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Cauchemar en cuisine capitaliste: Démonter un restaurant

Comme tous les êtres vivants, l’homme s’adapte et s’habitue aux conditions dans lesquelles il vit, et il transmet, par hérédité, les habitudes qu’il a acquises. Ayant vécu enchaîné depuis sa naissance et étant l’héritier d’une longue série d’esclaves, l’homme a cru, quand il a commencé à penser, que l’esclavage était la caractéristique même de la vie, et la liberté lui est apparue comme étant chose impossible. De la même façon, contraint depuis des siècles et donc habitué à attendre du patron le travail, c’est-à-dire le pain, et à voir sa propre vie perpétuellement à la merci de celui qui possède la terre et le capital, le travailleur a fini par croire que c’est le patron qui lui permet de manger et il demande naïvement comment il pourrait vivre si les maîtres n’existaient pas.

Errico Malatesta

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Contre le travail et ses apôtres

« Ces gens-là sont des travailleurs, messieurs, reprit le général Soleno Chagoya à l’adresse des journalistes qui l’entouraient.
Ce peuple aime travailler. Et le travail est fondamental pour assurer la paix sociale ».


Carlos Montemayor, Guerre au Paradis.

oisiveté_ouvrier_lesenragesLes bus, les métros, les périphériques, les trains de banlieue sont pleins à craquer de salariés pris au piège de la normalité. L’entassement, prix d’un calme fragile, prix de l’ordre. Le sommeil qui ne vient pas, le sommeil interrompu à l’aube, prix du calme.

 

Il ne faut pas chercher bien loin pour constater les signes d’un consensus apparent ; au cours d’une manifestation, un gréviste réagit à un slogan « A bas le travail » tagué sur les murs : « Ce n’est pas bien, il ne faut pas dire ça ! » Pourquoi ce n’est pas bien ? « Parce que c’est extrémiste ; il en faut du travail, il faut travailler ! » Et pourquoi faudrait-il travailler ? « Il faut travailler…mais parce qu’il FAUT TRAVAILLER ! » Brillante démonstration.

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Fallait-il en déduire une déclaration d’amour pour le travail, ou alors s’agissait-il d’obtenir le précieux salaire mensuel, celui qui vous donne droit au précieux logement (et encore), à la précieuse bouffe, au précieux compte en banque, au précieux titre de transport pour aller au travail, au précieux titre de séjour, aux précieux habits ?

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C’est ce foutu cercle sans début ni fin qui revient le plus souvent. D’où viennent l’argent et la nécessité de s’en procurer pour survivre, d’où viennent le travail salarié et le rapport salariat/patronat, d’où vient le rapport marchand ? Mais plus encore, vous répondra-t-on, qui a encore le temps de se poser ces foutues questions ?

« Il faut travailler parce qu’il FAUT TRAVAILLER ». Certes, certes…Le genre de domaine social que le sacré a imprégné profondément de son odeur fétide de malheur, de mystère, le préservant de toute remise en cause.


Une évidence si partagée qu’on oublie de s’étonner que des ouvriers puissent s’engager dans des grèves sauvages et dures, manifester et bloquer des routes, saccager des préfectures… pour le droit au travail, pour le maintien de telle ou telle industrie, pour l’emploi. Nous sommes à l’heure de l’apogée du culte du travail, à l’heure où les patrons ne sont plus tant haïs pour ce qu’ils sont (ceux qui nous font trimer comme du bétail) mais parce qu’ils ne nous offrent plus de travail, parce qu’ils ferment les usines. Bien sûr, il y a toujours ce sentiment diffus de haine de classe : les patrons sont des menteurs, des salauds qui nous traitent et nous virent comme de la merde, qui nous jettent comme des moins-que-rien quand ça leur plait, nous licencient et partent avec la caisse sous le bras. Mais le « patron-voyou » disparu, on se presse d’en chercher un autre, plus honnête, un patron réglo’, un brave homme qui respectera notre « dignité de salariés ».

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Cela fait toujours bizarre d’entendre des travailleurs dire à un ministre sur un plateau télé, après avoir été virés : « mais nous on est d’accord avec vous au fond, on veut que ça marche, on veut travailler. »

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Une bonne ouvrière ne fait avec le fuseau que cinq mailles à la minute, certains métiers circulaires à tricoter en font trente mille dans le même temps. Chaque minute à la machine équivaut donc à cent heures de travail de l’ouvrière: ou bien chaque minute de travail de la machine délivre à l’ouvrière dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l’industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvelées par la mécanique moderne. Mais que voyons-nous? À mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l’homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’Ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur, comme s’il voulait rivaliser avec la machine. Ô concurrence absurde et meurtrière ! Paul Lafargue

 

D’autant plus lorsqu’en parallèle se lit en majuscule sur la tronche des gens cette tristesse sans fond quand ils vont bosser, ou quand ils rentrent du boulot. Là on se dit :

« Mais bordel c’est évident que personne n’aime son taff, que personne n’aime LE taff, puisque quel que soit le type de travail qui les tient enchaînés, ils tirent tous les mêmes gueules de macchabées ».

 

Alors pourquoi le dégoût se lit-il seulement dans l’intime, dans les regards fuyants ? Pourquoi la question du travail mène si souvent à une impasse lorsqu’elle est posée publiquement ?


Malgré toute cette vaste morgue qui tourne en rond, malgré le fait que la dépression touche une personne sur deux, que les psychotropes sont avalés à la louche, on retrouve partout cette conne réplique du manifestant-type : « il faut travailler parce qu’il faut travailler ». La palme revenant à une auditrice (prise au hasard) réagissant à l’antenne à un sujet médiatique (l’indemnisation des chômeurs) : « Bien sûr que je pense qu’il faut sanctionner les chômeurs ; pourquoi auraient-ils plus de droits que les autres ? Puisque moi je me lève tous les matins pour aller au travail, pour ne pas me faire renvoyer, pourquoi est-ce qu’on ne punirait pas les chômeurs qui ne se lèvent pas le matin pour chercher du travail ? ».

