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Dénoncer scandales et corruption, est-ce faire le lit du fascisme?

Lutte des classes ou ressentiment ? Il faut choisir !

La dénonciation des scandales relève davantage du ressentiment que de l’esprit de classe, et, chaque fois que cela se produit, le risque du fascisme n’est pas loin.

La publication récente d’un article relatant les affaires liées à un ancien ministre m’a un peu inquiété, d’autant plus que ce type de dénonciation est devenu habituel dans les milieux de gauche et d’extrême gauche. Peut-être cela vaut-il donc la peine d’examiner en détail les implications de cette attitude.
Présenter la relation entre l’Etat et les milieux d’affaires comme relevant de la « promiscuité » c’est considérer comme une anomalie un phénomène qui est précisément l’une des composantes structurelles du capitalisme. C’est présenter comme une exception ce qui est en réalité une règle, et donc croire implicitement qu’un autre capitalisme, qui ne serait pas pervers, pourrait exister et où l’État serait protégé contre l’influence des entreprises. Les articles de ce genre augmentent la confusion plutôt que de clarifier la situation.
Depuis les premières décennies du XIXe siècle, lorsque les critiques du capitalisme commencèrent à défendre le point de vue de la classe ouvrière, l’un des thèmes sur lequel ils insistèrent le plus était la connexion entre les milieux politiques et les milieux économiques – et même davantage : l’interconnexion entre les deux. Ensuite, et malgré tout ce qui les séparait, aussi bien les courants marxistes que les courants anarchistes, chacun à sa manière, insistèrent sur l’intimité de cette relation. A une époque où les grandes masses pauvres étaient privées du droit de vote et, a fortiori, de toute possibilité d’accéder à des postes politiques, même les défenseurs de l’Etat bourgeois devaient admettre que les gouvernants et les hommes d’affaires empruntaient des chemins très proches. Les partisans du système capitaliste prétendaient donc que le pouvoir politique maintenait une certaine impartialité face aux différents groupes d’intérêts, afin qu’un seul groupe n’en fût pas l’unique bénéficiaire ; la rotation des postes assurée par les partis politiques était censée garantir que les différents groupes d’intérêts se relayent au pouvoir afin que tout le monde profite de l’intervention économique permise par les gouvernements.
Plus tard, au XXe siècle, lorsque la technocratie et les grands gestionnaires se mirent à dominer les gouvernements et surtout les coulisses de la politique, commença à se répandre l’idée non pas que les gouvernements étaient à l’abri des pressions économiques, mais exactement la notion inverse : c’est-à-dire qu’ils seraient capables de résister aux pressions politiques. Si la bourgeoisie légitimait ses profits à travers des titres de propriété, les technocrates et, plus généralement, les gestionnaires légitiment leur pouvoir en invoquant le mythe de leur compétence technique. Depuis, les gouvernements veulent être traités dans la même optique gestionnaire qu’on utilise pour analyser l’économie. Selon ce principe, un bon gouvernement doit être géré comme une bonne entreprise, et le mot «politique» a progressivement acquis le sens péjoratif qu’il conserve encore aujourd’hui.
Un certain nombre de gens n’ont guère apprécié ce changement, notamment les petits patrons, les propriétaires de petites usines et d’ateliers, les propriétaires d’épiceries de quartier, les agriculteurs suffisamment aisés pour embaucher quelques salariés et produire pour le marché mais qui ne possèdent ni assez de terres ni la capacité suffisante pour appliquer à l’agriculture les méthodes les plus modernes et les plus productives.
Ce sont ces couches sociales qui ont commencé à dénoncer le favoritisme économique que pratiquaient les gouvernants, non pas parce qu’ils s’opposaient, par principe, aux relations entre la politique et l’économie, mais parce qu’ils voulaient bénéficier, eux, de cette relation. Pendant les années 1920 et 1930, en Europe, dans certains pays d’Asie et dans les deux Amériques, ce mécontentement des petits patrons fut l’une des principales composantes du fascisme. Il constitua pas le seul facteur, puisqu’il y en eut d’autres aussi importants, mais le fascisme ne s’imposa jamais sans avoir recours à cet élément. Voilà pourquoi, depuis lors, lorsque monte l’amertume des petits patrons, le fascisme n’est jamais très loin.
En termes sociologiques, les petits patrons n’attaquaient pas et n’attaquent toujours pas les gouvernements dans une perspective de lutte des classes, mais du point de vue de la mobilité des élites. Leur objectif est de maintenir la structure économique existante, dans la mesure où ils ont la possibilité de connaître une ascension sociale à l’intérieur de ce cadre et d’intégrer les rangs de l’élite dirigeante. Cependant, la situation s’est aggravée au cours des dernières décennies.
L’un des aspects les plus frappants du capitalisme contemporain est le fait que la concentration du capital, qui s’est accélérée sur le plan économique, où elle a atteint des niveaux sans précédent, se manifeste de façon opposée sur le plan juridique, ce qui a conduit à la fragmentation des anciennes grandes entreprises constituées à l’ère du fordisme. Nous vivons à une époque où la généralisation des relations de sous-traitance et d’externalisation a enchaîné aux grandes entreprises une myriade de petits patrons.
D’un côté, dans la mesure où ils dépendent entièrement du marché des produits et des services fourni par les grandes entreprises qui leur concèdent du travail, les petits employeurs doivent leur obéir et suivre leurs diktats. Mais d’un autre côté, l’aggravation de cette subordination stimule leurs rancœurs. C’est dans ces milieux sociaux que prolifèrent les accusations au sujet des avantages que les grands capitalistes et les gestionnaires occupant une position élevée obtiennent des gouvernements. Leur indignation ne provient pas du fait que le capitalisme existe, mais du fait qu’ils ne peuvent pas en profiter, du moins autant qu’ils le souhaiteraient.
Il ne faut pas négliger la capacité de mobilisation de ces petits patrons auprès de la classe ouvrière. Beaucoup d’entre eux sont unis par des liens familiaux à la fois aux anciens milieux ouvriers et aux nouveaux prolétaires issus de l’enseignement supérieur mais qui ne trouvent pas d’autres emplois que des jobs précaires. Certains de ces petits patrons sont d’anciens ouvriers qui ont réussi à réunir un petit pécule et à devenir de petits entrepreneurs, tout en conservant des liens familiaux et sociaux avec leur milieu d’origine.
A une époque où, face à la concentration transnationale du grand capital, les travailleurs sont fragmentés, leurs vieilles relations de solidarité ont été en partie dissoutes et leur sentiment d’appartenance de classe s’est atténué ou a disparu, il est plus facile qu’ils considèrent les petits patrons comme des leaders ou des modèles. Sur le plan idéologique et psychologique, il s’agit de remplacer l’esprit de classe par le ressentiment, c’est-à-dire de remplacer le désir d’abattre le capitalisme par l’aspiration à jouir d’une ascension sociale en son sein. Le fascisme, dans la face qu’il présente aux masses, joua exactement ce rôle.
C’est pourquoi le type de dénonciations exposées dans l’article sur les affaires de corruption illustre bien l’attitude des petits patrons qui se sentent systématiquement lésés par les grands capitalistes dans la distribution de la plus-value, autrement dit dans le partage des bénéfices.

