Archives par mot-clé : Maurice Thorez

Contre le travail et ses apôtres

« Ces gens-là sont des travailleurs, messieurs, reprit le général Soleno Chagoya à l’adresse des journalistes qui l’entouraient.
Ce peuple aime travailler. Et le travail est fondamental pour assurer la paix sociale ».


Carlos Montemayor, Guerre au Paradis.

oisiveté_ouvrier_lesenragesLes bus, les métros, les périphériques, les trains de banlieue sont pleins à craquer de salariés pris au piège de la normalité. L’entassement, prix d’un calme fragile, prix de l’ordre. Le sommeil qui ne vient pas, le sommeil interrompu à l’aube, prix du calme.

 

Il ne faut pas chercher bien loin pour constater les signes d’un consensus apparent ; au cours d’une manifestation, un gréviste réagit à un slogan « A bas le travail » tagué sur les murs : « Ce n’est pas bien, il ne faut pas dire ça ! » Pourquoi ce n’est pas bien ? « Parce que c’est extrémiste ; il en faut du travail, il faut travailler ! » Et pourquoi faudrait-il travailler ? « Il faut travailler…mais parce qu’il FAUT TRAVAILLER ! » Brillante démonstration.

10013817_272053479627898_1119547763_n

Fallait-il en déduire une déclaration d’amour pour le travail, ou alors s’agissait-il d’obtenir le précieux salaire mensuel, celui qui vous donne droit au précieux logement (et encore), à la précieuse bouffe, au précieux compte en banque, au précieux titre de transport pour aller au travail, au précieux titre de séjour, aux précieux habits ?

voiture_travail_lesenrages

C’est ce foutu cercle sans début ni fin qui revient le plus souvent. D’où viennent l’argent et la nécessité de s’en procurer pour survivre, d’où viennent le travail salarié et le rapport salariat/patronat, d’où vient le rapport marchand ? Mais plus encore, vous répondra-t-on, qui a encore le temps de se poser ces foutues questions ?

« Il faut travailler parce qu’il FAUT TRAVAILLER ». Certes, certes…Le genre de domaine social que le sacré a imprégné profondément de son odeur fétide de malheur, de mystère, le préservant de toute remise en cause.


Une évidence si partagée qu’on oublie de s’étonner que des ouvriers puissent s’engager dans des grèves sauvages et dures, manifester et bloquer des routes, saccager des préfectures… pour le droit au travail, pour le maintien de telle ou telle industrie, pour l’emploi. Nous sommes à l’heure de l’apogée du culte du travail, à l’heure où les patrons ne sont plus tant haïs pour ce qu’ils sont (ceux qui nous font trimer comme du bétail) mais parce qu’ils ne nous offrent plus de travail, parce qu’ils ferment les usines. Bien sûr, il y a toujours ce sentiment diffus de haine de classe : les patrons sont des menteurs, des salauds qui nous traitent et nous virent comme de la merde, qui nous jettent comme des moins-que-rien quand ça leur plait, nous licencient et partent avec la caisse sous le bras. Mais le « patron-voyou » disparu, on se presse d’en chercher un autre, plus honnête, un patron réglo’, un brave homme qui respectera notre « dignité de salariés ».

salariat_vol_patron

Cela fait toujours bizarre d’entendre des travailleurs dire à un ministre sur un plateau télé, après avoir été virés : « mais nous on est d’accord avec vous au fond, on veut que ça marche, on veut travailler. »

travailler_plus_pour_travailler_plus
Une bonne ouvrière ne fait avec le fuseau que cinq mailles à la minute, certains métiers circulaires à tricoter en font trente mille dans le même temps. Chaque minute à la machine équivaut donc à cent heures de travail de l’ouvrière: ou bien chaque minute de travail de la machine délivre à l’ouvrière dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l’industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvelées par la mécanique moderne. Mais que voyons-nous? À mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l’homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’Ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur, comme s’il voulait rivaliser avec la machine. Ô concurrence absurde et meurtrière ! Paul Lafargue

 

D’autant plus lorsqu’en parallèle se lit en majuscule sur la tronche des gens cette tristesse sans fond quand ils vont bosser, ou quand ils rentrent du boulot. Là on se dit :

« Mais bordel c’est évident que personne n’aime son taff, que personne n’aime LE taff, puisque quel que soit le type de travail qui les tient enchaînés, ils tirent tous les mêmes gueules de macchabées ».

 

Alors pourquoi le dégoût se lit-il seulement dans l’intime, dans les regards fuyants ? Pourquoi la question du travail mène si souvent à une impasse lorsqu’elle est posée publiquement ?


Malgré toute cette vaste morgue qui tourne en rond, malgré le fait que la dépression touche une personne sur deux, que les psychotropes sont avalés à la louche, on retrouve partout cette conne réplique du manifestant-type : « il faut travailler parce qu’il faut travailler ». La palme revenant à une auditrice (prise au hasard) réagissant à l’antenne à un sujet médiatique (l’indemnisation des chômeurs) : « Bien sûr que je pense qu’il faut sanctionner les chômeurs ; pourquoi auraient-ils plus de droits que les autres ? Puisque moi je me lève tous les matins pour aller au travail, pour ne pas me faire renvoyer, pourquoi est-ce qu’on ne punirait pas les chômeurs qui ne se lèvent pas le matin pour chercher du travail ? ».

995395_189854974514416_2020383278_n

Comme le disait Maurice Thorez aux grévistes d’après-guerre : « Il est temps de se retrousser les manches, camarades ! »…


Ca en dit autant : en dehors du temple du travail sacré et de ses disciples, il n’y a que des hérétiques à convertir de force, à sanctionner, ou à rééduquer socialement, à défaut de les éliminer purement et simplement comme éléments inutiles et nuisibles.

S’agit-il vraiment d’amour du travail ? Si on aime vraiment le travail, on peut tout au plus prendre en pitié ceux et celles qui chôment, du style : « Ah les pauvres, ils ne savent pas ce qu’est le plaisir du travail, les joies du salariat, le bonheur du réveil à six heures, les trains bondés. Ah c’est vraiment triste ! »


Mais les chômeurs empêchent rarement (trop rarement) les travailleurs de travailler. Alors quoi ? Jalousie peut-être ? Et comme on ne peut jalouser quelqu’un qui gagne moins d’argent que soi dans ce monde, il ne reste que la jalousie du « temps libre ».

Et que reste-t-il à répondre à ces personnes ? « Bah ok alors, vas bosser et bon vent à toi ! ». D’ailleurs, comme disait l’autre : « Les esclaves antiques, il fallait leur mettre des chaînes et des boulets en fonte aux pieds pour les empêcher de fuir ; les esclaves modernes, on leur donne deux semaines de vacances l’été et ils reviennent tous seuls ».

388533_147649585401622_1317934274_nEt pourtant ils s’en plaignent de leur taff, de leur connard de petit chef qui leur pèse sur le dos, qui les emmerde à cent sous de l’heure, et que ça leur ruine le moral et la santé, que ça les stresse, que vivement la retraite, que j’ai pas envie de me lever putain…


Alors quoi ? Masochisme, schizophrénie de masse ?


