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Nous sommes contre le travail

Parce que nous sommes contre un système qui repose sur l’exploitation de tout et de tou-te-s.
Parce que les administrateurs de ce monde transforment l’ensemble du vivant en marchandises sur toute de la planète.
Parce que cette société n’a d’autres choix à nous proposer que la mise au travail, quelques miettes pour survivre ou l’enfermement pour les indésirables et les récalcitrant-e-s.
Parce que le travail c’est vendre son temps, ses énergies, son corps et son esprit à des patrons, à des chefs, à des machines.
Parce que le capitalisme et l’Etat prétendent avoir la main mise sur tous les aspects de notre vie et nous dé-possèdent de plus en plus de toute autonomie et même de nos rêves de quelque chose de profondément autre.
Parce que ce système de production effrénée ne laisse pas d’en-dehors où chacun-e pourrait décider librement de ses activités.
Parce que Papa Etat ne garantit des droits qu’au prix de notre liberté ; c’est le même qui lâche ses chiens de garde dans la rue, crée et militarise les frontières et fait la guerre aux quatre coins du monde.
Parce que les restructurations – qu’ils appellent « crises» – signifient le durcissement de la misère, du cannibalisme social, des techniques et des technologies de contrôle.
Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, nous sommes non seulement contre le travail mais surtout contre le monde qui en fait un pilier et un horizon indépassable.
Si nous ne voulons pas aménager la longueur de nos chaînes mais bel et bien les détruire, il n’y a ni négociation ni dialogue possible avec le pouvoir quel qu’il soit.
Il s’agit donc de mener cette lutte au-delà des limites qu’essaient de nous imposer tous ceux qui ont intérêt à ce qu’elle étouffe dans les cadres existants – dont font partie les politiciens et les co-gestionnaires de tous ordres.

 

extrait du tract Nous sommes contre le travail

La fable de la serveuse, du cadre et du pauvre petit patron

Un cadre, salarié d’un grand groupe français de l’énergie, est assez préoccupé ces temps derniers.

En effet, comprenez-le, le pauvre homme. Ce cadre surmené a commandé la pause de 200.000€ de fenêtres et de véranda et il ne sait toujours pas quand les travaux seront terminés. Vous imaginez un peu le niveau de stress dans lequel il est.

Là y’a un entrepreneur qui vient lui poser, ses fenêtres. Enfin pas lui. Ses six employés. Car il faut être six pour en porter une seule, fenêtre. Il faut dire que ce cadre voit les choses en grand. Et puis il est « écoresponsable  » ce cadre, voyez-vous. La véranda servira aussi à chauffer la maison de 480 mètres carrés.  Pour le reste, il le fera passer en crédit d’impôt. Il est écolo et bien informé, ce cadre.

Dans l’absolu, cela ne sert pas à grand chose un cadre.  Un cadre ne produit rien. Mais au sein d’une économie de marché, un cadre est indispensable. Indispensable pour le capitalisme car payé pour optimiser le vol de plus-value, c’est-à-dire pour faire travailler mieux et plus vite les employés, pour leur voler un maximum de temps de travail, à savoir cette grosse partie du temps travaillé qui n’est pas rendue en salaire mais gardée. 

Tout le monde sera d’accord pour concéder que ces 200.000€ de fenêtres ne profitent aucunement à la société. Ils sont là uniquement pour le privilège d’un cadre qui bénéficie du vol de 200.000€ de travail productif effectué par les ouvriers et les employés de ce grand groupe. 

Car voyez-vous, la classe possédante, la bourgeoisie, la rente ne pourraient pas exercer seules leur dictature politique et économique. Une partie du magot, cette masse de travail volée aux travailleurs, est réservée aux cadres surmenés et aux  » pauvres petits patrons ».

D’un strict point de vue économique, de création pure de richesse, employer un garçon de piscine ne crée strictement aucune richesse.

La bourgeoisie française ne crée pas seulement des esclaves salariés, elle se crée des larbins.  Et comme elle n’en a jamais assez, elle se fait voter des lois sur mesure, y compris celle qui permet aux rentiers de s’offrir les services de l’entretien de leur piscine. Car l’Etat est son Etat. 

Sous Sarkozy, l’assiette des cadeaux fiscaux se basait sur 18.000€ + 3% des revenus, ramenés à 10.000€ sous Hollande en début de mandat. Cela signifie que pour les nantis, il est possible de déduire 50% de cette base de ses impôts et ainsi, finalement, se faire offrir des gens de maison par l’Etat, c’est-à-dire par le vol du travail productif des plus nombreux, le prolétariat. 

Si notre cadre est surmené et stressé, notre entrepreneur de fenêtres, lui, est bien malheureux.

Du soir au matin, il pleurniche contre RSI, l’organisme collectant les cotisations sociales. Il râle, il râle tout le temps. Mais ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il se verse 4800€ par mois.

Il trouve ça peu compte tenu du « temps passé  » et de la « prise de risque ». Mais il ne se demande pas si une serveuse enchaînant un service de 14 heures est payée en rapport du « temps passé « . Il ne veut pas admettre que les vrais risques, ce sont ses propres employés qui les prennent en montant tous les jours sur les toits. Car ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il ne monte jamais sur les toits, lui. Il ne sait rien faire de ses dix doigts en vérité. Il l’a héritée de son père, sa boite.

 Ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il s’est acheté un 4×4 « avec la boite « . Il l’utilise le week end avec « l’essence de la boite « . Ce qu’il ne dit pas non plus, c’est que de temps en temps, il prend des chantiers au black. Parfois il fait 5000€ dans un week end. Au black.  Et son sport favori consiste à « faire passer des factures avec la boite « . Partout où il va, il demande  » vous pouvez me faire une facture? « . Et ce qu’il ne dit pas aussi, c’est que s’il y a des difficultés avec « sa boite « , et bien il sera peut être le premier à ne « plus se verser de salaire  » mais en tout cas, il sera quoiqu’il arrive le dernier à en partir.

En réalité, ce pauvre petit patron ne gagne pas seulement 4800€ par mois. Il gagne bien d’avantage. Car en payant ses 6 employés 1400€ par mois sauf le chef de chantier qui lui est à 1800€, et bien même une fois les « charges payées », il reste beaucoup, beaucoup d’argent.

Or le problème, c’est qu’il a des concurrents. S’il veut continuer à mener le même train de vie ( 80% des travailleurs français sont à moins de 2200€ ) et bien il faut adapter l’efficacité de « sa boite » . Et le plus formidable, c’est que la compta, qui est faite pour les patrons, qui est faite pour la classe possédante, intègre la gourmandise infinie du Capital qui est celle de devoir renouveler l’appareil productif (les machines, les équipements, le 4×4,…) au but de réaliser et réaliser encore d’avantage de profit. Et puis pour faire sa compta, son expert est compréhensif. En faisant valdinguer certains chiffres de certaines colonnes, ça fait baisser le bénéfice. 

Voilà pourquoi les investissements sur un exercice comptable, sont déduits des impôts. Formidable pour notre pauvre petit patron. Il a gagné plein d’argent ( il a volé légalement et illégalement une masse énorme de travail à ses employés ) et va donc se faire construire juste à côté du premier, un second bâtiment, des stocks encore plus imposants que les premiers. Toujours à 4800€ Toujours à bramer tous les jours après RSI, quelle plaie.

Mais imaginons que sa boite soit vendable. Et bien notre pauvre petit patron, à 50 ans, il revend sa boite 800.000€. Et là, on comprend que ce pauvre petit patron, tout le temps à chialer, il gagnait bien d’avantage en réalité, que 4800€

 Il gagnait bien d’avantage que tous les avantages qu’il volait à la société. Il gagnait en plus la réalisation de la Valeur de sa boite. Réaliser de la Valeur, voilà le seul but du capitalisme! 

Et c’est quand on fait la somme de tout cela, quand on réfléchit un peu à l’ampleur de tous ces vols cumulés… Quand on se rend compte de l’ampleur des montants, c’est-à-dire du temps de travail, du temps d’existence, qu’il vole à ses employés, à tous les employés, à tous les ouvriers, on commence à lever le voile sur cette arnaque gigantesque!

Comme le cadre surmené, ce pauvre petit patron est un parasite. Il se signale d’ailleurs tous les jours en pestant après « les charges « , c’est même à ça qu’on les reconnaît.  

Sans oublier l’embauche de son fils ou de sa fille comme secrétaire en emploi semi-fictif et le dernier voyage à Rio de février, la cuisine, le billard, le frigo américains, le mas provençal dans le Lubéron, le lot de trois apparts dont deux taudis qu’il loue à des étudiants, le VTT à 6000€ qui a fait deux sorties, l’assurance vie chez TaXa assurances, les diverses collections entassées au sous-sol et la mini cooper S de madame. Rouge avec le drapeau anglais.

Tant qu’on comparera nos miettes salariales à un salaire annoncé à 4800€, on se fera avoir!

La différence entre les deux existences ne se compte pas en euros!

Il n’y a pas une inégalité de 3500€ entre ces deux salaires! Il y a une inégalité qui n’est pas quantifiable tant elle est énorme! 

Jugez plutôt. Pour un français sur quatre, en tout cas si l’on en croit une enquête récente, ne reste à la fin du mois, une fois que tous les postes obligatoires du fameux «budget » sont couverts, que moins de 10€ 

Or celui à 4800€ là, celui du dessus, qui en réalité, on l’a vu, gagne bien d’avantage, avec ce qu’il triche, avec ce qu’il vole, magouille, investit et récupère comme valeur. Et bien il est propriétaire de sa villa, lui! Son budget logement, lui, c’est zéro!

Celui à qui il reste 10€, il loue.


D’un côté 10€ de loisirs, de l’autre des milliers non pas d’euros mais d’ordres légaux d’oppressions, d’obligations presque immanentes à pouvoir jouir de ses privilèges, en vertu de la Loi, du Marché, de l’Ordre, de l’Economie.

Ces milliers d’euros, c’est une capacité à se faire servir, tous les jours, à jouir pleinement des oppressions légales qui consistent à devoir obéir quoiqu’il arrive, sous peine d’aller en prison, aux Lois du marché et de la propriété.

Le pauvre petit patron qui entrera dans le bar de la serveuse et qui « commandera » son verre en étant d’un rare mépris, aura toutes les lois du marché avec lui. La serveuse n’a pas le droit de lui cracher à la gueule. C’est la loi. Elle doit obéir, sourire et servir le verre. C’est la Loi du marché qui veut ça, on ne peut rien y faire. C’est comme ça. Cela existe car c’est la loi.


Cette serveuse a 10€ de loisirs par mois. Elle ne sort jamais de chez elle, sauf pour aller bosser. Elle ne part jamais en week end. Elle ne part jamais en vacances. Elle fait ce boulot « en attendant de trouver mieux « . Il n’y a pas d’existence. Où est la vie là dedans? Toute une vie à attendre de trouver mieux. Cette vie, elle n’est même pas comparable puisqu’elle est directement liée à celle que l’on subit, celle du pauvre petit patron, celle du cadre surmené, celle de ces quelques millions de parasites qui s’ajoutent au parasitisme des rentiers. 

