genre de propos en dit long sur l’état d’esprit qui animait les communistes à ce moment-là et illustre parfaitement leur conception de l’unité anti-fasciste. Il n’est pas inutile de rappeler que le PC espagnol n’était, à cette époque, pas implanté dans la classe ouvrière et que pour se développer, il se présentait, coté républicain comme le parti protecteur de l’ordre et de la propriété. Ainsi, il attirait à lui les membres de la petite et moyenne bourgeoisie effrayés par les mesures révolutionnaires (autogestion des entreprises, contrôle ouvrier, communautés rurales, etc) impulsées par les anarchosyndicalistes. A l’évidence, les intérêts de cette petite et moyenne bourgeoisie étaient diamétralement opposés à ceux du prolétariat gagné aux idées libertaires.

Les communistes espagnols vont bénéficier par ailleurs de l’appui inconditionnel des soviétiques. L’URSS est alors le seul état qui accepte de fournir des armes (moyennant l’envoi à Moscou des réserves de la banque d’Espagne : 500 tonnes d’or) aux républicains et leur influence ne va cesser de s’accroître. Les soviétiques, conseillers politiques ou militaires, diplomates ou agents de la Guépéou, s’introduisent dans tous les rouages de l’Etat républicain avec un objectif bien précis : le contrôler, entraver la marche de la révolution sociale qui inquiète les démocraties occidentales dont Staline souhaite se rapprocher. Le PCE et le PSUC ne sont, dans ce contexte, que les instruments dociles du maître du Kremlin.

Véritablement prisonniers de leur choix de privilégier à tout prix l’unité anti-fasciste, les dirigeants de la CNT vont être condamnés à la défensive, reculant sans cesse sur les conquêtes révolutionnaires, contraints à pactiser avec leurs adversaires politiques, laissant aux communistes et à leurs alliés (catalanistes et républicains bourgeois) l’avantage incontestable de l’offensive. Conscients de la force du mouvement libertaire mais aussi de ses faiblesses, et bien décidés à en tirer profit, les staliniens vont avoir recours à une véritable guérilla politique au sein des institutions étatiques en voie de reconstruction pour grignoter de plus en plus de postes clés et tenter d’affaiblir leurs principaux adversaires, les libertaires. En même temps, les staliniens vont se livrer à toute une série de provocations armées pour tester les réactions de la CNT et conforter dans l’absence de riposte leur avantage militaire.

Bien avant le mois de mai 37, les tensions entre anarchosyndicalistes et staliniens se multiplient. Les provocations de ces derniers gagnent en intensité, ne suscitant souvent que peu de réactions de la part des « comités supérieurs » aveuglés par leur collaboration et leur volonté de « coexistence pacifique » alors que les communistes ont fait le choix d’une agression continue. Dresser la liste exhaustive de ces provocations serait trop long, mais en voici quelques exemples :

– Le 31 octobre 36, à Valence, lors de l’enterrement d’un milicien anarchiste tué par la GPA, les communistes locaux ouvrent le feu à la mitrailleuse sur la foule des miliciens qui suivent le cercueil.

Abel Paz, historien du mouvement libertaire espagnol, rapporte que les « braves combattants du PC obtinrent une éclatante victoire, puisqu’elle fit 30 morts et plus de 80 blessés dans nos rangs ». Malgré le vif désir de revanche, on fit comprendre aux miliciens que le temps n’était pas à la vengeance mais à la lutte contre le fascisme et c’est ainsi, conclut Abel Paz, « qu’il n’y eut pas de réponse à cet odieux massacre ».

– Le 19 février à Almorta un milicien CNT très connu, Francisco Maroto, est accusé de trahison (il fait des incursions en terrain ennemi) par des communistes et condamné à des années de prison. La direction de la CNT le soutient très faiblement. 
-Le 8 mars 37 à Vilanesa les anarchistes défendent leur local contre une attaque policière (4 libertaires morts, 11 policiers tués).

– En ce même mois de mars, le cinquième régiment mené par le général stalinien Lister attaque et désorganise les collectivités rurales autogérées en Aragon, causant des dégâts considérables et de nombreuses victimes civiles.

– Le 27 avril, une attaque en règle contre la CNT en Cerdagne provoque la mort de plusieurs militants dont celle du leader anarchiste Antonio Martin Escudero.

– Enfin, rappelons que les circonstances de la mort de Durutti, le plus prestigieux des leaders de la CNT, n’ont jamais été éclaircies et que nombre de militants de l’époque accusèrent les communistes.

Sur le front, de nombreux incidents sont également à déplorer. Si les régiments communistes disposent d’armes modernes fournies par les russes, l’armement des colonnes anarchistes est obsolète et elles disposent de peu de munitions. Les assauts sont lancés sans couverture d’artillerie, ce qui entraîne d’énormes pertes. A l’arrière, les membres des forces la police, équipés par les soviétiques, disposent d’un équipement moderne. Tous ces faits sont largement connus et commentés, ce qui explique le sentiment de révolte partagé par beaucoup de libertaires : la coupe est pleine et il n’est plus possible de subir sans réagir. Aussi, le 3 mai 1937, lorsque les gardes d’assaut tentent d’occuper le central téléphonique de Barcelone aux mains de la CNT depuis le 19 juillet, les comités de défense et de quartiers veulent mettre un terme définitif aux ambitions des staliniens. Mais les stratèges de la CNT ont, eux, une vison autre. Obnubilés par la lutte contre le fascisme, ils ne veulent pas prendre le risque de faire exploser le front anti-fasciste et appellent à l’arrêt sans condition des combats. Pour César M. Lorenzo, historien du mouvement anarchiste espagnol, pourtant peu enclin au maximalisme, « il est hors de doute que si les leaders de la CNT avaient décidé de se lancer dans l’aventure, ils auraient vaincu sans aucune difficulté les staliniens du PSUC et leurs alliés » mais, ajoute-t-il plus loin, « l’Espagne républicaine aurait éclaté en plusieurs blocs antagonistes devenant une proie facile pour l’armée franquiste ». Pour Lorenzo cependant « … une fois de plus la CNT reculait, or ce retrait équivalait à une véritable déroute ».

L’échec de l’insurrection anti-stalinienne de mai 37 va condamner la CNT à une stratégie toujours plus défensive, laissant aux communistes et à leurs alliés l’initiative, le contrôle des forces armées à l’arrière et sur le front où l’armée républicaine professionnalisée à outrance va aller de défaites en défaites jusqu’à la déroute finale.

80 ans après mai 37, quels enseignements tirer de cette défaite ? 
Aujourd’hui, le néo-fascisme moderne et son corollaire obligé, l’anti-fascisme unitaire, refont surface. Pendant la révolution espagnole le prétexte de l’unité anti-fasciste fut utilisé comme un leurre destiné à permettre la reconstruction des institutions étatiques, mises à mal par la révolution libertaire. En 2017, la bourgeoisie républicaine française instrumentalise la peur qu’inspire le fascisme (même dans sa version light) pour consolider son pouvoir. Pourtant, ce sont bien les gouvernements issus de cette même bourgeoisie républicaine et libérale qui, sous prétexte de défendre la démocratie, mettent en place des mesures liberticides (État d’urgence) et proclament des lois contraires aux intérêts des travailleurs.

L’État, rempart de la bourgeoisie, quel que soit le masque sous lequel il se présente, est l’ennemi juré des militants de la liberté, de l’égalité et de la justice. Prétendre qu’il existerait une hiérarchie dans la dangerosité des ennemis de la Liberté, et en conclure qu’une sorte d’alliance avec les moins pires, serait possible est une illusion mortelle. L’échec de la révolution libertaire espagnole nous le rappelle cruellement.

 

CNT-AIT Toulouse

 

facebook, une désolation « connectée »

 C’est à la reprise d’un article sans doute moins immédiatement accessible que nous vous invitons à lire ici.  Si nous le relayons, c’est parce que nous estimons que sa compréhension est d’une importance décisive sur la période mais également au but d’emmener ceux et celles qui l’auront entendu comme nous, à reproduire ses grandes lignes sous différentes formes au but de diffuser les aspects majeurs qui y sont développés. 