De deux choses l’une :
- soit les esclaves modernes sont tellement dépendants de leurs maîtres que le choix ne se pose tout simplement pas,
- soit ils n’ont rien à désirer dans l’idée d’évasion, et le travail est alors un choix parmi d’autres possibles.

Mais quand on y réfléchit, comment une société élevée sur la base des diverses déclinaisons du travaillisme (compris comme religion du travail) pourrait-elle avouer sans honte : « Ah ça le travail, c’est vraiment de la daube, j’suis bien d’accord ! » ?


Un travaillisme institué depuis des siècles, d’abord comme idéologie du pouvoir, puis (comme toute idéologie qui fonctionne) relayée par la base, par « les masses ». Un travaillisme civique qui a apprit par cœur que l’oisiveté est un des pires vices existant, et qui sait que les non-travailleurs sont un danger social, un péril pour la sécurité, cette autre religion moderne.

1013239_261817483984831_7246081_n

On en vient à penser qu’avec le temps, ce qui était martelé comme un devoir à accomplir, surtout péniblement, prend le sens non plus d’un châtiment, d’une punition ou d’une marque d’abjection, mais au contraire de mérite, de récompense, de gratitude. Dans un tel monde renversé, on est fier de travailler, d’avoir sa médaille des « quarante ans de bons et loyaux services », on s’épanouit et on s’émancipe par le travail, on verse une larme de joie quand les usines ouvrent leurs portes à proximité. Et qui sont ceux qui sont taxés d’ « aristocrates » ? Ceux qui crient ouvertement que le travail est, a toujours été, et sera toujours une infamie.

Il n’y a pas si longtemps, les jaunes devaient faire profil bas lors des grèves, quand ils croisaient leurs collègues qui débrayaient et détruisaient les machines.


Aujourd’hui, les grandes gueules peuvent ouvertement laisser éclater leur haine du gréviste et trouver de nombreux complices pour leur dire à l’unisson : « T’as bien raison, je te les enverrais travailler au Bangladesh pour trois euros de l’heure moi, pour leur apprendre ce que c’est que l’exploitation ! » Et autant de partisans d’une loi prévoyant de rayer des listes les chômeurs refusant « deux offres d’emploi acceptables ».

bons_chômeurs_mauvais_chômeursAutant de produits (à quel point consentants ?) de la frustration sociale généralisée qui en viennent à haïr violemment, dans la vieille logique de la guerre civile, qui les plus oppressés par le capital, qui ceux qui ont la force de lutter et de rendre des coups à la machine à soumettre. Pensez donc ! Les patrons sont des rois-mages qui nous offrent du travail comme on offre des chocolats, et on ne leur en veut que lorsqu’ils ne tiennent pas leurs promesses (un peu comme avec les politiciens au fond).

Dans ce renforcement somme toute récent du culte populaire du travail, de nombreuses charognes politiques ont une bonne part de responsabilité, syndicats, partis et organisations dites « radicales » en tête.


Car l’ouvriérisme n’est pas pour rien dans la démocratisation de ce culte : les batailles pour le droit au travail (ça résonne comme un échos à la vieille rengaine « Mais il y a des gens qui sont morts pour que tu aies le droit de vote !! ») ont commencé avec la constitution de ce qui s’appelle encore aujourd’hui le Mouvement Social, lui-même ayant pris part à l’enterrement des mouvements insurrectionnels caractérisés par le cassage en règle de machines et d’usines. Aussi, après la « mort » de l’exploité révolté, surgit une autre « figure », avec la bonne imagerie du prolo musclé, qui sue courbé sur sa machine, plein de ténacité face à l’adversité et la douleur, les parades d’ouvriers pour le premier mai avec force banderoles « sauvez nos emplois et nos salaires », « sauvez notre profession », « l’industrie automobile doit survivre », ou encore « pour la défense de la métallurgie en Lorraine », « 3000 euros par mois dès maintenant c’est possible ! » et autres hymnes bien puants incitant à être fier de sa condition. Une imagerie où la faucille ne sert plus à égorger le contre-maître, ni le marteau à défoncer le métier à tisser, mais à représenter le travail dans toute sa splendeur.

1891264_264870247012888_695739917_n

Un ouvriérisme poussé jusqu’aux slogans « qui ne travaille pas ne mange pas » [1], « travaillons TOUS, moins et autrement », des slogans qui traduisent une vision de la « Société Future » pas si éloignée que ça de l’actuelle, qu’on pourrait résumer par la formule suivante : « L’anarchie étant l’expression achevée de l’Ordre (sic), et le travail étant « la meilleure des polices » (sans rire), l’anarchisme est donc l’idéologie du travail généralisé ». Que reste-t-il de « révolutionnaire » là-dedans, et quel plus beau cadeau pourrait-on faire à ce système que cette fausse critique qui s’attaque à la forme et laisse le fond intact ? Une idéologie qui viserait à récupérer les termes du « vieux monde » pour les pousser à l’extrême et non plus les subvertir ? [2]


Ou plus souvent, c’est l’apologie de l’autogestion comme remède miracle, mythe entouré de « radicalisme » mais complètement vide (quoi ? les ouvriers vont forcément mieux gérer l’industrie automobile, les prisons, les usines d’armement, les usines Airbus, les supermarchés ? Autogérer quoi en fait ?).

autogestion_piege_a_con    Contre le mythe autogestionnaire


Une idéologie dans laquelle les chômeurs ne sont que des « camarades travailleurs momentanément privés d’emploi », des victimes que le glorieux socialisme (même dans sa version dite « libertaire ») s’empressera de rendre « utiles » et de « valoriser » à nouveau. Des « camarades » qui doivent quand même se sentir coupables de se tenir un peu à l’écart de LA classe…

L’ouvriérisme procède d’un raisonnement bien ficelé, bien que recouvert par la poussière du passé : le prolétaire est la figure même de l’individu (oups pardon, l’individu n’existe pas c’est vrai…) subissant de plein fouet l’exploitation, le symbole (personnifié autant que massifié) des méfaits du capitalisme ; ce que les ouvriéristes utilisent pour dire « le prolétariat comme classe est au centre de la lutte des classes, donc seul lui pourra faire la révolution, qui est son dessin historique, sa tâche suprême ». D’où la construction du sujet révolutionnaire cher non seulement aux marxistes, mais aussi à de nombreux anarchistes « lutte-de-classistes ».
Pour résumer, une idéologie fonctionnant sur la croyance en « l’égalitarisme négatif » du système, en l’autodestruction (toujours proche il paraît) de ce dernier par « exacerbation mécanique de ses contradictions internes ». Et étant donné que tout le monde -ou presque- va se retrouver à plus ou moins long terme dans la même merde, cela suffira à déclencher une prise de conscience « de classe », et la révolte puis la révolution arriveront fatalement.

Misère sociale engendre automatiquement révolte…Vraiment ?