Il n’est pas possible de comparer le salaire d’un exploiteur avec celui d’un exploité tout simplement parce que le salaire de l’exploité n’existe que parce que ce dernier est volé de son travail, le montant du salaire étant la matérialisation légale et mathématique du vol de ce temps de travail, de ce mois entier de travail.


C’est à partir du moment où les 1300€ sont engloutis par tous les rentiers en place, que l’on peut «officiellement » déclarer cette serveuse en situation d’esclavage salarial. Ces 1300€ sont donnés pour être immédiatement repris, avec d’autre choix ou presque, que celui d’entamer un autre mois de travail.

La différence de travail non rétribuée en salaire sert à créer la richesse, sous forme d’argent, qui permet de distribuer l’organisation de la société bourgeoise entre l’existence de ceux qui n’ont pas d’argent et celle de ceux qui possèdent l’argent ou maîtrisent la capacité à en créer. 

La capacité à acheter du privilège, du service, du servage, du déplacement, du « bien être » n’est pas quantifiable. Elle existe et elle doit être abattue.

La vie de cette serveuse à 1300€  – qui est obligée d’engager du travail la totalité de son mois pour obtenir à la fin 10€ de loisirs – n’est pas à 3500 minuscules euros en dessous du pauvre petit patron à – soit disant –  4800€.

Il y a un monde. Il y a une vie de foutue, il y a une mort psychique, il y a une vie volée qui les sépare.

Des millions de vies volées. Par un système marchand, par le salariat.

 

Les Enragé-e-s 

 

 

 

 

Contre le travail et ses apôtres

« Ces gens-là sont des travailleurs, messieurs, reprit le général Soleno Chagoya à l’adresse des journalistes qui l’entouraient.
Ce peuple aime travailler. Et le travail est fondamental pour assurer la paix sociale ».


Carlos Montemayor, Guerre au Paradis.

oisiveté_ouvrier_lesenragesLes bus, les métros, les périphériques, les trains de banlieue sont pleins à craquer de salariés pris au piège de la normalité. L’entassement, prix d’un calme fragile, prix de l’ordre. Le sommeil qui ne vient pas, le sommeil interrompu à l’aube, prix du calme.

 

Il ne faut pas chercher bien loin pour constater les signes d’un consensus apparent ; au cours d’une manifestation, un gréviste réagit à un slogan « A bas le travail » tagué sur les murs : « Ce n’est pas bien, il ne faut pas dire ça ! » Pourquoi ce n’est pas bien ? « Parce que c’est extrémiste ; il en faut du travail, il faut travailler ! » Et pourquoi faudrait-il travailler ? « Il faut travailler…mais parce qu’il FAUT TRAVAILLER ! » Brillante démonstration.

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Fallait-il en déduire une déclaration d’amour pour le travail, ou alors s’agissait-il d’obtenir le précieux salaire mensuel, celui qui vous donne droit au précieux logement (et encore), à la précieuse bouffe, au précieux compte en banque, au précieux titre de transport pour aller au travail, au précieux titre de séjour, aux précieux habits ?

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C’est ce foutu cercle sans début ni fin qui revient le plus souvent. D’où viennent l’argent et la nécessité de s’en procurer pour survivre, d’où viennent le travail salarié et le rapport salariat/patronat, d’où vient le rapport marchand ? Mais plus encore, vous répondra-t-on, qui a encore le temps de se poser ces foutues questions ?

« Il faut travailler parce qu’il FAUT TRAVAILLER ». Certes, certes…Le genre de domaine social que le sacré a imprégné profondément de son odeur fétide de malheur, de mystère, le préservant de toute remise en cause.


Une évidence si partagée qu’on oublie de s’étonner que des ouvriers puissent s’engager dans des grèves sauvages et dures, manifester et bloquer des routes, saccager des préfectures… pour le droit au travail, pour le maintien de telle ou telle industrie, pour l’emploi. Nous sommes à l’heure de l’apogée du culte du travail, à l’heure où les patrons ne sont plus tant haïs pour ce qu’ils sont (ceux qui nous font trimer comme du bétail) mais parce qu’ils ne nous offrent plus de travail, parce qu’ils ferment les usines. Bien sûr, il y a toujours ce sentiment diffus de haine de classe : les patrons sont des menteurs, des salauds qui nous traitent et nous virent comme de la merde, qui nous jettent comme des moins-que-rien quand ça leur plait, nous licencient et partent avec la caisse sous le bras. Mais le « patron-voyou » disparu, on se presse d’en chercher un autre, plus honnête, un patron réglo’, un brave homme qui respectera notre « dignité de salariés ».

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Cela fait toujours bizarre d’entendre des travailleurs dire à un ministre sur un plateau télé, après avoir été virés : « mais nous on est d’accord avec vous au fond, on veut que ça marche, on veut travailler. »

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Une bonne ouvrière ne fait avec le fuseau que cinq mailles à la minute, certains métiers circulaires à tricoter en font trente mille dans le même temps. Chaque minute à la machine équivaut donc à cent heures de travail de l’ouvrière: ou bien chaque minute de travail de la machine délivre à l’ouvrière dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l’industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvelées par la mécanique moderne. Mais que voyons-nous? À mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l’homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’Ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur, comme s’il voulait rivaliser avec la machine. Ô concurrence absurde et meurtrière ! Paul Lafargue

 

D’autant plus lorsqu’en parallèle se lit en majuscule sur la tronche des gens cette tristesse sans fond quand ils vont bosser, ou quand ils rentrent du boulot. Là on se dit :

« Mais bordel c’est évident que personne n’aime son taff, que personne n’aime LE taff, puisque quel que soit le type de travail qui les tient enchaînés, ils tirent tous les mêmes gueules de macchabées ».

 

Alors pourquoi le dégoût se lit-il seulement dans l’intime, dans les regards fuyants ? Pourquoi la question du travail mène si souvent à une impasse lorsqu’elle est posée publiquement ?


Malgré toute cette vaste morgue qui tourne en rond, malgré le fait que la dépression touche une personne sur deux, que les psychotropes sont avalés à la louche, on retrouve partout cette conne réplique du manifestant-type : « il faut travailler parce qu’il faut travailler ». La palme revenant à une auditrice (prise au hasard) réagissant à l’antenne à un sujet médiatique (l’indemnisation des chômeurs) : « Bien sûr que je pense qu’il faut sanctionner les chômeurs ; pourquoi auraient-ils plus de droits que les autres ? Puisque moi je me lève tous les matins pour aller au travail, pour ne pas me faire renvoyer, pourquoi est-ce qu’on ne punirait pas les chômeurs qui ne se lèvent pas le matin pour chercher du travail ? ».

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Comme le disait Maurice Thorez aux grévistes d’après-guerre : « Il est temps de se retrousser les manches, camarades ! »…


Ca en dit autant : en dehors du temple du travail sacré et de ses disciples, il n’y a que des hérétiques à convertir de force, à sanctionner, ou à rééduquer socialement, à défaut de les éliminer purement et simplement comme éléments inutiles et nuisibles.

S’agit-il vraiment d’amour du travail ? Si on aime vraiment le travail, on peut tout au plus prendre en pitié ceux et celles qui chôment, du style : « Ah les pauvres, ils ne savent pas ce qu’est le plaisir du travail, les joies du salariat, le bonheur du réveil à six heures, les trains bondés. Ah c’est vraiment triste ! »


Mais les chômeurs empêchent rarement (trop rarement) les travailleurs de travailler. Alors quoi ? Jalousie peut-être ? Et comme on ne peut jalouser quelqu’un qui gagne moins d’argent que soi dans ce monde, il ne reste que la jalousie du « temps libre ».

Et que reste-t-il à répondre à ces personnes ? « Bah ok alors, vas bosser et bon vent à toi ! ». D’ailleurs, comme disait l’autre : « Les esclaves antiques, il fallait leur mettre des chaînes et des boulets en fonte aux pieds pour les empêcher de fuir ; les esclaves modernes, on leur donne deux semaines de vacances l’été et ils reviennent tous seuls ».

388533_147649585401622_1317934274_nEt pourtant ils s’en plaignent de leur taff, de leur connard de petit chef qui leur pèse sur le dos, qui les emmerde à cent sous de l’heure, et que ça leur ruine le moral et la santé, que ça les stresse, que vivement la retraite, que j’ai pas envie de me lever putain…


Alors quoi ? Masochisme, schizophrénie de masse ?


De deux choses l’une :
- soit les esclaves modernes sont tellement dépendants de leurs maîtres que le choix ne se pose tout simplement pas,
- soit ils n’ont rien à désirer dans l’idée d’évasion, et le travail est alors un choix parmi d’autres possibles.

Mais quand on y réfléchit, comment une société élevée sur la base des diverses déclinaisons du travaillisme (compris comme religion du travail) pourrait-elle avouer sans honte : « Ah ça le travail, c’est vraiment de la daube, j’suis bien d’accord ! » ?


Un travaillisme institué depuis des siècles, d’abord comme idéologie du pouvoir, puis (comme toute idéologie qui fonctionne) relayée par la base, par « les masses ». Un travaillisme civique qui a apprit par cœur que l’oisiveté est un des pires vices existant, et qui sait que les non-travailleurs sont un danger social, un péril pour la sécurité, cette autre religion moderne.

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On en vient à penser qu’avec le temps, ce qui était martelé comme un devoir à accomplir, surtout péniblement, prend le sens non plus d’un châtiment, d’une punition ou d’une marque d’abjection, mais au contraire de mérite, de récompense, de gratitude. Dans un tel monde renversé, on est fier de travailler, d’avoir sa médaille des « quarante ans de bons et loyaux services », on s’épanouit et on s’émancipe par le travail, on verse une larme de joie quand les usines ouvrent leurs portes à proximité. Et qui sont ceux qui sont taxés d’ « aristocrates » ? Ceux qui crient ouvertement que le travail est, a toujours été, et sera toujours une infamie.

Il n’y a pas si longtemps, les jaunes devaient faire profil bas lors des grèves, quand ils croisaient leurs collègues qui débrayaient et détruisaient les machines.


Aujourd’hui, les grandes gueules peuvent ouvertement laisser éclater leur haine du gréviste et trouver de nombreux complices pour leur dire à l’unisson : « T’as bien raison, je te les enverrais travailler au Bangladesh pour trois euros de l’heure moi, pour leur apprendre ce que c’est que l’exploitation ! » Et autant de partisans d’une loi prévoyant de rayer des listes les chômeurs refusant « deux offres d’emploi acceptables ».

bons_chômeurs_mauvais_chômeursAutant de produits (à quel point consentants ?) de la frustration sociale généralisée qui en viennent à haïr violemment, dans la vieille logique de la guerre civile, qui les plus oppressés par le capital, qui ceux qui ont la force de lutter et de rendre des coups à la machine à soumettre. Pensez donc ! Les patrons sont des rois-mages qui nous offrent du travail comme on offre des chocolats, et on ne leur en veut que lorsqu’ils ne tiennent pas leurs promesses (un peu comme avec les politiciens au fond).

Dans ce renforcement somme toute récent du culte populaire du travail, de nombreuses charognes politiques ont une bonne part de responsabilité, syndicats, partis et organisations dites « radicales » en tête.


