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La gauche Charlie aime marcher au pas?

Voilà ce que fut ce dimanche: l’enterrement de la génération 68, calme, silencieux, dans la dignité, la longue procession du quinqua mâle blanc exerçant une profession intellectuelle intermédiaire ou supérieure dans le tertiaire et l’encadrement en général.

Une génération intégrée à une structure de domination en tant que sous-classe dominante qui accède enfin au rang de classe dominante à part entière, c’est historique.

Pour la première fois, une petite bourgeoisie aux dehors faussement subversifs et à l’idéologie profonde parfaitement intégrée au marché par le biais de ses multiples entrées dans le tout Paris, accède à des hommages dignes d’un chef d’Etat.

Tous ces stylos brandis ne furent pas vraiment ceux de la « presse libre » ou du « pays de la liberté » ou encore ceux du droit des caricaturistes à exercer leur talent dans un journal que plus personne n’achetait ou presque, à part peut-être des mairies et quelques bibliothèques municipales.

Ce stylo n’était pas non plus celui de l’intelligence face à l’obscurantisme.

Non, pour prolonger de façon concrète, dans la rue, sans avoir peur du ridicule, ces grands messes compassionnelles et émotionnelles dignes d’une procession cadavérique de JMJ beurrés sous Lexomil, il fallait avant tout se situer dans la célébration narcissique de sa propre classe ou pire, de la classe à laquelle l’on croit appartenir.

Une classe qui a parfaitement intégré dans ses schémas de pensée les mécanismes de domination du capitalisme.

Une classe qui tendait bien haut son stylo et qui disait « pouce!, nous, on fait pas de mal« .

Il disait « Nous, ce sont juste des dessins ce stylo« , ça disait aussi: « Nous, on est des gentils. On est juste des salariés d’Orange, de l’Education nationale, des cadres de la SNCF, des designers dans la pub, la com, des responsables de réseau, des chefs de produit, des coachs, cadres dans les mairies, les rectorats, les préfectures, les conseils généraux et régionaux, on a voté Hollande, on est de gauche! »

Ce stylo, ce n’est pas seulement celui qui arrête les balles ou dissipe la brume des croyances.

Ce stylo, c’est surtout le symbole de la division du travail et d’une classe évoluant en lévitation au dessus du monde du travail.

Ce stylo, c’est la Lumière, mais c’est aussi le parasite.

C’est le larbin, le contremaître, le petit chef humaniste, le conciliateur.

Les pavés le connaissent mal, c’est un être qui se fait rare.
C’est la classe des libérateurs, en tout cas, c’est ce qu’ils croient. C’est la classe qui s’est questionnée longuement la veille de savoir ce qu’elle allait se mettre sur le dos.
C’est une classe qui a joué à se faire peur en disant que c’était extrêmement risqué et courageux d’y aller.

D’y aller pour regarder les cousins d’en face applaudir les flics.

Pour applaudir les pavés bien rangés, en ordre de marche, une, deux, une, deux, la gauche Charlie aime marcher au pas?

Celui qui applaudit les cars de CRS est un Charlie mûr pour le fascisme.

Celui qui pleure la génération Cavanna est inconsolable sur la fin de règne culturel des habiles imposteurs d’une époque, il pleure en réalité la fin de l’humour cynique et ricaneur « libertaire » saupoudré en sucre glace de la violence structurelle des politiques impérialistes là-bas et du capitalisme ici.

C’est surtout une génération qui ne pense qu’à une chose: maintenir et consolider les conditions qui vont lui permettre de partir en retraite, en étant prête à se jeter dans les bras de n’importe quel parti qui lui promettra le retour du prétendu petit paradis des 30 glorieuses ou le  » maintien de l’ordre « .

C’est une génération, une classe, qui a peur… avant tout pour elle.

Le Charlie du dimanche est un zombie, il est ce funambule qui libère des colombes de la paix en se bouchant le nez au dessus des immondices qu’il engendre.

Le Charlie du dimanche votera les pleins pouvoirs à Pétain et à ses chiens quand les méchants ouvriers fondamentalistes bloqueront le pays.

Pour la paix, pour l’ordre républicain, pour la fraternité entre les peuples et les bébés phoques de la forêt d’Amazonie.

Mais il en existe heureusement un-e autre Charlie.

Un-e Charlie qui a vu en quelques jours à peine, lui sauter au visage un mur du silence et de l’obéissance, une formidable chape de plomb fouettée sur les masses comme un ordre de marche, et ce mur-là, c’est celui de la Révolution.

 

Les Enragé-e-s

 

 

A lire en complément, cette excellente brochure.

 

Juin 1936 – Le Front populaire au secours du capitalisme français

Dans le « grand manuel d’Histoire » de la bourgeoisie, le mois de juin 1936 est figé comme un mythe.

A l’entendre, ce fût le mois « des acquis mémorables », « des accords de légende » négociés par le non moins légendaire Front Populaire au pouvoir depuis le 5 juin.

Alors que la crise économique ravage le monde depuis 1929, jetant des millions d’ouvriers sur le pavé, et que les puissances impérialistes préparent leurs armes en vue de la Seconde Guerre mondiale qui s’annonce, la France aurait goûté, pendant ce temps, au « Jardin des Délices » avec la semaine de 40 heures, le temps libre, les congés payés et de meilleurs salaires. Et tout ça grâce à la volonté du Front Populaire « de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et la paix au monde« .

Bien souvent, les leçons d’histoire de la classe dominante se révèlent être de grossiers mensonges… Juin 1936 n’échappe pas à la règle.

Derrière le slogan « Du pain, la paix, la liberté« , la classe ouvrière en France apprendra dans sa chair que le seul et unique programme du Front Populaire sera « de la sueur, du sang et des larmes« .

