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Ce qu’il s’est vraiment passé devant l’hôpital Necker

Contrairement à ce qui se dit en boucle dans les grands médias, lors de la manifestation du 14 juin contre la loi Travail, la violence n’est pas venue des manifestants mais bien de la police, sur ordre du gouvernement.

Une violence policière aveugle, sans précédent, s’est déchaînée tout au long du parcours de la manifestation. Dès le départ, le cortège de tête, avec des personnes de tous âges et de toute appartenance syndicale, est chargé de toutes parts. Les policiers tapent en priorité sur la tête, provoquant des blessures au crâne. De nombreuses personnes tombent sous les coups. La police n’hésite pas à lancer des grenades de désencerclement directement sur les manifestants, tout en les gazant. Plusieurs personnes tombent, touchées au cou, aux cuisses, entre les jambes. L’une d’elles a été blessée au dos, et se trouve aujourd’hui dans un état grave. En parallèle, un camion à eau fait son entrée et asperge les manifestants. Des lignes de CRS coupent le cortège en plusieurs morceaux et nassent 5000 personnes…

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Ce qu’il s’est vraiment passé le 14 juin devant l’hôpital Necker

Récit d’un militant lambda de la manifestation la plus violente de sa vie, suivi de deux témoignages importants

J’avais choisi de me poster dans le cortège de tête avec les militants autonomes, mais aussi avec les milliers de personnes, qui nous accompagnaient. Il faut déjà préciser quelque chose : avant le carré de tête syndical, en tête de cortège, et ce dès le début, ce sont des centaines et des milliers de personnes très différentes qui se sont massées en envoyant un signal aux centrales syndicales : vous ne gérerez pas la lutte toutes seules.

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Dès 13h, le cortège de tête est composé de plusieurs milliers de personnes. Au milieu comme un pivot, la commission travail social de Nuit debout donne de la voix dans une ambiance super sympa. Autour d’eux, les black blocs se mêlent aux drapeaux syndicaux.

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Est-ce que vous voulez voir à quoi res­sem­blent nos visa­ges quand ils ne sont pas mas­qués par des fou­lards, des cas­ques ou des cagou­les ?
Ce sont les mêmes visa­ges qui paient un loyer pour vos appar­te­ments pour­ris, les visa­ges de ceux à qui vous offrez des stages non rému­né­rés ou des jobs à plein temps pour 1000 euros. Ce sont les visa­ges qui paient des mil­liers d’euros pour assis­ter à vos cours. Ce sont les visa­ges des gamins que vous frap­pez quand vous les chopez avec un peu d’herbe dans leurs poches. Ce sont les visa­ges de celles et ceux qui doi­vent s’enfuir du bus quand les contrô­leurs appa­rais­sent, ne pou­vant pas se payer le voyage.
Ce sont les gens qui cui­si­nent vos faux-filets à point dans les res­tau­rants chics, et reçoi­vent pour ça 60 euros la soirée, au black. Ce sont celles et ceux qui vous pré­pa­rent vos cafés serrés à Starbucks. Ce sont ceux qui répon­dent à vos appels en disant « 118 118, puis-je vous aider ? », ceux qui achè­tent de la nour­ri­ture à Lidl par­ce ­que celle des autres super­mar­chés est trop chère. Ceux qui ani­ment vos camps de vacan­ces pour 600 euros par mois, ceux qui ran­gent les étalages des maga­sins où vous ache­tez vos légu­mes bios. Ce sont ceux à qui la pré­ca­rité bouffe toute l’énergie vitale, ceux qui ont une vie de merde, mais ont décidé qu’ils en avaient assez d’accep­ter tout ça.

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Quand j’entends la CGT dire qu’il y avait que des casseurs devant j’enrage. Le nombre de drapeaux CGT, SUD et FO est très important.
On se lance dans le cortège et l’ambiance est très bonne. Ça chante toujours. Un gros bloc noir d’environ un millier de personne se forme mais il est noyé dans la foule. Loin devant, des dizaines de petits groupes de gens sont masqués. Le cortège de tête est composé d’au moins 10 000 personnes dont un bon tiers est masqué. Comme souvent ce sont les gens non masqués qui mettent l’ambiance par des chants et des slogans assez marrants. Les gens sont de bonne humeur et ce malgré les flics qui sont en colonne sur les côtés de la manifestation. Il s’agit quasi exclusivement de membres des brigades d’intervention. Il y aura certains Gendarmes Mobiles mais presque aucun CRS. La faute à l’Euro sans doute…

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Grèce

Arrivés vers le numéro 50 du boulevard Port Royal, les Brigades d’intervention chargent comme des malades. Je ne sais pas ce qui a motivé cette charge mais vu l’ambiance à ce moment là c’était complètement disproportionné. Et surtout les flics ont chargé sur plus de 200 mètres, frappant systématiquement les gens au sol, piétinant les corps à coups de rangers. Ils pénètrent complètement dans le cortège. Ce dernier est totalement désorganisé. On craint une première nasse et on comprend qu’ils ont décidé de nous faire payer toutes les manifs auxquelles nous participons depuis près de 3 mois. Les gens sont hésitants. D’autant qu’assez vite, des affrontements plus sérieux ont lieu plus haut dans le cortège. Des cocktails molotov volent ainsi qu’un festival de feux d’artifice. Certains flics se retrouvent en difficulté notamment une unité qui se fait entourer pendant une arrestation. Une personne au moins se fait arrêter. Je peux voir distinctement, au milieu des lacrymos, les flics lui distribuer des coups de pieds pendant qu’il est menotté au sol. Le cortège se reforme un tout petit peu et on continue d’avancer.

Sur le boulevard on voit une voiture renversée, preuve qu’il y a eu d’autres affrontements que je n’ai pas vus. Il faut dire que le cortège est énorme. Et surtout, les affrontements ne font fuir personne. Tout le monde reste au contact, bien décidé à manifester.
La présence des flics en latéral fait vraiment peur. Les lacrymos permanentes aussi. Elle sont très fortes et brûlent de partout.
A partir de là, la tension monte crescendo. Arrivé au RER Port- Royal, un énorme gazage a lieu. La manifestation est fractionnée en plusieurs morceaux. Les charges continuent. Un peu plus loin, la situation est encore plus chaotique. Les flics ont réussi à se saisir du matériel des manifestants, notamment de banderoles renforcées. C’est du corps à corps. La violence est vraiment très forte. Les flics nous provoquent, insultent en passant à côté des manifestants non violents. C’est aussi à partir de ce moment là que la valse des médics commence. Toutes les 3 minutes et ce pendant les deux heures que durera la manifestation, on entend des gens qui gueulent « médic ! Medics ! ». Certains complètement paniqués. (…)

A ce moment, au métro Vavin, a lieu le jet de lacrymogènes ou une personne a été gravement blessée.

Je reviens sur mes pas car je vois l’attroupement et un poto relativement choqué m’explique qu’il y a eu des tirs tendus de lacrymos et beaucoup de jets de grenades de désencerclement.

Bon ça dure 10 minutes et déjà au loin, on voit les affrontements reprendre en tête.

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Au sol, un éducateur de 45 ans venu prêter soin à un blessé. Il raconte avoir perdu connaissance après lui avoir porté secours:

«On marchait et on a vu un CRS pointer son lance-grenades, limite à bout pourtant, ce qui nous a bien fait flipper. Il a tiré la grenade, on n’a pas vu ce qui s’est passé, mais un gars est tombé devant. Nous nous sommes alors précipités vers lui et avons constaté que la blessure était super importante. Il y avait un trou très profond entre les omoplates, ça fumait, la peau a fondu et il avait un trou assez béant. J’ai fait un point de compression mais le sang giclait.»

Quelques minutes plus tard, l'éducateur voit les CRS se diriger vers lui et le premier blessé, lorsqu’il sent un coup sur la tête.

«J’ai senti un coup au niveau de la tête, puis j’ai senti un truc froid couler et j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé, j’étais encore par terre lorsque les pompiers sont arrivés et nous ont transportés à l’hôpital Lariboisière avec l’autre blessé.»

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Le manifestant est touché à la colonne vertébrale et on l’apprendra le lendemain, sans atteindre la moelle épinière. Une vertèbre fracturée et la nécessité d’une greffe de peau et de chair.

Thibault Le Floch, journaliste de LCP présent sur place, affirme toutefois être «sûr à 100%» que «ce n’était ni une grenade de désencerclement, ni une fusée». D’après son témoignage, cela pourrait être davantage une grenade lacrymogène:

«Au moment de l’impact, une véritable colonne de fumée s’est échappée de l’engin (avec un bruit de souffle que je n’avais pas entendu avant). La fumée que l’on voit ensuite est un mélange de résidus de fumée de l’engin et des vêtements du blessé qui ont immédiatement commencé à brûler (j’ai distinctement pu voir le trou dans ses vêtements, en dessous de la nuque).J’ai vu que son état était grave et qu’il était inconscient dès l’impact, il n’a eu aucun reflex pour mettre ses mains en tombant.»

«Ensuite, il y a eu un attroupement autour de lui. Les policiers, se demandant ce qu’il se passait, ont ensuite tiré des palets de lacrymo sur le groupe», poursuit-il. Sur sa vidéo prise ci-dessous, on distingue en effet de la fumée se dégager de la victime.