Car l’ouvriérisme n’est pas pour rien dans la démocratisation de ce culte : les batailles pour le droit au travail (ça résonne comme un échos à la vieille rengaine « Mais il y a des gens qui sont morts pour que tu aies le droit de vote !! ») ont commencé avec la constitution de ce qui s’appelle encore aujourd’hui le Mouvement Social, lui-même ayant pris part à l’enterrement des mouvements insurrectionnels caractérisés par le cassage en règle de machines et d’usines. Aussi, après la « mort » de l’exploité révolté, surgit une autre « figure », avec la bonne imagerie du prolo musclé, qui sue courbé sur sa machine, plein de ténacité face à l’adversité et la douleur, les parades d’ouvriers pour le premier mai avec force banderoles « sauvez nos emplois et nos salaires », « sauvez notre profession », « l’industrie automobile doit survivre », ou encore « pour la défense de la métallurgie en Lorraine », « 3000 euros par mois dès maintenant c’est possible ! » et autres hymnes bien puants incitant à être fier de sa condition. Une imagerie où la faucille ne sert plus à égorger le contre-maître, ni le marteau à défoncer le métier à tisser, mais à représenter le travail dans toute sa splendeur.

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Un ouvriérisme poussé jusqu’aux slogans « qui ne travaille pas ne mange pas » [1], « travaillons TOUS, moins et autrement », des slogans qui traduisent une vision de la « Société Future » pas si éloignée que ça de l’actuelle, qu’on pourrait résumer par la formule suivante : « L’anarchie étant l’expression achevée de l’Ordre (sic), et le travail étant « la meilleure des polices » (sans rire), l’anarchisme est donc l’idéologie du travail généralisé ». Que reste-t-il de « révolutionnaire » là-dedans, et quel plus beau cadeau pourrait-on faire à ce système que cette fausse critique qui s’attaque à la forme et laisse le fond intact ? Une idéologie qui viserait à récupérer les termes du « vieux monde » pour les pousser à l’extrême et non plus les subvertir ? [2]


Ou plus souvent, c’est l’apologie de l’autogestion comme remède miracle, mythe entouré de « radicalisme » mais complètement vide (quoi ? les ouvriers vont forcément mieux gérer l’industrie automobile, les prisons, les usines d’armement, les usines Airbus, les supermarchés ? Autogérer quoi en fait ?).

autogestion_piege_a_con    Contre le mythe autogestionnaire


Une idéologie dans laquelle les chômeurs ne sont que des « camarades travailleurs momentanément privés d’emploi », des victimes que le glorieux socialisme (même dans sa version dite « libertaire ») s’empressera de rendre « utiles » et de « valoriser » à nouveau. Des « camarades » qui doivent quand même se sentir coupables de se tenir un peu à l’écart de LA classe…

L’ouvriérisme procède d’un raisonnement bien ficelé, bien que recouvert par la poussière du passé : le prolétaire est la figure même de l’individu (oups pardon, l’individu n’existe pas c’est vrai…) subissant de plein fouet l’exploitation, le symbole (personnifié autant que massifié) des méfaits du capitalisme ; ce que les ouvriéristes utilisent pour dire « le prolétariat comme classe est au centre de la lutte des classes, donc seul lui pourra faire la révolution, qui est son dessin historique, sa tâche suprême ». D’où la construction du sujet révolutionnaire cher non seulement aux marxistes, mais aussi à de nombreux anarchistes « lutte-de-classistes ».
Pour résumer, une idéologie fonctionnant sur la croyance en « l’égalitarisme négatif » du système, en l’autodestruction (toujours proche il paraît) de ce dernier par « exacerbation mécanique de ses contradictions internes ». Et étant donné que tout le monde -ou presque- va se retrouver à plus ou moins long terme dans la même merde, cela suffira à déclencher une prise de conscience « de classe », et la révolte puis la révolution arriveront fatalement.

Misère sociale engendre automatiquement révolte…Vraiment ?

Un bref coup d’œil sur l’histoire suffit pourtant pour s’apercevoir que ce mythe, accompagné de la Grève Générale, de la Révolution Sociale, a été largement infirmé. Parce qu’à peu près tout peu naître d’une colère répandue, fut-elle « de classe » : fascisme, soulèvements libertaires, autoritarismes, poussées nationalistes, etc… Tout ça pour dire que la misère et l’oppression ne déterminent rien en soi (même pas forcément la colère), si ce n’est justement la misère et l’oppression.

Bien entendu, dans une situation où la paix sociale est largement brisée, il est largement préférable de voir des sabotages et autres blocages de voie de circulation de la marchandise, des séquestrations de patrons, des sous-préfectures saccagées, plutôt que des pogroms, des chasses à l’étranger et autres actes renvoyant à la guerre civile, où les exploités se tirent mutuellement dessus.

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-67% des salarié-e-s n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité -80% s’ennuient au travail -2 000 000 de salarié-e-s se disent maltraité-e-s au travail -500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises. -1 à 2 citoyen-ne-s sont tué-e-s chaque jour lors d’un accident du travail -Entre 200 et 300 suicides chaque année sur le lieu de travail.

 

Mais dans ce contexte, il est clair que l’ouvriérisme comme partie intégrante du travaillisme n’arrange pas les choses : fierté pour sa condition, amour du travail bien fait, renforcement d’une identité ouvrière qu’on se transmet dans la classe pour la reproduire, avec ses rites, son folklore, en somme l’exact opposé d’une volonté d’auto-négation du « prolétariat » dans la destruction du capital et du travail.


Et pas un mot, la plupart du temps, en dehors du sempiternel « partage des richesses », sur l’origine du travail, sous prétexte que cela renverrait à une « réflexion étymologique spécieuse » ; pas un mot de critique sur son sens et sa signification, son rôle social de domestication et de contrôle, dans les bureaux comme dans les usines, sur sa capacité nihiliste à tout fondre dans une même catégorie, de l’agriculture destructrice au nucléaire, de la fabrication des divers poisons industriels aux métiers d’encadrement et de surveillance (profs, vigiles, cadres, employés à Pôle Emploi, assistantes sociales..). Pensez-vous, le Mouvement Social a trop besoin de draguer sa classe bien-aimée, il ne faudrait vexer personne.

Rien n’est dit sur le fait que le travail n’est fondamentalement rien d’autre que notre force transformée en énergie pour le capital, celle dont il ne peut se passer, son essence vitale, son meilleur allié, et ce quel que soit le degré d’automatisation de la production.
1794727_255166361316610_508955716_nRien sur le fait que le travail est ce qui nous ennuie, nous étouffe, nous brûle et nous dévore, la torture normale et morale qui nous crève. Et qu’au final, comme l’on décrète ainsi que la vie n’a pas de sens en dehors du travail, celui-ci est érigé en pilier de bronze d’une société ouvertement totalitaire, si totalitaire qu’elle est parvenue à intégrer ses faux contestataires et à les recycler en prestataires de solutions alternatives à une mise au travail forcé.
10153241_355124187987493_6804664443829395669_nAu final, rien n’est dit sur tout ce dont nous devrons nous débarrasser dans une perspective de libération, de l’argent au salariat, en passant par toutes les nuisances qu’il n’est pas question de gérer, mais de supprimer.

Et dans l’immédiat, le capital s’en frotte les mains, ainsi que tous ceux qui trouvent un intérêt dans la perpétuation de l’existant.
Comment pourrait-il en être autrement ? « Le travail c’est la santé » déclare le patron, « Il faut travailler parce qu’il faut travailler » répond le « manifestant responsable ». La boucle est bien bouclée dans la démocratie capitaliste. Et pour qu’elle se brise, il ne suffira pas que la haine du « patron-voyou-qui-a-fermé-l’usine » se répande, pas plus que les appels à l’autogestion émanant d’organisations à bout de souffle et trop occupées à vouloir recruter des fidèles.

Encore faudra-t-il que tous les Maurice Thorez des temps modernes se fassent dégager à coup de pieds dans le cul.

Pour en finir avec le travail, le capital et leurs souteneurs.

Extrait de Non Fides N°IV, juillet 2009.

Notes

[1] Reproduction fidèle d’un verset de saint Paul énonçant que « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Verset auquel on peut ajouter ces quelques mots tirés d’un Symbole mormon, et rapportés par M. Weber :  » Mais un indolent ou un paresseux ne peut être chrétien, ni être sauvé. Il est destiné à être piqué à mort et rejeté hors de la ruche « . Et l’auteur de commenter :  » C’était surtout une extraordinaire discipline, à mi-chemin entre le cloître et la manufacture, qui plaçait l’individu devant le choix entre le travail ou l’élimination.  »

[2] Pour clarifier les choses, un tract intitulé « Travailler pourquoi faire ? » était paru dans le premier numéro de ce journal, qui traduisait plus ou moins cette logique d’une « vision alternative du travail » ; nous sommes largement revenus sur cette manière de voir.

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A lire en complément :

Tous ces improductifs, tous ces oisifs, tous ces paresseux constituent trois groupes, trois groupes de non-valeurs.

Voici d’abord les oisifs véritables, ceux qui, du 1er janvier au 31 décembre, du berceau à la tombe, n’ont jamais rien fait et ne feront jamais rien ; tous ceux qui vivent de leurs rentes et des profits de la propriété, tous ceux qui, consommant sans rien produire eux-mêmes, se contentent de la production des autres, et qui, à la fin de chaque année, par leurs coupons d’obligations, leurs rentes, trouvent moyen de vivre sans jamais besogner, tous les rentiers, les propriétaires, les oisifs de toute nature, y compris les rastaquouères…

Voici le deuxième groupe, le groupe de ceux qui travaillent, mais qui ne produisent rien. C’est le groupe le plus nombreux, comme vous allez le voir : le clergé, l’armée, tous les fonctionnaires – il y en a, paraît-il, 900.000 en France – fonctionnaires de gestion et surtout… d’indigestion.

Ici, Camarades, je ferai quelques exceptions en faveur de certains fonctionnaires qui auront leur utilité et même leur nécessité dans les rouages de la vie communiste, par exemple, les instituteurs. Les instituteurs sont des fonctionnaires, mais il n’en est pas moins vrai qu’on ne peut pas les considérer comme des inutiles ou des improductifs ; ce qui sort de leurs mains, le fruit de leurs efforts, ce n’est ni un meuble, ni une maison, ni une machine, ni un appareil quelconque, mais ce sont des intelligences cultivées, ce sont des esprits ouverts. En un mot, leur besogne est une besogne utile et, dans la société future, ce sera une besogne féconde.

Je ne peux pas considérer non plus comme totalement improductifs ces autres fonctionnaires qui sont les employés des postes, des télégraphes et téléphones ; ceux-là également auront leur raison d’être dans notre société.

Mais, tous les autres fonctionnaires, depuis le premier magistrat de la République jusqu’au dernier des gardes champêtres, tous ces fonctionnaires dont j’ai dit tout à l’heure qu’ils étaient de gestion et surtout d’indigestion, ceux-là, incontestablement, n’auront rien à faire dans un monde communiste.

Voici maintenant les professions dites libérales : les médecins, les avocats, les journalistes, les artistes, les écrivains, les poètes, les peintres, les sculpteurs, les musiciens et les gens de théâtre ; puis, les notaires, les avoués, les greffiers, tous les gratte-papier, tous les basochiens, Tous ces gens qui appartiennent à des professions dites libérales, sont en nombre considérable.