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Comme le disait Maurice Thorez aux grévistes d’après-guerre : « Il est temps de se retrousser les manches, camarades ! »…


Ca en dit autant : en dehors du temple du travail sacré et de ses disciples, il n’y a que des hérétiques à convertir de force, à sanctionner, ou à rééduquer socialement, à défaut de les éliminer purement et simplement comme éléments inutiles et nuisibles.

S’agit-il vraiment d’amour du travail ? Si on aime vraiment le travail, on peut tout au plus prendre en pitié ceux et celles qui chôment, du style : « Ah les pauvres, ils ne savent pas ce qu’est le plaisir du travail, les joies du salariat, le bonheur du réveil à six heures, les trains bondés. Ah c’est vraiment triste ! »


Mais les chômeurs empêchent rarement (trop rarement) les travailleurs de travailler. Alors quoi ? Jalousie peut-être ? Et comme on ne peut jalouser quelqu’un qui gagne moins d’argent que soi dans ce monde, il ne reste que la jalousie du « temps libre ».

Et que reste-t-il à répondre à ces personnes ? « Bah ok alors, vas bosser et bon vent à toi ! ». D’ailleurs, comme disait l’autre : « Les esclaves antiques, il fallait leur mettre des chaînes et des boulets en fonte aux pieds pour les empêcher de fuir ; les esclaves modernes, on leur donne deux semaines de vacances l’été et ils reviennent tous seuls ».

388533_147649585401622_1317934274_nEt pourtant ils s’en plaignent de leur taff, de leur connard de petit chef qui leur pèse sur le dos, qui les emmerde à cent sous de l’heure, et que ça leur ruine le moral et la santé, que ça les stresse, que vivement la retraite, que j’ai pas envie de me lever putain…


Alors quoi ? Masochisme, schizophrénie de masse ?


De deux choses l’une :
- soit les esclaves modernes sont tellement dépendants de leurs maîtres que le choix ne se pose tout simplement pas,
- soit ils n’ont rien à désirer dans l’idée d’évasion, et le travail est alors un choix parmi d’autres possibles.

Mais quand on y réfléchit, comment une société élevée sur la base des diverses déclinaisons du travaillisme (compris comme religion du travail) pourrait-elle avouer sans honte : « Ah ça le travail, c’est vraiment de la daube, j’suis bien d’accord ! » ?


Un travaillisme institué depuis des siècles, d’abord comme idéologie du pouvoir, puis (comme toute idéologie qui fonctionne) relayée par la base, par « les masses ». Un travaillisme civique qui a apprit par cœur que l’oisiveté est un des pires vices existant, et qui sait que les non-travailleurs sont un danger social, un péril pour la sécurité, cette autre religion moderne.

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On en vient à penser qu’avec le temps, ce qui était martelé comme un devoir à accomplir, surtout péniblement, prend le sens non plus d’un châtiment, d’une punition ou d’une marque d’abjection, mais au contraire de mérite, de récompense, de gratitude. Dans un tel monde renversé, on est fier de travailler, d’avoir sa médaille des « quarante ans de bons et loyaux services », on s’épanouit et on s’émancipe par le travail, on verse une larme de joie quand les usines ouvrent leurs portes à proximité. Et qui sont ceux qui sont taxés d’ « aristocrates » ? Ceux qui crient ouvertement que le travail est, a toujours été, et sera toujours une infamie.

Il n’y a pas si longtemps, les jaunes devaient faire profil bas lors des grèves, quand ils croisaient leurs collègues qui débrayaient et détruisaient les machines.


Aujourd’hui, les grandes gueules peuvent ouvertement laisser éclater leur haine du gréviste et trouver de nombreux complices pour leur dire à l’unisson : « T’as bien raison, je te les enverrais travailler au Bangladesh pour trois euros de l’heure moi, pour leur apprendre ce que c’est que l’exploitation ! » Et autant de partisans d’une loi prévoyant de rayer des listes les chômeurs refusant « deux offres d’emploi acceptables ».

bons_chômeurs_mauvais_chômeursAutant de produits (à quel point consentants ?) de la frustration sociale généralisée qui en viennent à haïr violemment, dans la vieille logique de la guerre civile, qui les plus oppressés par le capital, qui ceux qui ont la force de lutter et de rendre des coups à la machine à soumettre. Pensez donc ! Les patrons sont des rois-mages qui nous offrent du travail comme on offre des chocolats, et on ne leur en veut que lorsqu’ils ne tiennent pas leurs promesses (un peu comme avec les politiciens au fond).

Dans ce renforcement somme toute récent du culte populaire du travail, de nombreuses charognes politiques ont une bonne part de responsabilité, syndicats, partis et organisations dites « radicales » en tête.


Car l’ouvriérisme n’est pas pour rien dans la démocratisation de ce culte : les batailles pour le droit au travail (ça résonne comme un échos à la vieille rengaine « Mais il y a des gens qui sont morts pour que tu aies le droit de vote !! ») ont commencé avec la constitution de ce qui s’appelle encore aujourd’hui le Mouvement Social, lui-même ayant pris part à l’enterrement des mouvements insurrectionnels caractérisés par le cassage en règle de machines et d’usines. Aussi, après la « mort » de l’exploité révolté, surgit une autre « figure », avec la bonne imagerie du prolo musclé, qui sue courbé sur sa machine, plein de ténacité face à l’adversité et la douleur, les parades d’ouvriers pour le premier mai avec force banderoles « sauvez nos emplois et nos salaires », « sauvez notre profession », « l’industrie automobile doit survivre », ou encore « pour la défense de la métallurgie en Lorraine », « 3000 euros par mois dès maintenant c’est possible ! » et autres hymnes bien puants incitant à être fier de sa condition. Une imagerie où la faucille ne sert plus à égorger le contre-maître, ni le marteau à défoncer le métier à tisser, mais à représenter le travail dans toute sa splendeur.

