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Faux-amis, les « nouveaux agitateurs sociaux »

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils ont fait Sciences-Po : ce sont les « nouveaux agitateurs sociaux », comme les a baptisés France Info.

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Ces entrepreneurs du spectacle militant chic et choc se bagarrent contre la vie chère, les stages-esclavage ou le manque de logements à coups de happenings télégéniques (pour lesquels on mobilise des bataillons de jeunes activistes). Leaders charismatiques des Désobéissants, de Génération Précaire, de Jeudi Noir, de Sauvons les riches ou de L’Appel et la Pioche, ils entendent « renouveler » les formes de lutte, car le syndicalisme à papa, c’est dépassé. «  Les syndicats ont une part de responsabilité terrible dans la crise qui les affecte, explique à France Info Manuel Domergue, le « communicant » de Jeudi Noir et Génération Précaire. C’est qu’ils sont souvent assez chiants, ils se renouvellent pas, ils sont vieux, ils sont pas drôles et souvent en plus ils perdent à la fin. […] Il faut mettre à leur décharge que c’est difficile d’avoir des modes d’action comme les nôtres quand on parle de sa boîte, quand on parle de son licenciement. C’est plus dur de façonner une médiatisation sur mesure, drôle et tout ça, quand on est en train de se faire virer de sa boîte. »

Trop sympa, Manuel, ton indulgence pour le prolo ignorant tout de la stratégie publicitaire. Mais même si on n’existe aujourd’hui que si on passe à la télé, tout le monde n’a pas forcément envie de tortiller du cul pour plaire aux journalistes. À moins de vouloir faire carrière…

©Francois Lafite/Wostok Press France, Paris 14/01/2015 Voeux de Europe Ecologie Les Verts avec le senateur Jean Vincent PLACE, l ancienne ministre Cecile DUFLOT et le porte parole Julien BAYOU.
©Francois Lafite/14/01/2015
Voeux de Europe Ecologie Les Verts avec Jean Vincent PLACE,  Cécile DUFLOT et le porte parole Julien BAYOU.

Car les médias les adorent, ces enfants terribles, anticapitalistes mais gentils. Et c’est vrai qu’elles ont de la gueule, leurs actions. Pique-niques récupérateurs dans les grandes surfaces, fiestas vengeresses dans des apparts que les proprios louent trop cher, squattage de bâtiments vacants pour y installer des sans-logis… Voilà qui attire la sympathie. Du coup, élus et ministres les pouponnent : Jeudi Noir bénéficie du soutien de plusieurs élus Verts, reçoit la visite de pontes PS ou NPA, et même l’appui du sénateur UMP Étienne Pinte. Son porte-parole, Julien Bayou, a participé avec d’autres à la Commission de concertation sur la politique de la jeunesse, une baudruche gonflée par Martin Hirsch. Pour quel résultat ? « Comme la quasi-totalité des membres de la commission Hirsch, Génération Précaire considère qu’il faut développer l’apprentissage et l’alternance. » Conscient d’avoir brassé du vide, Bayou ironise sur son blog : « Trente-deux ans d’échecs [depuis les stages exonérés du Plan Barre]. Cela force le respect. »

À ce train-là, en effet, on n’est pas près de sortir de la précarité. Sauf Bayou : pour lutter contre, lui et son pote Lionel Primault ont fondé une « agence de conseil en mobilisation et communication pour ONG et organisations d’intérêt général », comme le claironne leur profil fessebouc. Modestement nommée Primault & Bayou, elle est enregistrée comme entreprise de « création artistique » auprès de la fédération des Scops de la communication.

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La CGT-Cadres et Attac ont été leurs premiers clients. Le 28 mars 2009, dans le cadre d’une manif anti-G20, une plage de sable avec palmiers a été installée place de la Bourse, à Paris. Une action commanditée par Attac mais signée Primault & Bayou, qui ont répondu aux caméras depuis leurs transats. Quant à la CGT-Cadres, elle a, à 7 heures du matin le 21 octobre 2008, pris d’assaut le siège du Medef avec un énorme réveille-matin gonflable conçu par nos deux créatifs. Tout ça afin de soumettre à la centrale patronale une pétition pour le respect des RTT. Comme quoi, s’ils sont ringards, les syndicats peuvent encore servir à faire du pognon.

 

Le bouledogue rouge

Article publié dans CQFD N°70, septembre 2009

 

Les Désobéissants sont adeptes de l’action directe non violente, à condition qu’il y ait la télé.

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Source: CQFD

Répression sociale: le patronat siffle, le PS exécute

Pôle emploi va mettre en place dès cet été un contrôle accru des chômeurs.

Toute une procédure est prévue pour détecter une « insuffisance de recherche d’emploi ». Les sanctions pourront aller jusqu’à la radiation, s’ajoutant ainsi aux centaines de milliers de radiations abusives annuelles.
Le gouvernement montre du doigt les chômeurs qui seraient, selon lui, responsables de leur situation, laissant entendre qu’ils ne font pas les efforts suffisants pour trouver un emploi…

Faudrait qu’ils atterrissent!

Il y a au mois de mars 3,51 millions de chômeurs en catégorie A, c’est-à-dire sans aucune activité, à quoi il faut ajouter les demandeurs d’emploi qui exercent une petite activité en plus des sans activité qui est au total de 5,59 millions!

Du boulot, s’il en y avait pour tout le monde, ça se saurait!

Pire, le gouvernement laisse entendre que les chômeurs seraient des fraudeurs qui profiteraient indûment des indemnités-chômage alors que plus d’un sur deux ne reçoit aucune indemnisation et que l’immense majorité galère, c’est crapuleux!!!
S’il fallait un contrôle, ce n’est pas sur les galériens qu’il faudrait l’exercer mais sur ces fabricants de chômage que sont les patrons et autres rentiers qui bénéficient, en plus de tout ce qu’ils nous pillent, des milliards distribués sans contrôle par cet énième gouvernement de larbins!

Mais ce serait trop en demander à l’État et à cette démocratie-là qui n’existent et qui ne peuvent exister que pour le compte des capitalistes!

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

A lire en complément

C’est quoi la classe moyenne?

 

Quand la FNSEA fait sa loi

Nous vous proposons un reportage de la chaîne France 4 sur la politique lobbyiste et terroriste du premier syndicat agricole que nous complèterons de quelques images des exactions de pro-barrage qui ont lieu sur la Zone A Défendre du Testet.

 

 

 

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Grand rassemblement prévu le week end des 25 et 26 avril – le printemps de Sivens – pour  affirmer sa solidarité avec les opposants au barrage, victimes des exactions de groupes violents, couverts par l’Etat.

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

 

 

Pour comprendre les enjeux politico-économiques du barrage du Sivens

Disneyland, le royaume désenchanté

Dans la stratégie expansionniste des États-Unis, la culture apparaît comme un instrument de domination parmi d’autres. L’objectif est d’élaborer une culture de la consommation en standardisant toute création culturelle. Disney occupe une place centrale dans l’industrie des loisirs et, de ce fait, dans le processus de contrôle et de formatage de nos vies.
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Dans Disneyland, le royaume désenchanté, Paul Ariès, chercheur en sciences politiques, chrétien et militant d’un anticapitalisme non radical, nous livre un argument intéressant sur les mécanismes mis en œuvre dans les parcs d’attractions ou de loisirs et démontre que ce type de divertissement n’est pas neutre, imposant souvent à notre insu des représentations intellectuelles et culturelles tout à fait dans l’air du temps. Connaissant ses positions sur l’homosexualité et l’antispécisme, on abordera les propos de l’auteur avec un certain recul ; il ne s’agit bien évidemment ici que d’en dégager l’analyse afin de nous en servir dans nos luttes.

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Walt Disney n’a jamais caché son patriotisme – agent spécial du FBI, il aurait été chargé pendant 25 ans d’espionner les contestataires d’Hollywood. On ne s’étonnera pas de ses propos :  » Si vous regardiez au fond de mes yeux, vous y verriez flotter deux drapeaux américains ; le long de mon échine monte une bannière rouge, blanche et bleue, les couleurs des États-Unis.  » (Walt Disney – p. 13)
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Son objectif était de transmettre les valeurs fondamentales de l’idéologie américaine tout en divertissant le client.

L’auteur commence alors par s’interroger sur la culture présente dans ses parcs de loisirs ; véhiculant les valeurs profondes des Etats-Unis, est-elle donc une culture comme les autres ? Autrement dit, s’approche-t-on de la culture étasunienne en fréquentant Mickey, un peu comme on pourrait goûter la culture française en appréciant sa gastronomie, ou la culture italienne en aimant son histoire ou encore la culture africaine à travers sa poésie ?