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Alors que Mai 68 est resté dans la mémoire sociale comme un mouvement social réprimé de façon combinée par le patronat, l’État, les partis de gauche et les syndicats, celle-ci n’a retenu des grèves de mai-juin 36 que les « acquis sociaux » du Front populaire. Pourtant, ceux-ci n’ont été que les concessions nécessaires du gouvernement de Blum à la répression du plus grand mouvement social de l’entre-deux guerres. La réédition de Front populaire, révolution manquée de Daniel Guérin [3] est l’occasion de revenir sur cette période, qui par bien des aspects est proche de la nôtre. Si le rôle joué par le PC [4] étonnera peu (le mot historique de Thorez, « Il faut savoir terminer une grève », est resté dans les annales de police sociale), celui des socialistes est moins connu. Au-delà de l’action des partis de gauche et des syndicats, les événements de mai-juin 1936 nous rappellent qu’en matière de répression sociale, on n’est jamais mieux servi que par ceux qui nous représentent et parlent en notre nom, du moins tant que la règle du jeu n’aura pas été changée.

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de gauche à droite Léon Blum, Maurice Thorez secrétaire du PCF, Roger Salengro, ministre de l’intérieur

 

Le mouvement des occupations est apparu de façon spontanée, prenant au dépourvu aussi bien le patronat, le gouvernement que les syndicats et les partis de gauche : « Le mouvement s’est déclenché sans qu’on sût exactement comment et où. » (Jouhaux, secrétaire général de la CGT [5]).

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Grève aux usines Renault de Boulogne-Billancourt – juin 1936

 

Quelle a été l’attitude du patronat, de l’État et des syndicats pour faire cesser les occupations en juin 36 ? [6]

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Grève aux usines Delahaye. mai-juin 1936

 

Minimiser l’ampleur des grèves, désinformation, rétention d’informations

Si le patronat dénonce très vite le caractère révolutionnaire des occupations, en revanche, socialistes, communistes et syndicats dénient tout caractère subversif au mouvement des grèves. Le 6 juin, Jouhaux déclare : « Les grèves qui se déroulent actuellement à Paris et dans toute la France ne sont ni politiques ni insurrectionnelles, elles sont strictement corporatives. »

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Fraternisations de grévistes, mai-juin 1936

 

Les séquestrations de patrons dans les usines occupées sont fréquentes dès le début du mouvement, mais à la demande du gouvernement, les syndicats font pression sur les grévistes pour que cesse cette pratique.

La CGT déclare que les patrons « doivent être libres d’entrer et sortir des établissements » et qu’il faut « éviter toute exagération, enchères démagogiques, désordre dangereux ». Alors que, de façon générale, les patrons s’attendent en mai-juin à être dépossédés et expropriés [7], ils s’aperçoivent avec étonnement qu’ils n’ont affaire, grâce à la modération des syndicats, qu’à des revendications [8].

Chez Renault, « Lehideux [membre de la direction de l’usine] est fort surpris de la modestie des revendications ouvrières » [9]. Dans la presse ouvrière, le ton est à la modération. L’Humanité ne fait un rapprochement entre les premières grèves que le 24 mai (elles ont commencé le 11). Lorsque les grèves reprennent, dans la deuxième phase du mouvement (2-7 juin), ce n’est qu’en sixième page que L’Humanité annonce la reprise des grèves. La même chose se reproduira après les accords Matignon et le renouveau des occupations. La désinformation contre les occupations est pratiquée de façon égale par le patronat, qui dénonce des séquestrations là où il n’y en a pas, et par les partis de gauche et les syndicats : il s’agit de faire plier les grévistes par tous les moyens.

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Chantier du Trocadéro-1936

 

Salengro, ministre socialiste de l’Intérieur, publie le 6 juin un communiqué affirmant que l’agitation reflue alors que précisément elle s’accroît. Quand le mouvement refluera réellement, la presse ouvrière fera silence sur les dernières résistances des grévistes. La médiatisation de l’agitation ouvrière par les syndicats est un moyen grossier mais efficace de déformer la réalité des luttes sociales : chaque défaite des grévistes est présentée mensongèrement comme une victoire. Dans les entreprises en grève, le syndicat pratique la rétention d’informations pour isoler les grévistes du contexte dans lequel il négocie avec le patronat, officiellement en leur nom. « [Chez Renault], à mesure que les jours passent, note Simone Weil, les informations données aux ouvriers par les délégués se font plus rares et moins précises. »

 