Erio, un autre manifestant présent sur place, rapporte ce que les soignants de la manifestation —les street medics— lui ont dit:

«Les street medics m’ont dit que le premier a reçu une grenade lacrymogène venant d’un lanceur des forces de l’ordre dans le dos, et qu’il avait une plaie d’à peu près 5cm de diamètre. Qu’il était dans un état plus que critique, et qu’ils avaient peur qu’il ne s’en sorte pas.
Ils étaient aussi effarés par le fait que pendant 5 minutes où les gens s’occupaient des blessés, les CRS ont continué à gazer vers eux, alors que plusieurs personnes tentaient d’expliquer aux forces de l’ordre qu’il y avait des blessés.»

Les flics isolent quelque peu un cortège de tête qui a un peu maigri. Un Starbucks se fait défoncer entre autres choses.

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Ça continue à caillassser les keufs et les charges continuent. Les lacrymogènes sont incessantes.

Mais c’est l’arrivée à Duroc, devant l’hôpital Necker, qui sera le moment phare de la journée. Pendant une demi-heure, on charge les flics, on recule sur le boulevard, on recharge, on recule. Les flics envoient un nombre de lacrymos complètement dingue. On continue tout de même. Ceux qui n’ont pas de lunettes de piscine ne peuvent pas rester dans le cortège. Il y a tellement de monde et de lacrymogènes que je ne vois même pas les flics. En revanche, j’entends très clairement les grenades de désencerclement et parfois on reçoit de loin des petits éclats.

Les affrontement semblent très violents et d’un coup au milieu des lacrymos, dans une atmosphère irrespirable, je vois une charge de flics m’arriver sur la gueule. J’essaie de courir mais je me heurte à un mur de gens, massé comme moi les un contre les autres. Les flics cognent quelques secondes et s’en vont.

La situation se stabilise et les flics décident de rester dans leurs lignes, à l’angle de l’hôpital. Les gens sont trop énervés et s’acharnent sur cette ligne pendant au moins une demi-heure. La ligne prend vraiment de gros pavés dans la gueule juste à côté du métro Duroc. Ça a pour conséquence de ramener une nouvelle machine de guerre de la préfecture de police : un canon à eau. Quand les flics en ont eu assez, ils décident d’attaquer au canon à eau. C’est à ce moment là qu’a lieu la rupture entre un cortège disons plus syndical et le gros du cortège de tête. Du coup le canon à eau se retrouve au milieu du boulevard des Invalides.

C’est grave tendu. Les flics coupent la manif en deux et envoient toujours des lacrymos. Je me retrouve dans la partie syndicale, derrière la tête où je vois encore des violences. Les flics nous font face et reculent. Il y a beaucoup de membres de la CGT avec nous qui poussent les flics sur le boulevard. Ils sont à reculons ce qui donne deux ou trois gamelles sympa. Un flic notamment se fait très mal et on ne peut pas s’empêcher d’être content au vu du nombre de copains qu’on a vu la tête fendue cet après-midi là…

Arrivé à St François Xavier, les flics se mettent en statique et font une grosse charge avec gaz au poivre. Ça pique. Ils tapent un petit vieux CGTiste sans trop d’état d’âme. Les manifestants continuent à les pousser et chantent. C’est même très souvent nerveux avec des « Cassez-vous ! cassez-vous ! cassez-vous ! ».

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Témoignage d’une manifestante sur les affrontements au croisement boulevard du Montparnasse et rue de Sèvres et l’attitude d’une police violente et sans limite.

Des armées choisissent de bombarder les bâtiments identifiés comme hôpitaux pour atteindre leur cible. La police a choisi pour lieu d’affrontement le croisement du boulevard Montparnasse et rue de Sèvres, exposant sciemment aux heurts la façade vitrée de l’hôpital Necker, acceptant après réflexion le risque encouru par patient.e.s et travailleur-eusses hospitaliers. Moi, j’y étais manifestante, à plusieurs reprises j’ai cru mourir d’étouffement.

Le canon à eau et son escorte de bleusaille caparaçonnée, avantageusement placée au carrefour, nous y attendaient en renfort de ceux qui nous harcelaient déjà de tout les côtés. Leur plan : scinder le cortège de tête pour pouvoir y semer le chaos. Duroc a été élu point stratégique d’usage massif et disproportionné de gazage, grenades, tonfas, coups de boucliers, appuyés par le canon à eau. Durant des dizaines de minutes : une séance de torture, beaucoup de blessé.e.s, le personnel de l’hôpital a accueilli celleux qui fuyaient l’affrontement, des camarades ont pissé le sang d’interminables minutes avant qu’on ait pu les secourir, d’autres vomissaient, suffoquaient, s’évanouissaient. Ça a bien résisté devant !

Déter et solidaires, la chaussée en est restée entièrement recouverte de projectiles sur une bonne longueur, avec nos traces de sangs ça et là (en plus de celles sur les habits). J’y ai vu un jeune médic se faire tabasser par la BAC alors qu’il s’accroupissait pour porter secours, une fille la côte apparemment cassée qui étouffait sous les regards amusés des sadiques de la flicaille… Évidemment, après libération, la suite (très longue) n’a pas été moins violente, les blessures encore plus graves, et les provocations incessantes… Mais à Duroc, du fait du confinement et de la nature de la répression clairement punitive et explicitement sadique, à Duroc j’ai cru mourir – et pas que moi. Comme prévu le suivisme médiatique s’enthousiasme, légitime leur résolution préméditée et assumée de punir et de terroriser – préférentiellement les plus jeunes.

Aucune attrition, aucune contrition pour les vitres. Je sais précisément que lutter contre l’ordre dominant c’est s’exposer volontairement au péril et à la constante peur. Je sais précisément que l’ordre dominant est celui-là même qui expose les hôpitaux aux violences.

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Au sujet des dégradations de l’hôpital Necker: Coup de gueule d’une Enragée

Les personnes qui instrumentalisent actuellement la souffrance vécue par les enfants malades et leurs familles, en accusant ce « casseur » d’avoir contribué à cette souffrance en brisant une vitre de l’hôpital ; vous me mettez en colère.

Vous, politiques, personnalités diverses ; vous aussi, M. Eric-Emmanuel Schmitt, avec votre récit dégoulinant de mièvrerie démagogue, qui avez sans doute vu dans cet événement un moyen de plébisciter votre œuvre.
Quand on a vécu la réalité d’un service d’oncologie pédiatrique avec son propre enfant, quand on a vécu le manque de moyens permanent, les « non, il n’y a plus de PQ, madame » ; il n’y a plus de patch anti-douleur pour les piqûres du petit » ; « il n’y a plus de savon » ; « essayez de ne pas faire traîner de nourriture dans la cuisine : il y a des blattes » ; « on ne sait pas qui va s’occuper de la chimio, il va peut-être falloir rentrer chez vous » ; « non, la télé ne marche plus » ; « on n’a plus de poches de sang » ; « on ne trouve pas de thermomètre » ; quand on a vécu les rendez-vous qui n’arrivent jamais, les décalages d’emploi du temps d’un personnel submergé, les opérations repoussées, les revendications et la mauvaise humeur des infirmiè-re-s épuisé-e-s, les perfusions posées à la va-vite un peu brutalement à cause de la fatigue, le plateau repas écœurant proposé à un enfant qui ne pèse déjà plus que 28kg…

Eh bien ce n’est pas une dégradation ponctuelle que l’on condamne !
On se fout de quelques vitres cassées !
On comprend la colère qui déborde, même, dans ce climat ou plus personne n’est entendu, où seule la rentabilité compte.

Oui, casser les vitres d’un hôpital, c’est stupide. Mais c’est tout un système qui se fourvoie en permanence dans ses choix et ses priorités qu’il faut contester. La casse matérielle ponctuelle se voit davantage, surtout à la télévision, mais seulement de l’extérieur. Et seulement quelques jours.
Le reste de l’année, tout le système se charge de plomber la vie des familles confrontées à la maladie en préférant investir dans d’autres secteurs plus rentables. Et c’est seulement l’entourage, le personnel hospitalier qui fait de son mieux avec un budget toujours en berne et des heures supp. à n’en plus finir, qui sauve tout ça et permet de tenir.
Toute cette démagogie, cette récupération médiatique et politique dégoulinant de faux bons sentiments, c’est indécent.

Je suis en colère.
Mais pas contre le casseur.

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Street Medics : Bilan provisoire du mardi 14 juin

Pour commencer, nous tenons à souligner que cette manifestation était d’une ampleur exceptionnelle, tant par le nombre de manifestant-es présent-es que par la violence de la répression. Elle a été éprouvante pour touT-es les manifestant-es, medics compris-es. Plus de 100 medics venu-es de partout étaient présent-es pour l’événement.

La gazeuse à main était de sortie ce jour, beaucoup de camarades peuvent en témoigner, nous avons pris en charge une cinquantaine de personnes brûlées au visage, parfois à bout portant. Elle a entraîné vomissements chez deux manifestants et des troubles de la conscience chez un autre.

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Le trajet de la manifestation s’est fait dans un nuage plus ou moins épais mais toujours constant de gaz lacrymogènes. Les street medics ont pris en charge plus d’une centaine de crises de panique accompagnées de nombreuses détresses respiratoires réelles, des malaises dont certains avec perte de connaissance. Comme développé dans le communiqué du 10 mai, en plus des difficultés respiratoires et des pleurs/aveuglements, nous constatons que l’utilisation intempestive des gaz provoque beaucoup d’effets à moyen terme tels que des nausées, des difficultés respiratoires, des inflammations des voies respiratoires, des maux de têtes, des inflammations du larynx et des cordes vocales, des bronchites, de l’asthme, des troubles digestifs, etc.

Les palets de lacrymo ont également engendré de multiples blessures chez les manifestant-es, notamment au niveau des mains, de la tête et du visage. Au moins un manifestant a été évacué après avoir reçu un palet sur le front. Nous précisons que les palets lacrymogènes font des brûlures et qu’ils ont ciblé directement des gens (dont parfois des médics).