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Un ouvriérisme poussé jusqu’aux slogans « qui ne travaille pas ne mange pas » [1], « travaillons TOUS, moins et autrement », des slogans qui traduisent une vision de la « Société Future » pas si éloignée que ça de l’actuelle, qu’on pourrait résumer par la formule suivante : « L’anarchie étant l’expression achevée de l’Ordre (sic), et le travail étant « la meilleure des polices » (sans rire), l’anarchisme est donc l’idéologie du travail généralisé ». Que reste-t-il de « révolutionnaire » là-dedans, et quel plus beau cadeau pourrait-on faire à ce système que cette fausse critique qui s’attaque à la forme et laisse le fond intact ? Une idéologie qui viserait à récupérer les termes du « vieux monde » pour les pousser à l’extrême et non plus les subvertir ? [2]


Ou plus souvent, c’est l’apologie de l’autogestion comme remède miracle, mythe entouré de « radicalisme » mais complètement vide (quoi ? les ouvriers vont forcément mieux gérer l’industrie automobile, les prisons, les usines d’armement, les usines Airbus, les supermarchés ? Autogérer quoi en fait ?).

autogestion_piege_a_con    Contre le mythe autogestionnaire


Une idéologie dans laquelle les chômeurs ne sont que des « camarades travailleurs momentanément privés d’emploi », des victimes que le glorieux socialisme (même dans sa version dite « libertaire ») s’empressera de rendre « utiles » et de « valoriser » à nouveau. Des « camarades » qui doivent quand même se sentir coupables de se tenir un peu à l’écart de LA classe…

L’ouvriérisme procède d’un raisonnement bien ficelé, bien que recouvert par la poussière du passé : le prolétaire est la figure même de l’individu (oups pardon, l’individu n’existe pas c’est vrai…) subissant de plein fouet l’exploitation, le symbole (personnifié autant que massifié) des méfaits du capitalisme ; ce que les ouvriéristes utilisent pour dire « le prolétariat comme classe est au centre de la lutte des classes, donc seul lui pourra faire la révolution, qui est son dessin historique, sa tâche suprême ». D’où la construction du sujet révolutionnaire cher non seulement aux marxistes, mais aussi à de nombreux anarchistes « lutte-de-classistes ».
Pour résumer, une idéologie fonctionnant sur la croyance en « l’égalitarisme négatif » du système, en l’autodestruction (toujours proche il paraît) de ce dernier par « exacerbation mécanique de ses contradictions internes ». Et étant donné que tout le monde -ou presque- va se retrouver à plus ou moins long terme dans la même merde, cela suffira à déclencher une prise de conscience « de classe », et la révolte puis la révolution arriveront fatalement.

Misère sociale engendre automatiquement révolte…Vraiment ?

Un bref coup d’œil sur l’histoire suffit pourtant pour s’apercevoir que ce mythe, accompagné de la Grève Générale, de la Révolution Sociale, a été largement infirmé. Parce qu’à peu près tout peu naître d’une colère répandue, fut-elle « de classe » : fascisme, soulèvements libertaires, autoritarismes, poussées nationalistes, etc… Tout ça pour dire que la misère et l’oppression ne déterminent rien en soi (même pas forcément la colère), si ce n’est justement la misère et l’oppression.

Bien entendu, dans une situation où la paix sociale est largement brisée, il est largement préférable de voir des sabotages et autres blocages de voie de circulation de la marchandise, des séquestrations de patrons, des sous-préfectures saccagées, plutôt que des pogroms, des chasses à l’étranger et autres actes renvoyant à la guerre civile, où les exploités se tirent mutuellement dessus.

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-67% des salarié-e-s n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité -80% s’ennuient au travail -2 000 000 de salarié-e-s se disent maltraité-e-s au travail -500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises. -1 à 2 citoyen-ne-s sont tué-e-s chaque jour lors d’un accident du travail -Entre 200 et 300 suicides chaque année sur le lieu de travail.

 

Mais dans ce contexte, il est clair que l’ouvriérisme comme partie intégrante du travaillisme n’arrange pas les choses : fierté pour sa condition, amour du travail bien fait, renforcement d’une identité ouvrière qu’on se transmet dans la classe pour la reproduire, avec ses rites, son folklore, en somme l’exact opposé d’une volonté d’auto-négation du « prolétariat » dans la destruction du capital et du travail.


Et pas un mot, la plupart du temps, en dehors du sempiternel « partage des richesses », sur l’origine du travail, sous prétexte que cela renverrait à une « réflexion étymologique spécieuse » ; pas un mot de critique sur son sens et sa signification, son rôle social de domestication et de contrôle, dans les bureaux comme dans les usines, sur sa capacité nihiliste à tout fondre dans une même catégorie, de l’agriculture destructrice au nucléaire, de la fabrication des divers poisons industriels aux métiers d’encadrement et de surveillance (profs, vigiles, cadres, employés à Pôle Emploi, assistantes sociales..). Pensez-vous, le Mouvement Social a trop besoin de draguer sa classe bien-aimée, il ne faudrait vexer personne.

