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Ce qu’il s’est vraiment passé devant l’hôpital Necker

Contrairement à ce qui se dit en boucle dans les grands médias, lors de la manifestation du 14 juin contre la loi Travail, la violence n’est pas venue des manifestants mais bien de la police, sur ordre du gouvernement.

Une violence policière aveugle, sans précédent, s’est déchaînée tout au long du parcours de la manifestation. Dès le départ, le cortège de tête, avec des personnes de tous âges et de toute appartenance syndicale, est chargé de toutes parts. Les policiers tapent en priorité sur la tête, provoquant des blessures au crâne. De nombreuses personnes tombent sous les coups. La police n’hésite pas à lancer des grenades de désencerclement directement sur les manifestants, tout en les gazant. Plusieurs personnes tombent, touchées au cou, aux cuisses, entre les jambes. L’une d’elles a été blessée au dos, et se trouve aujourd’hui dans un état grave. En parallèle, un camion à eau fait son entrée et asperge les manifestants. Des lignes de CRS coupent le cortège en plusieurs morceaux et nassent 5000 personnes…

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Ce qu’il s’est vraiment passé le 14 juin devant l’hôpital Necker

Récit d’un militant lambda de la manifestation la plus violente de sa vie, suivi de deux témoignages importants

J’avais choisi de me poster dans le cortège de tête avec les militants autonomes, mais aussi avec les milliers de personnes, qui nous accompagnaient. Il faut déjà préciser quelque chose : avant le carré de tête syndical, en tête de cortège, et ce dès le début, ce sont des centaines et des milliers de personnes très différentes qui se sont massées en envoyant un signal aux centrales syndicales : vous ne gérerez pas la lutte toutes seules.

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Dès 13h, le cortège de tête est composé de plusieurs milliers de personnes. Au milieu comme un pivot, la commission travail social de Nuit debout donne de la voix dans une ambiance super sympa. Autour d’eux, les black blocs se mêlent aux drapeaux syndicaux.

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Est-ce que vous voulez voir à quoi res­sem­blent nos visa­ges quand ils ne sont pas mas­qués par des fou­lards, des cas­ques ou des cagou­les ?
Ce sont les mêmes visa­ges qui paient un loyer pour vos appar­te­ments pour­ris, les visa­ges de ceux à qui vous offrez des stages non rému­né­rés ou des jobs à plein temps pour 1000 euros. Ce sont les visa­ges qui paient des mil­liers d’euros pour assis­ter à vos cours. Ce sont les visa­ges des gamins que vous frap­pez quand vous les chopez avec un peu d’herbe dans leurs poches. Ce sont les visa­ges de celles et ceux qui doi­vent s’enfuir du bus quand les contrô­leurs appa­rais­sent, ne pou­vant pas se payer le voyage.
Ce sont les gens qui cui­si­nent vos faux-filets à point dans les res­tau­rants chics, et reçoi­vent pour ça 60 euros la soirée, au black. Ce sont celles et ceux qui vous pré­pa­rent vos cafés serrés à Starbucks. Ce sont ceux qui répon­dent à vos appels en disant « 118 118, puis-je vous aider ? », ceux qui achè­tent de la nour­ri­ture à Lidl par­ce ­que celle des autres super­mar­chés est trop chère. Ceux qui ani­ment vos camps de vacan­ces pour 600 euros par mois, ceux qui ran­gent les étalages des maga­sins où vous ache­tez vos légu­mes bios. Ce sont ceux à qui la pré­ca­rité bouffe toute l’énergie vitale, ceux qui ont une vie de merde, mais ont décidé qu’ils en avaient assez d’accep­ter tout ça.

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Quand j’entends la CGT dire qu’il y avait que des casseurs devant j’enrage. Le nombre de drapeaux CGT, SUD et FO est très important.
On se lance dans le cortège et l’ambiance est très bonne. Ça chante toujours. Un gros bloc noir d’environ un millier de personne se forme mais il est noyé dans la foule. Loin devant, des dizaines de petits groupes de gens sont masqués. Le cortège de tête est composé d’au moins 10 000 personnes dont un bon tiers est masqué. Comme souvent ce sont les gens non masqués qui mettent l’ambiance par des chants et des slogans assez marrants. Les gens sont de bonne humeur et ce malgré les flics qui sont en colonne sur les côtés de la manifestation. Il s’agit quasi exclusivement de membres des brigades d’intervention. Il y aura certains Gendarmes Mobiles mais presque aucun CRS. La faute à l’Euro sans doute…

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Grèce

Arrivés vers le numéro 50 du boulevard Port Royal, les Brigades d’intervention chargent comme des malades. Je ne sais pas ce qui a motivé cette charge mais vu l’ambiance à ce moment là c’était complètement disproportionné. Et surtout les flics ont chargé sur plus de 200 mètres, frappant systématiquement les gens au sol, piétinant les corps à coups de rangers. Ils pénètrent complètement dans le cortège. Ce dernier est totalement désorganisé. On craint une première nasse et on comprend qu’ils ont décidé de nous faire payer toutes les manifs auxquelles nous participons depuis près de 3 mois. Les gens sont hésitants. D’autant qu’assez vite, des affrontements plus sérieux ont lieu plus haut dans le cortège. Des cocktails molotov volent ainsi qu’un festival de feux d’artifice. Certains flics se retrouvent en difficulté notamment une unité qui se fait entourer pendant une arrestation. Une personne au moins se fait arrêter. Je peux voir distinctement, au milieu des lacrymos, les flics lui distribuer des coups de pieds pendant qu’il est menotté au sol. Le cortège se reforme un tout petit peu et on continue d’avancer.

Sur le boulevard on voit une voiture renversée, preuve qu’il y a eu d’autres affrontements que je n’ai pas vus. Il faut dire que le cortège est énorme. Et surtout, les affrontements ne font fuir personne. Tout le monde reste au contact, bien décidé à manifester.
La présence des flics en latéral fait vraiment peur. Les lacrymos permanentes aussi. Elle sont très fortes et brûlent de partout.
A partir de là, la tension monte crescendo. Arrivé au RER Port- Royal, un énorme gazage a lieu. La manifestation est fractionnée en plusieurs morceaux. Les charges continuent. Un peu plus loin, la situation est encore plus chaotique. Les flics ont réussi à se saisir du matériel des manifestants, notamment de banderoles renforcées. C’est du corps à corps. La violence est vraiment très forte. Les flics nous provoquent, insultent en passant à côté des manifestants non violents. C’est aussi à partir de ce moment là que la valse des médics commence. Toutes les 3 minutes et ce pendant les deux heures que durera la manifestation, on entend des gens qui gueulent « médic ! Medics ! ». Certains complètement paniqués. (…)

A ce moment, au métro Vavin, a lieu le jet de lacrymogènes ou une personne a été gravement blessée.

Je reviens sur mes pas car je vois l’attroupement et un poto relativement choqué m’explique qu’il y a eu des tirs tendus de lacrymos et beaucoup de jets de grenades de désencerclement.

Bon ça dure 10 minutes et déjà au loin, on voit les affrontements reprendre en tête.