Les tirs de Lanceurs de balles de défense (remplaçant du flashball) ont également fait des dégâts, de nombreux hématomes et plaies aux membres inférieurs et supérieurs, au moins trois personnes ont reçu des balles défense 40mm dans l’abdomen et une dans la tempe.

Mais en ce 14 juin, ce sont les grenades de désencerclement (GD) explosant au sol ou des grenades lacrymogènes à tir tendu et les coups de tonfa des multiples charges essuyées par les manifestant-es qui ont causé le plus de dégâts parmi nous.

En effet, les grenades désencerclantes ont causé des hématomes, des plaies, des brûlures au niveau des pieds, mollets, tibias, cuisses, fesses, parties génitales, abdomen, bras et mains, visage et tête. En tout nous avons eu à soigner entre 90 et 100 blessures dues aux GD et au matraquage, dont une vingtaine ont dû être évacuées. Nombre d’entre nous, manifestant-es contre la loi « Travaille » et son monde, souffraient d’acouphènes ce soir-là.

Une personne a eu un doigt luxé, 3 personnes se sont retrouvées avec des éclats enfoncés dans le thorax, une personne a perdu connaissance suite à un tir tendu occasionnant une plaie au front, il a été évacué.

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Un manifestant a également reçu un tir tendu de grenade lacrymogène au niveau des cervicales, entraînant une plaie importante et, le lacrymogène s’étant activé, une brûlure sur l’ensemble de la plaie et du haut du dos. La personne a été évacuée d’urgence à l’hôpital.Les charges et matraquages intempestifs tout au long du chemin ont nécessité des soins au niveau des membres mais surtout au niveau de la tête et du visage : arcades ouvertes, plaies et hématomes du cuir chevelu, pommettes, mâchoires, lèvres, suspicion de fracture du nez, plaie ouverte sous l’œil, plaie au niveau du crâne avec arrachement au niveau du cuir chevelu… une centaine de manifestant-es ont été pris-es en charge lors de ces charges.

Toutes ces charges ont provoqué moult mouvements de foule, nous, manifestant-es, avons été victimes de chute, piétiné-es par les forces de l’ordre (suspicion de côtes fêlée), nous sommes foulé des chevilles, le tout toujours au milieu des gaz…En tout, nous avons pris en charge des centaines de manifestant-es ce mardi (pour information, la préfecture annonce un bilan de « 17 manifestants tous en urgence relative », à quelle manifestation étaient-ils ?) et soulignons, encore une fois, la fulgurante escalade de la répression au fil des manifestations. Cette journée a été éprouvante pour nous tou-tes, mais n’entame en rien notre détermination !

Nous ne sommes ni sauveteuses, ni sauveteurs, juste des manifestant-es qui se préfèrent debout plutôt qu’à genoux ! La solidarité est notre arme !

Des manifestant-es / street medics, présent-es à la manifestation du 14 juin 2016.

Sources paris-luttes.info/buzzfeed/CNT

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La violence de la propagande politique lancée par le gouvernement et alimentée par les classes politiques et médiatiques à propos de la dernière manifestation est à pleurer de rage. Il faut pourtant se donner la peine de déconstruire ce qu’on peut appeler la « production » d’un événement, tant la réalité des faits a été recouverte de blabla, de la déformation la plus malhonnête au mensonge le plus infecte.

Voilà ce que nous dit le storytelling politico-médiatique : des « casseurs » ont « délibérément visé » l’Hôpital Necker (Martin Hirsch), et l’on même « dévasté » (Manuel Valls), « alors que l’enfant du couple tué [dans l’assassinat revendiqué par l’Organisation de l’État islamique] s’y trouve » (Bernard Cazeneuve). Cette version est reprise en cœur par les médias dépendants, de l’info continue de BFM au JT de France 2, des articles du Monde à ceux du Figaro ; c’est celle qui m’a été répétée par des amis presque telle qu’elle.

Tout est à expliquer dans cette fumeuse opération de communication politique. À commencer par le terme de « casseurs ». Ce qui est désigné, c’est le cortège de tête des manifestations, ce que certains qualifient parfois de Black blocks ou de cortège détèr’ (comprendre « déterminé »). Dans ce cortège divers et bigarré, mélangé aux autres, il y a effectivement des gens qui cassent. Mais jamais sans raison, jamais gratuitement.

Toujours dans deux perspectives : 1- Dans une perspective symbolique – casser les symboles de l’ordre stato-capitaliste et « rendre » la violence que celui-ci nous impose à grande échelle (et qui, à force de naturalisation des faits sociaux, n’est plus toujours perçu malgré son évidence). Donc des banques, des affiches publicitaires, des assurances, du mobilier urbain coercitif, etc. 2- Dans une perspective tactique – ceux qui ont vécu les manifestations des derniers mois savent ce qu’il en est : les policiers provoquent systématiquement des affrontements avec les manifestants, en se mettant en travers du parcours légal, en essayant de couper la manifestation en plusieurs parties, en gazant, matraquant, envoyant des grenades lacrymogènes et de désencerclement, kärcherisant ceux qui ne veulent pas se laisser faire. Quand le niveau de la violence est imposé aux manifestants qui sont là pour défendre l’intérêt général, ceux-ci n’ont que deux choix : s’enfuir ou se battre masqués en tenant la police à distance par le jet de projectiles – souvent arrachés aux rues ou aux bâtiments.

Ce qui s’est passé à côté de Necker est tout simplement lié à un affrontement de ce type : en fait, il s’agit d’un non-événement. Personne ne casse pour casser. L’hôpital n’a certainement pas été « délibérément visé » en tant qu’hôpital pour enfants, il a été pris dans les logiques expliquées ci-dessus. L’hôpital n’a pas été « dévasté », mais quelques unes des vitres de sa façade ont été légèrement endommagées. Il n’y a pas de rapport entre les anticapitalistes et les sbires de l’Organisation de l’État islamique. Par conséquent, saturer toute la sphère médiatique de ces mensonges est une tentative odieuse de salir la beauté et la grandeur de cette manifestation qui fut massive, festive et, parfois malgré nous, combattive. Les quelques directions de partis ou de syndicats qui, à l’image de Pierre Laurent, usent de la catégorie foireuse de « casseurs », y participent.

Comme d’habitude, on en oublie qui sont les véritables casseurs : Marisol Touraine qui supprime 22 000 postes dans les hôpitaux publics ? El Khomri qui plie encore un peu plus les travailleurs aux réquisits du capital en dérégulant le marché du travail ? Cazeneuve qui envoie les CRS au contact pour faire du chiffre et stigmatiser le mouvement ? Sur cette dernière question, rappelons qu’au-delà du non-événement Necker, 150 manifestants ont été blessés, dont certains gravement. Et c’est ce qui aurait dû être le vrai sujet : un mouvement en train de gagner sa première bataille et un gouvernement qui pratique la fuite en avant vers l’autoritarisme, combinant violence physique et propagande politique.

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Paris le 14 juin, au passage du cortège

Depuis le début du mouvement social contre la loi Travail, 662 procédures judiciaires ont été engagées contre des manifestants.

250 compagnons sont, à l’heure où l’on écrit ces lignes, en prison.

Oui, vous lisez bien.

A partir du moment où l’on intègre cette donnée, à partir du moment où l’on prend la mesure de l’amplitude de la répression, brutale, unilatérale, démentielle, alors il n’est plus possible de reprendre à son compte la propagande gouvernementale et médiatique sur les  » casseurs « .

Tous les syndicalistes qui reprennent la rhétorique du  » casseur  » justifient en réalité leur propre répression actuelle et à venir.

Tous les travailleurs qui distinguent, qui divisent, qui séparent  » bons manifestants  » des  » mauvais manifestants « , jouent dans le camp de l’ordre, du pouvoir, du patronat et de la rente.

Depuis le départ, dans la gestion de la contestation sociale, il y a de la part du gouvernement la volonté de frapper très au-delà de ce que quelques béats et autres naïfs pouvaient en espérer.

Cette montée crescendo de la répression n’est pas partie d’un faible niveau. Depuis le début elle est brutale et ne commence à peine qu’à montrer sa vraie nature.

C’est une mise en tension réactionnaire qui témoigne d’une certaine panique gouvernementale.

Il ne reste donc plus que les jeux de manche grossiers et à jouer sur le pathos d’un ordre souillé par des sauvageons.

Le navire de l’exécutif est en train de sombrer sous nos yeux, la démocratie montre enfin sa nature véritable, hideuse sous ses habits douceâtres.

Nous devons être solidaires, sans condition préalable, avec TOUS les manifestants victimes de la répression, y compris ceux qui ne possèdent pas les mêmes pratiques émancipatrices que nous.

En répétant partout la fable des  » casseurs « , on joue tout simplement contre notre camp.

Solidarité avec les inculpé-e-s!

Liberté pour nos camarades!

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Cela fait maintenant presque quatre mois que le disque rayé médiatique et politique annonce chaque semaine qui passe  » l’essoufflement  » du mouvement et cela fait quatre mois que les faits démontrent le contraire!

Et pourtant, nombreuses sont les embûches, venant de tous côtés.