Les rémunérations élevées, qu’ils s’agisse d’argent ou de prébendes, dont bénéficient les grands gestionnaires concernent uniquement la répartition de la plus-value entre les capitalistes, et non l’extorsion de la plus-value elle-même. Il s’agit de la répartition des fruits de l’exploitation, des bénéfices, pas du processus d’exploitation lui-même. Par conséquent, ce sujet ne devrait intéresser que les capitalistes, pas les anticapitalistes.
Je ne vois pas l’intérêt d’imaginer trois boucs émissaires au lieu de deux, ou quatre au lieu de trois. Se poser ce genre de problème, c’est croire que, derrière les accidents du capitalisme, nous devrions chercher des coupables individuels, parce que le problème relèverait d’une question de personnes et non du système économique.
Pour ce qui concerne les subventions accordées par les gouvernements aux banques, j’ai déjà expliqué ma position dans « Perspectives du capitalisme dans la crise économique actuelle ». Je me contenterai ici d’exprimer mon étonnement devant le fait que la gauche continue à prêcher une politique identique à celle appliquée par la droite conservatrice américaine à la suite de la crise de 1929. Cette politique conduisit à des faillites bancaires en chaîne et à la détérioration catastrophique de la situation économique jusqu’à ce que le New Deal et la deuxième guerre mondiale réussissent à renverser la situation. Une fois de plus, c’est le ressentiment qui prévaut ici, ou même la simple jalousie, l’idée que toutes ces subventions seraient plus utiles dans ma poche que dans les actifs des banques. A la différence que je n’assume pas le rôle joué par les institutions financières dans l’ensemble du système économique.
Je suis désolé de le dire, car je ne souhaite pas froisser les gens qui écrivent ce genre d’articles ni ceux qui aiment les lire, mais je me dois de rappeler que ce type de textes fut la spécialité de la presse d’extrême droite entre les deux guerres mondiales. Et même avant cela, à partir des dernières années du XIXe siècle, le journal de l’Action française, le parti monarchiste d’extrême droite qui joua un rôle dans la genèse de tout le fascisme français, considérait ces accusations comme sa prérogative, inaugurant ainsi un modèle que beaucoup ont suivi et même essayé de surpasser. En France, c’est en dénonçant la promiscuité entre les gouvernements et les milieux d’affaires que les fascistes se réorganisèrent après la Seconde Guerre mondiale. Le même thème sert aujourd’hui à l’extrême droite russe pour faire l’apologie du fascisme et de Staline.
À l’heure actuelle, cependant, il me semble que c’est en Grande-Bretagne que sévit le plus clairement le modèle d’une grande presse de masse qui soit à la fois d’extrême droite et se consacre à faire connaître les scandales qui éclatent parmi les riches. Cette presse de masse britannique est une composante essentielle de la vie politique de ce pays, plus importante sur le plan idéologique que ne le sont le gouvernement et les partis.
Ce type de presse de masse prolifère dans tous les pays : elle est politiquement située à droite ou à l’extrême droite et toujours prête à annoncer qu’un politicien a été surpris la main dans le coffre-fort d’une banque ou qu’un patron s’est fait prendre la main dans le tiroir d’un ministre.
Il suffit d’observer les kiosques à journaux et de voir qui sont les plus lus. En lien étroit avec cette presse à scandales qui promeut le ressentiment, on trouve des magazines qui jouxtent inévitablement les sucreries à côté des caisses des supermarchés. Ces publication servent à montrer au peuple des exemples positifs, que les gens sont tous censés vouloir imiter, les stars, les hommes d’affaires qui se sont mariés pour la énième fois avec une femme encore plus siliconée que la précédente, les individus chics et célèbres, les habitants des îles artificielles, etc. Si certaines publications sont les porte-parole du ressentiment, d’autres sont les porte-parole de l’envie. Ensemble, ils forment un duo indispensable pour contenir les rancœurs sociales dans les limites de l’ordre. Dans la mesure où l’insatisfaction ne conduit pas au renversement des institutions, mais à la volonté de s’y accrocher pour parvenir à leur tête, tout se passe comme prévu. Là où les choses commencent à se gâter, c’est lorsque les jeunes mettent le feu aux voitures au lieu d’acheter des magazines sur les voitures de luxe.
Qu’un billet comme celui évoqué plus haut suscite ma réflexion et soit diffusé dans les milieux de gauche et d’extrême gauche révèle le niveau pitoyable qu’a atteint aujourd’hui ce qui fut autrefois l’anticapitalisme.
Au Portugal, la situation est encore plus grave, pour des raisons propres à l’histoire de ce pays. Au cours de la période de l’antifascisme, le Parti communiste portugais défendit une politique favorable à « l’unité des Portugais honnêtes contre la poignée de monopolistes au service des capitaux étrangers », et continue aujourd’hui à défendre le même programme, puisqu’il n’a jamais renoncé à son ambition historique de mettre la classe ouvrière à la disposition des secteurs capitalistes – qu’il s’agisse des propriétaires d’entreprises ou de la classe des gestionnaires – qui occupent une place marginale dans la répartition des bénéfices.
Il est naturel que dans cet environnement prolifère la confusion entre esprit de classe et ressentiment. Mais chaque fois que le ressentiment prolifère parmi les travailleurs, le risque du fascisme n’est pas loin.