Ici encore, Camarades, je fais deux exceptions : l’une en faveur des médecins, l’autre en faveur des artistes.

Des médecins, il en faudra toujours, car, bien que la santé publique sera, comme tout le reste, considérablement améliorée, il y aura toujours une foule de maladies, de troubles, de désordres qui sont créés par la misère et l’alcoolisme : la tuberculose, la syphilis et une quantité d’autres maladies d’origine bourgeoise qui affectent surtout ceux qui ne travaillent pas ou qui travaillent mal.

Dans la société future, la plupart de ces maladies seront surveillées de près, la source en sera, en quelque sorte, tarie et il en résultera que la santé publique sera considérablement améliorée. Mais la maladie sans cesse nous guette, depuis l’enfance, toujours délicate et fragile, jusqu’à la vieillesse qui fonce sur nous avec son caractère de décrépitude et son cortège d’infirmités. Nous aurons donc besoin des médecins.

Nous aurons aussi des artistes qui sont appelés à embellir notre vie en lui donnant l’éclat et la beauté.

Mais nous ajouterons, si vous le voulez bien, à toutes les personnes appartenant aux carrières libérales inutiles, tous les gens de banque, tous ceux qui travaillent dans les Compagnies d’Assurances, tous ceux qui vivent des courses, des cercles, des tripots, des casinos, etc… Supputez, par la pensée, le nombre de ces gens. Vous les connaissez sans que j’aie besoin d’entrer dans plus de détails, ça foisonne, ça pullule…

Joignons-y un autre groupe, le plus grand et le plus important : les commerçants. Depuis les grands patrons qui dédaignent de mettre « la main à la pâte » et qui se contentent de diriger de loin leurs affaires, jusqu’aux petits boutiquiers qui, au contraire, sou par sou, tâchent de gagner leur vie et d’économiser. Et toute cette armée colossale d’intermédiaires, de courtiers, de placiers, de voyageurs, de représentants de commerce, de caissiers, comptables, vendeurs et vendeuses, livreurs, etc., et puis tous les camelots, tous les trafics mal définis, la publicité sous toutes ses formes, etc.

Là encore, demandez-vous par quel chiffre il faudrait établir le compte de tous ces gens qui travaillent, car il y en a qui travaillent beaucoup, qui se donnent un mal terrible et qui ont des soucis incroyables, qui vivent dans l’anxiété perpétuelle en prévision de l’échéance redoutable de fin de mois qui les guette. Je ne dis pas que ces gens ne font rien, je dis qu’ils ne servent à rien ; ils travaillent, c’est vrai, mais ils travaillent sans produire : ils font du travail inutile.

Et maintenant, voici, pour clore, ce deuxième groupe : les domestiques des deux sexes. Ils sont nombreux : la statistique, avant la guerre, m’avait fourni un chiffre de 1.485.000 domestiques des deux sexes. Et il n’y a pas que la valetaille proprement dite, les larbins, les videurs de pots-de-chambre, il y a (il faut bien les ranger quelque part cependant, quoique d’ordinaire on les range parmi les travailleurs de l’alimentation), il y a tous ceux qui constituent le personnel domestique des hôtels, des cafés, des restaurants, des bistrots, des bars, les cireurs de bottes, les commissionnaires, les porteurs, les ouvreurs de portières…. il y en a des nuées, des légions !

Le troisième groupe est composé de ceux qui participent à la production, mais qui font, les uns une production inutile, les autres une production nuisible.

Production inutile, non pas aujourd’hui, mais dans la société communiste de demain, sont tous ceux qui produisent quelque chose ayant pour but la défense de la propriété : tous ces murs qui entourent les grandes propriétés, toutes ces barrières qui séparent les lopins de terre les uns des autres. Quand le tien ne se distinguera plus du mien, quand tout appartiendra à tous, il y aura évidemment une foule de travaux, nécessaires aujourd’hui, qui seront devenus alors complètement inutiles. Et les coffres-forts, et les serrures de sûreté !… Je pourrais multiplier ici les exemples.

Et puis, il y a ceux qui produisent, mais qui produisent mal, ceux dont la production n’est pas seulement inutile, comme celle des précédents, mais encore dont la production est nuisible : tous ceux qui sont employés dans les arsenaux, dans les manufactures nationales d’armes, qui travaillent à des œuvres de mort, qui travaillent pour préparer la mort, comme si la mort ne venait pas assez vite. Et vous constaterez avec moi, Camarades, les sommes fabuleuses dévorées en pure perte, et dont le total est incalculable, par l’activité inemployée ou mal employée !

Et dire que nous avons peur du gâchis au lendemain de la Révolution ! que nous craignons de nous trouver en face d’une production déficitaire !… Mais, jamais, quoi que nous puissions faire et quelque folie que nous puissions imaginer au lendemain de la Révolution, jamais nous n’arriverons à organiser un gâchis semblable, un gaspillage comme celui que je viens d’indiquer, des activités et des intelligences ! Et cela devrait suffire pour prononcer, par la raison et au nom de la raison, la condamnation du régime capitaliste.

Sébastien Faure

Voici trois ans que je suis au chômage, je fais partie de ces zombies que l’on oblige quotidiennement à estampil­ler du sceau de la fainéantise une carte rouge pour leur rappeler qu’ils vivent aux crochets de ceux qui ont le bonheur de travailler…
Mais quelle bénédiction d’être chômeur, pardon… tra­vailleur sans emploi, selon la formule consacrée. Dommage que le pécule est un peu mai­gre, mais nous sommes enfin libres. Nous n’avons plus de nœud au ventre parce que nous n’atteignons pas les quotas de production ou par­ce que nous arrivons en re­tard au boulot; le nec plus ultra, c’est de ne plus enten­dre la voix vociférante du chef entre le vacarme des ma­chines et l’angoisse d’être vi­ré ! Ça n’a pas de prix!

Parlez-moi de travail et je sors mon revolver

1. Avez-vous éprouvé au moins une fois le désir d’arriver en retard au travail, ou de le quitter plus tôt ?

Dans ce cas, vous avez compris que :

a) Le temps de travail compte double car il est du temps perdu deux fois :
– comme temps qu’il serait plus agréable d’employer à l’amour, à la rêverie, aux plaisirs, aux passions ; comme temps dont on disposerait librement.
– comme temps d’usure physique et nerveuse.
b) Le temps de travail absorbe la plus grande partie de la vie, car il détermine aussi le temps dit « libre », le temps de sommeil, de déplacement, de repas, de distraction. Il atteint ainsi l’ensemble de la vie quotidienne de chacun et tend à la réduire à une succession d’instants et de lieux, qui ont en commun la même répétition vide, la même absence croissante de vraie vie.
c) Le temps de travail forcé est une marchandise. Partout où il y a marchandise il y a travail forcé, et presque toutes les activités s’apparentent peu à peu au travail forcé : nous produisons, consommons, mangeons, dormons pour un patron, pour un chef, pour l’Etat, pour le système de la marchandise généralisée.
d) Travailler plus, c’est vivre moins.

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société qui assure à chacun le droit de disposer lui-même du temps et de l’espace ; de construire chaque jour sa vie comme il le désire.

Le blues du dimanche soir, une vie volée deux fois

 

Qui sont les Black Blocs ? Où sont les Black Blocs ?

Cette ques­tion réap­pa­rais­sant dans la plu­part des jour­naux après chaque émeute, comme celle à Rome le 14 décem­bre, elle mérite une réponse. Est-ce que vous voulez voir à quoi res­sem­blent nos visa­ges quand ils ne sont pas mas­qués par des fou­lards, des cas­ques ou des cagou­les ?
Ce sont les mêmes visa­ges qui paient un loyer pour vos appar­te­ments pour­ris, les visa­ges de ceux à qui vous offrez des stages non rému­né­rés ou des jobs à plein temps pour 1000 euros. Ce sont les visa­ges qui paient des mil­liers d’euros pour assis­ter à vos cours. Ce sont les visa­ges des gamins que vous frap­pez quand vous les chopez avec un peu d’herbe dans leurs poches. Ce sont les visa­ges de celles et ceux qui doi­vent s’enfuir du bus quand les contrô­leurs appa­rais­sent, ne pou­vant pas se payer le voyage.
Ce sont les gens qui cui­si­nent vos faux-filets à point dans les res­tau­rants chics, et reçoi­vent pour ça 60 euros la soirée, au black. Ce sont celles et ceux qui vous pré­pa­rent vos cafés serrés à Starbucks. Ce sont ceux qui répon­dent à vos appels en disant « 118 118, puis-je vous aider ? », ceux qui achè­tent de la nour­ri­ture à Lidl par­ce ­que celle des autres super­mar­chés est trop chère. Ceux qui ani­ment vos camps de vacan­ces pour 600 euros par mois, ceux qui ran­gent les étalages des maga­sins où vous ache­tez vos légu­mes bios. Ce sont ceux à qui la pré­ca­rité bouffe toute l’énergie vitale, ceux qui ont une vie de merde, mais ont décidé qu’ils en avaient assez d’accep­ter tout ça.
Nous fai­sons partie d’une géné­ra­tion, qui, pour un jour, a arrêté de s’empoi­son­ner le sang avec la névrose d’une vie passée dans la pré­ca­rité, et qui a sou­tenu les émeutes. Nous sommes le futur que vous devez écouter, et la seule partie saine d’une société cou­verte de métas­ta­ses. Ce qu’il est en train de se passer à Londres, Athènes et Rome est d’une impor­tance his­to­ri­que. Des places rem­plies à cra­quer de gens explo­sent de joie quand les cars de police pren­nent feu. Notre exis­tence même est dans ces cris : l’exis­tence de celles et ceux qui ne peu­vent pas croire que des gou­ver­ne­ments élus se retour­ne­raient contre leurs citoyens et leur feraient payer des dizai­nes d’années d’erreurs com­mi­ses par le sec­teur finan­cier et les mul­ti­na­tio­na­les ; l’exis­tence de ceux qui main­te­nant com­men­cent à penser que tous ensem­ble nous pou­vons com­men­cer à leur faire peur. Ces excla­ma­tions étaient furieu­ses et joyeu­ses, explo­sant depuis la partie saine de la société, pen­dant que celle empoi­son­née se cachait dans la Chambre des Députés.
Les Black Blocs ont encore frappé. Vous feriez mieux de regar­der autour de vous main­te­nant. Des rumeurs disent que vous pour­riez en ren­contrer cer­tains pen­dant vos cours, à la biblio­thè­que, à la machine à café, au pub, sur la plage, voire même dans le bus.
Collettivo Universitario Autonomo de Torino, 16 décembre 2010

 

 

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A suivre…

 