L’état d’urgence, la répression, un capitalisme en putréfaction, une probable crise de régime à venir, le foot-business, les monstrueuses exactions de Daech, les hooligans fascistes mettant à exécution leurs projets, la loi Travail et la fin des 35 heures par une attaque combinée de la gauche et de la droite, les directions des centrales syndicales, qui se demandent bien comment cette fois elles vont pouvoir éteindre le feu du ras-le-bol populaire et cette conviction absolue, comme un serment tacite, partagé et nourri partout dans cette force et cette solidarité retrouvée:

Nous irons jusqu’au bout, quels que puissent être les événements qui se mettront en travers de cette lutte, même si on doit reprendre en septembre, octobre et autant de temps qu’il le faudra, avec des nouvelles formes de révolte populaire face à cette loi rétrograde, en nous organisant pour pouvoir passer encore au niveau supérieur, nous lutterons tou-te-s ensemble jusqu’au retrait.

Et ce serait dommage de s’arrêter là.

Les Enragé-e-s

 

Cauchemar en cuisine capitaliste: Démonter un restaurant

Comme tous les êtres vivants, l’homme s’adapte et s’habitue aux conditions dans lesquelles il vit, et il transmet, par hérédité, les habitudes qu’il a acquises. Ayant vécu enchaîné depuis sa naissance et étant l’héritier d’une longue série d’esclaves, l’homme a cru, quand il a commencé à penser, que l’esclavage était la caractéristique même de la vie, et la liberté lui est apparue comme étant chose impossible. De la même façon, contraint depuis des siècles et donc habitué à attendre du patron le travail, c’est-à-dire le pain, et à voir sa propre vie perpétuellement à la merci de celui qui possède la terre et le capital, le travailleur a fini par croire que c’est le patron qui lui permet de manger et il demande naïvement comment il pourrait vivre si les maîtres n’existaient pas.

Errico Malatesta

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Le « mouvement » du 14 juillet? Un flop retentissant

Tout était parti d’un appel lancé le 12 mars 2014 par Eric Fiorile, gourou fantomatique  du petit business minable de la  » démosophie « , une personnalité proche de l’extrême droite, soutien de Dieudonné, pour ensuite être rejoint par une bonne partie de la fachosphère: Vous l’ignoriez sans doute mais ce matin, cette petite amicale d’illuminés s’était donnée rendez-vous à 10 heures place de la Concorde à Paris (ainsi que dans différentes autres villes de province), même si le point de rassemblement avait donné lieu à une guerre des ego, un grand classique de l’extrême droite puisque cette dernière n’est pas un nuage homogène mais une somme de petites églises en lutte pour l’hégémonie au sein du  » mouvement « .

L’objectif? Un coup d’Etat, rien que ça.

Certains collectifs Anonymous, très largement irradiés par la propagande fasciste, avaient eux aussi relayé des clips de propagande au sein desquels on retrouvait toute la panoplie des conspirationnistes (pensée magique, le délire grotesque sur les chemtrails, antisémitisme, négationnisme, nationalisme, réécriture fiévreuse de l’Histoire, manipulation de grands mythes, mensonges éhontés, etc,…) dont l’un d’eux avait été vu plus d’un million et demi de fois sur les réseaux sociaux.

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Un certain Jean-Paul, porte parole du  » mouvement  » du 14 juillet, avait déclaré à l’antenne de la radio conspirationniste Ici et Maintenant qu’il faudrait deux millions de personnes pour que leur plan fonctionne!

Le cryptofasciste Sylvain Baron, jamais à court d’une pitrerie bien brune, avait quant à lui déconseillé de se rendre à la Concorde et élaboré seul depuis chez lui, un plan de bataille pour prendre l’Assemblée, rien que ça, sans toutefois gêner le défilé car « ce serait très mal perçu par nos combattants qui auront répété longtemps leur marche pour ce grand jour. » Un vrai rebelle, on vous dit !

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Heureusement que le ridicule ne tue plus depuis bien longtemps car cette journée, ode au militarisme cocardier, aurait fait un carnage.

 

Le bilan? Une vraie-fausse révolution, propre au fascisme, qui aura finalement mobilisé entre 150 et 250 illuminés ce matin, en voici quelques images.

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Un salut qui ne détonne pas vraiment au sein de ce « mouvement ».
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Les masques Anonymous étaient de sortie tout comme les smartphones pour ces « militants » aliénés du fascisme, probablement très impressionnés de voir pour la première fois un cordon de CRS de si près.
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Le profil type du manifestant? Une sorte de « Manif pour Tous » de trentenaires bien blancs.

Un flop retentissant.

Et à Strasbourg?

14_juillet_6« Ils ont peur », cela ne fait aucun doute, le pouvoir bourgeois a dû être tétanisé par la balade citadine de ces grands allumés mystiques.

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Dieudonné appelle régulièrement l’armée et la police à faire un putsch, c’est aussi comme cela que l’extrême droite peut arriver au pouvoir.

 

Le fascisme, comme le conspirationnisme, donnent l’illusion d’une révolution réussie sans avoir à se remettre en question soi-même ainsi que le monde d’exploitation en chaîne que nous souffrons et qui nous profite à la fois. C’est une vraie-fausse révolution pour ceux qui ne veulent surtout pas de Révolution.

Un  » mouvement  » jouant dans le camp de l’ordre en place et du capitalisme, un  » mouvement  » immobile, une farce fascisante qui n’aura finalement mobilisé que quelques dizaines d’éléments aliénés accompagnés d’une petite bourgeoisie instigatrice décontenancée par la crise systémique du capitalisme.

Nul n’est capable de prévoir à l’avance quand survient une Révolution. Il n’est pas possible de décider de sa date puisqu’elle survient précisément quand les classes possédantes et les sous-classes dominantes ne s’y attendent pas.

Tout le monde connaît la Révolution de 1789. Mais avez-vous entendu parler de celle de 1848? De celle de 1870 à Lyon? De celle de 1871 à Paris et dans plusieurs autres grandes villes de France? Avez-vous entendu parler de la période révolutionnaire de 1917 à 1923? De la réalité des grèves générales de 1936? Avez-vous tiré les enseignements de Mai 68?

En réalité et si l’on ne doit s’intéresser qu’à la France, on se rend compte qu’elle est beaucoup plus souvent révolutionnaire qu’on le croit.

Si Révolution il y a, c’est face à l’Etat et à son émanation fasciste qu’il faudra la faire et soyez-en assurés, nous serons autrement plus nombreux que cette minuscule bande de débilos!

 

Les Enragé-e-s

 

 

La plupart se sont bien évidemment faits serrer et ont eu l’immense privilège de faire un tour dans le bus de leurs potes CRS. 11756539_10204890421082059_1314681439_n

 

Travailler est une horrible chose

Travailler est une horrible chose. Tous ceux qui se brisent l’échine sur des machines à coudre, s’abrutissent le cerveau devant des ordinateurs, suent dans des call-centers, se mutilent à porter des cartons dont ils ne connaissent même pas le contenu, pleurent dans les chiottes pour effacer cet horrible sourire qu’ils doivent tenir face au client, et tous les autres qui perdent une partie de leur force en manœuvrant répétitivement des gestes qui ne leur apportent rien d’autre qu’un peu d’argent qui passera du compte en banque de leur patron à celui de leur propriétaire, tous ceux-là sont au moins capables d’en convenir. Le travail est ce mélange de tristesse, d’ennui, de douleur, de frustration, d’enfermement et de faux-semblants. Il est une action à l’encontre de nos corps, de notre épanouissement, de notre subsistance, et contrairement aux lieux communs, de notre survie. Alors oui, le travail est une horrible chose. Peut-être quelques cadres, chefs d’entreprise, artistes, scientifiques ou autres me contrediront dans cette affirmation, mais à vrai dire, y a t il encore autre chose que des esclaves heureux pour tenir compte de leurs objections dans leur vie quotidienne ?

Cela fait des années que je travaille un peu moins de quinze heures par semaines. Je ne travaille pas parce que je pense qu’il faut travailler, je travaille parce que pour l’instant c’est le compromis que j’ai trouvé avec le chantage de l’argent. Plus précisément, je suis serveur dans un restaurant d’un quartier riche du centre de Paris avec une clientèle de bobos de toutes sortes (sauf des pauvres peut-être), cela va du fan de bio au nouveau riche désireux d’exhiber quelques liasses devant ses congénères. Chaque journée de travail c’est la même répétition de gestes fonctionnels, c’est des centaines de personnes avec qui il faut échanger sourires crispés et dialogues sans sincérité ni intérêt (mutuel) dans lesquels nous sommes considérés comme de simple moyens, et non comme des fins. Nous ne sommes, pour le client, que le moyen d’obtenir à manger, nous sommes des intermédiaires (parmi tant d’autres) entre son porte-monnaie et la banque du patron restaurateur. Bien sûr, c’est difficile sur la longueur, de jouer le jeu qui consiste à accepter que nous ne sommes rien, que nous sommes des servants que l’on peut faire apparaître d’un coup (nous n’attendons que ça) en sifflant ou en claquant des doigts et à qui l’on donne des ordres et des commandements que l’on enrobe d’une forme interrogative parce qu’au fond l’idée d’avoir des esclaves est insupportable à beaucoup lorsqu’elle se présente de façon trop évidente. Lorsque le client demande du pain, il ne le demande pas, il l’exige, et nous devons nous exécuter sur le champ. Imaginez donc un serveur répondre « non, je n’ai pas envie de vous servir » ou bien « non, rien ne m’inspire chez vous l’envie de vous rendre service ».