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Il n’en est rien ; malgré ses avatars exotiques et sa volonté d’inclure dans ses parcs des personnages de la mythologie locale, le but de Disney n’est pas d’ouvrir à la culture de l’autre mais plutôt de se replier sur ses propres dimensions intérieures. En effet, Disney ne produit pas de l’imaginaire mais de l’affect. Ce qu’il cherche à produire sur son client, c’est de l’émotion, mais en aucun cas il ne vise à développer son intellect.
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Le conte de fée traditionnel fournit un matériau psychique que l’enfant doit s’approprier ; or Disneyland en détruit inévitablement toute féerie en s’efforçant de susciter de l’émotion à travers ses mises en scène. On peut effectivement constater que dans ses parcs, c’est le spectacle lui-même qui est mis en spectacle : le décor reproduit ce qui était déjà décor et fiction.
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Ainsi, lorsqu’on sort de Disneyland, on se rend compte que ce qu’on vient de visiter n’existe pas ; on n’y découvre finalement que le souvenir de ses illusions d’enfant. Disneyland n’est autre que le symbole de ce futur collectif régressif.
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Mais comment cela fonctionne-t-il ?

Dans ce jeu où jouer c’est acheter, celui qui gagne c’est toujours Disney.

Il faut d’abord savoir que tous les parcs Disney du monde sont construits selon le même plan. On pénètre par une avenue appelée Main Street USA, où les fausses maisons de poupées (qui cachent d’authentiques supermarchés !) instaurent d’emblée la confusion entre le fait de jouer et celui d’acheter. L’enfant est davantage considéré comme un produit d’appel dans cette entreprise et c’est l’ado-adulte qui l’accompagne qui est la véritable cible du marketing Disney.

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Tout est mis en œuvre pour faire régresser le client (pardon, le  » guest « , l’invité dans la novlangue de l’entreprise) jusqu’à cette nature sauvage où il cède à ses caprices. L’économie psychique du parc est toujours parfaitement identique. Afin de légitimer la régression et de déculpabiliser chacun de jouer-consommer, il faut chercher à libérer des fantasmes régressifs comme le désir de possession, par exemple, accompagné dans ce contexte, par celui de consommer.

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C’est donc bien un monde primitif, propice aux fantasmes, une recherche délibérée de régression vers l’âge de la petite enfance que choisit d’exploiter Disney. Il tente de se faire passer pour une allégorie universelle de l’âme enfantine pour mieux offrir aux adultes un schéma de régression nécessaire à la bonne marche de ses affaires. En quittant Main Street USA, le  » guest  » n’est déjà plus qu’un enfant du capitalisme conquis à l’idée que le monde n’est qu’une (somme de) marchandise(s)[1].

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La régression mise en actes

L’objectif est donc de brouiller les différences entre l’imaginaire et la réalité et de simplifier à l’extrême les formes de pensée afin d’obtenir des couples d’opposition tels que bien / mal ou gentil / méchant. En poursuivant l’exploration de Disneyland et des valeurs qui sous-tendent l’entreprise, on débouche inévitablement sur le mythe de la  » nouvelle frontière « , mythe étasunien par excellence, qui semble aujourd’hui avoir largement dépassé les limites du territoire US pour s’étendre sur la planète entière, légitimé par la même vision binaire bien / mal, gentil(s) / méchant(s).

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Frontierland : c’est la reconstitution du monde des cow-boys et de la conquête de l’Ouest. Il s’agit d’une société de mâles partageant des valeurs machistes avec le culte de l’alcool, du saloon, de la danseuse, de la putain, du shériff, etc… C’est une métaphore de l’homme dur et pur, un univers désinstitutionnalisé où règne la vraie justice, c’est-à-dire expéditive… Sur la frontière, tout homme est porteur de [ses propres] valeurs du bien et du mal et peut se retrouver à chaque instant à avoir à trancher entre ce qu’il trouve juste ou injuste.

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Or l’universitaire D. Duclos a montré comment ce thème conduit directement au déni des institutions humaines lorsque l’individu devient garant de sa propre liberté : il banalise tout autant la figure du justicier que la revendication du port d’arme. Cette mystique sert aussi à justifier un mode de développement brutal. Elle n’admet en effet aucune limite ni aucune contrainte matérielle. Elle postule l’existence d’un monde infini, inépuisable et exploitable à merci. Elle est l’un des principaux ressort de l’idéologie productiviste responsable du pillage des ressources et des menaces sur l’écosystème.
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La villa (palais?) de Walt Disney, estimé en 2012 à 90 millions de dollars.
En quittant Frontierland, l’individu ne doute plus que l’homme n’est lui-même que dans un rapport de domination et d’exploitation des autres et de la nature[2].
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Le déni de justice : Phantom Manor est la parabole du manège de la vie ; les fantômes représentent les perdants de la vie, les gagnants, eux, sont ceux qui ont pris des risques et qui ont su affronter leur peur ; ils se sont enrichis et ont quitté ces lieux maléfiques. Éternels perdants, les fantômes doivent accepter les coups du sort et ne s’en prendre qu’à eux-mêmes.

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Ils n’ont pas à se sentir exploités ou dominés, ce ne sont que des perdants et des assistés. Dans cette logique, il n’y a plus de différence entre catastrophes naturelles et sociales : un tremblement de terre, l’explosion d’une usine à Toulouse, la famine, le sida, un plan de licenciements, un éboulement de rochers, l’allongement de la durée des cotisations de retraite, c’est tout pareil !

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Les médias sont là pour  » naturaliser  » les conséquences des décisions des puissants de ce monde : c’est la faute à pas de chance ! Disneyland ne menace pas les puissants. Il apprend à les aimer, à les respecter et à prendre les Maîtres du monde pour modèle. Le monde du travail ainsi gommé, il n’y a plus d’exploiteurs et d’exploités, il ne reste plus que des chanceux et des malchanceux, des gagnants et des perdants…

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Idéologie : Bernard Pourprise a eu la curiosité de se livrer à une analyse très fine du journal de Mickey. Il montre, dans Économie et Humanisme, de mai-juin 1971, que 56 % des événements décrits dans les histoires de ce journal, peuvent être considérés comme des défenses actives d’une propriété.

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Le seul but des personnages de Disney est de rétablir l’ordre existant. Pourprise recense également près de 40 % d’histoires où l’enjeu du récit est ouvertement un enrichissement personnel du héros par la découverte d’un trésor, un gain au jeu, un profit spéculatif ou un héritage.

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Dans 84 % des cas où le pouvoir apparaît, on peut le qualifier d’oligarchique ou personnel (image du chef unique, du patriarche sage et bon enfant).

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Il remarque que la relation existant entre les personnages est toujours soumise à un rapport de domination (économique, sexuelle ou générationnelle) et que cette relation s’avère humiliante pour l’individu dominé dans 70 % des cas.

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Les méchants sont nécessairement laids, tant moralement que physiquement. Son étude fait encore apparaître que les perturbateurs de l’ordre Mickey sont à 59 % des individus menaçant la propriété, à 20,2 % des marginaux non-intégrés, à 7,9 % des révolutionnaires, à 6 % de sexe féminin et à 2,2 % d’une espèce différente.

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Pour la bonne bouche, un extrait de ses conclusions :

« On ne peut même pas parler de conservatisme doctrinaire, mais plutôt de réflexes réactionnaires viscéraux. C’est le ramassis le plus abject des idées reçues les plus stupides : les indigènes, grands enfants, incapables d’intelligence, dont la seule préoccupation est de chanter et de danser, les pays tropicaux en trouble permanent, les gentils patrons, les ouvriers flemmards ou stupides, les révoltes injustifiées ou sanguinaires, et le communiste, ennemi mortel, qui veut semer la zizanie dans les pays occidentaux (…). Le but avoué ou non des producteurs de Mickey est de faire admettre par leur public comme naturelles ou souhaitables certaines catégories de conduite sociale au détriment d’autres. Chaque fois qu’un individu veut transformer les modes de vie ou l’organisation sociale, sa tentative se solde par un échec cuisant. Dans quelque domaine que ce soit, particulièrement dans celui de la morale et de l’éducation des enfants, chaque idée nouvelle, chaque théorie non marquée par le sceau de la continuité et du conformisme est impitoyablement refusée. Ce respect de la tradition se traduit également par une attitude très positive à l’égard des institutions sociales qui la représentent par nature, et particulièrement, l’armée et l’Eglise « .

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Disneyland, l’anti-fête populaire : en général, dans un carnaval, l’usage du masque est un moyen de se dérober et de se cacher afin de braver un interdit. Chez Disney il permet au contraire de s’identifier et de se reconnaître. On porte des oreilles de Mickey pour s’identifier publiquement à lui et en revendiquer les valeurs.

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C’est la perversion du carnaval, où la subversion est canalisée et l’impertinence collective remplacée par une frénésie consumériste individuelle. La fête devient standardisée, l’imprévu y a perdu toute sa place et toute improvisation s’avère impossible.

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Les valeurs telles que la générosité, l’égalité, le partage, sont sacrifiées tant pour les clients que pour les salariés au profit de la sacralisation de la compétition, de l’entreprise et du marché.

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Il s’agit, partout, de s’afficher pour pouvoir s’identifier. Ainsi, l’adepte peut recevoir une nouvelle identité, grâce à des mythes, des coutumes, des sacrifices, le port d’objets fétiches ou des actes de dévotion. Il peut graver son nom sur le sol du parc, habiter la ville Disney ou faire partie des adhérents du club des actionnaires.

