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Mais c’est quoi au juste, le syncrétisme de gauche?

Gérard Filoche (PS), Pierre Laurent (PCF), Marie-George Buffet, (PCF), Jean-Luc Mélenchon (PG), Laurent Berger (CFDT), Thierry lepaon (CGT), des champions incontestés du syncrétisme petit bourgeois.

Mais c’est quoi au juste, le syncrétisme de gauche?

Nous vous invitons vivement à lire ce texte pour le comprendre.

 

La classe, remède à la tentation contre-révolutionnaire du syncrétisme de gauche

Quand on ne conçoit de pouvoir que gouvernemental, quand on ne conçoit d’instrument de lutte que l’État, quand on ne conçoit de démocratie que bourgeoise, quand on a abandonné toute idée de révolution, quand on pense que finalement, le capitalisme doit « seulement » être « modifié », on ne peut évidemment pas faire autrement, en période électorale (c’est à dire désormais , tout le temps !) que de tenter de mettre ensemble des chèvres, des choux et des loups.

Pour « re-gonfler » une « équipe » (qu’on a progressivement contribué à décimer en abandonnant l’organisation de classe et en hurlant sur tous les toits que « la classe ouvrière n’existait plus »…), parce que cette « équipe » il la faut, il en faut, du « contingent de votants », pour espérer gagner une élection bourgeoise , notamment dans le système mis en place sous la 5ème République de ce pays !

Alors, urgence et politique « petit-bras » obligent, mais surtout, volonté de ne pas porter atteinte au Capital, « on » choisit de « faire masse » plutôt que de faire « classe ».

Et « on » joue le jeu du Capital, avec les règles du Capital, et les objectifs de ceux-ci.

Ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas inévitable, c’est un CHOIX POLITIQUE qui vient d’une classe bien identifiable, qui s’appelle la petite-bourgeoisie, qui est entrée en lutte pour la sauvegarde de ses INTÉRÊTS à ELLE.

Petite-bourgeoisie qui, de par son positionnement -de classe, politique, économique…- spécifique entre le prolétariat et la bourgeoisie, à commencer par son implantation dans les entreprises, est naturellement appelée à connaître, dans ce genre de moment historique, son heure de gloire. (Jusqu’à ce que, une fois sur deux, elle périsse sous les coups du patronat, entraînant avec elle toute une partie des prolétaires qui auront fait la folie de s’en remettre à elle…)

La petite-bourgeoisie aime se fonder, pour ce faire, sur la pente dominante et presque « naturelle » (et compréhensible à maints égards) du prolétariat (et notamment, de la classe ouvrière, et c’est tout à son honneur) qui est de préférer la paix à la guerre, de préférer l’amour aux armes, de préférer le calme à la violence etc…

En effet, aucun de nous (à part quelques éléments inévitables) n’est assez fou ou sauvage pour AIMER la guerre civile.

« On » dira alors : « Mais ce n’est pas nous qui choisissons cela, ce sont les prolétaires eux-mêmes ! Nous sommes des démocrates, nous ! Nous n’allons quand même pas contrarier le peuple, qui n’en veut pas, lui, de votre révolution ! La preuve ? Regardez, il ne la fait pas ! CQFD. Non. Ce dont il veut, le peuple, c’est des élections, et un salaire ! En bons démocrates, nous, nous allons lui en donner. »

 

« On » fera ainsi bon marché notamment, de la propagande et du rôle des mass-médias (mais aussi du désir mimétique et des moyens offerts par « la société de consommation » -et les sweatshops chinois et indiens – pour satisfaire ce désir).

« On » pourrait aussi bien dire : « Allons allons, les travailleurs ne veulent pas être libres, vous savez, finalement, ils préfèrent être exploités, parce qu’être libres, c’est beaucoup trop compliqué…Ce qu’ils veulent, les travailleurs, ce sont de bons maîtres, des maîtres paternalistes, qui les traitent bien. ils ne veulent pas de démocratie directe, prolétarienne, allons. Ils veulent de bons députés, de bons sénateurs… ».

Bref , la proposition , toute simple, du syncrétisme de gauche mis en avant par la petite-bourgeoise, c’est de remplacer « les méchants » par « des gentils ». Mais les exploités ne sauront pas, hélas, comment on reconnaît VRAIMENT un « gentil » d’un « méchant »…pour cause !

Cette pente naturelle de l’être humain, c’est ce qui sert la tentation syncrétique « à gauche » dans le contexte de la démocratie bourgeoise.

