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Comment comptez-vous interdire le mépris de classe à la télé?

C’est en tout cas la question que l’on pourrait retourner à ces gens de télé qui se marrent tout le temps et sur commande.

Une question qui pourrait être opposée en réponse à celle posée par Vanessa Burggraf, chroniqueuse dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché  », qui demandait à Philippe Poutou comment il entendrait interdire les licenciements.

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A la télé,  en règle générale, ceux qui posent les questions, surtout quand il s’agit d’un ouvrier en face, se contrefoutent des réponses. Cette fois, ce mépris de classe incrusté dans les têtes s’est déridé dans une cacophonie singulière dépassant très largement les limites du dégueulasse revendiqué.

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Un grand mépris, un immonde mépris pour ceux de la classe d’en bas, pour les ouvriers, les employés, les précaires, les chômeurs, les allocataires, les intérimaires, les stagiaires, les saisonniers, les auto-exploités, les sans papiers!

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Ce n’est un secret pour personne, le NPA est un parti en pleine déconfiture, comptant désormais moins de 2000 adhérents, un parti courant depuis des années devant les idéologies identitaires et réactionnaires, un certain nombre de sympathisants et militants ayant fait le choix de s’abstenir d’aller aux journées d’été après avoir découvert le programme : Ruffin, Usul et Plenel, ce qui en dit long sur l’état d’un parti au sein duquel nombreux sont ceux qui sont circonspects, notamment parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans les prises de position identitaires et pro-religieuses de certains intellos organiques qui ont pignon sur web.

Philippe Poutou, quant à lui,  semblait avoir pris ses distances de la pente stalinienne et réactionnaire parisienne insufflée par son aile droitière et porte seul la candidature non pas des ouvriers, comme les journalistes larbins aiment à le répéter pour brouiller son discours, mais une candidature, parmi d’autres, pour la classe ouvrière, bien plus vaste et qui comprend ouvriers, employés, intérimaires, saisonniers, précaires, chômeurs, etc,… 

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 Et il fut bien courageux et bien flegmatique, Philippe Poutou, face à cette amicale de cyniques ricaneurs, quelle patience!

Des ricanements et des rires francs, voilà comment là-haut, dans les télés, dans les cercles privilégiés, on considère le chômage de masse, la souffrance au travail ou de l’incarcération à domicile! Une honte!

Un monde où argent est synonyme de liberté alors qu’il est en réalité, celui de l’esclavage, à commencer par celui des femmes, dont cette journaliste semble d’ailleurs se moquer éperdument.

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Courageux, oui, Philippe, face à ce Muppet’s Show du cynisme décomplexé.

Notre misère et nos vies foutues en l’air par un système économique carnassier les font rire, mais rire!

Plusieurs minutes témoignage de la fin d’un monde, le leur.

 

Rira bien qui rira le dernier.

 

Les Enragé-e-s

 

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En bonus et pour fêter les onze millions de vues ainsi que le million de visiteurs uniques sur notre site lesenrages.antifa-net.fr, un extrait de notre prochain grand dossier à venir, ne le ratez pas, on compte vraiment sur vous pour le faire tourner comme pour les autres.