Parlez-moi de travail… Et je sors mon revolver

Je n’avais pas quinze ans quand le démon du tra­vail m’a taquiné. C’était comme ça, à cette époque, pour être un homme, un hé­ros, il était dans les conven­tions de se lancer dans le brouhaha des usines. Des bras, l’industrie en consom­mait beaucoup pour produire plus. Mon père était fier de voir l’aîné de ses rejetons en­trer en sidérurgie, dans le grand ordre du travail.
Aujourd’hui, des aciéries Minières de la Sambre où je suis entré en 1961, il ne reste plus rien. Tout a été rasé, les cheminées, les tuyaux et les grandes bouches rougeoyan­tes des aciéries et des hauts-fourneaux ont cédé la place à la folle avoine. Les péniches viennent encore à Marchienne-au-Pont et dorment tranquillement le long des berges de la Sambre, comme si les fantômes des grues venaient encore les charger.
Nous avons travaillé com­me des bêtes dans ces lami­noirs. Il faut avoir manipulé le fer incandescent et vu les hommes souffrir autour du métal pour imaginer un in­stant la vie d’un sidérurgiste. Les premiers jours, rompu de fatigue, j’ai fait comme tous les gamins qui se frottaient pour la première fois à cet enfer d’acier et de feu, j’ai pleuré d’épuisement, mêlant larmes et sueur.
Puis je me suis habitué, comme les autres, qui étaient là depuis des années et qui parfois savaient à peine écrire leur nom. Certains d’entre nous ont payé de leur chair la contribution au boom des gol­den sixties. Je n’oublierai jamais ce garçon de 17 ans qui eut les deux jambes sec­tionnées par un cylindre.
Bien d’autres ont laissé doigts et bras. Mon père y a perdu la vie, un dimanche matin, coupé en trois par la locomotive du four à coke. Pantin désarticulé que l’on avait rabiboché pour nous le présenter une dernière fois à l’hôpital des accidentés du travail (construit uniquement pour rafistoler et recoudre ceux que l’usine amochait; les assurances, pour grappiller quelques francs sur les mal­heureux, poussaient les chi­rurgiens à fabriquer de terri­bles marionnettes, plutôt que d’amputer !).
Un représentant de la di­rection était là pour nous ac­cueillir, il a cru bon de nous dire : « Ah ! C’était un tra­vailleur… ». Je crois que c’est ce jour-là que je me suis ren­du compte que nous étions roulés.
Oui, on nous a roulés et on continue à berner des généra­tions en leur inculquant la grande vertu du travail. D’autres emplois dans diver­ses industries ont ponctué vingt-trois ans de carrière. J’ai moi-même fondé une fa­mille et pour l’alimenter, j’ai soutenu des cadences infer­nales. Debout à 5 h, rentré à 18 h, et puis militer le soir pour… la réduction du temps de travail!
Voici trois ans que je suis au chômage, je fais partie de ces zombies que l’on oblige quotidiennement à estampil­ler du sceau de la fainéantise une carte rouge pour leur rappeler qu’ils vivent aux crochets de ceux qui ont le bonheur de travailler…
Mais quelle bénédiction d’être chômeur, pardon… tra­vailleur sans emploi, selon la formule consacrée. Dommage que le pécule est un peu mai­gre, mais nous sommes enfin libres. Nous n’avons plus de nœud au ventre parce que nous n’atteignons pas les quotas de production ou par­ce que nous arrivons en re­tard au boulot; le nec plus ultra, c’est de ne plus enten­dre la voix vociférante du chef entre le vacarme des ma­chines et l’angoisse d’être vi­ré ! Ça n’a pas de prix!
Mais j’ai tout de même une petite crainte d’être à nou­veau envoyé au turbin par tous ceux qui sentent le be­soin de verser une larme sur notre sort, nous les sevrés de la production. Faut-il préci­ser que très souvent ceux-là ne connaissent rien au bordel infernal du travail. J’entends déjà les voix offusquées s’étranglant à la lecture de mes propos: « Mais nous n’allons pas vous payer à ne rien faire, c’est indécent… ». Tiens donc, et les actionnai­res, leur demande-t-on si on va continuer à les rétribuer à ne rien faire ? Leur demande-t-on de pointer dans un local minable pour que l’on puisse les montrer du doigt comme les parasites de la société ?
Ils ont compris bien avant moi que le travail n’était pas une vertu, ni une manière de s’épa­nouir.
De sa fonction purement ali­mentaire, le travail est devenu une valeur culturelle, un symbole de reconnaissance, à un tel point que certains sont prêts à sacrifier une partie de l’aspect alimentai­re, simplement pour être dans le coup. Travailler pour être reconnu socialement.
Le vrai courage serait de lutter pour l’abolition du travail, libé­rer l’homme du concept du tra­vail pour retrouver l’énorme ca­pacité créatrice qu’il possède.
L’homme mérite mieux qu’un alignement stupide derrière ses semblables, dans un local mina­ble, une carte rouge à la main…
Source : Le Communiste N° 27 (Juillet 1988)

Ce travail ne m’a jamais satisfait

-67% des salariéEs n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité

-80% s’ennuient au travail

-2 000 000 salariéEs se disent maltraitéEs au travail

-500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises

-Un à deux travailleurs sont tuéEs chaque jour lors d’un accident du travail

Au milieu des années 70, un ouvrier ou un employé pouvait « espérer » rattraper le niveau de vie d’un cadre en 30 ans.

Contre 150 ans de nos jours.

 

Tous les jours pareil.

J’arrive au boulot et ça me tombe dessus comme une vague de désespoir, comme un suicide, comme une petite mort, comme une brûlure de la balle sur la tempe. Un travail trop connu, une salle de contrôle écrasée sous les néons et des collèges que certains jours on n’a pas envie de retrouver. Ce travail ne m’a jamais satisfait. Pourtant je ne me vois plus apprendre à faire autre chose, d’autres gestes, on fait avec mais on ne s’habitue pas. Je dis « on » et pas « je » parce que je ne suis pas seul à avoir cet état d’esprit, on en est tous là.
Que nous reste-t-il aujourd’hui ? Bien sûr il y a le salaire, ce fameux salaire qui fait qu’on continue. Peur de la pauvreté, pour soi et pour ses proches, pour les enfants aussi, pour lesquels on espère un autre avenir, même si on n’est pas sûr qu’il sera très différent du nôtre. Et puis il y a l’argent qui devient la mesure de toute chose. Alors quand on réfléchit à tout ça, il y a comme un sentiment de gâchis. On se dit qu’on mène vraiment une vie de con. Que la vie, c’est autre chose, ou devrait être autre chose.

J’ai un doigt, le gros, j’ai du mal à le bouger, j’ai du mal à toucher Dominique le soir, ça me fait mal aux mains… La gamine quand je la change, je peux pas lui dégrafer ses boutons… Tu sais, t’as envie de pleurer, dans ces coups de temps là… C’est tout ça, tu comprends, t’as du mal à écrire, j’ai du mal à écrire. J’ai de plus en plus de mal à m’exprimer, ça aussi c’est la chaîne… C’est dur, quand t’as pas parlé pendant 9 heures t’as tellement de choses à dire, que les mots, ils arrivent tous ensemble dans la bouche. Et puis tu bégayes, tu t’énerves, tout t’énerve, tout. Et ceux qui t’énervent encore plus c’est ceux qui parlent de la chaîne. Et qui ne comprendront jamais que tout ce qu’on peut en dire, que toutes les améliorations qu’on peut lui apporter, c’est une chose mais que le travail il reste… C’est dur la chaîne. Moi maintenant je peux plus y aller, j’ai la trouille d’y aller. C’est pas le manque de volonté. C’est la peur d’y aller… La peur, la peur qui mutile encore d’avantage. La peur que je puisse plus parler un jour, que je devienne muet. Je lisais avant. J’ai lu un tas de livres. Maintenant je n’ai plus envie de lire. Je n’ai plus envie…

C’est l’homme tout entier qui est conditionné au comportement productif par l’organisation du travail, et hors de l’usine il garde la même peau et la même tête. Dépersonnalisé au travail, il demeurera dépersonnalisé chez lui.

Christophe Dejours – Travail usure mentale

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La première des résignations face au capitalisme, nous la faisons à l’école, nous la rencontrons dès notre plus jeune âge.

On nous apprend le plus tôt possible, qu’il faudrait se surpasser pour être parmi les meilleurs, non pas pour le plaisir d’apprendre, non pas pour le savoir, non juste pour surpasser les autres et « avoir une bonne place ». La compétition commence.

Pourquoi, parce que la société est ainsi faite, il y a les bonnes places pour les « méritants » et les autres places.

C’est le nouvel ordre naturel.

Les pauvres, leurs enfants (sauf quelques rares exceptions) qui triment et trimeront, les « méritants » qui triment et trimeront dans de meilleures conditions, mais surtout les rentiers, rentières qui ne trimeront jamais.

Sauf que nous savons bien que le mérite a peu à voir avec l’attribution des places, nous savons bien que le niveau social des parents est discriminant, nous savons bien que la réussite scolaire n’est pas proportionnelle à l’effort fourni. Pourtant nous continuons avec cette idée, qu’il y aurait une place à trouver pour chacun dans cet ordre social.

Or d’où nous vient cette idée?
Cela ne vous rappelle rien?
Un monde où le paysan, né paysan devait trimer, où le riche pouvait jouir de ses privilèges?
Oui, nous sommes bien sous l’Ancien Régime, nous sommes bien dans une vision ultra religieuse de la société : la pénitence (du travail pour n’être pas bien né) et la récompense (du week end et de la retraite) pour certains et le privilège (toute sa vie) pour d’autres.

Un ordre naturel.

Naturel car « bon sang ne saurait mentir », il est donc tout à fait naturel que le fils de médecin soit médecin, que le fils de prof soit prof, naturel car il serait naturel que l’on laisse à ses enfants son patrimoine et que le fils de rentier n’ait qu’à enfiler les chaussons de son père. Tout cela pour le bien commun de l’humanité.
Tout cela pour l’équilibre des relations humaines dans la recherche du Bien Commun. Non pas du bien de chacun, mais du bien commun.

Nous sommes là dans le cœur de la Doctrine Sociale de l’Église, véritable acte de naissance religieux du Capitalisme.
Les citoyens ne sont plus, l’égalité n’existe pas. Il y a des places à tenir, il faut sélectionner pour distribuer ces places.
Le pauvre à l’usine, les intermédiaires au bureau et les riches dans les palais.
Il devient dès lors inutile d’apporter du savoir au pauvre, le nivellement par le bas de l’enseignement ces 50 dernières années se justifie ainsi.

Cette doctrine est appliquée par les plus grandes institutions internationales, l’ONU, le BIT, l’UE.

Plus vous en saurez sur cette doctrine, plus vous comprendrez que le syndicalisme chrétien, en France la CFDT, syndicat collaborationniste à la remorque du PS, est contre l’émancipation du travail.

Les Enragé-e-s

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La classe ouvrière doit impérativement modifier ce rapport de force et reprendre son autonomie organisationnelle et militante. C’est la classe ouvrière qui doit diriger le combat de résistance féroce (pas du tout pacifiste) et non pas se mettre sous le parapluie de la petite bourgeoisie aigrie, chancelante, irrésolue, pacifiste et conciliatrice.

Depuis l’approfondissement de la crise systémique de l’impérialisme moderne l’État réduit les charges fiscales imposées aux entreprises accroissant d’autant les impôts et les taxes reposant directement sur les épaules de tous les salariés, les ouvriers tout autant que les employés des entreprises privées, publiques et parapubliques, ce qui comprend évidemment les petits-bourgeois (la pseudo classe moyenne qui n’a jamais existé) qui ont tout à coup le sentiment de ne plus être importants pour leurs maîtres capitalistes qui les soumets petit à petit à l’indigence…

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L’oppression spécifique des femmes

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1. L’oppression spécifique des femmes

 

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En tant que révolutionnaires, nous voulons mettre fin à toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Nous mettons sur le même plan ces deux luttes dont l’objectif est l’émancipation de tout rapport de domination.