 

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I La désolation, disposition moderne par excellence

 

            Dans le chapitre IV du Système totalitaire, Arendt définit la condition nécessaire et le résultat de toute domination totalitaire à l’ère des sociétés de masse modernes : il s’agit de l’expérience, vécue par chaque individu atomisé, de la « désolation ».

La désolation, qui est déracinement, c’est-à-dire absence d’ancrage dans le monde, et qui est aussi sentiment d’inutilité, de superfluité, c’est-à-dire absence d’appartenance au monde, se fonde essentiellement sur deux déterminations propres à notre modernité désertique et désastreuse : d’une part, une logique abstraite et aveugle à la réalité empirique et complexe du monde, s’appliquant aux processus sociaux, politiques, et historiques, impose ses « lois » implacables, de telle sorte que les individus ne peuvent plus penser hors de ces cadres idéologiques et autoritaires, qui renvoient également à un projet téléologique totalisant ; d’autre part, les individus, soumis à ces logiques aveugles, qui justifient toutes les destructions possibles et permises, sont aussi réduits à leur condition biologique d’animal laborans, et leur désolation sera fondée sur le fait que leur activité « sociale » elle-même, de ce fait, ou leur dit « travail », ne concerne plus que la dimension la plus privée, la plus solipsiste, la plus asociale de leur être (soit la dimension relative à leur survie reproductive, qui exclut leur créativité vivante, personnelle, commune, active, libre, politique ou oeuvrante).

Arendt dénonce d’abord les totalitarismes nazi et stalinien. Mais on aperçoit dans cette caractérisation spécifique de la désolation moderne comme relevant d’une sorte de « biologisme », ou de « travaillisme », qu’une détermination souterraine conditionne un fondement commun à ces deux manifestations totalitaires, « raciste » ou « classiste » (et patriarcales). Ce fondement commun sera une forme téléologique abstraite sans finalité dernière, toujours renouvelée, « guidant » le devenir historique, une abstraction se matérialisant donc, et provoquant la destruction concrète du monde, forme téléologique opérant a priori une réduction ontologique mutilante : celle qui consiste à ramener toute individualité, privée ou publique, personnelle ou « citoyenne », à une pure dépense d’énergie, de nerfs, de muscle, et de cerveau, en vue de la seule survie du corps biologique.

A vrai dire, ce qui est défini par Arendt ici est très clair, si l’on confronte, par exemple, ses analyses, à celles de la Ière section du Capital de Marx : la structure totalitaire initiale et primordiale sera bien la forme politico-économique qui détermine le travail, conçu abstraitement comme « valeur », comme catégorie synthétisant « le social » en tant que tel, dont l’accumulation indéfinie, en outre, est visée, sans considération pour ses manifestations ou « vertus » empiriques concrètes, et qui se caractérise d’abord téléologiquement, sans que cette forme téléologique ne puisse trouver de finalité dernière (A-M-A’, A’-M-A’’, etc., indéfiniment). Autrement dit, le totalitarisme primordial et initial, même dans le texte arendtien, et si l’on confronte ce texte arendtien à un Marx lui-même « ésotérique », catégoriel et transcendantal, qu’Arendt n’aura pas vraiment aperçu, semble bien être le capitalisme fondamentalement compris, comme système produisant massivement des « abstractions réelles » (travail abstrait, marchandises, argent), et dont la valeur « économique », selon une téléologie négative ou indéfiniment ajournée, sera le soleil qui jamais ne se couche sur l’empire de la moderne passivité.

National-socialisme et stalinisme : deux formes totalitaires extrêmes qui développeront la folie « productiviste », ou « biologiciste », de façon délirante, de façon massivement meurtrière… mais qui auront, souterrainement, pour fondement, le même « travaillisme », le même « fonctionnalisme » impersonnels, qui surgirent déjà, par exemple, dans l’Angleterre colonialiste et expropriatrice du XVIIème siècle, et qui restent ceux des totalitarismes « softs » de nos démocraties libérales et marchandes plus tardives.

Les propos d’Arendt relatifs à la désolation de l’individu moderne, dans les sociétés de masse, dès lors, devraient nous parler encore. Et ils ciblent, à vrai dire, de façon toujours radicale et originale, des phénomènes contemporains, dans un monde où une certaine logique indéfiniment renouvelée, celle de l’autovalorisation de la valeur, n’a pas cessé de se déployer.

Nos sociétés libérales contemporaines n’ont pourtant rien de comparable avec les folies meurtrières des systèmes totalitaires du XXème siècle, loin s’en faut. Dire cela, ce pourrait vouloir opérer des « nivellement moraux ». Mais les conditionnements psychologiques, les phénomènes de décompositions psychiques, à l’œuvre ici, relèveront des mêmes mécanismes, et auront un fond impensé, « logique » ou « rationnel », analogue à celui de ces systèmes absolument destructeurs, si bien que la critique radicale de certaines manifestations résurgentes du dit « désert », apparemment « anodines », semble s’imposer aujourd’hui, de façon urgente.

L’écrivain Marcel Cohen, dont toute la famille a été déportée à Auschwitz, considérait par ailleurs, en 2013, dans son essai A des années Lumières, en évoquant une certaine inteconnexion matérielle, propre au capitalisme mondialisé, que les totalitarismes du XXème siècle se prolongent peut-être aujourd’hui sous des formes nouvelles, certes souvent plus « vivables », mais pas moins pernicieuses.

Dans cette perspective, Cohen thématise en particulier… une certaine « conteneurisation » contemporaine. Y aura-t-il une forme de sociabilité « typique » conditionnée par « l’esprit » en germe dans ce « projet » matériel de conteneurisation ?

Il n’est pas impossible, hélas, que même l’une des manifestations les plus « softs » de notre « connectivité » contemporaine, nous fasse comprendre quelque peu ce qu’a voulu nous dire ici ce penseur profond.

 

II Symptômes de la désolation contemporaine

 

Ainsi, l’individu désolé aujourd’hui n’a plus de vie intime, car cette désolation qui a été évoquée signifie une chose très précise pour lui : les injonctions publiques de la valorisation de la valeur envahissent constamment son espace « privé », son « foyer » saturé de marchandises et de travail « social » coagulé, ou de « valeur » fétichisée. Son espace « privé », ou privatif, devient le lieu de l’exploitation, de la guerre, et de la misère collective, lesquelles sont en effet cristallisées dans ses « biens » « propres », puisqu’ils sont marchandises. De même, sa citoyenneté « publique » n’est que prise en charge par la dimension privée, ou biologique, de sa survie : c’est en tant qu’être « au travail », qui lutte pour sa survie « augmentée », qu’il sera autorisé à se manifester de façon « citoyenne ». Cette contamination réciproque des deux espaces, public et « privé », de fait, conditionne une façon de n’être nulle part « à sa place » : l’être « social » aujourd’hui, en tant qu’individu déployant sa personnalité individuelle et privée, demeure comprimé contre une masse impersonnelle, indifférenciée et abstraite, et tend à perdre de vue sa singularité incarnée ; en outre, en tant qu’individu engagé éventuellement dans des collectifs politiques, il subit l’atomisation et l’isolement produits par les confusions de l’économique et du politique, et il voit cet être-collectif se fragmenter tendanciellement en une collection d’intérêts égoïstes étanches mutuellement.

Socialement, par ailleurs, l’individu travaillant n’est plus directement « utile », encore moins « indispensable », en tant qu’individu qualitatif et concret : ce n’est que la dimension quantitative, abstraite, non spécifique, de son travail, qui produira une valeur « socialement », c’est-à-dire « économiquement », reconnue, sans qu’il ait de prise directe sur une telle « valorisation ». Son sentiment subjectif de superfluité, et sa superfluité « objective », en outre, ne font que croître, face au surdéveloppement des facteurs objectifs de production, face aux stratégies calculantes de délocalisations, et face à la manière dont on le considère comme « ressource humaine » exploitable.