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Entre un Macron, dont la loi scélérate et antisociale en traîne péniblement le nom à la manière d’un boulet politique, performeur hors-pair dynamisant des publics idoines appâtés par la promesse d’un selfie de télé, petit bonapartiste à l’abordage des faïences élyséennes et accessoirement troll-de-candidat dentifrice, Nouvelle Star du patronat et d’une certaine gauche de quartier historique avec terrasse-solarium, un Hamon, sémillant social chrétien recyclant péniblement à l’heure où l’on écrit ces lignes, de vieilles recettes pascales nuitdeboutistes, fidèle lieutenant et porte-parapluie deloriste d’Aubry avec sa » flexibisation » – comme ils disent – du travail pour le compte du patronat à l’occasion du passage aux 35 heures, un Mélenchon, philosophe de Sénat passablement pantouflard, au revival miraculeusement ressuscité sur le Pompéi du stalinisme et par la mitterrandomania de ses moines copistes neurasthéniques, dont le passage au secrétariat d’Etat à l’enseignement professionnel fut salué par le patronat et qui dépensa beaucoup d’énergie à l’occasion du mouvement pour les retraites de l’automne 2010 à réclamer en vain, quitte à en saper la dynamique, au parrain Sarkozy et à son majordome Fillon, la tenue d’un référendum et en face – ou plutôt juste à côté de Macron – un Fillon, ou ce qu’il en reste, une ombre au pochoir dégoulinant le mur d’une probité hallucinée, semblant débouler directement du XVIe siècle avec de vraies toiles d’araignées incrustées dans la tête, entouré de sa petite troupe cagneuse de gargouilles et de lamproies brunâtres avançant le siècle en courant à reculons et semblant en passe, à mesure que l’ironie du sort se retourne, d’exploser littéralement le plafond d’une émission à succès éponyme de Jean-Pierre Foucault et enfin, ultime joker militarisé du patronat au but de laminer totalement tout le monde, un obscène ricanement narquois prêt à se jeter sur ses proies, la punition Le Pen, de sinistre mémoire, une femme en guerre contre les femmes, agenouillée pieusement près de la caisse, au parti fasciste croulant sous les affaires, PME familiale de la haine en éternel redressement judiciaire, aux louvoiements masquant péniblement sa violence profondément anti-ouvrière, anti-pauvres, raciste et patronale, qui mettrait à terre, il faut qu’ils le sachent, 95% des votants qui feraient la folie de se mortifier pour elle, il ne faut pas sortir d’une grande école, bien au contraire, pour affirmer que c’est l’ensemble des classes possédantes et dominantes qui sont en guerre contre nous.

 

 Les prochains dossiers à venir sont immanquables, tenez-vous au courant si vous voulez être sûrs de ne rien rater! 

Déjà plus de 10.000 partages et près de 100.000 lectures pour notre dossier sur Pierre Rabhi et son mouvement sectaro-religieux.

Déjà près de 7000 partages pour notre dossier sur Sea Shepherd et Paul Watson

A lire et à relire, notre dossier Nuit Debout, sorti le 23 avril 2016, déjà plus de 100.000 lectures, très utile pour exercer une analyse critique des programmes, ou en tout cas des deux se réclamant de la social démocratie, puisque l’on retrouve certaines recettes nuitdeboutistes dans leurs programmes respectifs et non des moindres…

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Revenons, si vous le voulez, quelques instants sur ces nuits debout. Onze mois ont coulé depuis et il est à notre sens important d’y revenir rapidement, ce dossier contenant une masse importante d’informations pour tenter de comprendre la période.

Que chacun puisse l’entendre au plus large, nous n’étions pas du tout dans la configuration de la création d’un OVNI politique comme le très décevant Podemos. Il y avait certes des sociaux démocrates à ces réunions nocturnes, oui. Peu nombreux. Le public sur place, filtré par de blanches pommes et colombes d’amour, était très majoritairement composé de seuls hauts diplômés, principalement de cycles du supérieur.

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Trois jours après la publication de notre grand dossier, le site mondialisme.org le qualifiait de « super utile ».

Il n’était pas possible d’intégrer le fondement religieux flottant sur place si l’on en restait à l’habillage républicaniste qui servait principalement de garant à la propriété et à la justification de l’inégalité par le Mérite.

L’aspect passablement illuminé des rendez-vous est amplement traité dans le dossier, tout comme l’utilisation des réseaux marchands – à éviter absolument – ainsi que l’irradiation fasciste sur place et sur les réseaux, tout ceci est largement évoqué.

Mais il manque peut-être une dimension qui n’est pas suffisamment soulignée, c’est une sorte d’indifférence totale à la classe ouvrière, tranchant plus à droite encore, la ligne de domestication de Ruffin.

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Un moment incroyable. C’était fou, totalement fou le monde qu’il y avait sur cette place en mouvement, debout, la nuit et tout. C’était fou. Tous ces colibris, ces requins, ces scouts, de par Dieu, Demain et l’abbé Pierrot, le tirage au sort, magique, le vote blanc, les commissions partagées comme des ministères, de l’hélium et de la musique chamanique, bleu blanc rouge, incroyable, incroyable comment peut naître un fascisme, par un doux rêve commun s’élevant au dessus des immondices, naturellement, en se prenant tous par la main, avec des bougies et des prières, des bisous et de la craie sur le sol. Des maraudes et des marelles. Acab + 7 Fou dîtes-vous?

