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Abattons ce système, les capitalistes nous le demandent

 Si les droits des travailleurs et des travailleuses sont remis en cause, le mouvement de contestation sociale qui vient dénoncer cette remise en cause se voit confronté à un problème d’ordre théorique et stratégique.
 Qu’est-ce à dire ? Des lois comme la loi travail 2 sont d’abord riches d’enseignements.
 
 
 Le système qui met en avant les finalités que sont la « croissance », la « productivité », la« compétitivité », s’il assure qu’une légalité permettant son fonctionnement n’exclut pas la négation des intérêts vitaux de la classe laborieuse (qui rend possible pourtant la création de la valeur, au sens strict), fait à cet instant un aveu explicite.
 D‘une certaine manière, et de façon paradoxale, ce système s’auto-dénonce. De façon impudique, il proclame que ce qui est pour lui« vertueux » correspond, dans les faits, à une occultation des vécus qualitatifs concrets de ceux qui font « fonctionner » la machine, c’est-à-dire correspond à ce qui est scandaleux en soi.

 Cet aveu est une aubaine : la classe qui détient le capital, et l’Etat qui défend ses intérêts, nous donnent le bâton pour qu’on les batte. Un cynisme aussi clair nous indique définitivement que le système n’a absolument rien de « sain » (fait que le mythe des « trente glorieuses » tendait à nous faire oublier).
 
Une démonstration aussi radicale d’un mépris institutionnalisé est un appel à l’insurrection.
 Quel est le sens d’une « provocation » ? Celui qui provoque s’attend à une réaction proportionnée à l’ampleur de la provocation. La loi présente sera une ultime provocation, qui appelle une réponse à la mesure du scandale. Dans ce contexte, on ne saurait la réduire à une énième réforme dont il s’agirait simplement d’exiger la « refonte », ou même « l’abolition ». Il y a là plutôt un saut qualitatif qui se joue. Le système de la valeur accumulée montre son vrai visage, et il faudrait savoir saisir cette occasion. L’inconscient des agents d’entretien du système « républicain » est un vaste champ de ruines que nous pourrions explorer.
 
 Ici, des idéaux de jeunesse abandonnés, des renoncements,des abdications. A l’endroit où ils se trouvent, règne en maître une « double pensée » (Orwell) en laquelle il s’agit de formuler, sur un mode phatique, des prescriptions technocratiques désincarnées dont on a pleinement oublié la signification proprement « humaine ».
 
 Leur connexion sociale se résume à l’analyse quantitative de « courbes » ou de « graphiques », de« sondages » ou de « statistiques », qui n’a plus rien de tangible. Une parole émerge alors, au sein de ce marasme pathétique : la « vertu » de ce système, nous disent-ils, correspond à la nécessité de piétiner ceux qui permettent son fonctionnement.
 Et soudainement, ils nous délivrent, indirectement mais certainement, une amère vérité, que nous avions préféré ne plus voir : le système en question, pas une seule seconde, n’a pour finalité la prise en compte et la reconnaissance positive de ses membres laborieux. Un individu qui reconnaît que sa « vertu » consiste en l’occultation-destruction des autres se dénonce lui-même : sa provocation appelle une réaction proportionnée.

 De même, un système qui rend possible des lois comme la loi travail XXL est un appel à sa radicale remise en cause, à sa radicale abolition. 

 Inconsciemment, les agents d’entretien du système républicain, en proposant ou en soutenant des projets aussi scandaleusement négateurs de l’humain, savent qu’ils susciteront une réaction proportionnée : ils sont guidés malgré eux par une logique irréversible, qui est la logique de l’auto-dépassement du capitalisme, vers une société post-capitaliste.
Il faudrait donc que nous puissions nous situer à la mesure du scandale. Deux options sont à envisager dans ce mouvement de lutte : ou bien nous revendiquons exclusivement la suppression de la loi (et ainsi, si nous obtenons gain de cause sur ce terrain, nous pourrons retourner à nos activités « normales », nous pourrons continuer à survivre dans un système qui aura pourtant exhibé aussi fièrement son nihilisme intrinsèque) ; ou bien nous profitons de cette occasion pour promouvoir, de façon plus globale, l’abolition radicale du système, et le passage à de nouvelles formes de vie, créatives et intensives.
 Les deux options, bien sûr, ne s’excluent pas mutuellement.
 