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Au sol, un éducateur de 45 ans venu prêter soin à un blessé. Il raconte avoir perdu connaissance après lui avoir porté secours:

«On marchait et on a vu un CRS pointer son lance-grenades, limite à bout pourtant, ce qui nous a bien fait flipper. Il a tiré la grenade, on n’a pas vu ce qui s’est passé, mais un gars est tombé devant. Nous nous sommes alors précipités vers lui et avons constaté que la blessure était super importante. Il y avait un trou très profond entre les omoplates, ça fumait, la peau a fondu et il avait un trou assez béant. J’ai fait un point de compression mais le sang giclait.»

Quelques minutes plus tard, l'éducateur voit les CRS se diriger vers lui et le premier blessé, lorsqu’il sent un coup sur la tête.

«J’ai senti un coup au niveau de la tête, puis j’ai senti un truc froid couler et j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé, j’étais encore par terre lorsque les pompiers sont arrivés et nous ont transportés à l’hôpital Lariboisière avec l’autre blessé.»

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Le manifestant est touché à la colonne vertébrale et on l’apprendra le lendemain, sans atteindre la moelle épinière. Une vertèbre fracturée et la nécessité d’une greffe de peau et de chair.

Thibault Le Floch, journaliste de LCP présent sur place, affirme toutefois être «sûr à 100%» que «ce n’était ni une grenade de désencerclement, ni une fusée». D’après son témoignage, cela pourrait être davantage une grenade lacrymogène:

«Au moment de l’impact, une véritable colonne de fumée s’est échappée de l’engin (avec un bruit de souffle que je n’avais pas entendu avant). La fumée que l’on voit ensuite est un mélange de résidus de fumée de l’engin et des vêtements du blessé qui ont immédiatement commencé à brûler (j’ai distinctement pu voir le trou dans ses vêtements, en dessous de la nuque).J’ai vu que son état était grave et qu’il était inconscient dès l’impact, il n’a eu aucun reflex pour mettre ses mains en tombant.»

«Ensuite, il y a eu un attroupement autour de lui. Les policiers, se demandant ce qu’il se passait, ont ensuite tiré des palets de lacrymo sur le groupe», poursuit-il. Sur sa vidéo prise ci-dessous, on distingue en effet de la fumée se dégager de la victime.

Erio, un autre manifestant présent sur place, rapporte ce que les soignants de la manifestation —les street medics— lui ont dit:

«Les street medics m’ont dit que le premier a reçu une grenade lacrymogène venant d’un lanceur des forces de l’ordre dans le dos, et qu’il avait une plaie d’à peu près 5cm de diamètre. Qu’il était dans un état plus que critique, et qu’ils avaient peur qu’il ne s’en sorte pas.
Ils étaient aussi effarés par le fait que pendant 5 minutes où les gens s’occupaient des blessés, les CRS ont continué à gazer vers eux, alors que plusieurs personnes tentaient d’expliquer aux forces de l’ordre qu’il y avait des blessés.»

Les flics isolent quelque peu un cortège de tête qui a un peu maigri. Un Starbucks se fait défoncer entre autres choses.

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Ça continue à caillassser les keufs et les charges continuent. Les lacrymogènes sont incessantes.

Mais c’est l’arrivée à Duroc, devant l’hôpital Necker, qui sera le moment phare de la journée. Pendant une demi-heure, on charge les flics, on recule sur le boulevard, on recharge, on recule. Les flics envoient un nombre de lacrymos complètement dingue. On continue tout de même. Ceux qui n’ont pas de lunettes de piscine ne peuvent pas rester dans le cortège. Il y a tellement de monde et de lacrymogènes que je ne vois même pas les flics. En revanche, j’entends très clairement les grenades de désencerclement et parfois on reçoit de loin des petits éclats.

Les affrontement semblent très violents et d’un coup au milieu des lacrymos, dans une atmosphère irrespirable, je vois une charge de flics m’arriver sur la gueule. J’essaie de courir mais je me heurte à un mur de gens, massé comme moi les un contre les autres. Les flics cognent quelques secondes et s’en vont.

La situation se stabilise et les flics décident de rester dans leurs lignes, à l’angle de l’hôpital. Les gens sont trop énervés et s’acharnent sur cette ligne pendant au moins une demi-heure. La ligne prend vraiment de gros pavés dans la gueule juste à côté du métro Duroc. Ça a pour conséquence de ramener une nouvelle machine de guerre de la préfecture de police : un canon à eau. Quand les flics en ont eu assez, ils décident d’attaquer au canon à eau. C’est à ce moment là qu’a lieu la rupture entre un cortège disons plus syndical et le gros du cortège de tête. Du coup le canon à eau se retrouve au milieu du boulevard des Invalides.

C’est grave tendu. Les flics coupent la manif en deux et envoient toujours des lacrymos. Je me retrouve dans la partie syndicale, derrière la tête où je vois encore des violences. Les flics nous font face et reculent. Il y a beaucoup de membres de la CGT avec nous qui poussent les flics sur le boulevard. Ils sont à reculons ce qui donne deux ou trois gamelles sympa. Un flic notamment se fait très mal et on ne peut pas s’empêcher d’être content au vu du nombre de copains qu’on a vu la tête fendue cet après-midi là…

Arrivé à St François Xavier, les flics se mettent en statique et font une grosse charge avec gaz au poivre. Ça pique. Ils tapent un petit vieux CGTiste sans trop d’état d’âme. Les manifestants continuent à les pousser et chantent. C’est même très souvent nerveux avec des « Cassez-vous ! cassez-vous ! cassez-vous ! ».

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Témoignage d’une manifestante sur les affrontements au croisement boulevard du Montparnasse et rue de Sèvres et l’attitude d’une police violente et sans limite.

Des armées choisissent de bombarder les bâtiments identifiés comme hôpitaux pour atteindre leur cible. La police a choisi pour lieu d’affrontement le croisement du boulevard Montparnasse et rue de Sèvres, exposant sciemment aux heurts la façade vitrée de l’hôpital Necker, acceptant après réflexion le risque encouru par patient.e.s et travailleur-eusses hospitaliers. Moi, j’y étais manifestante, à plusieurs reprises j’ai cru mourir d’étouffement.

Le canon à eau et son escorte de bleusaille caparaçonnée, avantageusement placée au carrefour, nous y attendaient en renfort de ceux qui nous harcelaient déjà de tout les côtés. Leur plan : scinder le cortège de tête pour pouvoir y semer le chaos. Duroc a été élu point stratégique d’usage massif et disproportionné de gazage, grenades, tonfas, coups de boucliers, appuyés par le canon à eau. Durant des dizaines de minutes : une séance de torture, beaucoup de blessé.e.s, le personnel de l’hôpital a accueilli celleux qui fuyaient l’affrontement, des camarades ont pissé le sang d’interminables minutes avant qu’on ait pu les secourir, d’autres vomissaient, suffoquaient, s’évanouissaient. Ça a bien résisté devant !