Cette petite amicale était partie dans les étoiles et l’on a bien été obligé de l’en faire descendre. Sous des dehors inoffensifs, béats et totalement idiots, le  » mouvement  » sur place aurait pu déboucher sur un parti fascisant et non gauchisant comme Podemos.
Nous avons vu assez rapidement qu’il ne pourrait en sortir que du mauvais voire du très mauvais, même si l’état d’urgence nous demandait une certaine prudence dans l’analyse des différentes issues.

Ce  » mouvement  » sur place était dangereux oui, fascisant sur certains aspects, oui. Ce n’était pas immédiatement visible mais disons qu’il portait le germe d’un fascisme en constitution.

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Micro-rassemblement dimanche dernier contre la très réactionnaire et très moraliste thématique de la « corruption », bien heureusement peu suivi, initialement lancé sur les réseaux sociaux marchands par un réactionnaire, l’événement a été principalement relayé, au-delà du militant professionnel proche d’EELV, Julien Bayou, de Nuit Debout (pages facebook fantômes ressuscitées pour l’occasion) par toute la fachosphère puisque c’est la chaîne d’extrême droite Agence LDC News qui couvrira l’événement, avidement relayé par les pages d’extrême droite du fasciste Etienne Chouard (gentils virus, etc) mais également sur les pages d’extrême droite d’Alexandre Lecouillard (Les Indignés), chez les conspis et fachos des « moutons enragés », la page confusionniste « Mouvement Anarchiste Marginal » mais également par Benjamin Ball, largement évoqué dans notre dossier.

Ni dieu, ni maître, ni César, ni Ruffin!

François Ruffin n’a toujours pas compris le capitalisme. Plus haut, Philippe Poutou explique qu’il va devoir se battre, avec ses copains de l’usine, pour garder leurs emplois. Poutou est exploité par une boite française? Non, en aucun cas, il s’agit de Ford. Si on écoutait la logique de Ruffin, il faudrait que Philippe et ses collègues ne défendent pas leurs emplois, pour les laisser aux seuls compatriotes du pays originaire de Ford, quelle impérieuse idiotie! Ouvriers de tous pays, tous ont les mêmes intérêts! Le nationalisme de Ruffin, caché derrière son protectionnisme, joue directement dans le camp du patronat français! Et surtout pas dans le nôtre, les galériens de tous pays!

C’est donc un scout endimanché et pataud qui se plante sur scène avec le charisme élastique de bottes de jardin. La tête pleine de jacqueries en constitution, le manant dépose les armes et laisse éclater une sainte colère, garçon de messe apoplectique en pleine rébellion transcendantale, portant et transportant un auditoire de millionnaires vers les rivages brunâtres d’un poujadisme franc et sincère. Focaliser sur 600 valets serviles en assemblée pour épargner des millions de parasites aux comptes à six chiffres, la ficelle est un peu grosse…

Le bon sens terrien est arrivé près de chez vous et se gratte l’intérieur d’un crâne qui résonne en salle, militantisme Dior, Ruffin adore.

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Sur les bords, au milieu, à bloc de résine et doré à l’or fin, notre Tintin petit rapporteur du protectionnisme patauge dans la boue, debout, le saint homme et au garde à vous, grand téméraire, dégobille contre ces députés qui nous en coûtent, à nous les millionnaires. Ruffin et sa petite bande en déroute jubile. La Ruffinance. Cette pauvre France soit disant ruinée, nos quelques millions de millionnaires en rigolent encore. En direct à la téloche. Et c’est nous con paye. De notre vie.

 

Encore deux grands moments de fêlés.

 

 

Les Enragé-e-s

Le travailleur a fini par croire que c’est le patron qui lui permet de manger

Comme tous les êtres vivants, l’homme s’adapte et s’habitue aux conditions dans lesquelles il vit, et il transmet, par hérédité, les habitudes qu’il a acquises. Ayant vécu enchaîné depuis sa naissance et étant l’héritier d’une longue série d’esclaves, l’homme a cru, quand il a commencé à penser, que l’esclavage était la caractéristique même de la vie, et la liberté lui est apparue comme étant chose impossible. De la même façon, contraint depuis des siècle et donc habitué à attendre du patron le travail, c’est-à-dire le pain, et à voir sa propre vie perpétuellement à la merci de celui qui possède la terre et le capital, le travailleur a fini par croire que c’est le patron qui lui permet de manger et il demande naïvement comment il pourrait vivre si les maîtres n’existaient pas.