D‘abord, dans un contexte qui n’est pas encore révolutionnaire, il faut bien sûr défendre les droits des travailleurs et des travailleuses s’ils sont menacés, dans la mesure où, tant que le capitalisme n’a pas été aboli, il faut pourtant bien vivre, et ce dans les meilleures conditions possibles. Mais il devrait être possible aussi, et même nécessaire il me semble, de tenir ensemble les deux finalités : dans le temps où nous défendons les droits des salarié-e-s, dans le temps où nous tentons de réduire les inégalités au niveau de la distribution des marchandises et de la valeur, dans le temps où nous souhaitons éviter que la politique politicienne produise des dégâts irrémédiables, nous pourrions préparer l’avènement d’une société en laquelle seraient abolis le travail, la propriété privée des moyens de production, la marchandise, la valeur, et l’Etat.
 
 La focalisation présente sur la loi travail XXL (qui n’est pas qu’un prétexte, mais plutôt un détonateur) ne se priverait pas d’un horizon révolutionnaire, et d’un projet post-capitaliste. Etre à la « hauteur » de l’aveu scandaleux qui vient de nous être fait, être à la hauteur d’une provocation qui dévoile le système en son être amoral et nihiliste, ce pourrait donc bien être cela : défendre une lutte plus radicale, défendre une remise en cause fondamentale des règles du jeu économique et social, par-delà tout réajustement cosmétique inessentiel. Cette loi nous dévoile l’être du travail en régime capitaliste.
 
 Sachons retenir cette leçon. Quelle est cette leçon ?
 
 Le travail, d’abord, est en crise. La révolution micro-informatique a rendu de moins en moins indispensable le travail vivant. Le recours massif à l’automatisation de la production, permettant des gains concurrentiels, produit une inutilité relative d’un bon nombre de travailleurs et de travailleuses. Mais précisément, cette inutilité n’est que relative :car, fondamentalement, le système capitaliste a besoin, en sous-main, du travail vivant exploité, pour que s’accumule, et même pour que se maintienne, la valeur, la force de travail étant la seule « marchandise » susceptible de créer plus de valeur qu’elle n’en coûte.
 
 Face à cette contradiction, le capitalisme se confronte à une radicale et irréversible dévalorisation de la valeur. Le travail, devenu inutile, se met à affirmer son irréductible nécessité. La traduction politique de cette tension inhérente au capitalisme n’est pas une ultime reconnaissance des travailleurs et travailleuses, mais bien plutôt leur précarisation irrémédiable, via une législation appropriée : car l’extraction de plus-value doit se faire plus « agressive », plus « efficace », dans la mesure où le système se confronte à la potentialité de son autodestruction.
 
 Autre enseignement : le travail ne vaut pas en tant qu’il produit des valeurs d’usage concrètes, susceptibles d’avoir une vertu sociale concrète, mais il ne vaut qu’en tant qu’il permet une « croissance » quantitativement et abstraitement appréhendée. Avec la loi travail XXL,dans la continuité de la loi El Khomri, c’est l’idée de « travail en général », de travail « tout court » qui émerge radicalement : peu importe votre activité, la manière dont vous vous reconnaissez en elle, et la manière dont elle sert le bien commun ; ce qui importe, c’est d’abord le fait qu’elle soit activité salariée productrice de valeur abstraite. Car la « croissance » qui inquiète tant les Politiques n’est elle-même qu’un enjeu désincarné, par-delà tout projet raisonnable ou authentiquement humain.
 
 Cette loi nous dévoile l’être de l’Etat en régime capitaliste.  Sachons retenir cette leçon. Quelle est cette leçon ? L’Etat n’est que le gestionnaire du capitalisme. Ses finalités (productivité, compétitivité) peuvent toutes être ramenées à la notion de profit (profit qui concerne une infime minorité de la population).
 