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Une culture factice tournée vers le futur : en 1986, le gouvernement Fabius accepte de ne pas appliquer intégralement le droit du travail à EuroDisney, transformant ainsi le parc en laboratoire d’expérimentation du néo-management, reposant sur la fragilisation et la déqualification de l’ensemble des personnels ainsi que sur une identité de pacotille (on n’est plus  » salarié-e  » mais  » cast member « , tout le monde se tutoie et s’appelle par un prénom factice, il faut porter l’uniforme en souriant, se soumettre aux critères d’apparence physique de Disney – longueur des cheveux, utilisation calibrée du maquillage et des bijoux – et pratiquer un vocabulaire propre à l’entreprise), bref une socialisation qui correspond aux fantasmes des néo-managers qui rêvent d’instituer une atmosphère de travail telle que les employés se sentent appartenir eux-même au monde magique de Disneyland et qu’ils viennent y travailler pour le plaisir et non plus pour gagner de l’argent.

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Disneyland : symbole des loisirs de masse conditionnés

Comme on le voit, les valeurs à l’œuvre dans ces parcs de loisirs sont loin d’être neutres : monde binaire divisé entre les gentils et méchants (l’axe du bien contre celui du mal !), loi du plus fort, machisme, compétitivité, irresponsabilité face à l’écosystème, fatalisme social, primauté de l’émotion sur la réflexion, suprématie de la pulsion, nouvelles formes d’exploitation salariale… Sont-ce là des valeurs universelles ? Disney, comme d’autres marques, contribue par son action au formatage de nos désirs et à l’uniformisation du monde en diffusant un modèle de société qui saccage le milieu, rend les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Sachons nous en préserver et en démonter les mécanismes !

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Disneyland, le royaume désenchanté, Paul Ariès, éditions Golias, 2002.

[1] Profitons-en pour remarquer, que faire régresser le client pour le formater idéologiquement, n’est pas l’apanage de Disney. Il s’agit aussi d’une stratégie commerciale des multinationales parties à la conquête du monde, basée sur l’idée que ce sont les cultures qui instaurent les différences entre les êtres humains (les clients) et qu’il importe donc de s’adresser à l’individu avant que sa culture ne le structure. D’où les campagnes publicitaires tournées vers les enfants – les chercheurs-publicitaires pensent qu’entre trois et quatre ans, les enfants sont déjà capables de distinguer marques et logos – mais aussi la volonté de pérenniser et de développer les fêtes de grande consommation (Noël, Halloween, anniversaires…) ou de faire régresser l’adulte vers un monde d’enfant supposé  » pur « , où l’individu est encore affranchi de toute culture. Cf. www.antipub.net

 

[2] Remarquons encore que ni l’esclavage, ni le génocide indien ne sont évoqués dans les reconstitutions  » historiques  » de Walt Disney. Il s’agit bien de travestir la réalité pour que le reste du monde puisse s’identifier et confondre les intérêts des USA avec ceux des transnationales : un monde sans frontière et sans histoire en somme.

 

Source No Pasaran samizdat.net

 

 

 

 

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José Bové contre la PMA : Moyen Âge quand tu nous tiens !

À l’occasion d’une interview le député européen sortant et candidat écologiste José Bové s’est prononcé contre la Procréation Médicalement Assistée (PMA) « dans tous les cas » et, en général, « contre toute manipulation sur le vivant, animal, végétal ou humain », déclenchant un tollé chez certains de ses amis politiques.

Si les idées réactionnaires de José Bové étaient appliquées, elles priveraient non seulement chaque année en France les 30000 couples hétérosexuels victimes d’infertilité qui ont recours à la PMA de pouvoir procréer mais aussi l’accès aux couples homosexuels qui en sont actuellement privés par la conséquence d’une énième dérobade de promesse du président Hollande, contrairement à la Belgique, par exemple, où tous les couples y ont accès.

La position du Vatican sur la PMA est celle d’un refus catégorique de toute assistance médicale à la procréation.

En s’élevant contre certains progrès de la médecine, José Bové ne fait que suivre la même voie.

Prétendre s’élever contre « toute manipulation du vivant » est ridicule, surtout venant d’un éleveur de moutons, animaux qui n’existent pas à l’état sauvage, cotisant à la Sécurité sociale qui lui rembourse ses médicaments et fumeur de tabac, espèce végétale sélectionnée s’il en est.

Passéiste, Bové n’aura été un modèle de la lutte pour un monde meilleur que pour ceux qui l’entrevoient à travers les toiles d’araignées qu’ils ont dans la tête.

 

Les Enragé-e-s

 

Pour aller plus loin:

L’écologie, un thème de gauche ?

A l’heure où l’extrême droite fasciste opère un retour inquiétant et passe à l’offensive dans tous les milieux et sur tous les fronts, que ce soit la rue, le monde du travail, ou encore la culture, peut-on encore laisser cette considération répandue qui voudrait comme une évidence que l’écologie soit une thématique de gauche?

A l’évidence non, et c’est pourquoi nous pensons que les mouvements écologistes radicaux auxquels nous considérons appartenir doivent réaffirmer des positions claires en ce qui concerne la lutte des classes et particulièrement l’antifascisme.

La proximité entre extrême-droite et écologie où refus du progrès ne tiennent pas du simple opportunisme mais ont toujours existé.

 Lire la suite ici =>     Critique de la société industrielle et écologie radicale, de la nécessité d’un positionnement social et antifasciste !

 

« Ascenseur social », « méritocratie » et autres billevesées du marché

Question aux Enragé-e-s

–  Pour le concept voisin d' »ascenseur social », je me demande quelle est l’origine, les sournois inventeurs. Une idée?

– Pour ce qui est de la « méritocratie« , c’est un concept qui vient des USA, qui date, nous semble-t-il, des années 60, c’est-à-dire à partir du moment où la contre-révolution néolibérale commence à monter en puissance, à savoir quand la Réaction commence à reprendre du poil de la bête consécutivement à la victoire des idéologies étatistes de l’immédiate après-guerre, qui permettront aux industriels et aux bourgeoisies de sauver leurs rentes.

Quant à l’ascenseur social, il faudra sans doute chercher à la fois du côté du bonapartisme et de l’avènement du capitalisme dans sa phase impérialiste, notamment avec l’école « républicaine » de Jules Ferry.

Même si la méthode n’est pas nouvelle, c’est ce qu’on appelait l’oblation au Moyen Âge. Lorsqu’un système se referme, il met en avant des membres de la classe la plus basse, qui doivent tout à l’institution.

Exemple, le Pape Gerbert d’Aurillac, paysan illettré devenu Souverain pontife lorsque l’Église est devenue princière.
On pourrait multiplier les exemples: les janissaires en Turquie, ou les fils d’ouvriers Finkielkraut et Glucksmann.

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Le bonapartisme se fonde sur une  » République  » autoritaire, militaire, les fils de poissonniers devenaient maréchaux d’Empire à 20 ans.
Plus près de nous, ce serait par exemple la nomination de Rachida Dati, servant à faire prendre corps à l’illusion  » d’ascenseur social  » auprès des  » jeunes des quartiers « .

On peut penser également à Pierre Bérégovoy, ouvrier chargé de porter l’estocade aux ouvriers en mettant en place les pires politiques patronales.

François Hollande dépose une gerbe sur la tombe de Pierre Bérégovoy, à Nevers, le 1er mai 2012
François Hollande dépose une gerbe sur la tombe de Pierre Bérégovoy, à Nevers, le 1er mai 2012

C’est aussi cette « discrimination positive« , qui est tout sauf de l’égalité mais de la simple équité, elle aussi chère à la droite, à savoir l’intention de remettre un peu d’égalité au sein d’un système effrontément inégalitaire.

Ce sont ces oblats qui sont le produit de rapports sociaux déterminés par le capitalisme, et qui matérialisent la peur des héritiers mis en danger dans leurs privilèges.

Ce sont ces rares rejetons de la plèbe intégrant Sciences Po ou l’ENA, qui deviennent pour beaucoup des éléments dotés d’un potentiel important de consolidation des rentes sociales en place.

C’est enfin le produit de l’évolution d’Etats qui mutent en Etats impérialistes à partir de la fin du XIXe siècle, une structure fondatrice qui est toujours intacte dans sa forme actuelle et qui a pour nécessité de débaucher les plus brillants des prolétaires pour en faire une sous classe dominante, ce que l’on nomme la « classe moyenne« .
Classe moyenne, dont les médias patronaux nous parlent beaucoup et qui pourtant n’a rien à voir avec le  » français moyen « .

Il s’agit en réalité de la petite bourgeoisie, classe très minoritaire installée au sommet du prolétariat et dont le positionnement louvoie en permanence entre un discours favorable aux masses et la défense inébranlable de la bourgeoisie, classe constituée après laquelle elle court.

Allumez n’importe quelle télé, vous verrez un petit bourgeois.