Le chantage à l’intérêt national, l’étranger comme bouc émissaire

Le PC, patriotique depuis le pacte Staline-Laval de 1935, qui associe à chacune de ses manifestations le drapeau tricolore avec le drapeau rouge et La Marseillaise à L’Internationale, utilise le chantage à la défense nationale pour faire cesser les débordements ouvriers : « Nous estimons impossible une politique qui, face à la menace hitlérienne, risquerait de mettre en jeu la sécurité de la France. » [10] (L’Humanité du 3 juin). Il se pose en garant de l’unité de la nation : « Les pourparlers rompus doivent être repris. C’est à l’autorité gouvernementale d’intervenir avec force auprès des syndicats patronaux pour qu’ils acceptent de donner satisfaction aux ouvriers. La situation présente, due à l’égoïsme et à l’obstination patronale, ne saurait se prolonger sans péril pour la sécurité du peuple de France. » (idem, 6 juin). Après l’appel de Thorez du 11 juin appelant à la reprise du travail (« Il faut savoir terminer une grève. »), les grévistes qui continuent les occupations malgré l’opposition des syndicats et des communistes, sont ouvertement calomniés : les anarchistes et les trotskistes sont accusés, avec les fascistes, de chercher à entraîner les masses dans une aventure. Chez Renault, les communistes encouragent les manifestations d’intimidation : enterrements simulés de jaunes mais aussi de Croix de feu (extrême-droite) ou de trotskistes ; des tracts désignent nominalement les supposés trotskistes. Il s’agit pour le PC d’opposer l’union de la nation française à l’agitation ouvrière, implicitement accusée d’encourager, en persistant, la menace hitlérienne et fasciste. L’antifascisme dans sa version bureaucratique-bourgeoise devient la justification idéologique de la répression du mouvement des occupations par les organisations ouvrières elles-mêmes (PC, SFIO [11], syndicats). Un amalgame est fait entre les éléments étrangers aux syndicats et les étrangers qui travaillent en France. L’étranger devient le bouc émissaire. C’est le motif d’intrusion d’éléments étrangers aux syndicats qui est le prétexte au gouvernement pour prendre ses premières mesures d’ordre : « Il est vrai, déclare le socialiste Blum, qu’on a le sentiment de groupements suspects et étrangers à l’organisation syndicale. » Le 4 juillet, le gouvernement publie une circulaire aux préfets : « La France entend rester fidèle à sa tradition de terre d’asile. Il ne serait pas cependant admissible que des étrangers puissent sur notre territoire prendre part de manière active aux discussions de politique intérieure [entendre les occupations d’usine] et provoquer des troubles et du désordre. » A la fin du mois de juin, le mouvement est quasiment terminé dans les villes, mais il se prolonge dans les campagnes où des grèves d’ouvriers agricoles éclatent dès la mi-juin en Ile-de-France : la répression attire l’attention sur le rôle de la main-d’oeuvre étrangère dans cette agitation. Les grévistes et les manifestants sont accusés de porter atteinte à la nation, d’être la main de l’étranger. Une accusation qui ne vient pas seulement de l’extrême-droite, mais désormais aussi du gouvernement de Front populaire et des organisations du mouvement ouvrier. [12]

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Négocier les revendications des grévistes à l’intérieur du consensus social

Dès 1935, face à la crise et à la menace fasciste, la CGT prône un rapprochement avec les classes moyennes : « Nous savons qu’il est dans les circonstances actuelles impossible de réaliser immédiatement [la transformation totale de l’économie] car, en la poursuivant, nous dresserions contre nous une coalition de gens dont certains, au contraire, doivent être avec nous. » Thorez, dans son discours du 11 juin, ne s’exprime pas autrement : « Notre but, dit-il en substance, reste le pouvoir des soviets, mais ce n’est pas pour ce soir ni pour demain matin, car toutes les conditions ne sont pas réunies et notamment nous n’avons pas encore derrière nous, décidée comme nous jusqu’au bout, toute la population des campagnes. Nous risquerions même, en certains cas, de nous aliéner quelques sympathies des couches de la petite bourgeoisie et des paysans de France. » Les syndicats s’efforcent donc de réduire les revendications ouvrières dans le cadre légaliste bourgeois. En octobre, après le mouvement des grèves, la CGT déclarera que « c’est pratiquer une véritable démocratie que [de] mettre sur le même plan droit au travail et droit de propriété, et vouloir que l’un et l’autre trouvent, par des solutions de justice sociale, leur sauvegarde. » En période d’agitation sociale dure, pour les classes dirigeantes l’union des classes est la priorité absolue : Blum borne son action gouvernementale dans les limites du programme ultramodéré du Front populaire, il rappelle que les électeurs n’ont pas voté socialiste mais Front populaire. En écho, Thorez explique qu’il ne « saurait être question de dire que « maintenant les questions revendicatives passent au second plan et qu’il s’agit de prendre possession des usines et de placer la production sous le contrôle direct des ouvriers » : il ne faut pas compromettre l’oeuvre gouvernementale. » Frachon, un leader communiste de la CGT, veut en finir avec les occupations d’usine pour ne pas mettre en danger l’alliance avec les radicaux (dans ce marché de dupe, au sein du Front populaire, le parti centriste des radicaux, soutenu par le puissant trust des assurances, s’opposera à toute mesure de contrainte à l’égard du patronat). Dès les premières grèves de mai 36, le Front populaire (gouvernement, partis et syndicats) et le mouvement des occupations étaient faits pour se télescoper.

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Grève dans la région parisienne, juin 1936

 

Pour une gestion rationnelle du capitalisme

Syndicats et partis ouvriers dénoncent le caractère « irresponsable » du patronat. Dès 1935, le Plan de la CGT plaide explicitement pour une économie dirigée reposant sur des nationalisations couvrant l’ensemble des activités, privées ou non. Bien que les idées du Plan ne soient pas retenues dans les propositions du Front populaire, l’idée d’une gestion plus rationnelle de l’économie est une idée forte dans le syndicalisme et dans les partis dits ouvriers. Le 29 mai, L’Humanité explique que, si le patronat comprenait mieux ce qui se passe dans les usines, les occupations n’auraient pas eu lieu : « Le mouvement de la métallurgie de la région parisienne peut très rapidement se calmer si, du côté patronal, on est disposé à faire droit aux légitimes et raisonnables revendications ouvrières. » [13]. Il suffirait donc d’une gestion plus rationnelle des usines pour éviter ce genre de « désagréments ». Cette idée d’une gestion rationnelle et dirigée de l’économie se retrouve, en cette période de crise, également au sein d’une partie du grand patronat, qui s’exprime notamment autour des Nouveaux Cahiers. Cette revue qui réunit banquiers, industriels, hauts fonctionnaires et syndicalistes propose une collaboration du patronat avec les syndicats ouvriers : « Si certains industriels français n’ont pas encore compris l’importance des changements intervenus depuis quelques mois dans l’ordre social et caressent quelque rêve chimérique de retour aux errements du passé, d’autres savent qu’une telle évolution est irrévocable. Ils sont prêts à s’y adapter et à y adapter leurs usines. » Juin 36 est l’amorce de la société d’économie mixte en France.