Mais qu’est-ce qu’un client ? Pour dire vrai, je n’en sais rien. Il m’est impossible de définir cette nouvelle classe, cet état d’être si absurde et pourtant si intégré. Le client est une personne qui en échange d’une certaine somme d’argent (ou de je ne sais quelle autre valeur d’échange) est en droit d’obtenir, avec l’appui des lois, un service quelconque. Et le client doit obtenir ce service, il n’y a pas de conditions ni de négociations possibles. Lorsqu’un client a payé ou qu’il va payer, une croyance ancrée en tous plus fortement encore que n’importe quelle autre croyance superstitieuse, veut que celui-ci obtiendra son dû. Par exemple, un client me commande une tarte, cela tombe bien il n’en reste qu’une. Au moment de le servir, celle-ci glisse de mes mains usées par une journée usante à répéter les mêmes tâches, avant de s’échouer sur le sol. Je m’excuse comme il est d’usage et me mets à quatre patte pour essuyer pendant que celui-ci me peste dessus à quel point il est pressé et à quel point ce qu’il a à faire est important, voir primordial. Je lui redonne la carte pour qu’il choisisse un autre plat, mais il veut une tarte, je lui ré-explique que c’était la dernière, mais cela n’y fait rien, il veut une tarte et c’est un restaurant qui sert des tartes, alors il doit avoir sa tarte, c’est comme ça. Le client commande et exige, il est dans son droit d’avoir une tarte, le contrat social le lui garantit, la loi l’encadre. Le patron lui, nous explique que « le client est roi », c’est même sa devise, la devise de toute une vie, une devise qui porte en elle l’invariance de l’autorité : lorsqu’il y a un roi, il faut le servir, alors si le client est roi, il faut servir le client.

Avec les collègues les moins frais dans ce jeu d’exploitation et les plus désabusés, nous nous faisons souvent la remarque que les clients pourraient nous voir gicler du sang par tous les pores de nos corps, pleurer, souffrir, tomber que cela n’y ferait rien, ils ont commandé à manger, ils doivent avoir à manger. C’est leur droit, c’est notre devoir. De fait, la première chose que doit savoir faire un serveur c’est de se la fermer, ravaler toute fierté, toute image de lui-même qui lui renverrait un peu de dignité, puis de maîtriser ses pulsions violentes et agressives.

Toute cette merde pour garder un travail que nous ne supportons pas ? Le paradoxe est gigantesque, c’est celui de la domination. En fait nous ne nous tenons pas en rang car nous voulons conserver l’emploi, mais parce que nous voulons conserver le salaire, aussi minable soit-il, et cela n’est que la centième couche de compromis, bien après celle qui consiste à accepter qu’il faut de l’argent pour vivre sous la domination capitaliste omniprésente.

Ces quelques lignes ne se veulent pas importantes, elles ne seront pas publiées avec régularité, mais au gré du besoin de les sortir de son auteur, elles ne sont que les lignes d’un individu frustré jusqu’à la moelle qui passe son temps à refréner sa violence, qui rêverait de balancer des assiettes à la gueule de tous ces connards mais qui n’a pas encore plus rien à perdre, en tout cas pas son salaire. C’est parce qu’il faut garder le salaire qu’il faut garder l’emploi, et garder l’emploi ne tient pas à grand chose. Balancer une assiette dans la gueule dégoulinante de ces infâmes roquets de clients rois ne fait pas partie de ces choses.

Mais qui sait ? Peut-être un jour…

Non serviam.

non-fides.fr

 

La gauche Charlie aime marcher au pas?

Voilà ce que fut ce dimanche: l’enterrement de la génération 68, calme, silencieux, dans la dignité, la longue procession du quinqua mâle blanc exerçant une profession intellectuelle intermédiaire ou supérieure dans le tertiaire et l’encadrement en général.

Une génération intégrée à une structure de domination en tant que sous-classe dominante qui accède enfin au rang de classe dominante à part entière, c’est historique.

Pour la première fois, une petite bourgeoisie aux dehors faussement subversifs et à l’idéologie profonde parfaitement intégrée au marché par le biais de ses multiples entrées dans le tout Paris, accède à des hommages dignes d’un chef d’Etat.

Tous ces stylos brandis ne furent pas vraiment ceux de la « presse libre » ou du « pays de la liberté » ou encore ceux du droit des caricaturistes à exercer leur talent dans un journal que plus personne n’achetait ou presque, à part peut-être des mairies et quelques bibliothèques municipales.

Ce stylo n’était pas non plus celui de l’intelligence face à l’obscurantisme.

Non, pour prolonger de façon concrète, dans la rue, sans avoir peur du ridicule, ces grands messes compassionnelles et émotionnelles dignes d’une procession cadavérique de JMJ beurrés sous Lexomil, il fallait avant tout se situer dans la célébration narcissique de sa propre classe ou pire, de la classe à laquelle l’on croit appartenir.

Une classe qui a parfaitement intégré dans ses schémas de pensée les mécanismes de domination du capitalisme.

Une classe qui tendait bien haut son stylo et qui disait « pouce!, nous, on fait pas de mal« .

Il disait « Nous, ce sont juste des dessins ce stylo« , ça disait aussi: « Nous, on est des gentils. On est juste des salariés d’Orange, de l’Education nationale, des cadres de la SNCF, des designers dans la pub, la com, des responsables de réseau, des chefs de produit, des coachs, cadres dans les mairies, les rectorats, les préfectures, les conseils généraux et régionaux, on a voté Hollande, on est de gauche! »

Ce stylo, ce n’est pas seulement celui qui arrête les balles ou dissipe la brume des croyances.

Ce stylo, c’est surtout le symbole de la division du travail et d’une classe évoluant en lévitation au dessus du monde du travail.

Ce stylo, c’est la Lumière, mais c’est aussi le parasite.

C’est le larbin, le contremaître, le petit chef humaniste, le conciliateur.

Les pavés le connaissent mal, c’est un être qui se fait rare.
C’est la classe des libérateurs, en tout cas, c’est ce qu’ils croient. C’est la classe qui s’est questionnée longuement la veille de savoir ce qu’elle allait se mettre sur le dos.
C’est une classe qui a joué à se faire peur en disant que c’était extrêmement risqué et courageux d’y aller.

D’y aller pour regarder les cousins d’en face applaudir les flics.

Pour applaudir les pavés bien rangés, en ordre de marche, une, deux, une, deux, la gauche Charlie aime marcher au pas?

Celui qui applaudit les cars de CRS est un Charlie mûr pour le fascisme.

Celui qui pleure la génération Cavanna est inconsolable sur la fin de règne culturel des habiles imposteurs d’une époque, il pleure en réalité la fin de l’humour cynique et ricaneur « libertaire » saupoudré en sucre glace de la violence structurelle des politiques impérialistes là-bas et du capitalisme ici.

C’est surtout une génération qui ne pense qu’à une chose: maintenir et consolider les conditions qui vont lui permettre de partir en retraite, en étant prête à se jeter dans les bras de n’importe quel parti qui lui promettra le retour du prétendu petit paradis des 30 glorieuses ou le  » maintien de l’ordre « .

C’est une génération, une classe, qui a peur… avant tout pour elle.

Le Charlie du dimanche est un zombie, il est ce funambule qui libère des colombes de la paix en se bouchant le nez au dessus des immondices qu’il engendre.

Le Charlie du dimanche votera les pleins pouvoirs à Pétain et à ses chiens quand les méchants ouvriers fondamentalistes bloqueront le pays.

Pour la paix, pour l’ordre républicain, pour la fraternité entre les peuples et les bébés phoques de la forêt d’Amazonie.

Mais il en existe heureusement un-e autre Charlie.

Un-e Charlie qui a vu en quelques jours à peine, lui sauter au visage un mur du silence et de l’obéissance, une formidable chape de plomb fouettée sur les masses comme un ordre de marche, et ce mur-là, c’est celui de la Révolution.

 

Les Enragé-e-s

 

 

A lire en complément, cette excellente brochure.

 

Tu suis Charlie? Je suis Charlot

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Le terrorisme est une fiction destinée à faire imploser la perception du réel

Il ne dit rien d’autre, par la gratuité du déchaînement de sa violence, que s’il frappe là, c’est qu’il peut frapper partout.

Le terrorisme peut être politique, c’est-à-dire frapper une classe sociale identifiée, dans le cas présent il est comme le plus souvent, fanatique, essentialiste.

Celui-ci dit, par la voie d‘éléments fanatisés et fascisés: « J’ai tué Charlie« , c’est-à-dire qu’il s’est donné pour objet de provoquer le meurtre calculé non seulement d’une idée, d’une institution mais aussi de l’ensemble des êtres humains la composant dont l’exécution sommaire est motivée par le sacrifice, sacrifice consistant à faire un don à Dieu, en l’occurrence celui d’un groupe identifié.

Le terrorisme ne sème pas seulement la peur, il choisit ses meilleurs ennemis.

Il ne se contente pas de les détruire, le terrorisme réduit au nombre de deux les choix de se positionner face à lui.

Si les Etats impérialistes financent ou instrumentalisent les extrémistes religieux, c’est parce qu’ils sont un excellent rempart à la libération des opprimé-e-s. En effet, les obscurantistes sont très utiles pour semer la confusion et le chaos, temps troublés profitant toujours aux puissances prédatrices et à des petits chefs locaux.

Les Etats impérialistes ne se contentent pas de produire du terrorisme, ils l’instrumentalisent.

Pour les Etats, le terrorisme est un excellent moyen de se constituer ses meilleurs ennemis.

Le terrorisme permet à l’Etat, en tant qu’instrument de domination, de perpétuer et de justifier son oppression en éradiquant de fait toute autre forme d’opposition.

Le terrorisme dit: « C’est eux ou moi ».
L’Etat dit: « C’est eux ou moi ».

Il n’y a plus de place pour toute autre vision du réel.

Le terrorisme offre aux Etats la fiction d’une offre de protection face à la peur.