Déter et solidaires, la chaussée en est restée entièrement recouverte de projectiles sur une bonne longueur, avec nos traces de sangs ça et là (en plus de celles sur les habits). J’y ai vu un jeune médic se faire tabasser par la BAC alors qu’il s’accroupissait pour porter secours, une fille la côte apparemment cassée qui étouffait sous les regards amusés des sadiques de la flicaille… Évidemment, après libération, la suite (très longue) n’a pas été moins violente, les blessures encore plus graves, et les provocations incessantes… Mais à Duroc, du fait du confinement et de la nature de la répression clairement punitive et explicitement sadique, à Duroc j’ai cru mourir – et pas que moi. Comme prévu le suivisme médiatique s’enthousiasme, légitime leur résolution préméditée et assumée de punir et de terroriser – préférentiellement les plus jeunes.

Aucune attrition, aucune contrition pour les vitres. Je sais précisément que lutter contre l’ordre dominant c’est s’exposer volontairement au péril et à la constante peur. Je sais précisément que l’ordre dominant est celui-là même qui expose les hôpitaux aux violences.

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Au sujet des dégradations de l’hôpital Necker: Coup de gueule d’une Enragée

Les personnes qui instrumentalisent actuellement la souffrance vécue par les enfants malades et leurs familles, en accusant ce « casseur » d’avoir contribué à cette souffrance en brisant une vitre de l’hôpital ; vous me mettez en colère.

Vous, politiques, personnalités diverses ; vous aussi, M. Eric-Emmanuel Schmitt, avec votre récit dégoulinant de mièvrerie démagogue, qui avez sans doute vu dans cet événement un moyen de plébisciter votre œuvre.
Quand on a vécu la réalité d’un service d’oncologie pédiatrique avec son propre enfant, quand on a vécu le manque de moyens permanent, les « non, il n’y a plus de PQ, madame » ; il n’y a plus de patch anti-douleur pour les piqûres du petit » ; « il n’y a plus de savon » ; « essayez de ne pas faire traîner de nourriture dans la cuisine : il y a des blattes » ; « on ne sait pas qui va s’occuper de la chimio, il va peut-être falloir rentrer chez vous » ; « non, la télé ne marche plus » ; « on n’a plus de poches de sang » ; « on ne trouve pas de thermomètre » ; quand on a vécu les rendez-vous qui n’arrivent jamais, les décalages d’emploi du temps d’un personnel submergé, les opérations repoussées, les revendications et la mauvaise humeur des infirmiè-re-s épuisé-e-s, les perfusions posées à la va-vite un peu brutalement à cause de la fatigue, le plateau repas écœurant proposé à un enfant qui ne pèse déjà plus que 28kg…

Eh bien ce n’est pas une dégradation ponctuelle que l’on condamne !
On se fout de quelques vitres cassées !
On comprend la colère qui déborde, même, dans ce climat ou plus personne n’est entendu, où seule la rentabilité compte.

Oui, casser les vitres d’un hôpital, c’est stupide. Mais c’est tout un système qui se fourvoie en permanence dans ses choix et ses priorités qu’il faut contester. La casse matérielle ponctuelle se voit davantage, surtout à la télévision, mais seulement de l’extérieur. Et seulement quelques jours.
Le reste de l’année, tout le système se charge de plomber la vie des familles confrontées à la maladie en préférant investir dans d’autres secteurs plus rentables. Et c’est seulement l’entourage, le personnel hospitalier qui fait de son mieux avec un budget toujours en berne et des heures supp. à n’en plus finir, qui sauve tout ça et permet de tenir.
Toute cette démagogie, cette récupération médiatique et politique dégoulinant de faux bons sentiments, c’est indécent.

Je suis en colère.
Mais pas contre le casseur.

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Street Medics : Bilan provisoire du mardi 14 juin

Pour commencer, nous tenons à souligner que cette manifestation était d’une ampleur exceptionnelle, tant par le nombre de manifestant-es présent-es que par la violence de la répression. Elle a été éprouvante pour touT-es les manifestant-es, medics compris-es. Plus de 100 medics venu-es de partout étaient présent-es pour l’événement.

La gazeuse à main était de sortie ce jour, beaucoup de camarades peuvent en témoigner, nous avons pris en charge une cinquantaine de personnes brûlées au visage, parfois à bout portant. Elle a entraîné vomissements chez deux manifestants et des troubles de la conscience chez un autre.

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Le trajet de la manifestation s’est fait dans un nuage plus ou moins épais mais toujours constant de gaz lacrymogènes. Les street medics ont pris en charge plus d’une centaine de crises de panique accompagnées de nombreuses détresses respiratoires réelles, des malaises dont certains avec perte de connaissance. Comme développé dans le communiqué du 10 mai, en plus des difficultés respiratoires et des pleurs/aveuglements, nous constatons que l’utilisation intempestive des gaz provoque beaucoup d’effets à moyen terme tels que des nausées, des difficultés respiratoires, des inflammations des voies respiratoires, des maux de têtes, des inflammations du larynx et des cordes vocales, des bronchites, de l’asthme, des troubles digestifs, etc.

Les palets de lacrymo ont également engendré de multiples blessures chez les manifestant-es, notamment au niveau des mains, de la tête et du visage. Au moins un manifestant a été évacué après avoir reçu un palet sur le front. Nous précisons que les palets lacrymogènes font des brûlures et qu’ils ont ciblé directement des gens (dont parfois des médics).

Les tirs de Lanceurs de balles de défense (remplaçant du flashball) ont également fait des dégâts, de nombreux hématomes et plaies aux membres inférieurs et supérieurs, au moins trois personnes ont reçu des balles défense 40mm dans l’abdomen et une dans la tempe.

Mais en ce 14 juin, ce sont les grenades de désencerclement (GD) explosant au sol ou des grenades lacrymogènes à tir tendu et les coups de tonfa des multiples charges essuyées par les manifestant-es qui ont causé le plus de dégâts parmi nous.

En effet, les grenades désencerclantes ont causé des hématomes, des plaies, des brûlures au niveau des pieds, mollets, tibias, cuisses, fesses, parties génitales, abdomen, bras et mains, visage et tête. En tout nous avons eu à soigner entre 90 et 100 blessures dues aux GD et au matraquage, dont une vingtaine ont dû être évacuées. Nombre d’entre nous, manifestant-es contre la loi « Travaille » et son monde, souffraient d’acouphènes ce soir-là.

Une personne a eu un doigt luxé, 3 personnes se sont retrouvées avec des éclats enfoncés dans le thorax, une personne a perdu connaissance suite à un tir tendu occasionnant une plaie au front, il a été évacué.

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Un manifestant a également reçu un tir tendu de grenade lacrymogène au niveau des cervicales, entraînant une plaie importante et, le lacrymogène s’étant activé, une brûlure sur l’ensemble de la plaie et du haut du dos. La personne a été évacuée d’urgence à l’hôpital.Les charges et matraquages intempestifs tout au long du chemin ont nécessité des soins au niveau des membres mais surtout au niveau de la tête et du visage : arcades ouvertes, plaies et hématomes du cuir chevelu, pommettes, mâchoires, lèvres, suspicion de fracture du nez, plaie ouverte sous l’œil, plaie au niveau du crâne avec arrachement au niveau du cuir chevelu… une centaine de manifestant-es ont été pris-es en charge lors de ces charges.