 

Errico Malatesta

 

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L’Internationale d’Eugène Pottier -1871-

903759_189231644576749_1581408354_oCouplet 1 :
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain : (2 fois sur deux airs différents)
C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.

Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

Refrain

Couplet 3 :
L’État comprime et la loi triche,
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Refrain

Couplet 4 :
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail,
Ont-ils jamais fait autre chose,
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande,
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

Refrain

Couplet 5 :
Les Rois nous saoûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Refrain

Couplet 6 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

Refrain

 

En complément:

1871 – Ce jour où l’on scia la colonne Vendôme

Croire au village, c’est donner une limite à sa vie

Croire au village, c’est donner une limite à sa vie ; c’est lui croire un sens, et elle n’en a pas. C’est un peu sot de s’imaginer que nous avons une raison d’être là plutôt qu’ailleurs. Continuer nos pères, pour quoi faire ? Ils ne savaient pas. La feuille a une attache qui lui suffit. Le cerveau est nomade. Pas de petite patrie. Une fuite résignée. Être n’importe où, ne jamais consentir à se fixer comme si un point dans l’univers nous était réservé. N’ayons pas d’orgueil ! Au premier éclair de lucidité nous verrions que nous sommes dupes, et nous serions pleins de pitié pour nous mêmes.
Livrons-nous à l’universelle loi d’éparpillement.
Ne pas être un homme qui regarde son village avec une loupe.
Rappelons-nous que ce monde n’a aucun sens.

 

Jules Renard

 

 

 

Le message subliminal nationaliste des Enfoirés

En 1985-1986, les Restos du Cœur ont distribué 8,5 millions de repas.
En 1987-1988, les Restos du Cœur ont distribué 22 000 000 repas.
En 1991-1992, les Restos du Cœur ont distribué 29 000 000 repas.
En 1994-1995, les Restos du Cœur ont distribué 50 000 000 repas.
En 1996-1997, les Restos du Cœur ont distribué 61 000 000 repas.
En 2005-2006, les Restos du Cœur ont distribué 70 000 000 repas.
En 2006-2007, les Restos du Cœur ont distribué 81 700 000 repas.
En 2007-2008, les Restos du Cœur ont distribué 91 000 000 repas.
En 2008-2009, les Restos du Cœur ont distribué 100 000 000 repas.
En 2009-2010, les Restos du Cœur ont distribué 103 000 000 repas.
En 2010-2011, les Restos du Cœur ont distribué 107 000 000 repas.
En 2011-2012, les Restos du Cœur ont distribué 115 000 000 repas.
En 2012-2013, les Restos du Cœur ont distribué 130 000 000 repas.

Comme quoi, les capitalistes ont raison, plus on abaisse les cotisations patronales, plus les gens vont au restaurant…

 

Tout a été dit ou presque sur ce clip apoplectique qui fera date dans l’Histoire de la propagande patronale.

Charité ou solidarité?

Avec la charité, la main qui donne est toujours plus haute que celle qui reçoit.

La charité n’émancipe pas, elle enchaîne.

Elle est aussi la porte ouverte à tous les prosélytismes.

 

Les jeunes :
Des portes closes et des nuages sombres
C’est notre héritage, notre horizon
Le futur et le passé nous encombrent
Avez-vous compris la question ?
Les vieux :
Vous avez tout, l’amour et la lumière
On s’est battus, on n’a rien volé
Nous n’avons que nos dégoûts, nos colères[…]Toute la vie, c’est une chance inouïe
Toute la vie, c’est des mots, ça veut rien dire
Toute la vie, tu sais le temps n’a pas de prix
[…]
Toute la vie, c’est à ton tour et vas-y
Les jeunes :
Vous aviez tout, paix, liberté, plein emploi
Nous c’est chômage, violence, sida
Les vieux :
Tout ce qu’on a il a fallu le gagner [Amel Bent et Zaz, le poing levé, ndlr]
A vous de jouer mais faudrait vous bouger
Les jeunes :
Vous avez raté, dépensé, pollué
Les vieux :
Je rêve ou tu es en train de fumer ?
Les jeunes devraient “se bouger”