 

João Bernardo, mars 2009

 

 

1. Le titre original exact en portugais est «Entre lutte des classes et ressentiment» (NdT).

2.  Un article du site Passa Palavra sur les agissements de Miguel Cadilhe lors de la crise du Banco Português de Negocios (BPN)

 

3. L’auteur, dès le chapeau de son billet d’humeur, dénonce en effet, « la promiscuité entre les postes politiques et l’administration des banques ». Miguel Cadilhe fut ministre des Finances avant de devenir l’un des administrateurs du Banco Português de Negocios (BPN). Il bénéficia d’un salaire annuel d’un million d’euros, en plus d’une rente à vie exempte d’impôts et de deux voitures qu’il exigea de recevoir dès son arrivée à la tête du BPN. Lorsqu’il fut ministre des Finances il augmenta les limites de l’assiette fiscale sujette à exonération – ce qui lui fut très profitable en raison de l’importance de son patrimoine et de ses revenus personnels. Tels sont les principaux faits dénoncés dans le petit article qui suscita la réaction de João Bernardo. Toute ressemblance avec des personnes et des situations existantes ou ayant existé (par exemple les affaires Cahuzac, Fillon, etc., et l’utilisation politique qui en est faite par les citoyennistes de gauche et d’extrême gauche en France) est évidemment fortuite… (NdT).

4. Rappelons que, pour João Bernardo, la classe des gestionnaires est l’une des deux classes dominantes du capitalisme, l’autre étant la bourgeoisie traditionnelle (NdT).

5. « Perspectivas do capitalismo na actual crise económica »  (2009).

Texte traduit par Y.C. pour mondialisme.org.

Tu suis Charlie? Je suis Charlot

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Le terrorisme est une fiction destinée à faire imploser la perception du réel

Il ne dit rien d’autre, par la gratuité du déchaînement de sa violence, que s’il frappe là, c’est qu’il peut frapper partout.

Le terrorisme peut être politique, c’est-à-dire frapper une classe sociale identifiée, dans le cas présent il est comme le plus souvent, fanatique, essentialiste.

Celui-ci dit, par la voie d‘éléments fanatisés et fascisés: « J’ai tué Charlie« , c’est-à-dire qu’il s’est donné pour objet de provoquer le meurtre calculé non seulement d’une idée, d’une institution mais aussi de l’ensemble des êtres humains la composant dont l’exécution sommaire est motivée par le sacrifice, sacrifice consistant à faire un don à Dieu, en l’occurrence celui d’un groupe identifié.

Le terrorisme ne sème pas seulement la peur, il choisit ses meilleurs ennemis.

Il ne se contente pas de les détruire, le terrorisme réduit au nombre de deux les choix de se positionner face à lui.

Si les Etats impérialistes financent ou instrumentalisent les extrémistes religieux, c’est parce qu’ils sont un excellent rempart à la libération des opprimé-e-s. En effet, les obscurantistes sont très utiles pour semer la confusion et le chaos, temps troublés profitant toujours aux puissances prédatrices et à des petits chefs locaux.

Les Etats impérialistes ne se contentent pas de produire du terrorisme, ils l’instrumentalisent.

Pour les Etats, le terrorisme est un excellent moyen de se constituer ses meilleurs ennemis.

Le terrorisme permet à l’Etat, en tant qu’instrument de domination, de perpétuer et de justifier son oppression en éradiquant de fait toute autre forme d’opposition.

Le terrorisme dit: « C’est eux ou moi ».
L’Etat dit: « C’est eux ou moi ».

Il n’y a plus de place pour toute autre vision du réel.

Le terrorisme offre aux Etats la fiction d’une offre de protection face à la peur.

Pour donner corps à cette seconde fiction, l’Etat, la classe possédante et ses organes, ont besoin de l’installer dans le réel.

L’Etat met donc en place dans le réel des militaires en armes.

L’Etat a besoin d’une perception massive du terrorisme, il installe donc en masse des troupes dans les lieux publics.

Il n’installe pas des troupes pour « protéger les gens » mais pour signifier combien l’Etat dans lequel ils ont le bonheur de vivre est puissant, réactif, sérieux, qu’il ne badine pas avec la « sécurité » et pour démontrer que l’heure est grave, que cela doit concerner tout le monde.

L’Etat fait la démonstration de sa force en emmenant au plus près de la population un armement identique à celui qu’utilisent les terroristes.

Dans un cas, l’arme sert au meurtre, dans l’autre à l’illusion de sécurité.