Toutes ces charges ont provoqué moult mouvements de foule, nous, manifestant-es, avons été victimes de chute, piétiné-es par les forces de l’ordre (suspicion de côtes fêlée), nous sommes foulé des chevilles, le tout toujours au milieu des gaz…En tout, nous avons pris en charge des centaines de manifestant-es ce mardi (pour information, la préfecture annonce un bilan de « 17 manifestants tous en urgence relative », à quelle manifestation étaient-ils ?) et soulignons, encore une fois, la fulgurante escalade de la répression au fil des manifestations. Cette journée a été éprouvante pour nous tou-tes, mais n’entame en rien notre détermination !

Nous ne sommes ni sauveteuses, ni sauveteurs, juste des manifestant-es qui se préfèrent debout plutôt qu’à genoux ! La solidarité est notre arme !

Des manifestant-es / street medics, présent-es à la manifestation du 14 juin 2016.

Sources paris-luttes.info/buzzfeed/CNT

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La violence de la propagande politique lancée par le gouvernement et alimentée par les classes politiques et médiatiques à propos de la dernière manifestation est à pleurer de rage. Il faut pourtant se donner la peine de déconstruire ce qu’on peut appeler la « production » d’un événement, tant la réalité des faits a été recouverte de blabla, de la déformation la plus malhonnête au mensonge le plus infecte.

Voilà ce que nous dit le storytelling politico-médiatique : des « casseurs » ont « délibérément visé » l’Hôpital Necker (Martin Hirsch), et l’on même « dévasté » (Manuel Valls), « alors que l’enfant du couple tué [dans l’assassinat revendiqué par l’Organisation de l’État islamique] s’y trouve » (Bernard Cazeneuve). Cette version est reprise en cœur par les médias dépendants, de l’info continue de BFM au JT de France 2, des articles du Monde à ceux du Figaro ; c’est celle qui m’a été répétée par des amis presque telle qu’elle.

Tout est à expliquer dans cette fumeuse opération de communication politique. À commencer par le terme de « casseurs ». Ce qui est désigné, c’est le cortège de tête des manifestations, ce que certains qualifient parfois de Black blocks ou de cortège détèr’ (comprendre « déterminé »). Dans ce cortège divers et bigarré, mélangé aux autres, il y a effectivement des gens qui cassent. Mais jamais sans raison, jamais gratuitement.

Toujours dans deux perspectives : 1- Dans une perspective symbolique – casser les symboles de l’ordre stato-capitaliste et « rendre » la violence que celui-ci nous impose à grande échelle (et qui, à force de naturalisation des faits sociaux, n’est plus toujours perçu malgré son évidence). Donc des banques, des affiches publicitaires, des assurances, du mobilier urbain coercitif, etc. 2- Dans une perspective tactique – ceux qui ont vécu les manifestations des derniers mois savent ce qu’il en est : les policiers provoquent systématiquement des affrontements avec les manifestants, en se mettant en travers du parcours légal, en essayant de couper la manifestation en plusieurs parties, en gazant, matraquant, envoyant des grenades lacrymogènes et de désencerclement, kärcherisant ceux qui ne veulent pas se laisser faire. Quand le niveau de la violence est imposé aux manifestants qui sont là pour défendre l’intérêt général, ceux-ci n’ont que deux choix : s’enfuir ou se battre masqués en tenant la police à distance par le jet de projectiles – souvent arrachés aux rues ou aux bâtiments.

Ce qui s’est passé à côté de Necker est tout simplement lié à un affrontement de ce type : en fait, il s’agit d’un non-événement. Personne ne casse pour casser. L’hôpital n’a certainement pas été « délibérément visé » en tant qu’hôpital pour enfants, il a été pris dans les logiques expliquées ci-dessus. L’hôpital n’a pas été « dévasté », mais quelques unes des vitres de sa façade ont été légèrement endommagées. Il n’y a pas de rapport entre les anticapitalistes et les sbires de l’Organisation de l’État islamique. Par conséquent, saturer toute la sphère médiatique de ces mensonges est une tentative odieuse de salir la beauté et la grandeur de cette manifestation qui fut massive, festive et, parfois malgré nous, combattive. Les quelques directions de partis ou de syndicats qui, à l’image de Pierre Laurent, usent de la catégorie foireuse de « casseurs », y participent.

Comme d’habitude, on en oublie qui sont les véritables casseurs : Marisol Touraine qui supprime 22 000 postes dans les hôpitaux publics ? El Khomri qui plie encore un peu plus les travailleurs aux réquisits du capital en dérégulant le marché du travail ? Cazeneuve qui envoie les CRS au contact pour faire du chiffre et stigmatiser le mouvement ? Sur cette dernière question, rappelons qu’au-delà du non-événement Necker, 150 manifestants ont été blessés, dont certains gravement. Et c’est ce qui aurait dû être le vrai sujet : un mouvement en train de gagner sa première bataille et un gouvernement qui pratique la fuite en avant vers l’autoritarisme, combinant violence physique et propagande politique.

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Paris le 14 juin, au passage du cortège

Depuis le début du mouvement social contre la loi Travail, 662 procédures judiciaires ont été engagées contre des manifestants.

250 compagnons sont, à l’heure où l’on écrit ces lignes, en prison.

Oui, vous lisez bien.

A partir du moment où l’on intègre cette donnée, à partir du moment où l’on prend la mesure de l’amplitude de la répression, brutale, unilatérale, démentielle, alors il n’est plus possible de reprendre à son compte la propagande gouvernementale et médiatique sur les  » casseurs « .

Tous les syndicalistes qui reprennent la rhétorique du  » casseur  » justifient en réalité leur propre répression actuelle et à venir.

Tous les travailleurs qui distinguent, qui divisent, qui séparent  » bons manifestants  » des  » mauvais manifestants « , jouent dans le camp de l’ordre, du pouvoir, du patronat et de la rente.

Depuis le départ, dans la gestion de la contestation sociale, il y a de la part du gouvernement la volonté de frapper très au-delà de ce que quelques béats et autres naïfs pouvaient en espérer.

Cette montée crescendo de la répression n’est pas partie d’un faible niveau. Depuis le début elle est brutale et ne commence à peine qu’à montrer sa vraie nature.

C’est une mise en tension réactionnaire qui témoigne d’une certaine panique gouvernementale.

Il ne reste donc plus que les jeux de manche grossiers et à jouer sur le pathos d’un ordre souillé par des sauvageons.

Le navire de l’exécutif est en train de sombrer sous nos yeux, la démocratie montre enfin sa nature véritable, hideuse sous ses habits douceâtres.

Nous devons être solidaires, sans condition préalable, avec TOUS les manifestants victimes de la répression, y compris ceux qui ne possèdent pas les mêmes pratiques émancipatrices que nous.

En répétant partout la fable des  » casseurs « , on joue tout simplement contre notre camp.

Solidarité avec les inculpé-e-s!

Liberté pour nos camarades!

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Cela fait maintenant presque quatre mois que le disque rayé médiatique et politique annonce chaque semaine qui passe  » l’essoufflement  » du mouvement et cela fait quatre mois que les faits démontrent le contraire!

Et pourtant, nombreuses sont les embûches, venant de tous côtés.