L’intervention de l’État : les accords Matignon

L’intervention est demandée par le patronat [14], qui ne parvient pas, malgré l’appui des syndicats, à résorber le mouvement des occupations. Si l’État intervient, c’est parce que, pour la première fois depuis 1919, l’équilibre social en France n’est plus en faveur du patronat. En accord avec ce dernier, Blum fait croire qu’il est à l’origine des accords Matignon. Ce mensonge du gouvernement du Front populaire a pour le patronat l’avantage de renforcer le prestige de l’État à un moment où le patronat a cruellement besoin de son aide, mais aussi de cacher aux grévistes la faiblesse réelle d’un patronat qui ne veut pas leur montrer qu’il est prêt à négocier [15]. Le gouvernement espère, par les accords Matignon, en échange d’acquis sociaux (contrat collectif, congés payés, semaine de 40 heures, augmentation des salaires, etc.), mettre fin en quelques jours aux occupations. Si le patronat est prêt à tout accepter pour récupérer ses unités de production (dès lors que l’essentiel, l’exploitation privée capitaliste, n’est pas remise en cause), les syndicats, en revanche, sont modérés car l’objet de la négociation est moins de monnayer au prix fort des avantages sociaux que de faire cesser à tout prix le mouvement des occupations. C’est à l’initiative du patronat, et non des syndicats, que le principe des délégués ouvriers dans les entreprises est retenu dans les négociations. Les accords Matignon consacrent ainsi le syndicalisme dans sa fonction sociale de gestion des rapports sociaux avec le patronat et l’État. Mais cette consécration ne fait que valider le rôle répressif, utile et efficace que les syndicats ont dû exercer pour mettre fin aux occupations. En ce sens, si juin 36 est une grande victoire, c’est celle du syndicalisme et une défaite du mouvement gréviste. Pour survivre, le capitalisme français a dû se modifier. La reconnaissance du syndicat comme partenaire légitime par le patronat ouvre « une ère nouvelle » (Jouhaux), mais plus encore l’apparition de l’État comme troisième partenaire. Jouhaux dira d’ailleurs : « Cela démontre péremptoirement qu’il n’est pas nécessaire de réaliser l’État totalitaire et autoritaire pour l’élévation de la classe ouvrière à son rôle de collaboratrice dans l’économie nationale, mais le fonctionnement régulier et l’élévation de la démocratie le permettent. »

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Le patronat découvre l’utilité du syndicat en période de crise sociale

La contrepartie des acquis cédés par le gouvernement et le patronat aux grévistes lors de l’accord Matignon du 7 juin, c’est l’évacuation des entreprises. Les syndicats s’engagent à favoriser la reprise, mais insistent sur la responsabilité du patronat dans la crise sociale : « C’est vraiment maintenant que vous allez peut-être regretter d’avoir systématiquement profité des années de déflation et de chômage pour exclure de vos usines tous les militants syndicalistes. Ils n’y sont plus pour exercer sur leurs camarades l’autorité qui serait nécessaire pour exécuter nos ordres. » Et Richemont, représentant du patronat, de reconnaître : « C’est vrai, nous avons eu tort. » Le patronat approuve la CGT lorsqu’elle explique que si les militants syndicalistes n’avaient pas été réprimés pendant quinze ans dans les entreprises, il n’y aurait pas eu de mouvement des occupations en France. Pour le syndicat, c’est dans la perspective d’une gestion rationnelle du capitalisme que les militants syndicaux sont utiles dans les usines, pour prévenir les situations de crise et aussi, quand elles éclatent, pour aider à les dénouer. A l’issue de la convention collective de la métallurgie, le représentant du patronat, le baron Pétiet « [souhaite] vivement que le contact reste maintenu entre les deux délégations (patronat-CGT) par des réunions périodiques ». Le patronat entend garder le contact avec un syndicat qui a fait ses preuves pour l’aider à résister aux exigences des grévistes. Certains chefs d’entreprises font pression sur les salariés non syndiqués pour qu’ils adhèrent à la CGT, le meilleur garant pour eux de ne pas avoir un débordement incontrôlé dans leur entreprise. Mais cette soudaine lucidité du patronat à l’égard des syndicats ne s’impose en juin 36 que par l’urgence de la crise sociale ; elle sera très tôt oubliée dès que la crise sera terminée. Dès septembre 1936, le patronat du textile écrit une lettre à Blum expliquant la nouvelle règle du jeu : « Les industriels du textiles de Lille ne veulent plus que leurs usines soient occupées. Ils ne veulent plus de séquestrations, de laisser-passer accordés aux patrons par les délégués d’usine, de menaces adressées au personnel qui ne partage pas la manière de voir de la CGT. Ils ne veulent plus voir de patrons bloqués chez eux ou assaillis dans leurs usines, ils ne veulent plus voir leurs bureaux et magasins occupés, ils ne veulent plus être « autorisés » à entrer dans leurs établissements pour payer leurs ouvriers, ils ne veulent plus de piquets de grève installés jour et nuit au domicile de leurs directeurs, ils ne veulent plus que leur personnel puisse être traduit en jugement par un conseil d’usine. » Le patronat ne veut plus être humilié. En novembre 1938, une répression classique et revancharde sera décidée par le gouvernement de droite qui aura succédé à Blum : selon le témoignage d’un des leaders de la CGT de l’époque, 9 % de la population active du secteur industriel et commercial sera licencié le 1er décembre 1938 à la suite de ces dernières grèves.