L’Etat dit qu’il peut enlever la vie à tout terroriste mais il dit en même temps qu’il peut le faire à toute personne qui s’opposerait à la protection de l’Etat face au terrorisme.

Le terrorisme dit qu’il peut frapper partout, c’est faux, il ne frappe pas partout.

L’Etat dit qu’il peut nous protéger partout, c’est faux, la preuve, regardez ce qu’ont fait les terroristes.

Deux fictions s’opposent désormais et nous avons toujours pour seul choix apparent de choisir entre chacune des deux.

Soit la fiction du chaos, soit la fiction de la démocratie bourgeoise.

Soit la fiction du chaos, soit la fiction de « l’Union nationale« .

Soit dans le camp des Ténèbres, soit dans le camp de la liberté.

Soit dans le camp de l’intolérance, soit dans le camp de la « liberté d’expression ».

Soit dans le camp des ennemis de l’intérieur, soit dans le camp des « patriotes », des « héros », des « martyrs », des « sacrifiés », du « front républicain ». 

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Penser, ce n’est pas reproduire et cloner à l’identique. Communier n’oblige pas à liquéfier sa pensée. Le message viral – authentique nez rouge de l’exposition assumée à la niaiserie collective, n’invite pas à penser, il pense déjà pour nous. Le message n’élève pas l’individu, il le noie dans l’uniformité de sa propre diffusion. A qui s’adresse ce message à usage unique? A nos ravisseurs? A nos bourreaux? A l’Humanité? A Dieu? A Pachamama? Quelle est sa finalité? Défier les terroristes? S’identifier à un journal que personne n’achetait plus et qui était en grande difficulté financière? Le « courage » prêté par certains n’était-il pas finalement le naufrage de toute une génération de professionnels de l’impertinence qui s’était totalement perdue en chemin? Une génération qui avait oublié d’où elle venait, qui s’entêtait, sous la bienveillance de l’Etat et par la grâce de ses multiples entrées dans la presse patronale, à labourer encore et encore jusqu’à épuisement un petit « créneau porteur » et subversif des années 70 et totalement intégré au marché depuis?

 

Soit dans le camp du blasphème, soit dans le camp de la juste impertinence. 

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« J’aime les belles fringues, la bonne bouffe, les cigares, les voyages. J’aime le caviar, le cachemire, les montres Cartier. J’ai une Jaguar, j’achète des bijoux. J’adore les filles impeccables. Cela coûte de l’argent. Rien à voir avec les idées » Georges Wolinski

 

Soit dans le camp de l’intégrisme, soit dans le camp d’une petite amicale de ventripotents ayant pour beaucoup fait la tournée des popotes.

Soit dans le camp de ceux qui pensent que les roms ont vocation à s’installer partout où il leur plaira sur cette planète, soit dans le camp de ceux qui pensent que les roms n’ont pas vocation à s’installer où ils le désirent et qui se questionnent de savoir s’ils doivent dimanche prochain embarquer dans leur brinquebalant assemblage, l’exacte descendante politique directe d’un ancien tortionnaire de la guerre d’Algérie et petite fille idéologique de Pétain

Soit dans le camp de ceux qui pensent que Charlie Hebdo fait le jeu de l’extrême droite:

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Il ne s’agit pas d’un montage.

 

Soit dans le camp de ceux qui estiment que Charlie Hebdo ne fait pas le jeu de l’extrême droite.

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Il s’agit d’un montage.

 

Soit dans le camp de ceux qui estiment que la « liberté d’expression » n’existe pour aucun-e dominé-e, nulle part sur la planète, que si elle peut être gravée dans le marbre ou la loi, c’est pour mieux entériner celle des possédants, que nul galérien ne possède les moyens financiers pour lutter à armes égales face à ne serait-ce que l’un des plus petits journaux évoluant au sein de la classe dominante, que non seulement la classe exploitée n’a pas accès à ces médias, non seulement elle les subit mais en plus, sous un trait de gomme des mêmes, son existence-même disparaît de la peinture du réel, que la « liberté d’expression » est la brèche idéologique dans laquelle tente de s’engouffrer l’extrême droite en se victimisant, soit dans le camp de ceux qui estiment que la liberté des uns doit être voulue et défendue quels qu’en soient la forme ou le prix par celles et ceux qui en font les frais au quotidien.

En temps de crise systémique, les seconds sont mûrs pour un Etat d’exception ou pour le fascisme.

 

Les Enragé-e-s

 

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L’attentat de Charlie Hebdo est symptomatique du climat délétère que des millions de personnes vivent actuellement, il n’est qu’un reflet de la déshumanisation des rapports sociaux et des actes terroristes qui apparaissent à certains comme une seule alternative à l’heure où les luttes sociales ne se manifestent plus.