L’état d’urgence, la répression, un capitalisme en putréfaction, une probable crise de régime à venir, le foot-business, les monstrueuses exactions de Daech, les hooligans fascistes mettant à exécution leurs projets, la loi Travail et la fin des 35 heures par une attaque combinée de la gauche et de la droite, les directions des centrales syndicales, qui se demandent bien comment cette fois elles vont pouvoir éteindre le feu du ras-le-bol populaire et cette conviction absolue, comme un serment tacite, partagé et nourri partout dans cette force et cette solidarité retrouvée:

Nous irons jusqu’au bout, quels que puissent être les événements qui se mettront en travers de cette lutte, même si on doit reprendre en septembre, octobre et autant de temps qu’il le faudra, avec des nouvelles formes de révolte populaire face à cette loi rétrograde, en nous organisant pour pouvoir passer encore au niveau supérieur, nous lutterons tou-te-s ensemble jusqu’au retrait.

Et ce serait dommage de s’arrêter là.

Les Enragé-e-s

 

Juin 1936 – Le Front populaire au secours du capitalisme français

Dans le « grand manuel d’Histoire » de la bourgeoisie, le mois de juin 1936 est figé comme un mythe.

A l’entendre, ce fût le mois « des acquis mémorables », « des accords de légende » négociés par le non moins légendaire Front Populaire au pouvoir depuis le 5 juin.

Alors que la crise économique ravage le monde depuis 1929, jetant des millions d’ouvriers sur le pavé, et que les puissances impérialistes préparent leurs armes en vue de la Seconde Guerre mondiale qui s’annonce, la France aurait goûté, pendant ce temps, au « Jardin des Délices » avec la semaine de 40 heures, le temps libre, les congés payés et de meilleurs salaires. Et tout ça grâce à la volonté du Front Populaire « de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et la paix au monde« .

Bien souvent, les leçons d’histoire de la classe dominante se révèlent être de grossiers mensonges… Juin 1936 n’échappe pas à la règle.

Derrière le slogan « Du pain, la paix, la liberté« , la classe ouvrière en France apprendra dans sa chair que le seul et unique programme du Front Populaire sera « de la sueur, du sang et des larmes« .

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Alors que Mai 68 est resté dans la mémoire sociale comme un mouvement social réprimé de façon combinée par le patronat, l’État, les partis de gauche et les syndicats, celle-ci n’a retenu des grèves de mai-juin 36 que les « acquis sociaux » du Front populaire. Pourtant, ceux-ci n’ont été que les concessions nécessaires du gouvernement de Blum à la répression du plus grand mouvement social de l’entre-deux guerres. La réédition de Front populaire, révolution manquée de Daniel Guérin [3] est l’occasion de revenir sur cette période, qui par bien des aspects est proche de la nôtre. Si le rôle joué par le PC [4] étonnera peu (le mot historique de Thorez, « Il faut savoir terminer une grève », est resté dans les annales de police sociale), celui des socialistes est moins connu. Au-delà de l’action des partis de gauche et des syndicats, les événements de mai-juin 1936 nous rappellent qu’en matière de répression sociale, on n’est jamais mieux servi que par ceux qui nous représentent et parlent en notre nom, du moins tant que la règle du jeu n’aura pas été changée.

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de gauche à droite Léon Blum, Maurice Thorez secrétaire du PCF, Roger Salengro, ministre de l’intérieur

 

Le mouvement des occupations est apparu de façon spontanée, prenant au dépourvu aussi bien le patronat, le gouvernement que les syndicats et les partis de gauche : « Le mouvement s’est déclenché sans qu’on sût exactement comment et où. » (Jouhaux, secrétaire général de la CGT [5]).

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Grève aux usines Renault de Boulogne-Billancourt – juin 1936

 

Quelle a été l’attitude du patronat, de l’État et des syndicats pour faire cesser les occupations en juin 36 ? [6]

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Grève aux usines Delahaye. mai-juin 1936

 

Minimiser l’ampleur des grèves, désinformation, rétention d’informations

Si le patronat dénonce très vite le caractère révolutionnaire des occupations, en revanche, socialistes, communistes et syndicats dénient tout caractère subversif au mouvement des grèves. Le 6 juin, Jouhaux déclare : « Les grèves qui se déroulent actuellement à Paris et dans toute la France ne sont ni politiques ni insurrectionnelles, elles sont strictement corporatives. »

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Fraternisations de grévistes, mai-juin 1936

 

Les séquestrations de patrons dans les usines occupées sont fréquentes dès le début du mouvement, mais à la demande du gouvernement, les syndicats font pression sur les grévistes pour que cesse cette pratique.

La CGT déclare que les patrons « doivent être libres d’entrer et sortir des établissements » et qu’il faut « éviter toute exagération, enchères démagogiques, désordre dangereux ». Alors que, de façon générale, les patrons s’attendent en mai-juin à être dépossédés et expropriés [7], ils s’aperçoivent avec étonnement qu’ils n’ont affaire, grâce à la modération des syndicats, qu’à des revendications [8].

Chez Renault, « Lehideux [membre de la direction de l’usine] est fort surpris de la modestie des revendications ouvrières » [9]. Dans la presse ouvrière, le ton est à la modération. L’Humanité ne fait un rapprochement entre les premières grèves que le 24 mai (elles ont commencé le 11). Lorsque les grèves reprennent, dans la deuxième phase du mouvement (2-7 juin), ce n’est qu’en sixième page que L’Humanité annonce la reprise des grèves. La même chose se reproduira après les accords Matignon et le renouveau des occupations. La désinformation contre les occupations est pratiquée de façon égale par le patronat, qui dénonce des séquestrations là où il n’y en a pas, et par les partis de gauche et les syndicats : il s’agit de faire plier les grévistes par tous les moyens.

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Chantier du Trocadéro-1936

 

Salengro, ministre socialiste de l’Intérieur, publie le 6 juin un communiqué affirmant que l’agitation reflue alors que précisément elle s’accroît. Quand le mouvement refluera réellement, la presse ouvrière fera silence sur les dernières résistances des grévistes. La médiatisation de l’agitation ouvrière par les syndicats est un moyen grossier mais efficace de déformer la réalité des luttes sociales : chaque défaite des grévistes est présentée mensongèrement comme une victoire. Dans les entreprises en grève, le syndicat pratique la rétention d’informations pour isoler les grévistes du contexte dans lequel il négocie avec le patronat, officiellement en leur nom. « [Chez Renault], à mesure que les jours passent, note Simone Weil, les informations données aux ouvriers par les délégués se font plus rares et moins précises. »

 

