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Islamisme, « islamophobie » et critique révolutionnaire de toutes les religions

Article paru dans A contrevents N°2 (Caen, octobre 2016) avec le chapeau suivant: Le texte qui suit émane d’un camarade du RRC. Il ne constitue pas pour autant une position collective de notre modeste regroupement. Il a cependant paru suffisamment intéressant pour être publié. Nous précisons qu’il a été écrit bien avant les évènements de cet été, que ce soit le carnage de Nice ou la polémique délirante autour du burkini.

 

Il apparaît aujourd’hui nécessaire de clarifier et de (ré)affirmer certaines positions révolutionnaires vis-à-vis des religions en général et de l’islamisme en particulier. Les attentats révoltants de 2015-2016 (aussi bien ceux visant Charlie Hebdo et le magasin Casher en janvier que ceux de Paris en novembre 2015 ou celui de Nice en juillet 2016) y poussent. Mais il n’y a pas que ça.

Depuis plusieurs années on sent s’affirmer en France l’émergence, certes limitée mais réelle, d’un islamisme, c’est-à-dire d’un islam directement ou indirectement politique, qui se manifeste dans la société. Il peut prendre des formes « modérées », rampantes, ce qui ne les empêchent aucunement d’être néfastes et réactionnaires, comme des formes « radicales », spectaculaires, djihadistes et meurtrières.

Face à ce phénomène, et en parallèle, a également émergé depuis plusieurs années un ensemble de discours stigmatisant les populations musulmanes ou supposées telles. Ces discours sont principalement portés par l’extrême droite mais aussi par toute une partie de la droite et également une partie de la gauche dites « républicaines ». Ces discours divers, aux relents xénophobes, « identitaires », nationalistes, voire carrément racistes, se dissimulent souvent derrière la défense de la laïcité, de la Liberté, des droits des femmes, parfois aussi derrière la défense des droits des homosexuel-le-s (« défense » souvent très hypocrite, opportuniste, limitée et à géométrie variable). Ces thèmes sont alors instrumentalisés au service de causes qui n’ont pas grand-chose à voir avec eux au final.

Ces deux phénomènes contribuent d’ailleurs à s’alimenter et se renforcer réciproquement, « en miroir » et ils ont désormais une certaine « consistance » dans la société. Dès lors, face à ces faits, un certain nombre de questions se posent aux mouvements révolutionnaires, questions auxquelles il va bien falloir trouver des réponses ou des éléments de réponses, politiques et pratiques, si nous ne voulons pas nous retrouver englué-e-s et incapables de réagir face à des situations politiquement et socialement lourdes de dangers et de possibles conséquences bien puantes. À savoir, montées d’idéologies politiques et/ou religieuses éminemment réactionnaires, racistes, communautaristes, identitaristes, développement de tensions et de violences entre pauvres et exploité-e-s de différentes origines, récupérées et instrumentalisées par différentes forces politiques ou politico-religieuse cherchant à « représenter » et « encadrer » telle ou telle « communauté » ou par l’État « républicain » cherchant à redorer son blason, à se « relégitimer » en se posant en défenseur/protecteur de la société, de la sécurité et de la liberté en général (placées sous sa surveillance et son contrôle pour notre bien… et surtout le sien).

Quelle est notre critique de l’islamisme ? Comment le critiquer sans hurler avec les loups de l’extrême droite et autres réactionnaires de gauche et de droite qui alimentent la xénophobie ? L’utilisation/acceptation du terme d’« islamophobie » n’aboutit-t-elle pas à inhiber la saine et nécessaire critique révolutionnaire de toutes les religions (sans aucunement se limiter, évidemment, à celle de l’islam) ? Voila quelques unes des questions que ce texte va chercher à défricher modestement.

Parce que ces questions se posent. Parce qu’il est temps. Parce qu’il va falloir faire face.

Critique révolutionnaire de la religion

Les mouvements révolutionnaires se sont très tôt confrontés avec les idées même de Dieu et d’ordre divin, car celles-ci constituent un obstacle et s’opposent à l’idée et aux soucis révolutionnaires de la liberté humaine (idée de la liberté qui n’est pas dissociée de celles de responsabilité, d’égalité et de solidarité). À l’idée d’un monde, d’un genre humain et d’une vie créés par Dieu, régis par une vérité révélée (propriété d’un clergé), encadrés par les préceptes moraux de textes sacrés très anciens, les mouvements révolutionnaires ont opposé l’idée de sociétés construites historiquement par les humain-e-s et transformables par eux et elles. Ils ont défendu l’idée du renversement possible et nécessaire d’un monde présenté comme immuable et ils défendent toujours l’idée qu’il n’y a pas de fatalité à subir l’exploitation et la domination des puissant-e-s et des possédant-e-s. Ils ont promu la révolte individuelle et collective, la lutte, l’éducation et la liberté contre les assignations, les obligations, les interdictions cléricales qui cherchaient et cherchent encore à encager la diversité de la vie, ses immenses champs des possibles et des choix dans l’étroitesse de textes soi-disant divins et de traditions religieuses poussiéreuses.

Les mouvements révolutionnaires ont également très tôt dénoncé le caractère illusoire de toute « communauté des croyant-e-s » qui prétend placer sur un pied d’égalité fictive, face à Dieu, à la mort et face au clergé, les hommes et les femmes, quelles que soient leurs conditions sociales, leur appartenances à telle ou telle classe sociale. Les religions sont des entreprises idéologiques interclassistes et paternalistes qui, derrière des représentations unitaires de la société et l’idée de la communion de tous et de toutes dans le respect de la religion, nient, dissimulent et étouffent souvent les conflits d’intérêts sociaux et politiques, les luttes sociales au sein des sociétés de classes. Et lorsqu’il est impossible de dissimuler la réalité de ces conflits, il leur est souvent opposé les vertus, toutes spirituelles et virtuelles de la patience, du pardon, de la bonté, de la charité, de la soumission face aux épreuves. Et si ça ne suffit pas, il reste l’anathème, l’excommunication, l’exclusion de la communauté des croyant-e-s, la bénédiction de la répression mise en œuvre par le pouvoir temporel.

Derrière la promesse d’un paradis après la mort se cache le fait de laisser en place les inégalités, les injustices du monde d’ici bas. C’est la religion comme « opium du peuple », qui embrume l’esprit, procure de doux rêves et aide à supporter passivement la dureté de la vie dans le monde tel qu’il est fait.

Les mouvements révolutionnaires ne se sont évidemment pas heurtés seulement aux idées religieuses mais aussi à leurs exploitants, les clergés plus ou moins centralisés, privilégiés, hiérarchisés suivant les religions, assurant la médiation avec Dieu, édictant les normes de conduites morales et pratiques, encadrant, guidant la vie des croyant-e-s, disposant d’un poids matériel parfois énorme (propriétés terriennes, immobilières, financières…), d’une influence politique et morale importante (à travers l’organisation de la charité, d’aides « sociales » diverses, le monopole de l’exercice des rites, le contrôle de tout ou partie du système éducatif par exemples). Et de même que les mouvements révolutionnaires se sont opposés aux grandes religions constituées, celles-ci se sont historiquement opposées aux projets, idées et pratiques émancipatrices et égalitaires des mouvements révolutionnaires.

Les mouvements révolutionnaires affrontent encore aujourd’hui les religions et clergés qui portent et colportent des valeurs, des prescriptions de vie, un ordre moral souvent éminemment réactionnaires (socialement, culturellement, sexuellement) et des représentations patriarcales, favorisant et légitimant la domination masculine, régissant ou tentant de régir spécialement ce qui concerne la sexualité en général, et celle des femmes en particulier, condamnant la plupart du temps la contraception, l’avortement, l’homosexualité et la transsexualité.

Les mouvements révolutionnaires ont également dénoncé historiquement le fait que religions et clergés se sont mis au service de nombreux projets impérialistes de conquêtes, ont légitimé d’innombrables guerres intérieures ou extérieures (certaines d’entre elles reposant même directement, au moins officiellement, sur des motifs religieux), soutenu de nombreux régimes dictatoriaux.

Voilà résumées, très brièvement, les principales critiques révolutionnaires envers les religions. D’où l’athéisme et l’anticléricalisme affirmés qui prédominent historiquement largement dans les mouvements révolutionnaires. Ce qui n’a jamais empêché les révolutionnaires de se retrouver aux côtés d’individus croyant-e-s lors de grèves, de manifs, d’actions, d’émeutes ou d’assemblées générales…

La « liberté » religieuse

Si, en tant que révolutionnaires, nous sommes, dans notre immense majorité, athées et anticléricaux, nous n’avons pas pour autant l’envie ou l’intention de nous ériger en inquisiteurs-rices de l’athéisme. Nous n’avons pas vocation à fliquer politiquement la vie des gens, à entrer en guerre politique contre les croyant-e-s des différentes religions.

Nous reconnaissons généralement aux individus le droit de croire en un dieu (ou en plusieurs) et de pratiquer leurs cultes et leurs rites, même si, nous, nous ne nous reconnaissons pas du tout dans de tels choix. Nous admettons ce droit d’autant plus que, souvent, les individus ne se résument pas uniquement à leurs croyances religieuses. Leur identité personnelle intègre la plupart du temps bien d’autres convictions, valeurs et pratiques que celles liées à leur religion. Et il est évident que la plupart des croyant-e-s sont loin d’être des « fous ou folles de Dieu » et ont souvent un rapport assez distancié, détendu et pacifique avec leur religion, avec celles des autres et avec les athées. Croyant-e-s ne veut pas dire pratiquant-e-s, et même les pratiquant-e-s ont souvent bricolé, plus ou moins ouvertement, leurs propres « petits arrangements avec Dieu » et vivent tranquillement leur religion.

La croyance et l’observance des prescriptions religieuses individuelles et la pratique collective du culte dans des lieux dédiés à cet effet ne nous dérange donc pas (même si elle ne nous réjouit pas non plus), tant que ces croyances et pratiques religieuses ne débordent pas dans l’espace public commun, qu’elles ne tentent pas de le régir, de le soumettre à leurs normes. Nous sommes conscients que cela laisse de côté des espaces privés comme le couple, la famille ou des « entre soi » communautaires et que ces espaces peuvent être propices à l’instauration autoritaire, à l’imposition de pratiques religieuses intégristes. Et, en tant qu’espaces privés, il peut être malaisé, difficile d’y intervenir politiquement pour contrecarrer et dénoncer des dérives intégristes. Il n’y a pas, dans ce genre de cas, d’autres « solutions » (avec toutes leurs limites pratiques fréquentes) que le recours à l’information, à l’éducation, au dialogue, à la solidarité, à l’intervention amicale et/ou familiale et/ou de voisinage (allant, dans la forme, de la médiation à la confrontation), à la pression et la vigilance sociale et collective contre les actes de violence, de maltraitance, de harcèlement, de manipulation mentale, d’embrigadement et de dérive sectaire dans les espaces privés.

La tolérance que nous assumons envers certaines formes détendues de croyances religieuses n’implique pas cependant que nous renoncions à ce que nous considérons comme notre « droit de critique athée » et aux discussions, voire aux engueulades, qu’il peut susciter. Tout comme nous ne renonçons pas au « droit de blasphémer » face aux figures divines fictives, aux bigots et autres intégristes, même si on pratique pour la plupart assez peu ce genre de choses, qui peut soulager et faire marrer mais s’avère rarement très constructif.

L’islamisme

Même très minoritaires, les différentes formes d’islamisme ont gagné ces dernières années une visibilité plus importante parmi les musulman-e-s en France. Il est difficile de savoir si cette visibilité accrue de l’islamisme provient d’une affirmation plus décomplexée de sa propre existence, d’un renforcement réel et sensible de son influence et/ou d’une plus grande attention politique, médiatique et sociale à son encontre. Peut être tout ça à la fois.

Par islamisme, nous entendons une affirmation politico-religieuse de l’islam comme ayant vocation à structurer la société et régir la vie sociale (et donc aussi celle des individus) à partir d’une interprétation rigoriste, réactionnaire et prétendument littérale du Coran. Le djihadisme à la sauce Al Quaeda ou État Islamique n’est que l’expression la plus brutale, la plus ultra de cet islamisme. Il y en a différentes formes et différents degrés. On peut y intégrer des formes « modérées » s’inspirant en général plus ou moins des Frères Musulmans, des formes plus dures comme le salafisme, le wahhabisme et aller jusqu’au djihadisme. En disant cela, on ne sous-entend pas qu’il y a nécessairement une continuité ou une même identité politico-religieuse entre ces différentes formes. Il peut y avoir des formes activistes et très directement politiques, plus ou moins radicales dans leurs manifestations, et des formes plus « quiétistes » mais qui s’attachent néanmoins à promouvoir, de manière prosélyte, une interprétation intégriste des textes et une surveillance pesante quant à la stricte observance individuelle et collective des (de leurs) obligations et conduites religieuses. Ces formes « quiétistes », si elles apparaissent, dans l’immédiat, assez détachées de toutes intervention à caractère politique, n’en aspirent pas moins à construire une hégémonie intellectuelle et culturelle intégriste au sein des musulman-e-s, musulman-e-s que les islamistes rêvent d’encadrer et guider comme un troupeau. Une sorte de métapolitique gramscienne en vue de constituer un bloc hégémonique au sein d’une fraction de la population, en somme ?

Même s’il y a des différences, des divergences, il y a cependant aussi des similarités, des points de convergences entre ces différentes formes d’islamisme et l’existence de l’islamisme « modéré » contribue certainement à légitimer en partie l’existence des formes d’islamisme djihadiste, en constituant un terreau intellectuel et culturel favorable au développement de ce dernier. Disons un peu comme les discours nationalistes, sécuritaires, xénophobes, réactionnaires de la gauche et de la droite contribuent à légitimer et renforcer les positions du Front national et comme les positions et l’influence du FN contribuent à légitimer et favoriser des expressions ouvertement fascistes et racistes.

En terme de contenus, je ne reviens pas sur les positions extrêmement réactionnaires, autoritaires, sexistes, puritaines, anti-communistes et anti-révolutionnaires véhiculées par l’islamisme en général. Signalons toutefois, juste au passage, qu’il véhicule également, là encore sous des formes diverses et à des degrés divers, du racisme, en tout cas au moins un, l’antisémitisme, qu’il travaille à répandre sous couvert de « soutien au peuple palestinien » et d’ « antisionisme ». Et, disons le, la récupération de ce terme d’« antisionisme » (à l’origine destiné justement à se dissocier de toute approche antisémite),  à la fois par les islamistes et l’extrême droite franchouillarde, est un succès tel que ce mot est devenu quasiment inemployable tant il véhicule fréquemment désormais des puanteurs antisémites. Le travail d’appropriation de ce terme politique mené par des antisémites de tous poils, de toutes nationalités et de toutes religions n’aurait cependant pas pu être mené « à bien », si vite (une bonne grosse décennie ?), si la gauche et l’extrême gauche pro-palestinienne et le mouvement révolutionnaire avaient été plus éveillés et réactifs en situations et plus intransigeants sur le fond et la forme. On récolte ce qu’on sème… c’est à dire aussi qu’on récolte, parfois, dans la gueule, ce qu’on a pas été capables de semer, de cultiver et de protéger.

L’islamisme rêve d’une communauté des croyant-e-s, d’où les conflits d’intérêts ont magiquement disparus, pure et harmonieuse, nettoyée de tous les individus et groupes déviants, soumise corps et âme à une soi-disant loi divine supérieure et parfaite, inscrivant cette communauté dans un ordre universel immuable tout en assignant à chacun-e une place et un rôle tout aussi immuable. L’islamisme est comme l’extrême droite qui rêve d’une communauté raciale et nationale unifiée par on ne sait quel miracle, de pouvoir étatique dictatorial, de nettoyage des indésirables et des subversifs-ves, d’ordre corporatiste. Dans un cas comme dans l’autre, on est en pleine utopie réactionnaire et despotique.

Les révolutionnaires sont donc des ennemis de l’islamisme (et réciproquement). Et il s’agit, au niveau mondial, d’un ennemi puissant, disposant de ressources financières, de moyens de communication, et parfois de moyens militaires importants. Il est soutenu par de forts riches « mécènes » capitalistes des pays du Golfe Persique quand ce n’est pas directement par des États intégristes comme l’Arabie Saoudite ou d’autres.

Le combattre, en temps que révolutionnaires, ne sera pas chose facile. Au niveau international, cela peut passer par la création ou le renforcement de liaisons solidaires concrètes avec des groupes, organisations, mouvements révolutionnaires, de lutte de classe, démocratiques, laïques et féministes dans les pays où l’islamisme menace. Souvent ces groupes et organisations sont rares et plutôt faibles (et même parfois inexistants) et il peut exister aussi des différences politiques sensibles avec les « traditions » révolutionnaires occidentales, que ce soit sur le plan des idées, des finalités, du fonctionnement, des pratiques et il est probable que la solidarité vis-à-vis de tel ou tel groupe ou mouvement dans tel pays fera rarement, ici, l’unanimité. Le soutien à la résistance actuelle au Kurdistan syrien face à l’État Islamique est un bon exemple de cette absence de consensus du mouvement révolutionnaire sur ces questions.

Par ailleurs, l’établissement de telles liaisons solidaires implique un effort réciproque s’inscrivant dans la durée. Effort qui passe par des travaux de synthèse d’informations et d’analyses, de traductions (ce qui implique éventuellement l’apprentissage de langues), de diffusion de l’information, de collecte et d’envois de fonds et de matériels, de voyages et de rencontres, d’organisation éventuelle de campagnes de soutien. Effort que la faiblesse actuelle du mouvement révolutionnaire, en France ou ailleurs, rend difficile car, en plus, évidemment, l’islamisme est loin d’être le seul et le plus puissant des ennemis auxquels les mouvements révolutionnaires se trouvent confrontés.

La lutte contre l’islamisme passe aussi, toujours au niveau international, bien sûr par le fait de lutter ici pour dénoncer et, si possible, vu nos forces plutôt dérisoires, gêner et affaiblir les interventions armées et les pillages impérialistes des États et du capital occidental, et donc, aussi, l’impérialisme de l’État et du capital français. L’impérialisme contribue en effet aussi à alimenter en partie l’islamisme dans de nombreux pays. Mais en partie seulement car dans les pays où il est puissant l’islamisme a également sa dynamique propre, ancrée dans la réalité propre de ces pays, réalité qui est loin d’être uniquement façonnée par l’impérialisme occidental.

En France, il paraît évident qu’un des ressorts de l’islamisme se trouve dans les inégalités et injustices sociales vécues, entre autres, par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration et qui sont de cultures musulmanes. Ces fractions de la population ne sont bien sûr pas les seules à subir l’exploitation, la précarité et la répression mais elles sont certainement celles qui les subissent le plus. À ces inégalités sociales s’ajoutent des phénomènes de discriminations, de stigmatisations, de vexations politiques et symboliques à caractère raciste. La participation des mouvements révolutionnaires aux luttes sociales et le fait de tenter de développer dans celles-ci un travail politique sont des nécessités incontournables. Dans ce cadre, l’appui aux luttes de migrant-e-s, de travailleurs-euses immigré-e-s avec ou sans papiers, autour de la question du logement, contre les violences policières et la précarité sociale mérite toute notre attention. Participer, d’un point de vue révolutionnaire, à ces luttes sociales diverses, favoriser leur émergence et leur convergence et coordination n’a évidemment pas pour but premier la lutte contre l’islamisme, il s’agit avant tout d’essayer d’attaquer à la base l’exploitation sur laquelle repose le système étatico-capitaliste actuel et les relégations et divisions sociales qui aident à son maintien et à sa reproduction. Mais le développement de ces luttes sociales aurait certainement également comme effet indirect d’affaiblir les marges de manœuvres politiques, sociales et culturelles de l’islamisme. On sait qu’à l’heure actuelle lorsque les luttes sociales sont fortes, l’extrême droite franchouillarde fait souvent profil bas politiquement et d’un point de vue organisationnel. Il n’y a pas de raisons de penser que ces luttes n’entraîneraient pas les mêmes effets contre cette autre extrême droite qu’est l’islamisme.

Néanmoins, on ne va pas prendre nos désirs pour des réalités, « dire n’est pas faire » et le mouvement révolutionnaire devra sacrément ramer pour y arriver. Il y a des obstacles et des difficultés. Nombreuses. Les aborder dépasserait le cadre de ce texte. On remet ça à plus tard mais on essayera de s’y coller. Signalons juste la difficulté liée à la composition sociale actuelle des mouvements révolutionnaires, pour le moins éloignées en général des réalités vécues par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration, de la condition ouvrière, de la réalité des quartiers populaires. Cette « extériorité » ne facilite évidemment pas notre activité et la réduire ou la dépasser prendra du temps et impliquera d’aller se frotter encore et encore au terrain.

Islamisme et autres replis identitaires se développent aussi dans le vide laissé par l’important affaissement des mouvements ouvriers et révolutionnaires actuels. Et ce vide, ce terrain perdu, d’autres l’occupent et le remplissent. Il faudra bien finir par nous remettre en question. La réalité qui vient nous y contraindra de toute façon. Va y avoir des réveils douloureux…

« Islamophobie » ?

Vous ne trouverez pas ce terme d’« islamophobie » dans les textes du RRC, où il ne fait pas consensus. Je l’utilise dans cet article seulement entre guillemets et accompagné de critiques. Parce qu’il pose un certain nombre de problèmes quand même… Ce terme opère en effet un certain nombre de « réductions » factuelles et politiques.

D’abord il tend à présenter les attaques et critiques contre l’islam, quelles qu’elles soient, comme une manifestation de racisme alors que la critique de la religion musulmane (ou de n’importe quelle autre) peut évidemment être déconnectée de toute approche raciste comme dans le cas de la critique athée révolutionnaire.

Du coup, il sous entend aussi que la critique de l’islam constituerait en quelque sorte la forme principale du racisme actuel alors que celui-ci s’exprime de manière bien plus générale et sur des plans bien plus cruciaux pour la vie des gens (logement, pauvreté, précarité des formes d’emplois, discriminations sociales, brutalités policières…) que la simple instrumentalisation xénophobe et nationaliste de la critique de l’islam.

En restreignant le racisme à la forme, censée être centrale, de la critique instrumentalisée de l’islam, il laisse de coté toutes les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration mais qui ne sont pas musulmane. Que devient la nigériane évangéliste ou le syrien athée ? En quoi la lutte antiraciste réduite principalement à la lutte contre l’« islamophobie » les concernerait ?

En partant du fait que l’islam est, en France, une religion minoritaire, pratiquée (quand elle l’est ! Tous les croyant-e-s sont loin d’être pratiquant-e-s…) principalement par des fractions de la population qui sont immigrées ou d’origine immigrée, souvent « de couleur », souvent issues d’anciennes colonies françaises, il introduit, en douce, par extension, l’idée que l’islam serait une religion opprimée et une religion des opprimé-e-s.

L’islam est certes une religion minoritaire en France mais c’est quand même la deuxième en importance dans ce pays. Et s’il est évident que le nombre, l’état et la taille des lieux de cultes musulmans ne permettent pas toujours, loin sans faut par endroits, d’assurer aux pratiquant-e-s des conditions décentes d’exercice collectif de la prière, la religion musulmane est loin d’être persécutée même s’il arrive qu’elle soit stigmatisée, discriminée et instrumentalisée. Par ailleurs, un certain nombre de régimes dans des pays majoritairement musulmans ne sont pas particulièrement bienveillants envers l’exercice de religions autres que la musulmane et envers l’athéisme et il y a des États musulmans qui sont impérialistes. Donc mollo sur l’islam comme religion opprimée…

Ensuite cette idée de l’islam comme religion des opprimé-e-s fait passer à la trappe le fait que certains musulman-e-s appartiennent aux classes possédantes et dominantes et sont des exploiteurs-rices. Et là encore se pose la question des « autres » prolétaires immigrés ou d’origine immigrée, « de couleur », athées ou croyant-e-s d’une autre religion que l’islam. En quoi sont-ils et elles particulièrement moins opprimé-e-s, exploité-e-s, précarisé-e-s, discriminé-e-s que les musulman-e-s ? Et en quoi le fait qu’une religion soit pratiquée par des opprimé-e-s devrait nous la rendre moins critiquable d’un point de vue révolutionnaire ? Le sexisme serait-il moins critiquable s’il est pratiqué par des prolétaires ? Les masses opprimées d’Amérique latine sont souvent chrétiennes, cela ne fait pas pour autant du catholicisme ou du protestantisme des religions d’opprimé-e-s. Donc mollo aussi sur cette idée que l’islam serait une religion d’opprimé-e-s.

Au final, et à l’usage, le terme « islamophobie », et les « alliances » concrètes qu’il peut entraîner sur le terrain politique avec des réacs religieux, semble bel et bien favoriser une inhibition, une autocensure de la critique révolutionnaire des religions et des « cohabitations » lors de meetings et de manifs qui tiennent du mariage entre une carpe et un lapin. Faudrait pas finir par servir la soupe à des bigot-e-s intégristes, qui oeuvrent à propager un communautarisme religieux lucratif, au sens où cette communauté, figurez vous qu’ils et elles entendent bien en être les pieux-ses berger-e-s et les représentant-e-s accrédité-e-s auprès de l’État. La critique de « l’islamophobie » actuelle doit-elle déboucher sur une quelconque « islamophilie » ? Pour moi, c’est définitivement NON.

Je comprends bien que le terme ait pu faire mouche et être repris par plein de gens qui ont capté que la critique dominante de l’islam n’est la plupart du temps qu’un paravent pour des courants xénophobes, nationalistes et racistes qui cherchent à attaquer les immigrés ou descendant-e-s d’immigré-e-s. Mais comme on peut le voir en situation et comme cela a été exposé dans ce paragraphe, ce terme introduit, d’un point de vue révolutionnaire, de la confusion politique… à une époque où il n’y en a déjà que trop… avec tous les dégâts qui vont avec.

C’est pourquoi comme d’autres, je préfère parler, au lieu d’« islamophobie », tout simplement de racisme ou, en cas de situations plus spécifiques, de racisme anti-arabes et anti-noir-e-s, ce qui ramène la question sur son terrain principal, à savoir que derrière les critiques xénophobes de l’islam ce n’est pas tant la religion musulmane qui est visée que des fractions immigrée ou issue de l’immigration, prolétaires, colorées et supposément musulmanes de la population. Et en utilisant ces termes, en tant que révolutionnaires, on se situe sur le terrain de la défense des individus et des fractions, souvent prolétaires, de la population visées par le racisme, pas sur le terrain de la défense d’une religion, ce qui n’est tout simplement pas notre vocation ni notre finalité.

Contre tous les replis identitaristes

En ces temps de crises sociales et politiques, et y compris de crise des mouvements révolutionnaires et ouvrier (ou de ce qu’il en reste…), en l’absence d’alternatives subversives ne seraient-ce qu’un tant soit peu crédibles, les replis et enfermements identitaristes se multiplient, se renforcent et se « légitiment » mutuellement, que se soit sur des bases nationalistes, ethniques, religieuses, culturelles, corporatistes.

Il ne s’agit pas de nier qu’on ait tous et toutes une identité, mais nos identités sont généralement composites, puisant à différentes sources culturelles et sociales, individuelles et collectives. Nous les concevons souvent, en tant que révoutionnaires, comme évolutives et ouvertes, destinées à être partagées et métissées. Toute définition étroite, uniformisée, figée, fermée et enfermante de l’identité aboutit à l’étouffement individuel et collectif et est souvent destinée politiquement à nourrir les replis communautaristes.

Présentement chacun-e est tenté et incité à se replier sur son « entre soi » (et le ghetto révolutionnaire en est une forme parmi d’autres), sur son « même », sur sa famille, sur son pays, sur sa soi-disante « communauté » et les solidarités limitées, étriquées et sélectives qu’elle permet. S’ouvre alors également la course à la représentation de la « communauté » : les aspirant-e-s aux postes de direction et d’encadrement politique, moral et spirituel ne manquent pas.

Il sortira de ces replis communautaires et identitaristes des divisions et des tensions accrues entre différentes fractions de la population, pourtant toutes exploitées et dominées par le même système, même si c’est sous des formes et à des degrés divers. À la guerre sociale, le système préfère évidemment la guerre de tous-tes contre tous-tes comme il préfère la guerre civile à la révolution. Et nul doute qu’il saura utiliser et alimenter les tensions communautaristes pour œuvrer à son propre maintien. Réussir à faire vivre et étendre des espaces de lutte politique et sociale, où se crée du commun et du communisme, ouverts à tous-tes les exploité-e-s, les dominé-e-s, les révolté-e-s, peu importe leurs origines ethniques ou culturelles, leurs nationalités, leurs couleurs de peau, leurs religions individuelles éventuelles va être une difficile nécessité.

La Bataille socialiste

Saccage des identitaires à Marseille, le poing et la classe américains

La « race » à coup de poing américain

Si aujourd’hui dans le milieu toujours plus décomposé la norme est au ressenti, à cette dictature latente des affects, des subjectivités émotives, de l’étalage de ses fragilités, de la victimisation et de l’hystérisation de la politique, je me contenterai ici d’un récit factuel qui n’engage que moi-même et ma présence en cette soirée ensoleillée d’automne à Marseille, voici donc quelques cuillères à café de « ressenti » subjectif, pas bio, sans sucre et sans victimes dedans.

« Nous refusons votre course à l’opprimé »
Des racialistes inspirés.

En arrivant Rue Consolat, on peut déjà remarquer que quelque chose se trame dans les rues de Marseille. Un peu partout j’aperçois des traces d’affiches arrachées annonçant le débat « s’opposer au racialisme » autour du texte « Jusqu’ici tout va bien ? ». Je sais que les tensions sont fortes autour de ces questions et je me dis que plus rien ne peut encore m’étonner de la part du PIR ou, dans ce cas, de celles et ceux qui font mine de ne pas y toucher dans le milieu, mais qui en sous main travaillent indirectement à faire valider et rendre acceptables les thèses et le vocabulaire raciste de ces derniers, avec une certaine tolérance (au moins…) pour l’homophobie, l’antisémitisme, la religion et le principe communautaire du « on lave le linge sale en famille ».

Quand j’arrive à Mille Bâbord, je trouve une ambiance bon enfant, il y a plus de monde que ce que j’imaginais, peut être une quarantaine de personnes. Tout le monde a beaucoup de choses à se dire ce soir, je trouve là des camarades et des compagnons de plusieurs villes, de tous âges et aux parcours différents. Tous ont en commun j’ai l’impression une certaine allergie à la racialisation des questions sociales, un socle commun qu’il ne paraissait plus souhaitable de remettre en question depuis le suicide de l’auteur de Mein Kampf dans son Bunker. Une histoire jugée de plus en plus « anecdotique », et que tant souhaiteraient faire oublier, comme si il fallait oublier une partie de l’histoire pour se rappeler d’une autre. Comme si il n’était pas possible de se souvenir à la fois des massacres d’algériens dans les rues de Paris par la police et de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis. Comme si il n’était pas possible de comisérer (puisque voilà la seule perspective proposée) à la fois avec les palestiniens et avec les israéliens qui chacun de leur coté, parfois ensemble, voudraient mettre fin aux conflits absurdes qui se fondent sur des idéologies coloniales, communautaires, racialistes, nationalistes et parfois racistes, et qui plongent des millions de vies dans la misère, le massacre et le malheur, des deux cotés de murs construits pour séparer ceux qui rassemblés pourraient bien faire leur fêtes à leurs dirigeants. Pour beaucoup, il n’est pas possible d’oublier tout cela. La mémoire est toujours présente dans les luttes, celle des génocidés, des résistants, des tragédies qui ont frappé et quasiment détruit, aussi, le mouvement révolutionnaire, comme ce fut le cas de la Seconde Guerre Mondiale. Beaucoup des personnes présentes sont aussi des témoins et des acteurs importants des décennies de luttes de sans-papiers, contre les frontières et la machine à expulser, contre les centres de rétention, etc., certains ont vu émerger et participé aux premières vagues de luttes de l’immigration des années 70, et ce n’est pas un hasard si ils et elles sont présents aussi ce soir. Car il est particulièrement inadmissible de se voir expliquer aujourd’hui que les camarades et compagnons, avec ou sans papiers, qui se sont mis en jeu sur ces questions dans des élans collectifs et individuels, par des luttes, des attaques contre la machine à expulser, des occupations, etc. sont de « races » différentes… Cette soi-disant « nécessité et urgence de penser la race » ne s’était à aucun moment fait ressentir, et toujours pas, du moins en dehors des courants de la Nouvelle Droite et jamais dans les luttes. Et pour cause… Le mot « race » était encore réservé, jusqu’à il y a peu, à l’extrême droite et à sa défense d’une prétendue « race blanche » ou son hostilité aux « races » jugées inférieures. Il y avait donc ce soir de bonnes raisons de s’interroger sur ces nouvelles modes issues de l’université, et d’ailleurs des camarades porteront d’une certaine manière la contradiction aux organisateurs dans le débat, mais sans concéder la moindre acceptabilité au vocabulaire de la « race », rendant la discussion possible. Personnellement je ne suis pas démocrate, et il est hors de question pour moi de côtoyer des individus qui célèbrent les bienfaits des Dieux et des maîtres, ou bien qui défendent mordicus la « nécessité » de reparler des « races », et qui plus est, positivement ! C’est peut être une question d’éducation, je ne sais pas, j’espère que non.

Puis c’est au tour d’une vingtaine de personnes de rentrer tandis qu’une douzaine d’autres s’étaient préalablement massés sur le pas de la porte et de l’autre coté de la rue. tout de suite quelque chose cloche. Ils ne disent bonjour à personne, la plupart semblent avoir les mains qui tremblent, les jambes qui vacillent et les poches bien remplies, tous sont lookés d’une seule et même manière (look shlag) alors que le reste de la salle est bigarré, sans uniforme, de toutes les couleurs de l’arc en ciel et plus encore. Ils ne disent pas bonjour et restent plantés là dans une allure cérémoniale comme des imbéciles, se plaçant de façon à encercler les personnes présentes. La plupart d’entre elles ont l’air un peu ravagées pour tout dire. Une seule parle, elle demande où se trouvent les toilettes, qui lui sont indiquées. On comprendra plus tard que celle-ci s’est livrée, comment dire, à une installation scatologique d’art contemporain décolonial, tout cela un peu trop loin des toilettes… Certainement la recherche d’une conscience pratique, une manière de marquer le monde du sceau de son intériorité (problématique omniprésente), faire de la politique avec de la merde, stricto sensu, une conséquence rare dans ce milieu, mais qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour « exister »… Peut être aussi qu’il s’agissait là, même si cela reste toujours très « métaphorique », de joindre le geste à la parole, puisqu’on pourra lire ensuite dans le flyer faisant office de revendication et de ligne politique, en conclusion « En somme on vous chie dessus bande de racistes réactionnaires négationnistes néo-colons… […] » (rien que ça !). Voila qui est désagréable.

C’est alors que les slogans fusent, au début, tout cela fait parfois penser dans la forme à un happening fanatisé de type Greenpeace, anti-fourrure ou Bloc Identitaire avec les masques de cochons, le genre qui a vocation à faire le buzz et des millions de vues sur la machinsphére, à laisser libre cours à un certain besoin de reconnaissance et de mise en scène de soi-même. Elles (il n’y avait qu’un mâle dominant ou deux, permettez qu’ils soient invisibilisés de par leurs privilèges non « regardés ») ont l’air d’avoir répété, ce qui rend tout cela plus pathétique encore, additionné au fait qu’elles ont plus ou moins toutes l’air assez terrifiées lorsqu’elles n’ont pas l’air d’être en transe. Les cris poussés sont particuliers, dans la rue, les gens ont du se demander si on égorgeait pas des poulets à Mille Bâbords. Des tracts sont jetés au visage des uns et des autres. Il a suffit d’en lire quelques lignes pour comprendre à qui nous avions à faire. Quelques nervis zélés que le PIR n’a certainement pas eu besoin d’engager, car celles là ne sont pas des universitaires (ce sera leur seule qualité), leur « texte » est incompréhensible, les affirmations bancales y foisonnent, l’analyse du capitalisme et des rapports de domination qui y est faite montre bien que celui-ci est le dernier soucis des identitaires, les contresens historiques, tautologies, truismes péremptoires et sophismes de bas étages qu’on y trouve ressemblent tant à de l’auto-parodie que cette situation n’en finira pas d’être absurde.

« « L’abolition de l’esclavage » et les « décolonisations » n’ont pas démoli le racisme structurel et ses répercussions »
Le cercle des poètes disparus.

Chacun pourra juger par lui-même de la qualité d’analyse de l’existant mise en œuvre par les assaillants. A-t-il fallu se réunir à trente, en profitant d’un événement culturo-commercial racialiste national le même soir à Marseille (c’est peut être pour cela qu’on apercevra quelques figures médiatiques du néo-racialisme dans les rues de la ville), pour produire un texte d’une telle insignifiance ? Pour nous pondre avec force anachronisme que « le capitalisme se fonde sur le pillage, l’esclavage et le colonialisme » ? Le capitalisme aussi est racial, manquerait plus qu’il ait un rapport avec l’argent, le travail et l’Etat… On nous y parle d’un racisme structurel ancestral qui semble remonter d’avant la formation des Etats, contre-sens absolu, et on nous parle des privilèges des « pays » (!) cette fois, « occidentaux » et « impérialistes » bien sûr. Mais j’aimerais savoir quel « pays » (nom que l’on donne à un Etat pour faire croire qu’il ne forme qu’un avec sa population) n’est pas « impérialiste » pour reprendre le vocable de Francois Genoud, Vladimir Poutine et de nos assaillantes. Mais si nous sommes les représentants de l’impérialisme, alors qu’est-ce que ça doit être au quotidien, au boulot, au comico, au dodo… La sororité protège-t-elle contre toutes ces agressions du quotidien ? Les pizzas sont elles impérialistes ? Mais revenons-y, il y a donc des « pays » qui ne sont pas impérialistes ? Puisque le monde se sépare en deux, entre « Sud » et « Occident », et que vos tropismes et vos orientalismes semblent bien réglés, on peut supposer que vous parlez des Etats du « Sud », paradis terrestres. Peut être la République Islamique d’Iran d’Ahmadinedjad ? Ce personnage « sublime », ce « héros » (je cite le dernier chef d’œuvre d’extrême droite de Bouteldja à La Fabrique…). Quand on a trimé autant pour José Bové, ça doit dépayser de rêver à Castro ou Chavez. Des « privilèges [qui] demeurent à un niveau international »… On ne comprendra pas pourquoi il faudrait que reste impossible à penser l’oppression d’un président « racisé » sur un SDF « racisé » ou non aux USA. Et j’attends l’analyse pertinente de nos amis sur le racisme structurel à l’époque féodale ou dans les grottes de Lascaux.
Dans leur tract, on se rend compte qu’elles ont déjà décidé de qui serait présent à ce débat avant même qu’il n’existe, des « petits gauchistes blancs de classe moyenne ». J’aimerais avoir ce pouvoir, avant d’aller au boulot, de supprimer la présence de tout ceux qui m’emmerdent en remettant en question mes petites conceptions et mes petites cases idéologiques bien confortables. Mais c’est encore raté, ce soir, les « petits gauchistes blancs de classe moyenne » étaient de leur coté, sur le pas de la porte, au garde-à-vous. Tout cela pour finir par se faire traiter de « bras armé de la république laïcarde », ce qui quand on connaît les parcours répressifs et l’amour républicain qui caractérise les uns et les autres, fera doucement rigoler les plus stoïques.

On comprend rapidement qu’il ne s’agit pas du PIR, pas assez cons sans doute, mais de ses adeptes radicaux des milieux post-modernes décomposés qui se vivent actuellement comme l’arrière-garde volontariste et soumise de « l’anti-racisme politique », alors qu’ils ne sont que le pire produit du racisme et de la tradition inquisitoriale du stalinisme tardif à la française dont viennent la plupart de leurs maîtres à penser, cocorico. Mais pas de Guépéou sous la main pour faire taire l’opposition, pas de Bouteldja ou de socioflic pour écrire quelques lignes efficaces. Dans le discours, dans la pratique, rien n’est calé, tout est bancal. C’est presque la pitié qui gagne. Mais tout le monde, en fait, est plutôt mort de rire ou très énervé, parfois médusé. Alors que les livres, journaux, tracts présents à Mille Bâbord (d’un éclectisme absolu) sont jetés à terre avec force théâtralité, on est plusieurs à se dire qu’il vaut mieux ne pas réagir, laisser passer la crise d’adolescence avec stoïcisme, on rangera la salle à leur départ, bon gré mal gré, et nous commencerons la discussion tranquillement, comme prévu. Tout le monde dans la salle est soudé contre les assaillants, sans exception, et il n’y a rapidement plus vraiment de difference entre un « organisateur » et un « participant », ils auront au moins réussi à produire cela, de la solidarité, du lien. Chose assez rare de nos jours où la petite politique ne souffre plus beaucoup des coups de l’antipolitique. C’est pour ça que je suis venu, après tout. Le texte « jusqu’ici tout va bien ? » a fait écho, comme une alarme sous-marine lancée par des dauphins, conformément à son objectif. Mais les choses se compliquent rapidement avec l’arrivée de ces poissons charognards des abysses. Plus on va au fond, moins il y a d’oxygène. Notamment parce que les slogans sont insupportables, intolérables, étouffants. On s’y noie. Si l’on passe sur ceux qui sont involontairement drôles, de « pas l’histoire vous ne referez » (certainement un hommage à maître Yoda ou Maître Vergès, c’est au choix) à « on existe » (on a parfois l’impression de hipsters adolescents face à leurs parents, c’est assez bizarre), des choses graves commencent à être dites. Accusations de racisme, négationnisme (celle ci restera le grand mystère de la soirée, je pense qu’ils ne savent pas ce que cela veut dire – c’est une possibilité qui existe, aujourd’hui, dans nos milieux) et fascisme (évidemment…) sous forme de slogans décérébrés.

Et là c’en est trop. Le pompon est décroché lorsque celles-ci se mettent à scander en chœur « notre race existe »… C’est insupportable d’entendre ça, ici et maintenant, partout et toujours. D’un coté on nous dit que la condition de « racisé » n’est pas une condition volontaire mais subie dont on voudrait se libérer, que c’est l’Etat et les institutions qui racialisent, que les « races » sont « sociales » (et donc qu’elles n’existent pas), tout cela pour finir par dire, ce soir, « notre race existe » ! Je croyais qu’il s’agissait de lutter contre la « racisation », vous savez, ce mot que tout le monde utilise depuis six mois pour décrire un phénomène nommé racisme – excusez le barbarisme – qui n’existe probablement lui aussi que depuis six mois… Et voilà qu’on « racise » à tour de bras ! Et on se prétend anti-raciste, et on se permet de délivrer des brevets de racisme. Ce soir c’est au tour de Mille Bâbords et de toutes les personnes présentes ce soir là, toutes a minima agressées et gazées. On n’est pas à une contradiction gigantesque prés. Comme le dit bien le communiqué de quelques participants et organisateurs, on est jamais mieux « racisé.e.s » que par soi-même…
Dans un communiqué de la même médiocrité et aussi bien écrit et auto-centré que le précédent, les auteurs de ce raid, sous le pseudonyme « Pirketout » (en effet…), affirmeront que l’assemblée était composée d’hommes blancs cis-j’sais-pas-quoi. Pourtant cette fois-ci, elles avaient pu constater que c’était faux, de leurs propres yeux. Mais quand on décide une chose, on s’y tient. Voila des hommes, pour certains avec de fortes poitrines, voilà des blancs, pour certains avec de gigantesques mélanomes (ou bien est-ce autre chose ?). Il faudrait d’ailleurs rapidement que je fasse appel à un dermatologue, c’est inquiétant cette couleur sur ma peau, moi l’homme blanc cis-vinaigré. Et là je tombe des nues, je me regarde et je ne suis pas « blanc », et puis quand bien même, qu’est-ce que c’est que ce truc et depuis quand cela nous intéresse ? Depuis quand dissertons nous sur les couleurs des uns et des autres, depuis quand nos rapports sont ils régis par la culpabilisation de privilèges abstraits attribué selon des critères réactionnaires, des stigmates, toujours biologiques et jamais sociaux. La plupart des autres convives sont tout aussi difficiles à faire rentrer dans des catégories aussi idiotes qui ne rendent jamais justice à la complexité des origines et de leur entremêlement avec les choix des individus, je ne comprends pas. Mes origines sont complexes, elles sont le produit de métissages divers et je suis donc aujourd’hui exclu de toute possibilité de pureté « raciale ». Je ne suis qu’un bâtard de sang-mêlé. Même si je voulais faire exister les races, je ne pourrais pas crier « notre race existe » pour faire pleurer les « petits blancs » déconstruits de gauche qui ressentent des frissons exotiques à chaque fois qu’ils entendent un « racisé » jouer son bon rôle de « racisé » (comme au temps béni…). D’ailleurs des gens, considérés comme « racisé.e.s » (sans aucune assignation j’imagine…) seront appelés à « choisir leur camp » (celui de leur « race » on imagine) par des « petits blancs » du racialisme, ce qu’ils feront sans hésiter en effet, mais avec d’autres critères… Être contre le racialisme (et donc fondamentalement contre le racisme) transformerait-il toute forme vivante en synthèse biologique de l’homme blanc cis-mortadelle ? Ou bien on a remplacé l’insulte favorite des stals contre toute opposition (« fasciste ! »), et tous ceux qui ne sont pas d’accord sont des « hommes blancs cis cis cis » ? Et que dire de toutes les camarades et compagnonnes qui se sont défendues comme les autres contre ce minable remake raté de l’attaque de la diligence. Votre négation de l’existence de ces femmes et de ceux d’entre nous que votre idéologie voudrait séparer des autres en « racisé.e.s » est proportionnelle à votre soif de reconnaissance existentielle et identitaire, quitte à verser dans le sexisme et le racialisme crasse. Je ne comprenais pas pourquoi vous insistiez pour signaler « on existe » avec tant de ferveur, d’abord on s’en fout, il faut bien se l’avouer, et après tout, y a t-il quelqu’un sur cette planète qui n’existe pas ? N’existe-t-on qu’à travers le regard de l’autre, n’existe-t-on qu’à travers le regard de ceux que l’on considère comme raciste ? Mais maintenant je comprend, votre « on existe » ne servait que de pendant à « vous n’existez pas ». Nous ne savons pas ce qu’inclus votre « on », mais je doute que tous les « ons » de la planète ne soient prêts à vous prêter leur parole, à laquelle encore une fois vous vous arrogez le droit de vous substituer. C’est votre fond de commerce, mais vous ne parlez au fond pour personne, et d’ailleurs personne ne devrait parler pour personne. Cette substitution à LA « parole des opprimés » (si une telle chose existe…), qui suppose que les opprimés se réunissent régulièrement pour statuer est de l’idéologie de bac à sable. Le treizième sous-sol de la politique.
Surtout s’il s’agit en fait d’exister sur le dos des autres en adoptant les pires tactiques de la propagande stalinienne bien de chez nous, rumeurs, calomnies et bruits de chiottes. Et il n’y a pas d’autres mots pour vous qualifier aujourd’hui qu’idiots qui jouent avec des concepts qui les dépassent et qu’ils finiront par reprendre en pleine face lors du retour de boomerang social. La réaction paye toujours l’addition.

Votre obsession identitaire me dégoûte profondément, pas seulement parce que je suis anarchiste ou parce que comme Alexandre Marius Jacob, « je n’ai ni feu, ni lieu, ni âge, ni profession. Je suis vagabond et né à Partout, chef-lieu Nulle-Part, département de la Terre » (Souvenirs d’un révolté, 1905), mais aussi parce que le monde que contribuent à renforcer les identitaires est déjà le monde que nous combattons et qui se trouve sous nos yeux. Partout le pouvoir joue et s’appuie sur les problématiques identitaires pour distendre les liens de solidarité, renforcer les phénomènes de concurrence sous la formule assez classique du divide et impera. Croire subvertir l’existant en en reproduisant ses pires aspects est bien la preuve du niveau de décomposition généralisé qui gangrène ce milieu qui pourrait finir, à terme, par attirer tout ce qui pourra grouiller dans les thématiques brouillées de la sphère identitaire et conspirationniste. Et alors, il sera déjà trop tard.
Comment ne pas penser à l’extrême droite ? Avec ces gens totalement déconnectés des réalités du monde, constamment enfermés dans des logiques judiciaristes et morales de séparation, de rétorsion, de concurrence entre les pauvres, entre les mémoires, de ressentiment communautaire, de guerre civile et de séparation, dont l’activité politique consiste intégralement à faire exister des séparations, à faire exister la « race » et à chérir la cohabitation avec la bourgeoisie « racisée » élevée au rang de fétiche. « Notre race existe » ? Non, ça suffit, un camarade d’une organisation libertaire, pourtant plus tard dans la soirée apologue de la MAFED (société écran du PIR), ne supporte plus d’entendre de telles conneries, et il a bien raison. Le ton monte un peu, ça commence à durer trop longtemps… Plusieurs belligérantes se jettent sur lui et commencent à tenter de le tabasser à sept contre un, coups portés, habits déchirés. Un peu plus tard, un des organisateurs est directement visé, toujours à plusieurs contre un, par devant et derrière, coups de poing, arrachage de cheveux, plusieurs personnes viennent à sa rescousse, quelqu’un se fait alors frapper à coup de chaise au visage par derrière et par surprise. Une camarade, elle, se fait attaquer par plusieurs assaillantes dont une qui commence à l’étrangler des deux mains, elle réussit à se défendre mais se fait alors gazer dans la bouche et les yeux. La situation est surréaliste. Avez-vous déjà assisté à une scène pareille ces vingt dernières années ? Avez-vous déjà vu quelqu’un en étrangler un autre en hurlant « ne me touche pas ! » d’un air complètement fondu ? Vous êtes vous déjà fait taper dessus par des gens qui crient en même temps à l’agression ? De toute évidence ces personnes ont le sens du drame et de l’emphase, le cinéma hollywoodien leur a manifestement tapé sur les nerfs. Je suis frappé à la fois par leur ridicule et par leur rage non pasteurisée. Elles sont en transe, on dirait que c’est le jour le plus important de leur vie.
On était jusque là habitué avec les racialistes à un certain cynisme de rigueur, un bon aloi typique de la bourgeoisie universitaire, des classes supérieures. Une certaine élégance du parvenu cultivé et arrogant au port hautain, noblesse conceptuelle oblige. Ce soir on a pu découvrir la version « édentée » pour reprendre Bouteldja, pseudo-lumpen racialiste ou pitbulls sous crack de la racialisation, et quel bonheur… On a eu droit à plus de momies qu’au Louvre, et gratuitement.