Rien n’est dit sur le fait que le travail n’est fondamentalement rien d’autre que notre force transformée en énergie pour le capital, celle dont il ne peut se passer, son essence vitale, son meilleur allié, et ce quel que soit le degré d’automatisation de la production.
1794727_255166361316610_508955716_nRien sur le fait que le travail est ce qui nous ennuie, nous étouffe, nous brûle et nous dévore, la torture normale et morale qui nous crève. Et qu’au final, comme l’on décrète ainsi que la vie n’a pas de sens en dehors du travail, celui-ci est érigé en pilier de bronze d’une société ouvertement totalitaire, si totalitaire qu’elle est parvenue à intégrer ses faux contestataires et à les recycler en prestataires de solutions alternatives à une mise au travail forcé.
10153241_355124187987493_6804664443829395669_nAu final, rien n’est dit sur tout ce dont nous devrons nous débarrasser dans une perspective de libération, de l’argent au salariat, en passant par toutes les nuisances qu’il n’est pas question de gérer, mais de supprimer.

Et dans l’immédiat, le capital s’en frotte les mains, ainsi que tous ceux qui trouvent un intérêt dans la perpétuation de l’existant.
Comment pourrait-il en être autrement ? « Le travail c’est la santé » déclare le patron, « Il faut travailler parce qu’il faut travailler » répond le « manifestant responsable ». La boucle est bien bouclée dans la démocratie capitaliste. Et pour qu’elle se brise, il ne suffira pas que la haine du « patron-voyou-qui-a-fermé-l’usine » se répande, pas plus que les appels à l’autogestion émanant d’organisations à bout de souffle et trop occupées à vouloir recruter des fidèles.

Encore faudra-t-il que tous les Maurice Thorez des temps modernes se fassent dégager à coup de pieds dans le cul.

Pour en finir avec le travail, le capital et leurs souteneurs.

Extrait de Non Fides N°IV, juillet 2009.

Notes

[1] Reproduction fidèle d’un verset de saint Paul énonçant que « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Verset auquel on peut ajouter ces quelques mots tirés d’un Symbole mormon, et rapportés par M. Weber :  » Mais un indolent ou un paresseux ne peut être chrétien, ni être sauvé. Il est destiné à être piqué à mort et rejeté hors de la ruche « . Et l’auteur de commenter :  » C’était surtout une extraordinaire discipline, à mi-chemin entre le cloître et la manufacture, qui plaçait l’individu devant le choix entre le travail ou l’élimination.  »

[2] Pour clarifier les choses, un tract intitulé « Travailler pourquoi faire ? » était paru dans le premier numéro de ce journal, qui traduisait plus ou moins cette logique d’une « vision alternative du travail » ; nous sommes largement revenus sur cette manière de voir.

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A lire en complément :

Tous ces improductifs, tous ces oisifs, tous ces paresseux constituent trois groupes, trois groupes de non-valeurs.

Voici d’abord les oisifs véritables, ceux qui, du 1er janvier au 31 décembre, du berceau à la tombe, n’ont jamais rien fait et ne feront jamais rien ; tous ceux qui vivent de leurs rentes et des profits de la propriété, tous ceux qui, consommant sans rien produire eux-mêmes, se contentent de la production des autres, et qui, à la fin de chaque année, par leurs coupons d’obligations, leurs rentes, trouvent moyen de vivre sans jamais besogner, tous les rentiers, les propriétaires, les oisifs de toute nature, y compris les rastaquouères…

Voici le deuxième groupe, le groupe de ceux qui travaillent, mais qui ne produisent rien. C’est le groupe le plus nombreux, comme vous allez le voir : le clergé, l’armée, tous les fonctionnaires – il y en a, paraît-il, 900.000 en France – fonctionnaires de gestion et surtout… d’indigestion.

Ici, Camarades, je ferai quelques exceptions en faveur de certains fonctionnaires qui auront leur utilité et même leur nécessité dans les rouages de la vie communiste, par exemple, les instituteurs. Les instituteurs sont des fonctionnaires, mais il n’en est pas moins vrai qu’on ne peut pas les considérer comme des inutiles ou des improductifs ; ce qui sort de leurs mains, le fruit de leurs efforts, ce n’est ni un meuble, ni une maison, ni une machine, ni un appareil quelconque, mais ce sont des intelligences cultivées, ce sont des esprits ouverts. En un mot, leur besogne est une besogne utile et, dans la société future, ce sera une besogne féconde.

Je ne peux pas considérer non plus comme totalement improductifs ces autres fonctionnaires qui sont les employés des postes, des télégraphes et téléphones ; ceux-là également auront leur raison d’être dans notre société.

Mais, tous les autres fonctionnaires, depuis le premier magistrat de la République jusqu’au dernier des gardes champêtres, tous ces fonctionnaires dont j’ai dit tout à l’heure qu’ils étaient de gestion et surtout d’indigestion, ceux-là, incontestablement, n’auront rien à faire dans un monde communiste.

Voici maintenant les professions dites libérales : les médecins, les avocats, les journalistes, les artistes, les écrivains, les poètes, les peintres, les sculpteurs, les musiciens et les gens de théâtre ; puis, les notaires, les avoués, les greffiers, tous les gratte-papier, tous les basochiens, Tous ces gens qui appartiennent à des professions dites libérales, sont en nombre considérable.

Ici encore, Camarades, je fais deux exceptions : l’une en faveur des médecins, l’autre en faveur des artistes.

Des médecins, il en faudra toujours, car, bien que la santé publique sera, comme tout le reste, considérablement améliorée, il y aura toujours une foule de maladies, de troubles, de désordres qui sont créés par la misère et l’alcoolisme : la tuberculose, la syphilis et une quantité d’autres maladies d’origine bourgeoise qui affectent surtout ceux qui ne travaillent pas ou qui travaillent mal.