Le chantage à l’intérêt national, l’étranger comme bouc émissaire

Le PC, patriotique depuis le pacte Staline-Laval de 1935, qui associe à chacune de ses manifestations le drapeau tricolore avec le drapeau rouge et La Marseillaise à L’Internationale, utilise le chantage à la défense nationale pour faire cesser les débordements ouvriers : « Nous estimons impossible une politique qui, face à la menace hitlérienne, risquerait de mettre en jeu la sécurité de la France. » [10] (L’Humanité du 3 juin). Il se pose en garant de l’unité de la nation : « Les pourparlers rompus doivent être repris. C’est à l’autorité gouvernementale d’intervenir avec force auprès des syndicats patronaux pour qu’ils acceptent de donner satisfaction aux ouvriers. La situation présente, due à l’égoïsme et à l’obstination patronale, ne saurait se prolonger sans péril pour la sécurité du peuple de France. » (idem, 6 juin). Après l’appel de Thorez du 11 juin appelant à la reprise du travail (« Il faut savoir terminer une grève. »), les grévistes qui continuent les occupations malgré l’opposition des syndicats et des communistes, sont ouvertement calomniés : les anarchistes et les trotskistes sont accusés, avec les fascistes, de chercher à entraîner les masses dans une aventure. Chez Renault, les communistes encouragent les manifestations d’intimidation : enterrements simulés de jaunes mais aussi de Croix de feu (extrême-droite) ou de trotskistes ; des tracts désignent nominalement les supposés trotskistes. Il s’agit pour le PC d’opposer l’union de la nation française à l’agitation ouvrière, implicitement accusée d’encourager, en persistant, la menace hitlérienne et fasciste. L’antifascisme dans sa version bureaucratique-bourgeoise devient la justification idéologique de la répression du mouvement des occupations par les organisations ouvrières elles-mêmes (PC, SFIO [11], syndicats). Un amalgame est fait entre les éléments étrangers aux syndicats et les étrangers qui travaillent en France. L’étranger devient le bouc émissaire. C’est le motif d’intrusion d’éléments étrangers aux syndicats qui est le prétexte au gouvernement pour prendre ses premières mesures d’ordre : « Il est vrai, déclare le socialiste Blum, qu’on a le sentiment de groupements suspects et étrangers à l’organisation syndicale. » Le 4 juillet, le gouvernement publie une circulaire aux préfets : « La France entend rester fidèle à sa tradition de terre d’asile. Il ne serait pas cependant admissible que des étrangers puissent sur notre territoire prendre part de manière active aux discussions de politique intérieure [entendre les occupations d’usine] et provoquer des troubles et du désordre. » A la fin du mois de juin, le mouvement est quasiment terminé dans les villes, mais il se prolonge dans les campagnes où des grèves d’ouvriers agricoles éclatent dès la mi-juin en Ile-de-France : la répression attire l’attention sur le rôle de la main-d’oeuvre étrangère dans cette agitation. Les grévistes et les manifestants sont accusés de porter atteinte à la nation, d’être la main de l’étranger. Une accusation qui ne vient pas seulement de l’extrême-droite, mais désormais aussi du gouvernement de Front populaire et des organisations du mouvement ouvrier. [12]

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Négocier les revendications des grévistes à l’intérieur du consensus social

Dès 1935, face à la crise et à la menace fasciste, la CGT prône un rapprochement avec les classes moyennes : « Nous savons qu’il est dans les circonstances actuelles impossible de réaliser immédiatement [la transformation totale de l’économie] car, en la poursuivant, nous dresserions contre nous une coalition de gens dont certains, au contraire, doivent être avec nous. » Thorez, dans son discours du 11 juin, ne s’exprime pas autrement : « Notre but, dit-il en substance, reste le pouvoir des soviets, mais ce n’est pas pour ce soir ni pour demain matin, car toutes les conditions ne sont pas réunies et notamment nous n’avons pas encore derrière nous, décidée comme nous jusqu’au bout, toute la population des campagnes. Nous risquerions même, en certains cas, de nous aliéner quelques sympathies des couches de la petite bourgeoisie et des paysans de France. » Les syndicats s’efforcent donc de réduire les revendications ouvrières dans le cadre légaliste bourgeois. En octobre, après le mouvement des grèves, la CGT déclarera que « c’est pratiquer une véritable démocratie que [de] mettre sur le même plan droit au travail et droit de propriété, et vouloir que l’un et l’autre trouvent, par des solutions de justice sociale, leur sauvegarde. » En période d’agitation sociale dure, pour les classes dirigeantes l’union des classes est la priorité absolue : Blum borne son action gouvernementale dans les limites du programme ultramodéré du Front populaire, il rappelle que les électeurs n’ont pas voté socialiste mais Front populaire. En écho, Thorez explique qu’il ne « saurait être question de dire que « maintenant les questions revendicatives passent au second plan et qu’il s’agit de prendre possession des usines et de placer la production sous le contrôle direct des ouvriers » : il ne faut pas compromettre l’oeuvre gouvernementale. » Frachon, un leader communiste de la CGT, veut en finir avec les occupations d’usine pour ne pas mettre en danger l’alliance avec les radicaux (dans ce marché de dupe, au sein du Front populaire, le parti centriste des radicaux, soutenu par le puissant trust des assurances, s’opposera à toute mesure de contrainte à l’égard du patronat). Dès les premières grèves de mai 36, le Front populaire (gouvernement, partis et syndicats) et le mouvement des occupations étaient faits pour se télescoper.

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Grève dans la région parisienne, juin 1936

 

Pour une gestion rationnelle du capitalisme

Syndicats et partis ouvriers dénoncent le caractère « irresponsable » du patronat. Dès 1935, le Plan de la CGT plaide explicitement pour une économie dirigée reposant sur des nationalisations couvrant l’ensemble des activités, privées ou non. Bien que les idées du Plan ne soient pas retenues dans les propositions du Front populaire, l’idée d’une gestion plus rationnelle de l’économie est une idée forte dans le syndicalisme et dans les partis dits ouvriers. Le 29 mai, L’Humanité explique que, si le patronat comprenait mieux ce qui se passe dans les usines, les occupations n’auraient pas eu lieu : « Le mouvement de la métallurgie de la région parisienne peut très rapidement se calmer si, du côté patronal, on est disposé à faire droit aux légitimes et raisonnables revendications ouvrières. » [13]. Il suffirait donc d’une gestion plus rationnelle des usines pour éviter ce genre de « désagréments ». Cette idée d’une gestion rationnelle et dirigée de l’économie se retrouve, en cette période de crise, également au sein d’une partie du grand patronat, qui s’exprime notamment autour des Nouveaux Cahiers. Cette revue qui réunit banquiers, industriels, hauts fonctionnaires et syndicalistes propose une collaboration du patronat avec les syndicats ouvriers : « Si certains industriels français n’ont pas encore compris l’importance des changements intervenus depuis quelques mois dans l’ordre social et caressent quelque rêve chimérique de retour aux errements du passé, d’autres savent qu’une telle évolution est irrévocable. Ils sont prêts à s’y adapter et à y adapter leurs usines. » Juin 36 est l’amorce de la société d’économie mixte en France.