IMG_0735_Copier_Le capitalisme, c’est l’exploitation d’une classe par une autre, d’une majorité de la population par une minorité de privilégiés qui tirent profit de cette exploitation.


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L’impérialisme, c’est la domination des peuples par des moyens économiques, culturels et militaires au profit des bourgeoisies des grandes puissances.

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L’oppression des femmes est plus transversale et plus insidieuse : plus transversale car elle traverse les frontières géographiques et les barrières de classe, mais surtout parce qu’elle s’exprime dans la sphère publique, productive, et dans la sphère privée, “ reproductive ”.

 

Elle est plus insidieuse parce qu’après les conquêtes féministes qu’ont été par exemple le droit de vote ou la maîtrise de la fécondité (contraception-avortement), on voudrait nous faire croire que les femmes ne sont plus opprimées et que le combat féministe est un combat d’arrière-garde.

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« La révolte des fils contre les pères ne menace pas l’ordre patriarcal, il permet d’ailleurs son remplacement en le rajeunissant ; il n’en est pas de même de la révolte des filles contre les pères, qui est vécu comme sacrilège, impensable, menaçant l’ordre politique et social.« 

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La lutte des femmes pour leur libération est profondément subversive car, en se situant à la fois dans la sphère publique et dans la sphère privée, elle remet en cause tous les rapports humains.

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Pour organiser la lutte contre cette domination, il faut comprendre les mécanismes à l’œuvre dans les différents types d’oppression : la domination masculine ne se réduit pas à une somme de discriminations. C’est un système cohérent qui façonne tous les domaines de la vie collective.

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Car comme tout rapport de domination, l’oppression spécifique des femmes repose sur trois piliers :

Une domination idéologique, culturelle ;

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Une domination sociale, économique et politique ;

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Un rapport de forces qui, pour maintenir cette domination, va jusqu’à la violence physique.

 

La justification idéologique

La justification idéologique de la domination masculine se base sur des différences biologiques entre hommes et femmes. Si nous ne contestons pas ces différences, il faut cependant affirmer que les différences qui existent entre les individus ne sont pas moins grandes que celles observées entre les deux sexes : tout est affaire de critère de différenciation (ici seul celui de la reproduction est pris en compte). Mais surtout, ces “ qualités naturelles ” préattribuées à chaque sexe aboutissent à une hiérarchisation entre le groupe des hommes et celui des femmes. Ces différences sont utilisées par les hommes comme un moyen d’asseoir leur domination et de justifier une place de subalterne dans la division du travail.

Ce processus de naturalisation d’un rapport inégalitaire se traduit par la construction de valeurs prétendues “typiquement féminines ”, comme l’instinct maternel, la douceur, la retenue qui servent à cantonner les femmes dans le rôle qu’on attend qu’elles jouent.

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On en arrive à la notion de “ genre ”. Contrairement au sexe, qui se réfère à des différences biologiques entre mâles et femelles, le genre relève d’une construction sociale à travers l’éducation et les attentes de l’organisation sociale.“ On ne naît pas femme, on le devient ”, disait en 1949 Simone de Beauvoir. Les rapports hommes-femmes ne sont pas fondés sur la complémentarité des sexes mais sur une hiérarchie entre les deux qu’il s’agit d’analyser.

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Les normes qui construisent les genres sont intériorisées par les dominées elles-mêmes et c’est comme cela qu’elles “ choisissent ” des sports prétendument féminins (la danse ou la gym) ou des métiers (enseignement, santé, social) qui reproduisent le rôle maternant qu’elles jouent dans la sphère privée.

 

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Une division sociale et sexuelle du travail, hiérarchisée et inégalitaire

Si elle est renforcée par cette idéologie, la domination des femmes dans la sphère productive publique découle de la place des femmes dans la sphère reproductive privée.

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Il y a une division sociale et sexuelle du travail, hiérarchisée et inégalitaire, caractérisée par un partage entre la sphère dite publique (travail productif) et la sphère dite privée (travail domestique, de reproduction de la force de travail).

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La valeur du travail n’est pas déterminée par le travail lui-même mais par la sphère dans laquelle il est produit, et le travail dans la sphère privée est systématiquement dévalorisé et surtout gratuit. Bien que les femmes soient de plus en plus présentes dans la sphère publique, la place qu’elles y tiennent est justifiée idéologiquement par la place prépondérante qu’elles occupent dans la sphère privée : elles peuvent être à temps partiel car elles doivent s’occuper du ménage et des enfants ; elles peuvent gagner moins car elles n’ont pas la charge d’entretenir une famille ; elles exercent des métiers liés à l’enfance, au social accordés à leurs qualités “ naturelles ” de patience et d’accompagnement.

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Cette division sexuelle du travail permet à la société de faire des économies sur les crèches collectives, les cantines, la prise en charge des personnes âgées. En 2000, les femmes continuent d’assumer 80 % du noyau dur du travail domestique (vaisselle, cuisine, linge, soins matériels aux enfants, courses).

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Le capitalisme a donc besoin de l’oppression des femmes et la renforce. Il organise la division du travail réservant aux femmes ses premières attaques avant de s’en prendre à l’ensemble des salariés et sans que cela n’entraîne aucune réaction : les secteurs les plus précarisés de tout point de vue sont les plus féminisés.

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L’oppression des femmes n’est pas seulement un “ reste archaïque ” des millénaires passés. Elle a été récupérée par le système capitaliste même si cela a produit et produit toujours de nouvelles contradictions en son sein : en période d’expansion économique, le capitalisme a besoin de réguler le marché du travail en sollicitant une main d’œuvre féminine bon marché et inversement en période de récession.

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Mais si toutes les femmes sont opprimées, toutes ne sont pas exploitées, et nous n’ignorons pas les différenciations sociales entre les femmes.

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Une femme de la bourgeoisie peut exploiter ses domestiques tout en étant opprimée par son mari et la société patriarcale en général.

Jean-François Kahn, qui, à l’occasion du viol présumé de l’affaire du Sofitel ici interviewé sur France Culture, tente de définir à sa manière les actes dont Dominique Strauss-Kahn fut accusé:

« Qu’il y ait eu une imprudence on ne peut pas le… (gloussement), j’sais pas comment dire, un troussage… » Relancé par la journaliste, l’écrivain persiste même s’il reste confus: « Que y ait un troussage, euh, de domestique, enfin, j’veux dire, c’qui est pas bien, mais, voilà, c’est une impression. »

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C’est pour cette raison que la lutte contre le capitalisme et la lutte contre le patriarcat sont indissociables, et que nous ne concevons pas de socialisme sans émancipation des femmes, et pas de libération des femmes sans révolution sociale.

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Le succès ou l’échec d’une révolution peut toujours se mesurer au degré selon lequel le statut de la femme s’en est trouvé rapidement modifié dans une direction progressive. Angela Davis

 

La violence

 

Toutes ces inégalités et leur justification idéologique constituent un système, le patriarcat.

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La tâche des instituteurs est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. Louise Michel

 

Le troisième pilier sur lequel repose le patriarcat est la violence qui lui permet de maintenir le rapport de domination. La violence faite aux femmes en est la partie la plus visible et la plus terrible. Elle est là pour rappeler aux femmes qu’elles sont dominées.

Certains États légitiment la violence (Afghanistan, Egypte, etc.). Sinon, c’est au quotidien, dans la rue comme à la maison, que les femmes sont perpétuellement menacées dans leur intégrité physique et morale.

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Le slut-shaming est un terme qui nous vient des États-Unis, mais cette pratique est encore peu dénoncée en France. Il est pourtant omniprésent, tant sur les réseaux « sociaux » que dans les conversations. Le slut-shaming ou « humiliation des salopes », consiste à rabaisser ou culpabiliser une femme à cause de son comportement sexuel réel ou supposé (pratiques, nombre de partenaires, vêtements « provocants »…). Concrètement, c’est dire qu’une telle est « une vraie salope » parce qu’elle multiplie les conquêtes. C’est aussi les multiples injonctions faites aux jeunes filles de s’habiller de façon « respectable ». Comme ce post sur Tumblr qui a eu un certain succès l’an passé http://weknowmemes.com/wp-content/uploads/2012/06/dear-girls.jpg – privé (« les filles, savez vous que vos seins vont à l’intérieur de votre haut? ») C’est entendre dire en soirée que la tenue que porte cette fille est « un appel au viol ». Il y a aussi ces groupes Facebook valorisant les « filles qui se respectent » en dénonçant les autres. On a eu récemment des pages qui mêlaient slut-shaming et racisme en s’en prenant aux « beurettes » qui seraient « dévergondées » et publiaient des photos volées de femmes maghrébines avec des commentaires graveleux. Autre exemple, les « blagues » visant à humilier une femme en faisant des suppositions sur sa « liberté sexuelle » du type « elle doit aimer ça, la cochonne » , humour entretenant l’idée que la sexualité des femmes pourrait être un critère d’humiliation. Comme tout harcèlement le slut-shaming blesse les personnes qui en sont victimes. Il peut même faire des morts, comme cette jeune américaine de treize ans qui s’est suicidée après des mois de harcèlement. Des filles avaient écrit « slut » sur son casier, et elle avait reçu des menaces de viol. Le rapport avec « Your boobs go inside your shirt » ? Une culture qui considère que les filles sexuellement actives devraient avoir honte et que cette activité supposée ou réelle justifierait un harcèlement quotidien, une condamnation publique. Le slut-shaming participe également à la culture du viol en disculpant les violeurs: pour ses adeptes si une femme porte certains vêtements ou adopte certains comportements, cela signifie qu’elle est forcément consentante. En réponse à ce phénomène du slut-shaming des féministes organisent de par le monde des « slut-walk » (marche des salopes) qui dénoncent ces idées rétrogrades.

 

La violence physique ou morale faite aux femmes (viol, prostitution, femmes battues, harcèlement, humiliations, etc.) est le dernier recours et outil qu’ont les hommes pour affirmer leur supériorité sur les femmes et surtout pour perpétrer et maintenir l’oppression des femmes. Il existe une véritable tolérance sociale vis-à-vis de cette violence.

monica-lee-011

eye-of-the-drain-sinkMais même pour celles qui ne subissent pas directement cette violence physique, aucune d’entre nous n’échappe à la violence symbolique que constituent : la marchandisation du corps des femmes, la pornographie, les publicités, les insultes sexistes ou la dévalorisation systématique de nos compétences et nos activités.

 

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Face à une société de plus en plus violente, un certain discours tend à présenter la famille comme une valeur refuge, un lien protecteur à qui on demande de combler les lacunes de l’Etat et de la société (exemple : culpabilisation des parents, particulièrement des familles monoparentales à la tête desquelles on trouve une écrasante majorité de femmes, suppression des allocations aux familles des élèves qui sèchent les cours, etc.).

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A la mémoire de toutes les femmes mortes pendant des avortements clandestins et non sécurisés.