Pour donner corps à cette seconde fiction, l’Etat, la classe possédante et ses organes, ont besoin de l’installer dans le réel.

L’Etat met donc en place dans le réel des militaires en armes.

L’Etat a besoin d’une perception massive du terrorisme, il installe donc en masse des troupes dans les lieux publics.

Il n’installe pas des troupes pour « protéger les gens » mais pour signifier combien l’Etat dans lequel ils ont le bonheur de vivre est puissant, réactif, sérieux, qu’il ne badine pas avec la « sécurité » et pour démontrer que l’heure est grave, que cela doit concerner tout le monde.

L’Etat fait la démonstration de sa force en emmenant au plus près de la population un armement identique à celui qu’utilisent les terroristes.

Dans un cas, l’arme sert au meurtre, dans l’autre à l’illusion de sécurité.

L’Etat dit qu’il peut enlever la vie à tout terroriste mais il dit en même temps qu’il peut le faire à toute personne qui s’opposerait à la protection de l’Etat face au terrorisme.

Le terrorisme dit qu’il peut frapper partout, c’est faux, il ne frappe pas partout.

L’Etat dit qu’il peut nous protéger partout, c’est faux, la preuve, regardez ce qu’ont fait les terroristes.

Deux fictions s’opposent désormais et nous avons toujours pour seul choix apparent de choisir entre chacune des deux.

Soit la fiction du chaos, soit la fiction de la démocratie bourgeoise.

Soit la fiction du chaos, soit la fiction de « l’Union nationale« .

Soit dans le camp des Ténèbres, soit dans le camp de la liberté.

Soit dans le camp de l’intolérance, soit dans le camp de la « liberté d’expression ».

Soit dans le camp des ennemis de l’intérieur, soit dans le camp des « patriotes », des « héros », des « martyrs », des « sacrifiés », du « front républicain ». 

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Penser, ce n’est pas reproduire et cloner à l’identique. Communier n’oblige pas à liquéfier sa pensée. Le message viral – authentique nez rouge de l’exposition assumée à la niaiserie collective, n’invite pas à penser, il pense déjà pour nous. Le message n’élève pas l’individu, il le noie dans l’uniformité de sa propre diffusion. A qui s’adresse ce message à usage unique? A nos ravisseurs? A nos bourreaux? A l’Humanité? A Dieu? A Pachamama? Quelle est sa finalité? Défier les terroristes? S’identifier à un journal que personne n’achetait plus et qui était en grande difficulté financière? Le « courage » prêté par certains n’était-il pas finalement le naufrage de toute une génération de professionnels de l’impertinence qui s’était totalement perdue en chemin? Une génération qui avait oublié d’où elle venait, qui s’entêtait, sous la bienveillance de l’Etat et par la grâce de ses multiples entrées dans la presse patronale, à labourer encore et encore jusqu’à épuisement un petit « créneau porteur » et subversif des années 70 et totalement intégré au marché depuis?

 

Soit dans le camp du blasphème, soit dans le camp de la juste impertinence. 

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« J’aime les belles fringues, la bonne bouffe, les cigares, les voyages. J’aime le caviar, le cachemire, les montres Cartier. J’ai une Jaguar, j’achète des bijoux. J’adore les filles impeccables. Cela coûte de l’argent. Rien à voir avec les idées » Georges Wolinski

 

Soit dans le camp de l’intégrisme, soit dans le camp d’une petite amicale de ventripotents ayant pour beaucoup fait la tournée des popotes.

Soit dans le camp de ceux qui pensent que les roms ont vocation à s’installer partout où il leur plaira sur cette planète, soit dans le camp de ceux qui pensent que les roms n’ont pas vocation à s’installer où ils le désirent et qui se questionnent de savoir s’ils doivent dimanche prochain embarquer dans leur brinquebalant assemblage, l’exacte descendante politique directe d’un ancien tortionnaire de la guerre d’Algérie et petite fille idéologique de Pétain

Soit dans le camp de ceux qui pensent que Charlie Hebdo fait le jeu de l’extrême droite:

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Il ne s’agit pas d’un montage.

 

Soit dans le camp de ceux qui estiment que Charlie Hebdo ne fait pas le jeu de l’extrême droite.

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Il s’agit d’un montage.

 

Soit dans le camp de ceux qui estiment que la « liberté d’expression » n’existe pour aucun-e dominé-e, nulle part sur la planète, que si elle peut être gravée dans le marbre ou la loi, c’est pour mieux entériner celle des possédants, que nul galérien ne possède les moyens financiers pour lutter à armes égales face à ne serait-ce que l’un des plus petits journaux évoluant au sein de la classe dominante, que non seulement la classe exploitée n’a pas accès à ces médias, non seulement elle les subit mais en plus, sous un trait de gomme des mêmes, son existence-même disparaît de la peinture du réel, que la « liberté d’expression » est la brèche idéologique dans laquelle tente de s’engouffrer l’extrême droite en se victimisant, soit dans le camp de ceux qui estiment que la liberté des uns doit être voulue et défendue quels qu’en soient la forme ou le prix par celles et ceux qui en font les frais au quotidien.

En temps de crise systémique, les seconds sont mûrs pour un Etat d’exception ou pour le fascisme.

 

Les Enragé-e-s

 

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L’attentat de Charlie Hebdo est symptomatique du climat délétère que des millions de personnes vivent actuellement, il n’est qu’un reflet de la déshumanisation des rapports sociaux et des actes terroristes qui apparaissent à certains comme une seule alternative à l’heure où les luttes sociales ne se manifestent plus.

Plus précisément, l’acte en lui même n’est qu’une réaction – ainsi que, dialectiquement, un produit – aux nombreuses interventions militaires des grandes puissances économiques dans des territoires sous développés. Si le terrorisme – la notion de « terrorisme » étant à géométrie variable, la politique interventionniste des Etats-Unis correspond bien plus aux critères servant à définir le terrorisme que les groupes qui sont désignés comme tels – en tant que mouvement existant, c’est avant tout le fruit des financements successifs de ces puissances qui, dans l’optique de conserver une stabilité politique dans des régions où elles tentent de gagner des parts de marchés et de piller des ressources – contribuent à permettre à des groupes armés de grossir politiquement quitte à tuer pour défendre leurs dogmes religieux. Elle est ainsi – dans l’absolu – le fruit de cette politique impérialiste visant à se partager les régions du monde entier afin d’accroître les richesses de chaque puissance quitte à laisser les populations résidant dans ces régions, crever de faim ou crever sous les bombes (ce qui, manifestement, ne suscite pas la même indignation que l’attentat dont ont été victime les journalistes de Charlie Hebdo, si on en juge les événements récents), armant des groupes qui, trop occupés à s’entre-tuer entre eux, permet d’assurer une stabilité politique pour les trusts ainsi implantés. Misère et violence ont toujours été deux bonnes amies, il n’est nullement étonnant que dans une telle période où les ravages causés par l’impérialisme n’ont jamais été aussi forts, les groupes terroristes grossissent et usent de cette dernière.
Les véritables responsables, ce sont les politiques qui sont à l’origine de cette misère et de la violence qui y est corrélée, les terroristes ne sont que des acteurs – ce qui ne légitime en rien leur acte, accordons-nous là-dessus – d’un processus économique qui les domine et les utilise à l’instar de pions. Il est ainsi grotesque d’entendre des Hollande et des Sarkozy crier à l’unité nationale alors que c’est LEUR politique qui est indirectement à l’origine de cet attentat. (…)

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Je condamne évidement la tuerie mais appelle à la vigilance ; ne vous laissez pas emporter par la vague islamophobe que cela ne va pas manquer de provoquer, sponsorisée par le FN la droite, l’État et les médias. Ce qu’il s’est passé aujourd’hui va être instrumentalisé par les politiciens de tous bords afin de faire taire les personnes qui continueront a combattre le racisme et l’islamophobie.
Je condamne ce crime, mais je ne participerai à aucune manifestation, si je suis opposé au fanatisme religieux d’où qu’il vienne, je ne laisserai pas les politicards me faire rentrer dans leur jeu car eux je le sais, ne s’en serviront pas pour dénoncer l’intégrisme religieux mais pour faire l’amalgame entre musulman et terroriste et propager la peur et la haine de l’autre .
Même si vos intentions sont de combattre l’intégrisme, réfléchissez à qui va profiter ce drame au final et qui va récupérer ces manifs.
Ce sont nos ennemis qui vont s’en servir pour montrer avec les images de manifs que le Français moyen a peur du musulman, en utilisant l’appel au conformisme les gens vont être encore plus influencés… L’appel au conformisme c’est le coup classique, on fait des sondages et ce sont les sondages eux même qui influencent les gens…
Si le contexte actuel n’était pas ce qu’il est, si les gens étaient plus réfléchis, si le musulman n’était pas devenu le nouveau bouc émissaire de la société à la place du juif j’y serais allé sans aucune hésitation. Les gens font la différence entre catho et catho intégriste, pour ce qui est de différencier musulman et musulman intégriste c’est plus compliqué…
Pour l’heure hors de question de soutenir une « unité nationale » avec ceux qui jouent avec le racisme,les haines qui se serviront de cette affaire pour mettre en place de nouvelles lois contre les libertés .
Et non le « vivre-ensemble » n’est pas « attaqué ». Ce « modèle » est un mythe destiné à couvrir le racisme structurel à l’œuvre en France . Par ailleurs les musulmans n’ont pas à s’excuser pour les actes de quelques tarés. (…)