L’intervention de l’État : les accords Matignon

L’intervention est demandée par le patronat [14], qui ne parvient pas, malgré l’appui des syndicats, à résorber le mouvement des occupations. Si l’État intervient, c’est parce que, pour la première fois depuis 1919, l’équilibre social en France n’est plus en faveur du patronat. En accord avec ce dernier, Blum fait croire qu’il est à l’origine des accords Matignon. Ce mensonge du gouvernement du Front populaire a pour le patronat l’avantage de renforcer le prestige de l’État à un moment où le patronat a cruellement besoin de son aide, mais aussi de cacher aux grévistes la faiblesse réelle d’un patronat qui ne veut pas leur montrer qu’il est prêt à négocier [15]. Le gouvernement espère, par les accords Matignon, en échange d’acquis sociaux (contrat collectif, congés payés, semaine de 40 heures, augmentation des salaires, etc.), mettre fin en quelques jours aux occupations. Si le patronat est prêt à tout accepter pour récupérer ses unités de production (dès lors que l’essentiel, l’exploitation privée capitaliste, n’est pas remise en cause), les syndicats, en revanche, sont modérés car l’objet de la négociation est moins de monnayer au prix fort des avantages sociaux que de faire cesser à tout prix le mouvement des occupations. C’est à l’initiative du patronat, et non des syndicats, que le principe des délégués ouvriers dans les entreprises est retenu dans les négociations. Les accords Matignon consacrent ainsi le syndicalisme dans sa fonction sociale de gestion des rapports sociaux avec le patronat et l’État. Mais cette consécration ne fait que valider le rôle répressif, utile et efficace que les syndicats ont dû exercer pour mettre fin aux occupations. En ce sens, si juin 36 est une grande victoire, c’est celle du syndicalisme et une défaite du mouvement gréviste. Pour survivre, le capitalisme français a dû se modifier. La reconnaissance du syndicat comme partenaire légitime par le patronat ouvre « une ère nouvelle » (Jouhaux), mais plus encore l’apparition de l’État comme troisième partenaire. Jouhaux dira d’ailleurs : « Cela démontre péremptoirement qu’il n’est pas nécessaire de réaliser l’État totalitaire et autoritaire pour l’élévation de la classe ouvrière à son rôle de collaboratrice dans l’économie nationale, mais le fonctionnement régulier et l’élévation de la démocratie le permettent. »

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Le patronat découvre l’utilité du syndicat en période de crise sociale

La contrepartie des acquis cédés par le gouvernement et le patronat aux grévistes lors de l’accord Matignon du 7 juin, c’est l’évacuation des entreprises. Les syndicats s’engagent à favoriser la reprise, mais insistent sur la responsabilité du patronat dans la crise sociale : « C’est vraiment maintenant que vous allez peut-être regretter d’avoir systématiquement profité des années de déflation et de chômage pour exclure de vos usines tous les militants syndicalistes. Ils n’y sont plus pour exercer sur leurs camarades l’autorité qui serait nécessaire pour exécuter nos ordres. » Et Richemont, représentant du patronat, de reconnaître : « C’est vrai, nous avons eu tort. » Le patronat approuve la CGT lorsqu’elle explique que si les militants syndicalistes n’avaient pas été réprimés pendant quinze ans dans les entreprises, il n’y aurait pas eu de mouvement des occupations en France. Pour le syndicat, c’est dans la perspective d’une gestion rationnelle du capitalisme que les militants syndicaux sont utiles dans les usines, pour prévenir les situations de crise et aussi, quand elles éclatent, pour aider à les dénouer. A l’issue de la convention collective de la métallurgie, le représentant du patronat, le baron Pétiet « [souhaite] vivement que le contact reste maintenu entre les deux délégations (patronat-CGT) par des réunions périodiques ». Le patronat entend garder le contact avec un syndicat qui a fait ses preuves pour l’aider à résister aux exigences des grévistes. Certains chefs d’entreprises font pression sur les salariés non syndiqués pour qu’ils adhèrent à la CGT, le meilleur garant pour eux de ne pas avoir un débordement incontrôlé dans leur entreprise. Mais cette soudaine lucidité du patronat à l’égard des syndicats ne s’impose en juin 36 que par l’urgence de la crise sociale ; elle sera très tôt oubliée dès que la crise sera terminée. Dès septembre 1936, le patronat du textile écrit une lettre à Blum expliquant la nouvelle règle du jeu : « Les industriels du textiles de Lille ne veulent plus que leurs usines soient occupées. Ils ne veulent plus de séquestrations, de laisser-passer accordés aux patrons par les délégués d’usine, de menaces adressées au personnel qui ne partage pas la manière de voir de la CGT. Ils ne veulent plus voir de patrons bloqués chez eux ou assaillis dans leurs usines, ils ne veulent plus voir leurs bureaux et magasins occupés, ils ne veulent plus être « autorisés » à entrer dans leurs établissements pour payer leurs ouvriers, ils ne veulent plus de piquets de grève installés jour et nuit au domicile de leurs directeurs, ils ne veulent plus que leur personnel puisse être traduit en jugement par un conseil d’usine. » Le patronat ne veut plus être humilié. En novembre 1938, une répression classique et revancharde sera décidée par le gouvernement de droite qui aura succédé à Blum : selon le témoignage d’un des leaders de la CGT de l’époque, 9 % de la population active du secteur industriel et commercial sera licencié le 1er décembre 1938 à la suite de ces dernières grèves.

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Les nationalisations contre les occupations

Chez les grévistes, il y a l’idée que les nationalisations des entreprises par l’État sont une garantie pour eux. La menace d’appeler à la nationalisation est souvent brandie par eux dans les entreprises occupées. Après l’échec des accords Matignon du 7 juin, le mouvement de grève reprend dans la métallurgie parce que les grévistes dénoncent des accords qu’ils estiment en deçà de ce qu’ils ont exprimé dans leurs cahiers de revendications (la CGT au contraire appelle dès le 9 juin à la reprise du travail, et parle de victoire). Le 10 juin, les grévistes posent un ultimatum au patronat : dans 48 heures, celui-ci devra avoir satisfait leurs demandes, faute de quoi ils demanderont la nationalisation des usines de guerre et celles travaillant pour l’État, leur fonctionnement étant assuré par le personnel technique et ouvrier, sous le contrôle des ministères intéressés. A Rouen, les travailleurs du pétrole déclarent vouloir poursuivre la grève jusqu’à la nationalisation. La nationalisation étant au préalable une dépossession du patron privé, il y a à la fois chez les grévistes la croyance que la révolution peut être faite par en haut (par l’État) et une première phase de l’autogestion (la phase suivante serait de ne pas attendre la nationalisation par l’État mais d’autogérer directement l’entreprise). Mais les réquisitions par l’État sont déjà envisagées par la CGT comme des moyens de briser le mouvement de contestation sociale. Jouhaux rappelle le 16 juin devant le comité confédéral de la CGT que le gouvernement avait, à sa demande, envisagé des procédures de réquisition : « Nous avons fait admettre le principe de la réquisition dans les branches indispensables à la consommation, à la seule condition que les organisations ouvrières se mettraient au service des entreprises réquisitionnées. Le gouvernement n’a pas eu à faire usage de cette arme, mais il fait savoir qu’elle existe. » Belin, membre du bureau de la CGT, commentant ces propos, explique ce que réquisition veut dire : « Supposons que, par la suite des conflits, le ravitaillement de la capitale en essence, en lait et en farine se trouve compromis. Le rôle du gouvernement serait d’assurer par tous les moyens la distribution de ces produits. A cet effet, il devrait réquisitionner les établissements où ouvriers et employés en grève reprendraient le travail sous les ordres du gouvernement. Et si le conflit durait ? L’État resterait, pendant toute sa durée, le gérant des industries et des commerces réquisitionnés. Dans ce cas, la grève serait caractérisée non plus par la cessation du travail, mais par sa reprise sous la gestion de l’État, donc par une dépossession provisoire des employeurs. Ceux-ci rentreraient en possession de leurs entreprises sitôt le conflit terminé. Observez qu’on n’a pas envisagé de faire fonctionner les usines, il s’agit uniquement d’une mesure d’exception pour empêcher que la population ne subisse de graves incommodités. » (Lefranc, p. 141). Une autre forme de neutralisation a été inaugurée par le gouvernement Blum : l’arbitrage. Il consiste en un gel du conflit social dans l’entreprise, la protègeant de fait des grévistes, lesquels ont tout à perdre d’une neutralisation de leur offensive, tandis qu’elle sert les intérêts du patronat en validant, par son application, la légalité capitaliste. « C’est ainsi, explique Blum, que les grèves du Nord et celles de la Sambre ont pu être réglées à l’amiable. La neutralisation était une sorte de mise sous scellés pendant laquelle tous les droits, de part et d’autre, étaient respectés. Nous avons fait voter ensuite par les Chambres un texte qui interdisait la grève et le lock-out tant que les tentatives de conciliation prévues par la loi suivraient leur cours. » [16]