Mais il en existe une autre, de « pente naturelle » dans la « nature humaine ». C’est celle qui aspire AUSSI à la liberté, et qui ne conçoit pas cette liberté autrement que comme la dignité. Mais cette pente-là « on » fera bien en sorte ni de la prendre ni de la flatter…(Ce n’est pas trop dans l’intérêt du cadre en général, que l’ouvrier soit mis au même niveau hiérarchique que le sien…)

 

La tentation syncrétique de gauche, qu’est-ce ?

 

C’est lorsque la bourgeoisie, acculée par la crise, se sert , par le truchement de la petite-bourgeoisie moderne, de l’inclination naturelle des prolétaires que nous sommes à préférer la vie, le calme, la joie, la concorde et l’amour pour augmenter encore le nombre de chaînes qu’elle nous a déjà mis au cou, en nous faisant miroiter des choses impossibles mais auxquelles nous n’avons pas encore cessé de rêver ou de croire.

Lorsqu’elle nous menace de la guerre civile, du chaos… pour nous faire tenir encore un peu tranquilles sous les coups qu’elle nous donne.

Lorsqu’elle n’a plus, pour nous faire avancer, que la Peur comme arme, et qu’elle appelle cela la « Fraternité », par exemple.

La tentation syncrétique, c’est celle qui consiste à feindre d’unir des éléments de classes et de couches sociales différentes, opposées même, AU SEIN D’UNE MÊME ORGANISATION, notamment par le biais de la désignation, voire la création, d’un vrai-faux ennemi prétendument « commun » à tous ces éléments.

En l’occurrence, Sarkozy (et parfois on rajoute, l’UMP) sont appelés à jouer ce rôle unifiant depuis le début du quinquennat. C’est bien ce qu’ont tenté ceux qui à gauche, ont CRÉÉ « le sarkozysme ».

La petite-bourgeoisie chargée de cornaquer le prolétariat en colère (quand même) sur des positions « gauchistes » se dotera en plus d’autres « épouvantails », comme « les agences de notation », ou « les financiers », par exemple.

Elle désignera telle « nation » à la vindicte de « telle autre » (« A bas la Chine » !).

Elle évitera évidemment soigneusement de mordre aux jarrets le capitalisme industriel, et même, elle dorlotera toute la fraction locale de cette bourgeoisie, contre la vilaine fraction compradore, « mondialisatrice ».

Elle évitera d’employer les termes de « propriété privée des moyens de production », d’ »expropriation sans indemnisation », elle ne dira pas non plus qu’il faut abolir le salariat.

Elle cachera son aversion pour l’émancipation réelle du prolétariat en proposant le pis-aller de la « nationalisation » (en se gardant bien d’ouvrir toute réflexion sur ce qu’est l’Etat bourgeois aujourd’hui, Etat sans lequel il n’y a PAS de « nationalisation » possible…).

Et surtout, elle ne dira pas qu’il faut « détruire l’Etat », au contraire ! Elle dira qu’il faut s’en emparer par les élections, et puis que telle ou telle nomination changeront la nature de cet Etat. Elle dira que l’État c’est comme un gant, qu’il suffit de changer la main qui est dans ce gant pour que , de gant de fer, ce gant se fasse de velours…

Cette tentation syncrétique, elle n’est possible en tant que telle qu’en période de crise systémique. C’est même LA réponse favorite, en première intention, de la bourgeoisie aux tensions et aux luttes de classe que ne manque jamais de déclencher une véritable crise systémique du Capitalisme comme celle que nous connaissons.

On peut l’appeler « collaboration de classe », ou « fordisme », ou « unité nationale ». Dans sa forme aiguë, et mise en œuvre par la bourgeoisie soi-même quand ça sent trop « le brûlé », ce syncrétisme s’appelle également  » fascisme « .

La tentation syncrétique, c’est le renforcement, par l’amalgame dans une organisation unique (et prétendument UNITAIRE) type « social-démocrate », d’éléments du prolétariat, de la petite-bourgeoisie, voire, du petit capital, de la fausse-classe qu’agite la bourgeoisie depuis des siècles, qu’on l’appelle « peuple » ou « nation », ou les deux.

C’est celle qui consiste à masquer un système plutôt qu’à le dévoiler, alors même que l’époque serait au dévoilement.

Fausse classe, faux ensemble, faussement homogène, au sein duquel cohabitent des classes et des intérêts antagonistes, qui n’ont que peu d’objectifs communs dès lors que tombent les blablas destinés à masquer la réalité de classeS de l’ensemble en question.