Le-pape-Francois-dans-l-avion-pour-RioOr, non seulement la famille reste le lieu de multiples violences (70 % des viols sont commis au sein de la sphère familiale et dans son entourage directe ; plusieurs millions de femmes et d’enfants y sont battus chaque année) mais reste, comme l’était l’Eglise, un lieu privilégié d’inculcation des normes et d’un certain ordre moral fondé sur le couple hétérosexuel et marié auquel la société donne des droits en tant que tel (allocations, héritages, logement, impôts, etc.).

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Nous devons nous battre pour que chaque individu ait des droits indépendamment de sa situation matrimoniale ou familiale afin de garantir une véritable égalité entre ses membres et une réelle autonomie à chacun notamment aux femmes (exemple : la loi sur le regroupement familial pour les immigrés exclue les deuxièmes et troisièmes épouses des droits, en particulier du droit au séjour).

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Cependant, aujourd’hui, l’institution familiale est ébranlée par de nouvelles formes qui, de fait, se développent : les familles monoparentales ou recomposées, la reconnaissance institutionnelle des couples homosexuels (Pacs), etc. Il nous faut nous engouffrer dans cette brèche pour remettre en cause les rôles traditionnels que la famille institue.

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La révolution prolétarienne n’a nul besoin de la terreur pour réaliser ses objectifs. Elle hait et abhorre l’assassinat. Elle n’a pas besoin de recourir à ces moyens de lutte parce qu’elle ne combat pas des individus, mais des institutions, parce qu’elle n’entre pas dans l’arène avec des illusions naïves qui, déçues, entraîneraient une vengeance sanglante. Ce n’est pas la tentative désespérée d’une minorité pour modeler par la force le monde selon son idéal, c’est l’action de la grande masse des millions d’hommes qui composent le peuple, appelés à remplir leur mission historique et à faire de la nécessité historique une réalité. Mais la révolution prolétarienne sonne en même temps le glas de toute servitude et de toute oppression ; voilà pourquoi se dressent contre elle dans une lutte à mort, comme un seul homme, tous les capitalistes, les Junkers, les petits-bourgeois, les officiers, bref tous les profiteurs ou les parasites de l’exploitation et de la domination de classe. Rosa Luxemburg

 

Par exemple en défendant l’adoption par les homosexuels qui permet de s’extraire de la conception biologisante des fonctions paternelle et maternelle, ce qui n’est pas incompatible (et serait même souhaitable) avec le fait que les enfants entretiennent des relations avec leurs parents biologiques. Il faut reconnaître et même encourager la diversité des modes de parentalités et d’éducation de façon à aller dans le sens de l’autonomie des individus (des enfants et des femmes en particulier).

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Sentir dans sa propre douleur la douleur de tous ceux qui souffrent et puiser mon courage dans la nécessité de vivre pour me battre pour eux Frida Kahlo

2. Construire le mouvement autonome des femmes.

Les militantes féministes des années 1970 se sont battues pour faire reconnaître l’existence d’une oppression spécifique des femmes.

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Il s’agissait alors de faire admettre que cette oppression était plurimillénaire, qu’elle avait précédé l’apparition de la propriété privée dans les sociétés occidentales, qu’elle ne pouvait pas être réduite à la “ surexploitation ” des femmes par le capitalisme ; que le foyer n’était pas ce havre de paix tant vanté et que la moitié de l’humanité la subissait.

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Elles étaient féministes, non pas parce qu’elles détestaient les hommes, ou qu’elles pensaient que des sentiments sincères entre hommes et femmes étaient impossibles. Mais parce qu’elles étaient lucides sur un système social qui, malgré certaines évolutions, établit un rapport de forces au profit des hommes et leur accordent de nombreux privilèges collectifs et individuels. Cette suprématie masculine, ébranlée par les luttes féministes, se répercute jusque dans les actes de la vie quotidienne, dans la vie intime des couples hétérosexuels et des individus des deux sexes, quelle que soit leur orientation sexuelle. Être féministe, c’est considérer qu’il est souhaitable et souhaité de transformer en profondeur les relations entre les hommes et les femmes.

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Beaucoup d’hommes, lorsqu’ils en viennent à s’intéresser aux féminisme veulent aider dans les combats pré-existants. Ainsi on le voit militer pour que la rue soit à tous et toutes, militer pour l’égalité salariale ou je ne sais quoi. Mais ces combats là sont déjà pris en charge par les femmes qui n’ont donc nul besoin qu’on leur tienne à la main. En revanche, nous avons besoin qu’on détruise déconstruise la virilité. Les femmes ne sont pas discriminées toutes seules, elles le sont car les hommes ont des avantages. (…)

Lire la suite  ici )> Les hommes qui voudraient s’intéresser au féminisme

Or, pendant très longtemps, le discours dominant du mouvement ouvrier a été de considérer la lutte des classes comme la lutte “ principale ” ; la lutte contre l’oppression des femmes était considérée comme secondaire : l’émancipation des femmes serait réglée dans le cadre de la lutte des classes.

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Ce type de discours reproduit les rapports de hiérarchisation à l’intérieur même du mouvement des opprimé-e-s (femmes, Noirs, homo…) ; il hiérarchise la lutte contre les oppressions au nom de la lutte principale qui, elle, serait en soi porteuse d’un projet universel.

10264837_10201656839158910_567273505_nOr, un tel projet ne peut résulter que de la mise en commun systématique et patiente des énergies et de la réflexion issue des différents mouvements sociaux, dans un projet d’ensemble des rapports sociaux.

185190_324354807663408_697229590_nCela implique un soutien actif à toutes les formes d’autoorganisation des femmes, dans l’ensemble du mouvement social ainsi qu’une lutte résolue contre la division sociale et sexuelle des tâches et pour la mixité des activités à tous les niveaux de la société.

182428_10200271745888942_1389550509_nLa nécessaire construction d’un mouvement autonome des femmes

Par mouvement des femmes, nous entendons toutes les femmes qui s’organisent à un niveau ou à un autre contre l’oppression spécifique que leur impose la société: groupe femme, groupe de quartier, d’entreprise, commissions syndicales. Par ailleurs, certains groupes ou mouvements pour le droit des femmes sont mixtes. Le mouvement des femmes s’est caractérisé par sa diversité, son impact sur toutes les couches de la société, et par le fait qu’il n’est rattaché à aucune organisation politique en particulier, même si divers courants se manifestent en son sein.

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Par indépendant ou autonome, nous voulons dire que le mouvement est organisé et dirigé par des femmes ; qu’il considère la lutte pour le droit des femmes comme une priorité absolue et qu’il refuse de subordonner cette lutte à d’autres intérêts ; qu’il n’est subordonné aux décisions ou à l’orientation d’aucune tendance politique ni d’aucun groupe social; qu’il est décidé à mener jusqu’au bout la lutte par tous les moyens et avec toutes les forces qui se révéleront nécessaires. Indépendant ou autonome ne signifie pas pour nous indépendant de la lutte des classes ou des exigences des salarie-é-s. Au contraire, étant donné les liens entre capitalisme et oppression des femmes, seule une convergence entre les objectifs féministes et la lutte pour une transformation radicale de la société permettra le rassemblement des forces nécessaires pour atteindre les buts des femmes.

Cela dit, les formes de notre intervention peuvent varier selon le contexte. Parmi les facteurs à prendre en considération, il faut compter l’étendue de nos propres forces ; la taille, la nature et le niveau politique des courants de libération des femmes ; l’état du mouvement ouvrier. Le choix entre l’organisation de groupes de libération des femmes, l’intervention dans les organisations existantes du mouvement de libération des femmes, la construction de cartels larges sur des thèmes spécifiques, l’intervention dans les commissions syndicales ou dans tout autre organisation de masse ; la combinaison de plusieurs de ces interventions ou une intervention sous des formes complètement différentes, sont des questions tactiques. Et ce sont ces questions qui sont à l’ordre du jour.

Le secrétariat femme de la LCR

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La révolution sera la floraison de l’humanité comme l’amour est la floraison du cœur. Louise Michel

 

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Le mythe de la création d’entreprise

Le chef de l’État a annoncé au printemps 2013 plusieurs mesures pour favoriser l’esprit d’entreprise dès le collège.

Francois Hollande stands in rainUn programme sur l’entrepreneuriat sera lancé «de la sixième à la terminale»…

Que va-t-il rester à la droite?

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Demain, tous entrepreneurs?

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Quelques chiffres.

France : 93% des actifs sont des salarié-e-s

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Et oui… Le salariat, c’est pas la joie le lundi matin. Ni le dimanche soir d’ailleurs. En fait, le salariat, c’est pas la joie du lundi matin au dimanche soir.

 

L’immense majorité des actifs est salariée.

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-67% des salarié-e-s n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité -80% s’ennuient au travail -2 000 000 salarié-e-s se disent maltraité-e-s au travail -500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises -Un à deux travailleurs sont tué-e-s chaque jour lors d’un accident du travail

 

Pourtant, une mythologie puissante est installée sur tous les canaux culturels et médiatiques possédés par le patronat, celle qui consisterait à pouvoir échapper à l’enfer du salariat en « créant sa boite« .

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Ils sont des centaines de milliers chaque année à être intimement persuadés qu’ils sont plus malins que les autres, sans se douter un instant que le maigre espace que leur laissera les gros finira par être englouti par les mêmes.

En effet, plus d’une création d’entreprise sur deux a mis la clé sous la porte au bout de 5 ans.

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C’est l’homme tout entier qui est conditionné au comportement productif par l’organisation du travail, et hors de l’usine il garde la même peau et la même tête. Dépersonnalisé au travail, il demeurera dépersonnalisé chez lui. Christophe Dejours – Travail usure mentale

 

Pour certain-e-s, cela représente l’ultime espoir de pouvoir subvenir à ses besoins car en temps de crise, l’économie capitaliste sur-exploite celles et ceux qui ont un emploi et exclut un nombre toujours plus considérable de personnes, à commencer par les femmes qui en sont les premières victimes.

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Bien que les femmes soient de plus en plus présentes dans la sphère publique, la place qu’elles y tiennent est justifiée idéologiquement par la place prépondérante qu’elles occupent dans la sphère privée : elles peuvent être à temps partiel car elles doivent s’occuper du ménage et des enfants ; elles peuvent gagner moins car elles n’ont pas la charge d’entretenir une famille ; elles exercent des métiers liés à l’enfance, au social accordés à leurs qualités “ naturelles ” de patience et d’accompagnement. Cette division sexuelle du travail permet à la société de faire des économies sur les crèches collectives, les cantines, la prise en charge des personnes âgées. En 2000, les femmes continuent d’assumer 80 % du noyau dur du travail domestique (vaisselle, cuisine, linge, soins matériels aux enfants, courses). Le capitalisme a donc besoin de l’oppression des femmes et la renforce. Il organise la division du travail réservant aux femmes ses premières attaques avant de s’en prendre à l’ensemble des salariés et sans que cela n’entraîne aucune réaction : les secteurs les plus précarisés de tout point de vue sont les plus féminisés. L’oppression des femmes n’est pas seulement un “ reste archaïque ” des millénaires passés. Elle a été récupérée par le système capitaliste même si cela a produit et produit toujours de nouvelles contradictions en son sein : en période d’expansion économique, le capitalisme a besoin de réguler le marché du travail en sollicitant une main d’œuvre féminine bon marché et inversement en période de récession.