Plus précisément, l’acte en lui même n’est qu’une réaction – ainsi que, dialectiquement, un produit – aux nombreuses interventions militaires des grandes puissances économiques dans des territoires sous développés. Si le terrorisme – la notion de « terrorisme » étant à géométrie variable, la politique interventionniste des Etats-Unis correspond bien plus aux critères servant à définir le terrorisme que les groupes qui sont désignés comme tels – en tant que mouvement existant, c’est avant tout le fruit des financements successifs de ces puissances qui, dans l’optique de conserver une stabilité politique dans des régions où elles tentent de gagner des parts de marchés et de piller des ressources – contribuent à permettre à des groupes armés de grossir politiquement quitte à tuer pour défendre leurs dogmes religieux. Elle est ainsi – dans l’absolu – le fruit de cette politique impérialiste visant à se partager les régions du monde entier afin d’accroître les richesses de chaque puissance quitte à laisser les populations résidant dans ces régions, crever de faim ou crever sous les bombes (ce qui, manifestement, ne suscite pas la même indignation que l’attentat dont ont été victime les journalistes de Charlie Hebdo, si on en juge les événements récents), armant des groupes qui, trop occupés à s’entre-tuer entre eux, permet d’assurer une stabilité politique pour les trusts ainsi implantés. Misère et violence ont toujours été deux bonnes amies, il n’est nullement étonnant que dans une telle période où les ravages causés par l’impérialisme n’ont jamais été aussi forts, les groupes terroristes grossissent et usent de cette dernière.
Les véritables responsables, ce sont les politiques qui sont à l’origine de cette misère et de la violence qui y est corrélée, les terroristes ne sont que des acteurs – ce qui ne légitime en rien leur acte, accordons-nous là-dessus – d’un processus économique qui les domine et les utilise à l’instar de pions. Il est ainsi grotesque d’entendre des Hollande et des Sarkozy crier à l’unité nationale alors que c’est LEUR politique qui est indirectement à l’origine de cet attentat. (…)

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Je condamne évidement la tuerie mais appelle à la vigilance ; ne vous laissez pas emporter par la vague islamophobe que cela ne va pas manquer de provoquer, sponsorisée par le FN la droite, l’État et les médias. Ce qu’il s’est passé aujourd’hui va être instrumentalisé par les politiciens de tous bords afin de faire taire les personnes qui continueront a combattre le racisme et l’islamophobie.
Je condamne ce crime, mais je ne participerai à aucune manifestation, si je suis opposé au fanatisme religieux d’où qu’il vienne, je ne laisserai pas les politicards me faire rentrer dans leur jeu car eux je le sais, ne s’en serviront pas pour dénoncer l’intégrisme religieux mais pour faire l’amalgame entre musulman et terroriste et propager la peur et la haine de l’autre .
Même si vos intentions sont de combattre l’intégrisme, réfléchissez à qui va profiter ce drame au final et qui va récupérer ces manifs.
Ce sont nos ennemis qui vont s’en servir pour montrer avec les images de manifs que le Français moyen a peur du musulman, en utilisant l’appel au conformisme les gens vont être encore plus influencés… L’appel au conformisme c’est le coup classique, on fait des sondages et ce sont les sondages eux même qui influencent les gens…
Si le contexte actuel n’était pas ce qu’il est, si les gens étaient plus réfléchis, si le musulman n’était pas devenu le nouveau bouc émissaire de la société à la place du juif j’y serais allé sans aucune hésitation. Les gens font la différence entre catho et catho intégriste, pour ce qui est de différencier musulman et musulman intégriste c’est plus compliqué…
Pour l’heure hors de question de soutenir une « unité nationale » avec ceux qui jouent avec le racisme,les haines qui se serviront de cette affaire pour mettre en place de nouvelles lois contre les libertés .
Et non le « vivre-ensemble » n’est pas « attaqué ». Ce « modèle » est un mythe destiné à couvrir le racisme structurel à l’œuvre en France . Par ailleurs les musulmans n’ont pas à s’excuser pour les actes de quelques tarés. (…)

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Mais dans cette affaire, le plus déplorable reste cependant les moralistes qui ont pu accomplir ce qu’ils considèrent comme un « devoir moral » consistant à diffuser des images toutes plus niaises que les autres exprimant un sentimentalisme primaire où on ne comprend rien à rien et où la raison laisse place aux bons sentiments… Hypocrite, cela l’est assurément. A-t-on entendu les mêmes pleurant à chaudes larmes sur les journalistes assassinés, dénoncé les victimes de l’invasion militaire française en Libye, au Mali, en Centrafrique ? Les a-t-on entendus remettre en question le système ignoble qui n’est autre que notre mode de production se caractérisant par la mort intellectuelle de millions d’hommes et de femmes, la mort symbolique que ces derniers vivent suivie parfois par la mort physique – sous ses diverses formes ? (…)

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Facile de s’indigner ou de produire un avis lorsque celui- ci n’engage à rien parce qu’il s’agit d’un événement auquel on n’est absolument pas relié directement par sa position sociale
Cracher sur les classes populaires et les immigrés des anciennes colonies françaises en se servant du prétexte culturel et religieux (qui est le nouvel habit du racisme colonial contemporain à la place du vieux discours biologiste désuet) c’était déjà de la violence et de la lâcheté, en faire un business pour un journal c’était encore plus sale.
Les médias déshumanisent une partie de la population, celle-là même qui se mange déjà toute la violence sociale du racisme post- colonial, du mépris de classe, du contrôle social (scolaire ou policier), en plus de l’exploitation économique … et ils ont évidemment rendu invisible cette violence diffuse qui est la leur parce qu’ils en ont les moyens.
Parce que faire partie d’un journal ce n’est pas juste « faire des dessins » mais posséder des moyens de production symbolique.
Et la violence symbolique est bel et bien une des multiples formes de violence sociale, et la capacité de son exercice est une forme de pouvoir.
Maintenant au motif qu’à cette violence diffuse fait écho une violence, bête, aveugle et concentrée, on devrait se rallier derrière la classe dominante et ses sbires (comme ce mauvais journal), mais l’arnaque est un peu trop grosse, et ceux qui refusent d’adhérer à cette mascarade l’ont instinctivement bien compris.
« Se faire tirer dessus » ou, l’inverse, « tirer dans le tas » ne fait de personne mon camarade, la mode de la polémique et de l’indignation sur Internet passera sur cet événement comme sur tous les effets de mode, et au final on se retrouvera toujours seuls, dans nos collectifs, nos syndicats et nos luttes, encore et toujours le même noyau dur de pauvres idiots à se lever à cinq heures du mat’ pour aller distribuer des tracts sur un quelconque piquet de grève ou dans une quelconque manif’, à charbonner dans des permanences, à se manger la répression policières et les galères.
Et on entendra encore une fois les indignés mondains de la veille, ceux là même qui nous faisaient la morale sur notre absence de compassion pour la dernière tragédie médiatique, nous balancer un « non merci, on est pressés », un « ça sert à rien ce que vous faites » ou même un « on en a rien à foutre de votre mouvement », quand par chance ils nous adressent la parole.
« L’humanité » dont certains veulent se prévaloir on l’attend sur le terrain et dans la façon dont vous vous organiserez avec nous, dans les rapports sociaux qu’on mettra en place dans les moments fatidiques, ceux où l’on est pas derrière son clavier à produire de l’émotion abstraite, au moment où elle devra engager à quelque chose de concret, et d’abord à des risques.
Y a ceux qui font des minutes de silence et y a ceux qui passent leur vie à lutter.
Ceux qui pleurent sur ce journal de réac’, ceux qui s’indignent au rythme de TF1 sans jamais se mouiller et ceux qui nous font la morale : niquez vos races !