Un bref coup d’œil sur l’histoire suffit pourtant pour s’apercevoir que ce mythe, accompagné de la Grève Générale, de la Révolution Sociale, a été largement infirmé. Parce qu’à peu près tout peu naître d’une colère répandue, fut-elle « de classe » : fascisme, soulèvements libertaires, autoritarismes, poussées nationalistes, etc… Tout ça pour dire que la misère et l’oppression ne déterminent rien en soi (même pas forcément la colère), si ce n’est justement la misère et l’oppression.

Bien entendu, dans une situation où la paix sociale est largement brisée, il est largement préférable de voir des sabotages et autres blocages de voie de circulation de la marchandise, des séquestrations de patrons, des sous-préfectures saccagées, plutôt que des pogroms, des chasses à l’étranger et autres actes renvoyant à la guerre civile, où les exploités se tirent mutuellement dessus.

1604940_246262572206989_2062099166_n
-67% des salarié-e-s n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité -80% s’ennuient au travail -2 000 000 de salarié-e-s se disent maltraité-e-s au travail -500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises. -1 à 2 citoyen-ne-s sont tué-e-s chaque jour lors d’un accident du travail -Entre 200 et 300 suicides chaque année sur le lieu de travail.

 

Mais dans ce contexte, il est clair que l’ouvriérisme comme partie intégrante du travaillisme n’arrange pas les choses : fierté pour sa condition, amour du travail bien fait, renforcement d’une identité ouvrière qu’on se transmet dans la classe pour la reproduire, avec ses rites, son folklore, en somme l’exact opposé d’une volonté d’auto-négation du « prolétariat » dans la destruction du capital et du travail.


Et pas un mot, la plupart du temps, en dehors du sempiternel « partage des richesses », sur l’origine du travail, sous prétexte que cela renverrait à une « réflexion étymologique spécieuse » ; pas un mot de critique sur son sens et sa signification, son rôle social de domestication et de contrôle, dans les bureaux comme dans les usines, sur sa capacité nihiliste à tout fondre dans une même catégorie, de l’agriculture destructrice au nucléaire, de la fabrication des divers poisons industriels aux métiers d’encadrement et de surveillance (profs, vigiles, cadres, employés à Pôle Emploi, assistantes sociales..). Pensez-vous, le Mouvement Social a trop besoin de draguer sa classe bien-aimée, il ne faudrait vexer personne.

Rien n’est dit sur le fait que le travail n’est fondamentalement rien d’autre que notre force transformée en énergie pour le capital, celle dont il ne peut se passer, son essence vitale, son meilleur allié, et ce quel que soit le degré d’automatisation de la production.
1794727_255166361316610_508955716_nRien sur le fait que le travail est ce qui nous ennuie, nous étouffe, nous brûle et nous dévore, la torture normale et morale qui nous crève. Et qu’au final, comme l’on décrète ainsi que la vie n’a pas de sens en dehors du travail, celui-ci est érigé en pilier de bronze d’une société ouvertement totalitaire, si totalitaire qu’elle est parvenue à intégrer ses faux contestataires et à les recycler en prestataires de solutions alternatives à une mise au travail forcé.
10153241_355124187987493_6804664443829395669_nAu final, rien n’est dit sur tout ce dont nous devrons nous débarrasser dans une perspective de libération, de l’argent au salariat, en passant par toutes les nuisances qu’il n’est pas question de gérer, mais de supprimer.

Et dans l’immédiat, le capital s’en frotte les mains, ainsi que tous ceux qui trouvent un intérêt dans la perpétuation de l’existant.
Comment pourrait-il en être autrement ? « Le travail c’est la santé » déclare le patron, « Il faut travailler parce qu’il faut travailler » répond le « manifestant responsable ». La boucle est bien bouclée dans la démocratie capitaliste. Et pour qu’elle se brise, il ne suffira pas que la haine du « patron-voyou-qui-a-fermé-l’usine » se répande, pas plus que les appels à l’autogestion émanant d’organisations à bout de souffle et trop occupées à vouloir recruter des fidèles.

Encore faudra-t-il que tous les Maurice Thorez des temps modernes se fassent dégager à coup de pieds dans le cul.

Pour en finir avec le travail, le capital et leurs souteneurs.

Extrait de Non Fides N°IV, juillet 2009.

Notes

[1] Reproduction fidèle d’un verset de saint Paul énonçant que « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Verset auquel on peut ajouter ces quelques mots tirés d’un Symbole mormon, et rapportés par M. Weber :  » Mais un indolent ou un paresseux ne peut être chrétien, ni être sauvé. Il est destiné à être piqué à mort et rejeté hors de la ruche « . Et l’auteur de commenter :  » C’était surtout une extraordinaire discipline, à mi-chemin entre le cloître et la manufacture, qui plaçait l’individu devant le choix entre le travail ou l’élimination.  »

[2] Pour clarifier les choses, un tract intitulé « Travailler pourquoi faire ? » était paru dans le premier numéro de ce journal, qui traduisait plus ou moins cette logique d’une « vision alternative du travail » ; nous sommes largement revenus sur cette manière de voir.

déprimé_capitalisme

A lire en complément :

Tous ces improductifs, tous ces oisifs, tous ces paresseux constituent trois groupes, trois groupes de non-valeurs.

Voici d’abord les oisifs véritables, ceux qui, du 1er janvier au 31 décembre, du berceau à la tombe, n’ont jamais rien fait et ne feront jamais rien ; tous ceux qui vivent de leurs rentes et des profits de la propriété, tous ceux qui, consommant sans rien produire eux-mêmes, se contentent de la production des autres, et qui, à la fin de chaque année, par leurs coupons d’obligations, leurs rentes, trouvent moyen de vivre sans jamais besogner, tous les rentiers, les propriétaires, les oisifs de toute nature, y compris les rastaquouères…

Voici le deuxième groupe, le groupe de ceux qui travaillent, mais qui ne produisent rien. C’est le groupe le plus nombreux, comme vous allez le voir : le clergé, l’armée, tous les fonctionnaires – il y en a, paraît-il, 900.000 en France – fonctionnaires de gestion et surtout… d’indigestion.

Ici, Camarades, je ferai quelques exceptions en faveur de certains fonctionnaires qui auront leur utilité et même leur nécessité dans les rouages de la vie communiste, par exemple, les instituteurs. Les instituteurs sont des fonctionnaires, mais il n’en est pas moins vrai qu’on ne peut pas les considérer comme des inutiles ou des improductifs ; ce qui sort de leurs mains, le fruit de leurs efforts, ce n’est ni un meuble, ni une maison, ni une machine, ni un appareil quelconque, mais ce sont des intelligences cultivées, ce sont des esprits ouverts. En un mot, leur besogne est une besogne utile et, dans la société future, ce sera une besogne féconde.

Je ne peux pas considérer non plus comme totalement improductifs ces autres fonctionnaires qui sont les employés des postes, des télégraphes et téléphones ; ceux-là également auront leur raison d’être dans notre société.

Mais, tous les autres fonctionnaires, depuis le premier magistrat de la République jusqu’au dernier des gardes champêtres, tous ces fonctionnaires dont j’ai dit tout à l’heure qu’ils étaient de gestion et surtout d’indigestion, ceux-là, incontestablement, n’auront rien à faire dans un monde communiste.

