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Mais arrêtez avec vos « projets inutiles »!

Quelqu’un pourrait-il enfin nous expliquer ce que signifie se battre « contre les projets inutiles »?

Les délires écolos-mystiques de Reporterre, un catholicisme repeint en vert à cheval entre la deuxième gauche et la droite radicale.

Car au sein du capitalisme, rien n’est « inutile », rien n’est « utile », tout investissement, toute activité humaine, toute la production est entièrement régie par la logique du profit.

«Lutter contre les projets inutiles », c’est diffuser l’idée qu’il y aurait des projets « utiles ». Qu’il y aurait d’un côté une activité économique raisonnable et raisonnée, indéboulonnable, indépassable et de l’autre, une économie de la démesure, du gaspillage, une économie qui serait sortie des rails de la Raison.

Mais enfin! Posséder cette vision totalement illusionnée du capitalisme, ce n’est pas raisonnable!

Comment en effet se contenter, intellectuellement parlant, d’une vision totalement tronquée du capitalisme, système barbare au sein duquel la moindre chose, le moindre service, le moindre concept, presque, sont monétisés au but de créer de la valeur?

Tout, absolument tout est « inutile » au sein d’un système capitaliste, à commencer par le fait de devoir bosser 40 heures par semaine pour engraisser des petites amicales de crevards bien nés ainsi que leurs larbins patentés!

Arrêtez avec ces « projets inutiles »! Arrêtez de faire l’autruche, arrêtez de faire des fixettes sur ce que vous considérez comme inutile alors que c’est la beauté de nos existences-mêmes qui est inutile au sein du capitalisme!

Quand on va se planquer à la cambrousse, on ne quitte pas le système capitaliste, on se planque! On ne l’abat pas, on le rend supportable pour soi.

Les « projets inutiles », ils tiennent tous dans l’exercice comptable de la plus petite des entreprises!

Le capitalisme, c’est Vinci mais aussi les pizzas bio de Leonardo!

Dans la lutte anticapitaliste, les « inutiles », ce sont ceux qui distinguent artificiellement utilité et inutilité !

Sauver un arbre, c’est utile?

L’immense part des forêts ne sont pas des forêts primaires, c’est-à-dire que la plupart des forêts actuelles ont été plantées de la main de l’Humain.

La gestion de la forêt obéit aux besoins de l’économie capitaliste, elle y est totalement intégrée.

En France, chaque seconde, 2,5 nouveaux arbres sont plantés, soit 80 millions de nouveaux arbres par an. C’est ce qui explique que la forêt française augmente régulièrement de taille avec 35 000 hectares par an. Et d’ailleurs, la forêt française n’est pas en danger, mais voit sa superficie stabilisée depuis 2006 et commencer à régresser vers 2013-14. Elle n’a jamais été aussi vaste depuis le Moyen-âge.

Actuellement, par le jeu des concessions privées, des forêts entières sont détruites sans que jamais aucune seule ZAD ne puisse se monter. Faut-il le regretter? Faudrait-il aller en ouvrir partout où la défense de la Nature le nécessiterait? Faut-il aller sauver les arbres? Ou bien uniquement les zones humides? Uniquement les petits mammifères? Uniquement les zones aux petits papillons gentils?

Uniquement les zones bloquant de grandes réalisations?

Pourquoi ne plus construire de grandes réalisations si l’objectif n’est pas de sortir du capitalisme? L’objectif est de sortir du capitalisme ou de  » bloquer » le stade actuel de l’évolution du capitalisme?

L’objectif est-il réellement de le bloquer ou bien l’objectif est-il de donner l’illusion de le figer? Le figer sur une période du capitalisme acceptable? Celle où l’on ne procédait plus à de nouvelles grandes réalisations?

L’objectif serait donc de faire coller le toujours moins de l’économie envers les salariéEs avec le toujours moins de grands travaux « inutiles »? Pour en finir avec « la gabegie des finances publiques »? Pour faire des « économies »? Pour arrêter « d’engraisser les gros »? Les gros quoi? Cela remonte à combien d’années en arrière cette époque-là? Ce temps béni où l’Etat était raisonnable et où il consultait abondamment ses administrés avant de se jeter dans la bétonneuse?

L’objectif est libératoire par l’action directe? Très bien!