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Les nationalisations contre les occupations

Chez les grévistes, il y a l’idée que les nationalisations des entreprises par l’État sont une garantie pour eux. La menace d’appeler à la nationalisation est souvent brandie par eux dans les entreprises occupées. Après l’échec des accords Matignon du 7 juin, le mouvement de grève reprend dans la métallurgie parce que les grévistes dénoncent des accords qu’ils estiment en deçà de ce qu’ils ont exprimé dans leurs cahiers de revendications (la CGT au contraire appelle dès le 9 juin à la reprise du travail, et parle de victoire). Le 10 juin, les grévistes posent un ultimatum au patronat : dans 48 heures, celui-ci devra avoir satisfait leurs demandes, faute de quoi ils demanderont la nationalisation des usines de guerre et celles travaillant pour l’État, leur fonctionnement étant assuré par le personnel technique et ouvrier, sous le contrôle des ministères intéressés. A Rouen, les travailleurs du pétrole déclarent vouloir poursuivre la grève jusqu’à la nationalisation. La nationalisation étant au préalable une dépossession du patron privé, il y a à la fois chez les grévistes la croyance que la révolution peut être faite par en haut (par l’État) et une première phase de l’autogestion (la phase suivante serait de ne pas attendre la nationalisation par l’État mais d’autogérer directement l’entreprise). Mais les réquisitions par l’État sont déjà envisagées par la CGT comme des moyens de briser le mouvement de contestation sociale. Jouhaux rappelle le 16 juin devant le comité confédéral de la CGT que le gouvernement avait, à sa demande, envisagé des procédures de réquisition : « Nous avons fait admettre le principe de la réquisition dans les branches indispensables à la consommation, à la seule condition que les organisations ouvrières se mettraient au service des entreprises réquisitionnées. Le gouvernement n’a pas eu à faire usage de cette arme, mais il fait savoir qu’elle existe. » Belin, membre du bureau de la CGT, commentant ces propos, explique ce que réquisition veut dire : « Supposons que, par la suite des conflits, le ravitaillement de la capitale en essence, en lait et en farine se trouve compromis. Le rôle du gouvernement serait d’assurer par tous les moyens la distribution de ces produits. A cet effet, il devrait réquisitionner les établissements où ouvriers et employés en grève reprendraient le travail sous les ordres du gouvernement. Et si le conflit durait ? L’État resterait, pendant toute sa durée, le gérant des industries et des commerces réquisitionnés. Dans ce cas, la grève serait caractérisée non plus par la cessation du travail, mais par sa reprise sous la gestion de l’État, donc par une dépossession provisoire des employeurs. Ceux-ci rentreraient en possession de leurs entreprises sitôt le conflit terminé. Observez qu’on n’a pas envisagé de faire fonctionner les usines, il s’agit uniquement d’une mesure d’exception pour empêcher que la population ne subisse de graves incommodités. » (Lefranc, p. 141). Une autre forme de neutralisation a été inaugurée par le gouvernement Blum : l’arbitrage. Il consiste en un gel du conflit social dans l’entreprise, la protègeant de fait des grévistes, lesquels ont tout à perdre d’une neutralisation de leur offensive, tandis qu’elle sert les intérêts du patronat en validant, par son application, la légalité capitaliste. « C’est ainsi, explique Blum, que les grèves du Nord et celles de la Sambre ont pu être réglées à l’amiable. La neutralisation était une sorte de mise sous scellés pendant laquelle tous les droits, de part et d’autre, étaient respectés. Nous avons fait voter ensuite par les Chambres un texte qui interdisait la grève et le lock-out tant que les tentatives de conciliation prévues par la loi suivraient leur cours. » [16]

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ABC de répression socialiste

Le patronat s’oppose à l’usage de la force par le gouvernement, bien que les occupations sauvages de ses unités de production le prennent à la gorge : « Nous risquons un conflit sanglant [argumente un délégué du patronat], c’est du sang qui rejaillira sur nous et cela nous interdira peut-être de reprendre la direction de nos usines. » [17] Moyen offensif, les occupations sont aussi un moyen défensif : elles interdisent au patronat de recruter, en cette période de crise et de chômage, des jaunes. L’objectif prioritaire est de libérer les usines occupées. Le gouvernement Blum fera son possible pour ne pas user de la force policière contre les grévistes. Le 7 juillet, le ministre de l’Intérieur a résumé sa politique devant les sénateurs : « Salengro a dit au Sénat qu’il ferait cesser l’occupation des usines par tous les moyens appropriés. Ce qui dans son idée signifie une intervention des militants du mouvement syndical, puis celle des pouvoirs publics. Si cela ne suffisait pas, on ferait confirmer cette intervention par les militants et par les pouvoirs publics. Si le résultat n’était toujours pas obtenu, une intervention commune serait effectuée, et ce n’est que si toutes ces tentatives de persuasion échouaient que le gouvernement emploierait d’autres mesures. C’est-à-dire qu’on enverrait des gendarmes […] » [18] Pour le gouvernement de Front populaire, la répression des occupations passe donc par plusieurs phases : d’abord user des syndicats comme force dissuasive et policière à l’intérieur des entreprises, ensuite faire intervenir l’État comme arbitre, puis, comme dernier moyen, utiliser les forces armées. Si le recours à la force syndicale est un palliatif censé éviter au gouvernement de recourir à la force armée, à partir du 11 juin et de l’appel de Thorez à la reprise du travail, le processus de répression est lancé : le gouvernement mobilise les forces armées. Des troupes de gardes mobiles sont concentrées par le gouvernement autour des centres ouvriers, dans la région parisienne, dans les centres agricoles et dans le nord de la France.

Le Front populaire baisse le masque.

Barthélémy Schwartz

Publié dans le numéro 2 de la revue Oiseau-tempête, automne 1997.

 

[1] Editions Babel/Actes Sud, 1997.

[2] Parti Communiste.

[3] Confédération Générale du Travail.

[4] Principales sources : Juin 36, de Danos et Gibelin (La Découverte, 1986) ; Juin 36, de Lefranc (Julliard, 1966) ; La France en mouvement, sous la direction de Jean Bouvier : recueil d’articles de divers auteurs, consacrés à juin 36, parus dans Le mouvement social, (Champ Vallon, 1986).