Dans un tel contexte, éminemment actuel, des nouvelles formes de sociabilités « adaptées » se « développent », de façon cohérente et « logique ». La téléologie toujours différée de la valorisation de la valeur, comme l’aura vu Guy Debord, complétant à son insu le diagnostic arendtien, donne à voir désormais la dépossession déracinée de l’individu des sociétés de masse modernes, et ce au sein d’un certain spectacle : ce spectacle, ou cet ensemble d’images autonomisées, censées représenter publicitairement, médiatiquement, de façon promotionnelle, l’objectivation d’une vie marchandisée en général, pour des vies subjectives devenues passives et contemplatives, n’est rien d’autre que la sublimation de cette désolation aperçue par Arendt, sa forme « soft » devenue « fun », consentie, divertissante, et donc aboutie.

Et c’est, au XXIème siècle, à travers l’outil spectaculaire par excellence, public-privé, c’est à travers le commun, le mondain, devenu « disponible » comme « image », sur un écran isolé et privé pour chaque individu monadique, que cette logique, très clairement, annonce son épanouissement plein : le « web 2.0 », ses « réseaux sociaux », fondent désormais une « interconnexion » « sociale » massive et continue, quotidienne et banalisée, à la mesure d’un projet productif total désormais mondialisé, et colonisant toujours plus tous les aspects de la vie.

 

III Facebook : structure paradigmatique de la désolation contemporaine

 

Dans un tel cadre, le capitalisme monopolistique concentre de façon conséquente une majorité des sociabilités « interconnectées » sur un medium privilégié : facebook s’impose comme monopole, sur un certain secteur stratégique, et ses concurrents ne seront justement qualifiés que comme… concurrents, se définissant en fonction de leur relation à ce monopole.

Facebook devient le paradigme de la désolation interconnectée. Comprendre son fonctionnement, c’est comprendre une manifestation éminente de la désolation propre à aux totalitarismes « softs » de nos sociétés contemporaines, et c’est dès lors pouvoir caractériser celle-ci de façon relativement précise.

Donnons à voir, donc, la complexité matérielle, sociale et psychologique, de ce medium paradigmatique :

1)      D’un point de vue objectif immédiat, Facebook est, de plus en plus souvent, un « service » disponible sur la marchandise « smartphone ». Cette donnée élémentaire implique déjà une dissociation de base. La machine high-tech, ici, fonctionnelle et « pratique », devenue vecteur de la capitalisation sociale ou professionnelle,  au design esthétique et « fun » par ailleurs, publicitairement désirable, n’est pas un « problème de conscience », pour les consommateurs-travailleurs « branchés », qui pourtant collaborent à l’exploitation sauvage de prolétaires, de Chine ou « d’ailleurs », sous-payés et entassés dans des usines d’assemblage, où les burn out, les évanouissements, voire les suicides, ne sont que trop fréquents. L’exploitation et l’empoisonnement des enfants, en outre, plus en amont, « permettant » l’extraction, dans les mines, du cobalt « indispensable » à la fabrication de ces machines, ne sera pas consciemment « problématique » pour l’usager désinvolte. Ce fétichisme primordial, qui dévoile tout fétichisme technologique en général, constituera bien l’arrière-fond de toutes les autres formes de dépossessions liées au medium« facebook ».

2)      D’un point de vue infrastructurel, Facebook, loin d’être strictement « immatériel », demeure, avec Google, l’un des plus gros clients des data-centers, qui représentent aujourd’hui 1,4% de la consommation électrique mondiale, soit la capacité de production d’environ 40 centrales nucléaires, et qui représentent ainsi 2% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète. La sociabilité connectée « permise » par Facebook se fera donc au prix, également, de l’aggravation du désastre écologique : la désolation « connective » de l’individu impuissant et inconséquent, infime rouage dans une machine « 2.0 » qui l’hypnotise, c’est aussi cela. Sa « collaboration » passive et consentie, banalisée, à la destruction massive de l’existant sera à la mesure de la parcellisation indéfinie de sa « responsabilité ».  2% des émissions de gaz à effet de serre.

3)      Du point de vue de l’économie induite par le medium en tant que tel, Facebook est un service apparemment « gratuit », pour ses « usagers ». Mais sa finalité d’entreprise capitaliste privée demeure bien sûr le profit, indissociable d’une forme d’exploitation. A dire vrai, la ressource exploitable la plus « précieuse » du point de vue de ses gestionnaires, n’est rien d’autre que… l’usager lui-même, ou ses « données » personnelles. Celles-ci, vendues désormais aux développeurs de publicités, permettent la diffusion de publicités ciblées, et donc plus « efficaces ». Dans le contexte de ce réseau, dès lors, l’usager devient cyniquement la « matière première » exploitable. Le raisonnement est simple : « si vous ne payez pas pour le produit, c’est que vous êtes le produit ». Dès lors, il faudrait inverser la perspective : ce n’est pas le service qui est « gratuit ». C’est l’usager qui consent gratuitement à devenir une marchandise, une ressource exploitable. Son « temps de cerveau disponible » est ce qu’il « offre » gratuitement aux développeurs de publicités, en définissant lui-même les critères optimaux pour que ces publicités soient les plus « adéquates » possibles. Cyniquement parlant, un usager qui passe 3 heures sur Facebook à la fin de sa journée de travail, accepte de travailler 3 heures de plus dans sa journée, puisqu’il produit apparemment une certaine « valeur » économique, et ce travail apparemment « divertissant », mais pas moins comptabilisé, se surajoute à son salariat astreignant, et sera effectué gratuitement.

4)      Dans certains cas précis, le flicage, même à un niveau juridique, peut se surajouter à ces déterminations publicitaires. Déjà aujourd’hui, certaines procédures judiciaires peuvent mobiliser des « preuves » disponibles sur un « mur » Facebook. La société de surveillance annonce dès lors que les surveillé-e-s peuvent adhérer à leur propre surveillance, au point de l’organiser délibérément. Le fichage est potentiellement effectué par les fiché-e-s. Si un nouveau fascisme triomphe dans l’avenir, et qu’il s’agit à nouveau pour le pouvoir politique de sélectionner certain-e-s « ennemi-e-s du peuple » à « abattre » ou à mettre dans des camps, alors les « cibles » auront pu participer à leur propre « identification ».

5)      Dans ce contexte, l’investissement « subjectif » de chacun-e sur ce medium, le développement de formes divertissantes, humoristiques, désinvoltes, militantes, professionnelles, journalistiques ou « intellectuelles », n’est qu’un prétexte pour un autre jeu, n’est qu’une façade dissimulant des intérêts plus profonds, qui ne concernent en rien les usagers eux-mêmes. Ce jeu plus « sérieux », qui se déroule dans l’ombre, est une façon latente, et globalement inconsciente, pour l’usager, de faire commerce de soi-même, d’offrir gratuitement ses propres « qualités » réifiées, qui ne sont exhibées aux « ami-e-s » que de façon contingente, et qui « profitent » fondamentalement aux diffuseurs calculants, promoteurs de formes marchandes sans substance sociale réelle, eux-mêmes soumis à un sujet-automate impersonnel.

6)      Le « sérieux » de l’esprit économique, qui réduit tout à l’ordre sans qualité, contamine dès lors massivement des formes de vie « connectées », qui se voudront artistiques parfois, ou encore « résistantes », créatives, drôles, amicales, voire amoureuses. La finalité du développement de ces formes de vie, en effet, n’est plus déterminée par celles ou ceux qui les vivent, mais par les gestionnaires qui rendent disponibles le medium : ce medium, de fait, n’existera que pour rendre possible la marchandisation des données individuelles, sans qu’il soit important de savoir si elles sont « érotiques », « professionnelles », « réflexives », « politiques », ou délurées. Le développement du quantitatif, ici, est parvenu, comme l’annonçait déjà Debord, à s’affirmer fallacieusement comme étant le qualitatif en tant que tel, pour mieux abolir la spécificité de ce dernier. L’individu désolé finit par s’investir affectivement et qualitativement dans la zone de la vie qui aura aboli toute qualité, tout affect propre.