Voici maintenant les professions dites libérales : les médecins, les avocats, les journalistes, les artistes, les écrivains, les poètes, les peintres, les sculpteurs, les musiciens et les gens de théâtre ; puis, les notaires, les avoués, les greffiers, tous les gratte-papier, tous les basochiens, Tous ces gens qui appartiennent à des professions dites libérales, sont en nombre considérable.

Ici encore, Camarades, je fais deux exceptions : l’une en faveur des médecins, l’autre en faveur des artistes.

Des médecins, il en faudra toujours, car, bien que la santé publique sera, comme tout le reste, considérablement améliorée, il y aura toujours une foule de maladies, de troubles, de désordres qui sont créés par la misère et l’alcoolisme : la tuberculose, la syphilis et une quantité d’autres maladies d’origine bourgeoise qui affectent surtout ceux qui ne travaillent pas ou qui travaillent mal.

Dans la société future, la plupart de ces maladies seront surveillées de près, la source en sera, en quelque sorte, tarie et il en résultera que la santé publique sera considérablement améliorée. Mais la maladie sans cesse nous guette, depuis l’enfance, toujours délicate et fragile, jusqu’à la vieillesse qui fonce sur nous avec son caractère de décrépitude et son cortège d’infirmités. Nous aurons donc besoin des médecins.

Nous aurons aussi des artistes qui sont appelés à embellir notre vie en lui donnant l’éclat et la beauté.

Mais nous ajouterons, si vous le voulez bien, à toutes les personnes appartenant aux carrières libérales inutiles, tous les gens de banque, tous ceux qui travaillent dans les Compagnies d’Assurances, tous ceux qui vivent des courses, des cercles, des tripots, des casinos, etc… Supputez, par la pensée, le nombre de ces gens. Vous les connaissez sans que j’aie besoin d’entrer dans plus de détails, ça foisonne, ça pullule…

Joignons-y un autre groupe, le plus grand et le plus important : les commerçants. Depuis les grands patrons qui dédaignent de mettre « la main à la pâte » et qui se contentent de diriger de loin leurs affaires, jusqu’aux petits boutiquiers qui, au contraire, sou par sou, tâchent de gagner leur vie et d’économiser. Et toute cette armée colossale d’intermédiaires, de courtiers, de placiers, de voyageurs, de représentants de commerce, de caissiers, comptables, vendeurs et vendeuses, livreurs, etc., et puis tous les camelots, tous les trafics mal définis, la publicité sous toutes ses formes, etc.

Là encore, demandez-vous par quel chiffre il faudrait établir le compte de tous ces gens qui travaillent, car il y en a qui travaillent beaucoup, qui se donnent un mal terrible et qui ont des soucis incroyables, qui vivent dans l’anxiété perpétuelle en prévision de l’échéance redoutable de fin de mois qui les guette. Je ne dis pas que ces gens ne font rien, je dis qu’ils ne servent à rien ; ils travaillent, c’est vrai, mais ils travaillent sans produire : ils font du travail inutile.

Et maintenant, voici, pour clore, ce deuxième groupe : les domestiques des deux sexes. Ils sont nombreux : la statistique, avant la guerre, m’avait fourni un chiffre de 1.485.000 domestiques des deux sexes. Et il n’y a pas que la valetaille proprement dite, les larbins, les videurs de pots-de-chambre, il y a (il faut bien les ranger quelque part cependant, quoique d’ordinaire on les range parmi les travailleurs de l’alimentation), il y a tous ceux qui constituent le personnel domestique des hôtels, des cafés, des restaurants, des bistrots, des bars, les cireurs de bottes, les commissionnaires, les porteurs, les ouvreurs de portières…. il y en a des nuées, des légions !

Le troisième groupe est composé de ceux qui participent à la production, mais qui font, les uns une production inutile, les autres une production nuisible.

Production inutile, non pas aujourd’hui, mais dans la société communiste de demain, sont tous ceux qui produisent quelque chose ayant pour but la défense de la propriété : tous ces murs qui entourent les grandes propriétés, toutes ces barrières qui séparent les lopins de terre les uns des autres. Quand le tien ne se distinguera plus du mien, quand tout appartiendra à tous, il y aura évidemment une foule de travaux, nécessaires aujourd’hui, qui seront devenus alors complètement inutiles. Et les coffres-forts, et les serrures de sûreté !… Je pourrais multiplier ici les exemples.

Et puis, il y a ceux qui produisent, mais qui produisent mal, ceux dont la production n’est pas seulement inutile, comme celle des précédents, mais encore dont la production est nuisible : tous ceux qui sont employés dans les arsenaux, dans les manufactures nationales d’armes, qui travaillent à des œuvres de mort, qui travaillent pour préparer la mort, comme si la mort ne venait pas assez vite. Et vous constaterez avec moi, Camarades, les sommes fabuleuses dévorées en pure perte, et dont le total est incalculable, par l’activité inemployée ou mal employée !

Et dire que nous avons peur du gâchis au lendemain de la Révolution ! que nous craignons de nous trouver en face d’une production déficitaire !… Mais, jamais, quoi que nous puissions faire et quelque folie que nous puissions imaginer au lendemain de la Révolution, jamais nous n’arriverons à organiser un gâchis semblable, un gaspillage comme celui que je viens d’indiquer, des activités et des intelligences ! Et cela devrait suffire pour prononcer, par la raison et au nom de la raison, la condamnation du régime capitaliste.

Sébastien Faure

Voici trois ans que je suis au chômage, je fais partie de ces zombies que l’on oblige quotidiennement à estampil­ler du sceau de la fainéantise une carte rouge pour leur rappeler qu’ils vivent aux crochets de ceux qui ont le bonheur de travailler…
Mais quelle bénédiction d’être chômeur, pardon… tra­vailleur sans emploi, selon la formule consacrée. Dommage que le pécule est un peu mai­gre, mais nous sommes enfin libres. Nous n’avons plus de nœud au ventre parce que nous n’atteignons pas les quotas de production ou par­ce que nous arrivons en re­tard au boulot; le nec plus ultra, c’est de ne plus enten­dre la voix vociférante du chef entre le vacarme des ma­chines et l’angoisse d’être vi­ré ! Ça n’a pas de prix!

Parlez-moi de travail et je sors mon revolver

1. Avez-vous éprouvé au moins une fois le désir d’arriver en retard au travail, ou de le quitter plus tôt ?

Dans ce cas, vous avez compris que :

a) Le temps de travail compte double car il est du temps perdu deux fois :
– comme temps qu’il serait plus agréable d’employer à l’amour, à la rêverie, aux plaisirs, aux passions ; comme temps dont on disposerait librement.
– comme temps d’usure physique et nerveuse.
b) Le temps de travail absorbe la plus grande partie de la vie, car il détermine aussi le temps dit « libre », le temps de sommeil, de déplacement, de repas, de distraction. Il atteint ainsi l’ensemble de la vie quotidienne de chacun et tend à la réduire à une succession d’instants et de lieux, qui ont en commun la même répétition vide, la même absence croissante de vraie vie.
c) Le temps de travail forcé est une marchandise. Partout où il y a marchandise il y a travail forcé, et presque toutes les activités s’apparentent peu à peu au travail forcé : nous produisons, consommons, mangeons, dormons pour un patron, pour un chef, pour l’Etat, pour le système de la marchandise généralisée.
d) Travailler plus, c’est vivre moins.