Nous sommes là dans le cœur de votants réformiste (FdG, EELV, PS, PRG, etc,…) animé par une petite bourgeoisie sur-diplômée, une petite aristocratie universitaire qui entend  » réformer  » le capitalisme sans s’attaquer frontalement à la classe possédante et à qui elle doit tout.

A ne pas confondre avec la petite bourgeoisie réactionnaire qui elle, à l’inverse, est principalement animée par le petit patronat, les gros exploitants agricoles, les petits notables et autres rentiers, cœur de votants idéologique du MoDem au FN en passant par l’UMP, de la bourgeoisie dans son ensemble, de la classe possédante.

Les plus nombreux, quant à eux, se faisant balader électoralement entre ces choix qui n’en sont pas et au sein d’une démocratie fantoche.

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Les Enragé-e-s

 

 

Même lorsqu’un homme sans fortune obtient du crédit en tant qu’industriel ou commerçant, c’est qu’on a confiance qu’il va se conduire en capitaliste, s’approprier à l’aide du capital prêté du travail non payé. On lui accorde du crédit en tant que capitaliste en puissance. Et même le fait, qui suscite tant d’admiration de la part des apologistes de l’économie politique, qu’un homme sans fortune, mais énergique, sérieux, capable et versé dans les affaires, puisse de cette façon se transformer en capitaliste […] ce fait, même s’il fait entrer sans cesse en lice contre eux toute une série de nouveaux chevaliers d’industrie, dont les capitalistes individuels déjà en place se passeraient bien, renforce cependant la domination du capital, en élargissant sa base et en lui permettant de recruter toujours de nouvelles forces dans le soubassement social sur lequel il repose. Tout comme pour l’Église catholique au Moyen Âge, le fait de recruter sa hiérarchie sans considération de condition sociale, de naissance, de fortune, parmi les meilleurs cerveaux du peuple, était un des principaux moyens de renforcer la domination du clergé et d’assurer le maintien des laïcs sous le boisseau. Plus une classe dominante est capable d’accueillir dans ses rangs les hommes les plus importants de la classe dominée, plus son oppression est solide et dangereuse.

Karl Marx

 

C’est quoi la classe moyenne? La petite bourgeoisie.

La petite bourgeoisie comme classe sociale

Les petits bourgeois ne produisent aucune plus-value, mais ils parasitent la plus-value produite par les ouvriers qu’ils ont intérêt à maintenir en servage salarié, le gagne-pain du bobo en dépend.

 

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Les capitalistes les emploient à des tâches spécialisées afin d’entretenir la force de travail salarié, l’encadrer, la diriger ( politiquement notamment ), la réprimer et la pressurer afin qu’elle assure l’afflux maximum de plus-value vers les différents secteurs d’activité et vers les entreprises pour que le petit-bourgeois obtienne sa pitance en récompense de sa dépendance larmoyante.

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La petite bourgeoisie assume de multiples services tertiaires, internes aussi bien qu’externes aux entreprises, ce que les ouvriers d’Amérique appellent le « Red Tape », c’est-à-dire des coûts extra-production qui font enfler les soumissions et décourage les clients capitalistes des pays émergents.

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En effet, le sort de l’ouvrier est intimement lié au sort du petit-bourgeois salarié.

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Au milieu des années 70, un ouvrier ou un employé pouvait « espérer » rattraper le niveau de vie d’un cadre en 30 ans.

Contre 150 ans de nos jours.

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La Noce – La Noce chez les petits-bourgeois de Bertolt Brecht – se déroule dans un monde d’apparence soumis aux conventions. Espace réduit qui décrit assez bien la petite-bourgeoisie lors de l’établissement des prémices de leur domination. Dans ce monde intemporel – aucune date, aucune allusion à l’extérieur, aucune référence à un ailleurs identifiable -, dans ce monde où toutes formes de repères historiques et politiques, culturels, géographiques sont gommées, des personnages représentatifs de cette classe sont aux prises avec leur propre vacuité. Ils évoluent comme englués dans leur médiocrité et entretiennent, paradoxalement, eu égard à ce qu’ils laissent entrevoir de leur âme, un sentiment de supériorité qui les rend immédiatement détestables.

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« La gauche n’a pas à condamner le capitalisme ; elle a pour rôle de rappeler aux dirigeants d’Air France, de PSA ou de Sanofi, que ce sont eux qui sont en train de le démolir. Que ce sont eux qui en sont les fossoyeurs ; et qu’elle ne les laissera pas faire. » Karine Berger, 17 Juillet 2012

 

Cette classe infatuée d’elle-même s’expose pour ce qu’elle est, un aboutissement historique dans la négation du tragique et la réduction de l’autre au clone de soi.

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Elle est l’incarnation de la fin de l’histoire, c’est-à-dire de son effacement au profit de l’actualité la plus immédiate avec ce que cela comporte de sordide, d’amnésie et de malhonnêteté intellectuelle. Le tout présenté sous les auspices de l’innocence et de l’irresponsabilité. La dissolution du social dans une célébration d’un individualisme empreint de conformisme et de faux-semblant est, pourrait-on dire, le signe le plus flagrant de sa victoire, une victoire sans partage. Laquelle accomplit la domination idéologique d’un néant bavard et futile tourné uniquement vers lui-même.

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Il n’existe sans doute nulle autre profession capable de parler d’elle-même pendant des heures sans manifester l’entame de quelque essoufflement. Elle appartient à une classe qui se passionne avant tout pour ce qu’elle est, la prolongation narcissique de son propre individualisme. « J’ai commencé C à vous à 8.000 euros net par mois, j’en suis à 12.000, confiait Alessandra Sublet en 2013. Des chaînes m’ont parfois proposé trois fois plus. L’argent n’est pas un moteur ». Une proximité avec son public qui se ressent quand elle offre à déguster son repas de traiteur à des gueux flattés de pouvoir ainsi relever leur plat de pâtes en faisant partie des privilégiés admis pour assister à la Cène.

 

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Cette mise en abîme semble donner à ses thuriféraires une source d’inspiration où ils puisent leur autosatisfaction qui, par bien des côtés, ressemble à une célébration de l’anéantissement de la parole dans sa propre caricature. Cette classe, moyenne en tout, hisse en effet le « déparlé » au stade le plus parfait de la fausse conscience et glorifie le lieu commun en lieu et place de toute pensée inspirée.

Elle est le siècle, son idéal et sa réalisation.

Jean Luc Debry

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Étant donné que, dans la quasi-totalité des pays à travers le monde, la classe ouvrière piétine, s’use et s’échine dans des luttes de résistance sur le front économique et ne parvient pas à développer une conscience de classe « pour soi », visant la conquête politique exclusive de tout le pouvoir d’État, alors la marée des petits bourgeois paupérisés frétille afin de s’emparer de la direction de ces luttes pour les diriger vers des revendications réformistes en faveur d’un changement électoral gouvernemental.

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Septembre 2013. Résidences secondaires : Cécile Duflot, l’agent immobilier préféré de la bourgeoisie! Et elle peut lui dire merci : le propriétaire d’une résidence secondaire sur la Côte d’Azur, détenue depuis vingt-deux ans et vendue 2 millions d’euros avec une plus-value de 1,2 million d’euros, verra son impôt passer de 311.400 euros à 123.874 euros. Dans cet exemple, un cadeau s’élevant à 187526€ mais « rassurez-vous », cela fonctionne aussi très bien pour les villas à 8.000.000€ Résidence secondaire : 3 millions d’habitations aux volets fermés près de 11 mois par an, possédées par seulement 9% des français, 20% des parisiens.

 

D’autres voies et moyens sont préconisés tels la signature de milliers de pétitions de protestation, expressions pusillanimes de leurs rancœur juvénile ; la tenue de protestations pour des réformes juridiques en faveur des démunis (les Indignés campant sagement devant les bourses de ce monde en perdition) ; l’adoption de lois comme cette loi québécoise interdisant la pauvreté [sic] ; une autre loi présentant en débat des « valeurs » authentiquement bourgeoises et xénophobes ; une loi pour taxer les transactions financières (ATTAC et taxe Tobin avec l’appui de la grande bourgeoisie) ; une loi pour interdire la spéculation boursière frauduleuse ou l’évasion fiscale illicite vers les paradis fiscaux créés et protégés par l’État policier ; ainsi que moult autres gabegies du même acabit. Sans compter l’appétence de la petite-bourgeoise pour les commissions d’enquêtes publiques afin de réintroduire l’éthique dans l’administration gouvernementale et la politique nationale, provinciale, régionale et municipale, déviant ainsi l’aporie des classes antagonistes vers le marais de la social-démocratie réformiste et vers la déchéance électoraliste.

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Quiconque se prononce en faveur de la voie des réformes légales, au lieu et à l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus tranquille, plus sûre et plus lente, conduisant au même but, mais un but différent, à savoir, au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, des modifications purement superficielles de l’ancienne société […] non pas la suppression du salariat, mais le dosage en plus ou en moins de l’exploitation. Rosa Luxemburg

La petite bourgeoisie est individualiste et narcissique

Dans la vision de Marx, la petite bourgeoisie avait peu de possibilité pour transformer la société car elle ne pouvait guère s’organiser, la concurrence du marché positionnant ses membres « les uns contre les autres ». La petite bourgeoisie est le chien de garde social de la grande bourgeoisie, elle est un segment de classe intermédiaire engageant son existence comme entremetteur entre la grande bourgeoisie et la classe ouvrière ou encore offrant ses services à l’une et à l’autre de ces classes sociales antagonistes.