 La manière dont il définit sa gestion du tout social renvoie à une façon de privilégier systématiquement un ensemble d’intérêts privés négateurs du bien-être commun. La « double pensée » qu’il porte consiste à faire passer certains en jeux vagues et mal définis (croissance) pour des questions concernant quelque « intérêt général » abstrait et immédiatement séduisant. Mais tout universel-abstrait, pourtant, recouvre un particulier concret à tendance totalitaire se faisant passer fallacieusement pour le tout là oùil n’est qu’une partie non représentative de ce tout. Avec des lois comme la loi travail XXL,l’Etat « républicain » nous fait un aveu : pour lui, la liberté n’est jamais que la liberté d’entreprendre (ou de consommer) ; mais cette liberté est le contraire de la liberté politique au sens strict, qui est une liberté positive en actes et en paroles ; pour lui, l’égalité est une égalité quantitative qui concerne la sphère de la circulation des biens ; mais cette égalité repose sur le principe inégalitaire par excellence (l’exploitation dans la production). Prendre acte de cet aveu,c’est prendre acte d’un fait important : l’Etat qui affirme lui-même la nécessité de défendre les principes « démocratiques » est en train d’affirmer lui-même qu’il revendique sa propre abolition, dans la mesure où il défend le contraire de la démocratie réelle. Telle est la conséquence de la « double pensée » en milieu démocratique : les individus qui sont des« représentants » du « pouvoir » « démocratique » exigent eux-mêmes, certes inconsciemment, qu’on les renverse, et que l’on fasse cesser leur mascarade. S’ils étaient conséquents, et s’ils comprenaient réellement ce que signifie leur défense de la « démocratie », ils voudraient eux-mêmes ne plus gouverner, et reconnaîtraient la légitimité de tout mouvement de désobéissance civile. Sur ce point donc, écoutons-les, et soyons conformes à leur souhait inconscient : abattons leur système, puisqu’ils paraissent tant le désirer (quoiqu’ils ne le sachent pas eux-mêmes…).
 

Nous sommes contre le travail

Parce que nous sommes contre un système qui repose sur l’exploitation de tout et de tou-te-s.
Parce que les administrateurs de ce monde transforment l’ensemble du vivant en marchandises sur toute de la planète.
Parce que cette société n’a d’autres choix à nous proposer que la mise au travail, quelques miettes pour survivre ou l’enfermement pour les indésirables et les récalcitrant-e-s.
Parce que le travail c’est vendre son temps, ses énergies, son corps et son esprit à des patrons, à des chefs, à des machines.
Parce que le capitalisme et l’Etat prétendent avoir la main mise sur tous les aspects de notre vie et nous dé-possèdent de plus en plus de toute autonomie et même de nos rêves de quelque chose de profondément autre.
Parce que ce système de production effrénée ne laisse pas d’en-dehors où chacun-e pourrait décider librement de ses activités.
Parce que Papa Etat ne garantit des droits qu’au prix de notre liberté ; c’est le même qui lâche ses chiens de garde dans la rue, crée et militarise les frontières et fait la guerre aux quatre coins du monde.
Parce que les restructurations – qu’ils appellent « crises» – signifient le durcissement de la misère, du cannibalisme social, des techniques et des technologies de contrôle.
Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, nous sommes non seulement contre le travail mais surtout contre le monde qui en fait un pilier et un horizon indépassable.
Si nous ne voulons pas aménager la longueur de nos chaînes mais bel et bien les détruire, il n’y a ni négociation ni dialogue possible avec le pouvoir quel qu’il soit.
Il s’agit donc de mener cette lutte au-delà des limites qu’essaient de nous imposer tous ceux qui ont intérêt à ce qu’elle étouffe dans les cadres existants – dont font partie les politiciens et les co-gestionnaires de tous ordres.

 

extrait du tract Nous sommes contre le travail

La fable de la serveuse, du cadre et du pauvre petit patron

Un cadre, salarié d’un grand groupe français de l’énergie, est assez préoccupé ces temps derniers.

En effet, comprenez-le, le pauvre homme. Ce cadre surmené a commandé la pause de 200.000€ de fenêtres et de véranda et il ne sait toujours pas quand les travaux seront terminés. Vous imaginez un peu le niveau de stress dans lequel il est.

Là y’a un entrepreneur qui vient lui poser, ses fenêtres. Enfin pas lui. Ses six employés. Car il faut être six pour en porter une seule, fenêtre. Il faut dire que ce cadre voit les choses en grand. Et puis il est « écoresponsable  » ce cadre, voyez-vous. La véranda servira aussi à chauffer la maison de 480 mètres carrés.  Pour le reste, il le fera passer en crédit d’impôt. Il est écolo et bien informé, ce cadre.

Dans l’absolu, cela ne sert pas à grand chose un cadre.  Un cadre ne produit rien. Mais au sein d’une économie de marché, un cadre est indispensable. Indispensable pour le capitalisme car payé pour optimiser le vol de plus-value, c’est-à-dire pour faire travailler mieux et plus vite les employés, pour leur voler un maximum de temps de travail, à savoir cette grosse partie du temps travaillé qui n’est pas rendue en salaire mais gardée. 