Dans la société future, la plupart de ces maladies seront surveillées de près, la source en sera, en quelque sorte, tarie et il en résultera que la santé publique sera considérablement améliorée. Mais la maladie sans cesse nous guette, depuis l’enfance, toujours délicate et fragile, jusqu’à la vieillesse qui fonce sur nous avec son caractère de décrépitude et son cortège d’infirmités. Nous aurons donc besoin des médecins.

Nous aurons aussi des artistes qui sont appelés à embellir notre vie en lui donnant l’éclat et la beauté.

Mais nous ajouterons, si vous le voulez bien, à toutes les personnes appartenant aux carrières libérales inutiles, tous les gens de banque, tous ceux qui travaillent dans les Compagnies d’Assurances, tous ceux qui vivent des courses, des cercles, des tripots, des casinos, etc… Supputez, par la pensée, le nombre de ces gens. Vous les connaissez sans que j’aie besoin d’entrer dans plus de détails, ça foisonne, ça pullule…

Joignons-y un autre groupe, le plus grand et le plus important : les commerçants. Depuis les grands patrons qui dédaignent de mettre « la main à la pâte » et qui se contentent de diriger de loin leurs affaires, jusqu’aux petits boutiquiers qui, au contraire, sou par sou, tâchent de gagner leur vie et d’économiser. Et toute cette armée colossale d’intermédiaires, de courtiers, de placiers, de voyageurs, de représentants de commerce, de caissiers, comptables, vendeurs et vendeuses, livreurs, etc., et puis tous les camelots, tous les trafics mal définis, la publicité sous toutes ses formes, etc.

Là encore, demandez-vous par quel chiffre il faudrait établir le compte de tous ces gens qui travaillent, car il y en a qui travaillent beaucoup, qui se donnent un mal terrible et qui ont des soucis incroyables, qui vivent dans l’anxiété perpétuelle en prévision de l’échéance redoutable de fin de mois qui les guette. Je ne dis pas que ces gens ne font rien, je dis qu’ils ne servent à rien ; ils travaillent, c’est vrai, mais ils travaillent sans produire : ils font du travail inutile.

Et maintenant, voici, pour clore, ce deuxième groupe : les domestiques des deux sexes. Ils sont nombreux : la statistique, avant la guerre, m’avait fourni un chiffre de 1.485.000 domestiques des deux sexes. Et il n’y a pas que la valetaille proprement dite, les larbins, les videurs de pots-de-chambre, il y a (il faut bien les ranger quelque part cependant, quoique d’ordinaire on les range parmi les travailleurs de l’alimentation), il y a tous ceux qui constituent le personnel domestique des hôtels, des cafés, des restaurants, des bistrots, des bars, les cireurs de bottes, les commissionnaires, les porteurs, les ouvreurs de portières…. il y en a des nuées, des légions !

Le troisième groupe est composé de ceux qui participent à la production, mais qui font, les uns une production inutile, les autres une production nuisible.

Production inutile, non pas aujourd’hui, mais dans la société communiste de demain, sont tous ceux qui produisent quelque chose ayant pour but la défense de la propriété : tous ces murs qui entourent les grandes propriétés, toutes ces barrières qui séparent les lopins de terre les uns des autres. Quand le tien ne se distinguera plus du mien, quand tout appartiendra à tous, il y aura évidemment une foule de travaux, nécessaires aujourd’hui, qui seront devenus alors complètement inutiles. Et les coffres-forts, et les serrures de sûreté !… Je pourrais multiplier ici les exemples.

Et puis, il y a ceux qui produisent, mais qui produisent mal, ceux dont la production n’est pas seulement inutile, comme celle des précédents, mais encore dont la production est nuisible : tous ceux qui sont employés dans les arsenaux, dans les manufactures nationales d’armes, qui travaillent à des œuvres de mort, qui travaillent pour préparer la mort, comme si la mort ne venait pas assez vite. Et vous constaterez avec moi, Camarades, les sommes fabuleuses dévorées en pure perte, et dont le total est incalculable, par l’activité inemployée ou mal employée !

Et dire que nous avons peur du gâchis au lendemain de la Révolution ! que nous craignons de nous trouver en face d’une production déficitaire !… Mais, jamais, quoi que nous puissions faire et quelque folie que nous puissions imaginer au lendemain de la Révolution, jamais nous n’arriverons à organiser un gâchis semblable, un gaspillage comme celui que je viens d’indiquer, des activités et des intelligences ! Et cela devrait suffire pour prononcer, par la raison et au nom de la raison, la condamnation du régime capitaliste.

Sébastien Faure

Voici trois ans que je suis au chômage, je fais partie de ces zombies que l’on oblige quotidiennement à estampil­ler du sceau de la fainéantise une carte rouge pour leur rappeler qu’ils vivent aux crochets de ceux qui ont le bonheur de travailler…
Mais quelle bénédiction d’être chômeur, pardon… tra­vailleur sans emploi, selon la formule consacrée. Dommage que le pécule est un peu mai­gre, mais nous sommes enfin libres. Nous n’avons plus de nœud au ventre parce que nous n’atteignons pas les quotas de production ou par­ce que nous arrivons en re­tard au boulot; le nec plus ultra, c’est de ne plus enten­dre la voix vociférante du chef entre le vacarme des ma­chines et l’angoisse d’être vi­ré ! Ça n’a pas de prix!