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« Les opinions politiques sont des préjugés comme les autres. Je m’en suis débarrassé, on se sent plus léger. » Frédéric Taddeï

« Ce soir ou jamais » une émission prétendument « transgressive » plébiscitée par l’extrême droite pour son « courage »

De par sa position de classe la petite bourgeoisie, isolée, individualiste, égocentrique et pédante est très vulnérable aux aléas de l’économie et aux transformations sociales qu’elle appelle de ses vœux et craint tout à la fois. C’est la raison pour laquelle nous qualifions ce segment de classe d’hésitant, de pleutre, de chancelant, d’indiscipliné, d’anarchisant et de fortement attiré par la politique terroriste alors que sa résilience révolutionnaire est plus qu’incertaine. Le compromis, la conciliation, la collaboration de classe sont ses penchants naturels, instinctifs, ce qui explique que ses héros ont pour nom Gandhi, Mère Teresa et Nelson Mandela.

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Mais il est cependant des timorés qui croient honnêtement à l’évolution des idées et qui néanmoins, par un sentiment de peur instinctive, veulent éviter toute révolution. Ils l’évoquent et la conjurent en même temps: ils critiquent la société présente et rêvent de la société future avec une vague espérance qu’elle apparaîtra soudain, par une sorte de miracle, sans que le craquement de la rupture se produise entre le monde passé et le monde futur. Êtres incomplets, ils n’ont que le désir, sans avoir la pensée ; ils imaginent, mais ils ne savent point vouloir. Appartenant aux deux mondes à la fois, ils sont fatalement condamnés à les trahir l’un et l’autre. Elisée Reclus

 » Vous pourrez plus vous plaindre du PS car vous aurez choisi  » lance Arnaud Montebourg au syndicaliste Xavier Mathieu juste avant les « primaires » en 2011.

Son mode de vie narcissique et dépendant pousse instinctivement le petit bourgeois vers la grande bourgeoisie qu’il sert docilement.

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Il ne s’agit pas d’un photomontage issu d’un site satirique mais bel et bien d’une capture d’écran issue du site officiel du PS, ici dans un exercice de style assez audacieux mêlant cynisme à un scoutisme de bon aloi repoussant toujours plus loin les limites du grotesque.

 

Mais que survienne une crise économique comme il en arrive régulièrement en mode de production impérialiste et le train de vie de la petite bourgeoise est menacé, elle est chassée de son loft hypothéqué, elle doit troquer ses vêtements griffés et sa grosse cylindrée empruntée. La petite bourgeoisie s’enrage alors, maudit l’ouvrier qui refuse de travailler davantage pour gagner moins, afin de permettre aux capitalistes de maintenir ses profits, soi-disant soutenir l’emploi, et prétendre doper l’économie et les marchés de biens et de service sur lesquels parasite la petite bourgeoisie démunie.

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Un besoin de vie nouvelle se fait sentir. Le code de moralité établi, celui qui gouverne la plupart des hommes dans leur vie quotidienne ne paraît plus suffisant. On s’aperçoit que telle chose, considérée auparavant comme équitable, n’est qu’une criante injustice : la moralité d’hier est reconnue aujourd’hui comme étant d’une immoralité révoltante. Le conflit entre les idées nouvelles et les vieilles traditions éclate dans toutes les classes de la société, dans tous les milieux, jusque dans le sein de la famille. Le fils entre en lutte avec son père : il trouve révoltant ce que son père trouvait tout naturel durant toute sa vie ; la fille se révolte contre les principes que sa mère lui transmettait comme le fruit d’une longue expérience. La conscience populaire s’insurge chaque jour contre les scandales qui se produisent au sein de la classe des privilégiés et des oisifs, contre les crimes qui se commettent au nom du droit du plus fort, ou pour maintenir les privilèges. Ceux qui veulent le triomphe de la justice; ceux qui veulent mettre en pratique les idées nouvelles, sont bien forcés de reconnaître que la réalisation de leurs idées généreuses, humanitaires, régénératrices, ne peut avoir lieu dans la société, telle qu’elle est constituée : ils comprennent la nécessité d’une tourmente révolutionnaire qui balaie toute cette moisissure, vivifie de son souffle les coeurs engourdis et apporte à l’humanité le dévouement, l’abnégation, l’héroïsme, sans lesquels une société s’avilit, se dégrade, se décompose. La machine gouvernementale, chargée de maintenir l’ordre existant, fonctionne encore. Mais, à chaque tour de ses rouages détraqués, elle se butte et s’arrête. Son fonctionnement devient de plus en plus difficile, et le mécontentement excité par ses défauts, va toujours croissant. Chaque jour fait surgir de nouvelles exigences. — « Réformez ceci, réformez cela ! » crie-t-on de tous côtés. — « Guerre, finance, impôts, tribunaux, police, tout est à remanier, à réorganiser, à établir sur de nouvelles bases. » disent les réformateurs. Et cependant, tous comprennent qu’il est impossible de refaire, de remanier quoi que ce soit, puisque tout se tient ; tout serait à refaire à la fois ; et comment refaire, lorsque la société est divisée en deux camps ouvertement hostiles ? Satisfaire les mécontents, serait en créer de nouveaux. Incapables de se lancer dans la voie des réformes, puisque ce serait s’engager dans la Révolution ; en même temps, trop impuissants pour se jeter avec franchise dans la réaction, les gouvernements s’appliquent aux demi-mesures, qui peuvent ne satisfaire personne et ne font que susciter de nouveaux mécontentements. Les médiocrités qui se chargent à ces époques transitoires de mener la barque gouvernementale, ne songent plus d’ailleurs qu’à une seule chose : s’enrichir, en prévision de la débâcle prochaine. Attaqués de tous côtés, ils se défendent maladroitement, ils louvoient, ils font sottise sur sottise, et ils réussissent bientôt à trancher la dernière corde de salut ; ils noient le prestige gouvernemental dans le ridicule de leur incapacité. A ces époques, la Révolution s’impose. Elle devient une nécessité sociale ; la situation est une situation révolutionnaire. Pierre Kropotkine

 

La différence entre ces deux classes (ouvriers et petits bourgeois paupérisés) tient à ceci que l’ouvrier sait, ou devrait savoir, que seule la destruction totale et l’éradication complète du système d’économie politique capitaliste peut sauver la planète et l’espèce humaine, alors que le petit-bourgeois, indécrottable fumiste et éternel utopiste entêté est convaincu que quelques bonnes réformes au mode de production impérialiste décadent, qui n’affecteraient nullement son statut social, suffiront à le remettre sur pied pour une nouvelle farandole des pieds nickelés.

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Une carrière confortable à l’ONU, un soutien indéfectible à la « deuxième gauche » de Rocard, cette gauche de compromission avec le patronat puis un soutien à Cohn Bendit et enfin à Hollande, des soutiens largement incompréhensibles pour celles et ceux qui ont lu, entendu et compris son petit manifeste à succès « Indignez-vous » (4 millions d’exemplaires) dans la mesure où les hommes politiques sus-cités portent et animent une politique en fort décalage avec les idées développées dans son ouvrage.

 

Le petit-bourgeois a un ego démesuré et sa scolarité ( souvent universitaire ) ainsi que sa position sociale autoritaire, en tant que courroie de transmission et transmetteur d’ordre pour ses patrons, lui confère une grande suffisance narcissique. Le petit-bourgeois sait tout, n’obéit qu’à celui qui le stipendie et, assis dans son salon devant sa télévision entre deux bourbons, en parole et sur papier, il transforme la société. En réalité, il ne sacrifiera jamais sa vie pour autrui, et loin de lui le fusil de la révolution socialiste. Nelson Mandela, le pacifiste, comparse de Frederik de Klerk, et penseur de la Nation Arc-en-ciel de collaboration de classes entre les négriers Afrikaners et les noirs surexploités et assassinés dans les mines et les townships de pauvreté est son héros ex-voto. De par son activité dans le procès social de production et de reproduction du capital, des marchandises, des biens et des services à commercialiser, la petite bourgeoisie est en contact fréquent avec la classe ouvrière et avec la classe capitaliste qu’elle admire de tout son être, qu’elle vénère et qu’elle envie. Une âme de petit prédateur capitaliste sommeille dans le cœur flétrit et mesquin de tout larbin petit-bourgeois malandrin.