Le clip interclassiste des Enfoirés du Caritatif censé être un bulldozer de propagande catho sociale poisseuse se retourne par le dépit, le dégoût ou les barres de rire qu’il provoque, en authentique propagande libertaire, une petite merveille, comme dirait le chiraquien Patrick Sébastien « C’est génial! »

Dans cette fable d’une mièvrerie jeuniste à toute épreuve, il y a collectivisation forcée de la question et individualisation de la réponse, toute l’incohérence crasse de cette classe pas classe du tout. C’est une classe qui plane et qui prétend tendre la main à une classe sur laquelle elle dégueule au quotidien.

Le clip est à la fois d’une violence rare et proche du burlesque.

Il est annonciateur de la fin d’un monde, le leur.

A mesure que l’on va s’enfoncer dans la crise systémique, les louvoiements grotesques des larbins étoilés des classes possédantes vont délivrer une vérité qu’il ne sera plus possible de masquer.

C’est en cela qu’elle est éclatante et c’est en cela qu’il faut saluer ces enfoirés-là.

L’Enfoiré est un zombie, il est ce funambule qui libère des colombes de la paix en se bouchant le nez au dessus des immondices qu’il engendre.

Ils évoluent comme englués dans leur médiocrité et entretiennent, paradoxalement, eu égard à ce qu’ils laissent entrevoir de leur âme, un sentiment de supériorité qui les rend immédiatement détestables.
Cette classe infatuée d’elle-même s’expose pour ce qu’elle est, un aboutissement historique dans la négation du tragique et la réduction de l’autre au clone de soi.
Elle est l’incarnation de la fin de l’histoire, c’est-à-dire de son effacement au profit de l’actualité la plus immédiate avec ce que cela comporte de sordide, d’amnésie et de malhonnêteté intellectuelle. Le tout présenté sous les auspices de l’innocence et de l’irresponsabilité. La dissolution du social dans une célébration d’un individualisme empreint de conformisme et de faux-semblant est, pourrait-on dire, le signe le plus flagrant de sa victoire, une victoire sans partage. Laquelle accomplit la domination idéologique d’un néant bavard et futile tourné uniquement vers lui-même.

Allumez n’importe quelle télé, vous verrez un petit bourgeois.

Mais au sein de cette pièce rare, se cache un message encore plus dégueulasse, qui sonne comme un casus belli de classe, un message à l’ignominie propagandiste chirurgicale dont il semble vain, au regard de la grande minutie du montage, d’en trouver le côté fortuit

Lisez plutôt.

« Vous avez sali les idéologies« .

Ce à quoi les « vieux » leur répondent:

« Mais vous avez », « Mais vous avez », « Mais vous avez »

On s’attend ici à rencontrer le refrain « Toute la vie », qui n’arrive pas immédiatement.

Non, regardez bien à 2 minutes et 1 seconde, regardez le mot qui apparaît de façon subliminale juste après « vous avez ».

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Des papiers…

La « jeunesse » n’aurait donc pas à s’en faire car elle a des papiers français, ce qui relève, rajouté à tout le reste, d’une propagande patronale absolument innommable!

Les Enfoirés ne se contentent pas de planer, ils font du shit!

 

Les Enragé-e-s

 

 

Quelques réflexions en complément:

Comment une boite de prod professionnelle maîtrisant à la perfection le récit de son image, et ce au dixième de seconde près, a-t-elle pu laisser sortir ainsi le montage final?

Deux hypothèses:

Soit nous nageons là au milieu de l’amateurisme et de l’inconscience les plus parfaits, soit il s’agit d’une propagande nationaliste refourguée en douce.

Passer pour des amateurs absolus ou pour des maccarthystes, le choix ne va pas être simple.

L’emploi du mot « subliminal » est volontaire car même s’il est admis qu’une image subliminale n’est normalement pas perceptible sur une vitesse normale de défilement, l’effet flouté ajouté n’aurait pas permis au cerveau « d’imprimer » l’image à son issu. C’est en ce sens-là que l’on peut parler de « message subliminal », en considérant, sur la base de l’une des deux hypothèses émises plus haut, qu’il puisse s’agir précisément d’un procédé permettant de contourner le cadre juridique de son interdiction.
Un montage vidéo n’est rien de plus qu’une succession de choix d’associations. De formats, de flux, vidéos ou sonores mais quoiqu’il en soit, absolument rien n’est le fruit du hasard dans un montage.