Source: différents textes de l’instant trouvés sur la toile.

 

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Des milliers de personnes, affectées par cet attentat –ce qui est compréhensible -, ont fait circuler des messages disant « Je suis Charlie » comme si ce message était le dernier cri de la défense de la liberté. Eh bien, je ne suis pas Charlie. Je ne m’identifie pas à la représentation dégradante et « caricaturale » qu’il fait du monde islamique, en pleine « Guerre contre le Terrorisme », avec toute la charge raciste et colonialiste que celle-ci comporte. Je ne peux pas voir d’un bon œil cette agression symbolique constante qui va de pair avec une agression physique et réelle, au moyen de bombardements et d’occupations militaires, dans les pays appartenant à cet horizon culturel. Je ne peux pas non plus voir d’un bon œil ces caricatures et ces textes offensants, quand les Arabes font partie des secteurs les plus marginalisés, appauvris et exploités de la société française, qui ont historiquement subi un traitement brutal : je n’oublie pas que c’est à Paris, au début des années 60, que la police a massacré à coup de matraques 200 Algériens qui demandaient la fin de l’occupation française de leur pays, déjà responsable selon les estimations d’un million de morts d’Arabes « barbares ». Il ne s’agit pas de caricatures innocentes, œuvres de libre penseurs, mais de messages, produits par les médias de masse (car, bien qu’ayant une posture alternative, Charlie Hebdo appartient bien aux médias de masse), chargés de stéréotypes et de haine, renforçant un discours qui considère les Arabes comme des barbares à contenir, déraciner, contrôler, réprimer, opprimer et exterminer. Des messages dont le but implicite est de justifier les invasions des pays du Moyen-Orient ainsi que les multiples interventions et bombardements orchestrés par l’Occident, dans la défense du nouveau partage impérial. L’acteur espagnol Willy Toledo disait, dans une déclaration polémique – qui ne faisait qu’énoncer une évidence – que « l’Occident tue tous les jours. Sans bruit ». Et c’est cela que Charlie et son un humour noir cachent sous forme de satire.
Source:  » je ne suis pas Charlie  »

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La « liberté d’expression » doit être détruite

(…)La dessus, la liberté d’expression ne diffère pas des autres libertés bourgeoises inscrites dans le marbre des constitutions des pays démocratiques. Les libertés sont exactement comme les produits dans les rayons du supermarché, la question n’est pas la pénurie, mais la possibilité d’acheter la marchandise disponible.

Personne ne remettra cette idée en cause pour certaines libertés, ainsi personne à gauche n’ira dire que chacun dispose à parts égales de la liberté d’entreprendre ou d’être propriétaire. Bien au contraire, tout anticapitaliste, même modéré, part du principe que ces libertés fonctionnent sur le principe d’un exploiteur et d’un exploité, d’une partie qui fait ce qu’elle veut et de l’autre qui subit forcément et se fait déposséder.

De fait, l’ensemble du mouvement révolutionnaire, et même une grande partie du réformisme socialiste originel s’est construit sur un objectif : priver la bourgeoisie de ces deux libertés, celles de s’approprier la marchandise et le travail des autres.
Et pour tous les révolutionnaires, il ne s’agissait pas de se réapproprier ces libertés, de les transmettre d’une classe à une autre, mais d’abolir le salariat et la propriété .
Le rêve révolutionnaire repose sur la destruction sociale de ces deux libertés bourgeoises, c’est celui d’un monde ou personne ne pourra plus entreprendre d’exploiter les autres.

Dans le cadre de la lutte des classes, la liberté d’expression du prolétariat est elle aussi muselée, tout naturellement. La destruction des moyens de communication de l’ennemi de classe est donc une nécessité immédiate pour les prolétaires. Virer des espaces de décision collective du mouvement, ceux qui ne partagent pas la volonté de lutter aussi. Ne pas laisser la parole à tout le monde, c’est même la base du combat. Quand cette base n’existe pas ou est remise en cause, très vite le mouvement s’effondre: ainsi dans ces AG d’université ou on laisse s’exprimer ceux qui sont contre la grève ou le blocage, ou l’on revient en arrière en débattant sur l’existence même du mouvement. Ainsi en est-il aussi lorsque le syndicalisme passe de la négociation, ou chacun expose l’état du rapport de forces et les revendications qui vont avec, à la concertation ou les représentants des patrons et des ouvriers sont censés s’exprimer, s’écouter et s’entendre….sur le dos du prolétariat.