Un camarade, salut à lui, est obligé de rester assis avec ses béquilles ostensibles (j’apprendrai plus tard qu’il a été grièvement blessé par une grenade explosive des flics lors d’une manif marseillaise), mais aussi incroyable que cela puisse paraître, il semble exister la volonté forte de lui lancer une table dessus. Heureusement l’intervention d’un autre camarade empêchera la soirée de devenir dramatique, et il faudra s’y mettre à plusieurs pour le protéger. A quelques exceptions prés, il semble que ceux qui ont été les plus visés étaient les plus « racisés », et parmi eux des organisateurs, était-ce un choix politique conscient et réfléchit ? S’agissait-il de punir les « traîtres à la race » ? Les « bounty » ou les révoltés du Bounty ? De quoi s’agit-il en fait ? Et qu’est-ce que c’est que ces manières ? Qui sont ces zombies du ressentiment, ces chemises « non-blanches » aux regards vides, ils font honte à ceux d’entre nous issus de l’immigration de première ou deuxième génération qui avons refusé dignement et lutté contre toute racialisation des débats (et donc aussi contre la culpabilité putassière de nombre de ceux qui se croient « blancs »), qui avons subi et lutté contre les ratonneurs des années 90, qui avons subi les brimades des racistes dés le plus jeune age, traités de « bougnoules », de « négros », de « nouaches » et de « youpins », qui avons refusé avec intransigeance l’usage même du mot « race » qui ne peut rien avoir à faire avec n’importe quelle forme d’émancipation. La « race » est une rupture nette avec toute possibilité révolutionnaire ou insurrectionnelle. Pour moi la liberté ne peut être gagnée qu’à travers l’abolition totale de toute identité figée, catégorie et essentialisations, la « race » étant probablement la pire des propositions disponibles dans l’éventail des catastrophes.

Je me fous de la liberté d’expression et des blablas humanistes contre la violence, et cela m’énerve déjà que certains en profitent pour jouer la carte citoyenneté de la liberté d’expression, ou pour chercher à défendre Escudero et sa clique de réacs (qui avaient été empêchés de parler à Lyon, ce à quoi je n’ai rien à reprocher, de plus une personne avec des positionnements publics en son nom était visée, pas un lieu éclectique en frappant dans le tas) en faisant croire que ces deux perturbations sont similaires. Je pense que les conflits doivent s’exprimer, de façon proportionnée et en se soumettant au préalable à une identification rigoureuse de l’ennemi, à qui je me fous que soit accordée la liberté d’expression, mais se tromper d’ennemi est une erreur décisive. Le jour où ces spécialistes de la radicalité apparente s’en prendront ainsi aux locaux de l’extrême droite plutôt qu’à ceux, auto-financés, des anti-autoritaires, la princesse Diana ressuscitera sur un air d’Elton John et tout le monde pourra faire des cacas politiques où il veut sans restriction.

Au final, les blessures seront légères et la détermination intacte. On se sent même assez fort après une telle démonstration de pathos et de faiblesse, on déplore cependant qu’en partant ils aient jugé judicieux d’en rajouter encore une couche en brisant la vitrine du local Mille Bâbord, qui ne faisait qu’accueillir cette discussion et qui va devoir régler plusieurs centaines d’euros… Mais si c’est ça l’opposition… Un camarade qui s’est pris un sale coup de poing américain dans la tempe a la peau dure, bien heureusement. Au moins les choses sont claires, on ne déboule pas dans une réunion avec un poing américain et des gazeuses pour differ des tracts ou pour s’expliquer, même durement. Je ne connais aucune de ces personnes, par définition aucune d’entre elles ne me connaît, ne sait pourquoi je me suis rendu à cette réunion, n’a amorcé la moindre compréhension de ce qui pousse la grande majorité des révolutionnaires d’aujourd’hui (et d’hier) à se méfier de ces tendances identitaires agressives au sein de l’extrême gauche, qui font leur retour sous de nouvelles formes, proportionnellement au sentiment diffus de crise identitaire, un « sentiment » implanté/martelé quotidiennement par le pouvoir, les médias, la kulture, les politiques, l’université et autres poubelles. Et pourtant comme premier contact, on me propose le coup de boule et la gazeuse, alors qu’il en soit ainsi. Cela prouve seulement que le texte d’appel avait raison d’appeler chacun à choisir au plus vite un coté du clivage. Je me lasse des semelles molles que j’entends presque tous les jours répéter que toutes ces histoires ne sont pas si graves, qui renvoient dos-à-dos les « deux camps » dans une distinction toute aristocratique qui ne sert qu’à couvrir la lâcheté ambiante qui consiste a toujours préférer garder ses amis et sa socialité que sa cohérence. Ne pas prendre parti pour ne pas être pris à partie, une tradition française. Le confort alternativiste à l’intérieur du monde (mais y a t il un extérieur ?) a son prix, et pourquoi faire la révolution contre ce monde (et son monde) quand on se plaît si bien dans la niche qu’on s’y est créé ?
Une chose est sûre, il va falloir sortir du silence si l’on se sent une quelconque responsabilité dans la continuité d’une certaine décence révolutionnaire et si l’on ne veut pas laisser isolés ceux qui doivent se retrouver à subir les raids racialisateurs, de la bibliothèque anarchiste La Discordia à Paris à Mille Bâbords ici aujourd’hui. Il faut que les voix s’élèvent par delà les querelles de pains au chocolat. Le soutien moral et financier ne peut être qu’une bonne chose. Mais c’est de prises de positions publiques et courageuses, en mots comme en actes, dont nos perspectives ont besoin maintenant pour survivre aux offensives post-modernes et contre-révolutionnaires.

Une autre chose fut parfaitement caricaturale sur laquelle je voudrais dire deux mots. A l’extérieur du local, un autre groupe d’opposants composé d’une quinzaine de « petits blancs » fragiles (puisqu’ils y tiennent) assez jeunes, sans doute « pro-féministes » (sans gluten) font spectateurs en non-mixité, certainement encore un nouvel apport de la boite à outil post-moderne. Ça doit être ça l’intersectionnalité ! On se demande ce qu’ils attendent là. Sont-ils ici dans une posture paternaliste, certainement « décoloniale », pour superviser l’action de leurs « racisés » élevés au grain dans un safe space ? Et puis voilà un nouveau concept, la cohabitation des non-mixités… Ce soir on a eu droit à la double non-mixité de race, « blancs » et « non-blancs » pour reprendre le vocabulaire moribond, on pourrait croire que les deux s’annulent. Mais c’est là que réside toute la magie racialiste. Ensemble, mais chacun de son coté, donc pas ensemble, bref chacun chez soi et tout le monde crie « on est chez nous » comme des beaufs. L’ethno-séparatisme, une découverte à la hauteur de l’époque ! Ce petit groupe sera interrogé par un compagnon sur ce qui est en train de se passer, mais ceux-ci n’ont pas d’avis, ils « s’en foutent » et n’ont strictement aucun argument pour défendre leur présence ce soir. Il faut croire qu’ils n’étaient là que pour faire nombre, la plupart embarqués par d’autres dans des conflits qu’en fait, ils ne comprennent pas je crois, voire pour certains dont ils n’avaient jamais entendu parler. C’est une façon d’envoyer au casse-pipe comme une autre… Mais le copinage est, à Marseille comme ailleurs, toujours supérieur aux questions de fond dans une époque troublée comme celle que nous vivons. Cela ne fera que rajouter au pathétique de ces assaillants.

Voila de quoi rêver pour les insomniaques. La « race » n’est elle pas faite de la matière dont sont faits les rêves ? On préférera entretenir la mémoire des pirates de l’edelweiss et des révoltes et mutineries anti-racialistes d’esclaves qui ont agité les siècles derniers, on relira peut être le plaidoyer de John Brown, les écrits magnifiques de George Jackson et son refus du racialisme, les mémoires de James Carr, les écrits antiracialistes et anticolonialistes de Frantz Fanon, la lutte de Lucy Parsons contre la séparation des exploités en esclaves, affranchis et « libres », etc. Mais non, ici, on préférera toujours se souvenir d’un Malcolm X, leader racialiste et séparatiste de la Nation of Islam. Il faut parfois rappeler des évidences dans ce marasme de confusions. Ce soir, à la gauche de Soral et Dieudonné, j’appelle la bande à décompos tendance staliniens de souche…

Pour finir, les assaillants ont exigé la libération de George Ibrahim Abdallah, mais voilà… on a promis qu’on passerait quelques coups de fils au Mossad, qu’on pouvait rien faire de plus. On leur aurait bien demandé en échange de libérer les athées incarcérés à travers le monde, et en fait, de détruire toutes les prisons, mais tabernacle, nous avons une réflexion sur qui est qui, qui peut quoi, sur le fait qu’on ne peut être tenu pour responsable de ce que l’on n’aurait pas pu empêcher, et donc, que tant qu’il n’y aura pas de machine à remonter le temps (ou la connerie) il n’existera pas de responsabilités collectives qui traversent les ères glaciaires. Le complotisme, les réductionnismes idéologiques en général et identitaires en particulier, forment une spirale dans laquelle il vaut mieux éviter de se télescoper, sous peine de sombrer à mille tribord.

A bas la république, a bas le racialisme !
Self-défense contre leur main d’œuvre.

Le 2 novembre 2016,
Zabriskie Point.
zabriskiepoint(@)bastardi.net

Le texte mis en page au format PDF

Communiqué de Mille Bâbords suite à l’attaque de la réunion du 28 octobre dans son local

 

Vendredi 28 octobre 2016 avait lieu à Mille Bâbords un débat à partir du texte « Jusqu’ici tout va bien » dans le cadre d’une soirée intitulée « S’opposer au racialisme : discussion ». Dès le départ de la soirée, un groupe de personnes a fait violemment irruption dans le local dans le but d’empêcher le débat, en hurlant notamment « La discussion n’aura pas lieu ». Voir le tract laissé sur place. Résultats : livres et revues piétinés, affiches arrachées, tables renversées, coups et menaces, utilisation de gazeuse, vitrine brisée volontairement…

Depuis 16 ans que Mille Bâbords existe et que des débats (très) contradictoires s’y déroulent, c’est la première fois qu’une attaque physique se substitue à l’échange d’arguments même vifs. Indépendamment de la question de fond, les méthodes mises en œuvre sont inacceptables.

Quelle que soit la discussion, la porte reste ouverte dans le respect des personnes et des objectifs mentionnés dans la charte : « Le champ que Mille Bâbords se propose de couvrir est celui de toutes les pensées et mouvements engagés dans une critique et une lutte contre les différentesformes d’exploitation, d’oppression, d’injustice, d’aliénation physique et morale. »

Dans ce cadre, et en accord avec la multiplicité des positionnements politiques des membres de l’équipe de Mille Bâbords, l’association se refuse à s’inscrire dans un courant politique particulier. Elle continuera à accueillir des débats et événements en adéquation avec sa charte.

Les personnes qui se reconnaissent dans le projet de Mille Bâbords peuvent manifester leur solidarité morale et/ou financière. Nous ne solliciterons pas notre assurance – les dégâts s’élevant à plusieurs centaines d’euros – qui exigerait un dépôt de plainte auquel nous nous refusons évidemment.

L’équipe de Mille Bâbords, Marseille le 30 octobre 2016.

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De la gauche (et son extrême) du capital
comme foyers de recomposition du sous-fascisme

Afin de bien saisir ce à quoi nous avons affaire en face de l’extrême-droite (organique et non organique), il est donc nécessaire de ne pas fétichiser ce phénomène en l’enfermant, notamment, dans les schémas préconçus hérités de périodes révolues. Dans cette perspective, regarder ce qui se passe à la gauche et à l’extrême-gauche du capital, notamment sur le terrain des luttes « antisioniste », « antiraciste » et « antifasciste », est lourd d’enseignements. On peut ainsi y observer certaines des répercussions aussi grotesques que catastrophiques de la décomposition du mouvement ouvrier et mesurer combien la restructuration identitaire de la société submerge les acteurs et les discours. En effet, des sentinelles groupusculaires sous-fascistes sont parvenues à capitaliser sur les écueils, ou les nouveaux traits décomplexés, de la gauche et de l’extrême-gauche (confusion théorique, compromission politique, clientélisme, discrédit avéré au sein du prolétariat). C’est ainsi que la nébuleuse islamiste des Frères musulmans, pourtant en perte de vitesse (après qu’elle ait efficacement contribué, durant les années 1990-2000, au retour du religieux dans la société, encouragée à cette fin par les pouvoirs publics), peut encore aujourd’hui compter sur les partis de gauche, leur milieu associatif et leurs syndicats pour lui servir de vecteurs d’influence privilégiés.

Dans cette configuration, il arrive que des acteurs de la « gauche radicale » fricotent avec… L’extrême-droite !… Et nous pesons nos mots. Une tendance à l’œuvre depuis au moins le début des années 2000 se révèle petit à petit au grand jour : une partie de ce milieu militant a été gangrénée par la peste islamiste, notamment sous l’influence des réseaux français de la Confrérie des Frères musulmans, avec l’aide, notamment, de la section française du Socialist Workers Party, organisée dans le NPA. Le résultat : des meetings qui s’enchainent regroupant l’AFApb (Action Anti Fasciste Paris Banlieue), CAPAB (Coordination Antifasciste Paris Banlieue), Le réseau (VISA) Vigilance Initiative Syndicale Antifasciste, le NPA, ATTAC, des sections syndicales de SUD, des encartés à Europe Écologie les Verts, des membres du PCF, du Front de Gauche, aux côtés du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), des Indigènes de la République, de l’Union des Organisations Islamiques de France, et de Participation et Spiritualité Musulmane (PSM).

Participation et Spiritualité Musulmane est la branche française du mouvement réactionnaire et obscurantiste marocain Al Adl Wal Ihsane (« Justice et Bienfaisance »). Cette organisation islamiste fondée en 1973 a assassiné des militants d’extrême-gauche dans les années 1990 et a tenu à défiler aux côtés de l’extrême-droite catholique à la « manif pour tous » en 2013 tout comme elle a sympathisé avec l’Alliance Vita, l’un des principaux lobbies anti-avortement en France.

Le Parti des Indigènes de la République a régulièrement déchainé le spectacle des polémiques depuis sa fondation en 2005. Ce groupe a beau avoir essuyé les critiques de nombreux politiciens et journalistes, ce qui a d’ailleurs grandement participé à sa publicité, il n’en demeure pas moins un incubateur de virulence sous-fasciste. Et cela à tel point que ce Produit de l’Imbécilité Réactionnaire s’adonne à redresser au moins deux piliers idéologiques de l’extrême-droite – l’antisémitisme et le racialisme – avec une morgue à faire pâlir les lepénistes endurcis.

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« Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. Le peuple blanc propriétaire de la France : prolétaires, fonctionnaires, classes moyennes » Bouteldja aime Genet, collaborationniste s’étant réjoui de la victoire d’Hitler: « Il y a comme une esthétique dans cette indifférence à Hitler. Elle est vision. Fallait-il être poète pour atteindre cette grâce ? » « Quant à nous, l’antisionisme est notre terre d’asile. Sous son haut patronage, nous résistons à l’intégration par l’antisémitisme tout en poursuivant le combat pour la libération des damnés de la Terre. » « l’Indigène arrogant» Ahmadinejad niant l’existence d’homosexuels en Iran : « Il y a des gens qui restent fascinés longtemps devant une œuvre d’art. Là ça m’a fait pareil. Ahmadinejad, mon héros ». « J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à l’Algérie, à l’Islam ». « Le mâle indigène défendra ses intérêts d’homme. Sa résistance sera implacable : « Nous ne sommes pas des pédés ! » « Le féminisme fait partie des phénomènes européens exportés » « Il faudra deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène, la part qui résiste à la domination blanche » «Les hommes, ces héros, les femmes ces Pénélopes loyales ». « Non, nos hommes ne sont pas des pédés ! » Nous disent-elles. La boucle est bouclée ». « Qui est cet être humain (…) qui dérobe corps et chevelure aux regards concupiscents ». « Le combat consiste à faire redescendre ceux qui commettent le sacrilège de s’élever au niveau de Dieu ». « Jusqu’au début des années 1980, sous les cieux protecteurs de la République française, le sionisme se portait comme un charme et coulait des jours heureux. Il se baladait dans les boulevards ». Houria Bouteldja

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« Il y a dix ans, dans la même réunion qu’aujourd’hui, si on avait dit ” blanc ”, les gens auraient cassé le mobilier. Aujourd’hui, grâce aux Indigènes de la République, grâce à Houria, on peut dire ”les blancs”.  »

Eric Hazan, éditeur à La Fabrique

On ne peut malheureusement pas encore donner tort à l’éditeur classé à l’extrême gauche du dernier pamphlet explicitement antisémite d’Houria Bouteldja Les Blancs, les juifs et nous, qui n’a pas suscité de réaction à la hauteur de son caractère ignoble. Les catégories et le vocabulaire de l’idéologie racialisatrice, repris depuis quelques temps dans les organisations et milieux politiques qui vont de l‘extrême gauche jusqu’aux libertaires, sont en train de devenir la norme et d’instaurer une hégémonie. Ce vocabulaire s’est imposé insidieusement, sans être ni discuté ni argumenté. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui sont dans l’incapacité de soutenir politiquement ces positions intenables, à part à coup d’affirmations tautologiques et de fausses évidences. Un glissement sémantique a déjà largement opéré : les termes de « race », « blancs », « non-blancs », « racisés », « racialisation », « décolonial » sont devenus du jour au lendemain des catégories d’analyse jugées pertinentes, nécessaires, et sont même promus comme instruments d’une perspective d’émancipation, là où nous y voyons une faillite catastrophique.

Dans une époque de crise généralisée propice à la confusion, dans laquelle prospèrent des courants contre-révolutionnaires, menaçants voire meurtriers comme les rouges-bruns, les boutiquiers racistes Soral et Dieudonné ou différentes variantes de l’islam politique, certains ne trouvent donc rien de mieux à faire que de ressusciter la théorie des races en réhabilitant les assignations culturelles, sociales et religieuses dans la droite ligne de l’ethno-différentialisme de la nouvelle droite. Le retournement est allé au point que le simple questionnement de l’idéologie racialiste devient impossible, tant dans les réunions publiques que sur les sites internet des milieux militants, qui opèrent à cet endroit une véritable censure. L’ensemble prospère et tient notamment par un chantage à la culpabilité que manient très bien les tenants de cette idéologie. Ironiquement, aujourd’hui, refuser les termes de « race » ou « d’islamophobie » expose à l’infamante accusation de racisme, visant à étouffer ainsi toute possibilité de débat, de critiques et de refus. Certains anarchistes en sont rendus à proscrire le slogan « ni dieu ni maître » sous prétexte d’« islamophobie » et certains marxistes pensent que pour être antiraciste il est urgent d’ajouter la « race » à la classe. De fait le terme de « race » qui était jusqu’à peu l’apanage de l’extrême droite se retrouve aujourd’hui à toutes les sauces. La promotion des identités, le communautarisme culturel ou religieux n’ont jamais eu d’autres fonctions que de maintenir la paix sociale.

Le clivage à l’œuvre autour de ces questions se doit donc d’être clarifié et travaillé de manière réfléchie. À plus forte raison dans la situation actuelle, le racialisme ne peut mener qu’à la guerre de tous contre tous. Cette offensive politique est lourde de conséquence pour tous, et d’un point de vue révolutionnaire c’est un point de rupture. Où en serons nous dans quelque temps si elle s’avérait victorieuse ? Tôt ou tard, il va bien falloir choisir son camp et le plus tôt sera le mieux.

Été 2016

Assemblée en mixité révolutionnaire et non-mixité de classe

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Alliance entre le PRCF d’Annie Lacroix-Riz et de la négationniste Skandrani qui faisait partie du « Dieudobus » à l’occasion de la « Liste Antisioniste » de Dieudonné durant les élections européennes de 2009.

La plupart des militants et des intellectuels de gauche ou d’extrême gauche considèrent que l’antisémitisme serait un fléau en voie de disparition. Alors pourquoi diable s’intéresser à « l’antisémitisme de gauche » ?

Pourtant, cet antisémitisme DE gauche, et pas simplement A gauche, existe depuis près de deux siècles. Il a pris différentes formes dont il faudrait à la fois retracer en détail l’histoire au sein du mouvement ouvrier, mais aussi souligner les continuités et les discontinuités jusqu’à l’antisémitisme mondialisé actuel.

L’antisémitisme planétaire, qui sévit aujourd’hui dans la grande communion émotionnelle et politique du cyberespace, d’Internet, fédère toutes les formes d’antisémitisme, du vieil antijudaïsme religieux chrétien et musulman jusqu’à l’antisémitisme racial, social, nationaliste, anticapitaliste et anti-impérialiste. Ces convergences permettent à des groupes et à des individus très différents
politiquement, voire aux opinions totalement opposées, de communier dans la même haine (assumée ou pas, peu nous importe) : celle du Juif (ou d’Israël, ce qui d’un point de vue symbolique revient au même)…

Sans une telle vision d’ensemble de l’antisémitisme, et plus particulièrement de l’antisémitisme de gauche qui nous occupe aujourd’hui, il est impossible de comprendre :

– la portée de l’assassinat d’Ilan Halimi (délibérément réduit à un fait divers par la gauche et l’extrême gauche en 2006),

– la portée des meurtres commis par Merah, Nemmouche ou Coulibaly en 2015 (à propos desquels la gauche et l’extrême gauche ont surtout botté en touche et parlé des risques d’augmentation de…. « l’islamophobie »),

– mais aussi il est impossible de saisir le sens des alliances – a priori contre nature – entre l’extrême droite islamiste, les Identitaires de gauche comme le PIR, la mouvance autour du politicien raciste et fasciste Dieudonné et l’extrême gauche qui se dit « antisioniste ».

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« Islamophobie », le terme a envahi le discours politique. Sa datation a été l’occasion d’une belle polémique. Observatrice attentive des dynamiques religieuses actuelles, Caroline Fourest avait cru qu’il était apparu fin années 70 / début années 80. En fait, il avait été forgé au tout début du XXe siècle. Cette erreur de datation, les islamobaratineurs n’ont pas manqué d’en faire des gorges chaudes. Fouillant les archives (plusieurs sont universitaires et donc payés pour ça), ils ont en effet fini par découvrir que c’est vers 1910 qu’un certain Alain Quellien avait forgé ce néologisme (1). Ensuite, le terme a été repris vers 1912 par d’autres auteurs, il aurait circulé quelque peu jusqu’au milieu des années 1920, avant semble-t-il, de disparaître totalement de la circulation.

Dans les années 1980, quand C. Fourest l’observe, ce n’est donc pas « d’apparition » qu’elle aurait du parler mais de « réapparition ». Donnons sur ce point toute la raison aux islamobaratineurs et rendons-leur grâce de nous avoir fait découvrir Quellien dont la lecture est bien intéressante : elle montre toute la perversité du concept d’islamophobie.

La personnalité même du fondateur du concept d’islamophobie est finalement, bien embarrassante pour ceux qui l’on exhumé. Aussi, le présentent-ils tantôt comme membre d’une sorte d’amicale d’« administrateurs-ethnologues » (2) – amusant concept qui sent le bricolage – tantôt comme un « orientaliste français spécialiste de l’islam ouest-africain » (3). « Ah, qu’en termes galants ces choses là sont dites » se serait écrié Molière !

Quellien, et on comprend tout de suite ce qui gêne les enfumeurs, était en réalité un cadre supérieur du Ministère des colonies, en lien avec l’officier « qui dirige avec compétence et distinction, le service des informations islamiques au Ministère des colonies » (4). Foin donc « d’administrateur-ethnologue » ou de sympathique « orientaliste », Quellien est un Attaché du ministère des colonies qui fait son travail : conseiller la meilleure stratégie de colonisation possible. C’est bien là tout l’objectif de son ouvrage « La Politique musulmane dans l’Afrique occidentale française » (5).

C’est dans cet objectif, qu’après une réflexion bien nourrie et mûrie, il crée le concept « d’islamophobie », une « islamophobie » que Quellien pourfend avec force dans tout un long chapitre.

Qu’un fonctionnaire totalement dévoué à la cause de la colonisation en arrive à créer le terme d’islamophobie dans le but de dénoncer les islamophobes avec beaucoup de vigueur, paraît, à première vue étonnant. En fait, c’est une conséquence logique de sa position raciste et de son soutien à la colonisation.

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La surenchère pro-obscurantiste des sociologues de gôche

Non seulement certains sociologues partisans de la thèse de l’islamophobie présentent de façon biaisée, voire sous un jour favorable comme nous l’avons vu, les comportements et les initiatives réactionnaires d’une petite minorité de musulmans dans l’espace public, mais en plus ils vont jusqu’à devancer les revendications des plus rétrogrades d’entre eux.

C’est ainsi que le sociologue Ahe Sander écrit : « Les Suédois doivent se rendre compte que la Suède va accueillir un nombre croissant d’individus et de groupes que l’on ne pourra pas fondre dans le creuset suédois, et dont les musulmans et les groupes islamiques offrent d’excellents exemples ; toute tentative de les assimiler par la force, de les couler dans le moule traditionnel suédois sera contre-productif car cela ne fera que les pousser à s’agréger plus fortement autour de leur religion et de leur ethnicité, ce qui – du point de vue des artisans de la forge nationale suédoise – aggravera encore le problème (4) . »

L’auteur reproche à juste titre l’intégration forcée que son Etat impose aux migrants, mais en même temps il ne comprend pas que « l’islam » n’est pas un bloc monolithique et qu’il est divisé en de nombreuses écoles de pensée. Il devrait pourtant savoir que les théologiens, notamment sunnites, n’ont jusqu’ici pas encore défini de façon précise le statut des minorités musulmanes en Europe, comme le reconnaît le cheikh Badawi, fondateur du Muslim College (5) . Face à un flou certain, plutôt bienvenu d’un point de vue athée, ce n’est pas aux sociologues dits « non musulmans » de rajouter encore une couche d’obscurantisme au nom de la « tolérance ». Dans son article, Ahe Sander prend la peine de nous décrire en détail les opinions les plus réactionnaires, anti-laïques, des musulmans qu’il a rencontrés en Suède comme si ces opinions pouvaient représenter celles de tous les « musulmans » vivant dans son pays !

Selon lui, on devrait laisser les « dirigeants » les plus conservateurs des communautés musulmanes entretenir leurs propres « traditions collectives », comme si ces « traditions » ne menaçaient pas les libertés individuelles des citoyens musulmans qui vivent en Suède ! Et c’est ce qu’il appelle un « juste équilibre entre l’équité et la liberté » !

Face à des « communautés » imaginaires dont les représentants auto-proclamés veulent imposer une loi « traditionnelle » à leur groupe culturel et/ou religieux, nous ne pouvons détourner pudiquement les yeux et oublier la nécessité de défendre les droits démocratiques pour tous les travailleurs… y compris pour les musulmans.

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Ruffin et Lordon, une Nuit à dormir Debout

Nuit Debout nous donne l’occasion de publier, en partenariat avec plusieurs autres groupes et sites antifascistes, un dossier qui se veut aussi exhaustif que possible sur la galaxie citoyenniste, ses réseaux et ses errements idéologiques. Vous trouverez ci-dessous son sommaire avec des liens cliquables afin de naviguer à l’intérieur aussi aisément que possible. Fruit d’un travail intense qui nous a occupés depuis un mois, nous tenons à remercier tous les camarades qui nous ont aidé à réunir la documentation nécessaire. Bonne lecture !

Au sommaire de ce dossier :

Introduction

La Genèse : une opération d’auto-promotion initiée par François Ruffin et Frédéric Lordon

Fakir ou le journal de bord d’un réac
> Vive les matons, vive les douaniers (et vive les missiles) !
> Fakir, journal sexiste et anti-féministe
> François Ruffin contre les antifas
> Fakir, Emmanuel Todd et le FN
> François Ruffin, un patron comme un autre
> Merci Patron ! ou Ruffin-des-Bois au pays des ouvriers
Frédéric Lordon ou la virtuosité bavarde d’un social-chauvin
> « Le protectionnisme, ça nous fait gerber »

Ressorts et fonctionnement de la mobilisation

Une mobilisation 2.0 ?
Le mythe de la démocratie directe
Le rapport aux flics

Stands, commissions et projections

Les Citoyens constituants, ambassadeurs d’Etienne Chouard
L’arnaque du tirage au sort chouardien
Le Parti du Vote blanc
Demain, le coup de com’ des Colibris
La commission SDF
L’ARS-Combat

Webmasters, vidéastes, artistes et activistes maison

Xavier Renou, sa Boutique militante et son AlterJT
Benjamin Ball
Julien Bayou
Un imaginaire graphique peu original

Les médias qui soutiennent Nuit Debout

Arrêt sur Images
Judith Bernard
Acrimed
Pierre Carles
Usul ou le dandysme du crotskisme
Frustration/Ballast/Le Comptoir/Limite
> Ballast
> Frustration
> Limite
> Jean-Claude Michéa

Illusions citoyennistes

Friot ou le projet illuminé d’une crapule stalinienne
> Avec Friot, tous fonctionnaires !
L’arnaque du revenu de base, une autre idéologie du travail
Derrière le hashtag #OnVautMieuxQueCa : le travail, encore.
Monnaies locales : « Argent trop cher, la vie n’a pas de prix »
Franck Lepage, le rééducateur citoyenniste populaire
Petit aparté…
David Graeber, le messie anti-dette à la diète
Jean-Luc Mélenchon
Gérard Filoche
L’oligarchie et ses dérivés
> Le couple Pinçon-Charlot
> Hervé Kempf
> A l’extrême droite
> 1% vs 99%

Les multiculturalistes et les fans de Dieudonné

Indigènes, Europalestine & co
Jean-Pierre Garnier, l’ami dieudonniste de François Ruffin
Une banderole contre les « banksters »
Les soraliens et autres « dissidents »
> Fakir, plus « dissident » que les « dissidents »

Et ailleurs qu’à Paris ?

Conclusion : peut-on en tirer quelque chose ?

Introduction

Qu’est-ce que Nuit Debout? C’est une question qui ne pouvait recevoir de réponse tranchée et qui réclamait à ce titre, un dossier complet. Ce pudding politique, vous le verrez, sorte de vortex citoyenniste directement issu du télescopage entre une campagne promotionnelle commerciale, celle de François Ruffin pour son film « Merci Patron!  » et une nouvelle attaque sans précédent du droit du travail, celle du PS pour les patrons, a beaucoup à nous apprendre. Nous espérons, c’est vrai, grâce à vos partages, qu’il puisse permettre d’aider à démasquer et à désarmer durablement ce nuage qui joue clairement, quoiqu’il puisse prétendre du contraire, dans le camp d’un ordre vertical, du Capital, des partis et de l’Etat.

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Projection du film « Merci Patron! » à l’Assemblée nationale le 29 mars

29 mars : Francois Ruffin et ses amis organisateurs s’accordaient ce soir-là une pause bien méritée, après l’obtention des autorisations préfectorales nécessaires à l’occupation de la place de la République à Paris et une lutte – de lobbying – acharnée couronnée par la diffusion de  » Merci patron!  » à l’Assemblée nationale, sur invitation de la députée Isabelle Attard, ex Nouvelle Donne, ce qui distingue bien son degré hautement subversif…

Avec Lordon et Ruffin, qu’on se le dise, le capitalisme chie dans son froc.

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Nous pourrions ajouter que la Révolution s’éloigne à chaque fois que des Lordon et des Ruffin la convoquent, la surjouent pour mieux la conjurer. Car ce  » mouvement « , tranchant avec la vivacité et la rage du mouvement social, le vrai, provient en réalité d’un nuage idéologique à la fois vaste et très cohérent, porté par un ensemble social, somme toute, plutôt homogène, nous le verrons en détail plus bas.

Qui sont ses promoteurs les plus actifs? Le plus souvent des gens qui se situent avant tout en défense de quelque chose, des nationalistes de gauche et de droite, des professionnels du militantisme, des champions de la récupération, des moines de la confusion et des fascistes.

Une poignée qui finalement, tente d’entrevoir une passivité chez quelques uns pour mieux la justifier chez eux en se jetant à corps perdu dans une mystique constitutionnaliste qui, non contente de ne rien solutionner, n’est en aucun cas à l’ordre du jour, même si l’idée n’est pas nouvelle…

Jean-Luc Mélenchon (C), Julien Dray (G), et Marie-Noëlle Lienemann (D) participent à la conférence de presse clôturant la Convention pour la VIème république, le 8 novembre 1992 à Paris.
Julien Dray, Jean-Luc Mélenchon et Marie-Noëlle Lienemann participent à la conférence de presse clôturant la Convention pour la VIème république, le 8 novembre 1992 à Paris.

Pour ces participants aux milieux sociaux clonés, un mantra revient sans cesse, une forme d’obsession proche de la quête métaphysique, celui d’aller « à la rencontre des milieux populaires « .

« Il faut trouver le moyen de toucher des milieux populaires. » François Ruffin, Télérama

Et comment s’y prend-on ? Très simple, une petite amicale d’intelligents se met dans le crâne d’aller «  convaincre  » au plus large du bien fondé de la démarche. Comme s’il était nécessaire de « convaincre » les galériens de leur propre ras-le-bol! Comme si un simple ravalement de Constitution pouvait nous extirper de notre condition d’esclaves du Capital, sans repenser quoique ce soit, sans remettre en question quoique ce soit et ce au beau milieu de l’une des sinon de la plus grave crise systémique de l’histoire du capitalisme, bonjour l’illumination!

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Leurs buts réels? Si l’on en croit les slogans, une authentique « révolution ». Dans les faits, des grand-messes joyeusement ineptes. Une forme de delirium collectif tentant de sublimer un désir de conservation en se raccordant à une mystique constitutionnelle. Dans l’intention première, un groupe social bien défini qui entend prendre les devants en sapant l’autonomie du mouvement ouvrier.

Ce sont des populations politiquement électrisées par la période et qui pour la plupart, entendent garder la maîtrise sur le ras-le-bol de la classe majoritaire, de celle sans qui rien ne se fait, de l’ensemble des employés, ouvriers, chômeurs, précaires, saisonniers, intérimaires, stagiaires, auto-exploités, sans papiers!

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En réalité, c’est ici que se situe la ligne de classe, la ligne de front révolutionnaire, les fans de Lordon, nationaliste de gauche dans les petits papiers d’une certaine gauche étatiste et revancharde, ayant fait le choix et quoiqu’elle puisse en dire, de l’ordre, malgré les simagrées pseudo-radicales de ces shoots collectifs hippisants dont la limite est immédiatement contenue dans la niaiserie narcissique de la démarche.

Pour l’État, offrir à ces doux imposteurs en proie à une crise mystique carabinée les ambitions de leur enfumage, en les distinguant par la grâce d’une répression compatissante et mise en scène censée les crédibiliser, c’est tout simplement l’opportunité de se choisir ses ennemis intimes, un peu comme il le fit avec Coupat et tant d’autres auparavant.

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Hors-Série, le magazine à péage confidentiel de la confusionniste Judith Bernard, qui mit en scène une pièce de théâtre adaptée d’écrits de Frédéric Lordon et qui fut révélée à l’antenne par l’émission Arrêt sur Images, elle aussi à péage depuis sa placardisation du service public, est un authentique capharnaüm. Les éditions La fabrique, maison d’édition opportuniste d’Eric Hazan et le Comité Invisible d’un Julien Coupat ayant reçu la médaille du meilleur révolutionnaire de France des mains de Michelle Alliot-Marie, complètent ce bien curieux assemblage.

Que vient faire ce champignon citoyenniste ici? Comment s’est-il constitué? Existe-t-il réellement? Quelle est sa capacité à parasiter et à affaiblir la forte mobilisation actuelle? Y’a-t-il quelque chose à en récupérer dans la période? Qui sont les protagonistes réels? A quels nuages idéologiques peut-on les relier?

C’est à toutes ces questions et à bien d’autres encore, que nous tenterons de répondre avec ce dossier, que nous avons voulu le plus complet possible en l’enrichissant d’une banque de liens conséquente.

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Et si l’ego de Ruffin ne tenait plus que comme un noyau d’avocat planté sur trois allumettes?

On le reconnaît volontiers : le mouvement « Nuit Debout » nous laisse plus que sceptiques. Non que nous désapprouvions l’idée que les gens se rencontrent pour échanger sur des questions politiques ou même autour de questionnements plus larges, mais les bases idéologiques sous-tendant cette série d’événements, ainsi que l’identité des initiateurs et les objectifs qu’ils poursuivent posent question.

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#ilvautmieuxenrirequedenpleurer

En l’état, ce « mouvement » nous semble relever d’une opération de récupération à son profit de la mobilisation contre la loi Travail par des éléments de la petite bourgeoisie intellectuelle se faisant farouchement concurrence entre eux dans une forme de baroud d’honneur opportuniste du citoyennisme et de l’altermondialisme, largement accompagné dans son entreprise par l’ensemble des dominants.

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L’Alterjt.tv, le site du confusionniste Xavier Renou, assure la promotion de François Ruffin, ici en compagnie de la députée Isabelle Attard et du militant professionnel porte-parole d’EELV, Julien Bayou.

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La Genèse : une opération d’auto-promotion initiée par François Ruffin et Frédéric Lordon

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Opération promotionnelle pour le film Merci patron !, la Nuit Debout, qui est présentée comme un mouvement spontané, a en fait été organisée par une une poignée de militants réformistes après un meeting de Fakir le 23 février à la Bourse du Travail de Paris. Le journal Le Monde raconte : « Après les débats, une quinzaine de personnes se retrouvent au bar d’à côté. Chacun arrive avec son savoir, son expérience ou simplement son envie de faire. Des jeunes et des moins jeunes, qui ont souvent un engagement et acceptent ou non d’apparaître publiquement. Il y a là Johanna, salariée chez Fakir, Loïc, un intermittent membre de la compagnie Jolie Môme, Leïla Chaïbi, militante à Jeudi noir et membre du Parti de Gauche (PG), Karine Monségu, syndicaliste chez Air France, également au PG, Camille, du collectif citoyen Les Engraineurs, ou encore Arthur, étudiant à Sciences Po », auxquels il faudrait rajouter Jean-Baptiste Eyraud du Dal, qui ce soir-là participait lui aussi à meeting au même endroit et a rejoint à cette occasion le projet fakirien, proposant de mettre le savoir-faire du Dal à son service. De fait, c’est le Dal qui a déposé les premières autorisations en préfecture, vite rejoint par Solidaires et ATTAC.

Le 9 avril, derrière la banderole de Jolie-Môme appelant à une "Nuit rouge" et reprenant le logo du site de Nuit Debout Convergence des Luttes, Murielle Bensaid, ancienne conseillère municipale à Monteuil, tenue par le maire communiste Jean-Pierre Brard, qui s'est illustré par sa politique anti-squats et anti-Rroms.
Le 9 avril, derrière la banderole de Jolie-Môme appelant à une « Nuit rouge » et reprenant le logo du site de Nuit Debout Convergence des Luttes, Murielle Bensaid, ancienne conseillère municipale à Monteuil, tenue par le maire communiste Jean-Pierre Brard, qui s’est illustré par sa politique anti-squats et anti-Rroms.

De fait, si des hommes politiques tels que Jean-Luc Mélenchon sont restés en retrait de ces rassemblements, ils n’ont pas vraiment besoin d’être présents puisque le PG, Europe Ecologie et le PCF, ou des organisations proches (la compagnie Jolie Môme, qui comptait au plus haut de sa période, un effectif d’une trentaine de militants ou même Fakir) sont au cœur du dispositif. D’où l’hypocrisie qu’il y a à refuser que les organisations s’affichent, alors que de fait, elles sont bien présentes place de la République.

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Mélenchon insiste beaucoup dans son livre  » Le hareng de Bismarck  » sur une « domination allemande » sur l’Europe, dont pâtirait à ses yeux l’économie française. Or, souligne l’ICO, « s’il est vrai que l’Union Européenne est tout sauf égalitaire, la France est, avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne, une des principales puissances impérialistes dans cette union. La France qui dispose d’un des plus puissants complexe militaro-industriel, qui envoie ses troupes au Mali et ailleurs, dont les multinationales comme Bolloré, Total ou Areva contrôlent des pays entiers, serait donc « un pays dominé » ? » A contrario de l’union internationale des prolétaires prônée par Marx, « Toute une partie de la thèse de Mélenchon revient à opposer non pas les prolétaires et les bourgeois, les ouvriers et les patrons, mais les « Français » aux retraités allemands. […] faut-il rappeler qu’en Allemagne comme en France ou ailleurs, la grande majorité des retraités sont des ouvriers et employés en retraite ? L’ouvrier en retraite de Volkswagen est-il l’ennemi de l’ouvrier de PSA ? » Dans une interview à Politis, le leader du Parti de gauche a même été jusqu’à envisager de remplacer « l’Europe allemande » par une « Europe française ». Impérialisme, quand tu nous tiens…
Ainsi, Jean-Luc Mélenchon, qui a été accueilli assez froidement, peut se permettre de ne pas être sur le terrain, puisque ses troupes y sont.

13078133_10208750771027666_583400743_oQuant à la volonté largement exprimée par nombre de participants de couper ce « mouvement » de toute implantation syndicaliste affichée, quoique l’on puisse penser des trahisons institutionnalisées des directions des centrales syndicales et de leurs stratégies de démobilisation, elle a de quoi interroger sur sa volonté réelle à se situer dans le mouvement ouvrier – au grand dam de Ruffin ou de Lordon qui aimeraient bien être suivis par les grévistes -, même si par ci par là des syndicalistes et des travailleurs en lutte acceptent d’aller parler en AG.

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Fakir ou le journal de bord d’un réac

Le journal de François Ruffin méritera un dossier en lui-même, tant il est à lui seul le symbole de cette Réaction de gauche dont nous tentons ici de cerner les contours. Productiviste, nationaliste et étatiste, ce journal regorge également de contenus sexistes, entre autres, ou de dessins douteux en référence au nazisme, qui est lui aussi un sujet de plaisanterie.
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Fakir n°49, février-mars 2010 : Le monde accusé d'être le "journal de l'anti-Résistance".
Fakir n°49, février-mars 2010 : Le monde accusé d’être le « journal de l’anti-Résistance ».

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Vive les matons, vive les douaniers (et vive les missiles) !
Mai 2011 : Fakir fait la promotion des douaniers. Parmi les interviewés, un qui avoue livrer des migrants aux flics, un autre qui se dit anarchiste...
Mai 2011 : Fakir fait la promotion des douaniers. Parmi les interviewés, un qui avoue livrer des migrants aux flics, un autre qui se dit anarchiste…

Entre promotion des matons et des douaniers, Fakir est aussi un journal policier, qui publie des dessins appelant par exemple à réprimer les usagers des drogues :

Fakir, été 2014.
Fakir, été 2014.

Dans un article de 2003, alors que Fakir n’était encore qu’un petit canard local amiénois, Ruffin soutenait qu’au fond matons et prisonniers partageaient des intérêts de classe communs. Introduisant le portrait d’un gardien de prison, il décrivait son métier comme étant une « profession [qui] n’évoquait que modérément, pour moi, l’humanisme. C’est une fraternité qu’on ressent, pourtant, chez Luc Rody, maton à la maison d’arrêt d’Amiens et délégué CGT (syndicat majoritaire). Dans son regard amer sur la détention. Dans sa volonté de défendre les détenus autant que ses collègues. Dans sa manière de les appeler « les gars », comme s’il n’existait pas de barreaux entre eux et lui, et encore moins de barrière sociale. Dans son désir, en bref, de témoigner en conscience et sans concession, de l’intérieur, sur la misère carcérale. »

Obsédé par le « produisons français », Fakir évoquait en 2007 cette merveilleuse création de l’industrie nationale qu’a été le missile exocet, dans un article se désolant de la casse de l’Aérospatiale : « C’est donc à force de patience, de volonté politique, d’investissements publics que s’est construit Airbus, mais aussi la fusée Ariane, ou le missile Exocet – tous issus d’Aérospatiale. En un quart ou un demi-siècle, cet outil est devenu plus que rentable : juteux. Et en un sens, voilà le problème… »
j50-2-101205_fakir-490Parmi des dizaines de propos ruffinesques permettant de cerner sa ligne éditoriale et politique, ne citons que cet extrait d’une interview récente de François Ruffin à la revue anarcho-nationaliste Ballast, qui donne le ton : « Il faut une fierté de soi, une fierté de la communauté pour qu’on ait envie de faire quelque chose ensemble. […] Le drapeau français et La Marseillaise sont liés à notre Histoire ; ce sont deux symboles liés à des moments pour lesquels on doit éprouver une certaine fierté. Je n’ai pas envie, et je l’ai toujours dit, qu’ils passent sous la mainmise du Front national. »

Fakir : le retour du roman national de gauche ?

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Fakir, journal sexiste et anti-féministe

Et s’agissant de l’égalité hommes-femmes, Ruffin a fait cette réponse hallucinante : « J’en parle peu car il me semble que cette égalité va de soi. Fakir est un journal assez féministe, mais pas sur le plan théorique. Beaucoup de femmes y sont mises en valeur. Ceux qui écrivent sont surtout des hommes, c’est vrai. » Aux hommes l’intellect, aux femmes les apparences… Circulez, y a rien à voir !

Fakir n°53, décembre 2011-février 2012.
Fakir n°53, décembre 2011-février 2012.

De fait, pour Ruffin, on dirait que les femmes sont avant tout des ventres destinés à produire de la chair à patron (à défaut de chair à canon). Elles aussi sont sujet de moqueries : on ne compte plus le nombre de dessins sexistes publiés dans ce journal. Tout comme il est nationaliste et productiviste (mais aussi décroissant, allez comprendre…), Fakir est un journal logiquement nataliste. Si François Ruffin y parle des conditions d’accouchement en France, c’est pour mieux se mettre en scène : il a ainsi consacré dans Fakir une bande dessinée entière à la naissance de son enfant. Également, Fakir a déjà abordé la question des congés maternité. Pourtant, rien ou pas grand chose sur la contraception, l’IVG, le non-désir d’enfant… Rien non plus sur la PMA, sujet pourtant éminemment d’actualité. Bien peu ou pas du tout enfin de contenus sur les inégalités hommes/femmes au travail, ce qui est étonnant au vu de la ligne que prétend défendre Fakir.

Fakir n°48, décembre 2010.
Fakir n°48, décembre 2010.

Une seule fois il a été question de contraception dans le journal, en mars 2014, dans le cadre d’un article anxiogène, peu informatif voire désinformatif. Il s’agissait du témoignage d’une femme ayant vécu des souffrances physiques sous pilule, intitulé « Le feu dans la culotte« . Bien sûr, il n’est pas question ici de remettre en doute ce témoignage, qui contient au demeurant des éléments intéressants sur le sentiment de maltraitance médicale que vivent encore trop souvent bien des femmes dans le cadre de consultations en gynécologie. Cet article aurait donc pu être une véritable occasion d’informer les lectrices sur leurs droits et sur les différents moyens de contraception à leur disposition, leurs avantages et leurs inconvénients.

Mais sans ce type d’éclairage, il ne pouvait que laisser désarmées celles qui sont insatisfaites de leur pilule, puisque la femme qui témoigne indique qu’elle se retrouve aujourd’hui sans contraception, et que c’est finalement la seule solution alternative à la pilule vraiment présentée. Une solution qui présente un défaut majeur tout de même : le risque d’une grossesse non désirée, bien peu souligné dans l’article. Or, on peut penser que cette femme est tombée sur des médecins peu soucieux de l’informer, de l’aider dans ses choix contraceptifs et de respecter ses droits. Par exemple, elle raconte que l’un d’eux a refusé de lui poser un stérilet car elle est sans enfant. Or, cette raison, encore souvent invoquée par nombre de gynécologues, est non pertinente tant d’un point de vue médical que légal. Pourquoi Fakir n’en a soufflé mot ? Une petite recherche, par exemple sur l’excellent site de Martin Winckler, aurait pourtant permis d’éclairer sa lanterne.

Cliché anti-femmes poilues, signé Valère (oui, oui, c'est une femme !)
Cliché anti-femmes poilues, signé Valère (oui, oui, c’est une femme !)

Douteuse aussi est la réponse faite par un médecin interviewé, interrogé sur le fait qu’à aucun moment cette femme ne se soit vue proposer d’arrêter la pilule : « Ils ne sont pas toujours bien informés. Beaucoup ont la hantise d’une grossesse non désirée. Et puis, la pilule est un trésor pour les laboratoires, ils font pression de façon forte sur les médecins pour dire qu’il n’y a pas de contre-indication ni de problème. Critiquer la pilule apparaît comme nostalgique du passé, il y a une pression culturelle très efficace. D’autant que la France est le pays qui utilise le plus la contraception hormonale ! » Pour autant, peut-on relativiser ainsi la crainte d’un risque de grossesse en cas d’arrêt de contraception ? Et la hantise en question est-elle d’abord celle du médecin ou de la femme concernée ? Pourquoi ce médecin, au lieu de dire craindre d’être un passéiste s’il critique la pilule, n’indique-t-il pas qu’il existe désormais tout un panel d’autres moyens contraceptifs efficaces qu’il peut proposer aux femmes, dont plusieurs méthodes sans hormones : les spermicides (associés à un diaphragme), le stérilet en cuivre et deux méthodes définitives, la ligature des trompes et le dispositif Essure, auxquels il faudrait ajouter la vasectomie pour ces messieurs ? Et si les médecins s’estiment mal informés, n’est-il pas de leur devoir de se tenir au courant des dernières avancées médicales afin de pouvoir proposer les meilleurs soins possibles à leurs patientes et patients ? Il existe d’ailleurs des revues indépendantes de tout laboratoire, dont Prescrire est la plus connue, et que quiconque s’intéressant de manière un peu approfondie aux sujets médicaux ou au poids des labos, surtout si il ou elle est journaliste, devrait connaître, au moins de réputation.