Tout le monde sera d’accord pour concéder que ces 200.000€ de fenêtres ne profitent aucunement à la société. Ils sont là uniquement pour le privilège d’un cadre qui bénéficie du vol de 200.000€ de travail productif effectué par les ouvriers et les employés de ce grand groupe. 

Car voyez-vous, la classe possédante, la bourgeoisie, la rente ne pourraient pas exercer seules leur dictature politique et économique. Une partie du magot, cette masse de travail volée aux travailleurs, est réservée aux cadres surmenés et aux  » pauvres petits patrons ».

D’un strict point de vue économique, de création pure de richesse, employer un garçon de piscine ne crée strictement aucune richesse.

La bourgeoisie française ne crée pas seulement des esclaves salariés, elle se crée des larbins.  Et comme elle n’en a jamais assez, elle se fait voter des lois sur mesure, y compris celle qui permet aux rentiers de s’offrir les services de l’entretien de leur piscine. Car l’Etat est son Etat. 

Sous Sarkozy, l’assiette des cadeaux fiscaux se basait sur 18.000€ + 3% des revenus, ramenés à 10.000€ sous Hollande en début de mandat. Cela signifie que pour les nantis, il est possible de déduire 50% de cette base de ses impôts et ainsi, finalement, se faire offrir des gens de maison par l’Etat, c’est-à-dire par le vol du travail productif des plus nombreux, le prolétariat. 

Si notre cadre est surmené et stressé, notre entrepreneur de fenêtres, lui, est bien malheureux.

Du soir au matin, il pleurniche contre RSI, l’organisme collectant les cotisations sociales. Il râle, il râle tout le temps. Mais ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il se verse 4800€ par mois.

Il trouve ça peu compte tenu du « temps passé  » et de la « prise de risque ». Mais il ne se demande pas si une serveuse enchaînant un service de 14 heures est payée en rapport du « temps passé « . Il ne veut pas admettre que les vrais risques, ce sont ses propres employés qui les prennent en montant tous les jours sur les toits. Car ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il ne monte jamais sur les toits, lui. Il ne sait rien faire de ses dix doigts en vérité. Il l’a héritée de son père, sa boite.

 Ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il s’est acheté un 4×4 « avec la boite « . Il l’utilise le week end avec « l’essence de la boite « . Ce qu’il ne dit pas non plus, c’est que de temps en temps, il prend des chantiers au black. Parfois il fait 5000€ dans un week end. Au black.  Et son sport favori consiste à « faire passer des factures avec la boite « . Partout où il va, il demande  » vous pouvez me faire une facture? « . Et ce qu’il ne dit pas aussi, c’est que s’il y a des difficultés avec « sa boite « , et bien il sera peut être le premier à ne « plus se verser de salaire  » mais en tout cas, il sera quoiqu’il arrive le dernier à en partir.

En réalité, ce pauvre petit patron ne gagne pas seulement 4800€ par mois. Il gagne bien d’avantage. Car en payant ses 6 employés 1400€ par mois sauf le chef de chantier qui lui est à 1800€, et bien même une fois les « charges payées », il reste beaucoup, beaucoup d’argent.

Or le problème, c’est qu’il a des concurrents. S’il veut continuer à mener le même train de vie ( 80% des travailleurs français sont à moins de 2200€ ) et bien il faut adapter l’efficacité de « sa boite » . Et le plus formidable, c’est que la compta, qui est faite pour les patrons, qui est faite pour la classe possédante, intègre la gourmandise infinie du Capital qui est celle de devoir renouveler l’appareil productif (les machines, les équipements, le 4×4,…) au but de réaliser et réaliser encore d’avantage de profit. Et puis pour faire sa compta, son expert est compréhensif. En faisant valdinguer certains chiffres de certaines colonnes, ça fait baisser le bénéfice. 

Voilà pourquoi les investissements sur un exercice comptable, sont déduits des impôts. Formidable pour notre pauvre petit patron. Il a gagné plein d’argent ( il a volé légalement et illégalement une masse énorme de travail à ses employés ) et va donc se faire construire juste à côté du premier, un second bâtiment, des stocks encore plus imposants que les premiers. Toujours à 4800€ Toujours à bramer tous les jours après RSI, quelle plaie.