[5] « Rappelez-vous, les 4 et 5 juin 36, il y avait un million de grévistes. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d’heure en heure et de proche en proche dans la France entière. Des témoins oculaires vous l’ont dit. M. Sarraut l’a dit, M. Frossard l’a dit. La panique, la terreur étaient générales. Je n’étais pas sans rapport moi-même avec les représentants du grand patronat et je me souviens de ce qu’on me disait, ou me faisait dire par des amis communs : « Alors, quoi, c’est la révolution ? Qu’est-ce qu’on va nous prendre ? Qu’est-ce qu’on va nous laisser ? » » (Blum au procès de Riom, 1942 ; Pottecher, Le procès de la défaite, Fayard, 1989, p.129).

[6] Voir les témoignages rapportés par Lefranc (op. cit., pp. 204-205).

[7] « Les grèves du Front populaire aux usines Renault », Badie, La France en mouvement.

[8] Les passages en italique dans les citations sont soulignés par Barthélémy Schwartz.

[9] Section française de l’Internationale ouvrière, qui deviendra le Parti Socialiste en 1969 [note de Zanzara athée].

[10] Il faudra d’ailleurs attendre la fin du mouvement des occupations, fin juin, pour que le gouvernement publie un décret sur la dissolution des ligues d’extrême-droite.

[11] Raisonnables, pour qui ?

[12] Blum est contacté par le patronat trois jours après son arrivée au pouvoir, que la Bourse accueille avec satisfaction, « car on pense généralement que le nouveau gouvernement mettra fin rapidement au mouvement de grève » (Le Temps, 4 juin 36). Lors du procès de Riom, Blum déclarera : « A ce moment [lorsque éclatent les premières grèves de 1936], dans la bourgeoisie, et en particulier dans le monde patronal, on me considérait, on m’attendait, on m’espérait comme un sauveur. Les circonstances étaient si angoissantes, on était si près de quelque chose qui ressemblait à la guerre civile qu’on n’espérait plus que dans une sorte d’intervention providentielle : je veux dire l’arrivée au pouvoir d’un homme auquel on attribuait sur la classe ouvrière un pouvoir suffisant de dissuasion pour qu’il lui fît entendre raison et qu’il la décidât à ne pas user, à ne pas abuser de sa force. » (Guérin, p. 192).

[13] Richemont déplorera ainsi « le manque de résistance notoire d’une grande partie du patronat ».

[14] Blum au procès de Riom, Le procès de la défaite, (p. 143).

[15] Sarraut devant le Sénat, 7 juillet 1936.

[16] Communiqué du ministère de l’Intérieur, juillet 1936.

[17] Guérin sera, cependant, le seul des pivertistes à voter contre la participation au gouvernement Blum (p. 188).

[18] Tchakhotine, auteur du Viol des foules par la propagande politique (1939), est introduit dans la GR par Pivert.

 

En complément:

Néanmoins, l’aggravation de l’exploitation, provoquée par la crise et le développement de l’économie de guerre des années 1930, ne laisse pas la classe ouvrière sans réaction. En effet, au printemps 1936, une vague de grèves massives et spontanées explose en France. Pour la bourgeoisie, c’est un caillou au fond de sa botte qui gêne sa marche à la guerre. Il faut le pulvériser et c’est au Front Populaire que la classe dominante fera appel pour accomplir cette tâche.

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Le mythe des nationalisations

nationalisation1

 

Il existe une grande différence entre une lutte solidaire de salarié-e-s dont l’objet est la défense de leurs acquis et de la conception même du service public face à l’appétit sans limite du capitalisme, et la nationalisation en tant que projet politique monomaniaque des néostaliniens (Pierre Laurent) et autres sociaux démocrates (Montebourg, Mélenchon) destiné à « humaniser » le capitalisme en masquant une seule logique patriotarde et de collaboration de classes avec le patronat.
Une nationalisation n’a jamais emmené où que ce soit le socialisme, des pouvoirs de droite ont pu y avoir recours pour sauver le capitalisme. De par leur côté temporaire, elles signent le plus souvent des opportunités juteuses pour la bourgeoisie.

Les nationalisations de 1981 par le PS ont été payées rubis sur l’ongle à la classe possédante, et après que les assainissements et les restructurations aient été effectuées par l’Etat, nombre de ces entités furent bradées à la bourgeoisie avec le retour de la droite aux affaires 10 ans plus tard, DSK se chargeant de vendre les derniers meubles qui restaient pour trouver du cash rapidement en gouvernant aux côtés de Jospin, Mélenchon, Buffet.

Le projet de la nationalisation est caractéristique d’une petite bourgeoisie décontenancée par la crise systémique du capitalisme et qui entend « remettre de l’ordre » dans le désordre capitaliste afin de sauver le capitalisme.

C’est ce que nous vous proposons de découvrir avec les deux textes qui suivent.

Les Enragé-e-s

Convaincre le patronat de la « rentabilité » de l’entreprise ?

C’est ainsi que, dans les entreprises menacées de fermeture, les organisations syndicales tentent de convaincre que leur entreprise est rentable et s’efforcent de proposer un « plan de relance » destiné à allécher un éventuel repreneur, voire finissent par caresser l’idée d’une SCOP.

Mais, dans la société actuelle, les travailleurs ne sont pas juges de la rentabilité d’une entreprise ; ce sont les capitalistes qui décident des seuils de rentabilité, n’en déplaise à Pierre Laurent : tout ce qu’il propose, c’est une version moins « agressive » du capitalisme, le mythe du « bon capitalisme » investissant dans l’industrie cher aux économistes d’ATTAC et à tous ceux qui dénoncent les « dérives » du capitalisme et non le capitalisme lui-même !