On le voit : en matière d’information des femmes, de défense de leurs droits et de militantisme féministe, Fakir a encore beaucoup à faire. Est-ce que c’est parce que pour son grand chef, qui cite volontiers Christophe Guilluy comme une référence, tout comme pour toute une partie de la gauche dite « critique », ces questions « sociétales » que sont les droits des femmes où ceux des homosexuels, ou encore une certaine forme de lutte contre le racisme, sont vus comme des prétextes utilisés par la gauche de gouvernement pour ne pas faire de social, comme si social et « sociétal » devaient forcément s’opposer ?

D’ailleurs, les participantes et participants au meeting organisé par Fakir, Frédéric Lordon et leurs amis le mercredi 20 avril à la Bourse du Travail a Paris ont pu expérimenter le virilisme et le machisme de Ruffin. Plusieurs témoignages nous sont parvenus s’agissant de la difficulté qu’ont eu les femmes à y prendre la parole, François Ruffin ayant même été vu arrachant le micro à l’une d’elles qui voulait y lire une déclaration. Un camarade nous a transmis ce témoignage : « notons qu’à cette AG Ruffin s’est posé en grand chef et que la plupart des intervenants étaient des mecs, les femmes ont dû se battre pour avoir un peu la parole, avec peu de succès. »

Fakir n°61, été 2014.
Fakir n°61, été 2014.

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François Ruffin contre les antifas

Surtout, Ruffin s’est illustré ces deux dernières années par deux textes révélant la nature profonde de son projet politique.  » L’air du soupçon « , texte toujours abondamment repris par la fachosphère, et ce plusieurs années après sa sortie, visait à désarmer la critique antifasciste et à faire passer les militants antifascistes pour des imbéciles.fakir_morbacks
Usant de méthodes dégueulasses consistant à révéler des échanges mails privés, Ruffin y dénonçait « une littérature qui pollue le Net, qui assimile, en vrac, Frédéric Lordon, Alain Gresh, Étienne Chouard, Jean Bricmont, Hervé Kempf, maintenant Pierre Carles, et j’en passe, à du « rouge-brun » » et une « police de la pensée ». Chouard (encore lui !) y est décrit « comme un homme sincère, un profond démocrate ». Même après avoir interrogé Chouard sur son rapport à Alain Soral, au FN et sur sa propension à  » débattre avec tout le monde « , la conclusion de Ruffin demeurait sans appel : « mon intuition se confirmait : Étienne Chouard est un homme de bonne foi ».

Ce qui est sûr, c’est que les principaux intéressés cités dans cet article, ravis de recevoir une caution providentielle de « gauche » qui leur permette de perpétuer leur entreprise confusionniste, ne s’y sont pas trompés :
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Le travail bénévole militant et antifasciste, tant décrié par François Ruffin, a pourtant permis de démasquer Etienne Chouard et Jean Bricmont depuis longtemps.

Même en considérant que François Ruffin ne connaissait pas son sujet et qu’il ne soit spécialiste de rien, ce qui est son droit le plus strict, le marquage politique des deux sus-cités était déjà bien connu, abondamment analysé et s’offrait à quiconque voulant un minimum se donner la peine de le chercher. Que ce soit en ce qui concerne Etienne Chouard [1], [2], [3], [4], [5], [6], [7], [8], [9], [10], [11], [12], [13], [14], [15], ou Jean Bricmont, [1], [2], [3], [4], [5], [6], [7], [8], [9], [10], [11], [12], [13], pour ne citer que ces quelques exemples, la documentation antérieure à la sortie de « l’air du soupçon » était disponible en nombre.

Pour ce qui est de la documentation papier, elle non plus ne manquait pas, on peut citer  »La galaxie Dieudonné : pour en finir avec les impostures », de Michel Briganti, André Déchot & Jean-Paul Gautier, Editions Syllepse, 2011, dont voici des extraits particulièrement éclairants.

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Dans « L’air du soupçon », Ruffin niait avoir jamais fait l’apologie de Jacques Cheminade et Nicolas Dupont-Aignan. Pourtant, voici ce qu’il a déclaré à leur sujet dans le film de Pierre Carles DSK, Hollande et Cie sous prétexte de défendre les-petits-candidats-maltraités-par-les-médias : « Quand on dit “Cheminade est un candidat inutile”, certes, il ne sera pas président de la République, est-ce qu’il n’a pas des idées sur la finance, par exemple, qui peuvent être utiles ? De la même manière pour Nathalie Artaud de Lutte Ouvrière. C’est, au contraire, les candidatures les plus utiles sur le terrain démocratique, parce qu’elles portent des idées, qui peuvent être des idées loufoques, mais qui peuvent être aussi des idées de rupture intéressantes. On voit bien le mépris pour Nicolas Dupont-Aignan parce qu’il envisage de rompre avec l’euro, qui est quand même une question qui peut se poser légitimement quand on a 80% des ouvriers qui y sont favorables. Donc ça n’est pas une question qui peut se traiter avec mépris, dédain, arrogance. » Pas d’apologie, Ruffin, tu es sûr ?

Notons aussi que pendant des années, Fakir a ouvert ses colonnes à la revue rouge-brune Bastille-République-Nations qui y tenait une rubrique anti-UE. Là encore, il n’avait rien trouvé à redire au fait qu’un des collaborateurs de cette revue, Bruno Drweski, ait pu accorder une interview à Rébellion, un journal d’extrême droite, et se disait juste « troublé » par son compagnonnage négationniste : « J’ai lu l’interview : sans être, encore une fois, en accord avec tout, je ne vois absolument pas dans ses propos de quoi discréditer un homme. Ça me paraît même de plutôt bonne tenue. Tout comme son Que sais-je, sur la Biélorussie (que j’ai lu). Pour me convaincre encore, tu me dis que Bruno Drewski publie avec le négationniste Claude Karnoouh sur le site La Pensée libre. J’ai circulé sur ce site et, à première vue, très rapidement, je n’ai rien aperçu de cette nature. Bien que, en toute sincérité, ce compagnonnage me trouble. » Pourtant, Karnoouh est connu comme le loup blanc depuis qu’en 1981 il a soutenu Robert Faurisson. Découvrant ce passé, même le Réseau Voltaire, dans lequel officiait alors également Bruno Drewski, s’est séparé de lui en 2005, quelques jours après qu’il soit entré dans son conseil d’administration. Mais cela n’a pas suffit non plus pour que Bruno Drweski le lâche… « Troublant », n’est-ce pas ?

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Dans « L’Air du soupçon », Ruffin expliquait également que les articles antifascistes concernant l’UPR parus deux ans avant, qui énonçaient les liens passés et présents de François Asselineau avec la droite et certaines franges de l’extrême droite, manquaient de preuves pour dire que ce mouvement était d’ultra-droite. Et celles parues entre temps ? Et en faisant lui-même quelques recherches ? Il semble que Ruffin soit omniscient au point qu’il puisse se permettre de s’épargner de vérifier par lui-même ce type d’information. Ou bien il est de mauvaise foi…

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Fakir, Emmanuel Todd et le FN

Parallèlement à cela, Fakir, bien conscient d’avoir des discours et un programme assez voisins de ceux du parti d’extrême droite, ne se prive pas de cibler le FN pour tenter de s’en distinguer dans une sorte de course à l’échalote glauque et dangereuse produisant un caisson de résonance pour les idées nationalistes.

Dans cette obsession qui est celle de parler à l’électeur du FN, Ruffin et son journal n’hésitent pas à louer « l’efficacité  » de Marine Le Pen, il y a quelques jours sur le plateau de la confusionniste Judith Bernard.

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« Quand Fakir parle comme Marine Le Pen. »

Il faut dire que sur le FN, le spécialiste que Fakir aime interviewer, c’est Emmanuel Todd. Fakir est ce merveilleux journal dans lequel l’intellectuel souverainiste multicartes peut défendre doctement le fait que le FN soit le parti des classes populaires ou, pire, que la politique économique d’Adolf Hitler était tout à fait acceptable, sans être contredit. Voici trois extraits parlants de son interview de juillet 2014 à Fakir :

« Fakir: Vous dites: « Le FN ne parviendra pas au pouvoir, parce que les classes qu’il représente sont trop opprimées », en gros, elle ne pourraient pas incarner une alternance…

Emmanuel Todd: Ne pas voter Front national est devenu un symbole social: « Je n’appartiens pas aux basses classes. » Ce réflexe sert de digue, il existe comme un plafond de verre, un seuil qu’ils ne dépasseront pas. Je suis épaté par l’enthousiasme de Parti socialiste à se ruer dans la lutte contre le Front national, qu’il suscite lui-même avec ses choix économiques, dans une espèce de post-mitterandisme. On les sent tellement content qu’il y ait une « menace ». »

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« D’abord, le Front national n’est pas mon adversaire prioritaire, je ne décris pas Marine Le Pen au seuil de l’Élysée. Et si mépris il y a, il est avant tout moral. Car l’intelligence n’est pas le problème. Je ne méprise pas Hitler intellectuellement. Je suis tout à fait capable de dire : « Adolphe Hitler avait compris en terme de politique économique ce que tous les économistes classiques libéraux s’appliquaient à nier ». Je peux te citer des passages à hurler de rire de Hitler sur les remarques que lui faisait Schacht, son ministre de l’Économie, à propos de « l’inflation menaçante », Hitler lui répondant : « Ah ah, je vais envoyer mes SA dans les épiceries et vous verrez si les prix augmentent ». De fait, Hitler a résorbé la question du chômage en quelques mois, et après le peuple allemand a considéré que c’était un génie. Voilà. Tandis que pour les démocraties occidentales, il a fallu, à la place, que Keynes écrive La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, pour « suggérer que le capitalisme et un certain type de régulation par l’État étaient compatibles », etc. »

« Putain mais on est là, à se faire chier, dans un ensemble de non-décisions, avec Bruxelles, avec Francfort, des négociations humiliantes, sans perspective, avec une histoire infiniment nulle qui se profile, et tout d’un coup, ça y est, on est dans la merde, ensemble, en tant que Français, on retrousse nos manches et on essaie de s’en sortir. Ça n’est pas beau, ça ? Et la démocratie renaît. Et au début, on est un petit peu appauvris. Mais on va quelque part, et nos enfants vont quelque part. »

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François Ruffin, un patron comme un autre

Quelques mois après son article « anti-antifa », Daniel Mermet, patron de François Ruffin à France Inter, était mis en cause pour ses méthodes managériales autoritaires par d’anciens salariés et par des syndicats. Quelle fut la réaction de Ruffin l’ouvriériste ? Gonflant le torse et s’inspirant d’une stratégie échappant à beaucoup, il jugea urgent de… se ranger aux côtés du patronat radiophonique, au prétexte que le salaire versé par Là-bas si j’y suis lui avait permis de rénover son appartement ! Alors que Fakir est censé avoir un statut associatif, il a revendiqué dans ce texte de soutien qui a fait date les mêmes méthodes de gestion du personnel que son mentor, résumant la chose par un paradoxe : « Fakir n’est pas une démocratie. Nous sommes là, et c’est différent, pour apporter de la démocratie, vers l’extérieur, que notre journal demeure une voix dissonante, la plus forte possible. »

François Ruffin ne fait là que défendre ses intérêts de classe. Lui-même issu d’une famille d’agriculteurs et d’instituteurs à l’empreinte chrétienne marquée, il se rêve, une fois devenu un petit intellectuel, en sauveur du monde ouvrier et se situe en quête perpétuelle de légitimité quand il évoque des luttes sociales. Au fond, sa grande angoisse ne serait-elle pas que la révolution débute sans lui et que sa tête ne se retrouve au bout d’une pique, comme celle de certains nobles d’antan ?

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Eva Joly et Julien Bayou en pleine promotion du journal Fakir. Europe Ecologie, qui, selon un sondage patronal récent, est le parti le plus détesté de France.

C’est pourquoi, quoi qu’il fasse comme surenchère en la matière (il a écrit un livre sur la « guerre des classes« ), son propos ne cesse en réalité de désarmer la lutte des classes. En effet, comme tous les petits bourgeois réformistes et arrivistes, Ruffin considère le mouvement ouvrier comme une sorte d’armée de bourrins qu’il faudrait convoquer et enrôler pour sa propre cause en prônant l’alliance interclassiste des prolos et des « bobos ». De fait, on se demande souvent avec Fakir si c’est le journal qui est au service des luttes ou les luttes qui sont au service du journal.

On retrouve cette vision phagocytée de la « lutte des classes », une conception omettant volontairement que l’objet véritable de la lutte des classes est… leur disparition!

Pour François Ruffin comme pour Judith Bernard, qui greffe à son charabia interclassiste l’idée fumeuse du très chouardien et quasi-sacré « tirage au sort », comme pour la plupart des énergumènes classés à « gauche » apparaissant dans ce dossier, les conditions d’existence desdites classes sont totalement indépassables et s’il y a réunion ponctuelle, cette union ne doit se faire que selon le plan génial d’une idéologie de petits cadres nationalistes, précisément celle portée par François Ruffin.

Fakir, mai à juillet 2012.
Fakir, été 2012.

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Merci Patron ! ou Ruffin-des-bois au pays des ouvriers

Le film Merci Patron! offre un bon condensé de la vision du monde que développe François Ruffin. Outre le fait qu’il relate une histoire assez peu crédible de chantage sur LVMH qui n’est pas une lutte et n’est pas reproductible de l’aveu même de Ruffin (Libération, 23 février 2016) les ouvriers, censés être les héros de l’histoire, y servent en fait de faire-valoir à la promotion de Fakir. De fait, depuis le tournage, le couple d’ouvriers mis en scène est complètement absent des débats suivant les projections.

Merci patron, un documentaire de François Ruffin Les Klur lors d'un barbecue (c) Jour2Fête
De ce film ressort le sentiment glaçant d’un malaise découlant de sa nature voyeuriste et des clichés qu’il véhicule sur les classes laborieuses du Nord de la France, d’ailleurs assumés par l’auteur : « Dans le film, j’avais d’ailleurs été très attentif à glisser tout un tas de références culturelles très popus afin que tout le monde puisse s’y reconnaître : ça allait du maroilles à La Petite Maison dans la prairie« , a déclaré François Ruffin à Télérama, sans même se rendre compte de la dose de mépris de classe que pouvaient revêtir son propos. Et le malaise est encore amplifié par le règne du comique. Alors que l’histoire de ces ouvriers licenciés est tragique, à aucun moment on n’est porté à mettre en route une vraie solidarité, tant tout est pris sur le ton du rire et de la légèreté. Mais au sortir de la projection, on ne peut s’empêcher de penser au sort de ces milliers de chômeurs sur lesquels la bonne fée ruffinesque n’aura pas eu l’heur de se pencher…

Au fond, François Ruffin, véritable héros de ce film, s’y comporte en touriste social et propose à son public de se rendre avec lui au zoo, sauf qu’en lieu et place lieu des animaux, ce sont des ouvriers au chômage qui sont chargés de satisfaire la demande d’exotisme d’un public majoritairement très éloigné de la réalité sociale qu’ils vivent. Sans doute frustré de n’être pas né dans une famille de prolétaire, Ruffin met en scène son fantasme en allant jusqu’à prendre la place du fils de la famille Klur. Il pousse même le bouchon jusqu’à mimer une fausse manif de Goodyear, Caterpillar ou zadistes contre LVMH dans laquelle les ouvriers et les militants sont remplacés par… les acteurs de la Compagnie Jolie Môme.

Mais son action, par son caractère isolé et non reproductible, s’apparente bien plus à de la charité qu’à une forme quelconque de lutte dont on pourrait tirer des enseignements politiques, s’agissant d’un film que l’auteur définit lui-même comme « une fable, sans grand discours à l’intérieur ». Charité intéressée qui plus est, puisque depuis la première parution de ce dossier, Ruffin a d’ailleurs reconnu avoir en quelque sorte profité du désespoir de cette famille pour tourner son film, l’acceptation par elle du tournage ayant été la condition pour qu’il l’aide. Il n’a pas eu à négocier, dit-il : « au point où les Klur en étaient, ils n’avaient plus rien à perdre. Quand vous en êtes à remettre votre destin entre les mains d’un bonhomme qui porte un t-shirt « I love Bernard », c’est qu’en effet, ça va vraiment très mal dans votre vie… »

La fabuleuse histoire de Ruffin-des-Bois : Non merci Ruffin !

Débat Ruffin/Gattaz chez Laurent Ruquier. Pierre Gattaz à propos de Merci patron ! : « Il est très touchant. Vous êtes dans le déses­poir des gens, c’est mon combat » Ce soir-là Ruffin et les nuideboutistes ont fait leur show, Ruquier afait de l'audience : tout le monde est content !
Débat Ruffin/Gattaz chez Laurent Ruquier. Pierre Gattaz à propos de Merci patron ! : « Il est très touchant. Vous êtes dans le déses­poir des gens, c’est mon combat » Ce soir-là Ruffin et les nuideboutistes ont fait leur show, Ruquier a fait de l’audience : tout le monde est content !

« Si je viens déverser ma colère, je vais faire fuir les spectateurs. Le rire c’est plus rassembleur », affirme celui qui se dit inspiré par le businessman démagogue Michael Moore au site Toute la Culture.

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Mais surtout, la colère est moins vendeuse. Et ça s’est dramatique pour une petit entrepreneur du spectacle comme François Ruffin! Au final, on a sans doute là un bon film comique pour qui apprécie ce genre d’humour un peu lourdingue, mais qui n’est pas porteur de discours politique ou d’analyse sociale poussée. Plutôt que la lutte des classes, le film porte un discours d’alliance transclassiste (avec l’intellectuel petit bourgeois qui se pose en homme providentiel venu secourir les ouvriers en détresse) contre le grand patronat, non le patronat et le Capital dans leur ensemble. Il faut dire qu’à l’image de Jean-Luc Mélenchon, toute cette gauche fantasme sur une possible alliance avec le petit patronat. Que n’a-t-on attendu, au début de Nuit Debout, que les taxis rejoignent le mouvement ?

Cette vision démagogique ne peut bien sûr que rassembler ceux qui sont sensibles au discours simpliste des 99% contre les 1%, c’est-à-dire ceux qui entendent porter une critique superficielle, partiale et partielle du capitalisme. Quant au contenu factuel lui-même, ce film nous apprend finalement bien peu de choses tant sur le groupe LVMH que sur l’histoire des crises économiques qui se sont succédées et qui ont frappé particulièrement durement la classe ouvrière du Nord de la France.

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Frédéric Lordon ou la virtuosité bavarde d’un social-chauvin

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De son côté, Frédéric Lordon, qui vit dans un confortable appartement emmitouflé dans l’une des villes les plus riches de France, est tout sauf un prolo. Voici son CV, tel que décrit par deux médias :

France Tv Info :

« En 1962, rien ne prédestine Frédéric Lordon à la lutte des classes. Né dans une famille bourgeoise de l’Ouest parisien, son père, de droite, est dirigeant d’entreprise et sa mère femme au foyer. En 1985, il sort ingénieur de la prestigieuse Ecole nationale des Ponts et chaussées avant de poursuivre à l’Institut supérieur des affaires, devenu depuis un MBA (Master of business administration) à HEC.

« C’était au milieu des années 1980. J’avais fort intention de devenir un ‘winner’ et de gagner plein d’argent.  »
Frédéric Lordon, France Culture

A la fin de ses études, il rompt brutalement avec son ambition d’être patron.« Ça me semblait un peu vain. Il m’a semblé plus intéressant de prendre la voie des livres », confie-t-il en 2013 sur France Culture. L’éternelle compétition entre « futurs winners » d’HEC le pousse à changer de trajectoire. Electeur de droite, il passe chez les communistes et se tourne vers la recherche. Désireux de prendre un point de vue critique sur le monde social, il choisit l’économie.

L’auteur de La démondialisation [Jacques Sapir] l’invite à des séminaires en Russie, en compagnie de Michel Aglietta, Robert Boyer ou encore Hervé Lorenzi. »

Libération :

« Sur le site des Economistes atterrés, le curriculum vitæ se réduit à sa plus simple expression : «DR», pour directeur de recherches, et «CNRS», pour la case employeur. Pas grand-chose de plus sur Internet. Il faut donc extraire le curriculum vitæ déposé auprès du CNRS pour suivre son parcours, qui commence avec un diplôme d’ingénieur civil de l’Ecole des ponts et chaussées, promotion 1985. Peut-être l’envie de manier le manche de pioche vient-elle de cette époque.Ensuite, on le retrouve sur les bancs de l’Ecole des hautes études commerciales (HEC), pour un troisième cycle, à l’Institut supérieur des affaires (ISA). Nul n’est parfait. Un DEA et une thèse de doctorat soutenue à l’EHESS, en mars 1993, l’installent comme économiste et un rattachement à la section 35 du CNRS, en 2012, l’autorise à se présenter comme philosophe.

Lordon et ses amis vendent leur soupe dans une grande école de commerce.
Lordon et ses amis atterrants vendent leur soupe dans une grande école de commerce.

Il semble bien que Lordon cherche à cacher ce CV encombrant. Notons que selon FranceTV, Jacques Sapir a été son mentor, au point que ce dernier décrit ainsi la prise de distance de Lordon par rapport à ses appels du pied au FN : « C’est normal, les fils doivent tuer les pères ».

Avec un CV pareil, on comprend que la ligne dictée par Lordon au début du mouvement ait été celle d’un « Nous n’avons aucune revendication » ou d’un « nous nous foutons de la loi El-Khomri », loi El-Khomri qu’il a d’ailleurs vu comme une bénédiction puisqu’elle lui a permis, en se donnant en spectacle, de gagner en notoriété. De la loi, il a dit lors d’un meeting à Tolbiac : « nous ne revendiquons nullement qu’elle soit modifiée ou réécrite, nous ne revendiquons pas de droits, nous ne revendiquons pas du tout d’ailleurs. Revendiquer c’est déjà s’être soumis. » Et de juger ailleurs que « si nous échouons, ce n’est pas grave » (Le Comptoir, 4 avril 2016).

C’est sûr que le bourgeois Frédéric Lordon ne risque pas d’être beaucoup impacté par cette loi, au contraire des travailleurs à bas salaires, des précaires, des chômeurs, des femmes, des personnes victimes de discriminations… Il faut dire que Lordon n’articule jamais son analyse du monde social aux problématiques féministes et antiracistes. Il peut dès lors afficher son mépris pour le mouvement ouvrier, usant du verbe « chouiner » pour décrire les manifestations entre République et Nation (Libération, 3 varil 2016). Qu’en pensent ses amis d’Acrimed, eux qui sont vent debout dès qu’un journaliste qualifie ces manifestations de « grogne »?

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Invité à réagir à certains de ces propos sur le plateau d’Arrêt sur Images, Jean-Pierre Mercier, délégué de chez PSA, a rappelé que la revendication est au fondement du mouvement ouvrier : « Je ne partage pas [le point de vue de Lordon]. Moi ma vie de militant ouvrier, oui, elle la suite de plusieurs revendications. […] Moi la plus grande partie de ma vie pour l’instant a été, oui, de revendiquer et de défendre cette idée fondamentale, c’est l’espoir pour nous tous : pour faire aboutir des revendications, il faut se mettre en lutte ». Et de conclure : « Ce n’est pas Périscope qui va foutre la trouille à Valls! »

Depuis, Lordon a répondu lors du meeting du 20 avril (car qu’on lui fasse une critique, et il la retourne immédiatement pour la désarmer) : « Revendiquer est une nécessité, parfois même vitale », mais de portée limitée, « ceci n’aura pas de sens tant que nous ne mettrons pas en question les structures du néolibéralisme ». C’est là le cœur du problème avec Lordon et ses affidés : au fond, le capitalisme en lui-même ne les dérange pas. Seule sa forme néo-libérale est critiquable.

Chez Frédéric Lordon, on observe depuis quelques années une tendance poussée à vouloir se positionner sur le marché – bien vide il faut le dire – des intellectuels engagés. Mais cette stratégie s’est accélérée ces dernières semaines. Il faut dire que Lordon a beaucoup d’atouts pour rencontrer du succès : ses analyses faussement impertinentes écrites tantôt sur le ton de l’humour, tantôt à coup de locutions latines peuvent séduire un public de petits intellectuels en mal de vraie-fausse radicalité.

D’économiste atterré, groupe de néokeynésiens qualifiés ironiquement « d’économistes chagrinés »par la marxiste Mylène Gaulard, le personnage s’est ainsi mu en philosophe auto-proclamé, à grands jets de brouillard conceptuels capables de faire illusion. Lordon se veut la figure de l’intellectuel organique, qui s’inscrit en soutien de tel ou tel mouvement, mais jamais vraiment investi dedans : on ne le verra pas distribuer des tracts à 6 heures du matin devant une usine.

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Au-delà de la virtuosité syntaxique du personnage, qui le coupe d’ailleurs de fait d’une masse importante de travailleurs, il est important de nous livrer à un décryptage au scalpel du projet en lui-même, qui se situe à mi-chemin entre celui des réformistes frontdegauchistes et ce qui semble être une bête économie de marché animée par une socialisation des unités de production, sur le modèle de ce qui a pu se produire il y a une quinzaine d’années en Argentine, flambée autogestionnaire qui a précisément permis de sauver et de relancer… le capitalisme.

C’est que même engagé, l’intellectuel se doit de conserver intacte sa superbe (la fameuse « distance critique« ) s’il ne veut pas déchoir de son piédestal. Sans doute inspiré par le Comité invisible avec lequel il partage une maison d’édition, il la joue désormais situationniste.

Mais on ne peut aussi s’empêcher de penser à la figure de Toni Negri, que Lordon semble s’employer à vouloir copier. Toni Negri a été une figure intellectuelle et un leader politique du mouvement altermondialiste au début des années 2000, au terme d’une longue histoire militante qui a commencé dans les années 1970 au sein de l’autonomie italienne. Il compte encore de nombreux adeptes, notamment en France. Notons que les negristes se sont particulièrement illustrés lors du contre-sommet de Gênes en tant qu’auxilières de la répression policière. Ses thèses ont également fait florès, notamment la revendication d’une revenu universel qui est désormais partout et qui on le verra, tombe à point nommé pour les classes possédantes sur la période. Quoiqu’il en soit, quelques faits interrogent quand on regarde les parcours de Negri et Lordon : tous deux se réfèrent à Spinoza, parlent de « multitudes » et de « commun ». Tandis que Negri a sorti en 2000 un livre intitulé Empire, Lordon a sorti quinze ans plus tard Imperium. Tous Nuit Debout aurait-elle pour objectif de nous rejouer les Tute Bianche avec Lordon comme figure tutélaire ? Va-t-on assister, après le négrisme, à la naissance du lordonisme, avec toutes les dérives induites ? On peut se le demander…

On retrouve d’ailleurs d’autres influences negristes à Nuit Debout : la CIP-IDF avec Laurent Guilloteau et les Désobéissants de Renou, dont le nom est directement tiré des Disobbedienti negristes, ex-Tute Bianche qui se sont illustré à Gènes par leurs collaboration avec les forces de répression, mais aussi l’idée du revenu universel (ou revenu de base), portée par Negri dès les années 1970.

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Pour savoir comment se positionner face au revenu de base, il suffit de regarder qui le défend. L’ultra-libéral Friedman l’a défendu tout comme Christine Boutin. C’est une coalition de droite et d’extrême droite qui l’a mis en place en Finlande. Cela devrait nous mettre la puce à l’oreille.

Lordon, derrière une rhétorique volontiers absconse, défend en fait des idées simples, pour ne pas dire simplistes : la nation et l’Etat c’est bien, l’internationalisme et l’anarchisme c’est mal. De l’Etat-nation, il donne d’ailleurs une définition si extensive qu’elle en interdit toute critique matérialiste en tant que construction historique intimement liée au développement du capitalisme, dont l’Etat-nation est le bras armé. Pour Lordon, l’Etat est déjà en développement dans la moindre communauté humaine, on pourrait dire qu’il existe en tous temps et en tous lieux.

S’il reconnaît le potentiel de violence contenu dans le pouvoir répressif de l’Etat, au final, il soutient néanmoins les matraquages et assassinats policiers ne justifient pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, et que l’Etat est le meilleur garant de la sécurité collective, en tant qu’outil régulateur de la violence qui ne manque pas d’apparaître quand on vit en société. Pour lui l’Etat permet que se développent en toute sécurité des « alternatives » telles que celle de l’épicerie de Tarnac, qui sous son bouclier protecteur peuvent se développer en ayant la garantie de ne pas être attaquées par les communautés voisines. Cela vaut bien de passer l’éponge sur les épisodes répressifs, qui ne sont d’ailleurs que « contingents », comme il l’explique dans Imperium : « Il est donc exact qu’à titre contingent, ou peut-être même nécessaire, ces expérimentations aient à redouter l’insécurité du terrorisme d’Etat, mais il ne l’est pas moins qu’à titre tout aussi nécessaire elles n’aient à redouter en permanence l’agression par des communautés tierces – il faut imaginer Tarnac en Irak… »

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Dans sa vision, l’Etat constitue un horizon indépassable et si une révolution venait à le mettre à bas, celui-ci réapparaîtrait toujours, tant il est nécessaire à la vie en commun. C’est à se demander comment vivaient les humains avant que l’Etat-nation moderne n’apparaisse, et comment font ceux qui vivent encore aujourd’hui dans des sociétés sans Etat. Non que ces sociétés soient à idéaliser et qu’il n’y ait pas en leur sein d’autres formes de domination mais enfin, leur simple existence prouve en tout cas la possibilité de vivre en société sans le truchement d’un Etat-nation.

Sous prétexte que l’Etat offre une certaine protection sociale, que sans papiers on ne peut vivre décemment aujourd’hui, il faudrait se montrer reconnaissants, voire aimer l’Etat. De ceux qui critiquent le nationalisme ou le simple sentiment d’appartenance à une nation, Lordon dit dans son dernier livre qu’ils sont des « nantis de l’appartenance ». Peu lui importe la véritable situation sociale des « nantis » en question. Tu touches un RSA qui ne te permet pas de vivre décemment ? Dis merci à l’Etat, ça pourrait être pire !

Autre aspect dérangeant, alors que Nuit Debout se targue de soutenir les migrants : Lordon pense qu’on ne peut pas lutter ensemble si on ne parle pas le même langue, et y voit même un exemple concret d’échec de l’internationalisme :

« Il est assez clair que le choc des souverainetés et l’engagement d’un rapport de puissances où la gauche trouve sa définition supposent, du côté qui conteste l’imperium du capital, une densité politique, densité d’interactions concrètes, de débats, de réunions, d’actions organisées, dont on voit mal que, reposant sur la communauté de langue, elle ne trouve son lieu privilégié dans l’espace national.

En juin dernier, la Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France (CIP-IDF) envahit le chantier de la Philharmonie de Paris pour y rencontrer des travailleurs, évidemment clandestins pour bon nombre d’entre eux et venus d’une multitude de pays. A la peur que leur inflige leur condition ultraprécarisée s’ajoute l’impossibilité totale de se parler, de se comprendre, donc de se coordonner et de lutter. Et c’est une masse inconsistante et désemparée qui se trouve offerte au despotisme patronal, lequel sait très bien diviser linguistiquement pour mieux régner. C’est donc là un cas presque pur d’internationalisme prolétarien en situation. Et, de fait, un cas de totale impuissance.

Au risque de froisser la sensibilité des cadres altermondialistes, bi- ou trilingues, habitués des voyages et portés à penser que leurs capacités sont universellement partagées, l’action internationale, qui est tout à fait possible, et même tout à fait souhaitable, ne saurait avoir la même densité et, partant, la même extension, ni le même impact, que l’action d’abord nationale. » (Le Monde diplomatique, septembre 2014)

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Pour Lordon, l’internationalisme ce n’est pas l’union internationale des travailleurs mais un synonyme de ce que d’autres, beaucoup moins prudents dans leur vocabulaire, appelleraient « mondialisme » (et que lui nomme « jacquattalisme »), tout comme les libertaires seraient en fait des libéraux qui s’ignorent. Dénonçant un jour les « activistes polyglottes à plein temps, cette internationale étroite du capital culturel voyageur » (blog, avril 2015), il s’enthousiasme le lendemain pour des réalisations européennes visant à développer ce même capital et à faciliter la vie des classes dirigeantes à l’échelle continentale, ou pour le tourisme international qui est pourtant une des principales manifestations du néo-colonialisme :

« Le vrai internationalisme est celui de la culture, du tourisme, de la science, de la pensée. Il faut voir tout ce que l’Europe a réussi à faire quand l’euro n’existait pas, Airbus, Ariane, le CERN, Erasmus… Si on réussit à défaire l’euro, il faudra pousser à fond les curseurs dans toutes les autres directions, dans tous les autres compartiments du jeu. Ce n’est pas ce qu’on appelle le repli national ! » (Là-bas si j’y suis, septembre 2015).

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Mona Chollet, contributrice comme Frédéric Lordon, au Monde diplomatique, nous vend de l’après-crise et du tourisme « alternatif » et « solidaire ». On imagine tout de suite ces hordes de profs radicalisés et nuideboutisés, prêts à suivre partout Lordon y compris sur une conférence à plus de 80 km du domicile, vaillamment s’enrôler dans cette nouvelle forme d’internationalisme, 6000€ la sauterie alternative sans compter la cohorte de frais annexes, tous ensemble! Tous ensemble! oé! oé! Tous ensemble, tous ensemble, oé, oé!

Tout comme il désarme la critique de l’Etat, il s’attache à rendre ineffectif le combat internationaliste en vidant ce mot de son sens révolutionnaire.

S’agissant des sans-papiers enfin, s’il se dit pour leur régularisation, il affirme en même temps que « l’abandon de toute régulation des flux de population est une aberration indéfendable » (blog, juillet 2013). Faudrait savoir… Qu’en pensent les migrants qui prennent la parole à Nuit Debout ?

Notons pour finir que s’il a fait à Nuit Debout des appels du pieds au partisans d’Etienne Chouard en appelant à la création d’une « constituante », ce n’est pas le première fois qu’il se montre indulgent avec la complosphère : Faut-il jeter le Diplo avec l’eau du complot ?

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« Le protectionnisme, ça nous fait gerber »

Le protectionnisme, ce n’est rien d’autre que le fait de remettre du libéralisme à l’échelle du territoire légal sur lequel s’abat la prédation d’une bourgeoisie donnée. Le protectionnisme n’a jamais protégé les travailleur-e-s, il a toujours protégé le patronat et la bourgeoisie du pays donné. Ruffin, en ardant promoteur du protectionnisme, prétend se mettre aux côtés de la classe ouvrière tout en étant son farouche ennemi. Ce sont souvent les pires.

Un livre de F. Ruffn publié aux éditions altéro-mystico-conspis Les Liens qui Libèrent.
Un livre de F. Ruffn publié aux éditions altéro-mystico-conspis Les Liens qui Libèrent.

On le retrouve ici répondant de manière condescendante à deux syndicalistes. Ruffin se découvre un désaccord de fond avec la classe ouvrière, celle-là même qu’il appelle sans cesse en vain de le rejoindre :

Fakir, septembre-octobre 2011.
Fakir, septembre-octobre 2011.

Nous n’avons pas à nous positionner et à choisir entre libréchangisme et protectionnisme. C’est un débat qui ne nous concerne pas. C’est le sens de cet extrait de Marx, qui les met dos à dos:

« Si les libre-échangistes ne peuvent pas comprendre comment un pays peut s’enrichir aux dépens de l’autre, nous ne devons pas en être étonnés, puisque ces mêmes messieurs ne veulent pas non plus comprendre comment, dans l’intérieur d’un pays, une classe peut s’enrichir aux dépens d’une autre classe.

Ne croyez pas, messieurs, qu’en faisant la critique de la liberté commerciale nous ayons l’intention de défendre le système protectionniste.

On se dit ennemi du régime constitutionnel, on ne se dit pas pour cela ami de l’ancien régime. D’ailleurs, le système protectionniste n’est qu’un moyen d’établir chez un peuple la grande industrie, c’est-à-dire de le faire dépendre du marché de l’univers, et du moment qu’on dépend du marché de l’univers on dépend déjà plus ou moins du libre-échange. Outre cela, le système protecteur contribue à développer la libre concurrence dans l’intérieur d’un pays. C’est pourquoi nous voyons que dans les pays où la bourgeoisie commence à se faire valoir comme classe, en Allemagne, par exemple, elle fait de grands efforts pour avoir des droits protecteurs. Ce sont pour elle des armes contre la féodalité et contre le gouvernement absolu, c’est pour elle un moyen de concentrer ses forces, de réaliser le libre-échange dans l’intérieur du même pays.

Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l’extrême l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C’est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange. »

Karl Marx

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Ressorts et fonctionnement de la mobilisation

Une mobilisation 2.0 ?

>Comme les Indignés il y a quelques années, Nuit Debout est un mouvement qui utilise et promeut largement Internet comme moyen de mobilisation. En ce sens, il contribue à entretenir le mythe d’Internet comme nouvel outil d’expression démocratique « universel ».

Or »tout le monde » ne s’exprime pas politiquement sur le Net, tout le monde ne maîtrise pas internet, tout le monde n’y possède pas un accès. Ceux et celles qui ont tout à gagner à exprimer une parole émancipatrice et libératrice révolutionnaire ne le font pas et ceux qui ont tout à perdre de cette émancipation le font beaucoup, en défense ou en consolidation d’un monde qui leur profite directement.

S’exprimer politiquement sur internet est, dans nos pays dits « développés », presque donné à tout le monde. Ce « presque » écarte, excusez-nous du peu, des dizaines de millions de personnes.

Positions sociales dominantes, certaine assurance dans l’expression écrite, pensée capitaliste et existences parfaitement sécurisées à tous niveaux par l’Etat, privilège du mâle blanc hétéro, etc., innombrables sont les professionnels du commentaire politique sur la toile à irradier des espaces de masse avec ce qui n’est rien de plus qu’une pensée conservatrice, à laquelle on pourra trouver toute une série de nuances, dont certaines sont de taille, mais qui entendent toutes perpétuer ce monde-là.

Ces petits soldats du capitalisme, conscients et/ou aliénés, tiennent concrètement nombre d’espaces numériques ainsi que leurs flux et sont donc en capacité de créer de l’événement politique et de l’adhésion, car ils sont en position de pivots culturels : Sur internet, la représentation de la pensée émancipatrice radicale est d’autant plus faible que la grande masse des galériens est concrètement opprimée.

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Le mythe de la démocratie directe

Nuit Debout est présentée comme une merveille de liberté d’expression. Pourtant, comme partout, la prise de parole y est sur le terrain fortement codifiée, encadrée et ritualisée : ordre du jour à respecter, inscription obligatoire, temps limité à deux minutes. Pour des non militants, ce fonctionnement est difficilement lisible. De plus, la limitation du temps de parole empêche que ne s’expriment des idées trop complexes ou iconoclastes, et permet de maintenir artificiellement un certain consensus dans l’assemblée, par l’auto-censure de celles et ceux qui voudraient la contester. Comment envisager en effet de pouvoir en seulement deux minutes expliquer par exemple la vanité de tout le projet et qu’il faudrait commencer par s’affranchir des Fakir et autres Lordon, qui eux disposent d’un temps de parole réservé lors de meetings réguliers au cours desquels ils ont largement le temps de développer leur point de vue sans contradicteur ?

Comme dans tous les groupes, c’est en réalité une minorité des participants qui prend la parole en AG. Toutes celles et tous ceux qui pour une raison ou pour une autre ne vont pas se sentir à l’aise avec la prise de parole ne vont pas chercher à la prendre. de fait, cela invisibilise celles et ceux dont le français n’est pas la langue maternelle (même si en théorie il est possible de traduire), les femmes dont on sait qu’elles ont moins tendance à prendre la parole que les hommes, les classes populaires, celles et ceux qui auront peur de se sentir trop bêtes face à la rhétorique écrasante d’un Lordon, enfin toutes celles et tous ceux voulant développer des théories dissonantes nécessitant du temps pour pouvoir être expliquer car elles ne relèvent pas de l’évidence politique du moment.

Nuit Debout ritualise et sacralise des pratiques plus anciennes, par exemple les gestes de la main pour approuver, contredire, etc. Le geste le plus connu, « ainsi font font font », semble par exemple être apparu pour la première fois lors d’un mouvement beaucoup plus offensif, le CPE.
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Il ne relevait à l’époque que d’un aspect pratique, puisqu’il s’agissait de ne pas perturber les discours des orateurs. Son usage relevait largement d’un consensus informel. Néanmoins à cette époque, applaudissements, sifflets et huées étaient largement en usage et pas décriés. Aujourd’hui, avec les Indignés, Occupy et Nuit Debout, ce geste et les autres (on pourrait aussi évoquer celui, très ancien du moulinet pour indiquer que quelqu’un parle trop longtemps ou se répète) ont pour vocation à pacifier les débats. Orchestrés par Fakir, les meetings deviennent des grand-messes avec symphonie, prêt de serment (celui de ne plus jamais voter PS), etc. Emmanuel Todd, interviewé par le journal, a bien intégré cette dimension : « Déjà, si ça pouvait conduire à un engagement simple, chez les jeunes : « Plus jamais nous ne voterons PS ! » Je me porte beaucoup mieux, c’est une libération spirituelle, depuis que j’ai fait ce serment pour moi-même. »

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Le rapport aux flics

A Paris, la révolte et la Nuit Debout ont bien du mal à être canalisées par les citoyennistes de tout poil, qui sont pourtant à la manoeuvre. Les gens ont la rage, et des manifs sauvages s’enchaînent. Hier soir, des caméras de vidéosurveillance, des banques et un comico ont été visés. Une manif est même partie en pleine nuit vers le logement de Manuel Valls, avant d’être repoussée par les flics.

Face à cette détermination difficilement contrôlable, les « leaders » de la Nuit Debout (c’est un mouvement qui se dit sans hiérarchie, mais pas sans porte-paroles et représentant-es, ni Service d’ordre…) ont eu une attitude ambiguë, révélant très vite ce qu’ils et elles visent véritablement : maintenir la contestation dans les cadres du pouvoir, contrôler la colère pour la détourner vers des logiques électoralistes comme ce fût le cas avec Syriza et Podemos, dont certains cadres ou ex-cadres soutiennent d’ailleurs Nuit Debout.

samedi 16 avril, Yanis Varoufakis, ancien ministre de l'économie de Syriza, a été accueilli à bars ouverts à Nuit Debout. Le mardi suivant, il rencontrait Emmanuel Macron, auquel il trouve des tas de mérites.
samedi 16 avril, Yanis Varoufakis, ancien ministre de l’économie de Syriza, a été accueilli à bras ouverts à Nuit Debout. Le mardi suivant, il rencontrait Emmanuel Macron, auquel il trouve des tas de mérites.

Alors que la répression a rarement été aussi intense pour briser une lutte sociale, ces gentils citoyens ont choisi leur camp : travailler avec la police et lui faire des bisous.

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Sur la chaîne parlementaire, deux « représentants » de la Nuit Debout félicitaient même la police pour son savoir-faire et son calme. Et ce n’était pas de l’ironie… D’autres condamnent les « violences » de certains manifestants sur BFM TV., pendant que d’autres encore sont reçus sur France 2 pour interviewer le président François Hollande. Faut-il rappeler qu’à Paris, au cours des épisodes répressifs de ces dernières semaines, il y a déjà eu des dizaines et des dizaines d’arrestations, parfois des cars entiers remplis de personnes interpellées, et tout autant de blessé-e-s ?

Si la rumeur selon laquelle les nuitdeboutistes auraient fait appel aux flic pour maintenir l’ordre sur la place entre le 9 et le 10 avril est contestée par les intéressés, le mouvement a néanmoins reçu des félicitations officielles de la préfecture et du maire du 10e pour leur gestion des « violences », ce qui pose question s’agissant de son potentiel subversif :
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Depuis la rédaction de cet article, Nuit Debout s’est faite matraquer et gazer. Pour autant, la ligne n’a pas fondamentalement changé. Si les violences policières sont condamnées, c’est pour préciser tout de suite qu’il ne faut pas mettre tous les flics dans le même sac. De même, la ligne majoritaire reste de condamner les « casseurs », pointés comme les principaux responsables de cette répression.

Conseil des Désobéissants de Xavier Renou, présents à Nuit Debout : en cas de répression, couchez-vous pour aider les flics à identifier les "casseurs" !
Conseil des Désobéissants de Xavier Renou, présents à Nuit Debout : couchez-vous pour aider les flics à identifier les « casseurs » !

L’un des organes de Nuit Debout, Gazette Debout, n’hésite d’ailleurs pas à s’interroger sur un possible rapprochement avec les flics à l’occasion de leur manifestation contre « la haine anti-flics » prévue le 18 mai : « Certes, il ne faut pas mettre tous les policiers dans le même panier. Parmi ceux qui bloquent le camion de la logistique, qui nous confisquent la sono, qui nous fouillent à l’entrée de la place de la République ou nous bombardent de lacrymos, certains doivent avoir envie de rejoindre nos rangs… […] Les syndicats policiers sont-ils en train d’opérer un rapprochement avec Nuit Debout ? Sont-ils fatigués d’obéir à des ordres absurdes et violents envers des manifestants qui sont sûrement leurs voisins, voire leurs cousins ou leurs frères et sœurs ? Ce soutien pour le moins inattendu va-t-il faire bouger les choses sur le terrain des violences policières ? »

Les Désobéissants, toujours : contre le slogan "Tout le monde déteste la police", préférons "Tous unis avec la police".
Les Désobéissants, toujours : contre le slogan « Tout le monde déteste la police », préférons « Tous unis avec la police ».

Dans le même journal en ligne, une participante de Nuit Debout qui précise avoir un ami parmi les policiers chargés de surveiller la place s’interroge : « Qui a intérêt à discréditer Nuit Debout et la police ? » Une drôle de manière de mettre dans le même sac un mouvement social et ceux chargés de le réprimer, pour un article dont la visée est de trouver des excuses aux policiers qui ne sont que des « pions », de minorer les violences policières qui ne seraient le fait que d’une « minorité » ou le résultat d’ « ordres idiots ». C’est qu’on nous arracherait presque une larme pour ces pauvres « forces de l’ordre [qui] ne sont plus autorisées à faire preuve d’humanité » !

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Stands, commissions et projections

Plusieurs stands et commissions sont tenus par des confusionnistes ou des militants d’extrême droite à République. Petit tour d’horizon.

Les Citoyens constituants, ambassadeurs d’Etienne Chouard

A Nuit Debout, les Citoyens constituants disposent d’un stand permanent, et même d’une commission. Ils y sont les représentants quasi-officiels d’Etienne Chouard. Faut-il pourtant encore rappeler leur présence à Jour de Colère, cette manifestation fasciste et antisémite qui a eu lieu début 2014 dans les rues de Paris ?

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Si Chouard lui-même, par peur des antifas, n’envisage pas de venir à Nuit Debout, il se félicite en revanche du lobbying efficace mené sur place par ses affidés, et notamment par Emmanuel Valette, plus connu sous le nom de Wikicrate :

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L’appel de Frédéric Lordon à construire une assemblée constituante est également pour Chouard un sujet de grande satisfaction, tout comme l’avait été en 2012 pour toute la complosphère son article « La paille et la poutre » perçue comme une véritable défense du conspirationnisme. L’absence physique du personnage à Nuit Debout sert aussi un autre objectif : il s’agit pour les Citoyens constituants de « déchouardiser » l’idée du tirage au sort et de la constituante afin de la rendre plus acceptable :

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2016-04-07_chouard_nuitdebout 2016-04-17_chouard_lordonNotons que ces Citoyens constituants parisiens, parmi lesquels on compte aussi le blogueur confusionniste le Yéti (également vendeur de Fakir à la sortie des cinémas), ont justement invité Etienne Chouard à Montreuil à peine quelques jours avant que Nuit Debout ne commence. Œcuméniques, ils affichent également sur leur site leur sympathie pour le mouvement mélenchonien M6R :
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L’arnaque du tirage au sort chouardien

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Les partisans d’Etienne Chouard le présentent comme un chantre de la démocratie directe, et son près à rejeter l’argument des ses amitiés fascistes pour dire que les idées qu’il défend en matière de démocratie et de tirage au sort restent malgré tout pertinentes. Pas de chance, car si on se penche en détail dessus, ce qui apparaît, c’est un système contre-révolutionnaire des plus réactionnaires. Rarement Chouard a aussi bien clarifié ses idées que dans la vidéo tournée en 2011 par le site Enquête et Débat du fasciste Jean Robin dans laquelle il dialogue avec Yvan Blot du Club de l’Horloge.

Toute l’arnaque de son système réside dans le fait qu’il n’entend en fait pas mettre fin au système électif (il entrevoit un système bicaméral avec une chambre d’élus dite « chambre des partis » et une chambre de tirés au sort encadrées par des « experts » et donc pas à l’abri de l’influence de groupes d’intérêts), et que son tirage au sort ne portera pas sur l’ensemble du corps électoral.