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société qui assure à chacun le droit de disposer lui-même du temps et de l’espace ; de construire chaque jour sa vie comme il le désire.

Le blues du dimanche soir, une vie volée deux fois

 

Juin 1936 – Le Front populaire au secours du capitalisme français

Dans le « grand manuel d’Histoire » de la bourgeoisie, le mois de juin 1936 est figé comme un mythe.

A l’entendre, ce fût le mois « des acquis mémorables », « des accords de légende » négociés par le non moins légendaire Front Populaire au pouvoir depuis le 5 juin.

Alors que la crise économique ravage le monde depuis 1929, jetant des millions d’ouvriers sur le pavé, et que les puissances impérialistes préparent leurs armes en vue de la Seconde Guerre mondiale qui s’annonce, la France aurait goûté, pendant ce temps, au « Jardin des Délices » avec la semaine de 40 heures, le temps libre, les congés payés et de meilleurs salaires. Et tout ça grâce à la volonté du Front Populaire « de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et la paix au monde« .

Bien souvent, les leçons d’histoire de la classe dominante se révèlent être de grossiers mensonges… Juin 1936 n’échappe pas à la règle.

Derrière le slogan « Du pain, la paix, la liberté« , la classe ouvrière en France apprendra dans sa chair que le seul et unique programme du Front Populaire sera « de la sueur, du sang et des larmes« .

den24_greve_001z-7cdee

Alors que Mai 68 est resté dans la mémoire sociale comme un mouvement social réprimé de façon combinée par le patronat, l’État, les partis de gauche et les syndicats, celle-ci n’a retenu des grèves de mai-juin 36 que les « acquis sociaux » du Front populaire. Pourtant, ceux-ci n’ont été que les concessions nécessaires du gouvernement de Blum à la répression du plus grand mouvement social de l’entre-deux guerres. La réédition de Front populaire, révolution manquée de Daniel Guérin [3] est l’occasion de revenir sur cette période, qui par bien des aspects est proche de la nôtre. Si le rôle joué par le PC [4] étonnera peu (le mot historique de Thorez, « Il faut savoir terminer une grève », est resté dans les annales de police sociale), celui des socialistes est moins connu. Au-delà de l’action des partis de gauche et des syndicats, les événements de mai-juin 1936 nous rappellent qu’en matière de répression sociale, on n’est jamais mieux servi que par ceux qui nous représentent et parlent en notre nom, du moins tant que la règle du jeu n’aura pas été changée.

10157306_281913291975250_153555289238818254_n
de gauche à droite Léon Blum, Maurice Thorez secrétaire du PCF, Roger Salengro, ministre de l’intérieur

 

Le mouvement des occupations est apparu de façon spontanée, prenant au dépourvu aussi bien le patronat, le gouvernement que les syndicats et les partis de gauche : « Le mouvement s’est déclenché sans qu’on sût exactement comment et où. » (Jouhaux, secrétaire général de la CGT [5]).

renault.36
Grève aux usines Renault de Boulogne-Billancourt – juin 1936

 

Quelle a été l’attitude du patronat, de l’État et des syndicats pour faire cesser les occupations en juin 36 ? [6]

delahaye.36
Grève aux usines Delahaye. mai-juin 1936

 

Minimiser l’ampleur des grèves, désinformation, rétention d’informations

Si le patronat dénonce très vite le caractère révolutionnaire des occupations, en revanche, socialistes, communistes et syndicats dénient tout caractère subversif au mouvement des grèves. Le 6 juin, Jouhaux déclare : « Les grèves qui se déroulent actuellement à Paris et dans toute la France ne sont ni politiques ni insurrectionnelles, elles sont strictement corporatives. »

joie.ouvriers
Fraternisations de grévistes, mai-juin 1936

 

Les séquestrations de patrons dans les usines occupées sont fréquentes dès le début du mouvement, mais à la demande du gouvernement, les syndicats font pression sur les grévistes pour que cesse cette pratique.

La CGT déclare que les patrons « doivent être libres d’entrer et sortir des établissements » et qu’il faut « éviter toute exagération, enchères démagogiques, désordre dangereux ». Alors que, de façon générale, les patrons s’attendent en mai-juin à être dépossédés et expropriés [7], ils s’aperçoivent avec étonnement qu’ils n’ont affaire, grâce à la modération des syndicats, qu’à des revendications [8].

Chez Renault, « Lehideux [membre de la direction de l’usine] est fort surpris de la modestie des revendications ouvrières » [9]. Dans la presse ouvrière, le ton est à la modération. L’Humanité ne fait un rapprochement entre les premières grèves que le 24 mai (elles ont commencé le 11). Lorsque les grèves reprennent, dans la deuxième phase du mouvement (2-7 juin), ce n’est qu’en sixième page que L’Humanité annonce la reprise des grèves. La même chose se reproduira après les accords Matignon et le renouveau des occupations. La désinformation contre les occupations est pratiquée de façon égale par le patronat, qui dénonce des séquestrations là où il n’y en a pas, et par les partis de gauche et les syndicats : il s’agit de faire plier les grévistes par tous les moyens.

1937
Chantier du Trocadéro-1936

 

Salengro, ministre socialiste de l’Intérieur, publie le 6 juin un communiqué affirmant que l’agitation reflue alors que précisément elle s’accroît. Quand le mouvement refluera réellement, la presse ouvrière fera silence sur les dernières résistances des grévistes. La médiatisation de l’agitation ouvrière par les syndicats est un moyen grossier mais efficace de déformer la réalité des luttes sociales : chaque défaite des grévistes est présentée mensongèrement comme une victoire. Dans les entreprises en grève, le syndicat pratique la rétention d’informations pour isoler les grévistes du contexte dans lequel il négocie avec le patronat, officiellement en leur nom. « [Chez Renault], à mesure que les jours passent, note Simone Weil, les informations données aux ouvriers par les délégués se font plus rares et moins précises. »

 