Mais à ce moment-là, comment éviter un second Larzac? Comment dévier de cette pente naturelle qui ne peut que nous conduire vers un naufrage politique de type Bové, ATTAC et plus globalement, l’anticapitalisme mystique et l’écologie réactionnaire à partir du moment où la lutte tourne en rond en se retranchant derrière le mythe?

Si victoire il devait y avoir, est-ce que ce ne serait pas une défaite? En ce sens où tout le capital symbolique de NDDL pourrait s’évanouir par décision politique? L’objectif était donc de faire plier l’Etat dans une forme de citoyennisme radical?

Non, dans l’entame d’une lutte, l’objectif est déjà atteint à partir du moment où l’on se met en lutte.

Mais en lutte pour quoi? Pourquoi uniquement les grands travaux?

Parce qu’elle permet de tenir en échec l’Etat et les intérêts privés qui sont derrière.

Dans ce cas il ne faut pas  » sauver la nature « , il faut nous sauver nous-mêmes, ce n’est qu’à ce prix que l’on pourra continuer à se dépatouiller du grand chaos d’une nature qui sous bien des aspects, n’a plus grand chose de naturel.

Sauver la Nature ou sauver le capitalisme, il faudra un jour choisir.

 

Les Enragé-e-s

 

 

Pour aller plus loin:

« À rejeter l’impérialisme, ou les institutions internationales, ou le capital financier, ou les grands projets inutiles… on ne rejette jamais le capitalisme en tant que tel et on ne construit pas son camp sur des bases de classe. On se trouve dès lors potentiellement allié à certains de nos pires ennemis, comme en témoignent les nombreuses passerelles vers l’extrême droite, construites et entretenues par toutes sortes de militants confusionnistes qu’on ne citera pas ici. »

Misère politique du campisme

Reporterre, site qui se veut une référence en matière d’écologie, est représentatif d’une tendance hélas grandissante du mouvement écologiste qui, par manque sans doute de culture politique, tend à ouvrir ses portes à quiconque se dit – même vaguement – ami de la nature, sinon décroissant. « Reporterre veut être le forum de tous ceux qui imaginent le nouveau monde, un monde où l’on arrêtera de détruire l’environnement et qui retrouvera l’idéal de la justice », clame la courte présentation du site. Au nom du « débat », de la « démocratie » et de la « liberté d’expression », la porte est donc ouverte à tous les vents : sociaux-démocrates de droite, de gauche, du centre, consuméristes, complotistes, mystiques en tous genres, groupuscules d’extrême droite.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme

La moitié des voyages en avion sont réalisés par 2 % de la population.
En 2008, les 10 % des habitants les plus riches ont fait en moyenne 1,3 voyage aérien, alors que jusqu’aux 50 % les plus pauvres, le nombre moyen de vols est proche de zéro.

La moitié des voyages en avion sont réalisés par 2 % de la population

L’écologie est à la mode, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par la droite et le centre. Pourquoi les multinationales et les Etats se sont-ils tous convertis à l’écologie ? D’où vient cette propagande planétaire qui prétend transcender tous les clivages idéologiques et politiques ? Des « nouveaux mouvements sociaux » ou des multinationales ? Des gestionnaires du capitalisme ou des partisans de « l’éco-socialisme » ? Quels sont les principaux auteurs qui, à tort ou à raison, sont considérés comme les précurseurs de l’écologie ? Pourquoi les écologistes s’intéressent-ils davantage aux plantes et aux animaux, qu’aux hommes et aux femmes qui travaillent et sont exploités par le Capital ? Davantage à « la planète », à la « biodiversité » et au « climat » qu’aux prolétaires et à leurs conditions de travail ? Quelle a été la place de l’écologie dans l’Italie mussolinienne, le Portugal salazariste et l’Allemagne hitlérienne ?

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Testet « Je crois que ce jour-là, on a tous compris que c’était bien plus qu’une histoire de barrage »

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Toutes les photos et commentaires associés sont issus du journal de bord de Camille

Les Enragé-e-s: Salut Camille, alors, tu reviens de la ZAD du Testet?

Camille: Salut les enragé-e-s, oui, j’y étais en octobre. (et avant aussi, mais me rappelle plus les dates)

On peut commencer par le début si tu veux? Comment as-tu entendu parler pour la première fois du Testet?

J’en ai entendu parler fin août, j’avais un ami sur place qui m’a demandé de venir, les zadistes n’étaient que quelques dizaines à ce moment-là, ils avaient besoin de gens pour occuper. Je travaillais donc j’ai attendu mi-septembre pour y aller pour la première fois.