7)      Une telle réalité cynique, matérielle ou économique, massivement occultée, conditionne dès lors, en superficie, un usage toujours plus « gestionnaire » et non spécifique de notre propre vie « sociale » : pour tel individu, facebook, est un medium de diffusion professionnelle, ou encore militante. Mais d’autres « ami-e-s » répondent à cela de façon émotionnelle, ou satirique. Pour telle autre personne, Facebook est un divertissement inessentiel : mais le statut « professionnel » ou « politique » d’un autre usager tend à brouiller ces frontières. Le loisir, le travail, la « critique », la culture, se confondent toujours plus de ce fait : le caractère superficiel du premier contamine le « sérieux » revendiqué des trois autres, pour diffuser toujours plus un sentiment inconscient de superfluité générale. Le caractère calculant du second contamine la dimension désintéressée du premier, pour diffuser un sentiment de désincarnation toujours plus fort dans les relations amicales, affectives, ou amoureuses. La critique de son côté, ou le militantisme « 2.0 », ainsi que d’autres formes « culturelles » se voulant sophistiquées, reçoivent simultanément ces sentiments de désincarnation et de superfluité désespérées. Déracinement et inutilité, absence d’ancrage dans le monde, et sentiment de non-appartenance au monde, ne font que se confirmer dans un tel contexte.

8)      La vanité creuse et le ressentiment vide, nous décomposant psychiquement, seront finalement, à l’extrême surface, les affects les plus communs et les plus explicites, sur ces « réseaux sociaux ». Une collaboration inconsciente à l’exploitation sauvage mais lointaine, une auto-réification subie de façon latente, dans laquelle devrait « s’épanouir » tout « individu », produiront dans la sphère la plus immédiatement accessible de la conscience, un ensemble d’émotions solipsistes, négatives et réactives, une susceptibilité exacerbée, une relation abstraite à l’autre, absent mais comprimé contre soi, consolidant une souffrance indicible, et renforçant la perte de tout critère judicatif ou évaluatif raisonné. L’infantilisme se développe tranquillement, les insultes se banalisent, mettent en boîte, et s’oublient, les louanges sont autant de détresses vaines, les « like » se capitalisent comme une monnaie équivoque, les « smileys », normalisés, se réclament de façon névrotique et puérile, les « gifs » délivrent des « messages » réducteurs, et les « mots d’amour », exhibés impudiquement, perdent toute signification singulière. Au sein de ces confusions, au niveau « politique », le droit de vote du « citoyen » des démocraties libérales, finira par avoir, peut-être, autant de consistance, que le « vote » quotidien qui consiste à « liker » un « post » ou un commentaire « Facebook ». Au niveau « culturel », l’appréciation d’une œuvre d’art, ayant éventuellement absorbé toute l’existence d’un artiste habité par une vocation dévorante, engagera le spectateur autant que « l’engagent » un « clic » approbateur, ou un « smiley » statique et manichéen, « formulé » sur la base d’un rapide coup d’œil. Au niveau relationnel, le lien familial, l’amitié, ou l’amour, deviennent aussi triviaux et administratifs, aussi tristes et anonymes, que des statuts impersonnels et abstraits : le « réseau » « professionnel », d’ailleurs, ne se distinguera plus, dans une « liste d’ami-e-s », des relations intimes, familiales, réellement amicales, ou amoureuses. Des messages sans destinataires, donc, des élections sans élu-e-s, se diffusent indifféremment, et l’individu le plus connecté et le plus virtuellement « entouré », devient l’être le plus seul et le plus déserté. Dans une société où la solitude n’est jamais seule, toujours hantée par la masse, et où la masse devient elle-même une seule individualité désolée, la singularité de chacun, et la rencontre réelle de l’autre, sont plus que jamais menacées. Facebook ne rend pas impossible cette désolation, mais tend à la favoriser au contraire, parmi une multitude d’autres facteurs. Il concentrera, de façon tragique, un rapport au monde blessé.

 

 

IV Conclusion

 

Cette perspective très critique à l’égard d’un medium aujourd’hui envahissant ne doit pas, néanmoins, déboucher simplement sur la diabolisation manichéenne de cet outil « 2.0 », qui n’est jamais qu’un outil technologique parmi d’autres, certes particulièrement puissant, mais s’insérant de façon cohérente, en tant que réalité capitaliste, dans une logique de contrôle, d’exploitation, et de dépossession. Cibler obsessionnellement « Facebook » comme racine du mal de la désolation présente, consisterait à ne voir que la partie la plus émergée de l’iceberg spectaculaire actuel. Ces analyses critiques brèves définissent un symptôme éminent du spectacle contemporain, mais visent la détermination d’un paradigme plus profond. D’autres formes de sociabilités, même certaines qui pourraient se dire « sociales et solidaires » aujourd’hui, seront soumises à ce même paradigme.

Dans un tel contexte, une « pureté » critique et pratique consisterait à rejeter toute forme de « connectivité » contemporaine, à ne pas collaborer à la désolation « 2.0 », de soi-même et d’autrui. Néanmoins, peu d’individus ayant choisi la voie critique, même « radicale », s’engagent dans cette « pureté », s’ils ont les moyens d’accéder à l’outil « 2.0 », qu’il s’agisse de Facebook ou d’un medium analogue, car cette pureté signifie aujourd’hui, d’un point de vue « réaliste », l’invisibilité stricte… et donc l’inexistence, la non efficience éventuelle, de la critique en tant que telle.

Un pouvoir qui rend indispensable ses propres outils, même pour les individus qui veulent abolir le pouvoir, hélas, deviendra un pouvoir apparemment indestructible. Cela du moins serait définitivement vrai, si le détournement, comme viralité contre-virale, était une stratégie absolument vaine.

De toute façon, dans un monde futur plus souhaitable, où le désert cessera de croître, Facebook aura disparu, et la sociabilité ne devra plus inclure l’exploitation sauvage, la destruction écologique, le flicage insidieux et le calcul cynique, pour se déployer sereinement. Absolument parlant, on ne saurait se « réapproprier » Facebook, mais il faudrait bien un jour l’abolir, avec tout ce qu’il implique. Ici, toute tentative de détournement qui serait interne à ce qu’il s’agit de détourner, devrait donc, pour être conséquente, viser l’abolition finale du medium, son implosion dernière, et non son « amélioration » cosmétique.

Si toutefois des rendez-vous informels s’organisent, des informations riches se partagent, des rencontres réelles et réjouissantes sont permises, des échanges précieux se développent, parfois, dans les marges de ce « web 2.0 », alors, ponctuellement, le « connectif » se mue en intensif, ce qui n’est pas impossible. Mais ce n’est pas par la vertu du medium en lui-même que ces « détournements » se réalisent, mais malgré ses interfaces et structures nivelantes. Et ce n’est donc pas le medium en tant que tel, qu’il faudra louer, mais bien la persistance de personnalités qui résistent à sa désolation. Cela étant, une telle sociabilité « qualitative » continuera à se déployer sur fond de dissociation et d’occultation impensée, d’exploitation et de misère générale : elle ne sera jamais en  elle-même l’épanouissement strict, toujours déjà contaminée par la mauvaise conscience et le ressentiment impersonnel. En outre, comme on l’a dit, employer les armes de la désolation pour manifester sa propre résistance à la désolation, n’est-ce pas une manière aussi de consolider cette désolation ?

L’individu qui n’a plus besoin de manifester ou de diffuser son refus en employant les valeurs de ce qu’il refuse reste sûrement le plus émancipé. Mais hélas, aujourd’hui, cet être, s’il n’est pas désolé, tend néanmoins à devenir toujours plus… isolé. Et nul ne pourra connaître, dès lors, cette incitation positive à l’émancipation qu’il actualise, ni en bénéficier, puisqu’elle ne sera pas… visible. Un dilemme peut-être, aura surgi ici, et de façon tout à fait spectaculaire. Insupportable dilemme, qui ne signifie en rien la réhabilitation du medium, mais qui tend au contraire à définir la nécessité impérieuse de sa destruction future.