Une tentation qui, a fortiori à cet instant précis de la crise systémique du capitalisme, non seulement est obsolète et irréaliste (car les antagonismes DE CLASSE s’aiguisent de jour en jour, la bourgeoisie a sorti les couteaux contre nous, et ce ne sont pas les diatribes à base de « pauvres » et de « riches » qui masqueront longtemps ce fait) mais qui de ce fait, devient une arme CONTRE les exploités du capitalisme.

C’est un peu comme si une sage-femme conseillait à la parturiente de, non pas « pousser », pour expulser le bébé, mais de « tirer » l’enfant dedans elle.

Triple inconvénient de ce genre de « fausse bonne idée » : c’est impossible à faire, et cela compromet la naissance de l’enfant et la vie de la mère (vous voyez la métaphore ?).

La tentation syncrétique gomme, tend à effacer « la classe ».

Or, la classe, (et la conscience de classe), c’est la constitution même de l’être politique du prolétariat. Nier la classe, de quelque manière que ce soit, c’est nier le prolétariat en tant que sujet politique. C’est donc le priver de son avenir et de sa liberté.

Parce que nous le savons de par l’histoire, cette tentation syncrétique désarme les travailleurs, elle désarme les luttes des exploités, elle désamorce la lutte de classe, seule lutte envisageable (parce que seule efficace) contre la bourgeoisie.

C’est également un frein puissant à l’hégémonie du mouvement ouvrier dans une hypothèse révolutionnaire PUISQUE c’est la négation même de la nécessité de l’organisation ouvrière autonome de base dans un « fatras », un fourre-tout.

Car nous savons bien comment sont faits les partis bourgeois (ou embourgeoisés) pour étouffer les courants de classe en leur sein. (C’est bien pour cela, pour lutter contre cela, qu’en 1920 en France… etc.)

Probablement la tentation syncrétique a encore quelques beaux jours devant elle. Elle fonctionne sur cette « pente naturelle ». Elle va fonctionner encore un peu. Pas plus. Fonctionner encore à peu près , comme élément contre- révolutionnaire, jusqu’à ce que la bourgeoisie , poussée par sa lutte permanente contre la baisse tendancielle du taux de profit, accentue ses coups, affermisse sa poigne d’acier sur nos nuques et fasse son éternel doigt d’honneur à toute cette frange de la petite-bourgeoisie qui prétend nous garde-chiourmer.

Il ne faut pas piaffer, il faut prendre patience, encore, et travailler dans les masses, dans la classe, toujours. Ne pas prêter la main au syncrétisme « de gauche », ni de près, ni de loin. Le combattre, au contraire, bien-sûr. Le combattre en le distinguant du combat éternel des communistes, le combat pour unir le prolétariat dans la classe qui doit lui tenir lieu de « parti » et de « nation » :

« Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points :

1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat.

2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. » (Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste).

Ceux qui ont les yeux ouverts sont pour l’instant trop peu nombreux et trop mal organisés, ils ont trop peu de moyens pour lutter à armes égales contre la propagande à la même vitesse. C’est ça aussi, la chance de la tentation syncrétique. Mais outre que c’est toujours ainsi, ça ne marchera pas éternellement. A nous donc, de DURER.

Nous laissons bien volontiers à la petite-bourgeoisie, momentanément organisée en « parti », le soin de se faire les kapos du prolétariat pour le compte de la bourgeoisie.

Notre devoir à nous, exploités communistes, c’est de tenter de nous unir, en tant que classe, de nous vacciner, de protéger nos frères contre le virus de la servitude volontaire, d’inoculer dans notre classe le puissant anticorps de l’amour de la liberté, du désir d’émancipation, par nos actes et nos paroles, fussent-ils, pour le moment, modestes.

Je souhaite à tous nos camarades de lutte, à tous nos frères de classe, à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas rangé l’étendard de la lutte de classe dans leur poche, où qu’ils se trouvent, quelle que soit leur couleur, leur religion, leur origine… une année 2014 clairvoyante, lucide et encore plus courageuse, mais également, la plus agréable possible dans les conditions qui sont les nôtres actuellement, (conditions qui, ne nous voilons pas la face, sont hélas appelées à se durcir encore – et l’élection présidentielle n’y changera pas grand-chose).

Je nous souhaite de savoir reconnaître et choisir NOTRE CLASSE.

Je nous souhaite, au cœur des luttes, qui sont la vie même, dès notre origine, de ne pas oublier d’essayer d’être heureux, à l’occasion, « avec les moyens du bord ».

 

Notre vie est à nous, ne nous la laissons pas voler !