« Le prolétaire s’exprime mal », c’est un lieu commun entendu toute notre scolarité. Et pour cause, cela ne fait pas partie des savoirs que l’on veut bien nous transmettre, et individuellement, l’exploitation ne nous permettra pas de les développer plus tard.
La liberté d’expression est donc une liberté virtuelle au niveau individuel: seule la lutte, la construction d’outils collectifs, le partage des savoirs permettent aux pauvres de pouvoir dire et communiquer efficacement entre eux.
Mais dans le cadre capitaliste, ils ont toujours un train de retard et ne sont jamais à égalité car il ne s’agit pas seulement de dire, mais d’être entendu. Tout le monde peut faire son blog, tout le monde peut envoyer des communiqués de presse, tout le monde peut donner son avis, mais tout le monde ne sera pas repris, pas référencé, et pas entendu de la même manière.
Comme pour toutes les autres libertés, l’accès aux moyens de production, le côté de la barrière de classe où l’on est détermine tout. C’est la raison pour laquelle l’extrême droite et les mouvements fascistes règnent quasiment sans partages sur le net, en termes d’audience et de nombre de sites, en termes de participation au débat « libre et ouvert » sur les forums des grands médias.
C’est la raison pour laquelle aucune loi ne peut contrer cette domination: loi Gayssot ou pas, il n’y a rien de plus facile, malheureusement qu’accéder aux discours révisionnistes ou négationnistes, il est même difficile d’y échapper. Des centaines de commentaires sont postés chaque jour sur les plateformes vidéos, sur les forums généralistes avec des liens vers les sites néo nazis, ou plus subtilement vers des sites apparemment neutres mais qui renvoient à leur tour vers la propagande raciste et antisémite.
Il arrive que des sites soient fermés: ils mettent généralement quarante-huit heures à rouvrir ailleurs, parfois un tout petit peu plus.

Dans ce contexte, on peut comprendre que l’extrême droite fasse du foin autour de la loi Gayssot et déclare la liberté d’expression « menacée ». Le propre du fascisme est de se présenter comme une rébellion anti capitaliste, comme l’ennemi du système et d’utiliser les quelques freins étatiques à son développement pour entretenir cette image.
De la même manière, lorsqu’un Ministre d’Etat va un peu trop loin et trop ouvertement dans l’enrichissement personnel, lorsqu’un chef d’entreprise abuse un peu sur le nombre de valises de billets qu’il balade à droite à gauche, lorsque des conflits de pouvoir au sein même de la bourgeoisie donnent lieu au sacrifice de quelques lampistes, les lampistes en question hurleront au populisme, à la remise en cause de la « liberté » de l’industrie, voire au retour des rouges qui criminalisent le brave producteur et crient haro sur l’argent.

Aucun anticapitaliste n’ira les prendre au sérieux, évidemment.

Pourtant, lorsqu’il arrive qu’un néo nazi, un fasciste ou un révisionniste soit condamné pour ses propos et la diffusion de sa propagande, lorsqu’il arrive que l’un d’eux se retrouve en prison, toute une partie de l’extrême gauche, et une partie des libertaires se sentent brusquement investis d’une mission : défendre la liberté d’expression, au prétexte que cette épisodique répression des propos de leurs ennemis fascistes serait une atteinte aux fondements éthiques du combat révolutionnaire, et menacerait leur propre liberté d’expression.

A chaque fois, les mêmes arguments ressortent : l’attaque étatique contre des négationnistes ou des fascistes serait le prélude et le prétexte à un muselage du camp adverse, et des Noam Chomsky, des Jean Bricmont, seraient d’une lucidité salvatrice lorsqu’ils les défendent. Depuis dix ans, l’on nous annonce que la loi Gayssot sera suivie de bien d’autres.
Mais c’est bien là un point de vue externe à la lutte, un point de vue qui émane d’une classe qui a elle même le privilège de la liberté d’expression.
-Les délits d’outrage, les délits d’incitation à l’émeute, les délits de manifestation non autorisée existent depuis que la république est née et répriment invariablement les mêmes, les prolétaires en révolte qui n’ont jamais eu le droit de dire ce qu’ils voulaient.
-La diffamation et l’injure sont des infractions qui ont toujours permis de faire taire ceux qui s’attaquaient aux intérêts de la bourgeoisie et n’avaient pas les moyens financiers de faire face à de longues et couteuses procédures juridiques, pas les moyens de se payer des avocats spécialisés.
-Le devoir de réserve dans la fonction publique a toujours été utilisé pour imposer le silence aux agents de l’Etat sur le véritable fonctionnement des administrations ou ils travaillent.

Depuis la fin de la guerre d’Algérie, les lois d’amnistie votées à cette occasion ont un effet particulier sur la liberté d’expression. Si l’on dénonce les crimes commis par un membre de l’Etat français à cette époque, et que l’on est attaqué en diffamation, on ne pourra pas se défendre en apportant la preuve des crimes allégués car ceux-ci sont couverts par la loi d’amnistie.
Ce dernier exemple montre bien que des lois existent dans ce pays contre la liberté d’expression des victimes du racisme et du colonialisme. Elles n’ont jamais donné lieu à une levée de bouclier comparable à celle contre la loi Gayssot, qui après tout ne s’attaque qu’à la liberté d’expression des bourreaux et de leurs soutiens, et de manière bien peu efficace.

La question qui se pose aujourd’hui à tout prolétaire en lutte menacé par la montée du fascisme est donc simple : comment faire taire les bourgeois et les fascistes, comment détruire ou neutraliser les moyens de propagande de l’ennemi ?

La « liberté d’expression » doit être détruite, au même titre que toutes les libertés bourgeoises, il ne s’agit pas de les reprendre pour nous, c’est impossible.