 

Ces fameuses « boites », la plupart se refermeront en laissant pour seule liberté à leurs propriétaires illusionnés le soin d’en apposer eux-même le couvercle.

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Si le riche te tapote l’épaule, c’est que ta servilité lui garantit la pleine jouissance de ce qu’il a volé, à toi, à moi, à tous les pauvres du monde. Les riches souhaitent ardemment que tous les déshérités aient l’âme d’un mendiant. Ricardo Flores Magon

 

La plupart y perdra toutes ses économies, qui ne seront bien évidemment pas perdues pour tout le monde…

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« J’hallucine tous ces assistés qui se croivent chez les Bisounours. Moi je vais me bouger le cul et monter ma boite. »

 

Certains hurleront après « les charges » [les cotisations sociales] sans réaliser que les normes fiscales et comptables des entreprises sont faites sur mesure pour la classe possédante, sans s’avouer aussi qu’ils se feront déplumer à leur tour par la bourgeoisie.

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Ils veulent ignorer que le capitalisme consiste à voler légalement les fruits du travail et les gains de productivité afin de renouveler sans fin l’appareil de production sans comprendre qu’ils feront eux-mêmes les frais de cette expansion et de ce vol de travail, d’une façon directe ou indirecte puisque l’économie capitaliste prospère sur la quasi totalité des champs de l’existence.

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Tout est privatisé au sein d’une économie capitaliste, la minuscule liberté consistant à « créer sa boite » n’est une liberté qui ne peut fonctionner que dans la mesure où elle n’est exercée que par une minorité de la population.

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Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut se constituer qu’à la condition de priver l’immense majorité de la société de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien là notre intention. Karl Marx

 

C’est le principe de toute création de richesse: Toute richesse est du travail volé.

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Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours Elle plonge le lecteur dans les arcanes d’un véritable « système » né dans l’après-guerre et qui, malgré ses mutations, marque encore aujourd’hui la machine patronale. Du recyclage des anciens cadres de Vichy dans la reconstruction jusqu’aux caisses noires des syndicats patronaux, en passant par le financement secret des partis politiques ou les graves dérives du paritarisme, on découvre le rôle central de personnages aussi puissants que discrets, de Georges Albertini, éminence grise du patronat liée à l’extrême droite dans les années 1950, ou les « conseillers du prince » qui ont influencé les choix économiques des présidents successifs de la Ve République. On découvre aussi les efficaces lobbyistes d’un patronat capable de se tailler des réglementations sur mesure au mépris de la santé des citoyens. Et qui a su s’appuyer sur des intellectuels et des grands médias pour convertir les élites politiques aux « mérites » de la finance dérégulée. Cette somme brosse le vrai portrait de nombreux patrons, révèle les bonnes affaires des uns dans la « Françafric », les juteuses opérations des autres dans l’immobilier ou l’industrie. On découvre comment se sont vraiment faites la plupart des grandes fortunes françaises, celles d’hier et d’aujourd’hui : subventions extorquées à l’État, entreprises publiques bradées, rachats de sociétés dans des conditions plus qu’obscures, montages financiers aux marges de la légalité, fraude fiscale, espionnage, coups fourrés, etc. La légende de patrons conquérants, prenant tous les risques pour faire leur fortune à la force du poignet, sort sérieusement écornée de ce magistral livre-enquête.

 

Les normes comptables sont calquées sur les besoins du Capital, ceux du renouvellement constant de sa prédation. Elles sont suffisamment souples pour pouvoir être arrangées de mille manières et suffisamment bien pensées pour offrir un avantage décisif à une classe bien identifiée.

Celui qui ne possède pas le Capital ne peut lutter à armes égales.

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« Je m’en souviens comme si c’était hier, j’ai commencé dans mon garage, je suis partie de rien, voyez-vous,  je me suis faite à la force de mon travail. Elle est bonne ou on la refait? »

 

Personne ne leur dit qu’en temps de crise systémique, le Capital procède à une accélération éperdue de sa concentration.

Les gros mangent les moyens qui mangent les petits et le Capital devient si gros qu’il finit par dévorer l’économie sur laquelle il se goinfre.

Le discours d’entreprise prétend s’adresser à tous mais en réalité, il ne s’adresse qu’à une minorité de la population.

APTOPIX France Hollande Olympics

Une sur trois démarre avec moins de 4000€.

Ce sont celles qui démarrent avec plus de 80.000€, et notamment celles avec plus de 200.000€ qui seules sont capables le plus souvent, de se pérenniser.

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Dans les agences de Pôle Emploi, on incite les demandeurs d’emploi à liquider leur solde d’allocations chômage au but de se constituer un pécule de départ.

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Pécule qui sera le plus souvent entièrement englouti par une petite amicale de sourires carnassiers, un mauvais sort que l’on se gardera bien d’ébruiter au candidat à l’évasion du salariat.

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« L’assureur, le banquier, le type de la CCI, l’agent immobilier, le notaire, l’expert comptable, l’artisan, le rentier sont formels, la plage est à 800 mètres les gars. »

 

Sur les 3,6 millions d’entreprises, 2,4 millions n’ont pas de salarié.

Et sur ces 2,4 millions de « patrons » qui s’auto-exploitent, il y a 900.000 autoentrepreneurs déclarés dont la moitié ne dégage aucun chiffre d’affaire.

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« Sur BFMTV ce matin, ils ont dit que la plage, c’est tout droit, alors moi je vais tout droit, c’est pas dans leur intérêt de mentir à leur public, réfléchissez un peu bon sang! »

 

90% de l’autre moitié réalise un chiffre d’affaire inférieur à très inférieur au SMIC

En 2011, sur 500.000 créations d’entreprises, 270.000 sont des autoentrepreneurs, c’est-à-dire le plus souvent des « entreprises » qui vivotent ou implosent rapidement en vol.

Revenons à nos patrons.

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– Près d’un million d’entreprises de 1 à 9 salarié-e-s

170.000 de 10 à 49 salarié-e-s

50.000 patrons possèdent une entreprise de plus de 49 salarié-e-s

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Même si on les entend beaucoup, même si on les voit beaucoup, même s’ils passent leurs journées à tenter de nous convaincre des vertus de l’idéologie d’entreprise, ces chiffres montrent que les patrons sont infiniment minoritaires, ils ne pèsent en réalité que 3% de la population active.

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Un de moins ! Un patron boulanger de Tarbes se chamaillait ces jours derniers avec un de ses ouvriers nommé Lacaze, un zigue de vingt ans. Emmerdé par son singe, l’ouvrier lui a sauté à la gueule et lui a tellement serré le ki-ki que le patron en est mort. Ça prouve, nom de Dieu, qu’il n a pas besoin de chercher midi à quatorze heures — la bonne volonté suffit. Emile Pouget, Le Père Peinard

 

Telle est la pente naturelle du capitalisme liée à sa logique concentrationnaire: jamais le nombre de salarié-e-s n’a été aussi important.

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Faut-il répéter les arguments irrésistibles du socialisme, des arguments qu’aucun économiste bourgeois n’est jamais parvenu à détruire ? — Qu’est-ce que la propriété, qu’est-ce que le capital, sous leur forme actuelle ? C’est, pour le capitaliste et pour le propriétaire, le pouvoir et le droit, garanti et protégé par l’État, de vivre sans travailler, et, comme ni la propriété ni le capital ne produisent absolument rien, lorsqu’ils ne sont pas fécondés par le travail, c’est le pouvoir et le droit de vivre par le travail d’autrui, d’exploiter le travail de ceux qui, n’ayant ni propriété ni capitaux, sont forcés de vendre leur force productive aux heureux détenteurs de l’une ou des autres. Michel Bakounine

 

Les 22.000.000 salarié-e-s, l’immense masse des travailleurs sans qui le patronat n’est rien, sans qui rien ne se fait, rien ne se crée, doivent connaître la réalité de la création d’entreprise: l’échec quasi assuré pour les plus nombreux, principalement les petits.

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La création d’entreprise est un vrai business en soi, elle entretient les rentes de professions et autres notables et institutions ciblés, par ce que l’on peut nommer un mirage.

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Si l’on se place du point de vue d’un capitaliste, la création d’entreprise est un vrai marché.

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Le mythe de la création d’entreprise lessive des salarié-e-s qui tentent d’échapper à l’esclavage salarial grâce à un authentique miroir aux alouettes.

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Même lorsqu’un homme sans fortune obtient du crédit en tant qu’industriel ou commerçant, c’est qu’on a confiance qu’il va se conduire en capitaliste, s’approprier à l’aide du capital prêté du travail non payé. On lui accorde du crédit en tant que capitaliste en puissance. Et même le fait, qui suscite tant d’admiration de la part des apologistes de l’économie politique, qu’un homme sans fortune, mais énergique, sérieux, capable et versé dans les affaires, puisse de cette façon se transformer en capitaliste […] ce fait, même s’il fait entrer sans cesse en lice contre eux toute une série de nouveaux chevaliers d’industrie, dont les capitalistes individuels déjà en place se passeraient bien, renforce cependant la domination du capital, en élargissant sa base et en lui permettant de recruter toujours de nouvelles forces dans le soubassement social sur lequel il repose. Tout comme pour l’Église catholique au Moyen Âge, le fait de recruter sa hiérarchie sans considération de condition sociale, de naissance, de fortune, parmi les meilleurs cerveaux du peuple, était un des principaux moyens de renforcer la domination du clergé et d’assurer le maintien des laïcs sous le boisseau. Plus une classe dominante est capable d’accueillir dans ses rangs les hommes les plus importants de la classe dominée, plus son oppression est solide et dangereuse. Karl Marx
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Il n’y a que collectivement que l’on puisse abattre le salariat et en finir avec cet odieux esclavage.
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Les Enragé-e-s

As-tu compris qu’entre le prolétariat et la bourgeoisie, il existe un antagonisme qui est irréconciliable?

As-tu compris qu’entre le prolétariat et la bourgeoisie, il existe un antagonisme qui est irréconciliable, parce qu’il est une conséquence nécessaire de leurs positions respectives ? Que la prospérité de la classe bourgeoise est incompatible avec le bien-être et la liberté des travailleurs, parce que cette prospérité exclusive n’est et ne peut être fondée que sur l’exploitation et l’asservissement de leur travail, et que, pour la même raison la prospérité et la dignité humaine des masses ouvrières exigent absolument l’abolition de la bourgeoisie comme classe séparée ? Que par conséquent la guerre entre le prolétariat et la bourgeoisie est fatale et ne peut finir que par la destruction de cette dernière ?

As-tu compris qu’aucun ouvrier, quelque intelligent et quelque énergique qu’il soit, n’est capable de lutter seul contre la puissance si bien organisée des bourgeois, puissance représentée et soutenue principalement par l’organisation de l’État, de tous les États ? Que pour te donner de la force tu dois t’associer non avec des bourgeois, ce qui serait de ta part une sottise ou un crime parce que tous les bourgeois en tant que bourgeois sont nos ennemis irréconciliables, ni avec des ouvriers infidèles et qui seraient assez lâches pour aller mendier les sourires et la bienveillance des bourgeois, mais avec des ouvriers honnêtes énergiques et qui veulent franchement ce que tu veux ?

Michel Bakounine