Quand le récit en vient à se distordre par des associations malheureuses, la formation du monteurE permet précisément d’en corriger les erreurs afin d’en maîtriser parfaitement la réception.
L’architecture du clip en elle-même est construite sur un dialogue croisé et en canon entremêlant très finement questionnements et réponses de personnages dont l’éventail de la représentation s’articule sur un rapport filial et paternaliste.

Cette séquence a dû être visionnée des dizaines de fois, peut-être des centaines, à l’occasion de sa conception!

La nature du floutage obéit également à un choix, le fait de flouter plus fortement le mot « papiers » que le mot « heures » une ligne en dessous est un choix du montage. Cela ne s’est pas flouté tout seul et de cette manière. Tout est choix dans un montage.
A partir du moment où il y a triple répétition du « mais vous avez », le récepteur se trouve placé dans une position d’attente vers un ailleurs, qui est le refrain.

Sur cette séquence-là, le récit s’interrompt provisoirement et passe le relais à une lecture concomitante des mots sonnés sur des supports décalés relevant de l’affect, ce qui amplifie le questionnement et l’attente d’un ailleurs, d’un espoir, que l’on pourrait rapprocher, cette fois sur une séquence très raccourcie, d’un enchantement spirituel et extatique.

C’est précisément à ce moment-là que ce trou noir rationnel délivre ce message transgressif et viciant par anticipation de façon quasi imperceptible, la niaiserie cantique du refrain.
C’est précisément cette information parasite, à un instant du clip où il ne doit pas y en avoir, qui est soit la marque du plus grand des amateurismes, tranchant radicalement avec le reste du clip, cisaillé comme un joyaux (de pacotille), soit celle d’une vile propagande réactionnaire s’arrimant à un procédé malhonnête, fruit d’une petite jouissance transgressive.

 

Afin de permettre aux Enfoirés de redescendre vers la réalité de leurs semblables, voici quelques chiffres oubliant volontairement 99% de la population mondiale [rien que ça], puisque visiblement, seule la fRance [de la « réussite » bien sûr] semble les intéresser:

 

Selon un sondage IPSOS de janvier 2013, 66% des moins de 35 ans n’avaient mis aucun argent de côté durant les 6 mois précédents.

La moitié des voyages en avion sont réalisés par 2% de la population.

Le « départ des français aux sports d’hiver » répété sur les médias dominants ne concerne chaque année que… 7,4% des français.

4 millions de personnes en France disent ne pas avoir plus de trois conversations par an…
Seuls 6 % des personnes disposant d’un revenu inférieur à 1 000 € par mois ont recours aux réseaux dits « sociaux ».

67% des salarié-e-s n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité

80% s’ennuient au travail

2 000 000 salarié-e-s se disent maltraité-e-s au travail

500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises

Un à deux travailleurs sont tué-e-s chaque jour lors d’un accident du travail

2000-2014 :127 personnes tuées par la police française

 

 

Aimé Césaire, discours sur le colonialisme

Extrait:

Je trouve que (…) le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : christianisme = civilisation ; paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.

Cela réglé, j’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole ; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.

Mais alors je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’« établir contact », était-elle la meilleure ?

Je réponds non.

Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine.

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé – et qu’en France on accepte –, une fillette violée – et qu’en France on accepte –, un Malgache supplicié – et qu’en France on accepte –, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’un Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

J’ai beaucoup parlé d’Hitler. C’est qu’il le mérite : il permet de voir gros et de saisir que la société capitaliste, à son stade actuel, est incapable de fonder un droit des gens, comme elle s’avère impuissante à fonder une morale individuelle. Qu’on le veuille ou non : au bout du cul-de-sac Europe, je veux dire l’Europe d’Adenauer, de Schuman , Bidault et quelques autres, il y a Hitler. Au bout du capitalisme, désireux de se survivre, il y a Hitler. Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler.

 

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1955

 

CESAIRE
Aimé Césaire a été maire de Fort de France (1945 – 2001) et député de la Martinique (1945 – 1993)