La louve

Le mythe des nationalisations

nationalisation1

 

Il existe une grande différence entre une lutte solidaire de salarié-e-s dont l’objet est la défense de leurs acquis et de la conception même du service public face à l’appétit sans limite du capitalisme, et la nationalisation en tant que projet politique monomaniaque des néostaliniens (Pierre Laurent) et autres sociaux démocrates (Montebourg, Mélenchon) destiné à « humaniser » le capitalisme en masquant une seule logique patriotarde et de collaboration de classes avec le patronat.
Une nationalisation n’a jamais emmené où que ce soit le socialisme, des pouvoirs de droite ont pu y avoir recours pour sauver le capitalisme. De par leur côté temporaire, elles signent le plus souvent des opportunités juteuses pour la bourgeoisie.

Les nationalisations de 1981 par le PS ont été payées rubis sur l’ongle à la classe possédante, et après que les assainissements et les restructurations aient été effectuées par l’Etat, nombre de ces entités furent bradées à la bourgeoisie avec le retour de la droite aux affaires 10 ans plus tard, DSK se chargeant de vendre les derniers meubles qui restaient pour trouver du cash rapidement en gouvernant aux côtés de Jospin, Mélenchon, Buffet.

Le projet de la nationalisation est caractéristique d’une petite bourgeoisie décontenancée par la crise systémique du capitalisme et qui entend « remettre de l’ordre » dans le désordre capitaliste afin de sauver le capitalisme.

C’est ce que nous vous proposons de découvrir avec les deux textes qui suivent.

Les Enragé-e-s

Convaincre le patronat de la « rentabilité » de l’entreprise ?

C’est ainsi que, dans les entreprises menacées de fermeture, les organisations syndicales tentent de convaincre que leur entreprise est rentable et s’efforcent de proposer un « plan de relance » destiné à allécher un éventuel repreneur, voire finissent par caresser l’idée d’une SCOP.

Mais, dans la société actuelle, les travailleurs ne sont pas juges de la rentabilité d’une entreprise ; ce sont les capitalistes qui décident des seuils de rentabilité, n’en déplaise à Pierre Laurent : tout ce qu’il propose, c’est une version moins « agressive » du capitalisme, le mythe du « bon capitalisme » investissant dans l’industrie cher aux économistes d’ATTAC et à tous ceux qui dénoncent les « dérives » du capitalisme et non le capitalisme lui-même !

Mais quand les travailleurs laissent les dirigeants de gauche et les chefs syndicalistes leur concocter des plans « crédibles », c’est avant tout la garantie de leur emploi qu’ils espèrent avec la nationalisation. Pourtant, les travailleurs lorrains – si ce ne sont ceux d’aujourd’hui, ce sont leurs parents – sont bien placés pour le savoir : les nationalisations de 1981 avaient été suivies de licenciements massifs (plus de 50 000 licenciements entre 1981 et 1986)…

(…)

Le capitalisme n’est pas « amendable ». La nostalgie des temps où le capitalisme « investissait dans la production » n’est pas de mise. Ce ne sont pas les dirigeants du Front de gauche ou les économistes d’ATTAC qui décident de l’évolution du capitalisme. Une autre société est à construire, débarrassée des capitalistes et où se préoccuper de ce qu’on produit et de la façon dont on le produit aura un sens car les intérêts généraux de toute la société prévaudront face au règne du « calcul égoïste ».

 

http://www.convergencesrevolutionnaires.org/spip.php?article2625

Le Mythe des nationalisations

Sous l’influence du stalinisme, de la social-démocratie et d’autres courants du nationalisme de gauche, la question du socialisme s’est trop souvent limitée à une question de nationalisations. La forme juridique de la propriété (privée ou d’Etat) a ainsi remplacée dans une bonne partie de la gauche radicale et même l’extrême-gauche la question de la classe dirigeante.

C’est ainsi que la majorité des courants se réclamant du trotskisme ont ajouté le qualificatif « d’ouvrier » (« dégénéré » ou « déformé » selon les tendances) pour caractériser des régimes où jamais la classe ouvrière n’a pris ou même approché le pouvoir. Or, la première question lors de toute révolution est celle du pouvoir. Si, pour les révolutions de palais il s’agit de savoir quelle clique prend le pouvoir, dans une révolution sociale, la question qui est posée est celle de la classe qui a le pouvoir. La première étape dans la destruction du système capitaliste et de la construction du socialisme, c’est la prise du pouvoir par la classe ouvrière. Sans prise de pouvoir par la classe ouvrière, toutes les expropriations, nationalisations, expériences autogestionnaires et autres « mesures socialistes » ne sauraient être, au mieux, que des adaptations au système capitaliste, qui, non seulement ne brisent en rien l’exploitation, mais ne garantissent même pas une amélioration des conditions de vie des travailleurs. Aujourd’hui comme hier, des régimes violemment anti-ouvriers disposent parfois de larges secteurs nationalisés ou sous contrôle étatique.