En fait, Chouard introduit de l’électif dans le tirage au sort lui-même, quand ce dernier doit être mis en place pour désigner une assemblée constituante (qui serait elle aussi conseillée par des juristes). En effet, le risque de voir tirer au sot des « abrutis » ou des « incapables » est élevé à ses yeux. Aussi Chouard propose d’élire des citoyens méritants parmi lesquels seraient tirés au sort les constituants : « J’aimerais quand même arriver à conserver cette idée que ce soit des citoyens qui écrivent eux-mêmes leur constitution, sans que ce soit n’importe qui pour qu’il y ait vraiment une qualité de la réflexion. On ferait en deux temps. lmaginez que dans un premier temps chaque citoyen malin ou pas malin, jeune ou vieux, riche ou pauvre, désignerait autour de lui deux ou trois personnes qu’il considérerait comme valeureuses, éclairées, comme des honnêtes gens. […] Et c’est parmi ces gens valeureux que nous tirerions au sort. Et il pourrait y avoir un biais : […] ceux qui ont été désignés très peu souvent ne pourraient pas être tirés au sort et ceux qui ont été désignés très souvent, peut-être par un effet médiatique […], on ne les prend pas non plus, pour garder les gens valeureux mais normaux. » Seraient d’office exclus du tirage au sort les hommes et femmes politiques ainsi que les « bureaucrates » (à savoir entre autres les militants syndicaux).

La Constitution en "une" de L'Humanité. Au centre de la photo : Emmanuel Valette dit Wikicrate.
La Constitution en « une » de L’Humanité. Au centre de la photo : Emmanuel Valette dit Wikicrate.

On voit assez bien les problèmes que pose ce système, puisque les gens bénéficiant du moins de ressources économiques, sociales ou culturelles seraient d’emblée exclus du tirage au sort, ayant très peu de chance d’être suffisamment désignés. Il en serait de même sans doute d’une large part des individus habituellement victimes de discriminations : personnes victimes de racisme, femmes, homosexuels, handicapés… L’objectif est très conservateur, et l’argument très similaire à celui de ceux qui défendaient au 19e siècle le suffrage censitaire : il s’agit d’éviter l’irruption dans l’assemblée des « passions populaires » et le « règne des incompétents ».

L’objectif est bien en fait de constituer une assemblée homogène socialement, un peu comme celle qui se réunit à Nuit Debout, et qui ne risque donc pas de remettre en cause l’ordre capitaliste puisqu’elle ne risquera pas de prendre des décisions allant dans le sens inverse de ses intérêts de sous-classe dominante. Cette assemblée sera une assemblée de profs, de notables, de commerçants et de petits patrons, dont seront largement exclues les classes laborieuses qui pourtant représentent la majorité de la population. Chouard estime ainsi que sur un corps électoral de 40 millions de personnes, 1 ou 2 millions au maximum seraient susceptibles de participer au tirage au sort après écrémage.

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Citant l’exemple de la Colombie britannique, Chouard avance qu’écrire une constitution change les gens au point qu’ils arrêtent de boire des bières et de regarder la télé. Il prône en fait une morale ascétique, qui va de pair avec la vision quasi-religieuse qu’il a de la constitution comme étant la « cause des causes » à tous nos problèmes.

Enfin, qui mettra en place cette constituante ? Ce n’est pas très clair, mais Chouard croit en la venue d’un homme providentiel : « Il faut un Chavez », dit-il. « Il faut une personnalité à la fois forte mais juste : un Robespierre », répète-t-il. Il rêve que du système « tyrannique » de la 5e république émerge un homme suffisamment désintéressé qui une fois président la mettrait en place.

S’agissant du référendum d’initiative populaire, il en est de même. Chouard acquiesce aux propos anti-pauvres et anti-prolétaires de Blot : « Le référendum est stabilisateur à condition d’avoir des grands classes moyennes. […] Les pauvres ne prennent pas toujours des décisions très sages tandis que la classe moyenne est dans le juste milieu. […] Il faut que la démocratie soit enracinée dans les classes moyennes. […] Ce qui est terrible c’est le prolétaire car lui il n’a plus rien à perdre étant donné qu’il n’a rien le malheureux et et il peut être emmené à des situations excessives. » Pour Blot, le référendum est le moyen par lequel les fameuses « classes moyennes » peuvent s’exprimer, au contraire d’aujourd’hui où selon lui seul le haut du panier à droit à la parole. Mais dans son système approuvé par Chouard comme dans l’actuel, il est surtout important de museler la contestation des plus défavorisés.

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Pour organiser ses référendums d’initiative citoyenne, le petit prof d’Aix-en-Provence envisage deux dates annuelles lors desquelles on voterait sur différents sujets, le 4 août (pour la nuit du 4 août 1789, date de l’abolition des privilèges) et le 4 février (pour le 4 février 2008 : date de l’adoption du TCE par les parlementaires réunis en Congrès). Problème : la première tombe ne plein milieu des vacances d’été, tandis que la deuxième est susceptible de tomber pendant celles de février. Comment est-il envisageable que suffisamment de gens y participent pour que les résultats soient crédibles ?

L’objectif est bien de garantir l’ordre. Ainsi Chouard voit dans l’inspiration athénienne « un moyen de décomplexifier le droit, de le rendre plus accessible et donc d’améliorer l’obéissance ». En effet selon lui, on obéit mieux à des lois que l’on comprend. Nulle considération morale en la matière, nulle interrogation sur la légitimité ou non d’obéir aux lois, même compréhensibles, en vertu de leur caractère juste ou injuste ni bien évidemment aucune remise en cause de la légitimité de l’existence des lois et de l’Etat eux-mêmes.

Les références de Chouard sont réactionnaires. Il idéalise la démocratie athénienne sans jamais mentionner le fait qu’elle excluait esclaves, femmes et étrangers mais aussi, de fait, tous ceux qui n’avaient pas la possibilité de se déplacer aux assemblées et notamment les paysans, ni qu’à cette époque, il n’existait pas de séparation entre rituels civiques et rituels religieux. L’exemple suisse n’est pas mieux avec son système référendaire qui permet l’adoption des pires mesures racistes. Notons qu’en suisse, le fait que ce soit les cantons qui votent à main levée qui sont les plus réactionnaires et qui ont accordé le plus tardivement le droit de vote aux femmes (dans les années 1990 !!!) ne semble déranger ni Chouard, ni Blot. D’ailleurs, dans certains conférences, Chouard explique que si un tel référendum permettait de revenir sur le droit à l’IVG ou de rétablir la peine de mort, il n’y aurait rien à dire, puisque c’est la volonté du peuple. Autre référence citée par Chouard dans cet échange avec Blot : De Gaulle. Voici ce qu’il en dit : « C’était pas un tyran De Gaulle mais il a écrit une constitution tyrannique, c’est-à-dire que De Gaulle avait un sens de l’honneur qui nous protégeait. C’était De Gaulle la garantie. Et quand quelqu’un d’autre qui n’a plus ce sens de l’honneur rentre dans ces institutions c’est une catastrophe. Et on le voit depuis, de Mitterrand à Sarkozy. »

En réalité, Chouard est un anti-parlementariste et un nostalgique du féodalisme. Au lieu de voir un rapport entre la naissance du capitalisme est celle de l’Etat, quelque soit son régime, lui voit un « lien logique et puissance » entre la naissance du capitalisme et ses injustices et le « gouvernement représentatif ». Il en vient à regretter l’Ancien Régime, où selon lui noblesse et clergés étaient des « contre-pouvoirs »aux« riches et ultra-riches ». la chute de l’Ancien régime donné selon lui « aux marchands et aux financiers […] tous les droits, dont celui de faire travailler les gens sans limites ». Voilà une analyse bien originale du système féodal, dans laquelle la bourgeoisie banquière et marchande devient la classe dominante principale alors que noblesse et Eglise ne font plus partie des riches mais protègent les pauvres contre les abus des premiers. Oubliés le servage, la Taille et la Gabelle…

L’idéal de société chouardien est profondément inégalitaire : « On a besoin d’inégalités pour que les gens aient des moteurs pour se donner du mal, et même peut-être de fortes inégalités », affirme-t-il devant un Blot ravi. « Je suis d’accord sur l’idée d’admettre des inégalités peut-être même importantes, parce que si quelqu’un est très très utile et se donne bcp de mal, ok », répète-t-il. Question : que compte faire Chouard des gens qui seront jugés « inutiles » dans sa société idéale ?

Dans l’entretien, Chouard juge important de noter que Suisses et Américains ont le droit de posséder des armes. « L’homme libre est armé », renchérit Blot, reprenant un des principaux arguments de la NRA (le lobby américain des armes).

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Chouard a déjà des idées très arrêtées s’agissant des mesures que devra prendre l’assemblée constituante tirée au sort. Ainsi, il faudra que la constitution borne le rôle des médias (le « 4e pouvoir », qu’il convient donc de « séparer » des trois autres). Chouard envisage des journalistes ayant un statut similaire à celui des juges qui seraient donc désignés et payés par l’Etat. Les médias seraient dans ce modèle « soumis à une autorité supérieure sous contrôle citoyen ». Disons-le tout net : c’est la fin de la liberté de la presse. Que ceux qui se réjouiraient de la fin des grands médias soumis à l’influence des grands groupes auxquels ils appartiennent s’interrogent : en quoi les médias seraient-ils plus libres sous contrôle étatique (ou « citoyen » ?) Et qu’adviendra-t-il de ceux qui persisteront à s’exprimer hors de ce cadre, et notamment des médias et blogs militants ? Enfin, qu’adviendra-t-il de la liberté d’expression sur Internet, cet outil auquel Chouard voue pourtant une sorte de culte ?

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Finalement, quel genre de régime trouverait grâce à ses yeux ? Il énumère : « démocratie directe, semi-directe ou gouvernement représentatif amendé »… Plus on avance, plus on s’éloigne en fait de l’idéal de départ tel qu’il est présenté par ses partisans. Si aujourd’hui Chouard se dit favorable à la République sociale proposée par Lordon, il précise en revanche que le processus constituant ne devra être ni de droite ni de gauche et que c’est seulement une fois la constitution rédigée que pourra peut-être être décidée l’abolition de la propriété privée des moyens de production.

Le Parti du Vote blanc

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Le Parti du Vote blanc, également connu sous le nom de Citoyens du Vote blanc, anime lui aussi un stand et une commission à Nuit Debout Paris. Cette formation s’est fait connaître en présentant des candidats aux élections législatives de 2012. Parmi ses candidats : le briseur de grèves et militant de ReOpen911 Charles Aissani, dont nous reparlerons plus loin.

Plus grave : à la même époque (mars 2012), Stéphane Guyot, président du parti qui discoure aujourd’hui à Nuit Debout, répondait dans la revue de la Dissidence française à une lettre ouverte de Vincent Vauclin l’appelant, ainsi que François Asselineau, à faire cause commune pour l’abstention. Si Asselineau n’a pas répondu, Guyot dans sa réponse s’est montré plus que complaisant avec le groupuscule néofasciste de Vauclin : « Une divergence de moyens donc, une nuance qui nous parait capitale dans le choix des bons outils qui permettront de rendre le pouvoir aux citoyens souverains. Une divergence qui porte davantage sur la forme que sur le fond, mais une démarche évidemment commune. Et si je ne peux partager votre point de vue sur les bienfaits de l’abstention, je salue l’engagement et l’intégrité de votre démarche. »

Stéphane Guyot en bonne compagnie dans la revue de Perspectives éditée par la Dissidence
Stéphane Guyot en bonne compagnie dans la revue de Perspectives éditée par la Dissidence

 

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Demain, le coup de com’ des Colibris

Dimanche 17 avril, un film habilement new age, roulant secrètement pour un mouvement sectaro-religieux de droite réactionnaire ainsi que pour la totalité du monde du charlatanisme, a été diffusé à Nuit Debout Paris, à l’invitation de certains organisateurs. La projection a été précédée d’une journée thématique autour du film.

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Il s’agit du film césarisé Demain, réalisé par Cyril Dion, maître de cérémonie du réactionnaire Pierre Rabhi, co-fondateur et responsable national des Colibris, directeur de publication de Kaizen, un magazine anthroposophe distribué dans les magasins bio proposant de la biodynamie, cette agriculture bio ésotérique et antiscientifique.

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Ce magazine n’hésite pas donner régulièrement la parole au fasciste Étienne Chouard, lequel avait d’ailleurs participé à la soirée nationale de lancement de Colibris en janvier 2013.

Extrait du blog d'Etienne Chouard.
Extrait du blog d’Etienne Chouard.

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L’anthroposophie, qui est une influence majeure de Pierre Rabhi et de ses Colibris, est un mouvement idéologique né de la pensée torturée d’un philosophe obscurantiste et raciste. Elle est profondément réactionnaire, anti-féministe, homophobe. C’est une idéologie millénariste qui nous ramène vers l’ordre ancien, vers un ordre féodal. L’anthroposophie possède un projet civilisationnel cohérent et prospère sur la perte de sens global que produit la crise systémique du capitalisme.

Ecofascisme, leçons de l’expérience allemande.

De fait, ce mouvement sectaire est parvenu à infiltrer de larges pans du mouvement altermondialiste et de l’économie sociale et solidaire, notamment via sa banque, la Nef, avec laquelle Attac par exemple entretient un lien de partenariat. Or, Attac fait partie des organisations qui demandent les autorisations préfectorales pour Nuit Debout. Alternatiba, mouvement écolo illuminé, ombre symétrique « de gauche » des très droitiers Colibris, participe à la commission communication de Nuit Debout. On retrouve également l’anthroposophie dans les villages Alternatiba, à travers la Nef ou la biodynamie.

L’extrême droite et l’écologie

Les nouveaux papes verts

D’autres mouvements sectaires sont présents dans l’entourage des Colibris : Mathieu Labonne, directeur de l’association, est ainsi également coordinateur du Centre Amma France. Sur le site de Kaizen, on trouve aussi de nombreuses vidéos du gourou Sri Sri Ravi Shankar. On retrouve aussi le nom de Cyril Dion et celui d’Isabelle Desplats, une de leurs formatrices, comme participants à un forum de l’Université intégrale qui a eu lieu le 19 février 2011. La même Desplats est formatrice en Communication NonViolente, une méthode de résolution des conflits se situant entre management ultra-moderne et dérives sectaires. En novembre 2016, Rabhi participera au « Forum A Ciel ouvert« , une émanation du mouvement sectaire Terre du Ciel. Enfin , les Colibris sont aussi les promoteurs d’une autre méthode de management profondément anti-syndicale, la sociocratie, dont certains cadres interviennent auprès des écoles Waldorf-Steiner, qui elles, constituent le système éducatif de l’anthroposophie.

Critique de la société industrielle et écologie radicale, de la nécessité d’un positionnement social et antifasciste !

Affiche d'un événement à venir avec Demain, Etienne Chouard, Philippe Derruder (auteurs de livres aec le souverainiste de droite André-Jacques Holbecq publiés aux éditions conspirattionnistes Yves Michel).
Affiche d’un événement à venir avec Demain, Etienne Chouard, Philippe Derruder (auteurs de livres aec le souverainiste de droite André-Jacques Holbecq publiés aux éditions conspirattionnistes Yves Michel).

Quant au film Demain, qui est en fait une opération de propagande des Colibris, outre Pierre Rabhi, il a à l’affiche Vandana Shiva, une « philosophe » indienne mystique très populaire chez les anti-OGM. Signe de sa profondeur subversive, l’avant-première de ce film a eu lieu en ouverture de la Cop 21. Cyril Dion, interviewé par le site d’extrême droite le Cercle des Volontaires à la sortie de la projection à Nuit Debout, a exprimé sa satisfaction : « Ce sont les organisateurs (ou plus précisément une partie des organisateurs de Nuit Debout) qui nous ont contactés et nous ont demandé si on voulait bien projeter ce film ici, en nous disant que c’était certainement un bon endroit pour faire des propositions qui participent à changer la société, qu’il y avait l’air d’y avoir une envie commune de réinventer un certain nombre de choses. Nous, on a fait ce film pour qu’il soit un outil, pour les gens s’en servent, donc on l’a projeté dans plein d’endroits différents : on l’a projeté à l’ONU à New-York, on l’a projeté pour les élus de la Mairie de Paris, on l’a projeté dans des salles des fêtes, dans des écoles. Donc pourquoi pas ici ! » Nul doute qu’il s’est senti chez lui, d’autant que parmi les organisateurs, quelques jours avant, Fakir avait organisé à Amiens un « Réveil des betteraves » dont l’appel avait été co-signé par… les Incroyables Comestibles, dont les collectifs sont aussi liés à la sphère Rabhi.

Dans un t'chat organisé par Le Monde, le 16 février dernier, Cyril Dion explique que son film est un tremplin pour les Colibris.
Dans un t’chat organisé par Le Monde, le 16 février dernier, Cyril Dion explique que son film est un tremplin pour les Colibris.

Ce qui est clair, c’est que la commission Climat de Nuit Debout Paris est remplie de mystiques et d’analyses pseudo-scientifiques. Le 8 avril, elle même organisé une séance de méditation collective ! Sur Nuit Debout, ont également été reçus des agriculteurs biologiques à l’occasion de leur congrès national, alors même que la Fédération nationale d’Acgriculture biologique (Fnab) est présidée par une biodynamiste. La Confédération paysanne est aussi intervenue, alors qu’elle non plus n’est pas totalement à l’abri de ce type de dérive.

A noter enfin que depuis la publication initiale de cet article, certains à Nuit Debout envisagent de rencontrer Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement dans le gouvernement anti-social d’Alain Juppé et qu’on retrouve régulièrement en soutien à des initiatives et analyses écologistes se caractérisant par leurs bases pseudo-scientifiques. Mais le fait qu’elle soit aujourd’hui favorable à une « primaire citoyenne » semble suffisant pour que des militants de Nuit Debout la trouvent intéressante et proposent à l’AG parisienne de la rencontrer (compte-rendu d’AG du 29 avril).

Autre proche de l’anthroposophie invité à Nuit Debout : le sociologue Edgar Morin, connu pour ses envolées mystiques et depuis longtemps défenseur des écoles Steiner-Waldorf et participant à des colloques de la Société anthroposophique en France.

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Edgar Morin en une du bulletin interne de la Société anthroposophique en France. Ces derniers mois, Morin s'est aussi illustré en apportant son soutien à la revue La Relève et la Peste, dont un des fondateurs est Gabriel Rabhi, fils de Pierre et militant d'extrême droite.
Edgar Morin en une du bulletin interne de la Société anthroposophique en France. Ces derniers mois, Morin s’est aussi illustré en apportant son soutien à la revue La Relève et la Peste, dont un des fondateurs est Gabriel Rabhi, fils de Pierre et militant d’extrême droite.

Dans la même veine, le film En quête de sens, autre production largement soutenue dans les Colibris et dont une des héroïnes est Vandana Shiva, devrait bientôt être projeté.13090869_10208750772067692_1224740177_o

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La commission SDF

Le 18 avril, la commission SDF a fait cette déclaration hallucinante : « Mauvaise nouvelle, le SDF agressé vendredi soir par des CRS est entre la vie et la mort. Cependant il ne faut pas mettre tous les policiers dans le même panier. Certains aident les SDF. Ne pas jeter les sandwichs non terminés à la poubelle mais en faire don à un SDF, restituer les repas non terminés au restaurant. Note que de plus en plus de personnes se préoccupent des SDF.«  On atteint là un degré rare d’ignominie. Outre la relativisation des violences policières, le plus scandaleux est cet appel à nourrir les SDF avec nos restes, plutôt que de leur proposer une nourriture digne, et ce alors même que Nuit Debout dispose en principe d’une cuisine autogérée à prix libre. Quelle honte ! Qu’en pense le Dal ?

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L’ARS-Combat

Depuis la publication initiale de cet article, on nous a signalé la présence du groupuscule trotskyste ARS-Combat au sein de la commission Accueil et Sérénité (service d’ordre) de Nuit Debout.

Or, ce groupe s’est illustré par des prises de position contre l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Dans un article publié pendant l’hiver 2012-2013, en pleine offensive de la Manif pour Tous, l’organisation écrivait dans son journal : « Mais les associations qui ont choisi de se battre pour la reconnaissance du mariage des couples homosexuels posent dans leur majorité la question de l’adoption pour ces mêmes couples. Et sur ce point, il faut affirmer, face aux furies d’un égalitarisme caricatural et borné, que ce n’est pas être homophobe que de poser la question, à notre tour, de l’impact psychologique et affectif sur l’enfant élevé par un couple homosexuel. Car si la famille a toujours évolué, il n’y a jamais eu à notre connaissance de familles constituées de membres d’un seul et même sexe. Et avant le « droit à l’enfant », il y a ceux DE l’enfant…

La grande majorité des études menées sur le sujet aujourd’hui concluent qu’il n’y a pas de différences significatives pour les enfants élevés par des couples homosexuels. Cependant, d’une part le recul dont nous disposons est faible, et de l’autre les biais dans ces études sont nombreux et reconnus. Entre autres, la taille des échantillons extrêmement réduite, ou encore le fait que les couples des échantillons soient fournis le plus souvent par certaines associations militantes homosexuelles partisanes. Nous sommes donc en droit et en devoir d’exiger la prudence en la matière et la réalisation d’études rigoureuses, conséquentes et non biaisées. Nous pouvons aussi considérer les nombreuses études qui ont démontré l’impact négatif de l’absence du père sur le développement de l’enfant. »

On le voit, il s’agit là d’un argumentaire (avec y compris la référence aux « associations militantes homosexuelles partisanes ») très proche de ceux de la Manif pour Tous sur ce sujet. Or, l’un de leurs adhérents de l’époque, exclu depuis, ne s’y était pas trompé, puisqu’il avait carrément pris la parole lors des manifestations organisées par Frigide Barjot.

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Webmasters, vidéastes, artistes et activistes maison

Le profil sociologique des webmasters et vidéastes de Nuit Debout ne laisse aucune place au doute quant aux intérêts de classe qu’ils défendent. Le nom de domaine Convergence-des-luttes.org a ainsi été déposé par Séverine Aillaud, consultante pendant sept ans chez le marchand d’armes Thalès après quelques missions pour la Société générale et fan d souverainiste britannique anti-migrants Nigel Farage, tandis que nuitdebout.fr est géré par un proche de Benjamin Ball, Baki Youssoufou, entrepreneur dans la communication de son état, qui a fait ses débuts militants à la Confédération étudiante (la CFDT des facs) et que le wiki associé est lui géré par Sarah Kilani, journaliste à Ballast, qui affiche sur Facebook des sympathies pour les Citoyens constituants et certains sites conspirationnistes et qui laisse s’exprimer Anthony Rêveur, haut cadre des Gentils Virus d’Etienne Chouard. Quant à Rémy Buisine, le réalisateur des directs sur Périscope, il a auparavant été « Community manager sur les radios Ado, Voltage et Latina, il est même invité, mardi 5 avril, sur le plateau du « Grand journal » de Canal+ aux côtés d’Olivier Besancenot et Miguel Urban Crespo, député européen du parti espagnol Podemos« , indique FranceTV Infos. Enfin, selon Arrêt sur Images qui suit et soutient le mouvement, les inventeurs de Radio Debout sont deux professionnels de Radio France, tandis que TV Debout est l’oeuvre du très relou Xavier Renou.

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Xavier Renou, sa Boutique militante et son AlterJT

Sa légende veut qu’il ait commencé à militer à 12 ans et demi. Véritable entrepreneur du spectacle militant, Xavier Renou, le chef des Désobéissants (traduction française du mouvement italien inspiré par Negri), compte tellement de casseroles à son actif qu’il était parvenu dans les années 2000 à lasser jusqu’à Greenpeace et José Bové, mais à séduire le très subversif Wall Street Journal.

Xavier Renou en pleine action de désobéissance...
Xavier Renou en pleine action de désobéissance…

Un temps mis sur la touche suite au fiasco du contre sommet anti-Otan de 2009, Renou n’a pourtant jamais vraiment déposé les armes, passant d’un business militant à l’autre. Aujourd’hui, grâce à François Ruffin qui l’a mis au générique de son film et à Frédéric Lordon qui l’accompagne pour combattre les banques, il effectue son grand retour sur le devant de la scène militante.
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Sa Boutique militante constitue sans nul doute le plus grand stand de la place de la République et une occasion en or de faire connaître ce qui n’était jusque là qu’un petit commerce en ligne. L’AlterJT, sa webTV est l’autre volet de ce retour en grâce. Sur la place de la République, une webtélé diffuse des débats, rend compte de l’évolution du mouvement. En lui offrant ses services de présentateur et en mettant à sa disposition les moyens logistiques de l’AlterJT, Xavier Renou a trouvé un nouveau joujou : TV Debout.
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Pourtant, notre homme, qui a fait ses débuts militants au Scalp et à Ras le Front tout en étudiant à Sciences Po et Assas, n’a pas changé de ligne politique depuis 2009. Il suffit pour s’en rendre compte de visiter les sites de la Boutique militante (qui vend ses produits à République) et de l’AlterJT. Au catalogue de la première, de quoi ravir la complosphère : vente de produits Europalestine, nombreux livres du catalogue des éditions Demi-Lune (dont Webster Tarpley, Peter dale Scott; Christophe Oberlin), le célèbre film Loose Change, le fameux Israël, parlons-en de Michel Collon, les DVD fiévreux d’Inform’Action, mais aussi d’authentiques théoriciens d’extrême droite : David Cronin, Gilles Lartigot et le « marxiste » proche de la Nouvelle Droite Denis Collin. Au catalogue également, de quoi ravir la sphère écolo-mystique : Vandana Shiva, Marie-Monique Robin, Pièces et Main d’Oeuvre… sans oublier un catalogue très complet de livres édités à la Fabrique, par Les Mutins de Pangée, Fakir ou Acrimed ou un livre d’André-Jacques Holbecq préfacé par Etienne Chouard, et même un livre de l’historien stalinien Domenico Losurdo, le tout noyé sous un fatras de références altermondialistes.

Les fachos ont pignon sur web sur le profil Facebook de Xavier Renou : ici, un membre du Cercle des Volontaires, une promo d'Alain Soral, le youtubeur d'extrême droite Franck Brusset.
Les fachos ont pignon sur web sur le profil Facebook de Xavier Renou : ici, un membre du Cercle des Volontaires, une promo d’Alain Soral, le youtubeur d’extrême droite Franck Brusset.

Du côté de l’AlterJT, ce n’est pas mieux : couverture des événements BDS organisés par Europalestine, promotion du Mouvement du 14-Juillet, émission complotiste sur les réseaux pédocriminels, interviews des chouardeux des Profs ignorants, de l’ex-militant de ReOpen911 Vincent Liegey devenu un leader du mouvement décroissantiste… mais comment s’en étonner, quand on sait que l’équipe l’AlterJt compte Alix Dreux-Boucard, personnage connu pour ses faits d’armes à Jeudi Noir, à ReOpen911 (sous le pseudonyme d’Atmoh), à Nouvelle Donne et qui est toujours aussi conspirationniste voire antisémite (il poste des liens vers la Tribune des Pirates sur Facebook) ?

Dreux-Boucard dit Atmoh interviewé par john-Paul Lepes à la Librairie Résistances d'Olivia Zemor (Europalestine) le 20 novembre 2007, suite à une conférence du conspirationniste américain Webster G. Tarpley. Egalement présent ce soir-là : Vincent Liegey dit Kija et Arnaud Mansouri (directeur des éditions Demi-Lune).
Alix Dreux-Boucard dit Atmoh interviewé par john-Paul Lepers à la Librairie Résistances d’Olivia Zemor (Europalestine) le 20 novembre 2007, suite à une conférence du conspirationniste américain Webster G. Tarpley. Egalement présents ce soir-là : Vincent Liegey dit Kija et Arnaud Mansouri (directeur des éditions Demi-Lune). Librairies Résistances servant de base arrière aux trotskistes de Révolution Permanente.

Enfin, les méthodes de Xavier Renou sont toujours aussi contestables. Outre sa propension à s’auto-proclamer porte-parole ou médiateur auprès des médias et des flics quand personne ne l’a mandaté pour, on peut aussi s’interroger sur l’usage faits des bénéfices de la Boutique militante, qui sont censés être reversés à diverses organisations. En effet, la réponse à cette question sur le site est plutôt vague : « Une fois payés les coûts de fonctionnement du site Internet et les fournisseurs des articles que vous nous avez commandés, votre argent servira à financer les luttes : actions, procès, caisses de grève et appuis divers (matériel, transport…). Entre autres, vous contribuez au fonctionnement de l’alterJT », indique la FAQ sans préciser quelles luttes bénéficient de ces apports.

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La page « A propos » du site est plus claire :« En achetant ces articles, vous contribuez au fonctionnement de différents projets (alterJT) et collectifs (les désobéissants, Roundup non merci, Non au missile 51, etc.) », soit uniquement des projets gérés par ou liés à… Xavier Renou, pour certains complètement endormis sinon morts (Non au Missile M51) quand ils ne sont pas largement virtuels (Collectif Round Up Non Merci). Les chèques étaient d’ailleurs à adresser jusqu’à il y a quelques jours (et le sont toujours si l’on en croit la page « paiement sécurisé ») à l’ordre « Campagne M51« , soit le compte bancaire de la campagne contre le missile M51 qui a été confisqué à son profit il y a quelques années par le grand gourou des Désobéissants. Désormais, c’est via le compte de la Boîte militante, l’association qui gère la boutique, que le business continue. En bref : Renou est parvenu à élever au rang de chef d’œuvre l’art de la récupération des luttes sociales.
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Benjamin Ball

Après les Indignés, on croyait là aussi en avoir fini avec cet autre personnage formé à l’école Renou et militant 2.0 qu’est Benjamin Ball, qui se définit lui-même comme (sic). Mais tel le phénix qui renaît toujours de ses cendres, chassez Ball par la porte, il reviendra par les égouts. Petit retour en arrière : après avoir fait ses débuts militants chez les Verts et à l’Unef, Ball est arrivé à Paris dans les bagages d’Augustin Legrand et de ses Enfants de Don Quichotte. Il a aussi milité au MRC, dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2012, à Attac et apporte régulièrement sur les réseaux sociaux son soutien à la banque anthropsophique la Nef :

Extrait du profil de Benjamin Ball sur le réseau social "alternatif" TheChangeBook.
Extrait du profil de Benjamin Ball sur le réseau social « alternatif » TheChangeBook.

Pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, avec son ex-pote Grégory Parsqueille (devenu depuis représentent de Pegida dans le Nord-Pas-de-Calais et militant néo-nazi), il n’a cessé de faire de l’agit-prop en région parisienne. Le duo s’est fait connaître avec le No Sarkozy Day (qui a tété largement plébiscité par certaines composantes du FN) puis, quand le mouvement des Indignés à émergé, il s’est très vite arrangé pour le prendre en main à son profit, contribuant de manière majeure à y introduire fascistes et conspirationnistes. L’un des soraliens actifs alors, Yann Sarfati (qui serait depuis passé à la Dissidence de Vincent Vauclin), est comme par hasard réapparu place de la République il y a deux semaines, alors qu’on n’entendait plus parler de lui depuis des années.

1er mai 2016 : Grégory Pasqueille participe à l'agression de journalistes de Canal + en compagnie dela garde rapprochée de Jean-Marie Le Pen. Dans les mois précédents, il est apparu dans divers médias comme porte-parole de Pegida dans le Nord-Pas-de-Calais, expliquant prendre part à des actions de démontage de tentes de migrants.
1er mai 2016 : Grégory Pasqueille participe à l’agression de journalistes de Canal + en compagnie dela garde rapprochée de Jean-Marie Le Pen. Dans les mois précédents, il est apparu dans divers médias comme porte-parole de Pegida dans le Nord-Pas-de-Calais, expliquant prendre part à des actions de démontage de tentes de migrants.

Autre fait d’armes du binôme Ball/Pasqueille : la récupération et la casse du mouvement de surveillance des violences policières Copwatch. Alors que les militants anonymes de ce mouvement ainsi que les médias militants diffusant leurs images étaient mis sur la sellette par le ministère de l’Intérieur, nos deux clowns n’ont rien trouvé de mieux à faire que de créer un site parasite, Copwatch.fr, et d’apparaître dans plusieurs grands médias s’exprimant au nom de Copwatch, alors qu’ils ne participaient à aucune action de ce type et se contentaient de faire sur leur site des copiés/collés de compte-rendus faits par d’autres avec, comble de l’obscénité, un appel à don à leur profit.

17 novembre 2012 : les copwatcheurs désobéissants à Notre-Dame-des-Landes. A gauche : Xavier Renou.
17 novembre 2012 : les copwatcheurs désobéissants à Notre-Dame-des-Landes. A gauche : Xavier Renou.

Résultat : des militants mis en danger et des initiatives complètement tuées dans l’œuf, pour le plus grand bénéfice de l’Etat qui cherchait alors à en identifier les auteurs (notons que Ball et Pasqueille, qui s’en revendiquaient, n’ont cependant jamais été inquiétés, au contraire par exemple d’Indymedia Paris). Copwatch.fr, le site créé par eux, a par la suite été transformé par Pasqueille en plateforme de défense de la Manif pour Tous et de Jour de Colère, avant d’être repris par un proche de Xavier Renou qui l’a refait à neuf. Il faut dire que le rapport aux flics que défend Ball est assez particulier. Voici ce qu’il déclarait en 2012 à la fin d’une manifestation d’Anonymous : « Je dois vous dire que nous pouvons marcher en direction du ministère de la culture. Si vous le voulez ! Néanmoins, nous sommes arrivés au point de dispersion de la manifestation. Ce trajet supplémentaire n’a pas été déclaré en Préfecture ! Si nous l’effectuons, les gendarmes mobiles interviendront pour nous en empêcher. Anonymous est un mouvement non-violent. Nous ne devons pas aller à l’encontre des forces de l’ordre. »

Une autre fois, c’est une initiative antifasciste que Ball et Pasqueille ont tenté de parasiter en avril 2011, cette fois au profit de la droite gaulliste : « Finie la droite républicaine et le Gaullisme social, regrettaient-ils alors. La mode chez une bonne partie des sarkozystes, c’est la droite populaire ! Retour des anciens d’Occident, d’Ordre nouveau et du Club de l’Horloge, la bande à Devedjian, Longuet, Guéant, Hortefeux, Estrosi, Mariani et Ciotti remettent au goût du jour les alliances entre la droite populaire et la droite extrême, laissant la droite républicaine et le centre droit de coté. « 

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Pour Benjamin Ball, qui vit décidément sur une autre planète, il faut négocier avec l’extrême droite, les flics, les curés et les patrons : « C’est ma vision de la mobilisation. Il n’y a pas d’ennemis de classe. Le flic, le curé, le patron, et même le facho sont des êtres humains. C’est sûr, il faut écrire en très gros et crier très fort qu’on est contre les idées d’extrême droite. Après, si les mecs viennent quand même, et qu’on arrive à leur faire accepter que l’avis des sans-papiers compte autant que le leur, j’estime que c’est une victoire sur le fascisme. » Lui-même ne manque pas d’appliquer ces préceptes, accordant des interviews à Independenza WebTV ou au Cercle des Volontaires.

Malgré un passage à Nouvelle Donne dont il a été salarié lors de la dernière campagne des Européennes et au conseil d’administration de Bio Consom’Acteurs ou d’Artisans du Monde, Ball est resté relativement discret ces deux ou trois dernières années. Il est réapparu lors de la Cop21 au sein d’un collectif « Jedi for Climate » qui affichait sans vergogne un slogan anti-« banksters » :

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Benjamin.Jedi for Climate.Paris.Michela Cuccagna©

Il participe en ce moment à la campagne Laprimaire.org et est salarié de la Boîte militante, l’association de Xavier Renou qui gère la Boutique militante. Mais comme c’était encore trop peu. Nuit Debout constitue pour lui une véritable opportunité : ni une, ni deux, il s’est engouffré dedans pour tenter de se refaire une virginité politique. Il est donc apparu sur France Inter comme porte-parole du mouvement, et c’est un de ses complices qui a déposé le nom de domaine Nuitdebout.fr, Baki Youssoufou, avec qui Ball avait déjà fondé le site de pétitions en ligne WeSignIt. Flairant la bonne affaire, une acolyte de Youssoufou, Noémie Tolédano, a déposé le domaine au nom de son entreprise de communication, Raiz.fr, dès le 1er avril au matin, et a ouvert dans la foulée le compte Twitter associé. Si le statut de ces deux personnages est contesté par certains fondateurs de Nuit Debout, reste que Xavier Renou, qui emploie Benjamin Ball, est lui omniprésent sur la place. Dès lors, rien d’étonnant à ce que ses disciples le suivent. D’ailleurs, Ball s’est encore exprimé lors du meeting fakirien du 20 avril.

Le dossier Benjamin Ball, Xavier Renou et Désobéissants sur Indymedia Paris :
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Julien Bayou

De cette mouvance, est également présent et actif à Nuit Debout Paris l’indécrottable Julien Bayou. Aujourd’hui porte-parole d’EELV, ce carriériste a fait ses débuts à Jeudi Noir et Génération précaire. Pour lui, la lutte c’est aussi et surtout une occasion de se faire valoir, voire de faire de l’argent.

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Un imaginaire graphique peu original

Le moins que l’on puisse dire est que Nuit Debout manque singulièrement d’imagination niveau slogans. Entre Frédéric Lordon qui plagie Mao en affirmant que « la révolution n’est pas un pique-nique » et des reprises de slogans d’il y a presque cinquante ans, l’esprit de Mai-68 semble planer sur la place de la République, mais sans la rage. On reprend des slogans inventés en 2009, pendant la lutte contre le CPE, par des graphistes intimement liés au Parti communiste depuis les années 1970, à savoir Gérard Paris-Clavel et le collectif Ne Pas Plier, auteurs véritables des slogans « Rêve générale », « Préavis de rêve » et « Joyeux bordel » qu’on voit resurgir à Nuit Debout, et qui étaient accompagnés à l’époque d’un autre slogan, qui n’est pas sans rappeller le nom de l’événement en cours : « Utopiste debout ».
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Rigolos de prime abord, les autocollants et affiches de Paris-Clavel et de ses héritiers ont cependant le défaut de lisser les conflits sociaux : avec eux la grève devient rêve, et la lutte juste un truc « classe ». Paris-Clavel, outre le fait d’avoir réalisé nombre d’affiches pour le PCF et ses succursales, est aussi le principal auteur des chartes graphiques de la revue Actes de la Recherche en Sciences Sociales fondée par Pierre Bourdieu, du site de la maison d’édition bourdieusienne Raisons d’Agir, de l’association de précaires Apéis, et même… de la Scop Le Pavé ! Aujourd’hui, ce sont ses jeunes disciples qui prennent la relève avec leurs « Rose promise, chômdu » ou leurs « Un poing c’est tout » et qui réalisent les principaux supports de communication de Nuit Debout.

12987091_235074833546957_6796932544569631313_n Du côté des actions, c’est souvent pareil, avec la reprise de pratiques datant de plusieurs années comme les « manifs de droite », qui novatrices quand elles ont été inventées, n’ont aujourd’hui plus grand chose d’original ni même de rigolo après plusieurs années de politiques de droite dure. Le manque d’inventivité de Nuit Debout pose question quant à sa capacité à penser un autre monde, pour reprendre une terminologie altermondialiste, sans même parler de révolution…

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Les médias qui soutiennent Nuit Debout

Si le grand capital a sa langue de bois, ses médias dominants et ses « petits soldats du journalisme », il en est de même du côté de la gauche alternative. Ceux-ci se nomment : Politis, Reporterre, Là-bas si j’y suis, Arrêt sur Images, Fakir, Acrimed, L’Humanité, Le Monde diplomatique, Regards, Bastamag, Mediapart, Siné Mensuel, Bellaciao, Usul, Ballast, Le Comptoir, Frustration, Lundi AM… tous unis dans la défense des Nuits Debout, dont ils assurent le service après-vente. On a là les traditionnels, issus du mouvement altermondialiste : l’association de critique des médias Acrimed, qui vient de fêter ses vingt ans, le journal Politis, Là-bas si j’y suis ou Le Monde diplomatique, mais aussi, à la marge, le site web conspirationiste-néostalinien Bellaciao. Viennent ensuite les héritiers de cette première mouvance : Fakir et sa ligne social-chauvine confusionniste, les écolos-mystiques de Reporterre, un catholicisme à cheval entre la deuxième gauche et la droite radicale ou de Bastamag, en partie financé par des fondations liées à l’anthroposophie, ce qui explique sans doute les publireportages récurrents à la gloire de l’anthroposophe Pierre Rabhi. Enfin, les derniers nés du secteur : les revues et sites web Ballast, Le Comptoir ou Limite qui entendent faire dialoguer ensemble réacs de droite, réacs de gauche et libertaires égarés, ainsi que Frustration, une revue au programme fascisant, ou encore Lundi AM, qui navigue entre autonomisme, situationnisme et éloge de la police en servant de caution radicale à la maison d’édition opportuniste La Fabrique. Mentionnons aussi le YoutubeurUsul, passé de la chronique de jeux vidéo à la chronique politique, notamment sur le journal de cadres le Nouvel Obs, qui quant à lui assure une promotion d’enfer à des illustres comme Chouard, Friot, Lordon… et qui a été récemment invité par Acrimed pour ses vingt ans. L’Humanité et Regards en tant qu’organes de presse du PCF, se situent un peu à part, de même que Siné Mensuel, dont la ligne oscille entre presse dominante et tonalité militante. En revanche, depuis qu’il a dû quitter la télévision et qu’il s’est lancé sur Internet, Daniel Schneidermann est devenu fréquentable pour toute cette mouvance, de même qu’Edwy Plenel, depuis qu’il n’est plus au comité de direction du Monde. Aujourd’hui, Arrêt sur Images et ses satellites ainsi que Mediapart en font beaucoup pour Nuit Debout.

Le rédac'-chef adjoin du Diplo fait son entrée à l'AG de Nuit Debout.
Le rédac’-chef adjoint du Diplo fait son entrée à l’AG de Nuit Debout.

 

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Arrêt sur Images

Arrêtons-nous un peu sur Arrêt sur Images. La mouvance altermondialiste, Acrimed en tête, n’a jamais pardonné à Schneidermann le traitement de Pierre Bourdieu jusqu’à ce que, chassé de France 5, il lance Arrêt sur Images comme un média alternatif et invite Acrimed en 2010.

Pourtant, pas plus qu’à la télévision où il a contribué à lancer les carrières de la négationniste Béatrice Pignède et de l’ultra-réactionnaire Elisabeth Lévy, Schneidermann ne fait pas preuve sur Internet d’une grande acuité s’agissant du choix de ses invités et collaborateurs. Sur son plateau ont ainsi défilé à l’été 2012 Etienne Chouard, Franck Lepage et Pierre Rabhi puis, au moment de l’affaire de la « quenelle » début 2014, un stagiaire dieudonniste.

Qu’est-ce qui se trouve entre @rrêt sur Image et E&R ?

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Judith Bernard

Parmi ses collaborateurs et collaboratrices, saluons les efforts constants de Judith Bernard, militante du M6R mélenchonien, pour porter haut les couleurs de la confusion politique, en particulier sur son site Hors-Série, qui est une sorte de succursale d’Arrêt sur Images.
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Alors que sur son profil Facebook, c’est open-bar pour les fachos (Sylvain Baron et le Cercle des Volontaires y prospèrent), elle s’est illustrée depuis le lancement de son site Hors-Série – avec le soutien d’Arrêt sur images – par sa propension à recevoir sur son plateau les pires réactionnaires, en particulier Jean Bricmont ou encore le proche de la Nouvelle Droite Olivier Rey.

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Judith Bernard en conversation passionnée avec son mentor de l’époque, Etienne Chouard, nous sommes en novembre 2014.

Elle-même s’est fait connaître du grand public en acceptant l’invitation de Frédéric Taddeï.jbernard2
On peut également mentionner l’invitation de l’entarteur Noël Godin, dont l’obsession béhachélienne pose vraiment question, connaissant son passé d’extrême droite. Ses actions contre le philosophe à chemise blanche, véritable tête de turc des antisémites de tous poils auxquels nos altéreux offrent des arguments de poids par la fixette qu’ils font sur lui, sont d’ailleurs encore aujourd’hui saluées par son ancien camarade du Parti Communautaire Européen et de Jeune-Europe, Luc Michel qu’il a fréquenté dans les années 1960.

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Le militant d’extrême droite Luc Michel, salue l’action de son ancien compagnon politique, l’entarteur Noël Godin.

Quoi qu’il en soit, Nuit Debout offre à Judith Bernard une occasion de nous donner à voir un festival de nationalistes et d’identitaires de gauche, de François Ruffin à Houria Bouteldja (qui a profité de l’invitation pour exprimer toute l’estime qu’elle a pour Frédéric Lordon). Elle avait d’ailleurs enregistré quelques temps avant une émission avec Lordon et Eric Hazan, le directeur de La Fabrique qui édite les Indigènes de la République, le Strass (dont la porte-parole Morgane Merteuil s’est également exprimée sur le plateau de Judith Bernard) ou le Comité invisible de Julien Coupat, le tout servi réchauffé le lundi am par Mathieu Burnel.

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Judith Bernard dans la pièce de Frédéric Lordon.

Metteuse en scène des pièces de Lordon à qui elle semble vouer un véritable culte, Bernard, après s’être mobilisée quelques semaines avant pour la survie d’un bar restaurant haut lieu de rencontre des altéreux de tout poil et studio d’enregistrement des émissions de Daniel Mermet, a trouvé un nouveau combat : Nuit Debout. Pratique pour elle en plus : c’est quasiment en bas de chez elle, plus besoin de prendre le métro pour aller faire la fête !

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Judith Bernard confie ici en toute pudeur une émotion à la mesure de l’admiration qu’elle voue au personnage. Une fois tout le monde assis, oui, indubitablement, Lordon paraît immense. Probablement l’un des plus grands économistes de sa génération. Cela se passe sur le mur facebook de l’un des photographes officiels du Front de Gauche. Judith Bernard entre dans l’histoire.

Notons que si les critiques « radicaux » des médias dénoncent les journalistes multicartes et les connivences dans la grande presse capitaliste, en revanche, ils se gardent bien d’analyser les mêmes phénomènes quand ils ont lieu chez eux. Par exemple, que penser de Laura Raim, la journaliste qui a reçu François Ruffin sur le plateau de Judith Bernard, tout en étant en même temps journaliste à Regards pour qui elle couvre Nuit Debout mais aussi… au Monde diplomatique, dont les liens avec le réalisateur de Merci patron ! sont étroits et qui héberge le blog de Frédéric Lordon ?
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Acrimed

Si Acrimed et consorts tirent depuis leurs débuts sur les mêmes ambulances (qu’à part eux et quelques journalistes personne ne prend plus au sérieux) tels que BHL, partageant en cela une thématique commune avec Alain Soral sans que cela lui pose plus de questions (pas l’impression de servir la soupe à l’extrême droite, Acrimed ?), en revanche, ils n’émettent jamais la moindre critique quand se sont leurs amis qui dérapent. Rien sur les publications extrême droitières de Reporterre (il faut dire qu’Acrimed partage le plateau de Mermet avec Hervé Kempf), pas grand chose sur Michel Collon (dont il est même fait une promotion discrète), rien sur la sympathie de Bernard Langlois (ex-Politis) pour l’idéologue d’extrême droite Alain de Benoist.

Michel Collon aussi soutient Nuit Debout.
Michel Collon aussi soutient Nuit Debout.

Par contre, on juge urgent de défendre face aux médias dominants Tariq Ramadan, le CCIF, le Hamas ou le régime iranien avec des arguments souvent fallacieux, en reprochant par exemple aux médias de donner une mauvaise image du Hamas quand ils reprennnent… les propres images de propagande du Hamas (Julien salingue, 18 décembre 2014) ou en affirmant qu’il est faux de dire que les concerts sont interdits en Iran, ils sont juste très difficiles à organiser (Julien Salingue, 1er février 2016). Les musiciens exilés ou emprisonnés apprécieront… Notons qu’en 2012, Acrimed avait pris la défense du « petit candidat » Jacques Cheminade contre Jean-Michel Apathie, sans rien dire du caractère sectaire et fascisant de son organisation, Solidarité et Progrès (Julien Salingue, 3 février 2012).

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Noël 2015 : Acrimed propose une production graphique richement dotée semblant posséder une forme de fascination pour les ambulances politiques. BHL indiffère désormais à peu près tout le monde mais passionne Acrimed. BHL est partout. Il se cache derrière chaque « éditocrate » (Lordon n’est pas un « éditocrate »?) BHL est partout. Acrimed voit partout des BHL. « Ils » sont partout.

L’association de critique des médias accueille toujours en son sein Laurent Dauré, cadre de l’UPR, qui animait encore son stand sur la manifestation du 9 mars. Acrimed est cet ovni politique dans lequel des figures de l’aile droitière du NPA (Julien Salingue, Ugo Palheta) peuvent tranquillement deviser avec un militant ultradroitier, pas gênés par le fait que celui-ci ait livré à son parti l’identité de l’une de leurs anciennes camarades au sein d’Acrimed et militante antifasciste, pas gênés non plus par le fait que ce soit elle qui se soit fait virer de l’association pour avoir mis en cause Le Grand soir et l’UPR, et non Laurent Dauré, dont on se demande pourtant en quoi les valeurs du parti qu’il défend sont compatibles avec la ligne « gauche de gauche » prônée par Acrimed.

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Pierre Carles

Parmi les projection prévues, DSK, Hollande, etc. de Julien Brygo, Pierre Carles, Nina Faure et Aurore Van Opstal. Il est inutile de rappeler la prise de position « anti-antifa » de Pierre Carles, qui lui aussi appartient à la sphère Acrimed-Monde diploFakir, au moment de la mort de Clément Méric, quand il a trouvé le moyen de trouver des excuse à ses meurtriers au prétexte de leur appartenance aux classes populaires. Quant à Aurore Van Opstal, ancienne collaboratrice de Michel Collon, elle fut aussi une proche du dieudonniste belge Olivier Mukuna.