 

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Dimanche 14 septembre « 21h00, la nuit tombe. Nous sommes observés de loin. N’étant pas équipés de jumelles à vision nocturne comme nos « amis » d’en face, un feu est allumé. Je n’ai pas pu prendre de photo durant l’heure qui a suivi. Mais je peux vous raconter ce que j’ai vu. Tout d’abord, une poignée de gendarmes mobiles s’est approchée, agressifs, en position de combat. Ils observent un moment, ne répondant pas lorsqu’un militant s’adresse à eux. Puis ils commencent à reculer. J’étais à quelques mètres d’eux seulement lorsque celui qui semblait être leur chef a hurlé « ILS VONT CAILLASSER ! », surprise, je m’écarte et me retourne, personne n’a la moindre arme (ou projectile) en main. Ils chargent. Je me retrouve séparée du reste du groupe. »

Les Enragé-e-s: Dans quel état d’esprit y es tu allée la première fois? Tu savais à peu près à quoi t’attendre, même si tu as déjà l’expérience des lieux autogérés?

J’y suis allé un peu angoissée, je ne savais pas trop à quoi m’attendre en fait. Je ne savais rien du mode de fonctionnement d’une ZAD, ni des groupes d’affinité. Je ne savais pas quand ni comment les GM [NDLR les Gendarmes Mobiles] se comportaient avec les zadistes . J’avais vu quelques vidéos, mais devant un écran on a du mal à se rendre compte de la violence…

Les Enragé-e-s: Une fois sur place, comment tes peurs ont pu se dissiper? As-tu immédiatement rencontré ce sentiment de solidarité dans la lutte qu’il n’est possible de trouver quasiment dans aucune autre circonstance?

Elles ne se sont pas dissipées, pas tout de suite. Je suis arrivée un samedi et la veille un groupe de 60 pro-barrage avaient attaqué le camp, on a passé la nuit à monter la garde.
Mais dès le lendemain je me suis sentie beaucoup plus rassurée, j’ai très vite discuté avec tout le monde. C’est des gens très accueillants. Très solidaires. Chacun est prêt à aider les autres. Mes voisins de tente m’ont réveillée pour m’offrir un café. Ça m’a étonnée, cette gentillesse gratuite. C’est vrai qu’on en perd l’habitude dans notre société.

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Lundi 15 septembre. « Face aux protestations des militants, le ton aillant dû monter, des lacrymos sont jetées contre nous. Les GM en profitent pour charger. Je suis à la lisière de la forêt (ou plutôt ce qu’il en reste), 3 GM me montrent du doigt et s’avancent dans ma direction. Comme mes camarades, je recule. »

 

Les Enragé-e-s: Plusieurs zadistes nous ont écrit pour nous dire, bien qu’ayant été entouré-e-s de gendarmes de toutes parts, qu’ils n’avaient jamais connu un tel sentiment de liberté. Est-ce que cet état d’esprit partagé a pu profondément modifier certaines de tes certitudes?

C’est exactement ça, la ZAD est un peu comme une zone de non-droit, un endroit au dessus des lois, de l’État, du système.
Moi ça m’a redonné espoir. Je ne me suis jamais autant sentie à ma place qu’au Testet. C’est un petit peu comme s’ils m’avaient redonné foi en l’humanité.

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Les Enragé-e-s: Sans chef, c’est le bordel ou tout simplement le pied?

C’est le pied. Carrément. C’est un beau bordel organisé. Je ne dis pas que c’est un système parfait, mais c’est le plus harmonieux pour moi. On apprend tous les jours quelque chose, on partage, on échange. J’espère que ce mode de vie s’étendra.

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Lundi 15 septembre. « Les copains tentent de garder leur positions devant Mirador. Depuis mon observatoire, je vois un copain recevoir un tir de flashball en plein thorax. C’est l’incompréhension. D’autres sont violemment poussés (ou jetés au sol) pour les éloigner de Mirador. »

 

Les Enragé-e-s: Dans quel état d’esprit étaient les zadistes la semaine qui a précédé la nuit du 25 au 26? [NDLR la nuit où Rémi a été assassiné] Tu constatais que la tension allait crescendo? Que les provocations policières allaient en augmentant?