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Mais dans cette affaire, le plus déplorable reste cependant les moralistes qui ont pu accomplir ce qu’ils considèrent comme un « devoir moral » consistant à diffuser des images toutes plus niaises que les autres exprimant un sentimentalisme primaire où on ne comprend rien à rien et où la raison laisse place aux bons sentiments… Hypocrite, cela l’est assurément. A-t-on entendu les mêmes pleurant à chaudes larmes sur les journalistes assassinés, dénoncé les victimes de l’invasion militaire française en Libye, au Mali, en Centrafrique ? Les a-t-on entendus remettre en question le système ignoble qui n’est autre que notre mode de production se caractérisant par la mort intellectuelle de millions d’hommes et de femmes, la mort symbolique que ces derniers vivent suivie parfois par la mort physique – sous ses diverses formes ? (…)

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Facile de s’indigner ou de produire un avis lorsque celui- ci n’engage à rien parce qu’il s’agit d’un événement auquel on n’est absolument pas relié directement par sa position sociale
Cracher sur les classes populaires et les immigrés des anciennes colonies françaises en se servant du prétexte culturel et religieux (qui est le nouvel habit du racisme colonial contemporain à la place du vieux discours biologiste désuet) c’était déjà de la violence et de la lâcheté, en faire un business pour un journal c’était encore plus sale.
Les médias déshumanisent une partie de la population, celle-là même qui se mange déjà toute la violence sociale du racisme post- colonial, du mépris de classe, du contrôle social (scolaire ou policier), en plus de l’exploitation économique … et ils ont évidemment rendu invisible cette violence diffuse qui est la leur parce qu’ils en ont les moyens.
Parce que faire partie d’un journal ce n’est pas juste « faire des dessins » mais posséder des moyens de production symbolique.
Et la violence symbolique est bel et bien une des multiples formes de violence sociale, et la capacité de son exercice est une forme de pouvoir.
Maintenant au motif qu’à cette violence diffuse fait écho une violence, bête, aveugle et concentrée, on devrait se rallier derrière la classe dominante et ses sbires (comme ce mauvais journal), mais l’arnaque est un peu trop grosse, et ceux qui refusent d’adhérer à cette mascarade l’ont instinctivement bien compris.
« Se faire tirer dessus » ou, l’inverse, « tirer dans le tas » ne fait de personne mon camarade, la mode de la polémique et de l’indignation sur Internet passera sur cet événement comme sur tous les effets de mode, et au final on se retrouvera toujours seuls, dans nos collectifs, nos syndicats et nos luttes, encore et toujours le même noyau dur de pauvres idiots à se lever à cinq heures du mat’ pour aller distribuer des tracts sur un quelconque piquet de grève ou dans une quelconque manif’, à charbonner dans des permanences, à se manger la répression policières et les galères.
Et on entendra encore une fois les indignés mondains de la veille, ceux là même qui nous faisaient la morale sur notre absence de compassion pour la dernière tragédie médiatique, nous balancer un « non merci, on est pressés », un « ça sert à rien ce que vous faites » ou même un « on en a rien à foutre de votre mouvement », quand par chance ils nous adressent la parole.
« L’humanité » dont certains veulent se prévaloir on l’attend sur le terrain et dans la façon dont vous vous organiserez avec nous, dans les rapports sociaux qu’on mettra en place dans les moments fatidiques, ceux où l’on est pas derrière son clavier à produire de l’émotion abstraite, au moment où elle devra engager à quelque chose de concret, et d’abord à des risques.
Y a ceux qui font des minutes de silence et y a ceux qui passent leur vie à lutter.
Ceux qui pleurent sur ce journal de réac’, ceux qui s’indignent au rythme de TF1 sans jamais se mouiller et ceux qui nous font la morale : niquez vos races !

Source: différents textes de l’instant trouvés sur la toile.

 

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Des milliers de personnes, affectées par cet attentat –ce qui est compréhensible -, ont fait circuler des messages disant « Je suis Charlie » comme si ce message était le dernier cri de la défense de la liberté. Eh bien, je ne suis pas Charlie. Je ne m’identifie pas à la représentation dégradante et « caricaturale » qu’il fait du monde islamique, en pleine « Guerre contre le Terrorisme », avec toute la charge raciste et colonialiste que celle-ci comporte. Je ne peux pas voir d’un bon œil cette agression symbolique constante qui va de pair avec une agression physique et réelle, au moyen de bombardements et d’occupations militaires, dans les pays appartenant à cet horizon culturel. Je ne peux pas non plus voir d’un bon œil ces caricatures et ces textes offensants, quand les Arabes font partie des secteurs les plus marginalisés, appauvris et exploités de la société française, qui ont historiquement subi un traitement brutal : je n’oublie pas que c’est à Paris, au début des années 60, que la police a massacré à coup de matraques 200 Algériens qui demandaient la fin de l’occupation française de leur pays, déjà responsable selon les estimations d’un million de morts d’Arabes « barbares ». Il ne s’agit pas de caricatures innocentes, œuvres de libre penseurs, mais de messages, produits par les médias de masse (car, bien qu’ayant une posture alternative, Charlie Hebdo appartient bien aux médias de masse), chargés de stéréotypes et de haine, renforçant un discours qui considère les Arabes comme des barbares à contenir, déraciner, contrôler, réprimer, opprimer et exterminer. Des messages dont le but implicite est de justifier les invasions des pays du Moyen-Orient ainsi que les multiples interventions et bombardements orchestrés par l’Occident, dans la défense du nouveau partage impérial. L’acteur espagnol Willy Toledo disait, dans une déclaration polémique – qui ne faisait qu’énoncer une évidence – que « l’Occident tue tous les jours. Sans bruit ». Et c’est cela que Charlie et son un humour noir cachent sous forme de satire.
Source:  » je ne suis pas Charlie  »

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La « liberté d’expression » doit être détruite

(…)La dessus, la liberté d’expression ne diffère pas des autres libertés bourgeoises inscrites dans le marbre des constitutions des pays démocratiques. Les libertés sont exactement comme les produits dans les rayons du supermarché, la question n’est pas la pénurie, mais la possibilité d’acheter la marchandise disponible.

Personne ne remettra cette idée en cause pour certaines libertés, ainsi personne à gauche n’ira dire que chacun dispose à parts égales de la liberté d’entreprendre ou d’être propriétaire. Bien au contraire, tout anticapitaliste, même modéré, part du principe que ces libertés fonctionnent sur le principe d’un exploiteur et d’un exploité, d’une partie qui fait ce qu’elle veut et de l’autre qui subit forcément et se fait déposséder.

De fait, l’ensemble du mouvement révolutionnaire, et même une grande partie du réformisme socialiste originel s’est construit sur un objectif : priver la bourgeoisie de ces deux libertés, celles de s’approprier la marchandise et le travail des autres.
Et pour tous les révolutionnaires, il ne s’agissait pas de se réapproprier ces libertés, de les transmettre d’une classe à une autre, mais d’abolir le salariat et la propriété .
Le rêve révolutionnaire repose sur la destruction sociale de ces deux libertés bourgeoises, c’est celui d’un monde ou personne ne pourra plus entreprendre d’exploiter les autres.

Dans le cadre de la lutte des classes, la liberté d’expression du prolétariat est elle aussi muselée, tout naturellement. La destruction des moyens de communication de l’ennemi de classe est donc une nécessité immédiate pour les prolétaires. Virer des espaces de décision collective du mouvement, ceux qui ne partagent pas la volonté de lutter aussi. Ne pas laisser la parole à tout le monde, c’est même la base du combat. Quand cette base n’existe pas ou est remise en cause, très vite le mouvement s’effondre: ainsi dans ces AG d’université ou on laisse s’exprimer ceux qui sont contre la grève ou le blocage, ou l’on revient en arrière en débattant sur l’existence même du mouvement. Ainsi en est-il aussi lorsque le syndicalisme passe de la négociation, ou chacun expose l’état du rapport de forces et les revendications qui vont avec, à la concertation ou les représentants des patrons et des ouvriers sont censés s’exprimer, s’écouter et s’entendre….sur le dos du prolétariat.

« Le prolétaire s’exprime mal », c’est un lieu commun entendu toute notre scolarité. Et pour cause, cela ne fait pas partie des savoirs que l’on veut bien nous transmettre, et individuellement, l’exploitation ne nous permettra pas de les développer plus tard.
La liberté d’expression est donc une liberté virtuelle au niveau individuel: seule la lutte, la construction d’outils collectifs, le partage des savoirs permettent aux pauvres de pouvoir dire et communiquer efficacement entre eux.
Mais dans le cadre capitaliste, ils ont toujours un train de retard et ne sont jamais à égalité car il ne s’agit pas seulement de dire, mais d’être entendu. Tout le monde peut faire son blog, tout le monde peut envoyer des communiqués de presse, tout le monde peut donner son avis, mais tout le monde ne sera pas repris, pas référencé, et pas entendu de la même manière.
Comme pour toutes les autres libertés, l’accès aux moyens de production, le côté de la barrière de classe où l’on est détermine tout. C’est la raison pour laquelle l’extrême droite et les mouvements fascistes règnent quasiment sans partages sur le net, en termes d’audience et de nombre de sites, en termes de participation au débat « libre et ouvert » sur les forums des grands médias.
C’est la raison pour laquelle aucune loi ne peut contrer cette domination: loi Gayssot ou pas, il n’y a rien de plus facile, malheureusement qu’accéder aux discours révisionnistes ou négationnistes, il est même difficile d’y échapper. Des centaines de commentaires sont postés chaque jour sur les plateformes vidéos, sur les forums généralistes avec des liens vers les sites néo nazis, ou plus subtilement vers des sites apparemment neutres mais qui renvoient à leur tour vers la propagande raciste et antisémite.
Il arrive que des sites soient fermés: ils mettent généralement quarante-huit heures à rouvrir ailleurs, parfois un tout petit peu plus.