Pierre Carles a pris part à un projet de film, Demokratia, dans lequel apparaît également Étienne Chouard, et qui est justement projeté dans plusieurs Nuit Debout de province. Youlountas lui a donc demandé : « pourquoi acceptes-tu de participer actuellement à un documentaire qui fait la promotion d’Etienne Chouard ? On est nombreux à se poser la question. » Peu convaincu par la réponse alambiquée du réalisateur qui a repris l’article de François Ruffin, « l’air du soupçon », le philosophe militant a conclu : « la réponse est très claire : Pierre Carles n’es pas d’accord avec la présence de Chouard à ses côtés, mais il accepte quand même de se laisser faire par charité chrétienne, considérant les réalisateurs trop faibles physiquement pour retoucher leur montage. Chacun sa façon de lutter. »

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Usul ou le dandysme du crotskisme

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Usul, simple Youtubeur ayant recyclé ses fans de jeux vidéo vers des portraits de personnages qu’il estime importants, est symptomatique de la période, une époque où la forme semble avoir pris l’avantage sur le fond. Et à ce jeu, Usul s’improvisant en Tintin reporter, semble se délecter à parcourir les poubelles de la toile et, non content de garder pour lui toutes ces merveilleuses trouvailles, s’astreint implacablement à faire partager ses errances au plus grand nombre. Là est toute la limite de la démarche du guide, qui semble posséder un génie en creux, celui de déterrer tous les zombies politiques qui traînent ça et là.

A ce titre, comment ne pas évoquer cette vidéo absolument lamentable de complaisance sur Chouard, et le petit texte rectificatif rétrospectif n’y change rien, puisque celui-ci est non seulement timide mais ajoute de la confusion à la confusion en laissant penser que l’antisémitisme puisse être seulement à l’extrême droite. Avec pareil précepteur, Etienne Chouard, authentique professeur foldingue s’appliquant, armé d’une minutie compassionnelle tout à fait remarquable, à bourrer de ouate la cervelle de ses auditeurs endoloris, a du souci à se faire! C’est une suppression pure et simple de vidéo qu’il aurait fallu assumer car c’est le projet du tirage au sort et les références historiques qui sont fascisantes. Avec Chouard, la démocratie glisse vers une aristocratie produisant ses propres super-électeurs, ceux bénéficiant de cadres et de patrimoines sociaux suffisamment amples pour entrer en campagne au but d’être tirés au sort. Car avec le projet de Chouard, tout le monde n’est pas susceptible d’être tiré au sort, la chance ne s’offre qu’à ceux qui la réclament, selon un précepte finalement, lui aussi, très religieux.

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Cette vidéo est typique de notre époque, égotique, autocentrée et de la dépolitisation qu’elle produit. En voulant se distinguer de l’idiot dieudonniste « Minute Papillon« , il ne fait finalement que servir une soupe pas si éloignée, et l’extrême droite est ravie d’avoir fait une si belle prise. A noter d’ailleurs sa vidéo ambiguë sur la réactionnaire Elisabeth Lévy, dans laquelle, sous couvert de la critiquer, il relaie abondamment sa parole et la rendrait presque sympathique à force de la commenter sur un ton badin.

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Quant à celle sur Besancenot, quel carnage….

Tout d’abord, le tintin néohippie possède une pensée moyennisée de classe moyennisée pour qui la lutte de classes restera toujours un mystère. Il ne voit la politique que par le prisme des élections. Pour lui, et il le dit, la politique est déjà affaire de carrière, de parlement et d’études marketing. Bizarrement, Usul critique Besancenot, mais il est fondamentalement sur la même ligne, qui consiste à vouloir élargir la base militante et électorale en faisant des concessions programmatiques au réformisme. Ainsi, même s’il ne donne pas de consignes, le NPA appelle en général à mettre la droite en échec au 2nd tour des Présidentielles, ce qui revient à choisir le camp du PS, dont le programme n’est pourtant plus de gauche depuis bien longtemps.

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« Karl Marx ne connaissait pas internet ». La belle affaire… Il ne connaissait pas non plus la machine à pain ou encore l’avion à réaction. Par contre il savait que tout ce qui sortait d’une usine était une marchandise, et comme tel était issu d’un rapport de production – le capitalisme – qui s’appuyait sur l’extraction de la plus-value, et jusqu’à preuve du contraire, il en est toujours ainsi aujourd’hui.

« Trotsky n’a rien écrit sur le néo libéralisme. » Le néolibéralisme ne change rien de fondamental à la grille de lecture du capital. Il n’est qu’une forme de domination du capital fictif, un accessoire de plus pour repousser une inévitable crise qui se montrera plus dramatique que celle de 2008. Il n’a d’importance que pour les plus crédules qui s’imaginent que la solution à tous nos malheurs réside dans le fait de taxer les transactions financières.

Les avancées techniques ont fait tout avancer, sauf les rapports de production, contrairement à ce que prétend ce bien piètre professeur. A se demander où vit cet énergumène pour oser affirmer de telles contrevérités. Si Usul a un doute, qu’il demande aux prolétaires coréens sur-exploités dans les domaines de pointe électronique s’ils possèdent aujourd’hui l’outil de travail en lieu et place du patronat.

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« Le prolétaquoi? »

Quant à la critique du travail et du chômage de masse, il n’y a rien à repenser du tout, il suffit de partager ce dernier entre toutes les mains disponibles, et ainsi disposer de temps supplémentaires pour la vie! Ce qui fait le socle du marxisme, à savoir que le développement du capital constant – machine, productivité – permettrait à l’Humain pour la première fois depuis le début de l’humanité, de se voir libéré du fardeau du travail, est pour cet immonde ignorant de service un sujet sur lequel le marxisme n’a pas apporté de réponse…

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Après s’être jeté dans la gueule d’un fasciste, Usul se jette sous les bottes d’un stalinien, embarquant au passage ses bus de fans. Trop kool.

Il n’y a bien entendu aucun nouveau « projet collectif » ou autre « utopie » à concevoir. Le Capital vit toujours de l’exploitation du travail, affame les masses, et l’impérialisme mène le monde à la barbarie. Le marxisme n’a que faire de l’illusion électorale. La révolution est un schisme qui bien souvent arrive sur le devant de la scène politique sans jamais prévenir personne. La classe ouvrière se remet lentement de la peste stalinienne, et occupera bientôt le devant de la scène, non pas parce que les pseudos « has been » font de cette dernière une religion, mais parce que les rapports de production capitalistes deviennent tôt ou tard intolérables pour la vie de chaque prolétaire. La crise économique et la façon dont elle a frappé de plein fouet la Grèce, avant tôt ou tard d’employer les mêmes méthodes ici-même en montre le parfait exemple.

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Frustration/Ballast/Le Comptoir/Limite

Le Comptoir partage une passion commune avec Alain Soral et Alain de Benoist : Georges Sorel, syndicaliste révolutionnaire qui dans les années 1910 dialogua avec l'Action française, contribuant à poser les bases des origines françaises du fascisme, selon l'historien Zeev Sternhell
Le Comptoir partage une passion commune avec Alain Soral et Alain de Benoist : Georges Sorel, syndicaliste révolutionnaire qui au début du 20e siècle dialogua avec l’Action française, contribuant à poser les bases des origines françaises du fascisme, selon l’historien Zeev Sternhell.
Autre urgence pour Le Comptoir : défendre la décroissance par la bouche de l'ultra-réactionnaire Natacha Polony.
Autre urgence pour Le Comptoir : défendre la décroissance par la bouche de l’ultra-réactionnaire Natacha Polony.

Ballast, Le Comptoir, Limite : Le Comptoir, principal héritier de la revue réac de gauche Ragemag, les relie tous (voir échanges de liens entre leurs sites). Pendant que Limite et Ballast font semblant de n’avoir plus rien avoir à faire ensemble, Galaad Wilgos, animateur de Ballast, collabore au Comptoir et à Limite (il a écrit un article contre « l’immigrationnisme » dans le dernier numéro), tandis que Kevin « L’Impertinent » Victoire, animateur du Comptoir, collabore à Ballast et Limite. Du coup, ils réussissent le tour de force, par ce jeu de participations croisées, de s’adresser à « tous les camps » sans que personne n’y trouve rien à redire.

Galaad Wilgos avec ses amis branchouilles de l'Université libre de Bruxelles (ULB) au Bodega, où une soirée privée coûte 1200 euros à organiser. Wilgos porte des insignes corporatistes, signe d'un grand progressisme. Il est également le vice-président et rédacteur en chef du Cercle du Libre Examen (Librex) de l'université, dont Jean Bricmont et Michel Collon sont des invités réguliers. Enfin, c'est aussi un (ex ?) militant du Parti de Gauche. Contre "l'anti-France", Wilgos cite Michelet et prône un "patriotisme révolutionnaire", terme qui n'est pas sans rappeler une certaine "Révolution nationale" de triste mémoire...
Galaad Wilgos avec ses amis branchouilles de l’Université libre de Bruxelles (ULB) au Bodega, où une soirée privée coûte 1200 euros à organiser. Wilgos porte des insignes corporatistes, signe d’un grand progressisme. Il est également le vice-président et rédacteur en chef du Cercle du Libre Examen (Librex) de l’université, dont Jean Bricmont et Michel Collon sont des invités réguliers. Enfin, c’est aussi un (ex ?) militant du Parti de Gauche. Contre « l’anti-France », Wilgos cite Michelet, principal initiateur au 19e siècle du roman national français, et prône un « patriotisme républicain » mais aussi un « patriotisme révolutionnaire », terme qui n’est pas sans rappeler une certaine « Révolution nationale » de triste mémoire…

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Ballast

Ballast, qui édite une édition spéciale Ballast Debout, est une revue éditée par les éditions Aden, soutenues pour le premier numéro par les Ateliers de Création libertaires. Aden est une maison qui édite à la fois des auteurs libertaires et des staliniens. A son catalogue on compte par exemple l’hagiographe de Staline Domenico Losurdo et l’administrateur du Grand Soir Maxime Vivas. L’éditeur assume ce mélange des genres : « Ce qui me plaît, c’est d’avoir un catalogue essentiellement axé sur la critique de la société dans laquelle on vit, et cette société peut être critiquée de diverses façons. C’est ça qui est intéressant. C’est de se dire : le point de départ est tout ce qui bouge, disons, pour être simple, à la gauche de la social-démocratie, et on contribue ensuite à transformer ces idées en bouquins afin d’alimenter le débat comme le catalogue. » (Ballast, 12 janvier 2015).
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De fait, Ballast a un objectif : faire dialoguer anarchistes et nationalistes de gauche, comme si les premiers avaient quelque chose à gagner au contact des seconds ! Alors même que le rapport de force n’est pas du tout en leur faveur. Depuis sa création, la revue s’est illustrée par des articles très discutables : sous couvert de critiquer Soral, elle lui a accordé le mérite du « charisme », avant de concéder l’existence de « groupuscules gauchistes hystériques » qui auraient, main dans la main avec Finkie, produit l’ascension inexorable de Soral (rien que ça), elle a interviewé le rappeur quenellier Médine, a dressé un portrait très complaisant de Jacques Vergès dans lequel il est à peine question de sa défense du nazi Klaus Barbie…
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Frustration

Place de la République, nous avons pu découvrir également la revue Frustration, qui affiche sur son site un lien vers Le Comptoir et dont le n°0 avait été refusé il y a un an par Paris Luttes Info au motif de son « esthétique nazie » et de sa ligne politique difficilement définissable. Dans cette première mouture, les fondateurs de cette revue ne prenaient pas de gants, affichant de martiales couleurs rouge, noire et blanche et mettant en exergue une énorme citation de l’écrivain russe Edouard Limonov, connu pour être un acteur majeur du courant rouge-brun, ancien collaborateur de l’Idiot International et fondateur du parti national-bolchevique.

Pour Frustration, le "peuple" affronte deux ennemis (des "alliés objectifs" ?) : l"l'élite bourgeoise" d'un côté, les "marginaux" et autres "parias" de l'autre...
Pour Frustration, le « peuple » affronte deux ennemis (des « alliés objectifs » ?) : l »l’élite bourgeoise » d’un côté, les « marginaux » et autres « parias » de l’autre…

Depuis, la colorimétrie et l’esthétique sont moins évidemment fascisantes, mais le contenu reste le même. Si la revue a pour originalité de ne pas sembler s’opposer aux droits des migrants, des femmes ou des homosexuels (ce qui lui permet de faire des critiques opportunes d’Alain Soral ou d’Eric Zemmour pour se prémunir de toute accusation d’appartenance à l’extrême droite), son projet politique est cependant à l’avenant.

D’un point de vue économique, Frustration prône la généralisation des coopératives, ce qui équivaudrait selon ses auteurs à une sortie du capitalisme, comme si les coopératives n’étaient pas elles-mêmes des entreprises capitalistes réalisant d’ailleurs le comble du rêve libéral puisqu’elles reposent sur le principe de l’actionnaire salarié. Contre la précarité, Frustration prétend défendre le salariat (comme si les précaires ou les chômeurs sortait de son champ) car, accrochez-vous camarades anticapitalistes, il y aurait un « plan des élites pour une société sans salariés ».

Si l’idée à défaut d’être radicale a au moins le mérite de faire sourire tant elle est fantaisiste, beaucoup plus inquiétante est la vision que développe Frustration de la police et de l’armée. loin d’être contre la guerre, la revue estime au contraire quei »> « c’est aux citoyens de décider de la paix et de la guerre » car « La guerre des élites n’est ni patriote ni sécuritaire : elle est profitable pour elles ». Niant le rôle fondamentalement répressif de la police te de l’armée, Frustration estime que la répression des mouvements sociaux n’est qu’un détournement de leurs missions au profit de « l’élite » dirigeante, et que la création d’une « garde citoyenne » permettrait de pallier au mauvais usage qui est fait selon elle de ces services : « le Gouvernement détourne la question sécuritaire à ses propres fins, et les administrations chargées de la sécurité en France (police et renseignements…) fonctionnent mal. […] Un Gouvernement qui détourne la sécurité pour réprimer les mouvements sociaux […] n’est pas sécuritaire, mais laxiste », ose Frustration à propos de l’Etat d’urgence actuel.

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Propagande pour l’armée de terre.
Publicité de Nuit Debout.
Publicité de Nuit Debout.

La médiocrité des analyses de cette revue obsédée par le combat poujadiste du « peuple » contre les « élites » n’empêche pas Le monde diplomatique d’en faire régulièrement la promotion. Pourtant, non contente de développer un projet politique autoritaro-citoyenniste, l’équipe de Frustration est en plus malhonnête quant à son identité : « Bénévoles, nous ne sommes pas des militants politiques, pas des journalistes, pas des intellectuels, experts de rien du tout », proclame-t-elle sans honte. Pourtant son directeur de la publication Nicolas Framont et l’un de ses contributeurs Thomas Amadieu sont tous deux sociologues tandis que l’autre contributeur Thibaut Izard est lui diplômé de sciences cognitives à l’Ecole normale supérieure. On est loin de profils « pas intellectuels » et « experts de rien du tout »…
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Limite

Si la revue écolo-catho Limite n’a pour le moment pas encore parlé de Nuit Debout, son directeur adjoint, le Veilleur Gaultier Bès, est allé y faire un tour.

Le stand de la maison d'édition libertaire Libertalia photographié par Gaultier Bès (Veilleurs, Limite).
Le stand de la maison d’édition libertaire Libertalia photographié par Gaultier Bès (Veilleurs, Limite).

Très intéressé par le mouvement, Bès signale que des Veilleurs, cette branche jeune de la Manif pour Tous, participent à Nuit Debout. Interrogé par l’hebdomadaire catholique La Vie sur les points de convergence entre Veilleurs et Nuit Debout, voici sa réponse :

« Oui, j’en vois plein. Premièrement, comme les Veilleurs, Nuit debout est né suite à une réaction inattendue de la base, notamment des jeunes, face à un projet de loi. Ces projets de loi peuvent être qualifiés de libéraux. La loi Taubira était libérale au sens politique et culturel du terme. Le projet de loi El Khomri est libéral au sens économique. […] Bien entendu, il y a beaucoup de différences aussi. Les Veilleurs et Nuit debout ne mobilisent pas forcément la même jeunesse et on n’y trouve pas les mêmes catégories socioprofessionnelles, ni les mêmes horizons culturels et politiques. Cependant, je constate que beaucoup de Veilleurs participent à Nuit Debout. Ils considèrent que c’est une manière pour eux de continuer à veiller. J’espère en tout état de cause que Nuit debout rompra avec un certain sectarisme gauchiste, comme avec une certaine rhétorique utopiste, pour devenir un lieu de parole et d’action, une assemblée populaire d’où jailliront des alternatives conviviales et durables. »

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Les Veilleurs Debout, branche jeune de la Manif Pour Tous à Lyon à l’été 2013

Dans le très droitier Famille chrétienne, Bès répète : « Il y a un air de famille entre nous, c’est évident ! On se dit qu’ils font comme nous. Mais c’est nous qui, en réalité, avons emprunté à leurs rites. Nos soutiens ont parfois du mal à le comprendre. Mais les Veilleurs ont repris les codes des altermondialistes, notamment Occupy Wall Street à New York [un mouvement de contestation pacifique dénonçant les abus du capitalisme financier, Ndlr]. Les Veilleurs, ajoute Gaultier Bès, c’est une rencontre improbable entre les codes du scoutisme et ceux des altermondialistes. Il faut reconnaître notre dette. […]  Je vois un désir de transformer la place publique en agora. La capacité de la jeunesse à dire non. Il y a un esprit de résistance commun. Chaque fois, un mouvement spontané en réaction à un projet de loi libéral-libertaire du gouvernement. Taubira / El Khomri, c’est pour moi le même combat ! D’un côté, l’ambition folle de changer la nature du mariage, et de l’autre, la volonté de bouleverser le code du travail au nom de la flexibilité. »

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Au moment de son décès, mère Teresa avait ouvert 517 missions accueillant les pauvres et les malades dans plus de 100 pays. Ces missions ont été qualifiées de mouroirs par des médecins ayant visité plusieurs de ces installations à Calcutta. Les deux tiers des personnes fréquentant ces missions espèrent y trouver un médecin pour être soignées et l’autre tiers agonise sans recevoir les soins appropriés. Les médecins y observent un important manque d’hygiène dans les locaux, voire de l’insalubrité, une rareté de soins réels, un régime alimentaire insuffisant et l’absence d’antidouleurs. Ce n’est pas un manque d’argent qui est en cause – la Fondation mise sur pied par mère Teresa a amassé des centaines de millions de dollars – mais une conception particulière de la souffrance et de la mort : « Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur sort, à le subir comme la passion du Christ. Le monde gagne beaucoup à leur souffrance », répond-t-elle aux reproches, rapporte le journaliste Christopher Hitchens. Et pourtant, lorsque mère Teresa a eu besoin de soins palliatifs, c’est dans un hôpital américain ultramoderne qu’elle les a reçus. Contact politique douteux et comptabilité obscure Mère Teresa était très généreuse de ses prières, mais plutôt avare des millions de sa fondation au regard des souffrances de l’humanité. Lors des nombreuses inondations majeures en Inde ou lors de l’explosion d’une usine de pesticides à Bhopal, elle offre ses prières ou des médailles de la Sainte Vierge, mais aucune aide directe ou monétaire. Elle n’a pas non plus de scrupules à accepter la Légion d’honneur et une bourse de la part du régime dictatorial des Duvalier en Haïti. C’est par millions que l’argent transitait dans les divers comptes bancaires des MC, mais la plupart des comptes étaient tenus secrets. – – – Pierre Rabhi et le mouvement réactionnaire Les Colibris: L’Anthroposophie avait figuré comme secte dans le rapport 2000 de la MILS (Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes en France) et dans le rapport fait au nom de la Commission d’enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes. Bien que l’Anthroposophie ait été répertoriée comme une secte par les députés, ce classement a ensuite été annulé.

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Jean-Claude Michéa

Ballast, Le Comptoir et Limite sont des fans absolus de Michéa, cet intellectuel réactionnaire défenseur du petit blanc qui se dit inspiré par George Orwell et inspire beaucoup Alain Soral, se définit tantôt comme socialiste, tantôt comme « anarchiste conservateur ». Tout comme Frédéric Lordon, Michéa est obsédé par ce que l’économiste appelle le « jacquattalisme ». Rappelons que la figure de Jacques Attali, tout comme celle de BHL, est une figure-repoussoir tant pour nos « critiques des médias » et nos partisans du repli national de « gauche » que pour les antisémites de tous poils. Un compte YouTube d’extrême droite, Jeremy Z, qui se réclame du Cercle Proudhon, vient de mettre en ligne plusieurs vidéos courtes mais éloquentes de Jean-Claude Michéa. Tous les poncifs utilisés par la droite radicale, mais aussi par toute une partie de la gauche souverainiste, y sont regroupés :

« L’idée que pour devenir un véritable citoyen du monde il faudrait rompre radicalement avec tous les enracinements particuliers qui nous définissent au départ de la vie – l’attachement à des êtres, à un lieu, à un quartier, à une culture, à une langue – est au coeur du système libéral. Il est clair que le Dogon du Mali aura toujours plus de chances de comprendre le berger mongol qu’un cadre du FMI dont le seul horizon culturel c’est la croissance illimitée dans un monde sans frontières. De ce point de vue, l’acte émancipateur pour le libéral c’est la délocalisation. Au fond il faudrait pour que l’humanité ait une chance de devenir une véritable humanité produire à la chaîne des Jacques Attali, transformer l’homme en être attalien qui, comme il s’en vante en permanence, consume sa vie entre deux aéroports avec pour seule patrie un ordinateur portable. C’est un mode de vie hors-sol das un monde sans frontières et de croissance illimitée que la gauche valorise comme le sommet de l’esprit tolérant et ouvert alors qu’il est simplement la façon typique de la classe dominante d’être coupée du peuple. Combien de kérosène coûte la réalisation d’un monde où chacun vivrait en nomade attalien ? »

Subject: MICHEA Jean-Claude - Copyright: HANNAH/Opale - Date: 20070824
Jean-Claude MICHEA – HANNAH/Opale

Et Michéa de reprendre une citation de Rousseau justement mise en avant dans le n°0 de Frustration. Rousseau y critiquait ce qu’il appelait les « cosmopolites » de son temps, ce qui ne peut que plaire à nos réactionnaires, qui ne sont pas à un anachronisme prêt. Le but est ici d’instrumentaliser le philosophe des Lumières pour justifier l’emploi d’un vocable d’extrême droite, puisque « cosmopolitisme » est employé depuis le 19e siècle entre autres pour dénoncer les Juifs : « L’universel, c’est le local dans les murs, nous dit donc Michéa. On n’accède pas à l’universel en détruisant le local et en délocalisant, c’est en abattant les murs qui séparent les cultures locales. Et de ce point de vue, on comprend la mise en garde de Rousseau quand il nous disait : « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin des devoirs qu’ils dédaignent accomplir autour d’eux. Tel philosophe se flatte d’aimer les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins. » Je pense que Rousseau a décrit là quelque chose de fondamental de la mentalité libérale, et notamment de la mentallité des libéraux de gauche et d’extrême gauche. » En fait, ce que défend ici Michéa, c’est « l’ethno-différencialisme », ce racisme new look promu par la Nouvelle Droite et qui consiste à dire que chaque culture doit cultiver ses différences à côté des autres, mais s’en s’y mélanger sous peine de perdre son identité. On retrouve aussi dans ce discours le thème de la « relocalisation » de l’économie, porté par tous les chantres de la « démondialisation », mais aussi par l’extrême droite décroissante, et qu’on retrouve au sein de la commission climat de Nuit Debout.

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Dans une autre vidéo, Michéa s’interroge : « Quelle est la différence aujourd’hui entre un homme de gauche et un homme de droite sur le plan de la politique ? C’est que l’homme de gauche est rallié à l’économie de marché vaguement régulée, et que sa différence électorale il la jouera sur la légalisation des drogues, le mariage homosexuel, ou tel ou tel problème sociétal qui feront le plus grand plaisir des bobos du monde entier, des classes urbaines, sans dire d’ailleurs un mot en général de ces paysans qui composent presque la moitié de la planète et qui sont le grand absent des programmes de la gauche moderne. » S’étonner que la gauche française s’adresse en priorité à la population majoritairement urbaine qui peuple ce pays lorsqu’elle concourt aux élections, voilà qui est… étonnant. Il fallait bien être un génie de la trempe de Michéa pour le découvrir ! Plus grave est sa propension à servir la soupe aux homophobes de tous poils puisque, si on a retrouvé dans une certaine gauche souverainiste l’argument que le mariage pour tous était une mesure servant à masquer une absence de préoccupations sociales du PS, c’était aussi un argument majeur de la Manif pour Tous.

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Slogan anti-« sociétal » de la Manif pour Tous reprenant une imagerie de Mai-68.

Soulignons pour finir que Michéa est l’inventeur du concept de « sans-papiérisme », abondamment utilisé dans la fachosphère pour taper sur les soutiens des migrants.

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Illusions citoyennistes

L’ombre de divers théoriciens plane sur République, en même temps que leurs théories et pratiques fumeuses sont défendues par des nuitdeboutistes. Petit tour d’horizon, qu’on complétera utilement par la lecture de cet article.

Friot ou le projet illuminé d’une crapule stalinienne

Judith Bernard en extase devant Friot : un signe de la pertinence de la pensée du "maître".
Judith Bernard en extase devant Friot : un signe de la pertinence de la pensée du « maître ».

Intellectuel depuis toujours lié au PCF, Bernard Friot militait à l’UEC en Mai-68, alors que le PCF et ses succursales (UEC, Humanité) se sont particulièrement illustrés par leur opposition au mouvement et leur soutien à sa répression, quelques mois après avoir soutenu l’occupation de Prague par les chars soviétiques. En Mai-68, l’UEC scandait « Au boulot les fils à papa » et arrachait et déchirait les drapeaux noirs.

Encore aujourd’hui, l’austère sociologue milite au PCF. Difficile donc de voir en lui un révolutionnaire. De fait, son système de salariat généralisé ressemble beaucoup par certains aspects à celui qui avait cours en Union soviétique, puisqu’il vise in fine à un contrôle total de l’Etat sur l’économie. Il ne peut en tout cas nullement s’agir d’une alternative au capitalisme, mais bien plutôt de la mise en place d’une forme de capitalisme d’Etat.

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Débat Friot/Lordon à la librairie confusionniste Tropiques, connue entre autres pour avoir déjà reçu des partisans de Bachar Al-Assad.
Avec Friot, tous fonctionnaires !

Les théorie loufoques de Friot sont bien significatives d’un argumentaire qui obtient aujourd’hui de plus en plus d’écho dans l’extrême gauche, y compris libertaire : une gestion alternative du capitalisme serait possible. Il suffirait ainsi de repeindre en rouge le salariat pour faire disparaître l’exploitation qui va avec d’un bon coup de baguette magique (et citoyenne)… Allons donc voir ça de plus près. Dans son entretien avec Etienne Chouard en juin 2013, Bernard Friot explique que revendiquer la retraite à 55 ans c’est revendiquer une seconde carrière avec un salaire à vie et pas « du loisir », car on est encore capable de produire à 55 ans. On est « enfin libre de travailler », le sociologue parle même de « bonheur de travailler librement ». Confondant travail au sens marxiste du terme et activités nécessaires à la vie Friot indique que « le travail est une réalité anthropologique décisive dont on ne peut pas être libéré, mais on peut être libéré du marché du travail ». Toujours dans cet entretien, il propose de financer les activités que l’on veut créer pour les retraités et d’organiser collectivement le soutien au travail des retraités. Ainsi, bien plus que le salaire à vie, c’est en fait le travail à vie que Friot semble vouloir instituer.

L'effet concentrationnaire du Capital a fini par produire deux classes irrémédiablement antagonistes, Bernard Friot, lui, veut en réinstaller quatre.

Dans cette société nouvelle (il faut le dire vite), les profits seraient versés comme cotisations servant à alimenter une sorte de caisse de sécurité sociale géante. Celle-ci verserait ensuite de façon inconditionnelle les salaires sont sur une grille de 4 niveaux de 1500 euros à 6000 euros liés au niveau de diplôme. En gros, un prolo niveau bac ou moins, touche 1500 euros, un ou une fonctionnaire à Bac +3 touche 3000 euros, une titulaire de master 2 est à 4500 euros et un docteur ou universitaire touche 6000 euros et comme par hasard Friot est prof de fac. Toujours bien pratique de s’inventer une nouvelle société sur mesure!
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Ces niveaux de qualifications seraient attribués par des sortes de commissions bureaucratiques, qui de fait auraient le pouvoir énorme de classer la population en une des 4 catégories.
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Du coup, dans ce système, il suffit d’avoir des diplômes pour gagner 3 ou 4 fois plus qu’un prolo de base, et en général les plus diplômés ne sont pas les fils de cantonniers ou les filles de mineurs, mais plutôt issus des couches supérieures les plus riches et diplômées. Dans la société capitaliste, le Capital permet à une classe minoritaire d’exploiter la classe majoritaire, dans la société de Friot… c’est pareil!

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Rencontre entre Etienne Chouard et Bernard Friot, juin 2013

Le 7 avril, Radio Debout a justement inauguré son antenne avec le Réseau Salariat, ce fan-club de Bernard Friot, entièrement dédié au culte du maître et de sa pensée. On a pu y entendre que « l’emploi empêche le travail », travail qu’il s’agit donc de sauver en le « libérant » (comment ? Ce n’est pas clair) de la contrainte de l’emploi (ou marché du travail). Face au problème des étudiants contraints de travailler pour payer leurs études (et qui travaillent souvent au détriment de ces dernières), il a été proposé de manière assez confuse à l’antenne de les « libérer de l’emploi » pour qu’enfin ils pissent vraiment travailler (étudier ?). de fait, l’idéologie friotiste est une idéologie moraliste, qui prône le travail plutôt que l’oisiveté, le travail comme vecteur de liberté.

A République, on aime le travail ! C'est la finance qu'on aime po. D'un côté une gentille économie réelle et de l'autre une méchante économie "financiarisee". D'un côté le travail, les cadres et les patrons, le peuple quoi, et de l'autre le méchant capitalisme de Tafta et de Bruxelles. Toi aussi, apprend le catéchisme qui te maintiendra en vie, les dents blanches et le poil soyeux.
A République, on aime le travail ! C’est la finance qu’on aime po. D’un côté une gentille économie réelle et de l’autre une méchante économie « financiarisee ». D’un côté le travail, les cadres et les patrons, le peuple quoi, et de l’autre le méchant capitalisme de Tafta et de Bruxelles. Toi aussi, apprend le catéchisme qui t’offrira… l’espoir.

Friot appelle sa proposition « le passage de la convention capitaliste à la convention salariale », car pour lui, le capitalisme est une convention sociale, pas un mode de production. Cette formule est un peu difficile à traiter sérieusement parce qu’elle semble vouloir dire que le capitalisme, c’est comme le système métrique : quelque chose qui à été institué à un moment donné, et qu’on peut rectifier pour le rendre plus efficace, par le biais de décret.

Pour citer un extrait de son livre L’enjeu du salaire :

« Toutes les institutions sont des conventions car elles sont le fruit de rapports sociaux ; ce sont des constructions sociales en permanence travaillée pragmatiquement par ces rapports et qu’une action collective peut faire évoluer dans un sens délibéré politiquement. »

C’est peut-être ici que l’on peut comprendre un des problèmes central du raisonnement de Friot : Le capitalisme n’est pas une convention. C’est un mode de production. La valeur possède une existence réelle, bien que nous sommes d’accord pour dire qu’elle n’a rien de naturelle ( voir à ce sujet les notions qu’est ce que la valeur & la force de travail). Certes elle est issue d’un développement social et historique, mais c’est la base du système capitaliste : pour la supprimer, il faut en finir radicalement avec ce système.

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L’arnaque du Revenu de base, une autre idéologie du travail

Revenu_de_base_arnaque_Les_EnragésConcurrentes du salaire à vie friotiste, les revendications pour un revenu de base (ou revenu universel, ou encore revenu inconditionnel ou garanti) ont elles aussi leur place à Nuit Debout, où chaque option est discutée pour savoir laquelle serait la « meilleure ». Pourtant, si de prime abord cette idée peut elle aussi paraître séduisante, il s’agit là encore d’une arnaque.

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L’ultra libéral Alain Madelin, ancien du groupuscule d’extrême droite Occident, pose la question du Revenu de base.

Tout d’abord, tous les libertaires qui relaient les analyses des partisans de ce type d’allocation devraient s’interroger : pourquoi en Finlande c’est un gouvernement d’extrême droite, de conservateurs et de libéraux qui entend le mettre en place ? Pourquoi l’idée est-elle si populaire chez les libéraux de tous poils, des Verts (ardents promoteurs du concept un peu partout en Europe) aux pires libertariens ? Même Christine Boutin, Alain Madelin ou Debout la France sont séduits par l’idée, tandis que Manuel Valls veut qu’il soit débattu en vue de 2017.

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Dominique de Villepin parle quant à lui d’un « revenu citoyen » qui, contrairement aux autres formules, ne serait pas délivré sans condition mais en échange de fourniture de travail gratuit.

Pourquoi en France, ce sont deux députés des partis majoritaires, Delphine Batho (PS) et Frédéric Lefebvre (LR) qui ont vainement tenté en janvier dernier de faire passer l’idée à travers trois amendements au projet de loi sur la République Numérique ?

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C’est qu’en accordant un revenu universel, tous espèrent faire des économies sur le reste de la protection sociale. Il serait ainsi mis fin à la sécurité sociale, à la retraite par répartition, voire aux allocations chômage, chacun étant responsable de la gestion de son portefeuille entre loyer, nourriture et frais de santé. Notons cependant que si allocation semble mériter d’être maintenue, c’est justement la seule qui bénéficie aux rentiers, à savoir l’allocation logement.

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La crise du logement – à laquelle la presse de nos jours porte une si grande attention -, ne réside pas dans le fait universel que la classe ouvrière est mal logée, et vit dans des logis surpeuplés et malsains. Cette crise du logement-là n’est pas une particularité du moment présent; elle n’est pas même un de ces maux qui soit propre au prolétariat moderne, et le distinguerait de toutes les classes opprimées qui l’ont précédé; bien au contraire, toutes les classes opprimées de tous les temps en ont été à peu près également touchées. Pour mettre fin à cette crise du logement, il n’y a qu’un moyen : éliminer purement et simplement l’exploitation et l’oppression de la classe laborieuse par la classe dominante. Ce qu’on entend de nos jours par crise du logement, c’est l’aggravation particulière des mauvaises conditions d’habitation des travailleurs par suite du brusque afflux de la population vers les grandes villes; c’est une énorme augmentation des loyers; un entassement encore accru de locataires dans chaque maison et pour quelques-uns l’impossibilité de trouver même à se loger. Et si cette crise du logement fait tant parler d’elle, c’est qu’elle n’est pas limitée à la classe ouvrière, mais qu’elle atteint également la petite bourgeoisie. La crise du logement pour les travailleurs et une partie de la petite bourgeoisie dans nos grandes villes modernes n’est pas un des innombrables maux d’importance mineure et secondaire qui résultent de l’actuel mode de production capitaliste. Elle est une conséquence directe de l’exploitation du travailleur, en tant que tel, par le capitalisme. Cette exploitation est le mal fondamental que la révolution sociale veut abolir en supprimant le mode de production capitaliste. La pierre angulaire de cette production capitaliste est constituée par le fait que notre organisation actuelle de la société permet aux capitalistes d’acheter à sa valeur la force de travail de l’ouvrier, mais d’en tirer beaucoup plus que sa valeur, en faisant travailler l’ouvrier plus longtemps qu’il n’est nécessaire pour retrouver le prix payé pour cette force de travail. La plus-value créée de cette manière est répartie entre tous les membres de la classe des capitalistes et des propriétaires fonciers et entre leurs serviteurs appointés. Frédéric Engels, La question du logement, 1872

A ce titre, il est aisé d’imaginer les désavantages d’une telle allocation, même si elle était fixée au niveau du Smic. En effet, comment avec une telle somme sera-t-il possible de faire face à des dépenses de santé un peu conséquentes et plus globalement à certains aléas de la vie coûteux ? Qui nous dit que les éventuels avantages d’un tel revenu ne seront pas très vite absorbés par une hausse des prix qui surviendrait en conséquence, notamment au niveau des loyers ?

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C’est que derrière ce revenu, c’est encore l’idéologie du travail qu’il s’agit de défendre. Ne comptez pas vous tourner les pouces !

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Il vous faudra forcément compléter ce revenu pour pouvoir vivre et non vous contenter de survivre. D’ailleurs, il n’est en fait pas question d’un revenu élevé. Bien souvent, c’est autour de 600 ou 700 euros qu’il est estimé, mais au micro de John Paul Lepers sur Arte le 31 janvier dernier, un ultra-libéral français, Gaspard Koenig, proposait de fixer cette allocation à… 450 euros par mois, soit moins que le RSA actuel ! Une proposition d’ailleurs portée par son organisation, Génération libre.

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Une petite visite sur le site du Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) suffit à se rendre compte qu’en fait ce projet ne vise une fois encore qu’à nous faire travailler plus, pour le plus grand bénéfice du capital. Ainsi, parmi les avantages évoqués du système, est citée « la suppression des trappes à inactivité », soit l’idée selon laquelle les allocataires de minima sociaux ne seraient pas incités à reprendre un emploi en d’un certain seuil de salaire. Car en plus, ces paresseux veulent tirer profit de leur travail et refusent de bosser pour rien ! On ne voit pas ceci dit en quoi le revenu universel permettrait de réduire un tel phénomène, mais c’est l’intention qui compte…

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En réponse aux objections moralisatrices sur le revenu de base, la principale étant qu’il serait une incitation à la paresse, le Mouvement français pour un revenu de base tient à se défendre avec force. Au final, il s’agit de répondre à la demande des entreprises en main d’œuvre toujours plus précaire : « En effet, les entreprises ont davantage besoin de capital humain flexible, variable et toujours renouvelé pour s’adapter à une demande mouvante. Il faudra donc apprendre plusieurs métiers dans sa vie pour dynamiser en permanence ses compétences. C’est ainsi que, quel que soit le niveau de l’activité économique, le travail, comme on le constate déjà aujourd’hui, deviendra de plus en plus intermittent, voire précaire, et les périodes d’emploi alterneront avec des phases d’inactivité ou de formation. Il faut donc rompre le lien trop strict emploi revenu, qui aliène l’homme au salariat et l’enferme dans ses contradictions : de-voir travailler de façon quasi continue, alors qu’il devra en permanence affronter le changement. De toute façon, la régularité d’un revenu déconnecté du travail est des plus utile pour celui dont le travail est mal rémunéré et peu assuré. » Dans ces conditions, on peut aussi se demander ce que deviendront l’action syndicale, le droit de grève, etc. Ne risquent-ils pas d’être totalement délégitimés ?

Visuel utilisé par le MFRB pour promouvoir son idéologie du travail.
Visuel utilisé par le MFRB pour promouvoir son idéologie du travail. Mais pourquoi travaillerait-on, si l’argent n’est plus une nécessité ?

A cette autre critique réactionnaire qui voudrait que cette allocation soit accordée sans contrepartie, le MFRB répond par une autre proposition réactionnaire : « Cela étant, rien n’interdit de l’assortir d’un service civique ». Quant à ceux qui opposeraient que « distribuer à tous une somme aussi modique ne peut permettre aux plus démunis de vivre dignement », le MFRB le reconnaît, mais c’est le « pragmatisme » qui l’emporte dans son esprit : « C’est exact, mais allouer une somme relativement modique croissant avec l’augmentation du PIB :
– est financièrement réaliste, donc immédiatement réalisable (cf. plan de financement) et sûr à long terme – promettre trop, tout de suite, amène à différer indéfiniment toute réforme –
– lève la plupart des objections sur la démotivation au travail
– par là même, exclut des comportements irresponsables
– n’interdit nullement toute évolution ultérieure en fonction des circonstances
– en outre, l’assurance chômage maintenue, complète le dispositif »

En fait, reconnaît le MFRB, « quel que soit son mode de calcul, le montant du revenu inconditionnel reste modeste. Il assure seulement à son bénéficiaire la possibilité de ne pas vivre dans la misère. Il sera donc tout naturellement incité à travailler pour augmenter ses revenus et jouir d’un meilleur train de vie. » Qu’est-ce que la misère, sachant qu’il est dit dans le même texte qu’un tel revenu ne permettrait pas aux plus démunis de vivre dignement ?

Dans ses réponses aux critiques, le MFRB ne cesse d’utiliser un vocabulaire de droite. Ainsi, on apprend qu’ « opérer une distinction entre les riches et les pauvres nous ramène à une logique d’assistanat […]. » Et de répéter : « Le revenu inconditionnel ne répond pas en soi au problème du chômage, car il s’inscrit dans une toute autre perspective. Il ne dispense pas chacun de chercher à travailler pour améliorer son train de vie. […] Contrairement à certaines affirmations, le revenu inconditionnel ne se substitue pas au revenu du travail; il vient seulement, en complément, pour assurer à chacun un minimum de sécurité. » En somme, il s’agit au mieux d’une sorte de RSA amélioré, mais sans les compléments indispensables en matière de protection sociale et notamment de santé gratuite : une arnaque, quoi, surtout quand on sait que déjà dans le système actuel, ce sont les plus pauvres qui se soignent le moins et qui ont la plus courte espérance de vie. De manière assez confuse, le MFRB explique que « ce projet utopiste ne va pas dans le sens des propositions de lutte contre la précarité. Effectivement ce projet novateur s’éloigne de la pensée dominante du moment qui privilégie l’assistanat. Il préfère agir sur les causes de la précarité que la soulager. » Le problème, c’est que si le revenu universel n’a pas vocation à « soulager » la précarité, on voit mal cependant comment il « agirait sur les causes ». De fait, avec un tel système, la précarité a encore de très beaux jours devant elle…

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Le MFRB prétend que la mise en place d’un revenu de base permettra à ceux qui ne demandent pas le RSA d’avoir accès à cette allocation, et de supprimer les contrôles sur les allocataires. C’est sans doute vrai, mais la non-automaticité du RSA (qu’il faut demander) et les contrôles sont des choix politiques sur lesquels il devrait être tout à fait possible de revenir sans pour autant mettre en place un système de revenu universel. On ne peut d’ailleurs qu’être inquiets à ce titre de la volonté du gouvernement de mettre en place un revenu minimum qui serait la fusion de dix minimas sociaux actuellement existants, étape intermédiaire vers un éventuel revenu universel. Si le RSA serait ainsi ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans, que vont devenir les minimas les plus élevés ? car on peut penser que l’alignement ne se fera pas par le haut… Enfin, même avec un revenu de base réellement universel, on voit mal comment un tel système pourra mettre fin au flicage plus généralisé des pauvres et à leur stigmatisation. Bien au contraire d’ailleurs, puisque l’idéologie du travail en sortira probablement encore renforcée !

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Rudy Duboille (Le Journal du Siècle), partage un autre promoteur du revenu de base, le ministre de l’économie débarqué du gouvernement Syriza.

Mais le revenu universel est aussi une mesure qui menace directement les femmes : « On choisit de travailler ou pas. Mais comme simultanément on remet à l’honneur des valeurs un peu oubliées comme l’attention et l’aide aux autres ils serait bien surprenant qu’un grand nombre d’inactifs ne s’y intéressent pas, car il leur faut un espace de sécurité pour qu’elles puissent s’exercer. Cet espace le revenu inconditionnel le donne : il est le don de tous à tous. » En somme, il s’agit de maintenir ou développer une sphère largement occupée par les femmes, que ce soit de manière rémunérée ou non : les services à la personnes et les travaux domestiques, sphère qui avec la suppression du système de sécurité sociale ne va pouvoir que s’accroître, au détriment des concernées. D’ailleurs, rien dans les écrits des partisans du revenu de base ne laisse présager de la moindre sensibilité aux problématique féministes ou à la lutte contre les discriminations.

Enfin, notons que dans un article ne date du 10 décembre 2013, le MFRB s’est réjoui de la soi-disant mise en place par la dictature iranienne d’un revenu de base suite à la suppression des subventions publiques aux produits de base, réforme qui depuis 2010 a pourtant plongé des dizaines de milliers de personnes dans la précarité et avait à l’époque été vivement contestée.

Les effets pervers du revenu de base

L’allocation universelle contre la protection sociale

La réhabilitation de l’État, le revenu garanti et tutti quanti

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Derrière le hashtag #OnVautMieuxQueCa : le travail, encore.

Depuis l’avènement du militantisme 2.0, impossible de couper à la mode des hashtags, ces mots-clés effets de mode qui permettent du « buzzer » sur Twitter. Ainsi, c’est sûrement sous le mot d’ordre #OnVautMieuxQueCa qu’on se souviendra de Nuit Debout. Mais que sous-entend une telle affirmation ? Laissons la parole à Radio Vosstanie, qui l’a bien expliqué sur son site :

« Je ne peux manquer de constater ce cœur à l’ouvrage et cette volonté de sur-jouer l’intérêt pour le travail où l’on feint pour certain de s’intéresser à ce que l’on fait pour chasser l’ennui, conjurer le stress et se prouver que l’on “vaut” quelque chose.

Cette “valeur”, ce désir de reconnaissance que nous cherchons, c’est aussi se dire peut-être que l’#onvautmieux que ça ? “souhait” dicté par le fait que le travail n’est que le seul biais par lequel on puisse l’exprimer, s’exprimer, s’insérer et être aux Autres comme pour soi, une marchandise qui se “valorise” et aura encore plus de chance dans le futur de se vendre. Il ne reste plus qu’à s’acheter de la “valeur” des qualités, ce qui nous permettra de prolonger le simulacre et la simulation.

Que la réponse de masse à la “loi travail” se fasse sous le signe de sa propre “valeur” ou du “mérite” indique donc que c’est sur deux fronts qu’il s’agit d’opérer une critique communiste forte:

– Celle de l’idéologie du travail qu’il nous faut reprendre non pas sous la bannière d’une pose petite-bourgeoise. Celle qui consiste à ne pas vouloir « bosser » (1) grâce à l’argent de papa ! Et qui fait de son éthique individuelle et slogan a-historique une pratique qui bien souvent se transforme en une morale aristocratique gonflée de morgue et bien vite dégonflée par le retour du réel… Rien de possible si l’on ne pense pas à se débarrasser du Travail de manière historique. Du travail aliéné, séparé, soumis. Dont on ne peut rien garder y compris dans ses aspects les plus sociaux ou les plus “constructifs” tant il est lié à la logique d’accumulation et à la socialisation marchande.

– De l’idéologie du “mérite” et de ce qu’elle sous-entend en négatif à savoir que certains ne “mériteraient pas” parce qu’ils seraient, non solvables non “utilisables” non rentables. La logique du “déchet” encombrant et à évacuer n’est jamais loin. Il se trouvera peut-être quelque vert-rouge-brun-orange pour nous re-vendre de “l’inutile” à recycler pour alimenter de manière rédemptrice la boucle marchande sans l’interroger jusqu’au bout.

Non merci!” peut-on lire ici et là à propos de cette “Loi travail” accompagné du hashtag qui lui est accolé et qui contracte ces deux mots en un seul, qui porte en lui une signification assez intéressante. Le travail c’est bien la grande domestication humaine qui impose son ordre, sa Loi. Le rapport social porte en lui une Loi. La Loi c’est le Travail, Le Travail c’est la Loi. Il nous faudra donc nous débarrasser des deux sous peine que l’un ne vienne systématiquement convoquer l’autre. Il ne sera pas superflu de le rappeler surtout quand on nous dit déjà que la « Liberté » (de consommer) c’est le Travail, pour nous éviter d’entendre ensuite que le Travail c’est la Liberté. »

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Monnaies locales : « Argent trop cher, la vie n’a pas de prix »

On connaissait les Sel, ces fausses alternatives qui comme dans le cadre du capitalisme échangent du temps de travail sous forme d’équivalent monétaire. Depuis quelques années, ce sont les monnaies locales qui sont en plein essor, souvent impulsées par des collectivités locales. Nuit Debout ne pouvait donc manquer d’avoir une commission à y consacrer. Or, l’alternative est ici encore plus foutraque que celle des Sels, puisque les monnaies en question, qu’on peut dépenser dans des magasins bio et autres hauts lieux altéreux, sont axées sur le cour de l’euro et convertibles dans la monnaie dominante. Elle font aussi le bonheur du Crédit coopératif et de la banque anthroposophique la Nef, chez qui sont hébergés les comptes des associations gérantes (pour 10 000 unités de ces monnaies en circulation, 10 000 euros sont en banque en guise de provision).

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Franck Lepage, le rééducateur citoyenniste populaire

Avec ses « conférences gesticulées » et sa conception de l’éducation populaire, Franck Lepage fait de nombreuses émules, y compris à Nuit Debout. Mais que valent ses théories ?

Lepage, nouveau gourou mystique du démocratisme radical ?
Lepage, nouveau gourou du démocratisme radical ?

Dans son spectacle le plus célèbre, Franck Lepage nous invite à revisiter les différents choix éducatifs qui ont pu être faits à l’origine des premiers balbutiements de « l’école républicaine ». Ce qu’il ressort de cette séquence, c’est que finalement, tout ce serait joué là, comme si finalement, l’école avait ce jour-là choisi un mauvais aiguillage et que nous en payions depuis lors les conséquences. Ce que son public retient de son spectacle est résumé dans cette intervention, qui est celle d’un simple amateur de Franck Lepage : « Mais si je ne me trompe, cette notion était dans le projet d’école de la République porté par Condorcet pendant la Révolution. Un autre projet, rédigé par Saint Fargeau et présenté par Robespierre à la Convention, proposait une école publique bien plus égalitaire. Condorcet a gagné.« 

Comme toujours, c’est un peu plus compliqué que ça. Le projet de Le Peletier de Saint-Fargeau. est présenté en complément de celui de Condorcet et non en alternative à ce dernier. Condorcet entendait placer l’exercice libre de la Raison au dessus de tout, gage de la constitution de citoyens émancipés, notamment des croyances. Le Peletier de Saint-Fargeau complète la vision de l’instruction par une focalisation sur l’éducation. Les citoyens doivent être conditionnés dès leur plus jeune âge à la défense inébranlable de la Loi, qu’ils doivent placer au dessus de tout.