La semaine avant était relativement calme, du moins pas plus violente que d’habitude. On s’occupait surtout de l’organisation du festival. Les travaux continuaient à coté, mais des vigiles étaient présents 24/24 sur la zone (ce n’était pas le cas avant). C’était un peu plus tendu que d’habitude oui. Ils avaient un énorme projecteur qui nous éclairait parfois au milieu de la nuit, mais avec un laser on leur répondait, c’était presque un jeu.

 

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Lundi 15 septembre. « 10h15, plus personne en bas de Mirador, les copains sont repoussés jusqu’à Gazad (où ils resteront en otage jusqu’au soir), on aperçoit au loin la fumée des fumigènes et des lacrymos vers la Métairie. »

 

Les Enragé-e-s: Comment la nouvelle de la découverte d’un corps s’est-elle répandue sur le camp? Tu as été au courant à quelle heure le dimanche?

Je me suis doutée que quelque chose de grave était arrivé vers 7h du matin, quand les copains de mon camp m’ont réveillée. Vers 9h, quand la confirmation est arrivée, tout le monde a su. Une assemblée s’est vite organisée pour en parler.
Je dormais au moment du meurtre, j’avais passé la journée à faire la médic au front.

Quel était l’état d’esprit général au moment de l’AG?

La plupart des gens étaient choqués, on n’y croyait pas. Ça a été très difficile de décider du comportement à adopter, certains regards cherchaient du réconfort, d’autres une explication.

As-tu senti de la résignation à ce moment-là?

Non, on se sentait abattu, mais on était loin de l’être. Personne ne l’a dit, mais je crois que ce jour-là, on a tous compris que c’était bien plus qu’une histoire de barrage…

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Les Enragé-e-s: Vous avez compris qu’il y a derrière cette lutte des enjeux bien plus majeurs?

Moi, petite apprenti-militante, j’ai compris ce jour-là oui. On ne se battait pas seulement pour sauver une zone humide, mais pour sauver les gens de cet Etat assassin ! Je savais qu’une telle lutte arriverait, mais pas si tôt. La mort de Rémi a précipité les choses.

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Les Enragé-e-s: Au niveau de tes réflexions politiques personnelles, penses-tu que le fait de t’impliquer de près dans ces évènements, de faire l’expérience par le réel de la lutte solidaire, d’être baignée dans une forme de bouillonnement d’idées, a pu produire chez toi une forme d’accélération de l’évolution de celles-ci? As-tu pu voir ta pensée s’aiguiser?

Clairement, mes réflexions sont devenues des idées. Je me suis un peu radicalisée aussi. Être sur la zone, vivre l’oppression, ça m’a enragée. Et avec la rage, mes positions politiques se sont enracinées. Puis j’y ai rencontré des gens qui avaient les même idées que moi, ce qui n’était pratiquement jamais arrivé auparavant. En arrivant à la ZAD, j’avais déjà des idées très arrêtées. Mais j’en étais encore au stade de la réflexion. L’autogestion, la vie en communauté, c’étaient des expériences que j’avais envie de tester (Testet ? haha), et mettre en application ce qui pour moi relevait de l’utopie, ça fait du bien, ça consolide les idées. J’ai vu que ce mode de vie que le système combat est certainement le plus sain. Politiquement parlant, là-bas, c’est l’Anarchie. J’ai remarqué que pour le sens commun ça sonne comme une insulte. C’est tout le contraire. Une anarchie qui fonctionne sera toujours 100 fois mieux que la plus rodée des « démocraties » actuelles. Bon, tout le monde n’est pas anarchiste sur le camp, bien sûr. Mais peu importe les idées, encartés ou pas, on se tolère et on tombe même souvent d’accord. L’expérience de la ZAD renforce les idées, les approfondit et rassemble les gens malgré leurs différences.

Les Enragé-e-s: En conclusion, tu aurais un message à faire passer aux abonné-e-s de la page des Enragés?

Camille: Pour les enragé-e-s qui peuvent se déplacer : allez sur les ZAD, il s’en monte un peu aux quatre coins de la France, juste y faire un tour au moins. Allez découvrir par vous-même. C’est une expérience intéressante et qui remet les idées en place. Et pour ceux qui peuvent se déplacer jusqu’au Testet, du 24 au 30, c’est « Sème ta ZAD »! On va remettre la zone en état, replanter, et construire des cabanes qui tiennent la route aux copains qui vont passer l’hiver sur place. J’y serai et si vous venez, j’vous fais un bisou.