Mais quand les travailleurs laissent les dirigeants de gauche et les chefs syndicalistes leur concocter des plans « crédibles », c’est avant tout la garantie de leur emploi qu’ils espèrent avec la nationalisation. Pourtant, les travailleurs lorrains – si ce ne sont ceux d’aujourd’hui, ce sont leurs parents – sont bien placés pour le savoir : les nationalisations de 1981 avaient été suivies de licenciements massifs (plus de 50 000 licenciements entre 1981 et 1986)…

(…)

Le capitalisme n’est pas « amendable ». La nostalgie des temps où le capitalisme « investissait dans la production » n’est pas de mise. Ce ne sont pas les dirigeants du Front de gauche ou les économistes d’ATTAC qui décident de l’évolution du capitalisme. Une autre société est à construire, débarrassée des capitalistes et où se préoccuper de ce qu’on produit et de la façon dont on le produit aura un sens car les intérêts généraux de toute la société prévaudront face au règne du « calcul égoïste ».

 

http://www.convergencesrevolutionnaires.org/spip.php?article2625

Le Mythe des nationalisations

Sous l’influence du stalinisme, de la social-démocratie et d’autres courants du nationalisme de gauche, la question du socialisme s’est trop souvent limitée à une question de nationalisations. La forme juridique de la propriété (privée ou d’Etat) a ainsi remplacée dans une bonne partie de la gauche radicale et même l’extrême-gauche la question de la classe dirigeante.

C’est ainsi que la majorité des courants se réclamant du trotskisme ont ajouté le qualificatif « d’ouvrier » (« dégénéré » ou « déformé » selon les tendances) pour caractériser des régimes où jamais la classe ouvrière n’a pris ou même approché le pouvoir. Or, la première question lors de toute révolution est celle du pouvoir. Si, pour les révolutions de palais il s’agit de savoir quelle clique prend le pouvoir, dans une révolution sociale, la question qui est posée est celle de la classe qui a le pouvoir. La première étape dans la destruction du système capitaliste et de la construction du socialisme, c’est la prise du pouvoir par la classe ouvrière. Sans prise de pouvoir par la classe ouvrière, toutes les expropriations, nationalisations, expériences autogestionnaires et autres « mesures socialistes » ne sauraient être, au mieux, que des adaptations au système capitaliste, qui, non seulement ne brisent en rien l’exploitation, mais ne garantissent même pas une amélioration des conditions de vie des travailleurs. Aujourd’hui comme hier, des régimes violemment anti-ouvriers disposent parfois de larges secteurs nationalisés ou sous contrôle étatique.

Pour les marxistes, la question du pouvoir ouvrier n’est pas une question théorique abstraite. Selon la formule de Marx et Engels, le communisme c’est le mouvement réel qui abolit l’ordre des choses existants. Pour décrire ce que serait le pouvoir ouvrier, la dictature du prolétariat, Marx s’est basé sur l’exemple de la Commune de Paris.
Dans La Guerre Civile en France, Marx décrit le fonctionnement de la Commune et en quoi il s’agit d’une forme d’Etat qui n’est déjà plus un Etat :

« La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois1. Au lieu de continuer d’être l’instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’au bas de l’échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d’ouvrier. Les bénéfices d’usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes. Les services publics cessèrent d’être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l’administration municipale, mais toute l’initiative jusqu’alors exercée par l’État fut remise aux mains de la Commune.

Une fois abolies l’armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l’ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l’outil spirituel de l’oppression, le pouvoir des prêtres ; elle décréta la dissolution et l’expropriation de toutes les Églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée, pour y vivre des aumônes des fidèles, à l’instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d’instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l’Église et de l’État. Ainsi, non seulement l’instruction était rendue accessible à tous, mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l’avaient chargée.

Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de cette feinte indépendance qui n’avait servi qu’à masquer leur vile soumission à tous les gouvernements successifs auxquels, tour à tour, ils avaient prêté serment de fidélité, pour le violer ensuite. Comme le reste des fonctionnaires publics, magistrats et juges devaient être élus, responsables et révocables. »

(…)

Avec quatre éléments très importants :

-« En effet, le pouvoir ouvrier n’est pas quelque chose qui pourrait se décréter par en haut, après un coup d’Etat, une intervention militaire, la prise du pouvoir par une guérilla ou une victoire électorale. Cela peut paraître très basique, mais autant le répéter, pour que puisse se constituer un pouvoir ouvrier, il faut, au préalable, l’activité révolutionnaire et l’organisation dans la lutte des travailleurs. »

-« En prenant le pouvoir, la classe ouvrière hérite en effet aussi de tous les problèmes laissés par l’ancienne domination bourgeoise. Sans même parler de la résistance acharnée qu’exerce à chaque fois la bourgeoisie lorsque la classe ouvrière se lève, on peut prendre l’exemple du logement. Dans une ville comme Paris, il est assez simple de loger les sans-abris en réquisitionnant les logements vides. Par contre, au Caire ou dans d’autres grandes villes où on trouve des millions d’êtres humains qui survivent dans des bidonvilles, il faudra certainement un peu plus de temps, et une politique de construction, pour offrir à chaque être humain un logement décent. De plus, les premiers pas dans le socialisme se feront aussi avec des restes des anciennes mentalités de la société bourgeoise. La prise du pouvoir par la classe ouvrière n’est pas « le matin du grand soir » où brusquement tous les problèmes et toutes les absurdités de la société capitaliste sont abolis, mais le début d’une période où l’humanité, libérée de la tyrannie de la domination bourgeoise, peut commencer à résoudre ces problèmes et ces questions. »

-« De la même façon, malgré le machisme affiché qui existait dans le mouvement ouvrier français (en particulier chez les proudhoniens), la Commune de Paris de 1871 a reconnu à des femmes un rôle dirigeant. On peut citer Louise Michel, mais aussi Élisabeth Dmitrieff ou Nathalie Lemel. L’égalité des salaires est mise en place pour les institutrices et le principe devait s’appliquer ensuite aux autres travailleuses. La Commune reconnaît aussi l’union libre et elle verse une pension aux veuves de fédérés mariées ou non, ainsi qu’à leurs enfants légitimes ou naturels. La révolution d’octobre 1917 sera aussi marquée par des avancées immenses pour les droits des femmes, à une époque où, en France, elles étaient encore privée du droit de vote et où l’adultère était criminalisée pour les épouses. »