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Les deux classes (ouvriers et bobos) s’épient et se méprisent mutuellement. Pour le moment la petite bourgeoisie servante de la grande bourgeoisie a le haut du pavé dans la lutte de résistance sociale et c’est elle qui mène le bal.

clapclapL’histoire a montré que dans les périodes de grave crise économiques et sociales la bourgeoisie n’avait aucun scrupule à abattre son jeu et à instaurer sa dictature de classe ouverte, la petite bourgeoisie a au contraire besoin de la démocratie comme de l’air pour respirer. C’est dans l’ambiance démocratique que la petite bourgeoisie peut le mieux exercer toutes ses capacités de médiateur et d’entremetteur, au point de remplir tous les espaces politiques, sociaux et économiques permis par le développement capitaliste. Ce n’est pas par hasard que dans les pays capitalistes les plus développés la petite bourgeoisie prolifère dans les secteur du commerce, des «services», de l’administration, de la bureaucratie, de la culture, de l’information, de la religion ou du sport, plutôt que dans les secteurs traditionnels de l’artisanat, de la petite production et de l’agriculture. On rencontre davantage dans ces derniers secteurs des éléments venus du prolétariat avec l’espoir d’échapper à leur condition en «se mettant à son compte».

La petite bourgeoisie cherche à utiliser la force de résistance de la classe ouvrière et de ses alliés afin de la monnayer aux grands bourgeois contre de meilleures conditions d’esclavage salarié pour elle et les siens.

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La classe ouvrière doit impérativement modifier ce rapport de force et reprendre son autonomie organisationnelle et militante. C’est la classe ouvrière qui doit diriger le combat de résistance féroce (pas du tout pacifiste) et non pas se mettre sous le parapluie de la petite bourgeoisie aigrie, chancelante, irrésolue, pacifiste et conciliatrice.

Depuis l’approfondissement de la crise systémique de l’impérialisme moderne l’État réduit les charges fiscales imposées aux entreprises accroissant d’autant les impôts et les taxes reposant directement sur les épaules de tous les salariés, les ouvriers tout autant que les employés des entreprises privées, publiques et parapubliques, ce qui comprend évidemment les petits-bourgeois (la pseudo classe moyenne qui n’a jamais existé) qui ont tout à coup le sentiment de ne plus être importants pour leurs maîtres capitalistes qui les soumets petit à petit à l’indigence…

Source

 

Misère et décadence de l’esprit satirique, Charlie Hebdo et son fonds de commerce

Septembre 2012

Au milieu des années 60, les fondateurs de Hara Kiri (et du futur Charlie) se sont ouvertement inscrits dans une tradition satirique à-la-française, cette verve confusément libertaire qui fit les heures de gloire du Canard sauvage, de l’En-dehors ou de l’Assiette au Beurre durant la Belle Époque. Ils ont donc repris à leur compte le flambeau iconoclaste des dessinateurs et polémistes du début du XXe siècle, eux qui avaient combattu l’alliance du sabre & du goupillon à la tête d’un Etat soi-disant laïcisé et mis en pleine lumière, au revers de cette médaille, la logique homicide des injustices sociales. Si, un demi-siècle plus tard, le programme restait le même, il s’agissait désormais, pour la bande à Charlie, de renouveler leur cible, au diapason contestataire des seventies. S’attaquer aux puissants, c’était dénoncer frontalement l’ordre disciplinaire de l’école, de la caserne et de l’usine, lui renvoyer en miroir l’image de son arbitraire «bête et méchant». Et si l’anticléricalisme primaire y jouait encore un rôle important – avec son lot de blagues scatologiques à propos de Jésus ou de son avatar vaticanal–, cette provocation s’attaquait aux vestiges de notre religion dominante, celle qui pesait encore sur nos us et coutume, qui nous aliénait de l’intérieur. C’était la merde que chacun d’entre nous pouvait avoir dans la tête qui était visée, cette putain de mauvaise conscience biblique qui nous confrontait au ridicule de notre propre civilisation, et pas les barbares de la religion d’à côté, ces étrangers irréductibles à nos universelles valeurs… mais n’anticipons pas.
Dépassant le seul cas de la fixette anti-chrétienne, ce principe d’auto-dérision semblait alors essentiel à l’identité même du journal – via Choron, Siné ou Cavanna sans oublier le plus subtil Reiser – qui pratiquait un humour graveleux, tout en accusant le trait de cette « grosse dégueulasserie » franchouillarde. En schématisant, on pourrait dire que cette feuille de choux se payait la gueule des «beaufs» tout en assumant sa part de beaufitude. Non pas sous la forme d’un exutoire phobique, mais d’un défouloir auto-sarcastique, qui permettait d’exagérer les pires préjugés (y compris racistes ou sexistes) qui peuvent traverser la tête de chacun d’entre nous, tout en en faisant la critique radicale. Le ressort paradoxal de cette caricature-là n’épargnait personne, mais en commençant toujours par soi, c’est-à-dire par le rapport ambivalent qu’entretient le comique avec les travers qu’il dénonce chez autrui. Il englobait ses contradictions intérieures au sein même de sa charge assassine.

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Une fois exposée cette marque de fabrique du Charlie première manière, on mesure mieux le chemin parcouru depuis, non pas seulement à cause du donneur de leçon carriériste Philippe Val et de son éminence grise Caroline Fourest (ne leur prêtons pas tant d’importance ad hominem), mais sous l’influence des crispations identitaires qu’ont connu les décennies suivantes.

Ainsi est-ce très progressivement que ce contre-pouvoir satirique s’est focalisé sur les signes ostentatoires du péril islamique, rejoignant dès lors les Cassandre néo-réacs du fameux «choc des civilisations». Jusqu’à cet hiver 2006 où – quelques mois après la publication de 12 dessins se payant la gueule de Mahomet (à forte connotation anti-arabes) dans Jyllands-Posten, un quotidien ultra-conservateur danois –, la rédaction de Charlie décidait d’emboîter le pas à ces martyres de la «la presse libre», victimes de diverses Fatwas intégristes, sans poser en aucune manière la question des relents nauséabonds [1] du discours anti-immigration qui accompagnait implicitement sa publication initiale au Danemark. Dès lors, en choisissant de coller à l’aubaine de ce scandale, fut-il promu par des confrères empreints de préjugés racistes, l’irrévérence « beauf » ne jouait plus qu’à sens unique, contre un ennemi commun aux laïcs & aux fascistes, un ennemi extérieur à nos consciences civilisatrices, et cela sans aucune nuance ni distinguo quant aux populations musulmanes amalgamée en bloc pour mieux les montrer du doigt (dans le cul, bien sûr). Plus une trace d’autodérision, mais le surplomb moralisant d’un opportunisme commercial qui allait rapporter gros, et même décupler les ventes pendant les mois suivants.

 

Petit historique des tirages:

– Décembre 1981, fin de Charlie Hebdo première mouture, faute de ventes suffisantes.

– Juillet 1992: Philippe Val, Gébé, Cabu et Renaud apportent le capital pour financer le premier numéro. Une société par actions est créée, son nom ne s’invente pas, « Les Éditions Kalachnikof ».

120 000 exemplaires écoulés.

2006: Le tirage moyen est de 85 000 exemplaires par semaine

Le numéro spécial de février sur les caricatures de Mahomet s’écoulera à 500.000 exemplaires. [2]

– Octobre 2009:   53 000 exemplaires

– Avril 2011:   48 000 exemplaires

5.000.000 exemplaires imprimés pour le numéro du 14 janvier 2015

[Mise à jour] Réimpression de 2.000.000 exemplaires pour un total de 7.000.000 exemplaires.

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Et cette semaine, Charlie remet le couvert, en nous jouant la même comédie de la «liberté d’expression». Pourtant, ils auraient pu tirer quelques leçons du feuilleton précédent, mais non. Le scénario se rejoue à l’identique, six ans plus tard, un deuxième numéro spécial Mahomet (cul à l’air, toujours), dans le sillage, cette fois, d’une vidéo étazunienne conçue par des évangélistes d’extrême-droite. Et là, les collaborateurs de Charlie auront beau prendre leurs airs de vierges effarouchées, ça ne prend plus. Qu’ils se fassent leur coup de pub, mais pas au nom de l’émancipation des peuples. Leur mauvaise foi anticléricale a bon dos, ça sent le remake à plein nez, et le cynisme boutiquier.
Le printemps arabe est pourtant passé par là, ouvrant d’autres issues à la subversion des conservatismes tyranniques et des traditions obscurantistes de l’autre côté de la méditerranée. Rien à foutre chez Charlie, tous dans le même sac. Et d’agiter encore le chiffon vert de l’islam, sans s’inquiéter des retours de flammes, ou pire encore, en espérant que cette prophétie catastrophiste aura des vertus auto-réalisatrices : la preuve que les barbus salafistes sont à nos portes, c’est qu’ils priaient sur la place de la Concorde samedi dernier, même s’ils n’étaient que 180. Encore un petite provoc, et ils seront dix fois plus. Et là, on aura démontré que la cinquième colonne est bien dans nos murs. Puisqu’en cette nouvelle manière satirique, il s’agit de justifier a posteriori la véracité d’une menace fantasmatique. Au lieu de se réjouir du peu d’emprise des manipulateurs wahabites, et de leurs généreux donateurs des Emirats, sur les «masses arabes» (à peine quelques milliers place Tahrir ou ailleurs), on préfère parier sur la remobilisation de ces fanatiques. Et tant qu’à faire, on leur file un prétexte en or massif. Ça s’appelle une politique du pire, n’en déplaise aux bouffons attitrés de Charlie qui manquent décidément de garde-fou autocritique. Mais ils s’en contrefoutent, à leurs yeux de potaches bravaches, tout est bon dans le blasphème «pinard et cochon», même avec d’infréquentables alliés objectifs, du moment que ça fait du pognon sur le dos des «pauvres cons» de mahométans.