Condorcet entendait former des républicains émancipés, tandis que le marquis de Saint-Fargeau entendait lui faire des soldats citoyens de la République, sur le modèle de celui de Sparte. Franck Lepage ne rend pas grâce à Condorcet, pourtant, c’était bel et bien son projet qui est le plus ambitieux.

2012 : Franck Lepage participe à l'élaboration d'un programme d' "Altergouverenement" avec Paul Ariès, Jean-Baptiste Eyraud du Dal, Susan George, Jean-Marie Harribey, le couple Pinçon-Charlot, Jacques Testart...
2012 : Franck Lepage participe à l’élaboration d’un programme d’ « Altergouverenement » avec Paul Ariès, Jean-Baptiste Eyraud du Dal, Susan George, Jean-Marie Harribey, le couple Pinçon-Charlot, Jacques Testart…

Autre sujet de prédilection pour Lepage : le salaire à vie de Bernard Friot. Mais proposer une perspective d’avenir en se contentant de regarder dans le rétroviseur des Trente Glorieuses, sans s’attaquer au salariat, sans s’attaquer à la stratification sociale portée par la Doctrine Sociale de l’Eglise (et non par Condorcet), c’est finalement nous emmener vers une croyance, celle que l’Etat serait en capacité d’offrir ce que la bourgeoisie ne consent plus à nous offrir. C’est faire la négation de l’absence de neutralité de l’Etat en plaçant ses espoirs dans une institution garante de l’inégalité sociale, promue comme capable de résorber une crise systémique produite par un système au service de la classe possédante et dont l’Etat n’est qu’un outil servile.

C’est une vision du monde qui est totalement anachronique au regard de la phase actuelle sur laquelle se situe le capitalisme, qui n’est plus du tout dans une logique de compromis historique mais au contraire d’appétit sans limite!

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Franck Lepage a dit beaucoup de bêtises ces deux dernières années, notamment en ce qui concerne son ami Chouard, avec qui il faisait du parapente.

Pour Lepage et pour beaucoup d’autres soutiens du « chercheur en cause des causes », le seul problème de Chouard serait qu’il diffuse en liens des éléments provenant du site fasciste Egalité&Réconciliation, animé par Alain Soral, ancien du Comité national du FN et qui en est resté un soutien actif. Franck Lepage se révèle d’ailleurs incapable de qualifier Alain Soral de ce qu’il est, un fasciste, qui se revendique lui-même du national-socialisme!

Pour ces réformistes chancelants, Alain Soral serait ainsi ce douanier de l'extrême droite. Juste avant Soral, ce serait bon, juste après, ce serait plus bon. 
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Authentique tapis rouge déroulé à Etienne Chouard à l’occasion de son passage sur le site à péage arrêt sur images à l’été 2013, alors que son positionnement politique était déjà largement connu.

Selon Lepage, Chouard reste « un type gentil, c’est aberrant qu’il se prenne les antifas sur la gueule. […] En même temps, ce que fait Etienne Chouard c’est magnifique ! Ce qu’il a fait avec le traité constitutionnel de 2005, puis sur le tirage au sort, puis sur les ateliers constituants. […] Ça c’est de l’éducation populaire ! Moi je tire mon chapeau à Etienne » a-t-il déclaré à l’occasion de l’émission de radio « Nager entre deux chaises » diffusée sur Radio Primitivi en février 2014.

Oublié le Chouard se situant dans une démarche narcissique et autocentrée, récitant ses inepties de garçon de messe dégoulinant de niaiserie sincère et surtout tête de pont de toutes les extrêmes droites ! Lepage loue donc le « travail » d’Etienne Chouard, qu’il prétend être collectif en ce qui concerne la rédaction de la Constitution qu’il tente d’élaborer, à la manière d’un puits sans fond, avec l’aide de son petit nuage néofasciste. Or, les Constitutions ne sauraient s’écrire « à vide », hors de tout rapport de force social.

Chouard, ce n'est pas seulement du confusionnisme, c'est aussi et surtout une immense perte de temps.

Cette attitude de Franck Lepage est totalement irresponsable. Comment est-il possible de faire une telle erreur ?

Mais en même temps, est-ce vraiment une erreur, venant de quelqu’un qui, pourtant mis en garde par des camarades, a toujours refusé de retirer du site de son ancienne Scop Le Pavé des liens « amis » vers le site d’Etienne Chouard justement, mais aussi vers des sites et vidéos complotistes mettant à l’honneur des films conspirationnistes comme « L’Argent dette », vers AgoraVox, plateforme quasi-totalement irradiée par la fachosphère ou le site rouge-brun Le Grand Soir mais aussi vers une « quand même bluffante vidéo du très controversé Thierry Meyssan sur les liens supposés entre Sarkozy et la CIA. A voir pour se faire une idée. On y apprend des trucs » ?

Franck Lepage (en bas) en une du magazine de Pierre Rabhi Kaizen.
Franck Lepage (en bas) en une du site du magazine de Pierre Rabhi Kaizen.
Chouard parle "avec tout le monde", oui, il parle avec tout le monde de l'extrême droite.

On ne discute pas avec les fascistes. Que Lepage fasse du parapente avec Chouard, c’est très bien, le plus souvent possible et par tout temps, grand bien leur fasse. Mais entrevoir, publiquement, des qualités au « travail » de Chouard, c’est proprement crapuleux!

Lepage est un réformiste, qui a largement mouillé dans les institutions étatiques. Il présente par exemple à Marie-George Buffet en 2000 (gouvernement Jospin, DSK, Mélenchon) un rapport sur l’accès à la culture qui sera soigneusement enterré par cette anticommuniste du PCF.

On retrouve chez Lepage le même fantasme militant qui serait celui de « convaincre » les électeurs du FN que le nationalisme de gauche serait plus raisonnable que le nationalisme de droite, un peu comme si réformistes citoyennistes et fascistes partageaient le même « public » et devaient conquérir en son sein des parts de marché au détriment de l’autre camp. Ecoutons Franck Lepage, toujours dans l’émission de radio de février 2014 :
« – Mais avec ses approximations, il convainc. J’imagine que les gens qui regardent Soral, vous préfèreriez qu’ils aillent voir les gens du Pavé ?
– C’est clair…
– Est-ce que vous cherchez un moyen pour qu’ils n’aillent pas écouter que Soral…

– Pour l’instant, on est très jeunes. On n’a que quelques années. On s’est surtout attaché à travailler avec les intermédiaires, autrement dit, les travailleurs sociaux. On a peu d’interventions avec les populations en direct. Et qui la paierait ? Sauf à le faire bénévolement. On a ce problème constant de dire : est-ce qu’il faut s’adresser directement aux gens ou est-ce qu’il faut qu’on arrive à emmener à gauche des travailleurs sociaux, des cadres intermédiaires, des gens qui s’imaginent que l’insertion ça sert à quelque chose. Pour l’instant, on est plutôt sur cette option là. Il nous arrive d’avoir des actions en direct avec des gens, mais c’est avec le CCAS d’EDF, dans des camps de vacances. »

Ainsi Lepage reconnaît lui-même que son « éducation populaire » s’adresse e fait à une petite catégorie de privilégiés disposant déjà du capital culturel nécessaire pour le comprendre. Le dialogue Lepage/Chouard, c’est finalement un dialogue entre deux petites bourgeoisies, précisément celles qui s’entrechoquent à Nuit Debout, une petite bourgeoisie réformiste et une petite bourgeoisie réactionnaire que la crise du capitalisme propulse à l’extrême droite. Car Chouard, issu d’une famille de notables catholiques pratiquants ne fera jamais la Révolution avec nous.

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A celles et ceux qui voudraient encore trouver des excuses à Lepage, interrogez-vous : pourquoi cette interview du baladin citoyenniste a circulé autant dans la sphère conspirationniste et d’extrême droite? Pourquoi l’extrême droite a pu finalement lever bien haut la tête de Lepage comme un trophée pris à « l’ennemi » ? Est-ce par son incapacité à dire clairement que Soral est un fasciste ? Est-ce parce qu’il salue le « travail » de Chouard ?

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Petit aparté…

Certains le concéderont : « les lignes bougent ». Nous ne partageons pas ce constat. Les lignes s’estompent, disparaissent. Elles cèdent sous les assauts inlassables de l’extrême droite. Pendant que les révolutionnaires/anticapitalistes en sont à inviter des militants plébiscités par l’extrême droite portant des théories fumeuses de droite pour s’interroger si une théorie fumeuse de droite est anticapitaliste ou révolutionnaire, les néo-droitiers et leurs rejetons se frottent les mains.

Combien de Chouard va-t-il falloir avant le déclic ? Comme pour Chouard, va-t-il falloir taper pendant deux ans à temps plein sur chaque guignol pour que les révolutionnaires/anticapitalistes comprennent qu’un type qui porte une théorie de droite plébiscitée par l’extrême droite n’est ni révolutionnaire ni anticapitaliste ?

Janvier 2014 : le « secteur vidéo » de la CNT du 33 met en ligne « Friot, Mylondo, Husson : débat sur le « revenu de base ». Un commentaire : « La CNT entre dans l’ère de l’accompagnement du capitalisme à la sauce Attac en faisant la promo de types qui n’ont aucuns scrupules à bosser avec des soraliens ou autres fascistes ? Pauvre de nous… » Réponse du lendemain : « On diffuse ce truc mais on ne cautionne ni les intervenants, ni leurs égarements éventuels et ça n’engage pas la CNT » Un peu facile… Les merdes altercapitalistes portées par Attac, ça fait près de 20 ans que la farce est connue et Friot grenouillait déjà avec des crevures. La CNT vidéo doit vivre dans une autre dimension.

Mai 2015 : Friot est intervenant au festival de la CNT. (Nous allons mettre de côté la présence des chouardiens tendance new-age qui reçoivent chez eux à Saillans E&R-TV avec bonheur, la présence de Lordon ou de ce « professeur de sociologie à Paris X » contributeur régulier à la revue du MAUSS (!)).

Décembre 2015 : Friot sert sa soupe dans un « cercle » néo-droitier, le Cercle Kairos, précédant Thibault Isabel, néo-droitier (Krisis, etc…) dont la promo est assurée par… la revue d’extrême droite Eléments.

Janvier 2016 : Interview d’un militant de la CNT par Kévin Boucaud Victoire pour la revue néo-droitière Le Comptoir.

Février 2016 : Le secteur vidéo de la CNT assure la promo du film de Ruffin et Fakir « Merci Patron!« . Fakir. Cette revue nationaliste de gauche qui déteste les antifascistes qui ont tapé sur Chouard, Lordon et les autres. Pincez-moi je rêve.

Quelle sera la prochaine étape ? Eléments au festoche de la CNT ? Eléments faisant la promo du festoche de la CNT ?

A l’époque du cas Chouard, la poignée d’antifascistes qui s’y sont collés furent taxés de sectaires, d’illuminés ou de militants de clavier. 2 ans. Il a fallu 2 ans pour que le « milieu » admette que Chouard est un fumier. Combien de temps pour comprendre le problème avec les Friot, les Lordon et les autres ??? Combien temps pour que les révolutionnaires/anticapitalistes comprennent qu’en grenouillant avec les nationalistes, les antisémites, les complotistes, les rejetons de la Nouvelle Droite, ils ne font que légitimer et servir la soupe aux nationalistes, aux antisémites, aux complotistes, aux rejetons de la Nouvelle Droite ?

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David Graeber, le messie anti-dette à la diète

L’anthropologue David Graeber, ancienne figure de proue d’Occupy Wall Street qui a rendu visite à Nuit Debout, se présente et est présenté comme un penseur libertaire par les fans de radicalité à peu de compte. Or, rien n’est plus faux. Si nous ne jugerons pas des travaux anthropologiques de Graeber, en revanche, ses analyses du système capitaliste sont tout sauf anarchistes. Une longue interview publiée dans le journal catho de centre gauche Télérama en octobre dernier nous offre quelques pistes.

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Tout d’abord, Graeber, dans son dernier livre, analyse le capitalisme à travers la lorgnette de la bureaucratie. En gros, il soutient que tout marcherait mieux si les grandes entreprises n’avaient pas un système bureaucratique digne de l’Union soviétique. C’est que Graeber a des problèmes de prolétaire à résoudre :  » J’ai appelé ma banque l’autre jour, pour lui demander de lever une fonction de sécurité qui m’empêche d’accéder à mes comptes depuis l’étranger. J’ai passé quarante minutes au téléphone avec différents interlocuteurs pour résoudre le problème — en vain. Imbroglio bureaucratique classique, mais cette fois dans le cadre d’une entreprise privée ! Quand j’ai demandé : « Comment est-il possible qu’un simple changement d’adresse puisse dévorer quarante minutes de ma journée — et de la vôtre — sans trouver de solution ? », on m’a répondu que c’était la faute des régulations imposées par le gouvernement. Mais la séparation entre le « public » et le « ­privé » est-elle si tranchée aujourd’hui ? D’une part, le public est de plus en plus organisé comme un business et, d’autre part, le marché privé se réfère à des règles émises par les gouvernements. Mais surtout, aux Etats-Unis, les lois définissant les règles du marché sont toutes le résultat d’un lobbying exercé par les entreprises sur les députés. Mon banquier a donc tort de se plaindre : il est co­responsable de mes problèmes de bureaucratie. »

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« Il est décidément très fort ce Graeber… » Jésus

Graeber est aussi un anticommuniste primaire : pour lui, l’idéal socialiste n’est pas atteignable et conduit forcément au goulag : « L’objection la plus commune adressée au modèle socialiste, c’est sa dimension utopique. Les marxistes imaginent une version idéalisée de la vie et demandent aux êtres humains d’être à la hauteur de cet idéal… impossible à atteindre ! Obstinés, les régimes socialistes imposent des règles de conduite à la population. Quand des individus y dérogent, plutôt que de reconnaître que les règles sont mauvaises, le régime déclare que tout le mal vient des hommes et les envoie au ­goulag. Méchant défaut dans la cuirasse du projet socialiste… « 

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David Graeber offrant ici une interview à RT, anciennement Russia Today, la chaîne propagandiste de Moscou.

Dans la même interview, Graeber admet que son analyse de la crise de 2008 relève de la théorie du complot. Avec lui, plus de système capitaliste, mais des groupes et des individus qui se mettent d’accord pour sauver les banques. Plutôt que de nous parler de défense de ses intérêts de classe par la classe dominante, Graeber préfère nous vendre une fable à base d’entente plus ou moins secrète, plus ou moins assumée, entre « lobbyistes » et « politiciens » : « Ces hommes et femmes politiques votent des lois mille fois plus favorables aux banques qu’à leurs clients — au point que les Américains reversent plus d’argent, aujourd’hui, à Wall Street qu’au fisc. » La lutte de classes se joue désormais entre les banques et leurs clients. Brillant !

Graeber a aussi de grandes idées sur la technologie. Il semble très déçu que, s’agissant de la conquête spatiale, « nous n’avons pas été capables de réa­liser nos rêves, alors que nous les savions à notre portée », comme si la conquête spatiale était une affaire de rêve collectif que tout un chacun pourrait s’approprier, et non avant tout une affaire de gros sous, de prestige national et de recherche d’une forme de suprématie militaire. Graeber aurait préféré avoir des robots plutôt que des médicaments et un accès facilité à l’information : « la recherche fondamentale aux Etats-Unis reste largement financée par le gouvernement, qui a décidé de lui-même de réorienter ses crédits vers les technologies mé­dicales et celles de l’information. Voilà comment, quarante-cinq ans après Apollo 11, on n’est toujours pas ­fichus de créer un robot avec qui discuter, ou au moins capable de faire tout ce qui pourrait améliorer le quotidien d’une personne physiquement dépendante. » C’est là typiquement un rêve d’enfant gâté : où est l’analyse de classe là-dedans ?

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Mais la perle de cette interview réside sûrement dans cette affirmation, qui lui a donné son titre : « nous pourrions bien, aujourd’hui, être déjà sortis du capitalisme sans nous en rendre compte. Déjà en train de construire un nouveau modèle, sans savoir de quoi il s’agit. » Adieu, analyse historique et matérialiste ! Au prétexte qu’à sa naissance, les gens ne se sont pas tout de suite rendus compte qu’ils entraient dans le capitalisme, cela permet à Graeber, sans aucune forme de preuve, d’affirmer que nous en serions sortis. Tous les travailleurs, tous les chômeurs, toutes les personnes victimes de la faim dans le monde sont sûrement des mesquins qui ne se sont pas aperçus de la bonne nouvelle que nous apporte ce nouveau messie des temps modernes.

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Dans le même ordre d’idées, Graeber affirme dans son livre Dette – 5000 ans d’histoire que parmi les grandes réalisations de l’altermondialisme, il y a celle-ci : « nous avons réussi à détruire presque complètement le FMI. » Applaudissons un tel génie !

Aujourd’hui, Graeber est professeur à la London School of Economics, après avoir été viré de Yale pour, affirme-t-il, des raisons politiques. Monsieur vit donc « en exil », comme un vulgaire réfugié ! Ce qui ne l’empêche pas de posséder un appartement dans l’une des villes les plus riches du monde, New York, hérité de ses parents. Du coup, il est aisé pour notre anarchiste en peau de lapin, qui est en fait un mystique, de se poser certaines questions existentielles (puisque lui au moins à les moyens de se les poser, étant sorti du capitalisme et flottant désormais dans l’éther des idées) : « Il est plus que temps, je pense, de procéder à un renoncement de style biblique – un renoncement qui concernerait à la fois la dette internationale et la dette des consommateurs. » Et, toujours dans son livre sur la dette : « l’objectif à plus long terme était l’annulation de la dette. Quelque chose qui suivrait dans les grandes lignes le Jubilé biblique. »

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Car Graeber est en fait un croyant, qui introduit de la propagande chrétienne dans ses livres : « Pourquoi désignons-nous le Christ comme le Rédempteur ? » s’interroge-t-il en incluant son lecteur dans ce « nous ». « Il est assez frappant de penser que le cœur même du message chrétien, le salut lui-même, le sacrifice du propre fils de Dieu pour sauver l’humanité de la damnation éternelle, peut être traduite dans le langage de la transaction financière », affirme-t-il plus loin.

"Le « Nous ne voulons pas payer » ne devient une revendication fondamentale que lorsqu’il s’accompagne du « Nous ne voulons pas être payés » – ce qui serait somme toute logique. Car si tout le monde cesse de payer, plus personne ne pourra être payé. Mais ce n’est pas que les militants d’Occupy reculent devant cette logique, elle ne semble même pas leur venir à l’esprit. Leur appareil conceptuel et intellectuel est parfaitement conventionnel et ne va jamais au-delà des valeurs bourgeoises. Au contraire, celles-ci connaissent à nouveau une de leurs étranges renaissances."

Quand David Graeber étale la dette
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On pourrait poursuivre longtemps ce bêtisier, rien qu’en lisant ce livre. Ainsi, après avoir accordé longuement crédit à la théorie que le 11-Septembre aurait eu pour but de viser les réserves d’or mondiales, il conclut : « la réalité, alors, est devenue si étrange qu’il est difficile de deviner quels éléments de ces grands fantasmes mythiques relèvent vraiment du fantasme, et lesquels sont vrais. » Ailleurs on peut lire : « il y a de très bonnes raisons de croire que d’ici une génération ou deux, le capitalisme lui-même n’existera plus […]. Désormais confrontés à la perspective de la fin du capitalisme, la réaction la plus commune – même chez ceux qui se disent « progressistes » – c’est tout simplement la peur. » Il y en a des pages et des pages : « La bataille entre l’Etat et le marché, entre les gouvernements et les marchands n’est pas inhérente à la condition humaine ». La puissance militaire américaine est un « pouvoir cosmique ». Ou encore, à propos du système financier : il « ne peut fonctionner qu’en convertissant continuellement l’amour en dette. » Amen.

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Jean-Luc Mélenchon

Parmi les ombres qui planent sur Nuit Debout, Jean-Luc Mélenchon, son Front de Gauche et sa France insoumise, dont de nombreux partisans, quoique ne s’affichant pas comme tels, fréquentent la place de la République, y compris en tant qu’organisateurs. Ouvrons donc une petite parenthèse sur l’ancien sénateur, pour mieux situer son positionnement social-chauvin exaspérant un nombre grandissant de personnes.

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Mélenchon apporte son soutien, via « Vuk » Kuzmanović, à « la gauche de Serbie ». Ainsi le « Parti de Gauche attend avec impatience son nouveau partenaire en Europe ». Si jamais on se demande qui est « la gauche de Serbie », pour enthousiasmer à ce point notre PdG national , le logo parle de lui-même.

« Alexis Tsipras ne défend pas un projet de gauche, il défend le peuple et la nation grecs« , lance-t-il, comparant le gouvernement Merkel au régime nazi, répondant à la télé d’extrême droite Agence Info-Libre, partageant le site complotiste Réseau International ou encore le site conspirationniste Wikistrike, pestant contre « les clochards d’extrême droite du Testet« , rendant hommage à Nicolas Sarkozy, à Charles Pasqua et à Florian Philippot ou encore traitant une eurodéputée de « boche », Jean-Luc Mélenchon multiplie les références nationalistes, allant jusqu’à féliciter Vladimir Poutine pour l’action de la Russie en Syrie. On l’a vu aussi ces derniers temps soutenir le petit patronat.

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Cette dernière sortie de Mélenchon ne doit pas surprendre dans le positionnement nationaliste qui est le sien, il s’inscrit clairement en mimétisme du positionnement de l’extrême droite et d’une partie de la droite « gaulliste », c’est-à-dire faire le choix de Poutine face aux « yankees« . Les multiples signaux, clins d’œil et autres brouillages qui sont envoyés depuis deux ans sont là pour tenter de faire basculer vers Mélenchon un certain vote de droite et d’extrême droite dans le cas où la nécessité devait se présenter. Cela permet également de couper l’herbe sous le pied de Marine Le Pen, d’installer un discours viriliste et belliqueux vengeur, parfaitement en accord avec une pensée réactionnaire.

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L’armée française est également plutôt anti-américaine, c’est aussi pour cela que Mélenchon ne manque pas un rapprochement avec la grande muette. En opposant un discours symétrique à celui des Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ne fait que le renforcer pour porter finalement les intérêts de la bourgeoisie française la plus arriérée, la plus nationaliste.

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C’est vrai, Jean-Luc Mélenchon n’est pas présent à Nuit Debout mais ne nous y trompons pas : il attend son heure, et c’est le sens qu’il faut donner à sa petite phrase « Je ne veux pas les récupérer mais je veux bien être récupéré ». Cependant, d’autres cadres du FdG ont été aperçus, comme Eric Coquerel. Le mouvement a aussi reçu le soutien de militants du NPA, dont Olivier Besancenot et Philippe Poutou, ainsi que de militants de la CNT. Des gens de Solidaires et de la CGT s’y sont également montrés, alors même que nombre de participants sont méfiants envers les syndicats, montrant ainsi leur rejet d’une alliance avec le monde ouvrier.

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Gérard Filoche

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Gérard Filoche se fera piéger à deux reprises par des webtv d’extrême droite. Ici par Agence Info Libre.

Gérard Filoche n’est pas directement présent à Nuit Debout, mais il est une des références de certains de ses initiateurs, et notamment de François Ruffin et du journal Fakir, auxquels il apporte également son soutien.

A propos du « Filoche Bashing » pratiqué quotidiennement par les militants PG se rêvant radicaux :

Filoche, Bérégovoy, Mélenchon, les édiles nationaux du PS issus de milieux populaires se comptent sur les doigts d’une main.Le discours de Filoche est inaudible ou presque au sein d’un parti qu’il tente, devant le constat qui est le sien, à savoir le fait que la classe ouvrière ne serait pas prête à mener une révolution de façon victorieuse, de « remettre à gauche », parti essentiellement de surdiplômés issus de la fonction publique et territoriale et dont la moitié exerce une fonction directement liée à leur engagement « militant » qui se résume à quelques heures par mois. Filoche estime qu’il serait possible, il se trompe, de faire raccorder le PS avec le mouvement ouvrier en mettant en minorité cette petite bourgeoisie carnassière.

Il est d’ailleurs très frappant de voir Filoche s’exténuer à sermonner cette amicale d’emplâtrés à l’occasion du Congrès de Toulouse et de s’amuser à scruter les réactions dans la salle : des sourires niais voire des rires francs.

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Gérard Filoche est pour eux ce digestif que l’on s’offre en fin de gueuleton libéral et qui permet de dérider ces ambiances en apparence studieuses. Tous écoutent attentivement par politesse mais ne l’entendent pas.

L’illusion globale se meut sur l’idée pour le moins farfelue que l’Etat, qui est l’objet des patrons, serait un Etat-neutre dont il suffirait de changer le personnel pour en faire un instrument socialiste, c’est assez terrible. Car n’importe quel parti qui arrive au pouvoir, fut-il le plus radical, n’importe où dans le monde, ne peut QUE se retrouver à gérer les intérêts du capital plus ou moins servilement. Non seulement la requête, quoi que tout à fait légitime, est contradictoire, mais en plus elle est totalement illusoire et démontre que ceux qui soufflent ce genre de fausses bonnes idées sont encore complètement pris dans l’école social-démocrate, dans le sillage du SPD.

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Filoche fait le show au Congrès de Toulouse.

Contrairement à Bérégovoy et Mélenchon, Filoche fait un boulot de réformiste plutôt honnête, offre des éléments de culture ouvrière et juridique souvent pertinents, c’était un inspecteur du Travail de terrain et courageux dont l’aplatissement politique s’ajoute à l’anticommunisme viscéral maison, un anticommunisme également partagé au PG, qui quant à lui s’arme de poses creuses et hypocrites avec à sa tête un radical socialiste très typé IIIe République et manipulant un nationalisme de gauche nocif pour la classe ouvrière. Filoche ne s’égosille pas, lui, au moins, à asséner d’interminables resucées de la grandeur républicaine, même si les deux se situent clairement dans une logique de collaboration de classes.

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Au final, cette nuée de moustiques du PG venant barbouiller ses interventions sur les réseaux sociaux manque rarement de sombrer dans le plus parfait des ridicules : tous ont une vision totalement anachronique de l’Histoire. Tous ont pour projet un coup d’œil attendri dans le rétroviseur des Trente Glorieuses et entendent humaniser un système capitaliste entré dans sa décrépitude la plus parfaite, tous s’accrochent de toutes leurs forces au légalisme et au réformisme, AUCUN d’entre-eux ne se situe sur notre temps historique.

Il n’est pas possible d’arbitrer ce tripatouillage consanguin entre socialos, qu’ils soient encartés au PS, au PG ou à la direction du PCF, le résultat sera à la hauteur de l’enjeu : match nul. Mais alors vraiment nul.

FilocheToujours le même cirque, toujours la même rengaine, toujours cet « espoir » agité par les sous-classes dominantes.

Et à chaque fois ils nous font le coup, voilà qu’ils nous disent « enfin le programme commun! » « L’imagination au pouvoir! » et toutes ces phrases creuses conçues par des publicitaires luxueusement ponctuels.
Voilà qu’ils nous hurlent « Ne vous inquiétez pas! Cette fois, la vraie gauche est au pouvoir! » Oui, la VRAIE gauche, la gauche RADICALE! Alors on chasse le PASOK. Et on met Syriza à la place. Cette fois, cela en est terminé de cette fausse gauche, vous allez voir c’que vous allez voir, la vraie la voilà qu’on vous dit!

Et là, tout le monde se rend bien compte que cette VRAIE gauche, même si c’est toujours mieux que les droites, même si c’est certes toujours moins pire, très légèrement moins pire, c’est la VRAIE gauche du Capital, c’est une gauche RADICALE dont la fonction politique et sociale est de servir docilement les intérêts des possédants, de maintenir l’exploitation salariale du plus longtemps qu’ils le pourront.

Car rapidement, on fait une découverte. Cette VRAIE gauche, cette gauche sublime, cette gauche si parfaite, la gauche des puristes, cette gauche qui, aussi loin en arrière dans l’Histoire que l’on puisse regarder, n’a jamais existé, est partagée en deux. Oui, en deux.
Au sein de cette VRAIE gauche radicale, il y aurait une VRAIE gauche et une gauche molle, une gauche PS, une gauche Pasok et que la vraie gauche, elle, ben elle est en minorité. Pas de chance!

On nous dit maintenant que c’est un problème de personnes, que le ministre Vafourakis, s’il n’avait pas été démissionné, vous auriez vu ce que vous auriez vu! Avec lui, ça aurait été une autre musique. Avec lui, Syriza aurait été vraiment à gauche qu’on vous dit!

Quand le mythe du mauvais parti s’effondre, voilà que surgit le mythe de l’erreur de casting, le mythe de l’homme à poigne, le mythe du sauveur suprême.

Cette VRAIE gauche, cette gauche authentique, cette gauche de combat, cette gauche qui n’a pas peur d’être de gauche, cette gauche idéale, et bien elle sert docilement les intérêts du patronat!

Comme partout dans le monde avec tous les partis réformistes.

Aile gauche ou aile droite. Aile de gauche au sein de l’aile gauche. Aile de gauche au sein de l’aile de gauche de l’aile gauche. Cette gauche-là, elle ne viendra pas.

Elle ne viendra pas car il n’y a pas un microgramme de socialisme à Syriza tout comme il n’y a pas un microgramme de socialisme ou de communisme au Front de Gauche.
Tout simplement parce que l’Etat, instrument des classes possédantes, ne peut pas et ne veut pas emmener le socialisme!

Parce que le socialisme ne se vote pas, il se prend! Il s’arrache.

Il s’obtient en abattant le salariat, l’Etat, la division du travail et ces modes de pensée commerçants tournant autour du fétichisme de la marchandise, en mettant à bas toutes les structures de domination, le racisme, le patriarcat.

Qui sont les geôliers de cette démocratie fantoche? Tous des petits bourgeois au service d’un ordre économique qu’ils tentent de nous vendre comme irremplaçable, tout cela au but de sauver l’exploitation, le salariat et leur propre position sociale de transmetteurs d’ordre dociles des désirs de la bourgeoisie, des bourgeoisies.

Mais tant qu’il restera des ouailles pour y croire et des grands prêtres pour susciter l’espoir, la classe possédante et les sous-classes dominantes auraient tort de se gêner, non?

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L’oligarchie et ses dérivés

Autre obsession pour nos étatistes de gauche : l’oligarchie, terme pourtant lui aussi abondamment utilisé par l’extrême droite, et qui ne dit rien en termes d’analyse de classes. Là encore, c’est une thématique qu’on retrouve dans les débats de Nuit Debout.

Septembre 2011 : Fakir cache son réformisme derrière un léninisme de façade. Alors, "contre l'oligarchie", que ne pas faire ? "Refuser le cadre national, bien sûr...
Septembre 2011 : Fakir cache son réformisme derrière un léninisme de façade. Alors, « contre l’oligarchie », que ne pas faire ? « Refuser le cadre national, bien sûr…

 

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Le couple Pinçon-Charlot

« Nous nous sommes vraiment rendu compte des manipulations idéologiques que les oligarques ont construites pour s’octroyer le droit de faire main basse sur l’argent public. Ils se sont inspirés du marxisme, qu’ils ont inversé. Les tenants de l’oligarchie se sont transformés, dans l’idéologie dominante, en créateurs de richesses et ils ont transformé les ouvriers en coûts et en charges. Ils sont incroyablement sûrs qu’ils sont supérieurs à tout le monde. Au-delà de l’aspect technique de la fraude fiscale, il y a un processus de déshumanisation et d’exclusion des peuples. »

Monique Pinçon-Charlot

La sociologue proche du Front de Gauche parle « d’oligarchie« , terminologie très connotée politiquement et qui est employée notamment par les fascistes :

Affiche d'un film réalisé par la négationniste Béatrice Pignède.
Affiche d’un film réalisé par la négationniste Béatrice Pignède.

L’utilisation de « l’oligarchie » suspend une super classe dominante (Jean-Marie Le Pen l’appelle « l’hyper-classe mondiale ») au dessus de l’ensemble des autres classes sociales. Avec « l’oligarchie« , la petite bourgeoisie n’est pas pointée en ce sens où elle semble immuable, indéboulonnable, naturalisée. Avec « l’oligarchie« , il n’y a plus de couple Pinçon-Charlot, de cantonnier, d’aide-soignant, de couvreuse ou d’opératrice de saisie. Il y a d’un côté un peuple et de l’autre « l’oligarchie« , masse de pouvoir fantasmé informe qui, encore une fois, lévite et « domine » sans partage.

"La faim de l'Empire", une référence à peine masquée au "Comprendre l'Empire" d'Alain Soral où ici le capital fictif prend la forme du banquier aspirant les dollars d'une planète portée par une pyramide d'ombres défaites, matérialisation massive de l'empire "américano-sioniste", tout cela au but de nous refourguer de la bonne bourgeoisie française et de l'exploitation ordinaire.
« La faim de l’Empire », une référence à peine masquée au « Comprendre l’Empire » d’Alain Soral où ici le capital fictif prend la forme du banquier aspirant les dollars d’une planète portée par une pyramide d’ombres défaites, matérialisation massive de l’empire « américano-sioniste », tout cela au but de nous refourguer de la bonne bourgeoisie française et de l’exploitation ordinaire.

« L’oligarchie » ne possède pas, elle domine et asservit « les peuples« , « peuples » au seins desquels sont bien évidemment intégrés dans un grand ensemble brinquebalant, prolétariat, petites rentes et autres petits possédants. C’est donc une entité supranationale qui se joue des nations, une « oligarchie » installée au sommet d’un capitalisme transnational.

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L’imagerie du banquier vampire est un grand classique. Ce vampire est affublé d’un dollar, ce qui en caractérise bien sa dimension nationaliste.

 

Et ce capitalisme, qu’est-il devenu? Quelle est la formidable découverte mise à jour par le couple Pinçon? Celle d’un capitalisme ayant muté. Rendez-vous compte! Ce dernier se serait « inspiré du marxisme », rien que ça! Aurait-il renversé les rapports de production inhérents au capitalisme? Non, rien de tout cela. Selon Monique Pinçon-Charlot, c’est « l’opinion publique » qui se serait retournée. En ce sens où ce n’est pas l’aggravation de la prédation du Capital liée à sa logique d’accumulation qui est dessinée ici mais bien la méthode qu’aurait employé l’oligarchie pour retourner « l’opinion publique« . Et ces impétueux, ces « oligarques« , à la fois planqués dans l’ombre et « déshumanisant » les peuples (comme si le capitalisme avait été ne serait-ce qu’une journée, capable d’humaniser) cumuleraient les travers puisqu’ils seraient « incroyablement sûrs qu’ils sont supérieurs« , où là, en dépit de s’attaquer à la compréhension des structures, la sociologue botte une nouvelle fois en touche en s’attachant à dresser un trait psychologique commun à cette demi-classe créée de toute pièce : « l’oligarchie« . De la bouillie digne de figurer dans L’Humanité, c’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait.

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Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot.

Si le poujadisme invitait les petits commerçants à se “révolter” contre l’Etat qui “taxe trop”, le pinçon-charlotisme enfourche sa caricature quasi en négatif. Celle-ci semble fasciner le front-de-gauchiste moyen jusqu’au prof anarchiste pédagogue et lecteur du diplo, dont les classes sans moyens, “pourraient quand même mieux s’équiper” grâce à ce satané argent des “riches” qui se barre à « l’étranger” en Suisse ou ailleurs.

La dénonciation de l’évasion fiscale des “riches” et ces peintures sociologiques sans fin de la bourgeoisie deviennent le summum de la critique du capitalisme… jamais assez bien taxés par de “justes” lois “nationales”, ceci toujours au détriment d’une analyse solide de ce que sont des rapports de production.

Oui les “riches” s’organisent ! Se concentrent et développent un entre soi…. la sociologie, c’est à dire la science des truismes, se transforme ici en une bonne affaire pour flatter l’idéologie du ressentiment, à une époque qui n’avait pas besoin.

S’il ne s’agit pas de nier le rôle des groupes et des individus peut-être faut-il essayer de comprendre ce que sous-tend cette proposition de focalisation sur ce terrain d’analyse, mais surtout à quels types de combats elle nous invite à participer.

Cette forme de populisme a pour conséquence d’évacuer toute utopie sociale, toute philosophie politique concrète, toute praxis de rupture, au profit d’une perspective gestionnaire et re-distributive de cloché et comptable des miettes sociales issus du travail exploité.

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Hervé Kempf

Hervé Kempf, avec son livre à succès L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie sorti en 2011 et abondamment promu par la sphère Monde diplomatique/Daniel Mermet, a beaucoup fait pour le retour en force de cette rhétorique « anti-élites » à gauche, « élites » auxquelles il oppose une vision naïve de la démocratie tout à fait en phase avec le citoyennisme du moment. Son livre précédent Comment les riches détruisent la planète sorti en 2007 avait déjà donné le la, associant la thématique écologique à celle des 1% contre les 99%, vision illuminée du capitalisme qui est également celle d’Etienne Chouard.

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Edwy Plenel, Hervé Kempf et Etienne Chouard aux journées d’été 2014 de Nouvelle Donne.

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A l’extrême droite

Si le terme a été abondamment utilisé par Jean-Marie Le Pen qui a contribué à lui redonner un second souffle après la crise de 2008, à peu près toute l’extrême droite l’emploie de longue date, souvent associée à des rhétoriques complotistes et/ou antisémites.

Ainsi, pour le très droitier Yvan Blot (club de l’horloge, et.), »l’oligarchie » regroupe certes les hauts fonctionnaires et les dirigeants des médias, mais aussi les dirigeants des partis politiques (cocasse pour un ancien élu RPR passé par le FN avant de revenir aux Républicains) et les dirigeants des « grands lobbys » (dont les banques, les industriels, mais aussi les syndicats), ainsi qu’il l’a expliqué à un Etienne Chouard ému.

On peut mentionner aussi un usage démagogique du terme pendant le mouvement social de 1995 par le Parti ouvrier européen, ancêtre du Solidarité et Progrès de Jacques Cheminade, qui écrivait alors dans ses tracts, épargnant au passage sa propre bourgeoisie nationale : « Il faut se battre contre l’oligarchie financière basée à Londres et à New York et sa loi de la jungle, pour un nouveau Plan Marshall Ouest-Est et Nord-Sud qui rétablisse la loi du travail et la paix pour le développement mutuel. »

En bref : « l’oligarchie« , ça ne veut rien dire… Hormis pour les nostalgiques des Trente Glorieuses, les réactionnaires et les antisémites. Il est à ce titre effarant de voir des intellectuels libertaires comme Serge Quadruppani expliquer récemment : « je ne vois pas pourquoi je devrais renoncer au mot « oligarchie » pour désigner le stade actuel de concentration des pouvoirs dans le capitalisme tardif au motif qu’il a été utilisé par les antisémites (et l’est sans doute encore par certains d’entre eux) » (Lundi AM, mars 2016).

Les mésaventures du sectarisme révolutionnaire

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1% vs 99%

Pour revenir rapidement sur la proportion totalement bidon du « 1% vs les 99% » qui plaît tant à tous les petits bourgeois fans de « l’oligarchie« , qu’ils viennent d’Occupy (USA), d’Attac et du PS (Filoche) ou du nuage confusionniste et fasciste.

Pour les réformistes, c’est l’idée qu’il suffirait de mettre un bon coup d’imposition aux seuls « ultra-riches », et le capitalisme deviendrait soudainement justice et paradis sur terre. Cela leur permettrait de maintenir en place l’exploitation, une société verticale avec des possédants, des patrons, des cadres et des employés, de rester dans une société marchande, de salariat et de conserver toutes les autres structures d’oppression comme le patriarcat ou le racisme.

Chez les fascistes, la croyance du 1% contre les 99% permet d’agiter le mythe d’une minuscule minorité culturelle qui « dirigerait le monde« , cachée dans l’ombre. Cela diffuse des schémas de compréhension du monde appartenant aux droites radicales. Au lieu de comprendre la structure, on est tenté de pointer des boucs émissaires et de vouloir prendre la place des chefs : c’est le vrai processus du fascisme, celui d’une petite bourgeoisie qui entend devenir calife à la place du calife. C’est cette idée selon laquelle la masse du Capital fictif prendrait la forme du banquier juif, classique appel à l’antisémitisme, ou encore celui d’un pouvoir occulte venant de la franc-maçonnerie. Là encore, il s’agit d’une fixette historique de l’extrême droite.

Chez les réformistes, comme chez les fascistes, il s’agit d’accuser « l’ultra-riche » pour mieux choyer la petite richesse, celle du petit patronat et de la petite rente. Il s’agit d’offrir une vision romantique du capitalisme afin que les exploitéEs soient absolument incapables de comprendre ce qu’est le capitalisme.

Tableau récapitulatif des stéréotypes judéophobes que l’on retrouve à gauche et à l’extrême gauche

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Les multiculturalistes et les fans de Dieudonné

Indigènes, Europalestine & co

Du côté des mouvements connus pour défendre des thèses antisémites, notons la présence à Nuit Debout d’Europalestine (dont les produits sont également vendus sur le stand de la Boutique militante de Xavier Renou), mais aussi l’enthousiasme du Parti des Indigènes de la République pour ce « mouvement ».

Olivia Zemor (Europalestine) prend la parole à Nuit Debout.
Olivia Zemor (Europalestine) prend la parole à Nuit Debout

Rappelons qu’Europalestine est une association qui entretient des liens ambigus avec Dieudonné (officiellement elle n’a plus de rapport avec lui mais continue de le défendre quand la « quenelle » est mise en cause) ou défend des militants d’extrême droite ou des négationnistes comme Jonathan Moadab (Agence Info Libre) et Ginette Skandrani a prétexte que ceux-ci ont subi des attaques de la LDJ. Comme s’il y avait à choisir son camp dans des querelles entre fascistes… Enfin, Europalestine est un soutien du Hamas, dont chacun sait que la charte a une orientation misogyne et antisémite.

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2012 : Europalestine fait des « quenelles » à Gaza lors d’un voyage de soutien au Hamas.

Globalement, les partisans et alliés du multiculturalisme se retrouvent tout à fait dans le mouvement, à l’image du CCIF ou même du Strass. Lors de l’AG du 14 avril, il a été rappelé par exemple que « le CCIF soutient Nuit Debout et appelle à la convergence des luttes ». Les propositions de cette sphère multiculturaliste sont écoutées lors des assemblées. Toujours le 14, si la stigmatisation des musulmans ou assimilés tels dans le contexte des attentats a bien été dénoncée, ces groupes en ont profité pour glisser sans plus d’argumentation que « le voile est un choix », comme si le débat était clos.

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Morgane Merteuil (Strass).

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Yasser Laouti (CCIF)
Yasser Laouti (CCIF)

Présent également à Nuit Debout, le Collectif Urgence notre Police assassine, qui s’il fait un travail utile de veille policière, pose question quant à sa proximité avec certains multiculturalistes, qui l’ont poussé il y a quelques mois à prendre des positions homophobes au nom d’alliances stratégiques :

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Dans un texte récent, la revue Ni Patrie Ni Frontières rappelle les fondement de cette alliance entre citoyennistes et multiculturalistes :

« Les citoyennistes veulent humaniser le capitalisme, le transformer en un système plus juste. Ils remplacent la lutte de classe par les élections et les pressions démocratiques sur les élus. Les citoyens n’ont pas le droit de remplacer l’Etat bourgeois ou de le détruire. Ils peuvent certes se livrer, de temps à temps, à ce que certains appellent gentiment la « désobéissance citoyenne », terme apparemment plus respectable que la désobéissance civile. Avec cette idéologie tout doit devenir citoyen : les débats politiques, la communication, les écoles, les entreprises, etc.

Les citoyennistes ne veulent pas se débarrasser du système capitaliste, du travail salarié, du capital et de l’argent. Ils veulent seulement améliorer et étendre l’emprise des services publics. Ils considèrent l’Etat bourgeois comme un parasite qui gâche les bonnes relations qui devraient régner entre les citoyens-consommateurs et le capital. Ils se battent pour une démocratie citoyenne, une démocratie participative, pas pour le socialisme.

[…]

Il n’est pas surprenant qu’une idéologie aussi confuse entretienne des liens étroits avec le multiculturalisme, cette autre idéologie qui refuse de prendre en compte l’existence des classes sociales et de la lutte des classes, ou désormais avec les théories dites postcoloniales qui mettent les prolétaires dits blancs dans le même sac que leurs exploiteurs. »

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Jean-Pierre Garnier, l’ami dieudonniste de François Ruffin

Parmi les prises de paroles à Nuit Debout, le sociologue Jean-Pierre Garnier, caution « anarchiste » de François Ruffin. Voici ce qu’en dit l’auteur de Merci Patron! dans la revue confusionniste Ballast : « Il y a une formule de Jean-Pierre Garnier, un vrai anarchiste, qui dit en gros : « J’aime bien Ruffin parce que je préfère les réformistes qui vont jusqu’au bout de leurs idées que les révolutionnaires en peau de lapin. » Depuis le passage de Fakir en journal national, jamais Garnier n’a manqué un meeting organisé par le journal.

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Encore plébiscité par nombre d’anarchistes pour ses critiques de la gentrification urbaine, Garnier s’est pourtant illustré ces deux dernières années à plusieurs reprises pour ses prises de position en faveur de Dieudonné, facilement trouvables dans ses textes publiés sur le site Divergences2.divergences.be. Cela lui a valu des fâcherie avec toute une partie de la presse militante, mais apparemment pas avec Fakir.

En mars 2014, Garnier dénonçait par exemple « la chasse à l’homme médiatique, judicaire et policière ouverte contre Dieudonné, où un véritable front national s’est constitué. De la coalition UMPS et du Figaro à CQFD, Article 11 et aux éditions Agone, en passant par Le Monde diplomatique et Le Canard enchaîné, c’est à qui s’est mis à crier le plus fort haro sur ce baudet « nauséabond », nouvelle « bête immonde » venue à point pour faire diversion, dans les deux sens du terme, au profit d’un régime de plus en plus répressif en voie de fascisation new look, avec un ministre de l’Intérieur aux postures et mimiques très mussoliniennes en « Duce » potentiel. » Ainsi le FN n’est plus ce parti d’extrême droite qu’affectionne Dieudonné, mais une coalition anti-Dieudonné allant des anarchistes au Figaro et à Manuel Valls, que Garnier désigne sous le terme frontiste d’ « UMPS ».

Notons d’ailleurs que quelques lignes avant, Garnier dénonçait dans le même texte comme étant « conformistes » les luttes contre le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie, pour l’écologie ou la défense des Droits de l’Homme (rebaptisée par le vocable de « droit-de-l’hommisme » abondamment utilisé par l’extrême droite) : « Il est facile de reconnaître un journaliste, un écrivain, un artiste, un militant conformiste : c’est celui qui se flatte le plus haut et le plus fort, tant dans les médias contrôlés par les puissants que, à défaut, dans la « presse alternative » autorisée, d’être politiquement le plus incorrect. D’où l’emploi systématique, toutes les trois phrases, d’un vocabulaire martial pour défendre des causes qui font l’unanimité : l’antiracisme en tête, de plus en plus limité au philosémitisme, le féminisme, l’antihomophobie, l’écologisme, le droit-de-l’hommisme. »

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Chatillon (FN), Dieudonné en compagnie du négationniste Robert Faurisson.

Un an plus tard, il recommençait, sous-entendant qu’en fait Dieudonné était victime de racisme (il est important de préciser qu’il est Noir mais pas bourgeois ni fasciste) et que la position du FN, qui ne condamnait pas l’humoriste, était la seule correcte : « À la fin de l’année 2013 et au début de 2014, ma position à propos de l’affaire Dieudonné m’a valu une rupture avec certains cercles de la gauche « radicale ». L’acteur noir — il est important de le préciser — satirique et comique Dieudonné, très populaire parmi les jeunes français d’origine maghrébine et africaine, fut l’objet d’une campagne médiatique orchestrée visant à interdire ses spectacles. À cette campagne, participaient non seulement la droite officielle, qui allait jusqu’à son aile la plus réactionnaire — mais non le Front National — et la fausse gauche, mais aussi la gauche dite « alternative », en incluant les anarchistes et les libertaires. Charlie-Hebdo, Le Canard enchaîné et d’autres journaux à vocation critique faisaient partie de cette meute collant aux trousses de la « bête immonde » Dieudonné. »

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Dieudonné venant saluer Jean-Marie Le Pen
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Dieudonné et Alain Soral

De manière fallacieuse, Garnier, parce que ces écrits se trouvent dans des articles traitant plus globalement de la répression, dresse un parallèle entre celle que subirait Dieudonné et le harcèlement au quotidien dont sont victimes les jeunes de banlieue. Il utilise ces mêmes jeunes, dont les intérêts de classe n’ont rien à voir avec ceux du militant antisémite, comme un prétexte pour le défendre en sous-entendant que s’en prendre à lui ce serait les attaquer par contrecoup. Or, ce n’est pas parce que certains jeunes des quartiers populaires ont pu faire la quenelle qu’il faut généraliser ou que cela montrerait une quelconque communauté d’intérêts avec Dieudonné. Et n’oublions pas aussi que la « liberté d’expression » dans une société bourgeoise c’est avant tout la liberté de ceux qui ont les moyens de la faire valoir, et en ce sens, si Dieudonné en use et en abuse, ce qui n’est pas le cas des jeunes de banlieue que Garnier lui associe.

En fait, tous les arguments de Garnier (il est noir, c’est juste un comique, il est victime de répression, les jeunes de banlieue font des quenelles et s’en prendre à Dieudonné c’est les attaquer par contre-coup, il faut défendre à tout prix la liberté d’expression même de nos ennemis, l’utilisation de la détestation de Valls pour la défense de l’ex-humoriste, le fait de sous-entendre que des libertaires au PS et à l’UMP tous partagent les mêmes idées, etc.) sont exactement ceux des fachos et autres moisis qui défendent Dieudonné, de Jean Bricmont à Alain Soral. Et le fait d’être un vieux militant de l’antiracisme est plutôt une circonstance aggravante qu’atténuante dans son cas. Est-ce de toute façon une priorité quand on est un militant antiraciste que de défendre un tel personnage ?