Parlez-moi de travail et je sors mon revolver

1. Avez-vous éprouvé au moins une fois le désir d’arriver en retard au travail, ou de le quitter plus tôt ?

Dans ce cas, vous avez compris que :

a) Le temps de travail compte double car il est du temps perdu deux fois :
– comme temps qu’il serait plus agréable d’employer à l’amour, à la rêverie, aux plaisirs, aux passions ; comme temps dont on disposerait librement.
– comme temps d’usure physique et nerveuse.
b) Le temps de travail absorbe la plus grande partie de la vie, car il détermine aussi le temps dit « libre », le temps de sommeil, de déplacement, de repas, de distraction. Il atteint ainsi l’ensemble de la vie quotidienne de chacun et tend à la réduire à une succession d’instants et de lieux, qui ont en commun la même répétition vide, la même absence croissante de vraie vie.
c) Le temps de travail forcé est une marchandise. Partout où il y a marchandise il y a travail forcé, et presque toutes les activités s’apparentent peu à peu au travail forcé : nous produisons, consommons, mangeons, dormons pour un patron, pour un chef, pour l’Etat, pour le système de la marchandise généralisée.
d) Travailler plus, c’est vivre moins.

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société qui assure à chacun le droit de disposer lui-même du temps et de l’espace ; de construire chaque jour sa vie comme il le désire.

Le blues du dimanche soir, une vie volée deux fois

 

Elle n’aime pas ça, la terre, la liberté

Revenir à la terre, revenir au local, revenir au féodal,

Il y a quoi là-dedans?

La maxime pétainiste dit: « la terre, elle, ne ment pas ».

Elle ne ment pas car elle ne dit rien, elle est muette la terre,

La terre se contrefout de tout ça.

La terre se contrefout de l’émancipation,

Elle n’aime pas ça, la terre, la liberté,

Elle préfère l’ordre millénaire et le travail, la terre,

Elle est pieuse, la terre,

« Pas d’émancipation des femmes », dit la terre.

Il faut souffrir la terre,

Un monde à l’Histoire creuse, la terre,

Il n’y a pas de PMA dans la terre.

Il n’y a pas d’accès à la pilule, avec la terre.

« Une femme, ça sert à enfanter » dit la terre,

Il n’y a plus d’Histoire, avec la terre,

Le Seigneur, le saigneur,

La patrie, le patriarche,

Et les terrien-ne-s, dans la gadoue, jusqu’au cou!

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

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A lire en complément:

José Bové contre la PMA  : Moyen Âge quand tu nous tiens!

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute!

 

 

 

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Au quotidien on est confronté à des questionnements sur nous-mêmes, sur notre travail, est-ce qu’on va avoir du travail, est-ce la société va évoluer, etc,… Et bien cette insécurité, cette insécurité, plutôt que d’en faire de la peur, faisons de la créativité. Il y a Allan Watt qui avait écrit un livre qui s’appelait « bienheureuse insécurité » Parce que quand on est installé dans la certitude, cette certitude nous endort. Et aujourd’hui, nous n’avons pas à nous endormir. Et je bénis cette incertitude. Et je bénis cette situation dans laquelle les horizons se brouillent. Et parce que les horizons se brouillent, on fait appel à la lumière. Pierre Rabhi

 

Pour aller plus loin:

Savez-vous d’où vient l’expression  » égalité des chances « ?

L’oppression spécifique des femmes

Le mythe de la création d’entreprise

Le chef de l’État a annoncé au printemps 2013 plusieurs mesures pour favoriser l’esprit d’entreprise dès le collège.

Francois Hollande stands in rainUn programme sur l’entrepreneuriat sera lancé «de la sixième à la terminale»…

Que va-t-il rester à la droite?

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Demain, tous entrepreneurs?

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Quelques chiffres.

France : 93% des actifs sont des salarié-e-s

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Et oui… Le salariat, c’est pas la joie le lundi matin. Ni le dimanche soir d’ailleurs. En fait, le salariat, c’est pas la joie du lundi matin au dimanche soir.

 

L’immense majorité des actifs est salariée.

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-67% des salarié-e-s n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité -80% s’ennuient au travail -2 000 000 salarié-e-s se disent maltraité-e-s au travail -500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises -Un à deux travailleurs sont tué-e-s chaque jour lors d’un accident du travail

 

Pourtant, une mythologie puissante est installée sur tous les canaux culturels et médiatiques possédés par le patronat, celle qui consisterait à pouvoir échapper à l’enfer du salariat en « créant sa boite« .

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Ils sont des centaines de milliers chaque année à être intimement persuadés qu’ils sont plus malins que les autres, sans se douter un instant que le maigre espace que leur laissera les gros finira par être englouti par les mêmes.

En effet, plus d’une création d’entreprise sur deux a mis la clé sous la porte au bout de 5 ans.

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C’est l’homme tout entier qui est conditionné au comportement productif par l’organisation du travail, et hors de l’usine il garde la même peau et la même tête. Dépersonnalisé au travail, il demeurera dépersonnalisé chez lui. Christophe Dejours – Travail usure mentale

 

Pour certain-e-s, cela représente l’ultime espoir de pouvoir subvenir à ses besoins car en temps de crise, l’économie capitaliste sur-exploite celles et ceux qui ont un emploi et exclut un nombre toujours plus considérable de personnes, à commencer par les femmes qui en sont les premières victimes.

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Bien que les femmes soient de plus en plus présentes dans la sphère publique, la place qu’elles y tiennent est justifiée idéologiquement par la place prépondérante qu’elles occupent dans la sphère privée : elles peuvent être à temps partiel car elles doivent s’occuper du ménage et des enfants ; elles peuvent gagner moins car elles n’ont pas la charge d’entretenir une famille ; elles exercent des métiers liés à l’enfance, au social accordés à leurs qualités “ naturelles ” de patience et d’accompagnement. Cette division sexuelle du travail permet à la société de faire des économies sur les crèches collectives, les cantines, la prise en charge des personnes âgées. En 2000, les femmes continuent d’assumer 80 % du noyau dur du travail domestique (vaisselle, cuisine, linge, soins matériels aux enfants, courses). Le capitalisme a donc besoin de l’oppression des femmes et la renforce. Il organise la division du travail réservant aux femmes ses premières attaques avant de s’en prendre à l’ensemble des salariés et sans que cela n’entraîne aucune réaction : les secteurs les plus précarisés de tout point de vue sont les plus féminisés. L’oppression des femmes n’est pas seulement un “ reste archaïque ” des millénaires passés. Elle a été récupérée par le système capitaliste même si cela a produit et produit toujours de nouvelles contradictions en son sein : en période d’expansion économique, le capitalisme a besoin de réguler le marché du travail en sollicitant une main d’œuvre féminine bon marché et inversement en période de récession.