N’empêche, ils auront beau se réclamer de la lignée de l’Assiette au beurre, l’argent de ce beurre-là sent le rance. Les Charb & Cie devraient méditer l’avertissement de feu Pierre Desproges : «On peut rire de n’importe quoi, mais pas en n’importe quelle compagnie». Leurs gauloiseries et rires gras de fin de banquet républicain ne font pas d’eux de nouveaux Diogène, rétifs aux honneurs et à toutes les crédulités, mais de cyniques excommunicateurs de la libre-pensée et profiteurs de guerre… de religions.
Et pour en finir avec ce fonds de commerce, en guise de dédicrasse à ses plumitifs, la reproduction de la une d’un brûlot anarchiste anglais datant de 1916 et le petit poème satirique que ça m’a inspiré :

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Cours, cours, petit canard sans tête
aux pas cadencés
des trompettes apocalyptiques
cela fait belle lurette
que ton esprit critique
s’est de lui-même décervelé.

Source. Yves Pagès

[1] « Quel besoin a-t-il eu d’entraîner l’équipe dans la surenchère ? », accuse Delfeil. Peu après la sortie du numéro, les locaux de Charlie sont incendiés. Delfeil rappelle ce que son ami Wolinski, même âge que lui, en disait à l’époque : « Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C’est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d’années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire. » Ni recommencer, estime Delfeil : « Il fallait pas le faire, mais Charb l’a refait, un an plus tard, en septembre 2012. » Le Monde 14 janvier 2015

[2] Pour ses lecteurs, Charlie Hebdo offre l’image d’un journal où travail rime avec humour et copains. Mais le vilain petit canard est devenu un cygne aux plumes d’argent. En 2006, les Editions Rotative, éditrices de Charlie Hebdo, ont enregistré un résultat bénéficiaire de 968 501 euros.
Près de 85 % de cette somme (soit 825 000 euros) ont été redistribués en dividendes aux quatre associés du groupe : Philippe Val, directeur de la publication et propriétaire de 600 des 1 500 parts de l’entreprise et Cabu, dessinateur et directeur artistique, aussi détenteur de 600 parts, ont perçu 330 000 euros chacun. Les deux autres actionnaires, l’économiste Bernard Maris, directeur adjoint de la rédaction, et le responsable financier Eric Portheault (respectivement 200 et 100 parts) ont touché 110 000 et 55 000 euros. Outre la bonne tenue des ventes et des abonnements (85 000 exemplaires vendus chaque semaine, en moyenne, selon la direction), ce gain s’explique, notamment, par la diffusion extraordinaire du numéro spécial consacré aux caricatures de Mahomet, le 8 février 2006 (500 000 exemplaires…). Le Monde 29 juillet 2008

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lettre ouverte à cavanna, fabricant de haine

À propos de la dérive sécuritaire de Charlie Hebdo

par Olivier Cyran
28 mars 2006

Depuis le référendum sur la Constitution européenne, les émeutes de novembre 2005 et l’ « affaire des caricatures de Mahomet », nul ne peut plus ignorer les dérives réactionnaires, islamophobes et anti-arabes de Charlie Hebdo. La publication opportuniste desdites « caricatures », et surtout le refus obstiné de condamner deux d’entre elles dont le caractère raciste était pourtant évident, a suscité de nombreux commentaires [1]. L’épisode a aussi été l’occasion de rappeler les précédentes dérives de cet hebdomadaire réputé « satirique » et « progressiste » [2]. Le texte qui suit constitue une nouvelle pièce au « dossier Charlie Hebdo » : il évoque la lamentable conversion de François Cavanna, membre fondateur du journal, aux dogmes sécuritaires. Les faits remontent au début de l’année 2002 : dans un article publié le 9 janvier, l’écrivain salue avec satisfaction la mort de Moussa, 17 ans, abattu le 2 janvier 2002 sur le périphérique parisien d’une balle policière dans la tempe. Estimant que la jeune victime avait « pris des risques » (en acceptant de monter à bord d’une voiture volée) et que sa fin brutale était dans l’ordre des choses, Cavanna enchaîne en gesticulant furieusement contre les « voyous » des banlieues, ces « brutes à front bas » qui sèment la « terreur » sous « l’œil placide » [3] des policiers. C’est en réaction à cet article qu’Olivier Cyran, ancien collaborateur de Charlie Hebdo, a écrit le texte qui suit, « sans illusion quant à l’utilité d’une telle entreprise, mais avec le sentiment de me débarrasser d’un gros nœud dans la gorge ».

 

Cher Cavanna,

D’après toi, le « gars » qui est mort voici deux semaines d’une balle policière reçue en pleine tête n’a donc eu que ce qu’il méritait. « Il avait pris des risques », soulignes-tu à plusieurs reprises. Les fous furieux qui réclament le retour à la guillotine se bordent en général à concentrer leur ferveur homicide sur les tueurs d’enfants. Toi, tu proposes le tir à vue sur les voleurs de voitures. De la part d’un pacifiste irréductiblement opposé, croyais-je, à toute forme de chasse et de peine de mort, c’est une position originale, je dirais même, oui : courageuse. Lorsque « le con se surpasse », pour reprendre le titre d’un de tes livres, le courage est toujours d’une aide précieuse. Cependant, comme tu as bien conscience qu’un vol de voiture ne saurait raisonnablement passer pour un crime passible du peloton d’exécution, il te faut charger la barque et inventer de toutes pièces une « attaque, revolver au poing », là où il n’y avait qu’une médiocre équipée à bord d’une bagnole chourrée. Peut-être disposes-tu d’informations inédites, auquel cas la police serait heureuse de les entendre. Pour l’heure elle n’a pas trop de quoi être fière, même si le policier tireur, comme toujours dans ce genre d’affaires, a été aussitôt blanchi au prétexte de la « légitime défense ».

Au fond, tu as raison : que nous importe la réalité des faits ? Quand bien même le « gars » aurait commis un hold-up fracassant, j’estime qu’il ne méritait pas d’agoniser la tête dans le giron de son copain. Une mort par balle est toujours une mort dégueulasse, surtout lorsqu’elle a été administrée sans jugement par un officier de la police publique. C’est ce qu’on appelle une question de principes. Pour autant, le fait que tes principes à toi suivent désormais la pente en vogue de la schlague sécuritaire ne devrait pas t’interdire d’être un poil plus rigoureux, ou plus honnête. Il faut savoir de quoi on parle lorsqu’on décrète juste, naturelle et salutaire la mort violente d’un « gars ». Celui dont nous parlons a été abattu d’une balle dans la tempe, ce qui signifie que le coup de feu mortel venait de côté et non de face. Sans être Sherlock Holmes, j’aurais tendance à en déduire que la voiture était en train de dépasser le policier au moment où celui-ci vidait son chargeur à hauteur de tête (trois impacts de balles retrouvés), et qu’elle ne menaçait donc nullement sa vie. Au rayon des petits détails techniques,on ajoutera que pour stopper un véhicule, il existe d’autres méthodes que l’élimination physique de ses passagers. La herse cloutée posée à même la chaussée en fait traditionnellement partie, mais il y en a d’autres.

Venons-en maintenant à ce « gars » anonyme sur lequel tu bâtis ta brillante démonstration. Il avait 17 ans et s’appelait Moussa. Ils s’appellent tous Ali, proclamait le titre d’un film des années soixante-dix, mais bon, celui-ci s’appelait Moussa, il y a des exceptions partout. En octobre dernier, Moussa participait à un rassemblement devant le Palais de Justice de Versailles. C’était à l’occasion du procès en assises d’un policier, Pascal Hiblot, accusé d’avoir tué d’une balle dans la nuque un jeune habitant de Mantes-la-Jolie, Youssef Khaïf. Comme tu le sais peut-être – et si tu ne le sais pas, la nouvelle devrait te combler – l’agent tueur a été acquitté. Moussa faisait partie de ce ceux qui ont manifesté dignement – mais oui ! – contre ce déni de justice, cette prime à la bavure. On l’a vu avec d’autres « voyous » embrasser la mère de feu Youssef, au moment où elle sortait en titubant du Palais de Justice où l’on venait de bénir le meurtrier de son fils.