Pour les marxistes, la question du pouvoir ouvrier n’est pas une question théorique abstraite. Selon la formule de Marx et Engels, le communisme c’est le mouvement réel qui abolit l’ordre des choses existants. Pour décrire ce que serait le pouvoir ouvrier, la dictature du prolétariat, Marx s’est basé sur l’exemple de la Commune de Paris.
Dans La Guerre Civile en France, Marx décrit le fonctionnement de la Commune et en quoi il s’agit d’une forme d’Etat qui n’est déjà plus un Etat :

« La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois1. Au lieu de continuer d’être l’instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’au bas de l’échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d’ouvrier. Les bénéfices d’usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes. Les services publics cessèrent d’être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l’administration municipale, mais toute l’initiative jusqu’alors exercée par l’État fut remise aux mains de la Commune.

Une fois abolies l’armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l’ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l’outil spirituel de l’oppression, le pouvoir des prêtres ; elle décréta la dissolution et l’expropriation de toutes les Églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée, pour y vivre des aumônes des fidèles, à l’instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d’instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l’Église et de l’État. Ainsi, non seulement l’instruction était rendue accessible à tous, mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l’avaient chargée.

Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de cette feinte indépendance qui n’avait servi qu’à masquer leur vile soumission à tous les gouvernements successifs auxquels, tour à tour, ils avaient prêté serment de fidélité, pour le violer ensuite. Comme le reste des fonctionnaires publics, magistrats et juges devaient être élus, responsables et révocables. »

(…)

Avec quatre éléments très importants :

-« En effet, le pouvoir ouvrier n’est pas quelque chose qui pourrait se décréter par en haut, après un coup d’Etat, une intervention militaire, la prise du pouvoir par une guérilla ou une victoire électorale. Cela peut paraître très basique, mais autant le répéter, pour que puisse se constituer un pouvoir ouvrier, il faut, au préalable, l’activité révolutionnaire et l’organisation dans la lutte des travailleurs. »

-« En prenant le pouvoir, la classe ouvrière hérite en effet aussi de tous les problèmes laissés par l’ancienne domination bourgeoise. Sans même parler de la résistance acharnée qu’exerce à chaque fois la bourgeoisie lorsque la classe ouvrière se lève, on peut prendre l’exemple du logement. Dans une ville comme Paris, il est assez simple de loger les sans-abris en réquisitionnant les logements vides. Par contre, au Caire ou dans d’autres grandes villes où on trouve des millions d’êtres humains qui survivent dans des bidonvilles, il faudra certainement un peu plus de temps, et une politique de construction, pour offrir à chaque être humain un logement décent. De plus, les premiers pas dans le socialisme se feront aussi avec des restes des anciennes mentalités de la société bourgeoise. La prise du pouvoir par la classe ouvrière n’est pas « le matin du grand soir » où brusquement tous les problèmes et toutes les absurdités de la société capitaliste sont abolis, mais le début d’une période où l’humanité, libérée de la tyrannie de la domination bourgeoise, peut commencer à résoudre ces problèmes et ces questions. »

-« De la même façon, malgré le machisme affiché qui existait dans le mouvement ouvrier français (en particulier chez les proudhoniens), la Commune de Paris de 1871 a reconnu à des femmes un rôle dirigeant. On peut citer Louise Michel, mais aussi Élisabeth Dmitrieff ou Nathalie Lemel. L’égalité des salaires est mise en place pour les institutrices et le principe devait s’appliquer ensuite aux autres travailleuses. La Commune reconnaît aussi l’union libre et elle verse une pension aux veuves de fédérés mariées ou non, ainsi qu’à leurs enfants légitimes ou naturels. La révolution d’octobre 1917 sera aussi marquée par des avancées immenses pour les droits des femmes, à une époque où, en France, elles étaient encore privée du droit de vote et où l’adultère était criminalisée pour les épouses. »

-« Bien sur, il ne s’agit pas de faire du spontanéisme, tout comme une assemblée générale peut être manipulée par des bureaucrates syndicaux, il existe un grand nombre d’exemples où des contre-révolutionnaires (comme les sociaux-démocrates en Allemagne) ont pu participé aux conseils pour leur retirer toute radicalité révolutionnaire. »

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http://www.communisme-ouvrier.info/?Revolution-socialisme-et-pouvoir