Voilà en tout cas le genre de personnage que Ruffin se flatte de fréquenter, après avoir longtemps accueilli dans son journal une rubrique tenue par les souverainistes rouges-bruns de Bastille-République-Nations.

La Dieudosphère, bien plus vaste qu’elle n’en a l’air
Contre leur liberté d’expression

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Une banderole contre les « banksters »

De Memorial 98, à propos de la manifestation du 9 avril : « Vigilance: une des banderoles signée Nuit Debout exhibée à la manifestation d’aujourd’hui, dans une indifférence assez frappante.
Le mot « bankster » a été inventé par Céline, dans L’Ecole des Cadavres, en 1938, où il est utilisé plusieurs fois, dans des diatribes antisémites et racistes, par exemple: « Démocrates enthousiastes de la démocratie la mieux négrifiée, judaïsée, pétrolisée, spéculeuse, bankstérisée, détrousseuse de la mappemonde ». Il fait partie des codes traditionnels de toutes les mouvances fascistes, tout comme évidemment la référence à la banque Rotschild.
Cette banderole illustre la présence fasciste et antisémite au sein de ce mouvement, où certains militantEs bien connus , comme Benjamin Ball , leader du mouvement des Indignés et collaborateur complaisant des médias d’extrême-droite à l’époque non seulement participent mais aussi se présentent comme porte-paroles de Nuit Debout dans des médias traditionnels. Sa présence témoigne de surcroît d’une très grande tolérance à l’antisémitisme: très peu de gens semblaient « voir le problème », et si l’on peut penser avec beaucoup d’indulgence, que certains sont ignorants de bonne foi, reste que cela ne peut être le cas des nombreux militants confirmés qui participent à Nuit Debout et n’ont certes pas pu ne pas voir une banderole aussi voyante, se balader dans la manif, signée avec le nom de leur « mouvement », puis être accrochée Place de la Nation. »

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Banderole antisémite observée à Nuit Debout.

Précisons que le terme « banksters » semble en réalité avoir été inventé dans les années 1936-1937 par Léon Degrelle, puis repris par Céline en 1938. Alors chef des rexistes, Degrelle a ensuite fondé pendant la guerre la division Waffen-SS Wallonie.

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Le site conspirationniste d’extrême droite Le Journal du Siècle ne s’y trompe pas et utilise lui aussi la terminologie du « bankster ».

Tombé depuis en désuétude, le terme a fait sa réapparition dans la bouche de Jean-Marie Le Pen suite à la crise bancaire de 2008, notamment lors de son discours d’Arras de mars 2009 dans lequel il a dénoncé pêle-mêle le « mondialisme », le « nouvel ordre mondial », l’ « hyper-classe mondiale » et enfin les « banksters ». On en trouve désormais des occurrences tant dans la sphère conspirationniste et d’extrême droite où elles sont bien sûr nombreuses, mais aussi chez Gérard Filoche ou Jean-Luc Mélenchon

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Rudy Duboille, créateur du site conspirationniste Le Journal du Siècle.

Autre banderole vue ce jour-là, qui ne posait aucune revendication sociale (pas même contre le projet de loi Travail), mais réclamait en premier lieu une « constituante », associant « bien-être » et « hospitalité » à la question du féminisme, revendiquant étrangement à la fois l’horizontalité et la séparation des pouvoirs :

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Les soraliens et autres « dissidents »

Les antifascistes parisiens ont fait plusieurs descentes les premiers jours de Nuit Debout pour éjecter les fafs les plus visibles : le Mouvement du 14-Juillet/Sainte Rita et Sylvain Baron. Ce dernier a pourtant finalement triomphé le 17 avril, jour de la projection du film new age Demain, lors duquel il a pu discourir pendant une bonne heure avec une sono sur la place de la République, filmé par un ancien (?) militant de l’UPR, Jonathan Caby, à son retour d’une opération de manifesatation devant les médias lors de laquelle il a chanté La Marseillaise devant le siège de France Télévisions en compagnie du Cercle des Volontaires et des identitaires de Hollande Dégage :2016-04-18_baron_nuitdeboutPas inquiété par la commission « Accueil et sérénité » ni par les cadres du Front de Gauche qui se trouvaient à deux mètres de lui, dont Eric Coquerel, il était si à l’aise qu’il a fini par s’y asseoir en tailleur.

Yasmine Boudjenah, cadre du PCF et adjointe au maire de Bagneux, photographie tranquillou Sylvain Baron à république le 17 avril 2016.
Yasmine Boudjenah, cadre du PCF et adjointe au maire de Bagneux, photographie tranquillou Sylvain Baron à république le 17 avril 2016.

Après une séance de lecture du code pénal, il a pu tranquillement déblatérer sur les méchants antifas sans que personne ne réagisse, tout en faisant la promotion de Jacques Sapir, Frédéric Lordon, Bernard Friot, Pierre Rabhi et du couple Bourguignon qu’il verrait bien occuper des postes dans son gouvernement idéal, affirmant contre toute évidence « ne pas faire de politique« . Pourtant, une petite phrase aurait du mettre la puce à l’oreille à l’assistance : « en tant que mec d’extrême droite je suis hostile à la peine de mort », a-t-il déclaré entre autres absurdités. Il faut dire que trois semaines auparavant, protestant contre son éviction, il avait déjà reconnu sur son blog : « je conviens que mes préoccupations sont tout à fait celles véhiculées par l’extrême droite. »

Dans les bagages de Baron ce soir-là, Charles Aissani, ex-Indigné et militant de ReOpen911 et du Parti du Vote Blanc qu’on n’avait plus revu depuis des années, a lui aussi fait son grand retour :

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Rappelons qu’au moment de la lutte contre le CPE, Aissani était briseur de grève à Jussieu. On le voit ici animer un stand anti-blocage, avec son cuir noir et sa barbiche :

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Sur cette place, outre le sketch sur pattes Sylvain Baron et sa bande, plusieurs autres activistes d’extrême droite, et notamment des youtubeurs, ont été aperçus : Yann Sarfati (ex-Indigné, ex-Bankrun, serait aujourd’hui membre de la Dissidence française), Greg Tabibian (J’suis pas content TV) qui aime faire des blagues sur Dieudonné, Soral, Faurisson et les Juifs aux antennes du Cercle des Volontaires et de MetaTV, mais aussi Scady Dubois ou Franck Brusset dit Terrene Trash, ainsi que Raphaël Berland du Cercle des Volontaires, qui d’après nos informations a même tenté de faire une intervention en AG. C’est d’ailleurs l’équipe du Cercle des Volontaires qui a recueilli la réaction du philosophe réactionnaire Alain Finkielkraut lors de son éviction de la place. Autre groupuscule réactionnaire apperçu distribuant ses tracts à République, le Parti Nouvelle France, formation « hors système » du châtelain Olivier Delafon. Même les défenseurs de la théorie conspirationniste des chemtrails sont arrivés ces derniers jours !

Greg Tabibian boit tranquillement des bières à Nuit Debout le soir du 6 avril.
Greg Tabibian boit tranquillement des bières à Nuit Debout le soir du 6 avril.

Notons que vers 3 heures du matin dans la nuit du 16 au 17 avril, un camarade qui passait par là a aperçu une vingtaine de boneheads danser avec les derniers 200 occupants de la place, arborant fièrement un drapeau français :

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A quelques rares exceptions près, tous ces petits fachos en herbe se promènent tranquillement place de la République. A Nuit Debout, on peut faire la promotion de Chouard en pleine AG sans réaction du public, ou dénoncer les Francs-Maçons qui tiennent les médias ou contrôlent les élections en ne s’attirant que des sifflements bien timides, voire des applaudissements. Plus grave : le vocabulaire fasciste s’infiltre jusque dans les commissions, puisque les compte-rendus des deux premières AG nous apprennent qu’il a été envisagé de faire de la place de la République une Zad, pour « Zone d’activité dissidente ».

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Fakir, plus « dissident » que les « dissidents » :
Fakir aussi use et abuse du terme "dissidence". Au départ, cette soirée devait s'intituler "Nuit des longs micros", puis "soirée On nous cache tout".
Fakir aussi use et abuse du terme « dissidence ». Au départ, cette soirée devait s’intituler « Nuit des longs micros », puis « soirée On nous cache tout« . Régulièrement Ruffin, emploie le mot « dissidence ». Il dit par exemple qu’il fait du « journalisme dissident ».

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Et ailleurs qu’à Paris ?

Nuit Debout en province, ce n’est guère mieux. A Nantes, le mouvement est en partie infiltré par Clément Marot et Bruno Le Floch, ainsi que par leur ami Duarte Monteiro, tous d’anciens militants de la démosophie qui s’étaient illustrés lors du lancement du Mouvement du 14-Juillet et qui se revendiquent aujourd’hui sociocrates, une méthode de management profondément antisyndicale promue par Cyril Dion, le réalisateur du film Demain« . D’ailleurs, il semble qu’un Colibri soit justement très actif dans l’organisation de l’événement nantais, Simon Louvet.

En Vendée, c’est le fasciste proche de la Bac locale Thierry Noirtault qui a tenté de lancer le concept à La Roche-sur-Yon, sans succès cependant. A Angoulême, c’est l’Indigné confusionniste Alexandre Le couillard, proche des sites conspirationnistes Inform’Action et 4e singe, propriétaire de la page d’extrême droite facebook Les Indignés ainsi que de la page obscurantiste Radio Eveil, qui s’en occupe.

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Les liens entre Lecouillard et les conspirationnistes d’Inform’Action relèvent de la collaboration active. Après son putsch sur la page Les Indignés, il fit entrer Renaud Schira ainsi que Casaux et Gauthier du 4e singe.

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Les Indignés, Radio Eveil, l’Empire confusionniste d’Alexandre Lecouillard

Toujours agrippé à son petit numéro de scout d’une niaiserie à la subtilité confondante, digne des plus grands acteurs de sa génération, Mr Mondialisation, qui a déjà rencontré Alexandre Lecouillard ainsi que Renaud Schira, relaie lui aussi Nuit Debout.

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Comme la plupart des petits entrepreneurs de la confusion, Mr Mondialisation ne vient pas d’un milieu défavorisé.

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Celui qui se fait passer pour un sociologue est en réalité un informaticien belge spécialisé dans les réseaux. Mr Mondialisation est l’une des pages confusionnistes les plus retors à démasquer pour qui ne prête pas vraiment attention à ce qui lui tombe devant les yeux.

Ailleurs, par exemple à Grenoble, on retrouve les Colibris, dans certains cas même le MJS tente de s’y mettre… A Alès, quelques remugles du Mouvement du 14-Juillet et quelques soraliens ont pu être aperçus, ainsi qu’à Lyon, où ils ont été exclus. Ailleurs, des militants du FN ont tenté des intrusions…

Il faut dire qu’en réalité, les nuitdeboutistes ne sont absolument pas d’accord entre eux sur la question de la liberté d’expression des fascistes, et ne cessent de prendre des décisions contradictoires, comme le 6 avril où, suite à une première éviction de Sylvain Baron, à la question « Devons nous interdire la place à certaines personnes ? » après un vote non, la discussion à repris pour finalement aboutir à une absence de consensus tandis qu’à Chambéry, face à la venue de deux militants du FN, si 55 personnes on voté pour leur exclusions, 43 ont tout de même voté contre et le reste s’est abstenu.

De fait, après tout ce qu’on vient de voir, la déclaration de Frédéric Lordon à ce sujet lors du meeting fakirien du 20 mars à la Bourse du Travail de Paris ne peut que nous faire sourire, au mieux : « Dans ce marais d’impuissance où les chefferies médiatiques voudraient nous embourber, le message central ressemble à ces forfaits que pratiquent les usines à touristes de la Costal Del Sol : « All inclusive ». Nous voilà donc sommés d’être inclusifs, sans limites, d’accueillir tout le monde sans la moindre discrimination puisque c’est bien connu la démocratie ne souffre d’aucune discrimination. Oui mais voilà, ce pays est ravagé par deux violences à grande échelle : la violence du capital, et la violence identitaire raciste, cette violence, dont Finkielkraut est peut-être le propagateur le plus notoire. Mais au nom du démocratisme « all inclusive », les médias, qui seraient les premiers à nous faire le procès de devenir rouge-brun si le service Accueil et Sérénité ne faisait pas méthodiquement la chasse aux infiltrations, ces mêmes médias, qui nous demandent d’accueillir démocratiquement Finkielkraut : eh bien non. » La chasse méthodique aux infiltrations ? Mais de qui se moque ici Frédéric Lordon ?

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Conclusion : Peut-on en tirer quelque chose ?

Une chose est sûre : si à droite le mouvement est critiqué, si le PS est gêné aux entournures, force est cependant de constater que Nuit Debout n’est pas un mouvement subversif. La répression y est mise en scène chaque lundi à 6 heures du matin, heure de fin d’autorisation préfectorale hebdomadaire. Les « nuitdeboutistes » replient alors calmement leurs tentes sous le regard affectueux des CRS, avant de les réinstaller le soir-même, une fois l’autorisation rétablie. Bien des médias y compris dominants se sont impliqués dans le mouvement, à l’image de L’Obs qui a donné le mode d’emploi des AG. Pour quel autre mouvement voit-on des journalistes se bouger autant pour inviter leurs lecteurs à y participer ? Même le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis est passé y faire un tour, sans être reconnu.

En fait, la Nuit Debout est devenue si centrale en trois semaines dans le débat politique que tout le monde se sent obligé de se positionner par rapport à elle. En parallèle, elle invisibilise les autres luttes et même le mouvement ouvrier contre la loi El-Khomry, dont il n’est plus vraiment question et que les « nuitsdeboutistes » ont dès le début choisi d’oublier. Avec son côté gentillet, elle offre également des arguments de poids aux contempteurs de la répression contre les manifestants les plus radicaux, accusés de « violences ».

Certains croient qu’il est possible de clarifier les choses, de virer les fachos, et que cela résoudra tout. Pourtant, les réactionnaires s’y sentent chez eux, comme en témoigne la tentative d’intrusion d’Alain Finkielkraut. Si celui-ci a été viré, le simple fait qu’il se soit cru bienvenu témoigne de la confusion qui règne sur place. Mais pour un réactionnaire ou un facho viré bruyamment, combien restent sur place, tranquillement abrités derrière l’anonymat de la foule ? Dans ces conditions, chercher à virer les plus visibles ne revient-il pas juste à servir la soupe aux organisateurs, trop contents d’être ainsi dédouanés de toute proximité idéologique ou militante avec l’extrême droite ? Pourquoi virer le nationaliste Sylvain Baron et pas le nationaliste François Ruffin par exemple ? Pourquoi conserver à des postes-clé des Xavier Renou ou des Benjamin Ball ? Pourquoi cette complaisance envers les Citoyens constituants ou le Parti du Vote blanc, qui tiennent des commissions malgré leurs accointances avec l’extrême droite ? Il est évident que si nombre de fachos se sentent chez eux à Nuit Debout, c’est parce que le fruit est dès le départ pourri jusqu’au trognon par des organisateurs qui soit leurs font des appels du pied idéologiques (Lordon, son État, sa nation et sa constituante) soient les défendent (Fakir contre les antifas), soit carrément les fréquentent ou assurent leur propagande (Xavier Renou et sa Boutique militante, Benjamin Ball).

Les esprits les moins embrumés auront très probablement noté que sur cette séquence social-démocrate s’agrippant à une phase historique au sein de laquelle tout un chacun comprend peu à peu que le seul parti au pouvoir, c’est celui de l’argent, le réformisme n’est plus en capacité de produire quelque illusion que ce soit sur sa nature véritable.

Qu’il se pare de ses habits européistes ou souverainistes, libréchangistes ou protectionnistes, croissants ou décroissants, citoyenniste ou constitutionnaliste, le spectre de cette vérité tangible apparaît de plus en plus nettement à beaucoup.

Mieux encore, le gouvernement semble prêter l’oreille à ce mouvement tout en amplifiant une répression sans précédent pour un pouvoir « de gauche », un énième tournant sécuritaire, réactionnaire et répressif, un énième tour de vis ajouté à tous les autres qui devrait sans doute nous interroger sur l’aspect suivant.

Comment est-il possible, en plein état d’urgence au sein duquel la police gouverne directement pour le Capital, de faire plus à droite? Comment le PS va-t-il pouvoir continuer à courir devant les désirs de la bourgeoisie sans sombrer dans un processus d’autodestruction qui a déjà commencé? Comment rendre encore plus à droite le pays qui enferme le plus de migrants en Europe de l’Ouest, qui démantèle des camps sans solutions d’hébergement, qui se comporte comme une armée néocoloniale sur son propre territoire, qui pourchasse les chômeurs, les femmes, les plus précaires, les sans-papiers, qui sert avec application le moindre des désirs du patronat et au-delà, de la classe possédante?

Ceux qui votent FN « pour que ça pète » ont enfin la réponse à leur très mauvaise idée: Le Capital est en guerre contre nous, notre misère docile est sa solution à sa crise systémique. Il n’en possède pas d’autre. De plus en plus, le PS emprunte une bonne partie de son programme sécuritaire au FN car il gouverne lui aussi pour le Capital. L’état d’urgence nous en a offert une démonstration particulièrement criante avec la multiplication des perquisitions et assignations à résidence touchant quasi uniquement des personnes victimes de racisme ou le projet de déchéance de nationalité, certes avorté mais graissant la pente aux politiques racistes à venir. La répression frappant le mouvement lycéen a franchi un nouveau palier répressif et est d’une ampleur inédite s’agissant de mineurs. L’illusion démocratique appartient désormais au passé, les pouvoirs bourgeois ne veulent même plus faire semblant. Si un Etat sécuritaire ne nous rapproche pas de la Révolution – il nous en éloigne – l’emballement de concentration du Capital, quant à lui, nous rapproche de sa question.

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Les Enragé-e-s, Veille Extrême, Soliran Paris & Confusionnisme.info.

Cause Animale Nord, racistes et méchants

C’est une vidéo d’une grande cruauté.

Un document au sein duquel vous allez découvrir des militants de l’association Cause Animale Nord se livrer à un enlèvement innommable, celui d’un chiot, compagnon d’une personne sans domicile fixe.

Les images se passent de commentaire.

 

La ligne politique de Cause Animale Nord n’est en revanche pas une découverte.

Son président, Antony Blanchard, s’était déjà illustré en janvier 2013 avec une lettre ouverte explicitement raciste que nous reproduisons ici:

2015-09-23_231352Lettre ouverte haineuse et délirante que son auteur avait fini par supprimer de la page.

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La marque de fabrique de l’extrême droite, colporter des mensonges grossiers et fiévreux destinés à diffuser le poison nationaliste et raciste.

 

Association basée à Lille et à la ligne clairement problématique à plus d’un titre.

Nous vous invitons à parcourir cet article des Panthères Enragées qui, dès 2013, alertait sur la teneur raciste de cette association.  En voici un extrait:

Samedi 5 octobre 2013 avait lieu à Paris la Marche contre l’Exploitation des Animaux et de leurs Peaux, anciennement marche contre la fourrure. Financée par la FBB et soutenue par nombre d’associations problématiques tel que Cause Animale Nord (propos racistes et anti-Rroms), Animaux en Péril ou ALF-le film (proches Brigitte Bardot et Nathalie Krier) .

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A l’issue de cette manifestation un village associatif place de la République regroupait plusieurs stands : ALF-le film, Animaux en Péril, Un monde Vegan, L214, 269 Life, Sea Shepherd, Société Vegane, etc … Une centaine de personnes circulaient encore entre les stands.

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La militante néonazi Arduinna (Luna Stenfors), le président d’animaux en péril et Jérôme Lescure du CRAC.

Un groupe d’antifa a soudain aperçu Nathalie Krier se baladant tranquillement dans le village associatif sans que cela ne pose de problème à quiconque. Rappelons que Nathalie Krier, membre de la Fondation Brigitte Bardot et de feu 3ème Voie (groupe fasciste crée par Serge Ayoub dont elle est proche) avait défilé l’année dernière aux côtés de Section Défense Animale, groupe de protection animale crée par 3ème Voie avec Katya Veloso et Esteban Murillo, le meurtrier de Clément Méric.

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Nathalie Krier, ou Nath animaliste et le groupuscule fasciste 3eme Voie, dissous depuis. A côté d’elle, Serge Ayoub et au dessus, Esteban Murillo, le meurtrier de Clément Méric.

 

Interrogé par le journal patronal metronews, Antony Blanchard – l’homme à la casquette blanche – se justifie :

 » En marge d’une manifestation pour le droit des animaux qui se tenait à Paris, samedi 19 septembre, une dame est venue nous voir (la femme blonde sur la vidéo, ndlr). Elle nous a dit qu’un Rom mendiant avait un chiot drogué avec lui. J’ai constaté de moi-même que le chien n’était pas dans son état normal.  »

Antony Blanchard ne s’arrête pas là et poursuit la justification du vol du chiot par des propos abjects et une nouvelle fois racistes  :  » C’est un fait que les Roms droguent leurs animaux et les vendent sur le trottoir. Certains mangent des chats.  »

La marque de fabrique de l’extrême droite, un empilage  minable de présupposés xénophobes et de mensonges éhontés.

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La fasciste Nathalie Krier en compagnie du président de Cause Animale Nord, Antony Blanchard.

 

Une version des faits qui n’est pas celle que nous avons pu consigner par le biais des deux témoignages suivants:

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Quatre jours à peine après le rapt du chiot, celui-ci était proposé par Cause Animale Nord au prix de 195€

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La xénophobie de Cause Animale Nord est bien présente sur sa page facebook, on peut y rencontrer notamment ce type de montage, repris depuis 269 life, organisation réactionnaire, opposée à certaines formes de respect des communautés (homosexuelles, trans…) et dans certains cas, contre le droit à l’avortement, citant ici la bible et ravivant les guerres de religion, c’est bien évidemment l’Islam qui est directement visé ici.

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On retrouve en outre sur la page de Cause Animale Nord toute la crème des réactionnaires, à commencer par la Fondation Brigitte Bardot, dont les liens avec le FN ne sont plus à démontrer, Paul Watson et Sea Shepherd, MagiCjack alias Maxime Ginolin ainsi que Mr Mondialisation, pour n’en citer que quelques-uns.

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Maxime Ginolin, sous-chanteur conspirationniste et réactionnaire proche de l’extrême droite.

 

Suite à la diffusion de la vidéo qui soulève à l’heure actuelle une vague de protestations sur la toile, une pétition en ligne a été ouverte, nous en reproduisons ici un extrait:

 

Nulle part il n’est stipulé qu’ils sont en droit d’enlever sans préavis un animal, or c’est ce qu’ils ont fait en s’attaquant violemment à un SDF pour lui prendre son animal (un chiot), le 19 septembre dans le quartier de Châtelet à Paris.

Pour justifier cet acte d’une extrême violence, ils allèguent que ce SDF est un Rom, que l’animal était drogué dans le cadre d’un trafic, qu’il n’était ni vacciné ni identifié et encore moins nourri.

En date du 23 septembre, cet animal est proposé à l’adoption, au tarif de 195€, étrange pour un animal prétendument drogué, qui n’a toujours pas été vu par un vétérinaire.

Plusieurs personnes demandent des preuves (résultats prouvant que l’animal était drogué), des explications, ils reçoivent pour seule réponse des invectives.

Nous exigeons que cet animal soit rendu à son propriétaire avec dédommagements, si il est établi que l’association a outrepassé ces droits, ce que semble largement prouver cette vidéo jointe à la présente.

 

Al’heure où l’on écrit ces lignes, le dernier communiqué de Cause Animale Nord tentait d’intimider par voie judiciaire, toute opposition ou manifestation de colère consécutive à cet acte odieux.

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Les Enragé-e-s

 

 

 

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

Sea Shepherd, des camarades de luttes ?

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Le groupe écologiste Sea Shepherd jouit d’une sympathie certaine dans les milieux gauchisants (comme en témoigne par exemple leur invitation au festival Unies Sont Nos Cultures à tenir une table de presse au côté de la CNT, d’AL, la FA, des collectifs antifascistes rennais et quimperlois… ).

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Une promiscuité qui pique un peu les yeux, même si selon nos informations, son annonce ne s’est pas réalisée cette année, contrairement à l’année 2014 où Sea Shepherd étaient bien présents.

Ce qui séduit une partie de l’extrême gauche chez Sea Shepherd, c’est leur radicalité de façade, un mode opératoire punchy rompant avec l’image habituelle de l’écologie institutionnelle ainsi qu’une mythification de la clandestinité valant à Watson, qui a un mandat d’interpol au cul et est recherché par les polices de plusieurs pays, une certaine auréole de gloire.

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Paul Watson, dit « capitaine Watson », fondateur et dirigeant de Sea Shepherd.

 

Sea Shepherd, est ainsi connu pour ses actions d’abordage et d’éperonnage de baleiniers et thoniers. Ce n’est pas la première fois que nous attirons l’attention sur cette superficialité politique qui amène trop de camarades à juger de la pertinence à partir de la forme au détriment du fond. Or si la forme d’une action politique peut la condamner définitivement (par exemple une modalité d’action oppressive, raciste, sexiste, homophobe… ne peut être positive quels que soient son but et les revendications qu’elle promeut), elle ne peut suffire à en faire une action positive ou à définir ses auteurs comme de notre camp. C’est cette superficialité politique qui fait par exemple que de nombreux gauchistes diffusent régulièrement sur le net des images d’émeutes, de militants s’affrontant aux flics comme si cela en faisait systématiquement quelque chose de réjouissant, sans même vérifier s’il s’agit de fachos avérés voire de nazis.

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En l’occurrence, Sea Shepherd a tout ce qu’il faut pour séduire qui ne veut pas y regarder de très près ; un discours écologiste et des actions pêchues à souhait.

Des amis dérangeants.

À la mi-juin 2015 un article du site d’information réunionnais zinfos974 dénonçait la présence en masse des néonazis dans les supporters facebook de Sea Shepherd. Nous ne partageons nullement les thèses de cet article sur différents points.

C’est d’ailleurs un point récurrent concernant nos sources sur cette organisation. Face à la cécité d’une majorité d’écologistes anticapitalistes sur Sea Shepherd, bon nombre d’informations compromettantes ne sont relayées sur le net que par des groupes dont nous ne partageons pas les idées, soit des groupes anti-écolos, soit le plus souvent des pacifistes bêlants outrés par les actions coups de poing de Sea Shepherd. C’est ce qui explique l’utilisation répétée de donotlink dans tout cet article dans les différents liens qui vous seront donnés. Nous ne reprenons pour autant que des infos confirmées et vérifiables, souvent assumées par Sea Shepherd même.

Et par ailleurs l’affirmation de l’auteur anonyme comme quoi la majorité des militants les plus actifs de l’organisation sont des nazis est largement exagérée. Cependant, on trouve en effet dans ses soutiens un certain nombre de fascistes en tout genre et notamment de néonazis paganistes et, pour ce qui est de la France, de membres de la mouvance Colibri.

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De gauche à droite : Lamya Essemlali (porte parole de Sea Shepherd France), Pierre Rabhi, Paul Watson et Yana Rusinovich, sa femme et également militante de Sea Shepherd.

 

Le gourou Paul Watson

Si ces soutiens ont de quoi alerter, on nous rétorquera aisément qu’une organisation n’est pas comptable des gens qui la soutiennent, que Sea Shepherd peut se vanter de millions de soutiens et que parmi ceux-ci, on en trouve de toute obédience, y compris comme nous l’avons vu, d’extrême gauche.

Intéressons-nous donc plus particulièrement aux idées et aux amitiés entretenues volontairement par Sea Shepherd et ciblons donc pour commencer son chef et fondateur Paul Watson.

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Paul Watson financé par un des créateurs des Simpson … harponné dans South Park

 

Rien de ce qui concerne Watson ne peut être considéré comme anecdotique, tant la personnalité de celui-ci est importante au sein de cette organisation qui voue un véritable culte à son « Capitaine Watson ».

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Cela mérite d’ailleurs de s’y attarder un petit peu. Avant de fonder la Sea Shepherd Conservation Society (SSCS) en 1977, Watson était membre de Greenpeace qu’il a quitté après un vote où l’ensemble de ses camarades partageant son navire ont voté son débarquement dans une belle unanimité. Parmi les raisons de cette éviction, on trouve comme il le dira par la suite les désaccords de Watson avec la ligne non-violente de Greenpeace, mais aussi la personnalité propre à Watson. Bob Hunter, un de ses compagnons d’alors, dit de lui :

 » Il semblait possédé par une volonté trop débordante, un désir trop soutenu de se mettre à l’avant ou au centre de tout, écartant tout le monde sur son passage… Il allait constamment faire le tour d’autres antennes en agissant comme un mutin. Il a créée de la division partout où il s’est rendu… Nous avons tous ressenti que nous allions être piégés dans une toile que personne ne voulait voir se développer, et une fois que ce fut le cas, il n’y avait rien d’autre à faire que d’abattre le couperet, même si cela signifiait que c’était sur le cou d’un de nos frères.  »

Par ailleurs, Watson, le pseudo fugitif semi-clandestin, ne peut passer quelque part sans poser au maximum, si possible au bras de sa femme Yana Rusinovich, une grande blonde mince entrant plutôt dans les canons de beauté de la société capitalo-patriarcale.

L’utilisation sexiste de l’image des femmes dans la communication de Sea Shepherd se remarque par ailleurs régulièrement.

10/23/2010 - Captain Paul Watson, Mermaid - Animal Planet & Sea Shepherd Conservation Society "Operation No Compromise" Commencement Celebration - Arrivals - Private Hollywood Hills Estate - Los Angeles, CA, USA - Keywords: Sea Shepherd, Captain Paul Watson, mermaid, short white hair, facial hair, beard, mustache Orientation: Landscape Face Count: 1 - False - Photo Credit: Charles Edwards / PR Photos - Contact (1-866-551-7827) - Landscape Face Count: 1
La beauté est une norme sociale, un concept clé du patriarcat. A travers la recherche de beauté se cachent l’apparence, la soumission, l’aliénation, la contrainte et l’argent […] Les femmes sont soumises à une pression constante qui leur demande d’adapter leur corps à des canons de beauté. La séduction par la beauté est l’un des pivots de la construction de l’identité féminine. C’est un diktat en cela qu’il se présente comme absolu, qu’il est arbitraire (conforme aux codes en vigueur) et entraîne les femmes dans la voie de la soumission et de l’aliénation par la valorisation dont il gratifie les femmes belles. C’est de plus un marché juteux, une connexion entre patriarcat et capitalisme […] C’est une aliénation qui altère la confiance en soi car elle nie et refuse l’imperfection […] elle divise les femmes, les met en concurrence pour la séduction des hommes. VANINA, « Le Mythe de la beauté »

Ainsi sur la proue de leur trimaran le « brigitte bardot » cette dernière est peinte en maillot de bain fort décolleté dans un style très sexualisé.

De même, les publications de Sea Shepherd ou de ses membres vantent régulièrement la beauté et la douceur de Yana Rusinovich ou Lamya Essemlali. En février dernier, Watson n’a d’ailleurs pas hésité à faire de son mariage un événement de communication glamour et people.

Quand il ne pose pas avec sa femme, Watson s’affiche avec des célébrités ou avec des représentants locaux de SSCS, se trouvant alors auréolés de la gloire d’avoir côtoyé leur mentor.

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Pamela Anderson en combinaison Sea Shepherd, véritable élément de la communication de l’organisation.

Dans tous les cas, les photos sont abondamment diffusées sur les sites de l’organisation, les blogs personnels et les réseaux sociaux. En France, l’organisation est totalement personnifiée par son omniprésente porte-parole Lamya Essemlali qui ne risque cependant pas de faire de l’ombre à son mentor qu’elle qualifie dans plusieurs interviews de héros et dont elle ne manque jamais une occasion de rappeler quelle chanceuse elle est de le fréquenter.

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  • Brigitte Bardot

    En France les antifascistes critiquant Paul Watson, le font le plus souvent pour ses liens avec Brigitte Bardot et sa fondation.
    Paul Watson et Brigitte Bardot, c’est une histoire qui commence à dater.

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    Paul Watson et Brigitte Bardot

    A dater de 1977, justement l’année du départ de Watson de Greenpeace, l’année où, préparant la fondation de sa propre organisation, Watson en recherche de médiatisation emmène BB sur la banquise canadienne pour dénoncer les massacres de bébés phoques dont elle parlera par la suite des trémolos dans la voix. Depuis lors, leur proximité tant affective que militante ne s’est jamais démentie. SSCS et la fondation Bardot ont ainsi mené nombre de campagnes communes comme la campagne Féroë en 2010 ou grind stop 2014. Surtout, la fondation Brigitte Bardot a en grande partie financé l’acquisition en 2011 d’un trimaran high tech, ancien détenteur du record de vitesse du tour du monde, qui sera rebaptisé en son nom.

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    Ce lien entre Watson et Bardot, antérieur aux engagements racistes et pro-FN de Bardot y a très bien survécu. Ceci peut s’expliquer par l’apolitisme revendiqué de Watson qui s’explique de cette amitié p 67 de son livre d’entretien avec Lamya Essemlali Entretien avec un pirate paru en 2012 en expliquant qu’il se fout de l’obédience politique des gens tant qu’ils sont « écologiquement correct ».

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    Lamya Essemlali rejoint Sea Shepherd en 2005. Elle devient présidente de Sea Shepherd France en juin 2008.

    Mais cela s’explique surtout par les positions politiques de Watson, qui ne sauraient se résumer à ses seuls liens avec Bardot.

  •  David Foreman
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    Dave Foreman, le compagnon idéologique raciste de Paul Watson.
    Pour comprendre le fond de la pensée politique de Paul Watson, il est indispensable de se pencher sur son mentor et sa principale source d’inspiration : David Foreman, co-fondateur de l’organisation écologiste Earth First ! (la terre d’abord).
    Comme première approche du personnage, on lira avec profit cette interview qu’il a donné au Sun en 2005 précédée d’une présentation flatteuse. On y retrouve un David Foreman revendiquant son appartenance au parti républicain et qui, bien que dénonçant une rupture entre ce parti et l’écologie, revendique « un lien historique entre réel conservatisme et écologie » (jeu de mot entre le conservatisme au sens de réactionnaire qui se dit conservatism et l’écologie qui se dit conservation dans la langue de Bush). Affirmant mettre une grande partie de son énergie dans le fait de recréer des liens entre les conservateurs du parti républicain et l’écologie, liens brisés depuis Reagan. L’écologie de Foreman est une ode patriotique à l’Amérique sauvage du far-west. Le journaliste explique qu’ « initialement Earth First n’avait rien à voir avec l’organisation contre-culturelle qu’elle est finalement devenue. Ouvertement patriotique et basée sur la mythologie des cowboys (…) ». Cette vision est totalement corroborée par Foreman qui explique avoir quitté Earth First ! En 1989 car l’organisation aurait été négativement influencée par des membres marxistes et anarchistes.
    Dave Foreman est un conservateur au sens premier du terme : pour lui, c’était toujours mieux avant. C’était mieux du temps du far-west, c’était mieux avant la révolution industrielle, c’était mieux avant la naissance de l’agriculture, c’était mieux avant le développement de l’humanité.
    Selon lui, la destruction de l’écosystème ne vient pas tant de choix politiques de société, surtout pas de la recherche effrénée de profits inhérente au système capitaliste et aux rapports de production l’ayant précédé, non, le problème vient des progrès scientifiques et technologiques (et non de leur utilisation) et de l’existence même de l’humanité, et en particulier de sa croissance numérique continue. Ainsi, Foreman considère que son principal combat aura été de lutter contre la surpopulation exponentielle de la terre. Le site climat et capitalisme dans son étude de l’ouvrage de Foreman Man Swarm and the Killing of Wildlife publié en 2011, démontre que le combat théorique de Foreman contre la surpopulation se mue dans la pratique en un combat contre l’immigration. Notant que dans les faits Foreman ne propose rien de concret comme mode de lutte contre la surpopulation (nous verrons cependant dans un plus long développement sur le néo-malthusianisme que Foreman et ses amis dont Sea Shepherd ont une piste, purement réactionnaire, dans cette lutte contre la surpopulation), ils montrent, citations à l’appui que chaque fois que Foreman parle de mesures à prendre contre la surpopulation, il s’agit de lutte contre la surpopulation aux états-unis et que cette lutte se résume dans les faits à la lutte contre l’immigration, notamment la lutte contre l’immigration pauvre.
    Bien que se défendant d’appartenir à « l’extrême-droite nativiste et anti-immigrée » Foreman appuie son argumentation sur différents groupes racistes ayant fait de la lutte contre l’immigration leur crédo : Center for Immigration Studies, Progressives for Information Reform, Californians for Population Stabilization, and NumbersUSA ! C’est en s’appuyant sur ce genre de sources que Foreman en arrive à dire :

     

     » Ce que nous faisons en vérité est d’être un bassin de débordement pour les irresponsables se sur-reproduisant en Amérique centrale et au Mexique (et pour les Philippines et l’Afrique etc …). Tant que nous leur offrons ce bassin de débordement, il est moins nécessaire de baisser les taux de natalité dans ces pays …  »

    Ainsi, en une phrase, il arrive à la fois à expliquer que si il y a surpopulation (et donc selon lui destruction de l’écosystème) aux USA, c’est à cause des immigrants irresponsables qui se reproduisent trop, et à expliquer que si il n’y a pas de contrôle des naissances dans les pays pauvres c’est à cause du fait que les USA ne fassent pas assez la chasse à l’immigré. Si on ose dire à Foreman que ses thèses sont racistes, il fait comme tout bon facho et s’en prend « aux gangs majoritairement de gauche du super-politiquement correct ». Et si on est écolo et qu’on critique ses thèses sur l’immigration, Foreman nous accuse tout simplement de s’en foutre dans le fond de la protection de la nature :

     » Si vous ne croyez pas au plafonnement de l’immigration aux États-Unis, alors vous êtes pour les États-Unis passant de 307 millions d’habitants à plus de 700 millions en 2100. Si la population américaine croît à plus de 700 millions d’habitants en seulement 90 années, nous n’aurons plus d’espoir de préserver les espaces naturels et les paysages sauvages.  »

    Et comme de bien entendu, jamais Foreman ne se propose de lutter contre ce qui pousse des millions de personnes à quitter leur pays, leurs terres, leurs familles (comme le capitalisme, l’impérialisme, le néo-colonialisme ou le dérèglement climatique), non sa solution de redneck républicain est toujours la même : plus de répression et de lutte contre l’immigration.

  •  Le disciple
    Le terme de disciple ne semble pas exagéré tant la filiation idéologique entre Watson et Foreman est prégnante. Les deux hommes ne sont pas de simples amis ou compagnons de luttes. Ils ont les mêmes références intellectuelles, en premier lieu Coyotes and Town Dogs de Susan Zakin mais surtout The Monkeywrench Gang de Edward Abbey.
    En 1993, la première édition de Earth Force de Paul Watson est préfacée par son ami Dave Foreman.
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    Earthforce! Le livre de Paul Watson préfacé par son ami Dave Foreman
    Dans les années 1980 (c’est à dire quand Earth First ! était encore l’organisation patriotique et conservatrice dirigée par Dave Foreman), Watson définit la SSCS comme la marine (au sens militaire du corps de marine d’une armée puisque Watson se considère comme un soldat en guerre) de Earth First !.
    Les deux hommes ont milité ensemble au sein du Sierra Club. Fondé en 1892, le Sierra Club est une des plus anciennes et importantes organisations écologistes américaines. Apolitique, le Sierra Club penche depuis la fin des années 1990 vers un vague progressisme, ayant soutenu Obama à la présidentielle, ils ont adopté une position neutre sur les questions d’immigration. Mais dans les années 1970 et 1980, elle était dominée par les partisans de la lutte contre l’immigration, partisans parmi lesquels Watson et Foreman étaient très actifs ! Foreman et Watson ont ensemble participé aux travaux racistes de l’ultra réactionnaire sénateur Jack Metcalf (pourtant dénoncé par Foreman comme la principale influence anti-écolo à la solde du lobby industriel de Reagan). Les deux hommes ont également collaboré au livre Life on the Brink : Environmentalists confront overpopulation, recueil raciste dirigé par Philip Cafaro et Eileen Crist de textes sur la lutte contre l’immigration et la surpopulation.
    Watson y développe sa thèse malthusienne et sa « solution humaine » de n’autoriser la reproduction « qu’aux personnes pouvant prouver leur capacité à subvenir financièrement et pédagogiquement aux besoins de leur progéniture. »
    Pour se définir lui-même, Watson reprend d’ailleurs le jeu de mot de Foreman « conservative conservationnist ». Watson partage donc les positions de Foreman contre l’immigration. Dans cette interview par exemple, Watson explique qu’il faut limiter l’immigration pour stabiliser la population US parce que :
     » chaque année près de 3 millions de personnes s’ajoutent à la population des États-Unis et la plupart viennent de l’immigration. En fait, tout ce que nous préconisons est que le nombre d’immigrants doit être réduit à des niveaux faibles pour obtenir une stabilisation de la population. Par le seul taux de natalité aux Etats-Unis, vous n’aurez pas une telle augmentation. L’immigration est la seule responsable. « 

     

    Dans cette même interview, il confirme d’ailleurs que l’immigration est pour lui une question suffisamment importante, pour être une des deux qui l’ont amené à démissionner du conseil d’administration du Sierra Club quand celui-ci a abandonné la position anti-immigration pour une position neutre.
    Watson a également entretenu des liens avec Willis Carto – suprémaciste blanc, antisémite et négationniste proche du KKK et des milieux skinheads néonazis – et s’est fait publié dans sa revue The Spotlight.

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    The spotlight, le magazine fasciste de son ami Willis Carto dans lequel Paul Watson s’est fait publier, faisant ici la promotion d’une manifestation négationniste.

    Nous pourrions disserter des pages sur le positionnement ultra-réac de Watson dans la lignée de celui de Foreman. Mais par, expérience, quand on donne tous ces arguments à des écolos français sensés être antifascistes, ils se contentent sans chercher à nier de dire que ça, c’est Watson, mais que les militants locaux n’ont pas pour autant les mêmes positions réactionnaires. Répondons donc rapidement à ce non-argument.

  • Et en France ? Nous l’avons vu, le principal reproche fait par les antifascistes à SSCS, sont ses liens avec Brigitte Bardot et sa fondation.
  • img17810 Or, s’il y a une section nationale de SSCS dans laquelle personne ne peut ignorer ces liens (d’ailleurs pas du tout dissimulés et au contraire vantés à longueur du net) et où personne ne peut ignorer le soutien de Bardot au FN et ses positions contre les immigrés, les arabes et les musulmans, c’est bien Sea Shepherd France. Les militants de Sea Shepherd France sont donc a minima des gens acceptant de collaborer régulièrement avec la fascisante Bardot, ce qui devrait suffire à les décrédibiliser totalement. Mais ce n’est pas tout.
    Au-delà des nombreux soutiens fascisants individuels, il y a au moins une branche de l’extrême-droite française avec laquelle Sea Shepherd France entretient des liens organisationnels : Pierre Rabhi et ses colibris.
  • rabhiroiRabhi sur la famille et la PMA, à droite toute!

Vous verrez que sur les événements Facebook de Sea Shepherd France, de très nombreux participants revendiquent leur appartenance aux Colibris.

  • En juin 2015, Lamya Essemlali, porte-parole de Sea Shepherd France, donnait une interview au magazine Kaizen dont la devise « construire un autre monde pas à pas » comme le manifeste ne sont pas sans rappeler la prose mystico-sectaire de Rabhi et ses amis.
    11039011_1432161847083888_4220166124609308285_nUn Pierre Rabhi d’ailleurs omniprésent dans ce magazine. On ne sera donc nullement surpris de retrouver les Colibris en tête des partenaires du magazine. Dans les autres partenaires, on trouve la NEF (société coopérative de financement solidaire), banque anthroposophique fondée par des membres de la Section Sociale de l’Ecole de Science de l’Esprit. Bien que le mot, trop sulfureux, n’apparaisse jamais dans le magasine, Kaizen magazine est clairement un relais médiatique de l’anthroposophie.
  • 300px-Steiner_raciste
    Steiner, le père de l’anthroposophie, justifie ici sur ce croquis l’existence de « races » décadentes et destinées à disparaître pour servir les « races » élues. Et qui trouve-t-on comme par hasard parmi les « races » élues? Les blancs bien évidemment, qui semblent avoir un très bon karma pour Steiner à l’inverse des autres composantes de l’espèce humaine pour qui la disparition en masse, à commencer par celle des indiens, fut une forme d’épuration de « branches décadentes » de l’humanité.
  •  La promotion de l’anthroposophie est faite plus subtilement (façon de parler) via la promotion de personnes liées à l’anthroposophie comme Marleen Kaptein ou de personnes niant appartenir à l’anthroposophie mais y étant très liées comme Rabhi. Le même mois on trouve dans la presse une interview croisée de Paul Watson et Pierre Rabhi.
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    Cet entretien croisé a vraisemblablement été réalisé à l’occasion de la conférence organisée par le mouvement Colibri à Paris le 12 juin sur le thème « une histoire de violence, un rendez-vous à l’intérieur », dans le cadre de leur grande campagne « une (R)évolution intérieure ».
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Etienne Chouard, tête de pont de toute l’extrême droite, invité à la conférence nationale de lancement de Colibri en janvier 2013.

 

Le vrai visage d’Etienne Chouard

  • Pour 10€, rien n’est gratuit avec ces gens là, on pouvait ainsi entendre à la même tribune Paul Watson (traduit en direct par Lamya Essemlali), Pierre Rhabi, Nancy Huston et Thomas d’Ansembourg qui se présente comme « auteur, conférencier international, formateur à la connaissance de soi et en communication NonViolente », tout un programme, la liste de ses conférences et des colloques auxquels il participe, entre coaching en développement personnel, comportementalisme et mystique zen, achève de cerner le personnage.

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Pour en finir avec la supercherie Rabhi: l’écogourou sur le chemin de Compostage.

  • La conférence en question étant modérée par Cyril Dion, membre fondateur et porte-parole du mouvement colibri et … directeur de la rédaction de Kaizen Magazine !
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Etienne Chouard que l’on retrouve également sur le magazine anthroposophe Kaizen.
  • Les liens entre Sea Shepherd et le mouvement Colibri ne datent cependant pas de juin 2015.
    Trois mois plutôt, Watson donnait une conférence à La Rochelle dans le cadre des Journées Environnement organisées par Lea Nature.
  • A cette occasion, Watson a invité le Pdg de Lea Nature, Charles Kloboukoff sur son navire.

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    Charles Kloboukoff, pdg anthroposophe avec Paul Watson sur son bateau.
  • Celui-ci, outre le fait d’être à la tête d’un groupe de près de 1000 salariés au Chiffre d’Affaire annuel se comptant en centaines de millions d’euros est un très proche du mouvement colibri et donc de l’anthroposophie. Il est l’un 7 membres fondateurs de la fondation Pierre Rabhi, a co-écrit un livre avec Rabhi
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Cercle Steiner et autres enchantements circulaires au « Hameau des Buis » du clan Rabhi, en Ardèche.
  • On pourrait également noter que Paul Watson est édité par les éditions Actes Sud, maison d’édition publiant du Pierre Rabhi ainsi que d’autres ouvrages anthroposophes.

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  • Un problème de fond

    Le fond du problème de Sea Shepherd n’est ni ses amitiés pourries ni les phrases chocs de son dirigeant qui ne sont que les symptômes et les conséquences du réel problème de fond, un problème éminemment politique : le néo-malthusianisme de cette organisation.

    La thèse de Malthus était que la population humaine croissant plus vite que les ressources naturelles, sauver l’humanité passait par en limiter la croissance et préconisait donc que les pauvres devaient cesser de se reproduire (mais contrairement à Watson de manière volontaire, par la chasteté).

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    Ici le graphique expiant la grande masse du ridicule de la théorie de Malthus et de ses nombreux comparses, théorie vaseuse qui, si elle avait été validée par le réel, aurait conduit il y a déjà bien longtemps à la disparition de l’espèce humaine par manque de nourriture.

    Les thèses de Malthus ont été contredites par nombre de scientifiques et d’économistes, mais nous ne nous lancerons pas ici dans la controverse scientifique. Car l’important est que depuis, le malthusianisme a été prolongé et radicalisé par de nombreuses personnes et notamment nombre d’écologistes réactionnaires (on trouvera ici quelques citations saisissantes de personnalités engagée dans la conservation de la nature, dont ce cher Watson). Malthus avait identifié deux types d’obstacles possibles à la surpopulation exponentielle : les preventive checks (actions humaines visant à limiter la natalité de manière préventive) et les positive checks (éléments « naturels » faisant baisser la population brutalement comme les épidémies et les famines). Le courant néo-malthusien auquel appartient Sea Shepherd se propose d’influer sur les deux. D’une part en prônant un contrôle des naissances accru, y compris à l’aide de la science : avortements et contraceptions (voir stérilisation pour certains) forcés (voir l’itw de Watson citée supra). D’autre part en laissant les famines et épidémies tuer massivement. C’est ce qui a par exemple poussé David Foreman à répondre en 1987 à Bill Deval de la revue australienne Simply Living que « Le pire que l’on puisse faire en Éthiopie serait d’aider les indigents. Le mieux serait de laisser la nature trouver son propre équilibre, de laisser les gens là-bas mourir de faim », pour plusieurs années plus tard revenir partiellement sur cette déclaration à l’occasion d’un débat avec Murray Bookchin.