-« Bien sur, il ne s’agit pas de faire du spontanéisme, tout comme une assemblée générale peut être manipulée par des bureaucrates syndicaux, il existe un grand nombre d’exemples où des contre-révolutionnaires (comme les sociaux-démocrates en Allemagne) ont pu participé aux conseils pour leur retirer toute radicalité révolutionnaire. »

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http://www.communisme-ouvrier.info/?Revolution-socialisme-et-pouvoir

L’impasse du réformisme

La « gauche » cherchant à forger un capitalisme à visage humain « écosocialiste, responsable, solidaire, alternatif, protectionniste, national » qui ne serait plus vraiment le capitalisme, n’a qu’un rôle : celui de détourner la classe prolétarienne de la voie du socialisme révolutionnaire en l’entraînant sur une voie qui n’existe pas : celle d’une alternative entre capitalisme et socialisme.

Une alternative qui serait atteignable sans détruire les fondements économiques du système capitaliste que sont la propriété privée des moyens de production et le travail salarié.
Une alternative qui serait un capitalisme moralisé et acceptable : le capitalisme «définanciarisé».

Cette troisième voie d’aujourd’hui, c’est le leurre avancé hier par les petits bourgeois qui sont tombés dans les bras du fascisme.

Aujourd’hui, sentant le capitalisme et leurs maigres avantages chanceler, incapables de surmonter leur peur d’une révolution populaire qui les dépasserait, ils crient leur soumission au légalisme, au réformisme, et cherchent à nous entraîner vers une « voie pacifique vers le socialisme » qui ne mène qu’à la case CAPITAL.
Mais là, où ils imaginent trouver le CAPITALISME d’antan, du quasi plein emploi, des retraites à 60 ans et de l’assurance maladie, ils ne trouveront que le CAPITALISME de demain, celui du libéralisme, de la pauvreté et de l’explosion des différences sociales. Car AUCUN retour en arrière n’est possible, c’est la nature du CAPITALISME qui l’entraîne à sa perte.

Il n’y a pas de troisième voie.
Il n‘y a que deux classes antagonistes : les exploiteurs et les exploités ; il ne peut donc y avoir que l’abolition de l’exploitation ou la perpétuation de l’esclavage salarié.

Pour parvenir à l’objectif socialiste d’abolition du salariat, nous devons nous tenir à distance de ces leurres, même lorsqu’ils sont largement diffusés par les médias aux mains d’un patronat prêt à tout pour détourner la classe prolétarienne de sa lutte contre le capitalisme qu’il sait condamné à ne pas survivre à cette nouvelle crise de boulimie.

Ils voulaient le réformisme pour éviter le fascisme et la guerre, ils eurent les trois.

Nous voulons le socialisme pour abolir l’exploitation de l’Homme par l’homme car nous avons choisi la VIE.

Les Enragé-e-s

Les néostaliniens du PCF

Il ne faut pas avoir une conception étriquée du stalinisme.

Le stalinisme ne meurt pas avec Staline (le 5 mars 1953) ni avec la prétendue déstalinisation du XXe Congrès du PCUS de 1956.

Le cœur théorique du stalinisme c’est la théorie de la possibilité de l’instauration du socialisme dans un seul pays et donc l’abandon d’un des piliers fondamentaux du marxisme révolutionnaire: l’internationalisme prolétarien!

A ce titre, c’est une forme de menchévisme, patriotard, étapiste, toujours prêt à la conciliation avec la bourgeoisie et l’impérialisme (Comité anglo-russe de 1925, alliance avec le Kuomintang en 1926, pacte Laval-Staline en 1935 suite auquel le PC français vota le budget militaire de la France, Fronts populaires d’alliance avec la bourgeoisie « patriote », alliance avec l’impérialisme anglo-américain durant la seconde Guerre mondiale qui rétablit l’ordre bourgeois y compris contre les communistes qui n’avaient pas compris la ligne) partout où il était menacé et ébranlé.

Cette politique contre-révolutionnaire peut prendre dans certaines circonstances (le début des années ’30, la période du pacte germano-soviétique jusqu’en mai 1941, les manifs ultra-violentes de la période de la guerre froide) une apparence ultra-révolutionnaire et militariste, mais ce n’est qu’un leurre pour mieux conduire les masses dans l’impasse et ériger un rempart contre la véritable révolution sociale et internationaliste, notamment en divisant la classe ouvrière.

Il y a une continuité idéologique entre le stalinisme et ses descendants d’aujourd’hui, aussi affaiblis et pathétiques soient-ils: ce sont des adversaires de la révolution socialiste qui est par essence internationaliste et internationale, des adversaires de l’unité de lutte de la classe ouvrière, des combattants pour un aménagement le plus favorable possible du capitalisme, ce qui explique que quelques fois le PCF et la direction de la CGT puissent être virulents en paroles et même en actes « Prenez le pouvoir! » et les portraits du Che, les drapeaux rouges dans leurs manifs (toujours accompagnés du drapeau tricolore des Versaillais néanmoins, on est patriotes avant tout, ne l’oublions pas!).

De ce point de vue et malgré leurs rancœurs les uns à l’égard des autres, c’est toujours le cas dans un navire qui sombre, PCF, direction de la CGT, PRCF et autres ont en commun l’héritage pourri de la trahison immonde des idéaux de Marx, Engels, Luxemburg et tous les autres avaient réussi à faire vivre.

Leur destin est scellé, même s’ils peuvent encore encombrer la scène de l’Histoire quelques décennies.

Notre devoir est de les dénoncer et de les combattre.

Quand on est marxistes, on ne juge pas les gens à ce qu’ils disent ou pensent d’eux-mêmes, mais au rôle RÉEL qu’ils jouent dans la lutte de classes!

Les Enragé-e-s