Dans une telle situation, la constitution de réseaux sociaux « alternatifs » ne ferait que déplacer le problème, et retarderait l’échéance critique, d’un strict point de vue économique.

L’idée de visibilité, ou de diffusion, est encore à transmuter, donc, sur un plan révolutionnaire conséquent et cohérent.

Source

19 juillet 36, Révolution sociale et victoire sur le fascisme

19 juillet 36, Révolution sociale et victoire sur le fascisme

1936, le talon de fer de l’État et du capitalisme écrase l’Europe. En URSS le capitalisme d’État s’installe dans une dictature sanglante. En Allemagne c’est le cauchemar nazi. En Italie règne le fascisme mussolinien. Au Portugal, Salazar impose la terreur.

A l’opposé de cette domination bestiale qui étendra rapidement ses tentacules à tout le continent, les idéaux de liberté et d’égalité vont triompher un moment en Espagne grâce à la révolution sociale et libertaire du 19 Juillet 36.
Les militaires espagnols imbibés d’autoritarisme et de colonialisme, se sentaient un destin national de mercenaires au service des industriels et des grands propriétaires.

Quand ils firent leur coup d’État, le 18 Juillet 1936, ils pensaient que tout irait vite, qu’en Espagne comme ce fut le cas en Allemagne ou en Italie, la population se soumettrait à la brutalité de la force armée. C’est l’inverse qui se produisit . Contre les généraux traîtres il se leva dans les 24 heures un ras de marée révolutionnaire qui allait submerger non seulement les militaires fascistes mais également la bourgeoisie dominante. Dans leur calcul, les réactionnaires et les fascistes d’Espagne avaient oublié que le contexte social de ce pays était différent du reste de l’Europe. Depuis des décennies que se succédaient dans ce pays les grèves de solidarité et que se multipliaient les « aténéos » (centres culturels libertaires), il s’y était développé une culture d’auto-organisation. Les luttes dans les quartiers et dans les entreprises, menées par la base, avaient forgé une mentalité qui refusait la soumission. Les ouvriers et les paysans ne suivaient pas les politiciens. Contrairement à de nombreux pays dans ces années, le Parti communiste et le parti fasciste (en Espagne, les phalangistes) étaient groupusculaires. Cette situation inédite qui a permis la première défaite historique du fascisme fut l’œuvre de l’anarchisme militant. La spécificité des militants anarchistes espagnols était d’être majoritairement issus des classes exploitées. D’origine paysanne ou ouvrière ils restaient dans leur milieu pour y mener la lutte de classe. A l’inverse de ce qui s’est produit en France, ils ne rejoignaient pas les appareils syndicaux réformistes. Ensemble, avec leurs collègues et avec leurs voisins, ils ont construit une fédération de groupes et de syndicats qui avaient tous pour projet le communisme libertaire et dont le fonctionnement et les tactiques essayaient d’être en cohérence avec leurs finalités.

En conséquence, Le 19 juillet 1936 vit non seulement la défaite des militaires factieux battus par le peuple en armes mais la naissance d’une révolution sociale et libertaire. Cette journée fut historique car la force et la confiance collective furent telles que spontanément des masses d’hommes et de femmes descendirent dans la rue pour s’opposer au coup d’État. Dans la plus grande partie du territoire on vit des militaires, au départ arrogants et prêts à toutes les brutalités, reculer devant des foules décidées à ne pas se laisser faire puis finir par se rendre au premier venu.

Tout comme ils avaient gagné leur liberté, tout aussi naturellement et dans un même mouvement les paysans se réapproprièrent les terres des grands possédants et les ouvriers prirent en main les machines. Dans les champs, surtout en Aragon, Valence et Catalogne, il y eut un regroupement des terres cultivées en commun au sein des Collectivités villageoises. Chacun était libre de participer ou pas à ces Collectivités. Mais même les plus sceptiques y adhéraient quand ils constataient que la Collectivité produisait mieux pour tous et avec moins de travail. Quant aux ouvriers catalans ils placèrent leur entreprise en auto-gestion et au service de tous.

Bien-entendu les privilèges, les traditions et l’obscurantisme religieux furent jetés par la fenêtre. Dans le pays de l’inquisition, on eut le droit de vivre en union libre ou de divorcer. C’était dans une atmosphère de liesse, de bonheur partagé et de fraternité que le peuple marchait vers un futur plus juste et plus humain en cet été de 1936.

Cela pouvait être contagieux. La bourgeoisie ne pouvait supporter un tel exemple. Elle était consciente de l’ampleur du vide politicien occasionné par la socialisation et l’autogestion des moyens de production qui ne laissaient aucune place aux gesticulations politiciennes. Le communisme libertaire était en marche et rendait inutile toute forme de pouvoir et de hiérarchie. Le premier acte des anciens dirigeants politiques fut d’inciter les anarchistes à participer à un gouvernement de front populaire. Ceux ci commirent l’erreur d’accepter. Certains, dont Fédérica Montseny, furent nommés ministres et ce n’est que trop tard qu’ils s’avisèrent d’avoir ainsi remis le pied à l’étrier aux adversaires de la révolution sociale. Ces derniers préféraient tout plutôt que l’émancipation sociale. Ils allaient peu à peu accomplir leur travail de sape. Les politiciens professionnels socialistes et communistes, alors qu’ils ne représentaient rien, siégèrent également dans le gouvernement républicain unitaire qui fut de moins en moins symbolique et de plus en plus réactionnaire. De plus, le capitalisme avait de nouveau un pied dans chaque camp et pouvait manœuvrer au niveau international.

Dans le camp fasciste, bien sûr, les nazis de Hitler et les chemises noires de Mussolini vinrent soutenir Franco. Dans le camp « démocrate », les bourreaux staliniens furent invités par les dirigeants républicains. Le but des uns et des autres était commun : écraser les libertés et liquider les militants et les conquêtes révolutionnaires. Après les journées de mai 1937 à Barcelone ceci se réalisa au grand jour. On assista alors à la répression ouverte contre les dissidents anarchistes ou marxistes, puis à la destruction des collectivités par les chars du Parti Communiste Espagnol. Ce fut la militarisation de la société. La transformation par la force de la révolution en une guerre traditionnelle, dont l’épisode culminant fut l’imbécile bataille de l’Èbre, n’apporta que du sang et des larmes.

Ce fut à l’aube de la deuxième guerre mondiale -dont elle constitua de bien des manières une répétition générale- que prit fin la guerre d’Espagne.

C’était en 1939.

 

Un militant

 

cnt-ait.info

 

 

Mais c’est quoi au juste, le syncrétisme de gauche?

Gérard Filoche (PS), Pierre Laurent (PCF), Marie-George Buffet, (PCF), Jean-Luc Mélenchon (PG), Laurent Berger (CFDT), Thierry lepaon (CGT), des champions incontestés du syncrétisme petit bourgeois.

Mais c’est quoi au juste, le syncrétisme de gauche?

Nous vous invitons vivement à lire ce texte pour le comprendre.

 

La classe, remède à la tentation contre-révolutionnaire du syncrétisme de gauche

Quand on ne conçoit de pouvoir que gouvernemental, quand on ne conçoit d’instrument de lutte que l’État, quand on ne conçoit de démocratie que bourgeoise, quand on a abandonné toute idée de révolution, quand on pense que finalement, le capitalisme doit « seulement » être « modifié », on ne peut évidemment pas faire autrement, en période électorale (c’est à dire désormais , tout le temps !) que de tenter de mettre ensemble des chèvres, des choux et des loups.

Pour « re-gonfler » une « équipe » (qu’on a progressivement contribué à décimer en abandonnant l’organisation de classe et en hurlant sur tous les toits que « la classe ouvrière n’existait plus »…), parce que cette « équipe » il la faut, il en faut, du « contingent de votants », pour espérer gagner une élection bourgeoise , notamment dans le système mis en place sous la 5ème République de ce pays !