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ABC de répression socialiste

Le patronat s’oppose à l’usage de la force par le gouvernement, bien que les occupations sauvages de ses unités de production le prennent à la gorge : « Nous risquons un conflit sanglant [argumente un délégué du patronat], c’est du sang qui rejaillira sur nous et cela nous interdira peut-être de reprendre la direction de nos usines. » [17] Moyen offensif, les occupations sont aussi un moyen défensif : elles interdisent au patronat de recruter, en cette période de crise et de chômage, des jaunes. L’objectif prioritaire est de libérer les usines occupées. Le gouvernement Blum fera son possible pour ne pas user de la force policière contre les grévistes. Le 7 juillet, le ministre de l’Intérieur a résumé sa politique devant les sénateurs : « Salengro a dit au Sénat qu’il ferait cesser l’occupation des usines par tous les moyens appropriés. Ce qui dans son idée signifie une intervention des militants du mouvement syndical, puis celle des pouvoirs publics. Si cela ne suffisait pas, on ferait confirmer cette intervention par les militants et par les pouvoirs publics. Si le résultat n’était toujours pas obtenu, une intervention commune serait effectuée, et ce n’est que si toutes ces tentatives de persuasion échouaient que le gouvernement emploierait d’autres mesures. C’est-à-dire qu’on enverrait des gendarmes […] » [18] Pour le gouvernement de Front populaire, la répression des occupations passe donc par plusieurs phases : d’abord user des syndicats comme force dissuasive et policière à l’intérieur des entreprises, ensuite faire intervenir l’État comme arbitre, puis, comme dernier moyen, utiliser les forces armées. Si le recours à la force syndicale est un palliatif censé éviter au gouvernement de recourir à la force armée, à partir du 11 juin et de l’appel de Thorez à la reprise du travail, le processus de répression est lancé : le gouvernement mobilise les forces armées. Des troupes de gardes mobiles sont concentrées par le gouvernement autour des centres ouvriers, dans la région parisienne, dans les centres agricoles et dans le nord de la France.

Le Front populaire baisse le masque.

Barthélémy Schwartz

Publié dans le numéro 2 de la revue Oiseau-tempête, automne 1997.

 

[1] Editions Babel/Actes Sud, 1997.

[2] Parti Communiste.

[3] Confédération Générale du Travail.

[4] Principales sources : Juin 36, de Danos et Gibelin (La Découverte, 1986) ; Juin 36, de Lefranc (Julliard, 1966) ; La France en mouvement, sous la direction de Jean Bouvier : recueil d’articles de divers auteurs, consacrés à juin 36, parus dans Le mouvement social, (Champ Vallon, 1986).

[5] « Rappelez-vous, les 4 et 5 juin 36, il y avait un million de grévistes. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d’heure en heure et de proche en proche dans la France entière. Des témoins oculaires vous l’ont dit. M. Sarraut l’a dit, M. Frossard l’a dit. La panique, la terreur étaient générales. Je n’étais pas sans rapport moi-même avec les représentants du grand patronat et je me souviens de ce qu’on me disait, ou me faisait dire par des amis communs : « Alors, quoi, c’est la révolution ? Qu’est-ce qu’on va nous prendre ? Qu’est-ce qu’on va nous laisser ? » » (Blum au procès de Riom, 1942 ; Pottecher, Le procès de la défaite, Fayard, 1989, p.129).

[6] Voir les témoignages rapportés par Lefranc (op. cit., pp. 204-205).

[7] « Les grèves du Front populaire aux usines Renault », Badie, La France en mouvement.

[8] Les passages en italique dans les citations sont soulignés par Barthélémy Schwartz.

[9] Section française de l’Internationale ouvrière, qui deviendra le Parti Socialiste en 1969 [note de Zanzara athée].

[10] Il faudra d’ailleurs attendre la fin du mouvement des occupations, fin juin, pour que le gouvernement publie un décret sur la dissolution des ligues d’extrême-droite.

[11] Raisonnables, pour qui ?

[12] Blum est contacté par le patronat trois jours après son arrivée au pouvoir, que la Bourse accueille avec satisfaction, « car on pense généralement que le nouveau gouvernement mettra fin rapidement au mouvement de grève » (Le Temps, 4 juin 36). Lors du procès de Riom, Blum déclarera : « A ce moment [lorsque éclatent les premières grèves de 1936], dans la bourgeoisie, et en particulier dans le monde patronal, on me considérait, on m’attendait, on m’espérait comme un sauveur. Les circonstances étaient si angoissantes, on était si près de quelque chose qui ressemblait à la guerre civile qu’on n’espérait plus que dans une sorte d’intervention providentielle : je veux dire l’arrivée au pouvoir d’un homme auquel on attribuait sur la classe ouvrière un pouvoir suffisant de dissuasion pour qu’il lui fît entendre raison et qu’il la décidât à ne pas user, à ne pas abuser de sa force. » (Guérin, p. 192).

[13] Richemont déplorera ainsi « le manque de résistance notoire d’une grande partie du patronat ».

[14] Blum au procès de Riom, Le procès de la défaite, (p. 143).

[15] Sarraut devant le Sénat, 7 juillet 1936.

[16] Communiqué du ministère de l’Intérieur, juillet 1936.

[17] Guérin sera, cependant, le seul des pivertistes à voter contre la participation au gouvernement Blum (p. 188).

[18] Tchakhotine, auteur du Viol des foules par la propagande politique (1939), est introduit dans la GR par Pivert.

 

En complément:

Néanmoins, l’aggravation de l’exploitation, provoquée par la crise et le développement de l’économie de guerre des années 1930, ne laisse pas la classe ouvrière sans réaction. En effet, au printemps 1936, une vague de grèves massives et spontanées explose en France. Pour la bourgeoisie, c’est un caillou au fond de sa botte qui gêne sa marche à la guerre. Il faut le pulvériser et c’est au Front Populaire que la classe dominante fera appel pour accomplir cette tâche.

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