Car Moussa ne faisait pas que voler des voitures. Il militait, aussi, à sa manière. Ceux qui l’ont rencontré dans les manifs du MIB (Mouvement de l’immigration et des banlieues) disent de lui que c’était un gamin souriant, pas con du tout, tout à fait capable de gestes solidaires et d’actes désintéressés. Ah oui, c’est vrai, j’oubliais… « On n’a jamais vu, dis-tu, la banlieue se mobiliser pour défendre un quidam non issu d’elle-même. Ni protester contre les tripatouilllages politico-financiers, les marées noires, les monstruosités sociales… » C’est curieux, en effet, cette sale manie qu’on les gens de se bagarrer en premier lieu contre ce qui les frappe, les heurte ou les humilie dans leur vie quotidienne. Les grévistes de Mc Do, par exemple : au lieu de se ranger derrière une cause noble et universelle, ces petits cons s’emploient égoïstement à dénoncer leurs conditions de travail. Et les séropositifs d’Act Up, alors ? Que ne militent-ils pas contre les rhumatismes, plutôt que de s’attaquer bêtement au sida ! Toi-même Cavanna, dans les colonnes de ton journal, tu gémis régulièrement sur la durée de vie, scandaleusement trop courte à tes yeux, dont tes ouvrages pâtissent en librairie. C’est un sujet que tu traites plus volontiers et à meilleur escient que les banlieues, et c’est normal : à chacun de parler de ce qu’il connaît, il n’y a pas de mal à ça. Les « voyous » que tu fusilles par écrit ne se révoltent guère, c’est vrai, contre les envois au pilon de tes bouquins, et fort peu, c’est vrai aussi, contre le FMI ou TotalFina. La conscience politique propre à ceux dont l’univers se limite à leur hall d’immeubles est parfois d’une vacuité déprimante. Je doute cependant que tu contribues à leur édification morale en crachant « Bien fait ! » à la gueule de leurs copains morts pour rien.

Les pauvres sont souvent de mauvaise compagnie, ça ne date pa d’hier et c’est ce qui justifie un journal comme Charlie. On peut à bon droit traiter de petits cons les banlieusards à casquette qui déambulent dans Paris le samedi soir, à la recherche d’un chapardage ou d’une épreuve de force. Je ne t’en voudrais pas de les accabler, à conditions toutefois que tu montres une indignation au moins égale à l’encontre du système qui les a cloués sur cette planche pourrie. Toi qui as vécu les trente glorieuses, tu pourrais te souvenir du processus de déglingue qui s’est amorcé durant cette période. J’ai rencontré les parents de Moussa, vendredi dernier, dans leur HLM des Mureaux. La cité où ils habitent – des cubes de béton à moitié vétustes portant des noms de grands compositeurs… – fut construites dans les années soixante-dix pour héberger la main-d’œuvre immigrée de Flins-Renault et de Talbot-Poissy. Importée de Maroc et d’Algérie, la chair à usines était assignée à résidente dans ces dortoirs géants munis de toutes les commodités modernes, parking, chauffage central et XC, mais où l’on avait juste oublié d’installer des lieux de culture, de loisirs et de vie.

« On était programmés pour le boulot et le dodo, et rien d’autres », m’a dit un vieux des Mureaux. Pas de librairie, pas de bistrot, pas de théâtre, que dalle, juste des alignements gris pour le parquage de l’ouvrier. Les belles années soixante-dix étaient aussi des années de ségrégation, de cynisme et d’exploitation sauvage. Tiens, j’ai retrouvé un vieux numéro de Charlie Hebdo du 6 décembre 1971, dans lequel est reproduite une interview fort instructive de François Bouygues. A l’époque, les patrons n’avaient pas encore de conseillers en communication, ils se lâchaient sanas vergogne. Voici, pour te rafraîchir la mémoire, ce que disait Bouygues à propos de la main-d’œuvre immigrée, qui représentaient 88% de son personnel :

« Nous ne pouvons pas la former car si nous la formons, nous l’avons pas l’espoir que nous pourrons la conserver (…). Ces gens-là sont venus ne France pour gagner de l’argent. Et à partir de là il leur est égal de travailler douze heures par jour ou même seize heures l’été quand ils le peuvent ».

C’est ainsi qu’on pressa le jus de ces « gens-là », sans se soucier une seconde de ce qu’il adviendrait de leur vieillesse et de leur progéniture. J’en ai vu, de ces vieux immigrés brisés par les heures sup, handicapés du travail ou chômeurs en dépression, perclus de douleurs, acculturés, muets à force d’humiliations. Le père de Moussa est l’un d’eux. Son fils est né avec ce passé-là sous les yeux et une barre de béton en guise d’avenir. Le 28 octobre, il était quand même à Versailles pour témoigner sa solidarité envers une famille qu’il ne connaissait pas, mais qui a perdu un fils dans une bavure policière. Deux mois plus tard, c’était à son tour de tomber sous les balles d’un flic. La routine… Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui un « gars » tombe sous les applaudissements d’un écrivain qu’un jour, peut-être, il aurait pu prendre plaisir à découvrir. Car tes bouquins sont aussi lus en banlieue, et aussi par des Arabes…

Je ne prétends pas que l’histoire de l’immigration (qui est aussi celle d’une mentalité coloniale recyclée en pragmatisme économique) permette à elle seule de répondre à la question essentielle : pourquoi, par une nuit glaciale, à 3 heures du matin, Moussa se trouvait-il dans une voiture fonçant à toute blinde sur le périph, en compagnie de deux autres ados, dont un de 14 ans ? Ce n’est pas une question simple. Cependant, à moins de considérer qu’une casquette de délinquant est inscrite dans le patrimoine génétique du basané de banlieues, il faut bien admettre qu’un enchevêtrement de causes multiples a déterminé ce gâchis. Il serait peut-être temps de dénouer la pelote, si on ne veut pas qu’elle prenne feu. Tirer dans le tas est sans doute plus facile, mais pas forcément plus productif. Quant à invoquer comme tu le fais le bon vieux temps mythique, celui des « malfrats de naguère »… Quelle rigolade ! D’ailleurs, es-tu vraiment sûr qu’ils ne « serait pas venu à l’idée » de ces braves truands à l’ancienne qu’ils « étaient victimes d’une injustice » ? Bon Dieu, mais l’histoire est remplie de hors-la-loi qui estimaient avoir des comptes à régler avec la haute ! Et qui auraient, eux, trouvé parfaitement dégueulasse que l’on plombe un gamin pour excès de vitesse.

Désolé, Cavanna, mais non, Moussa n’avait pas « pris ses risques », c’est la société qui lui en a fait courir plus que de raison, en le faisant délibérément grandir dans toute cette merde. Où étiez-vous, toi et les autres, durant ces merveilleuses années soixante-dix qui font venir aux yeux de Wolinski des larmes de nostalgie ? Qu’avez-vous fait à l’époque, toi et les autres, contre ces « monstruosités sociales », dont les conséquences ont tué Moussa ? Et dans quel mépris est taillée ta conscience politique pour que tu ailles jusqu’à traiter les indésirables d’« assistés » ? Pour un peu, tu soutiendrais que tout ça, c’et la faute au RMI… Ah, salauds de pauvres !

J’enrage de devoir être en colère contre toi. Et je suis triste comme un chien de lire sous ta plume des conneries malfaisantes qui, contrairement à ce que tu penses, ne sont plus dignes seulement du Figaro, puisqu’elles vérolent désormais cette gauche bien-pensante dont tu condamnes le prétendu laxisme (« l’œil impassible du flic », tu parles… T’as déjà vu comment se passe un contrôle policier, dans les cités ? Les insultes racistes, les tabassages, les arrestations arbitraires ? Demande à ceux qui savent, ils sont nombreux…). Tu prends la posture de l’homme seul qui ose élever la voix au-dessus des foules apeurées. Hélas, ça fait belle lurette que la conscience dont tu te targues est celle de la majorité. Prête un peu l’oreille à Julien Dray, à Jacques Julliard, à Chevènement et à tant d’autres hommes « de gauche » qui nous dictent l’air du temps : ils disent la même chose que toi, en plus faux-cul. Ton édito est conforme à la mode. Je suis même prêt à parier que tu as reçu des lettres de félicitations. Cavanna, l’homme qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas… Ca ne te rappelle rien ? Et merde.

p.-s.
Ce texte est paru dans le livre collectif La fabrique de la haine, Esprit frappeur, 2002

 

Olivier Cyran

 

A lire en complément:

Ils ont tué une seconde fois Charlie

Je pense donc je suis pas Charlie

Tu suis Charlie? Je suis Charlot

 Les bobos, ces Charlie du dimanche

Petite sociologie des militants du PS

Petite sociologie des militantsqui ne sont pas encore partis – du PS :

 

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50% de cadres ou de professions intellectuelles supérieures
20% de professions intermédiaires
15% d’employés
3% d’ouvriers (les colleurs d’affiches ? Tout comme à l’UMP, souvent, ces deux partis sont contraints de recourir aux services de colleurs d’affiches professionnels, faute de militants)

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60% déclarent ne militer que moins de 5 heures par mois.

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2/3 des moins de 40 ans ont validé un deuxième ou 3e cycle universitaire (ou une grande école).

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La moitié des encartés exerce une activité qui dépend directement du parti.(sic)

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Source MediapartCEVIPOF

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Les Enragé-e-s