Le monde que nous voulons sera celui de la liberté d’apprendre, de la liberté d’accès à la vérité scientifique, celui de la liberté de réflexion, qu’entrave nécessairement la liberté d’exprimer des mensonges, de manipuler le prolétariat en laissant libre cours aux manipulations des charlatans de l’irrationnel.
Reconnaître à nos ennemis le droit de s’exprimer, c’est leur reconnaitre le droit de gagner la bataille : car les mots sont des armes mortelles.

Source luftmenschen.over

 

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L’oppression d’Etat s’exerce aussi par sa capacité à sur-réagir en construisant une fiction à la fois de protection et de propagation incendiaire de la peur qu’elle prétend éteindre.

En effet, la classe possédante est d’autant mieux en capacité de démultiplier la perception de l’attaque symbolique qui la frappe que c’est la même qui est en capacité de se livrer au quotidien à une réécriture du réel favorable à ses intérêts et ce sur l’ensemble des canaux et relais dont elle dispose.

Dans cette retranscription du réel, produit d’une combinaison croisée d’intérêts privés, la violence et la réponse violente à la violence se monétisent proportionnellement à la barbarie de l’acte terroriste.

Sur le marché de l’information, l’information terroriste prend d’autant plus de valeur que le marché se rend compte qu’elle a de la valeur. Et cette montée de valeur, dont la condition ici est l’effroi absolu, effet attendu et voulu par le terrorisme, ne supporte pas la concurrence.

Il y a tellement peu de place pour l’information sur un marché de l’information que le terrorisme permet de faire de toutes les informations une seule information.

Le terrorisme n’aime pas la concurrence, l’Etat, la classe possédante et ses organes non plus.

Le jeu antagoniste des médias, qui ne sont que les yeux, la voix et la pensée de la classe dominante dans son ensemble, produit un effet hypnotique qui participe à son rite totalitaire.

La logique capitaliste des classes possédantes ne s’exprime pas seulement ici dans la recherche opportuniste de gain rapide – si elles possèdent les médias, ce n’est pas tant pour leur relative faible rentabilité mais pour le pouvoir qu’ils procurent – mais aussi et surtout par ses vues opportunistes immédiates, à savoir le renforcement de leur influence et de leur position sociale.

En effet, si les classes possédantes font subir au quotidien l’oppression et l’exploitation, elle s’astreignent toutefois méthodiquement à ne jamais offrir à l’ensemble des galériens quelque clé de compréhension tangible de la réalité de leur condition.

L’effroi consécutif à l’action terroriste est une aubaine pour la bourgeoisie car il produit une pensée non seulement dépolitisée mais aussi totalement incohérente.

Il permet de participer à libérer une masse colossale de souffrance non verbalisée, non expliquée, sur sa propre existence, en captivant sur un événement semblant sortir de nulle part et qui pourtant est la conséquence directe de l’impérialisme de la même classe qui nous opprime ici.

Le terrorisme piétine par sa barbarie un monde lissé et idéalisé, duquel la classe possédante a soigneusement ôté sa propre violence: Voilà là le meilleur moyen pour elle d’affirmer sa toute puissance en allant chercher le consentement de la classe qu’elle domine.

L’enclenchement du processus récent d’ultra-professionnalisation de la lutte antiterroriste correspond pour les Etats à la volonté de pouvoir marchandiser et maîtriser, y compris sous forme étatique, la gestion des retours de flamme des dégâts produits là-bas par l’économie capitaliste et l’expansion impérialiste.

La rationalisation et l’augmentation de la productivité du contrôle social et de sa division du travail correspond aux besoins des capitalistes à ce stade de développement de l’économie et de la crise systémique du capitalisme.

Ce sont des corps qui sont emmenés à être glorifiés dans l’économie capitaliste, ce qui permet de faire aduler et de craindre un corps de l’Etat en capacité, avec l’armée, de déployer un déchaînement de violence ponctuel et ciblé en réponse à quiconque qui remettrait en question la « paix », paix qui n’est autre que celle des classes possédantes.

La bourgeoisie exerce une violence terrible qu’elle occulte totalement et sur-réagit à celle, très ponctuelle, qui la frappe.

A partir du moment où elle est capable de provoquer et de canaliser l’incrédulité collective et l’incapacité individuelle de sa propre exploitation et de détourner l’explication du réel, tout événement fracassant l’univers idéalisé entretenu par la société de marché peut libérer chez certains une quantité phénoménale de colère inexpliquée car non raccordée à quelque étude ou compréhension matérielle du monde.

Dans ce contexte d’hystérie collective, l’Etat, en exerçant à la fois sa qualité de juge et de bourreau, valide une application de la peine de mort dans les faits sans qu’elle le soit dans la loi et sans qu’il puisse recevoir quelque critique de quiconque dans la sphère des canaux culturels et médiatiques aux mains de la bourgeoisie.

L’Etat reçoit les hommages de ses gueux pour avoir foudroyé le malin sur la place publique, sans attendre.

L’Etat avait promis qu’il protégerait Charlie pour au final ne pas le protéger vraiment.

En revanche, l’Etat, lui, sait très bien se protéger quand il le faut.

Le terrorisme permet aux Etats de tenir un discours éducatif et favorable à leurs intérêts, pour les Etats, le terrorisme est une bénédiction.

La peine de mort a été abolie uniquement pour ceux qui se rendent immédiatement sans broncher, elle est encore appliquée sous forme de sacrifices collectifs rituels et hystériques, dont la barbarie censée répondre à une autre n’est là que pour réaffirmer la toute puissance de la classe possédante et imposer une obéissance sans condition.

Les Enragé-e-s