Alors, urgence et politique « petit-bras » obligent, mais surtout, volonté de ne pas porter atteinte au Capital, « on » choisit de « faire masse » plutôt que de faire « classe ».

Et « on » joue le jeu du Capital, avec les règles du Capital, et les objectifs de ceux-ci.

Ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas inévitable, c’est un CHOIX POLITIQUE qui vient d’une classe bien identifiable, qui s’appelle la petite-bourgeoisie, qui est entrée en lutte pour la sauvegarde de ses INTÉRÊTS à ELLE.

Petite-bourgeoisie qui, de par son positionnement -de classe, politique, économique…- spécifique entre le prolétariat et la bourgeoisie, à commencer par son implantation dans les entreprises, est naturellement appelée à connaître, dans ce genre de moment historique, son heure de gloire. (Jusqu’à ce que, une fois sur deux, elle périsse sous les coups du patronat, entraînant avec elle toute une partie des prolétaires qui auront fait la folie de s’en remettre à elle…)

La petite-bourgeoisie aime se fonder, pour ce faire, sur la pente dominante et presque « naturelle » (et compréhensible à maints égards) du prolétariat (et notamment, de la classe ouvrière, et c’est tout à son honneur) qui est de préférer la paix à la guerre, de préférer l’amour aux armes, de préférer le calme à la violence etc…

En effet, aucun de nous (à part quelques éléments inévitables) n’est assez fou ou sauvage pour AIMER la guerre civile.

« On » dira alors : « Mais ce n’est pas nous qui choisissons cela, ce sont les prolétaires eux-mêmes ! Nous sommes des démocrates, nous ! Nous n’allons quand même pas contrarier le peuple, qui n’en veut pas, lui, de votre révolution ! La preuve ? Regardez, il ne la fait pas ! CQFD. Non. Ce dont il veut, le peuple, c’est des élections, et un salaire ! En bons démocrates, nous, nous allons lui en donner. »

 

« On » fera ainsi bon marché notamment, de la propagande et du rôle des mass-médias (mais aussi du désir mimétique et des moyens offerts par « la société de consommation » -et les sweatshops chinois et indiens – pour satisfaire ce désir).

« On » pourrait aussi bien dire : « Allons allons, les travailleurs ne veulent pas être libres, vous savez, finalement, ils préfèrent être exploités, parce qu’être libres, c’est beaucoup trop compliqué…Ce qu’ils veulent, les travailleurs, ce sont de bons maîtres, des maîtres paternalistes, qui les traitent bien. ils ne veulent pas de démocratie directe, prolétarienne, allons. Ils veulent de bons députés, de bons sénateurs… ».

Bref , la proposition , toute simple, du syncrétisme de gauche mis en avant par la petite-bourgeoise, c’est de remplacer « les méchants » par « des gentils ». Mais les exploités ne sauront pas, hélas, comment on reconnaît VRAIMENT un « gentil » d’un « méchant »…pour cause !

Cette pente naturelle de l’être humain, c’est ce qui sert la tentation syncrétique « à gauche » dans le contexte de la démocratie bourgeoise.

Mais il en existe une autre, de « pente naturelle » dans la « nature humaine ». C’est celle qui aspire AUSSI à la liberté, et qui ne conçoit pas cette liberté autrement que comme la dignité. Mais cette pente-là « on » fera bien en sorte ni de la prendre ni de la flatter…(Ce n’est pas trop dans l’intérêt du cadre en général, que l’ouvrier soit mis au même niveau hiérarchique que le sien…)

 

La tentation syncrétique de gauche, qu’est-ce ?

 

C’est lorsque la bourgeoisie, acculée par la crise, se sert , par le truchement de la petite-bourgeoisie moderne, de l’inclination naturelle des prolétaires que nous sommes à préférer la vie, le calme, la joie, la concorde et l’amour pour augmenter encore le nombre de chaînes qu’elle nous a déjà mis au cou, en nous faisant miroiter des choses impossibles mais auxquelles nous n’avons pas encore cessé de rêver ou de croire.

Lorsqu’elle nous menace de la guerre civile, du chaos… pour nous faire tenir encore un peu tranquilles sous les coups qu’elle nous donne.

Lorsqu’elle n’a plus, pour nous faire avancer, que la Peur comme arme, et qu’elle appelle cela la « Fraternité », par exemple.

La tentation syncrétique, c’est celle qui consiste à feindre d’unir des éléments de classes et de couches sociales différentes, opposées même, AU SEIN D’UNE MÊME ORGANISATION, notamment par le biais de la désignation, voire la création, d’un vrai-faux ennemi prétendument « commun » à tous ces éléments.

En l’occurrence, Sarkozy (et parfois on rajoute, l’UMP) sont appelés à jouer ce rôle unifiant depuis le début du quinquennat. C’est bien ce qu’ont tenté ceux qui à gauche, ont CRÉÉ « le sarkozysme ».

La petite-bourgeoisie chargée de cornaquer le prolétariat en colère (quand même) sur des positions « gauchistes » se dotera en plus d’autres « épouvantails », comme « les agences de notation », ou « les financiers », par exemple.

Elle désignera telle « nation » à la vindicte de « telle autre » (« A bas la Chine » !).

Elle évitera évidemment soigneusement de mordre aux jarrets le capitalisme industriel, et même, elle dorlotera toute la fraction locale de cette bourgeoisie, contre la vilaine fraction compradore, « mondialisatrice ».

Elle évitera d’employer les termes de « propriété privée des moyens de production », d’ »expropriation sans indemnisation », elle ne dira pas non plus qu’il faut abolir le salariat.

Elle cachera son aversion pour l’émancipation réelle du prolétariat en proposant le pis-aller de la « nationalisation » (en se gardant bien d’ouvrir toute réflexion sur ce qu’est l’Etat bourgeois aujourd’hui, Etat sans lequel il n’y a PAS de « nationalisation » possible…).

Et surtout, elle ne dira pas qu’il faut « détruire l’Etat », au contraire ! Elle dira qu’il faut s’en emparer par les élections, et puis que telle ou telle nomination changeront la nature de cet Etat. Elle dira que l’État c’est comme un gant, qu’il suffit de changer la main qui est dans ce gant pour que , de gant de fer, ce gant se fasse de velours…

Cette tentation syncrétique, elle n’est possible en tant que telle qu’en période de crise systémique. C’est même LA réponse favorite, en première intention, de la bourgeoisie aux tensions et aux luttes de classe que ne manque jamais de déclencher une véritable crise systémique du Capitalisme comme celle que nous connaissons.

On peut l’appeler « collaboration de classe », ou « fordisme », ou « unité nationale ». Dans sa forme aiguë, et mise en œuvre par la bourgeoisie soi-même quand ça sent trop « le brûlé », ce syncrétisme s’appelle également  » fascisme « .

La tentation syncrétique, c’est le renforcement, par l’amalgame dans une organisation unique (et prétendument UNITAIRE) type « social-démocrate », d’éléments du prolétariat, de la petite-bourgeoisie, voire, du petit capital, de la fausse-classe qu’agite la bourgeoisie depuis des siècles, qu’on l’appelle « peuple » ou « nation », ou les deux.

C’est celle qui consiste à masquer un système plutôt qu’à le dévoiler, alors même que l’époque serait au dévoilement.

Fausse classe, faux ensemble, faussement homogène, au sein duquel cohabitent des classes et des intérêts antagonistes, qui n’ont que peu d’objectifs communs dès lors que tombent les blablas destinés à masquer la réalité de classeS de l’ensemble en question.

Une tentation qui, a fortiori à cet instant précis de la crise systémique du capitalisme, non seulement est obsolète et irréaliste (car les antagonismes DE CLASSE s’aiguisent de jour en jour, la bourgeoisie a sorti les couteaux contre nous, et ce ne sont pas les diatribes à base de « pauvres » et de « riches » qui masqueront longtemps ce fait) mais qui de ce fait, devient une arme CONTRE les exploités du capitalisme.

C’est un peu comme si une sage-femme conseillait à la parturiente de, non pas « pousser », pour expulser le bébé, mais de « tirer » l’enfant dedans elle.