Le chantage à l’intérêt national, l’étranger comme bouc émissaire

Le PC, patriotique depuis le pacte Staline-Laval de 1935, qui associe à chacune de ses manifestations le drapeau tricolore avec le drapeau rouge et La Marseillaise à L’Internationale, utilise le chantage à la défense nationale pour faire cesser les débordements ouvriers : « Nous estimons impossible une politique qui, face à la menace hitlérienne, risquerait de mettre en jeu la sécurité de la France. » [10] (L’Humanité du 3 juin). Il se pose en garant de l’unité de la nation : « Les pourparlers rompus doivent être repris. C’est à l’autorité gouvernementale d’intervenir avec force auprès des syndicats patronaux pour qu’ils acceptent de donner satisfaction aux ouvriers. La situation présente, due à l’égoïsme et à l’obstination patronale, ne saurait se prolonger sans péril pour la sécurité du peuple de France. » (idem, 6 juin). Après l’appel de Thorez du 11 juin appelant à la reprise du travail (« Il faut savoir terminer une grève. »), les grévistes qui continuent les occupations malgré l’opposition des syndicats et des communistes, sont ouvertement calomniés : les anarchistes et les trotskistes sont accusés, avec les fascistes, de chercher à entraîner les masses dans une aventure. Chez Renault, les communistes encouragent les manifestations d’intimidation : enterrements simulés de jaunes mais aussi de Croix de feu (extrême-droite) ou de trotskistes ; des tracts désignent nominalement les supposés trotskistes. Il s’agit pour le PC d’opposer l’union de la nation française à l’agitation ouvrière, implicitement accusée d’encourager, en persistant, la menace hitlérienne et fasciste. L’antifascisme dans sa version bureaucratique-bourgeoise devient la justification idéologique de la répression du mouvement des occupations par les organisations ouvrières elles-mêmes (PC, SFIO [11], syndicats). Un amalgame est fait entre les éléments étrangers aux syndicats et les étrangers qui travaillent en France. L’étranger devient le bouc émissaire. C’est le motif d’intrusion d’éléments étrangers aux syndicats qui est le prétexte au gouvernement pour prendre ses premières mesures d’ordre : « Il est vrai, déclare le socialiste Blum, qu’on a le sentiment de groupements suspects et étrangers à l’organisation syndicale. » Le 4 juillet, le gouvernement publie une circulaire aux préfets : « La France entend rester fidèle à sa tradition de terre d’asile. Il ne serait pas cependant admissible que des étrangers puissent sur notre territoire prendre part de manière active aux discussions de politique intérieure [entendre les occupations d’usine] et provoquer des troubles et du désordre. » A la fin du mois de juin, le mouvement est quasiment terminé dans les villes, mais il se prolonge dans les campagnes où des grèves d’ouvriers agricoles éclatent dès la mi-juin en Ile-de-France : la répression attire l’attention sur le rôle de la main-d’oeuvre étrangère dans cette agitation. Les grévistes et les manifestants sont accusés de porter atteinte à la nation, d’être la main de l’étranger. Une accusation qui ne vient pas seulement de l’extrême-droite, mais désormais aussi du gouvernement de Front populaire et des organisations du mouvement ouvrier. [12]

thumb640_0-1936-fp-jpg

Négocier les revendications des grévistes à l’intérieur du consensus social

Dès 1935, face à la crise et à la menace fasciste, la CGT prône un rapprochement avec les classes moyennes : « Nous savons qu’il est dans les circonstances actuelles impossible de réaliser immédiatement [la transformation totale de l’économie] car, en la poursuivant, nous dresserions contre nous une coalition de gens dont certains, au contraire, doivent être avec nous. » Thorez, dans son discours du 11 juin, ne s’exprime pas autrement : « Notre but, dit-il en substance, reste le pouvoir des soviets, mais ce n’est pas pour ce soir ni pour demain matin, car toutes les conditions ne sont pas réunies et notamment nous n’avons pas encore derrière nous, décidée comme nous jusqu’au bout, toute la population des campagnes. Nous risquerions même, en certains cas, de nous aliéner quelques sympathies des couches de la petite bourgeoisie et des paysans de France. » Les syndicats s’efforcent donc de réduire les revendications ouvrières dans le cadre légaliste bourgeois. En octobre, après le mouvement des grèves, la CGT déclarera que « c’est pratiquer une véritable démocratie que [de] mettre sur le même plan droit au travail et droit de propriété, et vouloir que l’un et l’autre trouvent, par des solutions de justice sociale, leur sauvegarde. » En période d’agitation sociale dure, pour les classes dirigeantes l’union des classes est la priorité absolue : Blum borne son action gouvernementale dans les limites du programme ultramodéré du Front populaire, il rappelle que les électeurs n’ont pas voté socialiste mais Front populaire. En écho, Thorez explique qu’il ne « saurait être question de dire que « maintenant les questions revendicatives passent au second plan et qu’il s’agit de prendre possession des usines et de placer la production sous le contrôle direct des ouvriers » : il ne faut pas compromettre l’oeuvre gouvernementale. » Frachon, un leader communiste de la CGT, veut en finir avec les occupations d’usine pour ne pas mettre en danger l’alliance avec les radicaux (dans ce marché de dupe, au sein du Front populaire, le parti centriste des radicaux, soutenu par le puissant trust des assurances, s’opposera à toute mesure de contrainte à l’égard du patronat). Dès les premières grèves de mai 36, le Front populaire (gouvernement, partis et syndicats) et le mouvement des occupations étaient faits pour se télescoper.

front_populaire_023
Grève dans la région parisienne, juin 1936

 

Pour une gestion rationnelle du capitalisme

Syndicats et partis ouvriers dénoncent le caractère « irresponsable » du patronat. Dès 1935, le Plan de la CGT plaide explicitement pour une économie dirigée reposant sur des nationalisations couvrant l’ensemble des activités, privées ou non. Bien que les idées du Plan ne soient pas retenues dans les propositions du Front populaire, l’idée d’une gestion plus rationnelle de l’économie est une idée forte dans le syndicalisme et dans les partis dits ouvriers. Le 29 mai, L’Humanité explique que, si le patronat comprenait mieux ce qui se passe dans les usines, les occupations n’auraient pas eu lieu : « Le mouvement de la métallurgie de la région parisienne peut très rapidement se calmer si, du côté patronal, on est disposé à faire droit aux légitimes et raisonnables revendications ouvrières. » [13]. Il suffirait donc d’une gestion plus rationnelle des usines pour éviter ce genre de « désagréments ». Cette idée d’une gestion rationnelle et dirigée de l’économie se retrouve, en cette période de crise, également au sein d’une partie du grand patronat, qui s’exprime notamment autour des Nouveaux Cahiers. Cette revue qui réunit banquiers, industriels, hauts fonctionnaires et syndicalistes propose une collaboration du patronat avec les syndicats ouvriers : « Si certains industriels français n’ont pas encore compris l’importance des changements intervenus depuis quelques mois dans l’ordre social et caressent quelque rêve chimérique de retour aux errements du passé, d’autres savent qu’une telle évolution est irrévocable. Ils sont prêts à s’y adapter et à y adapter leurs usines. » Juin 36 est l’amorce de la société d’économie mixte en France.