Dans ce contexte, on peut comprendre que l’extrême droite fasse du foin autour de la loi Gayssot et déclare la liberté d’expression « menacée ». Le propre du fascisme est de se présenter comme une rébellion anti capitaliste, comme l’ennemi du système et d’utiliser les quelques freins étatiques à son développement pour entretenir cette image.
De la même manière, lorsqu’un Ministre d’Etat va un peu trop loin et trop ouvertement dans l’enrichissement personnel, lorsqu’un chef d’entreprise abuse un peu sur le nombre de valises de billets qu’il balade à droite à gauche, lorsque des conflits de pouvoir au sein même de la bourgeoisie donnent lieu au sacrifice de quelques lampistes, les lampistes en question hurleront au populisme, à la remise en cause de la « liberté » de l’industrie, voire au retour des rouges qui criminalisent le brave producteur et crient haro sur l’argent.

Aucun anticapitaliste n’ira les prendre au sérieux, évidemment.

Pourtant, lorsqu’il arrive qu’un néo nazi, un fasciste ou un révisionniste soit condamné pour ses propos et la diffusion de sa propagande, lorsqu’il arrive que l’un d’eux se retrouve en prison, toute une partie de l’extrême gauche, et une partie des libertaires se sentent brusquement investis d’une mission : défendre la liberté d’expression, au prétexte que cette épisodique répression des propos de leurs ennemis fascistes serait une atteinte aux fondements éthiques du combat révolutionnaire, et menacerait leur propre liberté d’expression.

A chaque fois, les mêmes arguments ressortent : l’attaque étatique contre des négationnistes ou des fascistes serait le prélude et le prétexte à un muselage du camp adverse, et des Noam Chomsky, des Jean Bricmont, seraient d’une lucidité salvatrice lorsqu’ils les défendent. Depuis dix ans, l’on nous annonce que la loi Gayssot sera suivie de bien d’autres.
Mais c’est bien là un point de vue externe à la lutte, un point de vue qui émane d’une classe qui a elle même le privilège de la liberté d’expression.
-Les délits d’outrage, les délits d’incitation à l’émeute, les délits de manifestation non autorisée existent depuis que la république est née et répriment invariablement les mêmes, les prolétaires en révolte qui n’ont jamais eu le droit de dire ce qu’ils voulaient.
-La diffamation et l’injure sont des infractions qui ont toujours permis de faire taire ceux qui s’attaquaient aux intérêts de la bourgeoisie et n’avaient pas les moyens financiers de faire face à de longues et couteuses procédures juridiques, pas les moyens de se payer des avocats spécialisés.
-Le devoir de réserve dans la fonction publique a toujours été utilisé pour imposer le silence aux agents de l’Etat sur le véritable fonctionnement des administrations ou ils travaillent.

Depuis la fin de la guerre d’Algérie, les lois d’amnistie votées à cette occasion ont un effet particulier sur la liberté d’expression. Si l’on dénonce les crimes commis par un membre de l’Etat français à cette époque, et que l’on est attaqué en diffamation, on ne pourra pas se défendre en apportant la preuve des crimes allégués car ceux-ci sont couverts par la loi d’amnistie.
Ce dernier exemple montre bien que des lois existent dans ce pays contre la liberté d’expression des victimes du racisme et du colonialisme. Elles n’ont jamais donné lieu à une levée de bouclier comparable à celle contre la loi Gayssot, qui après tout ne s’attaque qu’à la liberté d’expression des bourreaux et de leurs soutiens, et de manière bien peu efficace.

La question qui se pose aujourd’hui à tout prolétaire en lutte menacé par la montée du fascisme est donc simple : comment faire taire les bourgeois et les fascistes, comment détruire ou neutraliser les moyens de propagande de l’ennemi ?

La « liberté d’expression » doit être détruite, au même titre que toutes les libertés bourgeoises, il ne s’agit pas de les reprendre pour nous, c’est impossible.

Le monde que nous voulons sera celui de la liberté d’apprendre, de la liberté d’accès à la vérité scientifique, celui de la liberté de réflexion, qu’entrave nécessairement la liberté d’exprimer des mensonges, de manipuler le prolétariat en laissant libre cours aux manipulations des charlatans de l’irrationnel.
Reconnaître à nos ennemis le droit de s’exprimer, c’est leur reconnaitre le droit de gagner la bataille : car les mots sont des armes mortelles.

Source luftmenschen.over

 

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L’oppression d’Etat s’exerce aussi par sa capacité à sur-réagir en construisant une fiction à la fois de protection et de propagation incendiaire de la peur qu’elle prétend éteindre.

En effet, la classe possédante est d’autant mieux en capacité de démultiplier la perception de l’attaque symbolique qui la frappe que c’est la même qui est en capacité de se livrer au quotidien à une réécriture du réel favorable à ses intérêts et ce sur l’ensemble des canaux et relais dont elle dispose.

Dans cette retranscription du réel, produit d’une combinaison croisée d’intérêts privés, la violence et la réponse violente à la violence se monétisent proportionnellement à la barbarie de l’acte terroriste.

Sur le marché de l’information, l’information terroriste prend d’autant plus de valeur que le marché se rend compte qu’elle a de la valeur. Et cette montée de valeur, dont la condition ici est l’effroi absolu, effet attendu et voulu par le terrorisme, ne supporte pas la concurrence.

Il y a tellement peu de place pour l’information sur un marché de l’information que le terrorisme permet de faire de toutes les informations une seule information.

Le terrorisme n’aime pas la concurrence, l’Etat, la classe possédante et ses organes non plus.

Le jeu antagoniste des médias, qui ne sont que les yeux, la voix et la pensée de la classe dominante dans son ensemble, produit un effet hypnotique qui participe à son rite totalitaire.

La logique capitaliste des classes possédantes ne s’exprime pas seulement ici dans la recherche opportuniste de gain rapide – si elles possèdent les médias, ce n’est pas tant pour leur relative faible rentabilité mais pour le pouvoir qu’ils procurent – mais aussi et surtout par ses vues opportunistes immédiates, à savoir le renforcement de leur influence et de leur position sociale.

En effet, si les classes possédantes font subir au quotidien l’oppression et l’exploitation, elle s’astreignent toutefois méthodiquement à ne jamais offrir à l’ensemble des galériens quelque clé de compréhension tangible de la réalité de leur condition.

L’effroi consécutif à l’action terroriste est une aubaine pour la bourgeoisie car il produit une pensée non seulement dépolitisée mais aussi totalement incohérente.

Il permet de participer à libérer une masse colossale de souffrance non verbalisée, non expliquée, sur sa propre existence, en captivant sur un événement semblant sortir de nulle part et qui pourtant est la conséquence directe de l’impérialisme de la même classe qui nous opprime ici.

Le terrorisme piétine par sa barbarie un monde lissé et idéalisé, duquel la classe possédante a soigneusement ôté sa propre violence: Voilà là le meilleur moyen pour elle d’affirmer sa toute puissance en allant chercher le consentement de la classe qu’elle domine.

L’enclenchement du processus récent d’ultra-professionnalisation de la lutte antiterroriste correspond pour les Etats à la volonté de pouvoir marchandiser et maîtriser, y compris sous forme étatique, la gestion des retours de flamme des dégâts produits là-bas par l’économie capitaliste et l’expansion impérialiste.

La rationalisation et l’augmentation de la productivité du contrôle social et de sa division du travail correspond aux besoins des capitalistes à ce stade de développement de l’économie et de la crise systémique du capitalisme.

Ce sont des corps qui sont emmenés à être glorifiés dans l’économie capitaliste, ce qui permet de faire aduler et de craindre un corps de l’Etat en capacité, avec l’armée, de déployer un déchaînement de violence ponctuel et ciblé en réponse à quiconque qui remettrait en question la « paix », paix qui n’est autre que celle des classes possédantes.

La bourgeoisie exerce une violence terrible qu’elle occulte totalement et sur-réagit à celle, très ponctuelle, qui la frappe.

A partir du moment où elle est capable de provoquer et de canaliser l’incrédulité collective et l’incapacité individuelle de sa propre exploitation et de détourner l’explication du réel, tout événement fracassant l’univers idéalisé entretenu par la société de marché peut libérer chez certains une quantité phénoménale de colère inexpliquée car non raccordée à quelque étude ou compréhension matérielle du monde.

Dans ce contexte d’hystérie collective, l’Etat, en exerçant à la fois sa qualité de juge et de bourreau, valide une application de la peine de mort dans les faits sans qu’elle le soit dans la loi et sans qu’il puisse recevoir quelque critique de quiconque dans la sphère des canaux culturels et médiatiques aux mains de la bourgeoisie.

L’Etat reçoit les hommages de ses gueux pour avoir foudroyé le malin sur la place publique, sans attendre.

L’Etat avait promis qu’il protégerait Charlie pour au final ne pas le protéger vraiment.

En revanche, l’Etat, lui, sait très bien se protéger quand il le faut.

Le terrorisme permet aux Etats de tenir un discours éducatif et favorable à leurs intérêts, pour les Etats, le terrorisme est une bénédiction.

La peine de mort a été abolie uniquement pour ceux qui se rendent immédiatement sans broncher, elle est encore appliquée sous forme de sacrifices collectifs rituels et hystériques, dont la barbarie censée répondre à une autre n’est là que pour réaffirmer la toute puissance de la classe possédante et imposer une obéissance sans condition.

Les Enragé-e-s