Triple inconvénient de ce genre de « fausse bonne idée » : c’est impossible à faire, et cela compromet la naissance de l’enfant et la vie de la mère (vous voyez la métaphore ?).

La tentation syncrétique gomme, tend à effacer « la classe ».

Or, la classe, (et la conscience de classe), c’est la constitution même de l’être politique du prolétariat. Nier la classe, de quelque manière que ce soit, c’est nier le prolétariat en tant que sujet politique. C’est donc le priver de son avenir et de sa liberté.

Parce que nous le savons de par l’histoire, cette tentation syncrétique désarme les travailleurs, elle désarme les luttes des exploités, elle désamorce la lutte de classe, seule lutte envisageable (parce que seule efficace) contre la bourgeoisie.

C’est également un frein puissant à l’hégémonie du mouvement ouvrier dans une hypothèse révolutionnaire PUISQUE c’est la négation même de la nécessité de l’organisation ouvrière autonome de base dans un « fatras », un fourre-tout.

Car nous savons bien comment sont faits les partis bourgeois (ou embourgeoisés) pour étouffer les courants de classe en leur sein. (C’est bien pour cela, pour lutter contre cela, qu’en 1920 en France… etc.)

Probablement la tentation syncrétique a encore quelques beaux jours devant elle. Elle fonctionne sur cette « pente naturelle ». Elle va fonctionner encore un peu. Pas plus. Fonctionner encore à peu près , comme élément contre- révolutionnaire, jusqu’à ce que la bourgeoisie , poussée par sa lutte permanente contre la baisse tendancielle du taux de profit, accentue ses coups, affermisse sa poigne d’acier sur nos nuques et fasse son éternel doigt d’honneur à toute cette frange de la petite-bourgeoisie qui prétend nous garde-chiourmer.

Il ne faut pas piaffer, il faut prendre patience, encore, et travailler dans les masses, dans la classe, toujours. Ne pas prêter la main au syncrétisme « de gauche », ni de près, ni de loin. Le combattre, au contraire, bien-sûr. Le combattre en le distinguant du combat éternel des communistes, le combat pour unir le prolétariat dans la classe qui doit lui tenir lieu de « parti » et de « nation » :

« Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points :

1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat.

2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. » (Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste).

Ceux qui ont les yeux ouverts sont pour l’instant trop peu nombreux et trop mal organisés, ils ont trop peu de moyens pour lutter à armes égales contre la propagande à la même vitesse. C’est ça aussi, la chance de la tentation syncrétique. Mais outre que c’est toujours ainsi, ça ne marchera pas éternellement. A nous donc, de DURER.

Nous laissons bien volontiers à la petite-bourgeoisie, momentanément organisée en « parti », le soin de se faire les kapos du prolétariat pour le compte de la bourgeoisie.

Notre devoir à nous, exploités communistes, c’est de tenter de nous unir, en tant que classe, de nous vacciner, de protéger nos frères contre le virus de la servitude volontaire, d’inoculer dans notre classe le puissant anticorps de l’amour de la liberté, du désir d’émancipation, par nos actes et nos paroles, fussent-ils, pour le moment, modestes.

Je souhaite à tous nos camarades de lutte, à tous nos frères de classe, à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas rangé l’étendard de la lutte de classe dans leur poche, où qu’ils se trouvent, quelle que soit leur couleur, leur religion, leur origine… une année 2014 clairvoyante, lucide et encore plus courageuse, mais également, la plus agréable possible dans les conditions qui sont les nôtres actuellement, (conditions qui, ne nous voilons pas la face, sont hélas appelées à se durcir encore – et l’élection présidentielle n’y changera pas grand-chose).

Je nous souhaite de savoir reconnaître et choisir NOTRE CLASSE.

Je nous souhaite, au cœur des luttes, qui sont la vie même, dès notre origine, de ne pas oublier d’essayer d’être heureux, à l’occasion, « avec les moyens du bord ».

 

Notre vie est à nous, ne nous la laissons pas voler !

La louve

Le mythe des nationalisations

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Il existe une grande différence entre une lutte solidaire de salarié-e-s dont l’objet est la défense de leurs acquis et de la conception même du service public face à l’appétit sans limite du capitalisme, et la nationalisation en tant que projet politique monomaniaque des néostaliniens (Pierre Laurent) et autres sociaux démocrates (Montebourg, Mélenchon) destiné à « humaniser » le capitalisme en masquant une seule logique patriotarde et de collaboration de classes avec le patronat.
Une nationalisation n’a jamais emmené où que ce soit le socialisme, des pouvoirs de droite ont pu y avoir recours pour sauver le capitalisme. De par leur côté temporaire, elles signent le plus souvent des opportunités juteuses pour la bourgeoisie.

Les nationalisations de 1981 par le PS ont été payées rubis sur l’ongle à la classe possédante, et après que les assainissements et les restructurations aient été effectuées par l’Etat, nombre de ces entités furent bradées à la bourgeoisie avec le retour de la droite aux affaires 10 ans plus tard, DSK se chargeant de vendre les derniers meubles qui restaient pour trouver du cash rapidement en gouvernant aux côtés de Jospin, Mélenchon, Buffet.

Le projet de la nationalisation est caractéristique d’une petite bourgeoisie décontenancée par la crise systémique du capitalisme et qui entend « remettre de l’ordre » dans le désordre capitaliste afin de sauver le capitalisme.

C’est ce que nous vous proposons de découvrir avec les deux textes qui suivent.

Les Enragé-e-s

Convaincre le patronat de la « rentabilité » de l’entreprise ?

C’est ainsi que, dans les entreprises menacées de fermeture, les organisations syndicales tentent de convaincre que leur entreprise est rentable et s’efforcent de proposer un « plan de relance » destiné à allécher un éventuel repreneur, voire finissent par caresser l’idée d’une SCOP.

Mais, dans la société actuelle, les travailleurs ne sont pas juges de la rentabilité d’une entreprise ; ce sont les capitalistes qui décident des seuils de rentabilité, n’en déplaise à Pierre Laurent : tout ce qu’il propose, c’est une version moins « agressive » du capitalisme, le mythe du « bon capitalisme » investissant dans l’industrie cher aux économistes d’ATTAC et à tous ceux qui dénoncent les « dérives » du capitalisme et non le capitalisme lui-même !

Mais quand les travailleurs laissent les dirigeants de gauche et les chefs syndicalistes leur concocter des plans « crédibles », c’est avant tout la garantie de leur emploi qu’ils espèrent avec la nationalisation. Pourtant, les travailleurs lorrains – si ce ne sont ceux d’aujourd’hui, ce sont leurs parents – sont bien placés pour le savoir : les nationalisations de 1981 avaient été suivies de licenciements massifs (plus de 50 000 licenciements entre 1981 et 1986)…

(…)

Le capitalisme n’est pas « amendable ». La nostalgie des temps où le capitalisme « investissait dans la production » n’est pas de mise. Ce ne sont pas les dirigeants du Front de gauche ou les économistes d’ATTAC qui décident de l’évolution du capitalisme. Une autre société est à construire, débarrassée des capitalistes et où se préoccuper de ce qu’on produit et de la façon dont on le produit aura un sens car les intérêts généraux de toute la société prévaudront face au règne du « calcul égoïste ».

 

http://www.convergencesrevolutionnaires.org/spip.php?article2625

Le Mythe des nationalisations

Sous l’influence du stalinisme, de la social-démocratie et d’autres courants du nationalisme de gauche, la question du socialisme s’est trop souvent limitée à une question de nationalisations. La forme juridique de la propriété (privée ou d’Etat) a ainsi remplacée dans une bonne partie de la gauche radicale et même l’extrême-gauche la question de la classe dirigeante.