L’intervention de l’État : les accords Matignon

L’intervention est demandée par le patronat [14], qui ne parvient pas, malgré l’appui des syndicats, à résorber le mouvement des occupations. Si l’État intervient, c’est parce que, pour la première fois depuis 1919, l’équilibre social en France n’est plus en faveur du patronat. En accord avec ce dernier, Blum fait croire qu’il est à l’origine des accords Matignon. Ce mensonge du gouvernement du Front populaire a pour le patronat l’avantage de renforcer le prestige de l’État à un moment où le patronat a cruellement besoin de son aide, mais aussi de cacher aux grévistes la faiblesse réelle d’un patronat qui ne veut pas leur montrer qu’il est prêt à négocier [15]. Le gouvernement espère, par les accords Matignon, en échange d’acquis sociaux (contrat collectif, congés payés, semaine de 40 heures, augmentation des salaires, etc.), mettre fin en quelques jours aux occupations. Si le patronat est prêt à tout accepter pour récupérer ses unités de production (dès lors que l’essentiel, l’exploitation privée capitaliste, n’est pas remise en cause), les syndicats, en revanche, sont modérés car l’objet de la négociation est moins de monnayer au prix fort des avantages sociaux que de faire cesser à tout prix le mouvement des occupations. C’est à l’initiative du patronat, et non des syndicats, que le principe des délégués ouvriers dans les entreprises est retenu dans les négociations. Les accords Matignon consacrent ainsi le syndicalisme dans sa fonction sociale de gestion des rapports sociaux avec le patronat et l’État. Mais cette consécration ne fait que valider le rôle répressif, utile et efficace que les syndicats ont dû exercer pour mettre fin aux occupations. En ce sens, si juin 36 est une grande victoire, c’est celle du syndicalisme et une défaite du mouvement gréviste. Pour survivre, le capitalisme français a dû se modifier. La reconnaissance du syndicat comme partenaire légitime par le patronat ouvre « une ère nouvelle » (Jouhaux), mais plus encore l’apparition de l’État comme troisième partenaire. Jouhaux dira d’ailleurs : « Cela démontre péremptoirement qu’il n’est pas nécessaire de réaliser l’État totalitaire et autoritaire pour l’élévation de la classe ouvrière à son rôle de collaboratrice dans l’économie nationale, mais le fonctionnement régulier et l’élévation de la démocratie le permettent. »

Frontpopulaire

Le patronat découvre l’utilité du syndicat en période de crise sociale

La contrepartie des acquis cédés par le gouvernement et le patronat aux grévistes lors de l’accord Matignon du 7 juin, c’est l’évacuation des entreprises. Les syndicats s’engagent à favoriser la reprise, mais insistent sur la responsabilité du patronat dans la crise sociale : « C’est vraiment maintenant que vous allez peut-être regretter d’avoir systématiquement profité des années de déflation et de chômage pour exclure de vos usines tous les militants syndicalistes. Ils n’y sont plus pour exercer sur leurs camarades l’autorité qui serait nécessaire pour exécuter nos ordres. » Et Richemont, représentant du patronat, de reconnaître : « C’est vrai, nous avons eu tort. » Le patronat approuve la CGT lorsqu’elle explique que si les militants syndicalistes n’avaient pas été réprimés pendant quinze ans dans les entreprises, il n’y aurait pas eu de mouvement des occupations en France. Pour le syndicat, c’est dans la perspective d’une gestion rationnelle du capitalisme que les militants syndicaux sont utiles dans les usines, pour prévenir les situations de crise et aussi, quand elles éclatent, pour aider à les dénouer. A l’issue de la convention collective de la métallurgie, le représentant du patronat, le baron Pétiet « [souhaite] vivement que le contact reste maintenu entre les deux délégations (patronat-CGT) par des réunions périodiques ». Le patronat entend garder le contact avec un syndicat qui a fait ses preuves pour l’aider à résister aux exigences des grévistes. Certains chefs d’entreprises font pression sur les salariés non syndiqués pour qu’ils adhèrent à la CGT, le meilleur garant pour eux de ne pas avoir un débordement incontrôlé dans leur entreprise. Mais cette soudaine lucidité du patronat à l’égard des syndicats ne s’impose en juin 36 que par l’urgence de la crise sociale ; elle sera très tôt oubliée dès que la crise sera terminée. Dès septembre 1936, le patronat du textile écrit une lettre à Blum expliquant la nouvelle règle du jeu : « Les industriels du textiles de Lille ne veulent plus que leurs usines soient occupées. Ils ne veulent plus de séquestrations, de laisser-passer accordés aux patrons par les délégués d’usine, de menaces adressées au personnel qui ne partage pas la manière de voir de la CGT. Ils ne veulent plus voir de patrons bloqués chez eux ou assaillis dans leurs usines, ils ne veulent plus voir leurs bureaux et magasins occupés, ils ne veulent plus être « autorisés » à entrer dans leurs établissements pour payer leurs ouvriers, ils ne veulent plus de piquets de grève installés jour et nuit au domicile de leurs directeurs, ils ne veulent plus que leur personnel puisse être traduit en jugement par un conseil d’usine. » Le patronat ne veut plus être humilié. En novembre 1938, une répression classique et revancharde sera décidée par le gouvernement de droite qui aura succédé à Blum : selon le témoignage d’un des leaders de la CGT de l’époque, 9 % de la population active du secteur industriel et commercial sera licencié le 1er décembre 1938 à la suite de ces dernières grèves.

316_002

Les nationalisations contre les occupations

Chez les grévistes, il y a l’idée que les nationalisations des entreprises par l’État sont une garantie pour eux. La menace d’appeler à la nationalisation est souvent brandie par eux dans les entreprises occupées. Après l’échec des accords Matignon du 7 juin, le mouvement de grève reprend dans la métallurgie parce que les grévistes dénoncent des accords qu’ils estiment en deçà de ce qu’ils ont exprimé dans leurs cahiers de revendications (la CGT au contraire appelle dès le 9 juin à la reprise du travail, et parle de victoire). Le 10 juin, les grévistes posent un ultimatum au patronat : dans 48 heures, celui-ci devra avoir satisfait leurs demandes, faute de quoi ils demanderont la nationalisation des usines de guerre et celles travaillant pour l’État, leur fonctionnement étant assuré par le personnel technique et ouvrier, sous le contrôle des ministères intéressés. A Rouen, les travailleurs du pétrole déclarent vouloir poursuivre la grève jusqu’à la nationalisation. La nationalisation étant au préalable une dépossession du patron privé, il y a à la fois chez les grévistes la croyance que la révolution peut être faite par en haut (par l’État) et une première phase de l’autogestion (la phase suivante serait de ne pas attendre la nationalisation par l’État mais d’autogérer directement l’entreprise). Mais les réquisitions par l’État sont déjà envisagées par la CGT comme des moyens de briser le mouvement de contestation sociale. Jouhaux rappelle le 16 juin devant le comité confédéral de la CGT que le gouvernement avait, à sa demande, envisagé des procédures de réquisition : « Nous avons fait admettre le principe de la réquisition dans les branches indispensables à la consommation, à la seule condition que les organisations ouvrières se mettraient au service des entreprises réquisitionnées. Le gouvernement n’a pas eu à faire usage de cette arme, mais il fait savoir qu’elle existe. » Belin, membre du bureau de la CGT, commentant ces propos, explique ce que réquisition veut dire : « Supposons que, par la suite des conflits, le ravitaillement de la capitale en essence, en lait et en farine se trouve compromis. Le rôle du gouvernement serait d’assurer par tous les moyens la distribution de ces produits. A cet effet, il devrait réquisitionner les établissements où ouvriers et employés en grève reprendraient le travail sous les ordres du gouvernement. Et si le conflit durait ? L’État resterait, pendant toute sa durée, le gérant des industries et des commerces réquisitionnés. Dans ce cas, la grève serait caractérisée non plus par la cessation du travail, mais par sa reprise sous la gestion de l’État, donc par une dépossession provisoire des employeurs. Ceux-ci rentreraient en possession de leurs entreprises sitôt le conflit terminé. Observez qu’on n’a pas envisagé de faire fonctionner les usines, il s’agit uniquement d’une mesure d’exception pour empêcher que la population ne subisse de graves incommodités. » (Lefranc, p. 141). Une autre forme de neutralisation a été inaugurée par le gouvernement Blum : l’arbitrage. Il consiste en un gel du conflit social dans l’entreprise, la protègeant de fait des grévistes, lesquels ont tout à perdre d’une neutralisation de leur offensive, tandis qu’elle sert les intérêts du patronat en validant, par son application, la légalité capitaliste. « C’est ainsi, explique Blum, que les grèves du Nord et celles de la Sambre ont pu être réglées à l’amiable. La neutralisation était une sorte de mise sous scellés pendant laquelle tous les droits, de part et d’autre, étaient respectés. Nous avons fait voter ensuite par les Chambres un texte qui interdisait la grève et le lock-out tant que les tentatives de conciliation prévues par la loi suivraient leur cours. » [16]