    Paul Watson, moins direct peut-être, ne dit cependant pas autre chose quand il conclut son interview à Reporterre par

    « Il faudrait des décisions politiques pour limiter la natalité mais cela n’arrivera pas. Encore une fois, c’est la nature qui réglera le problème.  »

    Il y a chez les écolos réactionnaires néo-malthusiens des illuminés complets qui prônent (somme toute assez logiquement) l’abandon des médicaments et de la médecine développée, de l’agriculture, de toute aide sociale et globalement de toutes les technologies et organisations sociétales permettant de faire baisser la mortalité dans nos sociétés. Mais Sea Shepherd n’en est pas, ils sont sûrement moins illuminés mais plus dégueulasses encore. Car leur néo-malthusianisme est purement de classe. Il ne doit pas s’appliquer aux riches des pays riches qu’ils enjoignent juste à plus de sobriété énergétique, à mettre un terme à la surconsommation et à l’élevage et la chasse intensifs, des préconisations somme tout très raisonnables et peu contraignantes par rapport à la contraception forcée, la famine et la maladie proposées aux pauvres et aux pays pauvres.

    Non seulement, Sea Shepherd ne s’attaque pas frontalement au capitalisme , mais au contraire, leur stratégie pour sauver la planète est basée sur un renforcement des inégalités du capitalisme. Rappelons que s’il y a des pauvres et des pays pauvres, c’est évidemment du fait de leur domination et de leur exploitation par des riches et des pays riches. Et bien Sea Shepherd et leurs amis néo-malthusiens proposent tout simplement de renforcer cette exploitation en laissant crever les pauvres, en les empêchant de se reproduire (sans jamais aborder l’idée que le taux élevé de natalité peut être lié à un taux élevé de mortalité, donc justement à leur niveau de pauvreté et d’exploitation). Et pour que ces pauvres, leur misère et leur natalité ne viennent pas gâcher la vie et l’écosystème des riches, on combine ce beau projet de société avec une lutte acharnée contre l’immigration : les pauvres doivent crever, mais chez eux !

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    Une bien étrange façon de procéder au recrutement puisque ce dernier se révèle… payant!

     

    Après ça, Sea Shepherd peut se targuer d’un pacte de non-discrimination pour affirmer qu’ils ne sont pas racistes. Après ça, ils ont beau jeu de se fendre de temps en temps d’une tirade contre les grandes sociétés avides de profits et les lobbys industriels et de l’élevage, tirade toujours très oiseuses et sans conséquences puisque comme Watson le dit très bien pour résumer leur impuissance sur ce registre : les riches ne veulent pas devenir pauvres ! (cf lien précédent)
    Cette vision des choses n’est pas seulement réactionnaire, elle est tout bonnement fondamentalement fascisante.

  • le mysticisme de la terre

La vision politique de Sea Shepherd est très empreinte de mysticisme.

D’ailleurs, Watson ne s’est jamais caché de ce mysticisme qui l’a poussé à s’intéresser aux amérindiens non pas en tant que peuple opprimé mais pour leur rapport à la mère nature. Il affirme même que son combat en faveur des baleines prend racine dans l’interprétation d’un de ses rêves par un chef indien à Wounded Knee (même si il est évident que le mégalo et mythomane Watson a postérieurement totalement exagéré ses engagements auprès de l’AIM que ce soit à Wounded Knee ou par la suite en soutient à Léonard Pelletier voir le texte déjà cité de Jim Craven , l’important ici est bien ce qu’il prétend et non ce qui fut). On retrouve chez nombre de membres éminents de SSCS les expressions de terre-mère (y compris la branche française) ou de mère nature et l’analyse de la situation écologique chez Sea Shepherd tient bien souvent plus de la croyance mystique que de l’analyse scientifique.Si Sea Shepherd est généralement en froid avec les grandes religions monothéistes (accusées notamment d’être natalistes étant opposées à l’avortement et la contraception et prônant la charité), leur écolo-mysticisme les a rapprochés des instances bouddhistes (probablement plus à des fins de promotion et de médiatisation que par conviction), ainsi, quand Watson se targue du soutien et des cadeaux reçus du Dalaï-Lama, Lamya Essemlali pose avec Matthieu Ricard, son principal représentant en France.

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De gauche à droite : Yana Rusinovich militante de SSCS et épouse de Paul Watson, Paul Watson, Matthieu Ricard principal représentant du bouddhisme en France et Lamya Essemlali.

Une écologie réactionnaire, un projet de société fascisant et un logiciel totalement mystique ne peut que rapprocher Sea Shepherd de milieux fort peu recommandables.

 » L’attirance pour une femme vient surtout de la pensée que son corps est pur, mais il n’y a rien de pur dans le corps d’une femme. De même qu’un vase décoré rempli d’ordures peut plaire aux idiots, de même l’ignorant, l’insensé et le mondain désirent les femmes ; la cité abjecte du corps, avec ses trous excrétant les éléments, est appelée par les stupides un objet de plaisir.  »

Dalaï-lama, dans son ouvrage « Comme la lumière avec la flamme »

Des propos ébouriffants de bêtise crasse et de misogynie, où les femmes sont chosifiées, comme dans toute religion.

 

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Paul Watson serrant la main du Dalaï-Lama.

Les liens entre Sea Shepherd et les colibris de Rabhi et leurs amis anthroposophes (notons au passage que l’anthroposophie utilise aussi les notions de terre-mère et de mère nature), ou le soutien affiché à Sea Shepherd par un nombre certain de paganistes nazis (appréciant en plus, le rejet des grandes religions monothéistes) ne peut ainsi plus apparaître comme un simple hasard mais comme nous le disions plus haut, ces amitiés douteuses ne sont pas la cause de l’infréquentabilité de Sea Shepherd, mais une simple conséquence de leur ligne politique totalement réactionnaire.

  • Le site écolo-confusionniste Mr Mondialisation ne s’y trompe d’ailleurs pas en relayant abondamment l’organisation. mr-mondialisation_sea_shepherd
  • Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

     

    SSCS, drôles « d’antisystèmes »

    Nous l’avons dit, non seulement Sea Shepherd refuse d’intégrer une vision de classe dans leur combat et de lier la destruction de l’écosystème au capitalisme mais ils pratiquent de fait la lutte des classes du côté de la bourgeoisie et donc des principaux destructeurs de cet écosystème. Pour autant, nombre de gauchistes ont encore une vision fantasmatique de Sea Shepherd comme  » antisystèmes « , formule très connotée politiquement en raison de ses origines fascistes.
    Un système qu’ils combattent tellement que celui-ci le lui rend bien ; remise du prix Jules Vernes par Richard Dean Anderson en 2012, qualifié de héro par son ami Hulot, il n’est pas dit que Watson connaîtra un jour plus grande consécration que quand le Time Magazine l’a sacré héros de l’écologie en 2000.
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    Lamya Essemlali, Paul Watson, Yana Rusinovich et Nicolas Hulot

    Le plus intéressant est de regarder ce que Sea Shepherd disent d’eux-même, loin de prétendre combattre le système, ils disent vouloir en faire respecter le Droit, puisant leur légitimité dans une charte des nations unies.

    Dans leur présentation, Sea Shepherd dit vouloir « faire respecter les règles internationales concernant la conservation de la nature » et ajoute « Sea Shepherd coopère avec toutes les instances juridiques internationales. Pour faire respecter les droits, nous agissons en conformité avec les pratiques légales communément admises. Sea Shepherd adhère aux principes de non-violence lors de ses actions visant à protéger les océans. ».

    C’est en pleine cohérence avec cette logique cogestionnaire que Sea Shepherd France a participé à la Conférence Environnementale organisée par le gouvernement français en septembre 2012 au sein du rassemblement pour la planète, soutenu par 4 anciens ministres et une sénatrice, qu’ils ont pleuré de ne pas avoir été invité en 2013 et que Watson affirme qu’il restera en France pour la version 2015 (COP 21) dont il espère que l’Europe prendra le rôle de meneur et la France le leadership, alors même que toutes les organisations écologistes conséquentes, sans forcément être anticapitalistes, se préparent à manifester contre cette même mascarade de COP 21, sachant ne rien devoir attendre de nos dirigeants (on retrouve par ailleurs souvent cette tendance chez SSCS, comme à la fondation Brigitte Bardot à opposer les bons pays (l’Europe, à l’exception de la Norvège et du Danemark, et notamment la France) aux méchants pays (Chine, Australie, Japon, Canada, USA…), une tendance qui peut les rapprocher du campisme qu’on retrouve et dans la gauche dite radicale française (autour du Front de Gauche) et chez les fachos type Colibris.) Sea Shepherd prétend n’avoir un budget annuel que de 21 millions d’euros, ce qui paraît bien peu pour une organisation possédant une flotte de 8 navires amiraux (dont la plupart sont du haut de gamme high tech, deux d’entre-eux ont battu des records de vitesse du tour du monde) qui naviguent quasiment en permanence, « beaucoup d’autres petits bateaux et scooters des mers » , des hélicoptères, des drones, deux sièges permanents, qui est présent dans des dizaines de pays…
    Mais quelque soit le chiffre exact, même 21 millions ça fait une grosse somme quand on dit ne recevoir ses fonds que de dons de particuliers et d’entreprises et d’un autre côté une bien faible somme qui explique le fait que Sea Shepherd n’a quasiment pas de frais de communication contrairement aux autres organisations comparables (une grosse part de leur communication se fait d’ailleurs avec brio gratuitement sur le web). La conséquence de cette double contrainte budgétaire (un budget à la fois gros et trop petit), c’est que Sea Shepherd est en permanence en recherche de riches financiers et de médiatisation. Deux quêtes les amenant à frayer autant que faire se peut avec le gratin mondial.
    Ils ne manquent donc jamais une occasion de se vanter de leurs nombreux soutiens très anti-système comme Pierce Brosnan, Martin Sheen, Richard Dean Anderson, Sean Penn, Christian Bale, Pharrel Williams, Mick Jagger, Pamela Anderson, Aidan Quinn, William Shatner, Edward Norton, Orlando Bloom, Uma Thurman
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    Paul Watson ici avec Shannen Doherty
    En France, c’est un peu plus difficile et ils doivent le plus souvent se contenter de vieilles gloires un peu has-been comme Brigitte Bardot, Nicolas Hulot, Jacques Perrin ou Pierre Richard, tant pis ils n’hésitent pas à faire avec.
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    Pierre Richard, Lamya Essemlali, Yana Rusinovich et Paul Watson
    Ça c’est surtout pour la médiatisation, mais la flotte de Sea Shepherd est également en grande partie financée par de riches donateurs.
    Ainsi, c’est le don de 5 millions de dollars de la vedette TV américaine Bob Barker qui a permis de financer l’achat de l’ancien baleinier portant son nom ainsi que d’un hélicoptère. Un don à six zéros de Sam Simon (multi-millionnaire co-créateur des Simpson) a également permis d’acheter un navire de 56 mètres de long portant maintenant son nom. De même l’Ady Gil, petite merveille futuriste capable d’aller à 50 nœuds (coulée en 2010 par un navire japonais) tenait son nom de la société Ady Gil, un magnat de l’éclairage hollywoodien qui a donné 1 million de dollars à Sea Shepherd, sans oublier le financement reçu de la fondation Brigitte Bardot
    Pour ses campagnes, Sea Shepherd s’associe à des multinationales comme G-Star et Bionic Yarn ou la très philantropique firme Adidas…

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    C’est évidemment leur droit d’être des légalistes non-violents souhaitant collaborer avec les instances internationales, proches du star-système et des milieux d’affaires, misant sur les individus plus que sur le collectif mais il serait bon que les gauchistes de pacotille respectent ce droit en arrêtant de vouloir en faire des partisans de l’action directe, anti-système, etc…

    Ce dernier chapitre ne fait pas de Sea Shepherd des fachos, mais renforce par contre l’analyse d’une organisation se dotant de moyens bien peu en adéquation avec leur but de préservation de l’écosystème.
    Le capitalisme est inséparable de la surproduction, il est inséparable des logiques de rentabilité immédiate dans un but de plus-value flash, il est inséparable de la logique de compétition contraire à toute planification écologique. Bref le capitalisme est inséparable de la destruction de l’écosystème et la préservation de l’écosystème est inséparable de la destruction du capitalisme. Alors évidemment, tout étant une question de choix tactique, on peut être d’accord avec cette dernière affirmation et quand même choisir de militer dans un « cadre large » dans une organisation ne se posant pas clairement comme anticapitaliste. Mais à condition encore que celle-ci ne soit pas un pur produit du capitalisme dont elle reprend toute la logique, y compris dans ce qu’il a de plus abject.
    Surtout, rien au delà des divergences idéologiques au sein de notre camp, ne peut justifier de militer avec des fachos au sein d’une organisation fondamentalement fascisante.

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Conclusion Il reste un argument que ne manqueront pas de nous opposer ceux qui tiennent malgré tout à travailler avec des groupes locaux. On nous dira que certes, Sea Shepherd est dirigée par des néo-malthusiens racistes et réactionnaires, que certes Sea Shepherd est cul et chemise avec l’élite du système et s’associe avec les pires racailles fascisantes. Certes, mais. Certes mais il y aurait au sein de Sea Shepherd des militants ni racistes, ni réactionnaires, ni néo-malthusiens, des militants vraiment écolos et sincères qui travailleraient avec Bardot et Rabhi a l’insu de leur plein gré…

Pourquoi pas, beati pauperes spiritu. Mais quand bien même, à quel moment cela justifierait-il de soutenir ou travailler avec leur organisation ? Cette idée n’est pas sans rappeler l’argument souvent apporté d’une base de sympathisants du FN où il y aurait des gens ni racistes, ni homophobes, ni sexistes, ni libéraux… des espèces de brebis égarées tombées dans le piège démagogique du discours sur les petites gens. Et bien dans ce cas là, personne n’ose quand même encore proposer de soutenir ou de s’allier avec les sections locales du FN ? Il n’existe alors que deux solutions, ne s’excluant pas forcément : faire preuve de pédagogie pour leur expliquer que leur organisation est une merde puante raciste ou rentrer dans le tas et comme disait Nizan « Tuez-les tous, le prolétariat reconnaîtra les siens » !
Par cet article, nous appliquons à Sea Shepherd la première solution, mais nous savons marcher sur nos deux jambes.

 

Failfaf & Les Enragé-e-s

 

 

A lire en complément :

Pour en finir avec la supercherie Rabhi: l’écogourou sur le chemin de Compostage.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 

Ecologie, monnaie, le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion

Vigneron en prison pour avoir refusé d’épandre des pesticides?

Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute! 

C’est quoi le fascisme? 

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme

Ce soir, le café coopératif La Veilleuse (Paris 20e) reçoit l’équipe du site Reporterre.net, fondé par Hervé Kempf, journaliste au Monde. L’occasion de revenir sur le contenu de ce site consacré à l’écologie mais qui baigne dans le confusionnisme le plus total.

Reporterre, site qui se veut une référence en matière d’écologie, est représentatif d’une tendance hélas grandissante du mouvement écologiste qui, par manque sans doute de culture politique, tend à ouvrir ses portes à quiconque se dit – même vaguement – ami de la nature, sinon décroissant. « Reporterre veut être le forum de tous ceux qui imaginent le nouveau monde, un monde où l’on arrêtera de détruire l’environnement et qui retrouvera l’idéal de la justice », clame la courte présentation du site. Au nom du « débat », de la « démocratie » et de la « liberté d’expression », la porte est donc ouverte à tous les vents : sociaux-démocrates de droite, de gauche, du centre, consuméristes, complotistes, mystiques en tous genres, groupuscules d’extrême droite.

La « une » du jour est représentative de cette ligne éditoriale fourre-tout :

On y retrouve entre autres la porte-parole de l’écologie de droite Corinne Lepage, un communiqué des conspirationnistes de ReOpen911, aux côtés d’articles piqués chez Attac ou chez CQFD, des thématiques « développement durable » promues par les autorités et l’industrie « verte » (les « produits bio-sourcés »), des promoteurs de la non-violence version gandhiste (l’association Gandhi international) un poème d’une militante d’Attac, Béatrice Turpin, qui prétend jouer les radicales, un reportage sur le chantier de la gare de Stuttgart en Allemagne, un article anti-gaz de schiste fouillé… Bref : de tout et de n’importe quoi, et une abondance de copiés-collés sans lesquels le site, essentiellement alimenté par la rubrique « une minute, une question » (des quidams connus ou inconnus « développant » une thématique en une minute chrono), ne serait qu’un bréviaire de « fast-thinking » militant.

Il serait fastidieux de dresser un inventaire exhaustif du contenu du site. Contentons-nous de pointer les contenus les plus problématiques, et notamment la promotion que ce site a apporté ou apporte à des groupes conspirationnistes, rouges-bruns ou d’extrême droite.

On retrouve ainsi sur Reporterre :

– Le micro-parti fascisant La Dissidence et son leader Vincent Vauclin
Etienne Chouard, à deux reprises (dont une des toutes premières interviews du site)
ReOpen911
Michel Collon et ses amis
– Le site rouge-brun Le Grand Soir, encore très récemment
– Le complotiste Thierry Meyssan, qu’on ne présente plus
– Une large collection d’indinaiseries
– Des leçons de morale productiviste de François Ruffin, tenancier de Fakir et qui promeut dans son journal la revue rouge-brune Bastille-République-Nations ou dans le dernier film de Pierre Carles les thèses de Jacques Cheminade ou de Nicolas Dupont-Aignan
– Des « analyses » complotistes sur le virus H1N1, la pire étant sans doute celle fournie par le climato-sceptique (sur un site écolo, bravo…) américain Frederick William Engdahl, collaborateur de Russia Today mais aussi de la revue d’extrême droite italienne Eurasia, analyse que Reporterre a été copier sur le site Oulala.net de René Balme et sur Mondialisation.ca de Michel Chossudowsky
– Une promotion du numéro d’octobre 2012 de la revue pourtant d’ordinaire plus regardante Silence !, dans lequel on trouve une interview du compagnon de route des négationnistes Jean Bricmont, qui se voit donc par ricochet promu sur Reporterre
– etc.

En ouvrant ainsi ses colonnes à des tels écrits, le site Reporterre participe de la confusion des genres et, même indirectement, à la récupération par les mouvements les moins recommandables des thématiques écologistes – conspirationnistes, extrême droite et rouges-bruns productivistes étant en ce moment au taquet sur ces questions.

Plus généralement, que Reporterre puisse être perçu comme un site de référence en matière d’écologie ne manque pas de nous étonner, tant son contenu – même quand il ne fait pas la promotion des sus-cités – est globalement indigent et se situe dans la ligne de la pensée écologiste dominante, à savoir une ligne sociale-démocrate et développement durable qui n’a absolument rien de radicale.

Ceux qui font la promotion d’un tel site et acceptent de servir de faire-valoir à ses « journalistes » se rendent complices par là même de l’inquiétante dépolitisation qui mine de manière grandissante le mouvement écologiste et finit par rendre inaudible toute forme d’écologisme radical.

 

Action Anti-Conspis Paris-Banlieue.

 

Commentaires associés:

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 25 janvier 2013 22:46

Et aujourd’hui, Reporterre reprend en « une » un article de Challenges, une revue appartenant au Nouvel Obs et à destination des cadres et des patrons.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 25 janvier 2013 22:50

Et puis cette obsession, développée tout au long du site et des ouvrages de Kempf, pour « l’oligarchie » et « les banques« … Comme si le capitalisme se résumait à ça ! C’est vraiment une analyse au ras des pâquerettes !

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 26 janvier 2013 11:31

Décidément, ils sont tous de sortie : ce soir, c’est le Shakirail qui reçoit Vincent Liegey (PPLD, ReOpen911) pour la sortie d’un bouquin sur la décroissance préfacé par Paul Ariès (l’ami de René Balme avec qui il co-édite Le Sarkophage). Comme tous les autres, ce RDV est annoncé par Démosphère, qui adore aussi ReOpen911 (alors même qu’il est impossible d’y faire passer le moindre RDV concernant l’Iran ou la Syrie).

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 31 janvier 2013 14:49

Reporterre était comme par hasard hier à la (R)évolution des Colibris, qui a vu « débattre » Chouard et Rabhi. A noter qu’on retrouve aussi datée d’aujourd’hui sur Reporterre une interview de l’écolo-conspi fou Pierre-Emmanuel Neurohr, qui parle de « génocide » à tout propos (les voitures, les avions, le réchauffement climatique), discours qui en accolant l’adjectif « génocidaire » à tout et n’importe quoi contribue à relativiser gravement la notion de génocide. Il a fondé un micro-parti dont il semble être le seul membre, le Parti de la Résistance, et a déjà fait de la tôle pour des actions complètement branquignoles et solitaire contre les aéroports.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 31 janvier 2013 14:54

Comble de l’hypocrisie : dans son article à la gloire des Colibris, Reporterre s’abstient de mentionner la présence de Chouard.

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Source Indymedia.paris.org – jeudi 24 janvier 2013

 

Nettoyage chez Reporterre : encore un effort !

Le site Reporterre, animé par le journaliste Hervé Kempf et pointé du doigt le 24 janvier 2013 par le site Indymedia Paris pour son « écolo-confusionnisme », a finalement décidé de retirer les articles les plus douteux de son site : on n’y trouve ainsi plus aucune référence au groupuscule néo-fasciste La Dissidence, à Thierry Meyssan ou au climato-sceptique américain Frederick William Engdahl.

Cependant, du ménage reste à faire : on trouve ainsi toujours des références à Etienne Chouard1, Michel Collon2, Legrandsoir.info3, Mondialisation.ca4 ou ReOpen9115, des articles à connotation complotiste sur le groupe Bilderberg6 ainsi que la promotion d’une interview de Jean Bricmont par la revue Silence! datant d’octobre 20127, un lien vers une vidéo de l’Agence Info Libre sur la manifestation anti-aéroport à Nantes en février dernier8 ou un appel à suivre une conférence de l’Opus Dei publié dans une brève du 19 avril 20149 (ainsi qu’un dossier sur la spiritualité10 – chrétienne en particulier – et des articles sur les prises de position du Vatican sur l’écologie11).

Globalement, la ligne de Reporterre reste fourre-tout : on y trouve toujours des personnalités de droite comme Corinne Lepage, des productivistes de gauche aux discours souvent difficilement compatibles avec l’écologie comme Jean-Luc Mélenchon ou François Ruffin du journal Fakir, des représentants de l’écologie mainstream (cadres d’Europe-Ecologie-les Verts, Greenpeace, Pierre Rabhi ou dans une moindre mesure Kokopelli12… ) aux côtés de de mouvements plus marginaux (décroissancistes) ou radicaux (zadistes). Le 13 novembre 2013, le site écologiste a par exemple relayé une pétition d’élus de tous bords (de Jean-Luc Mélenchon à Nicolas Dupont-Aignan en passant par des représentants d’EELV, du PS et même Jacques Myard de l’UMP, qui est aussi membre de la Droite populaire et animateur de Radio Courtoisie) contre le prolongement des concessions autoroutières13.

Enfin, tout récemment, Reporterre a publié une chronique du président de Nouvelle Donne Pierre Larrouturou appelant à une répression accrue des « Black blocks » et autres « casseurs » sur les manifestations contre le barrage de Sivens ou contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Le texte a été expurgé par suite d’un « débat interne », nous apprend le site libertaire tourangeau La Rotative, l’équipe qui entoure Hervé Kempf ayant admis « l’avoir publié trop rapidement et sans trop d’attention ». Il est d’ailleurs étonnant qu’un site se voulant pluraliste favorise ainsi les représentants de certains partis, puisque Larrouturou (mais aussi Noël Mamère) dispose sur Reporterre d’une chronique mensuelle.


Mise à jour, 9 décembre 2014, 16h30 : Assumant une ligne confusionniste, Reporterre a offert une tribune à Tugdual Derville, militant anti-Mariage pour Tous.

 

 Source: Confusionnisme.info – Observatoire du confusionnisme politique.

 

En complément:

 

Quelques-uns des – très – nombreux liens entre Etienne Chouard et l’extrême droite:

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=> Ecologie, Monnaie… Le clan Rabhi à lavant-garde de la confusion

 Gabriel Rabhi, fils de Pierre, commence peu à peu à se faire une place au sein de la complosphère, et affiche sans honte ses sympathies pour l’extrême droite. Beaucoup plus discret, son frère David partage les mêmes idées sur Facebook. Sans aller aussi loin, leur père est connu pour développer une pensée réactionnaire et mystique, sous couvert d’humanisme, qui rencontre un grand succès dans les milieux écologistes. Le confusionnisme, une tradition chez les Rabhi ?

 

=> Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute!

Si, à l’occasion de ses nombreux passages télé et interviews dans la presse commerciale Pierre Rabhi s’astreint le plus souvent à ne communiquer que sur des thématiques en apparence consensuelles, atteindre sa pensée profonde nécessite de s’écarter un peu des sentiers battus.

C’est la retranscription écrite de l’extrait d’une interview accordée en octobre 2013 et diffusée le 21 août 2014 sur la radio chrétienne RCF Berry [1] que nous vous invitons à découvrir ici.

 

=> Corinne Gouget, docteur en charlatanisme et VRP de l’extrême droite

Si l’on retrouve Corinne Gouget très présente en haut des résultats des moteurs de recherche, ce n’est certainement pas grâce à ses compétences scientifiques puisqu’elle n’en possède aucune.

Pour faire connaître son « travail », ce personnage peut compter sur la sphère d’extrême droite et conspirationniste puisque Egalité&Réconciliation, Les Moutons enragés, Inform’Action, MetaTv, 4e singe, Le Cercle des Volontaires, Agence Info-Libre et bien d’autres relaient ses élucubrations.

 

=> Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

En faisant appel à des thématiques en apparence consensuelles comme le consommer local, « bio » ou « éthique », que seule une petite minorité est en capacité de s’offrir, la page « Mr Mondialisation » prétend se positionner en alternative au discours dominant tout en piochant abondamment dans la rubrique écologie de l’ensemble de la presse patronale.

Dénoncer le greenwashing – cette manip de publicitaire destinée à repeindre l’économie de marché en vert – tout en le pratiquant soi-même, voilà une petite incohérence qui méritait d’être fouillée plus avant

 

=> Vigneron en prison pour avoir refusé d’épandre des pesticides?

Rares sont les médias à avoir été capables d’aller au fond de l’affaire, à savoir celle d’un vigneron pratiquant non pas une agriculture biologique mais la biodynamie, cette agriculture occultiste directement issue des méthodes Steiner.
Rudolf Steiner, pape de l’anthroposophie, mouvement sectaire s’abreuvant aux pires obscurantismes

 

Misère et décadence de l’esprit satirique, Charlie Hebdo et son fonds de commerce

Septembre 2012

Au milieu des années 60, les fondateurs de Hara Kiri (et du futur Charlie) se sont ouvertement inscrits dans une tradition satirique à-la-française, cette verve confusément libertaire qui fit les heures de gloire du Canard sauvage, de l’En-dehors ou de l’Assiette au Beurre durant la Belle Époque. Ils ont donc repris à leur compte le flambeau iconoclaste des dessinateurs et polémistes du début du XXe siècle, eux qui avaient combattu l’alliance du sabre & du goupillon à la tête d’un Etat soi-disant laïcisé et mis en pleine lumière, au revers de cette médaille, la logique homicide des injustices sociales. Si, un demi-siècle plus tard, le programme restait le même, il s’agissait désormais, pour la bande à Charlie, de renouveler leur cible, au diapason contestataire des seventies. S’attaquer aux puissants, c’était dénoncer frontalement l’ordre disciplinaire de l’école, de la caserne et de l’usine, lui renvoyer en miroir l’image de son arbitraire «bête et méchant». Et si l’anticléricalisme primaire y jouait encore un rôle important – avec son lot de blagues scatologiques à propos de Jésus ou de son avatar vaticanal–, cette provocation s’attaquait aux vestiges de notre religion dominante, celle qui pesait encore sur nos us et coutume, qui nous aliénait de l’intérieur. C’était la merde que chacun d’entre nous pouvait avoir dans la tête qui était visée, cette putain de mauvaise conscience biblique qui nous confrontait au ridicule de notre propre civilisation, et pas les barbares de la religion d’à côté, ces étrangers irréductibles à nos universelles valeurs… mais n’anticipons pas.
Dépassant le seul cas de la fixette anti-chrétienne, ce principe d’auto-dérision semblait alors essentiel à l’identité même du journal – via Choron, Siné ou Cavanna sans oublier le plus subtil Reiser – qui pratiquait un humour graveleux, tout en accusant le trait de cette « grosse dégueulasserie » franchouillarde. En schématisant, on pourrait dire que cette feuille de choux se payait la gueule des «beaufs» tout en assumant sa part de beaufitude. Non pas sous la forme d’un exutoire phobique, mais d’un défouloir auto-sarcastique, qui permettait d’exagérer les pires préjugés (y compris racistes ou sexistes) qui peuvent traverser la tête de chacun d’entre nous, tout en en faisant la critique radicale. Le ressort paradoxal de cette caricature-là n’épargnait personne, mais en commençant toujours par soi, c’est-à-dire par le rapport ambivalent qu’entretient le comique avec les travers qu’il dénonce chez autrui. Il englobait ses contradictions intérieures au sein même de sa charge assassine.

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Une fois exposée cette marque de fabrique du Charlie première manière, on mesure mieux le chemin parcouru depuis, non pas seulement à cause du donneur de leçon carriériste Philippe Val et de son éminence grise Caroline Fourest (ne leur prêtons pas tant d’importance ad hominem), mais sous l’influence des crispations identitaires qu’ont connu les décennies suivantes.

Ainsi est-ce très progressivement que ce contre-pouvoir satirique s’est focalisé sur les signes ostentatoires du péril islamique, rejoignant dès lors les Cassandre néo-réacs du fameux «choc des civilisations». Jusqu’à cet hiver 2006 où – quelques mois après la publication de 12 dessins se payant la gueule de Mahomet (à forte connotation anti-arabes) dans Jyllands-Posten, un quotidien ultra-conservateur danois –, la rédaction de Charlie décidait d’emboîter le pas à ces martyres de la «la presse libre», victimes de diverses Fatwas intégristes, sans poser en aucune manière la question des relents nauséabonds [1] du discours anti-immigration qui accompagnait implicitement sa publication initiale au Danemark. Dès lors, en choisissant de coller à l’aubaine de ce scandale, fut-il promu par des confrères empreints de préjugés racistes, l’irrévérence « beauf » ne jouait plus qu’à sens unique, contre un ennemi commun aux laïcs & aux fascistes, un ennemi extérieur à nos consciences civilisatrices, et cela sans aucune nuance ni distinguo quant aux populations musulmanes amalgamée en bloc pour mieux les montrer du doigt (dans le cul, bien sûr). Plus une trace d’autodérision, mais le surplomb moralisant d’un opportunisme commercial qui allait rapporter gros, et même décupler les ventes pendant les mois suivants.

 

Petit historique des tirages:

– Décembre 1981, fin de Charlie Hebdo première mouture, faute de ventes suffisantes.

– Juillet 1992: Philippe Val, Gébé, Cabu et Renaud apportent le capital pour financer le premier numéro. Une société par actions est créée, son nom ne s’invente pas, « Les Éditions Kalachnikof ».

120 000 exemplaires écoulés.

2006: Le tirage moyen est de 85 000 exemplaires par semaine

Le numéro spécial de février sur les caricatures de Mahomet s’écoulera à 500.000 exemplaires. [2]

– Octobre 2009:   53 000 exemplaires

– Avril 2011:   48 000 exemplaires

5.000.000 exemplaires imprimés pour le numéro du 14 janvier 2015

[Mise à jour] Réimpression de 2.000.000 exemplaires pour un total de 7.000.000 exemplaires.

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Et cette semaine, Charlie remet le couvert, en nous jouant la même comédie de la «liberté d’expression». Pourtant, ils auraient pu tirer quelques leçons du feuilleton précédent, mais non. Le scénario se rejoue à l’identique, six ans plus tard, un deuxième numéro spécial Mahomet (cul à l’air, toujours), dans le sillage, cette fois, d’une vidéo étazunienne conçue par des évangélistes d’extrême-droite. Et là, les collaborateurs de Charlie auront beau prendre leurs airs de vierges effarouchées, ça ne prend plus. Qu’ils se fassent leur coup de pub, mais pas au nom de l’émancipation des peuples. Leur mauvaise foi anticléricale a bon dos, ça sent le remake à plein nez, et le cynisme boutiquier.
Le printemps arabe est pourtant passé par là, ouvrant d’autres issues à la subversion des conservatismes tyranniques et des traditions obscurantistes de l’autre côté de la méditerranée. Rien à foutre chez Charlie, tous dans le même sac. Et d’agiter encore le chiffon vert de l’islam, sans s’inquiéter des retours de flammes, ou pire encore, en espérant que cette prophétie catastrophiste aura des vertus auto-réalisatrices : la preuve que les barbus salafistes sont à nos portes, c’est qu’ils priaient sur la place de la Concorde samedi dernier, même s’ils n’étaient que 180. Encore un petite provoc, et ils seront dix fois plus. Et là, on aura démontré que la cinquième colonne est bien dans nos murs. Puisqu’en cette nouvelle manière satirique, il s’agit de justifier a posteriori la véracité d’une menace fantasmatique. Au lieu de se réjouir du peu d’emprise des manipulateurs wahabites, et de leurs généreux donateurs des Emirats, sur les «masses arabes» (à peine quelques milliers place Tahrir ou ailleurs), on préfère parier sur la remobilisation de ces fanatiques. Et tant qu’à faire, on leur file un prétexte en or massif. Ça s’appelle une politique du pire, n’en déplaise aux bouffons attitrés de Charlie qui manquent décidément de garde-fou autocritique. Mais ils s’en contrefoutent, à leurs yeux de potaches bravaches, tout est bon dans le blasphème «pinard et cochon», même avec d’infréquentables alliés objectifs, du moment que ça fait du pognon sur le dos des «pauvres cons» de mahométans.

N’empêche, ils auront beau se réclamer de la lignée de l’Assiette au beurre, l’argent de ce beurre-là sent le rance. Les Charb & Cie devraient méditer l’avertissement de feu Pierre Desproges : «On peut rire de n’importe quoi, mais pas en n’importe quelle compagnie». Leurs gauloiseries et rires gras de fin de banquet républicain ne font pas d’eux de nouveaux Diogène, rétifs aux honneurs et à toutes les crédulités, mais de cyniques excommunicateurs de la libre-pensée et profiteurs de guerre… de religions.
Et pour en finir avec ce fonds de commerce, en guise de dédicrasse à ses plumitifs, la reproduction de la une d’un brûlot anarchiste anglais datant de 1916 et le petit poème satirique que ça m’a inspiré :

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Cours, cours, petit canard sans tête
aux pas cadencés
des trompettes apocalyptiques
cela fait belle lurette
que ton esprit critique
s’est de lui-même décervelé.

Source. Yves Pagès

[1] « Quel besoin a-t-il eu d’entraîner l’équipe dans la surenchère ? », accuse Delfeil. Peu après la sortie du numéro, les locaux de Charlie sont incendiés. Delfeil rappelle ce que son ami Wolinski, même âge que lui, en disait à l’époque : « Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C’est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d’années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire. » Ni recommencer, estime Delfeil : « Il fallait pas le faire, mais Charb l’a refait, un an plus tard, en septembre 2012. » Le Monde 14 janvier 2015

[2] Pour ses lecteurs, Charlie Hebdo offre l’image d’un journal où travail rime avec humour et copains. Mais le vilain petit canard est devenu un cygne aux plumes d’argent. En 2006, les Editions Rotative, éditrices de Charlie Hebdo, ont enregistré un résultat bénéficiaire de 968 501 euros.
Près de 85 % de cette somme (soit 825 000 euros) ont été redistribués en dividendes aux quatre associés du groupe : Philippe Val, directeur de la publication et propriétaire de 600 des 1 500 parts de l’entreprise et Cabu, dessinateur et directeur artistique, aussi détenteur de 600 parts, ont perçu 330 000 euros chacun. Les deux autres actionnaires, l’économiste Bernard Maris, directeur adjoint de la rédaction, et le responsable financier Eric Portheault (respectivement 200 et 100 parts) ont touché 110 000 et 55 000 euros. Outre la bonne tenue des ventes et des abonnements (85 000 exemplaires vendus chaque semaine, en moyenne, selon la direction), ce gain s’explique, notamment, par la diffusion extraordinaire du numéro spécial consacré aux caricatures de Mahomet, le 8 février 2006 (500 000 exemplaires…). Le Monde 29 juillet 2008

Philippe-Val-caricature-Cabu

lettre ouverte à cavanna, fabricant de haine

À propos de la dérive sécuritaire de Charlie Hebdo

par Olivier Cyran
28 mars 2006

Depuis le référendum sur la Constitution européenne, les émeutes de novembre 2005 et l’ « affaire des caricatures de Mahomet », nul ne peut plus ignorer les dérives réactionnaires, islamophobes et anti-arabes de Charlie Hebdo. La publication opportuniste desdites « caricatures », et surtout le refus obstiné de condamner deux d’entre elles dont le caractère raciste était pourtant évident, a suscité de nombreux commentaires [1]. L’épisode a aussi été l’occasion de rappeler les précédentes dérives de cet hebdomadaire réputé « satirique » et « progressiste » [2]. Le texte qui suit constitue une nouvelle pièce au « dossier Charlie Hebdo » : il évoque la lamentable conversion de François Cavanna, membre fondateur du journal, aux dogmes sécuritaires. Les faits remontent au début de l’année 2002 : dans un article publié le 9 janvier, l’écrivain salue avec satisfaction la mort de Moussa, 17 ans, abattu le 2 janvier 2002 sur le périphérique parisien d’une balle policière dans la tempe. Estimant que la jeune victime avait « pris des risques » (en acceptant de monter à bord d’une voiture volée) et que sa fin brutale était dans l’ordre des choses, Cavanna enchaîne en gesticulant furieusement contre les « voyous » des banlieues, ces « brutes à front bas » qui sèment la « terreur » sous « l’œil placide » [3] des policiers. C’est en réaction à cet article qu’Olivier Cyran, ancien collaborateur de Charlie Hebdo, a écrit le texte qui suit, « sans illusion quant à l’utilité d’une telle entreprise, mais avec le sentiment de me débarrasser d’un gros nœud dans la gorge ».

 

Cher Cavanna,

D’après toi, le « gars » qui est mort voici deux semaines d’une balle policière reçue en pleine tête n’a donc eu que ce qu’il méritait. « Il avait pris des risques », soulignes-tu à plusieurs reprises. Les fous furieux qui réclament le retour à la guillotine se bordent en général à concentrer leur ferveur homicide sur les tueurs d’enfants. Toi, tu proposes le tir à vue sur les voleurs de voitures. De la part d’un pacifiste irréductiblement opposé, croyais-je, à toute forme de chasse et de peine de mort, c’est une position originale, je dirais même, oui : courageuse. Lorsque « le con se surpasse », pour reprendre le titre d’un de tes livres, le courage est toujours d’une aide précieuse. Cependant, comme tu as bien conscience qu’un vol de voiture ne saurait raisonnablement passer pour un crime passible du peloton d’exécution, il te faut charger la barque et inventer de toutes pièces une « attaque, revolver au poing », là où il n’y avait qu’une médiocre équipée à bord d’une bagnole chourrée. Peut-être disposes-tu d’informations inédites, auquel cas la police serait heureuse de les entendre. Pour l’heure elle n’a pas trop de quoi être fière, même si le policier tireur, comme toujours dans ce genre d’affaires, a été aussitôt blanchi au prétexte de la « légitime défense ».

Au fond, tu as raison : que nous importe la réalité des faits ? Quand bien même le « gars » aurait commis un hold-up fracassant, j’estime qu’il ne méritait pas d’agoniser la tête dans le giron de son copain. Une mort par balle est toujours une mort dégueulasse, surtout lorsqu’elle a été administrée sans jugement par un officier de la police publique. C’est ce qu’on appelle une question de principes. Pour autant, le fait que tes principes à toi suivent désormais la pente en vogue de la schlague sécuritaire ne devrait pas t’interdire d’être un poil plus rigoureux, ou plus honnête. Il faut savoir de quoi on parle lorsqu’on décrète juste, naturelle et salutaire la mort violente d’un « gars ». Celui dont nous parlons a été abattu d’une balle dans la tempe, ce qui signifie que le coup de feu mortel venait de côté et non de face. Sans être Sherlock Holmes, j’aurais tendance à en déduire que la voiture était en train de dépasser le policier au moment où celui-ci vidait son chargeur à hauteur de tête (trois impacts de balles retrouvés), et qu’elle ne menaçait donc nullement sa vie. Au rayon des petits détails techniques,on ajoutera que pour stopper un véhicule, il existe d’autres méthodes que l’élimination physique de ses passagers. La herse cloutée posée à même la chaussée en fait traditionnellement partie, mais il y en a d’autres.

Venons-en maintenant à ce « gars » anonyme sur lequel tu bâtis ta brillante démonstration. Il avait 17 ans et s’appelait Moussa. Ils s’appellent tous Ali, proclamait le titre d’un film des années soixante-dix, mais bon, celui-ci s’appelait Moussa, il y a des exceptions partout. En octobre dernier, Moussa participait à un rassemblement devant le Palais de Justice de Versailles. C’était à l’occasion du procès en assises d’un policier, Pascal Hiblot, accusé d’avoir tué d’une balle dans la nuque un jeune habitant de Mantes-la-Jolie, Youssef Khaïf. Comme tu le sais peut-être – et si tu ne le sais pas, la nouvelle devrait te combler – l’agent tueur a été acquitté. Moussa faisait partie de ce ceux qui ont manifesté dignement – mais oui ! – contre ce déni de justice, cette prime à la bavure. On l’a vu avec d’autres « voyous » embrasser la mère de feu Youssef, au moment où elle sortait en titubant du Palais de Justice où l’on venait de bénir le meurtrier de son fils.

Car Moussa ne faisait pas que voler des voitures. Il militait, aussi, à sa manière. Ceux qui l’ont rencontré dans les manifs du MIB (Mouvement de l’immigration et des banlieues) disent de lui que c’était un gamin souriant, pas con du tout, tout à fait capable de gestes solidaires et d’actes désintéressés. Ah oui, c’est vrai, j’oubliais… « On n’a jamais vu, dis-tu, la banlieue se mobiliser pour défendre un quidam non issu d’elle-même. Ni protester contre les tripatouilllages politico-financiers, les marées noires, les monstruosités sociales… » C’est curieux, en effet, cette sale manie qu’on les gens de se bagarrer en premier lieu contre ce qui les frappe, les heurte ou les humilie dans leur vie quotidienne. Les grévistes de Mc Do, par exemple : au lieu de se ranger derrière une cause noble et universelle, ces petits cons s’emploient égoïstement à dénoncer leurs conditions de travail. Et les séropositifs d’Act Up, alors ? Que ne militent-ils pas contre les rhumatismes, plutôt que de s’attaquer bêtement au sida ! Toi-même Cavanna, dans les colonnes de ton journal, tu gémis régulièrement sur la durée de vie, scandaleusement trop courte à tes yeux, dont tes ouvrages pâtissent en librairie. C’est un sujet que tu traites plus volontiers et à meilleur escient que les banlieues, et c’est normal : à chacun de parler de ce qu’il connaît, il n’y a pas de mal à ça. Les « voyous » que tu fusilles par écrit ne se révoltent guère, c’est vrai, contre les envois au pilon de tes bouquins, et fort peu, c’est vrai aussi, contre le FMI ou TotalFina. La conscience politique propre à ceux dont l’univers se limite à leur hall d’immeubles est parfois d’une vacuité déprimante. Je doute cependant que tu contribues à leur édification morale en crachant « Bien fait ! » à la gueule de leurs copains morts pour rien.

Les pauvres sont souvent de mauvaise compagnie, ça ne date pa d’hier et c’est ce qui justifie un journal comme Charlie. On peut à bon droit traiter de petits cons les banlieusards à casquette qui déambulent dans Paris le samedi soir, à la recherche d’un chapardage ou d’une épreuve de force. Je ne t’en voudrais pas de les accabler, à conditions toutefois que tu montres une indignation au moins égale à l’encontre du système qui les a cloués sur cette planche pourrie. Toi qui as vécu les trente glorieuses, tu pourrais te souvenir du processus de déglingue qui s’est amorcé durant cette période. J’ai rencontré les parents de Moussa, vendredi dernier, dans leur HLM des Mureaux. La cité où ils habitent – des cubes de béton à moitié vétustes portant des noms de grands compositeurs… – fut construites dans les années soixante-dix pour héberger la main-d’œuvre immigrée de Flins-Renault et de Talbot-Poissy. Importée de Maroc et d’Algérie, la chair à usines était assignée à résidente dans ces dortoirs géants munis de toutes les commodités modernes, parking, chauffage central et XC, mais où l’on avait juste oublié d’installer des lieux de culture, de loisirs et de vie.

« On était programmés pour le boulot et le dodo, et rien d’autres », m’a dit un vieux des Mureaux. Pas de librairie, pas de bistrot, pas de théâtre, que dalle, juste des alignements gris pour le parquage de l’ouvrier. Les belles années soixante-dix étaient aussi des années de ségrégation, de cynisme et d’exploitation sauvage. Tiens, j’ai retrouvé un vieux numéro de Charlie Hebdo du 6 décembre 1971, dans lequel est reproduite une interview fort instructive de François Bouygues. A l’époque, les patrons n’avaient pas encore de conseillers en communication, ils se lâchaient sanas vergogne. Voici, pour te rafraîchir la mémoire, ce que disait Bouygues à propos de la main-d’œuvre immigrée, qui représentaient 88% de son personnel :

« Nous ne pouvons pas la former car si nous la formons, nous l’avons pas l’espoir que nous pourrons la conserver (…). Ces gens-là sont venus ne France pour gagner de l’argent. Et à partir de là il leur est égal de travailler douze heures par jour ou même seize heures l’été quand ils le peuvent ».

C’est ainsi qu’on pressa le jus de ces « gens-là », sans se soucier une seconde de ce qu’il adviendrait de leur vieillesse et de leur progéniture. J’en ai vu, de ces vieux immigrés brisés par les heures sup, handicapés du travail ou chômeurs en dépression, perclus de douleurs, acculturés, muets à force d’humiliations. Le père de Moussa est l’un d’eux. Son fils est né avec ce passé-là sous les yeux et une barre de béton en guise d’avenir. Le 28 octobre, il était quand même à Versailles pour témoigner sa solidarité envers une famille qu’il ne connaissait pas, mais qui a perdu un fils dans une bavure policière. Deux mois plus tard, c’était à son tour de tomber sous les balles d’un flic. La routine… Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui un « gars » tombe sous les applaudissements d’un écrivain qu’un jour, peut-être, il aurait pu prendre plaisir à découvrir. Car tes bouquins sont aussi lus en banlieue, et aussi par des Arabes…

Je ne prétends pas que l’histoire de l’immigration (qui est aussi celle d’une mentalité coloniale recyclée en pragmatisme économique) permette à elle seule de répondre à la question essentielle : pourquoi, par une nuit glaciale, à 3 heures du matin, Moussa se trouvait-il dans une voiture fonçant à toute blinde sur le périph, en compagnie de deux autres ados, dont un de 14 ans ? Ce n’est pas une question simple. Cependant, à moins de considérer qu’une casquette de délinquant est inscrite dans le patrimoine génétique du basané de banlieues, il faut bien admettre qu’un enchevêtrement de causes multiples a déterminé ce gâchis. Il serait peut-être temps de dénouer la pelote, si on ne veut pas qu’elle prenne feu. Tirer dans le tas est sans doute plus facile, mais pas forcément plus productif. Quant à invoquer comme tu le fais le bon vieux temps mythique, celui des « malfrats de naguère »… Quelle rigolade ! D’ailleurs, es-tu vraiment sûr qu’ils ne « serait pas venu à l’idée » de ces braves truands à l’ancienne qu’ils « étaient victimes d’une injustice » ? Bon Dieu, mais l’histoire est remplie de hors-la-loi qui estimaient avoir des comptes à régler avec la haute ! Et qui auraient, eux, trouvé parfaitement dégueulasse que l’on plombe un gamin pour excès de vitesse.

Désolé, Cavanna, mais non, Moussa n’avait pas « pris ses risques », c’est la société qui lui en a fait courir plus que de raison, en le faisant délibérément grandir dans toute cette merde. Où étiez-vous, toi et les autres, durant ces merveilleuses années soixante-dix qui font venir aux yeux de Wolinski des larmes de nostalgie ? Qu’avez-vous fait à l’époque, toi et les autres, contre ces « monstruosités sociales », dont les conséquences ont tué Moussa ? Et dans quel mépris est taillée ta conscience politique pour que tu ailles jusqu’à traiter les indésirables d’« assistés » ? Pour un peu, tu soutiendrais que tout ça, c’et la faute au RMI… Ah, salauds de pauvres !

J’enrage de devoir être en colère contre toi. Et je suis triste comme un chien de lire sous ta plume des conneries malfaisantes qui, contrairement à ce que tu penses, ne sont plus dignes seulement du Figaro, puisqu’elles vérolent désormais cette gauche bien-pensante dont tu condamnes le prétendu laxisme (« l’œil impassible du flic », tu parles… T’as déjà vu comment se passe un contrôle policier, dans les cités ? Les insultes racistes, les tabassages, les arrestations arbitraires ? Demande à ceux qui savent, ils sont nombreux…). Tu prends la posture de l’homme seul qui ose élever la voix au-dessus des foules apeurées. Hélas, ça fait belle lurette que la conscience dont tu te targues est celle de la majorité. Prête un peu l’oreille à Julien Dray, à Jacques Julliard, à Chevènement et à tant d’autres hommes « de gauche » qui nous dictent l’air du temps : ils disent la même chose que toi, en plus faux-cul. Ton édito est conforme à la mode. Je suis même prêt à parier que tu as reçu des lettres de félicitations. Cavanna, l’homme qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas… Ca ne te rappelle rien ? Et merde.

p.-s.
Ce texte est paru dans le livre collectif La fabrique de la haine, Esprit frappeur, 2002

 

Olivier Cyran

 

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