C’est ainsi que la majorité des courants se réclamant du trotskisme ont ajouté le qualificatif « d’ouvrier » (« dégénéré » ou « déformé » selon les tendances) pour caractériser des régimes où jamais la classe ouvrière n’a pris ou même approché le pouvoir. Or, la première question lors de toute révolution est celle du pouvoir. Si, pour les révolutions de palais il s’agit de savoir quelle clique prend le pouvoir, dans une révolution sociale, la question qui est posée est celle de la classe qui a le pouvoir. La première étape dans la destruction du système capitaliste et de la construction du socialisme, c’est la prise du pouvoir par la classe ouvrière. Sans prise de pouvoir par la classe ouvrière, toutes les expropriations, nationalisations, expériences autogestionnaires et autres « mesures socialistes » ne sauraient être, au mieux, que des adaptations au système capitaliste, qui, non seulement ne brisent en rien l’exploitation, mais ne garantissent même pas une amélioration des conditions de vie des travailleurs. Aujourd’hui comme hier, des régimes violemment anti-ouvriers disposent parfois de larges secteurs nationalisés ou sous contrôle étatique.

Pour les marxistes, la question du pouvoir ouvrier n’est pas une question théorique abstraite. Selon la formule de Marx et Engels, le communisme c’est le mouvement réel qui abolit l’ordre des choses existants. Pour décrire ce que serait le pouvoir ouvrier, la dictature du prolétariat, Marx s’est basé sur l’exemple de la Commune de Paris.
Dans La Guerre Civile en France, Marx décrit le fonctionnement de la Commune et en quoi il s’agit d’une forme d’Etat qui n’est déjà plus un Etat :

« La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois1. Au lieu de continuer d’être l’instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’au bas de l’échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d’ouvrier. Les bénéfices d’usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes. Les services publics cessèrent d’être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l’administration municipale, mais toute l’initiative jusqu’alors exercée par l’État fut remise aux mains de la Commune.

Une fois abolies l’armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l’ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l’outil spirituel de l’oppression, le pouvoir des prêtres ; elle décréta la dissolution et l’expropriation de toutes les Églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée, pour y vivre des aumônes des fidèles, à l’instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d’instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l’Église et de l’État. Ainsi, non seulement l’instruction était rendue accessible à tous, mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l’avaient chargée.

Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de cette feinte indépendance qui n’avait servi qu’à masquer leur vile soumission à tous les gouvernements successifs auxquels, tour à tour, ils avaient prêté serment de fidélité, pour le violer ensuite. Comme le reste des fonctionnaires publics, magistrats et juges devaient être élus, responsables et révocables. »

(…)

Avec quatre éléments très importants :

-« En effet, le pouvoir ouvrier n’est pas quelque chose qui pourrait se décréter par en haut, après un coup d’Etat, une intervention militaire, la prise du pouvoir par une guérilla ou une victoire électorale. Cela peut paraître très basique, mais autant le répéter, pour que puisse se constituer un pouvoir ouvrier, il faut, au préalable, l’activité révolutionnaire et l’organisation dans la lutte des travailleurs. »

-« En prenant le pouvoir, la classe ouvrière hérite en effet aussi de tous les problèmes laissés par l’ancienne domination bourgeoise. Sans même parler de la résistance acharnée qu’exerce à chaque fois la bourgeoisie lorsque la classe ouvrière se lève, on peut prendre l’exemple du logement. Dans une ville comme Paris, il est assez simple de loger les sans-abris en réquisitionnant les logements vides. Par contre, au Caire ou dans d’autres grandes villes où on trouve des millions d’êtres humains qui survivent dans des bidonvilles, il faudra certainement un peu plus de temps, et une politique de construction, pour offrir à chaque être humain un logement décent. De plus, les premiers pas dans le socialisme se feront aussi avec des restes des anciennes mentalités de la société bourgeoise. La prise du pouvoir par la classe ouvrière n’est pas « le matin du grand soir » où brusquement tous les problèmes et toutes les absurdités de la société capitaliste sont abolis, mais le début d’une période où l’humanité, libérée de la tyrannie de la domination bourgeoise, peut commencer à résoudre ces problèmes et ces questions. »

-« De la même façon, malgré le machisme affiché qui existait dans le mouvement ouvrier français (en particulier chez les proudhoniens), la Commune de Paris de 1871 a reconnu à des femmes un rôle dirigeant. On peut citer Louise Michel, mais aussi Élisabeth Dmitrieff ou Nathalie Lemel. L’égalité des salaires est mise en place pour les institutrices et le principe devait s’appliquer ensuite aux autres travailleuses. La Commune reconnaît aussi l’union libre et elle verse une pension aux veuves de fédérés mariées ou non, ainsi qu’à leurs enfants légitimes ou naturels. La révolution d’octobre 1917 sera aussi marquée par des avancées immenses pour les droits des femmes, à une époque où, en France, elles étaient encore privée du droit de vote et où l’adultère était criminalisée pour les épouses. »

-« Bien sur, il ne s’agit pas de faire du spontanéisme, tout comme une assemblée générale peut être manipulée par des bureaucrates syndicaux, il existe un grand nombre d’exemples où des contre-révolutionnaires (comme les sociaux-démocrates en Allemagne) ont pu participé aux conseils pour leur retirer toute radicalité révolutionnaire. »

Lire la suite ici =>

http://www.communisme-ouvrier.info/?Revolution-socialisme-et-pouvoir

Les néostaliniens du PCF

Il ne faut pas avoir une conception étriquée du stalinisme.

Le stalinisme ne meurt pas avec Staline (le 5 mars 1953) ni avec la prétendue déstalinisation du XXe Congrès du PCUS de 1956.

Le cœur théorique du stalinisme c’est la théorie de la possibilité de l’instauration du socialisme dans un seul pays et donc l’abandon d’un des piliers fondamentaux du marxisme révolutionnaire: l’internationalisme prolétarien!

A ce titre, c’est une forme de menchévisme, patriotard, étapiste, toujours prêt à la conciliation avec la bourgeoisie et l’impérialisme (Comité anglo-russe de 1925, alliance avec le Kuomintang en 1926, pacte Laval-Staline en 1935 suite auquel le PC français vota le budget militaire de la France, Fronts populaires d’alliance avec la bourgeoisie « patriote », alliance avec l’impérialisme anglo-américain durant la seconde Guerre mondiale qui rétablit l’ordre bourgeois y compris contre les communistes qui n’avaient pas compris la ligne) partout où il était menacé et ébranlé.

Cette politique contre-révolutionnaire peut prendre dans certaines circonstances (le début des années ’30, la période du pacte germano-soviétique jusqu’en mai 1941, les manifs ultra-violentes de la période de la guerre froide) une apparence ultra-révolutionnaire et militariste, mais ce n’est qu’un leurre pour mieux conduire les masses dans l’impasse et ériger un rempart contre la véritable révolution sociale et internationaliste, notamment en divisant la classe ouvrière.

Il y a une continuité idéologique entre le stalinisme et ses descendants d’aujourd’hui, aussi affaiblis et pathétiques soient-ils: ce sont des adversaires de la révolution socialiste qui est par essence internationaliste et internationale, des adversaires de l’unité de lutte de la classe ouvrière, des combattants pour un aménagement le plus favorable possible du capitalisme, ce qui explique que quelques fois le PCF et la direction de la CGT puissent être virulents en paroles et même en actes « Prenez le pouvoir! » et les portraits du Che, les drapeaux rouges dans leurs manifs (toujours accompagnés du drapeau tricolore des Versaillais néanmoins, on est patriotes avant tout, ne l’oublions pas!).

De ce point de vue et malgré leurs rancœurs les uns à l’égard des autres, c’est toujours le cas dans un navire qui sombre, PCF, direction de la CGT, PRCF et autres ont en commun l’héritage pourri de la trahison immonde des idéaux de Marx, Engels, Luxemburg et tous les autres avaient réussi à faire vivre.

Leur destin est scellé, même s’ils peuvent encore encombrer la scène de l’Histoire quelques décennies.

Notre devoir est de les dénoncer et de les combattre.

Quand on est marxistes, on ne juge pas les gens à ce qu’ils disent ou pensent d’eux-mêmes, mais au rôle RÉEL qu’ils jouent dans la lutte de classes!

Les Enragé-e-s