500px-France_Chambre_des_deputes_1936

ABC de répression socialiste

Le patronat s’oppose à l’usage de la force par le gouvernement, bien que les occupations sauvages de ses unités de production le prennent à la gorge : « Nous risquons un conflit sanglant [argumente un délégué du patronat], c’est du sang qui rejaillira sur nous et cela nous interdira peut-être de reprendre la direction de nos usines. » [17] Moyen offensif, les occupations sont aussi un moyen défensif : elles interdisent au patronat de recruter, en cette période de crise et de chômage, des jaunes. L’objectif prioritaire est de libérer les usines occupées. Le gouvernement Blum fera son possible pour ne pas user de la force policière contre les grévistes. Le 7 juillet, le ministre de l’Intérieur a résumé sa politique devant les sénateurs : « Salengro a dit au Sénat qu’il ferait cesser l’occupation des usines par tous les moyens appropriés. Ce qui dans son idée signifie une intervention des militants du mouvement syndical, puis celle des pouvoirs publics. Si cela ne suffisait pas, on ferait confirmer cette intervention par les militants et par les pouvoirs publics. Si le résultat n’était toujours pas obtenu, une intervention commune serait effectuée, et ce n’est que si toutes ces tentatives de persuasion échouaient que le gouvernement emploierait d’autres mesures. C’est-à-dire qu’on enverrait des gendarmes […] » [18] Pour le gouvernement de Front populaire, la répression des occupations passe donc par plusieurs phases : d’abord user des syndicats comme force dissuasive et policière à l’intérieur des entreprises, ensuite faire intervenir l’État comme arbitre, puis, comme dernier moyen, utiliser les forces armées. Si le recours à la force syndicale est un palliatif censé éviter au gouvernement de recourir à la force armée, à partir du 11 juin et de l’appel de Thorez à la reprise du travail, le processus de répression est lancé : le gouvernement mobilise les forces armées. Des troupes de gardes mobiles sont concentrées par le gouvernement autour des centres ouvriers, dans la région parisienne, dans les centres agricoles et dans le nord de la France.

Le Front populaire baisse le masque.

Barthélémy Schwartz

Publié dans le numéro 2 de la revue Oiseau-tempête, automne 1997.

 

[1] Editions Babel/Actes Sud, 1997.

[2] Parti Communiste.

[3] Confédération Générale du Travail.

[4] Principales sources : Juin 36, de Danos et Gibelin (La Découverte, 1986) ; Juin 36, de Lefranc (Julliard, 1966) ; La France en mouvement, sous la direction de Jean Bouvier : recueil d’articles de divers auteurs, consacrés à juin 36, parus dans Le mouvement social, (Champ Vallon, 1986).

[5] « Rappelez-vous, les 4 et 5 juin 36, il y avait un million de grévistes. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d’heure en heure et de proche en proche dans la France entière. Des témoins oculaires vous l’ont dit. M. Sarraut l’a dit, M. Frossard l’a dit. La panique, la terreur étaient générales. Je n’étais pas sans rapport moi-même avec les représentants du grand patronat et je me souviens de ce qu’on me disait, ou me faisait dire par des amis communs : « Alors, quoi, c’est la révolution ? Qu’est-ce qu’on va nous prendre ? Qu’est-ce qu’on va nous laisser ? » » (Blum au procès de Riom, 1942 ; Pottecher, Le procès de la défaite, Fayard, 1989, p.129).

[6] Voir les témoignages rapportés par Lefranc (op. cit., pp. 204-205).

[7] « Les grèves du Front populaire aux usines Renault », Badie, La France en mouvement.

[8] Les passages en italique dans les citations sont soulignés par Barthélémy Schwartz.

[9] Section française de l’Internationale ouvrière, qui deviendra le Parti Socialiste en 1969 [note de Zanzara athée].

[10] Il faudra d’ailleurs attendre la fin du mouvement des occupations, fin juin, pour que le gouvernement publie un décret sur la dissolution des ligues d’extrême-droite.

[11] Raisonnables, pour qui ?

[12] Blum est contacté par le patronat trois jours après son arrivée au pouvoir, que la Bourse accueille avec satisfaction, « car on pense généralement que le nouveau gouvernement mettra fin rapidement au mouvement de grève » (Le Temps, 4 juin 36). Lors du procès de Riom, Blum déclarera : « A ce moment [lorsque éclatent les premières grèves de 1936], dans la bourgeoisie, et en particulier dans le monde patronal, on me considérait, on m’attendait, on m’espérait comme un sauveur. Les circonstances étaient si angoissantes, on était si près de quelque chose qui ressemblait à la guerre civile qu’on n’espérait plus que dans une sorte d’intervention providentielle : je veux dire l’arrivée au pouvoir d’un homme auquel on attribuait sur la classe ouvrière un pouvoir suffisant de dissuasion pour qu’il lui fît entendre raison et qu’il la décidât à ne pas user, à ne pas abuser de sa force. » (Guérin, p. 192).

[13] Richemont déplorera ainsi « le manque de résistance notoire d’une grande partie du patronat ».

[14] Blum au procès de Riom, Le procès de la défaite, (p. 143).

[15] Sarraut devant le Sénat, 7 juillet 1936.

[16] Communiqué du ministère de l’Intérieur, juillet 1936.

[17] Guérin sera, cependant, le seul des pivertistes à voter contre la participation au gouvernement Blum (p. 188).

[18] Tchakhotine, auteur du Viol des foules par la propagande politique (1939), est introduit dans la GR par Pivert.

 

En complément:

Néanmoins, l’aggravation de l’exploitation, provoquée par la crise et le développement de l’économie de guerre des années 1930, ne laisse pas la classe ouvrière sans réaction. En effet, au printemps 1936, une vague de grèves massives et spontanées explose en France. Pour la bourgeoisie, c’est un caillou au fond de sa botte qui gêne sa marche à la guerre. Il faut le pulvériser et c’est au Front Populaire que la classe dominante fera appel pour accomplir cette tâche.

Lire la suite ici