 

Ces fameuses « boites », la plupart se refermeront en laissant pour seule liberté à leurs propriétaires illusionnés le soin d’en apposer eux-même le couvercle.

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Si le riche te tapote l’épaule, c’est que ta servilité lui garantit la pleine jouissance de ce qu’il a volé, à toi, à moi, à tous les pauvres du monde. Les riches souhaitent ardemment que tous les déshérités aient l’âme d’un mendiant. Ricardo Flores Magon

 

La plupart y perdra toutes ses économies, qui ne seront bien évidemment pas perdues pour tout le monde…

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« J’hallucine tous ces assistés qui se croivent chez les Bisounours. Moi je vais me bouger le cul et monter ma boite. »

 

Certains hurleront après « les charges » [les cotisations sociales] sans réaliser que les normes fiscales et comptables des entreprises sont faites sur mesure pour la classe possédante, sans s’avouer aussi qu’ils se feront déplumer à leur tour par la bourgeoisie.

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Ils veulent ignorer que le capitalisme consiste à voler légalement les fruits du travail et les gains de productivité afin de renouveler sans fin l’appareil de production sans comprendre qu’ils feront eux-mêmes les frais de cette expansion et de ce vol de travail, d’une façon directe ou indirecte puisque l’économie capitaliste prospère sur la quasi totalité des champs de l’existence.

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Tout est privatisé au sein d’une économie capitaliste, la minuscule liberté consistant à « créer sa boite » n’est une liberté qui ne peut fonctionner que dans la mesure où elle n’est exercée que par une minorité de la population.

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Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut se constituer qu’à la condition de priver l’immense majorité de la société de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien là notre intention. Karl Marx

 

C’est le principe de toute création de richesse: Toute richesse est du travail volé.

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Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours Elle plonge le lecteur dans les arcanes d’un véritable « système » né dans l’après-guerre et qui, malgré ses mutations, marque encore aujourd’hui la machine patronale. Du recyclage des anciens cadres de Vichy dans la reconstruction jusqu’aux caisses noires des syndicats patronaux, en passant par le financement secret des partis politiques ou les graves dérives du paritarisme, on découvre le rôle central de personnages aussi puissants que discrets, de Georges Albertini, éminence grise du patronat liée à l’extrême droite dans les années 1950, ou les « conseillers du prince » qui ont influencé les choix économiques des présidents successifs de la Ve République. On découvre aussi les efficaces lobbyistes d’un patronat capable de se tailler des réglementations sur mesure au mépris de la santé des citoyens. Et qui a su s’appuyer sur des intellectuels et des grands médias pour convertir les élites politiques aux « mérites » de la finance dérégulée. Cette somme brosse le vrai portrait de nombreux patrons, révèle les bonnes affaires des uns dans la « Françafric », les juteuses opérations des autres dans l’immobilier ou l’industrie. On découvre comment se sont vraiment faites la plupart des grandes fortunes françaises, celles d’hier et d’aujourd’hui : subventions extorquées à l’État, entreprises publiques bradées, rachats de sociétés dans des conditions plus qu’obscures, montages financiers aux marges de la légalité, fraude fiscale, espionnage, coups fourrés, etc. La légende de patrons conquérants, prenant tous les risques pour faire leur fortune à la force du poignet, sort sérieusement écornée de ce magistral livre-enquête.

 

Les normes comptables sont calquées sur les besoins du Capital, ceux du renouvellement constant de sa prédation. Elles sont suffisamment souples pour pouvoir être arrangées de mille manières et suffisamment bien pensées pour offrir un avantage décisif à une classe bien identifiée.

Celui qui ne possède pas le Capital ne peut lutter à armes égales.

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« Je m’en souviens comme si c’était hier, j’ai commencé dans mon garage, je suis partie de rien, voyez-vous,  je me suis faite à la force de mon travail. Elle est bonne ou on la refait? »

 

Personne ne leur dit qu’en temps de crise systémique, le Capital procède à une accélération éperdue de sa concentration.

Les gros mangent les moyens qui mangent les petits et le Capital devient si gros qu’il finit par dévorer l’économie sur laquelle il se goinfre.

Le discours d’entreprise prétend s’adresser à tous mais en réalité, il ne s’adresse qu’à une minorité de la population.

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Une sur trois démarre avec moins de 4000€.

Ce sont celles qui démarrent avec plus de 80.000€, et notamment celles avec plus de 200.000€ qui seules sont capables le plus souvent, de se pérenniser.

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Dans les agences de Pôle Emploi, on incite les demandeurs d’emploi à liquider leur solde d’allocations chômage au but de se constituer un pécule de départ.

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Pécule qui sera le plus souvent entièrement englouti par une petite amicale de sourires carnassiers, un mauvais sort que l’on se gardera bien d’ébruiter au candidat à l’évasion du salariat.

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« L’assureur, le banquier, le type de la CCI, l’agent immobilier, le notaire, l’expert comptable, l’artisan, le rentier sont formels, la plage est à 800 mètres les gars. »

 

Sur les 3,6 millions d’entreprises, 2,4 millions n’ont pas de salarié.

Et sur ces 2,4 millions de « patrons » qui s’auto-exploitent, il y a 900.000 autoentrepreneurs déclarés dont la moitié ne dégage aucun chiffre d’affaire.

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« Sur BFMTV ce matin, ils ont dit que la plage, c’est tout droit, alors moi je vais tout droit, c’est pas dans leur intérêt de mentir à leur public, réfléchissez un peu bon sang! »

 

90% de l’autre moitié réalise un chiffre d’affaire inférieur à très inférieur au SMIC

En 2011, sur 500.000 créations d’entreprises, 270.000 sont des autoentrepreneurs, c’est-à-dire le plus souvent des « entreprises » qui vivotent ou implosent rapidement en vol.

Revenons à nos patrons.

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– Près d’un million d’entreprises de 1 à 9 salarié-e-s

170.000 de 10 à 49 salarié-e-s

50.000 patrons possèdent une entreprise de plus de 49 salarié-e-s

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Même si on les entend beaucoup, même si on les voit beaucoup, même s’ils passent leurs journées à tenter de nous convaincre des vertus de l’idéologie d’entreprise, ces chiffres montrent que les patrons sont infiniment minoritaires, ils ne pèsent en réalité que 3% de la population active.

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Un de moins ! Un patron boulanger de Tarbes se chamaillait ces jours derniers avec un de ses ouvriers nommé Lacaze, un zigue de vingt ans. Emmerdé par son singe, l’ouvrier lui a sauté à la gueule et lui a tellement serré le ki-ki que le patron en est mort. Ça prouve, nom de Dieu, qu’il n a pas besoin de chercher midi à quatorze heures — la bonne volonté suffit. Emile Pouget, Le Père Peinard

 

Telle est la pente naturelle du capitalisme liée à sa logique concentrationnaire: jamais le nombre de salarié-e-s n’a été aussi important.

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Faut-il répéter les arguments irrésistibles du socialisme, des arguments qu’aucun économiste bourgeois n’est jamais parvenu à détruire ? — Qu’est-ce que la propriété, qu’est-ce que le capital, sous leur forme actuelle ? C’est, pour le capitaliste et pour le propriétaire, le pouvoir et le droit, garanti et protégé par l’État, de vivre sans travailler, et, comme ni la propriété ni le capital ne produisent absolument rien, lorsqu’ils ne sont pas fécondés par le travail, c’est le pouvoir et le droit de vivre par le travail d’autrui, d’exploiter le travail de ceux qui, n’ayant ni propriété ni capitaux, sont forcés de vendre leur force productive aux heureux détenteurs de l’une ou des autres. Michel Bakounine

 

Les 22.000.000 salarié-e-s, l’immense masse des travailleurs sans qui le patronat n’est rien, sans qui rien ne se fait, rien ne se crée, doivent connaître la réalité de la création d’entreprise: l’échec quasi assuré pour les plus nombreux, principalement les petits.

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La création d’entreprise est un vrai business en soi, elle entretient les rentes de professions et autres notables et institutions ciblés, par ce que l’on peut nommer un mirage.

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Si l’on se place du point de vue d’un capitaliste, la création d’entreprise est un vrai marché.

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Le mythe de la création d’entreprise lessive des salarié-e-s qui tentent d’échapper à l’esclavage salarial grâce à un authentique miroir aux alouettes.

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Même lorsqu’un homme sans fortune obtient du crédit en tant qu’industriel ou commerçant, c’est qu’on a confiance qu’il va se conduire en capitaliste, s’approprier à l’aide du capital prêté du travail non payé. On lui accorde du crédit en tant que capitaliste en puissance. Et même le fait, qui suscite tant d’admiration de la part des apologistes de l’économie politique, qu’un homme sans fortune, mais énergique, sérieux, capable et versé dans les affaires, puisse de cette façon se transformer en capitaliste […] ce fait, même s’il fait entrer sans cesse en lice contre eux toute une série de nouveaux chevaliers d’industrie, dont les capitalistes individuels déjà en place se passeraient bien, renforce cependant la domination du capital, en élargissant sa base et en lui permettant de recruter toujours de nouvelles forces dans le soubassement social sur lequel il repose. Tout comme pour l’Église catholique au Moyen Âge, le fait de recruter sa hiérarchie sans considération de condition sociale, de naissance, de fortune, parmi les meilleurs cerveaux du peuple, était un des principaux moyens de renforcer la domination du clergé et d’assurer le maintien des laïcs sous le boisseau. Plus une classe dominante est capable d’accueillir dans ses rangs les hommes les plus importants de la classe dominée, plus son oppression est solide et dangereuse. Karl Marx
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Il n’y a que collectivement que l’on puisse abattre le salariat et en finir avec cet odieux esclavage.
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Les Enragé-e-s

Comme tous les êtres vivants, l’homme s’adapte et s’habitue aux conditions dans lesquelles il vit

Comme tous les êtres vivants, l’homme s’adapte et s’habitue aux conditions dans lesquelles il vit, et il transmet, par hérédité, les habitudes qu’il a acquises. Ayant vécu enchaîné depuis sa naissance et étant l’héritier d’une longue série d’esclaves, l’homme a cru, quand il a commencé à penser, que l’esclavage était la caractéristique même de la vie, et la liberté lui est apparue comme étant chose impossible. De la même façon, contraint depuis des siècles et donc habitué à attendre du patron le travail, c’est-à-dire le pain, et à voir sa propre vie perpétuellement à la merci de celui qui possède la terre et le capital, le travailleur a fini par croire que c’est le patron qui lui permet de manger et il demande naïvement comment il pourrait vivre si les maîtres n’existaient pas.

Errico Malatesta