Mais imaginons que sa boite soit vendable. Et bien notre pauvre petit patron, à 50 ans, il revend sa boite 800.000€. Et là, on comprend que ce pauvre petit patron, tout le temps à chialer, il gagnait bien d’avantage en réalité, que 4800€

 Il gagnait bien d’avantage que tous les avantages qu’il volait à la société. Il gagnait en plus la réalisation de la Valeur de sa boite. Réaliser de la Valeur, voilà le seul but du capitalisme! 

Et c’est quand on fait la somme de tout cela, quand on réfléchit un peu à l’ampleur de tous ces vols cumulés… Quand on se rend compte de l’ampleur des montants, c’est-à-dire du temps de travail, du temps d’existence, qu’il vole à ses employés, à tous les employés, à tous les ouvriers, on commence à lever le voile sur cette arnaque gigantesque!

Comme le cadre surmené, ce pauvre petit patron est un parasite. Il se signale d’ailleurs tous les jours en pestant après « les charges « , c’est même à ça qu’on les reconnaît.  

Sans oublier l’embauche de son fils ou de sa fille comme secrétaire en emploi semi-fictif et le dernier voyage à Rio de février, la cuisine, le billard, le frigo américains, le mas provençal dans le Lubéron, le lot de trois apparts dont deux taudis qu’il loue à des étudiants, le VTT à 6000€ qui a fait deux sorties, l’assurance vie chez TaXa assurances, les diverses collections entassées au sous-sol et la mini cooper S de madame. Rouge avec le drapeau anglais.

Tant qu’on comparera nos miettes salariales à un salaire annoncé à 4800€, on se fera avoir!

La différence entre les deux existences ne se compte pas en euros!

Il n’y a pas une inégalité de 3500€ entre ces deux salaires! Il y a une inégalité qui n’est pas quantifiable tant elle est énorme! 

Jugez plutôt. Pour un français sur quatre, en tout cas si l’on en croit une enquête récente, ne reste à la fin du mois, une fois que tous les postes obligatoires du fameux «budget » sont couverts, que moins de 10€ 

Or celui à 4800€ là, celui du dessus, qui en réalité, on l’a vu, gagne bien d’avantage, avec ce qu’il triche, avec ce qu’il vole, magouille, investit et récupère comme valeur. Et bien il est propriétaire de sa villa, lui! Son budget logement, lui, c’est zéro!

Celui à qui il reste 10€, il loue.


D’un côté 10€ de loisirs, de l’autre des milliers non pas d’euros mais d’ordres légaux d’oppressions, d’obligations presque immanentes à pouvoir jouir de ses privilèges, en vertu de la Loi, du Marché, de l’Ordre, de l’Economie.

Ces milliers d’euros, c’est une capacité à se faire servir, tous les jours, à jouir pleinement des oppressions légales qui consistent à devoir obéir quoiqu’il arrive, sous peine d’aller en prison, aux Lois du marché et de la propriété.

Le pauvre petit patron qui entrera dans le bar de la serveuse et qui « commandera » son verre en étant d’un rare mépris, aura toutes les lois du marché avec lui. La serveuse n’a pas le droit de lui cracher à la gueule. C’est la loi. Elle doit obéir, sourire et servir le verre. C’est la Loi du marché qui veut ça, on ne peut rien y faire. C’est comme ça. Cela existe car c’est la loi.


Cette serveuse a 10€ de loisirs par mois. Elle ne sort jamais de chez elle, sauf pour aller bosser. Elle ne part jamais en week end. Elle ne part jamais en vacances. Elle fait ce boulot « en attendant de trouver mieux « . Il n’y a pas d’existence. Où est la vie là dedans? Toute une vie à attendre de trouver mieux. Cette vie, elle n’est même pas comparable puisqu’elle est directement liée à celle que l’on subit, celle du pauvre petit patron, celle du cadre surmené, celle de ces quelques millions de parasites qui s’ajoutent au parasitisme des rentiers. 

Il n’est pas possible de comparer le salaire d’un exploiteur avec celui d’un exploité tout simplement parce que le salaire de l’exploité n’existe que parce que ce dernier est volé de son travail, le montant du salaire étant la matérialisation légale et mathématique du vol de ce temps de travail, de ce mois entier de travail.


C’est à partir du moment où les 1300€ sont engloutis par tous les rentiers en place, que l’on peut «officiellement » déclarer cette serveuse en situation d’esclavage salarial. Ces 1300€ sont donnés pour être immédiatement repris, avec d’autre choix ou presque, que celui d’entamer un autre mois de travail.

La différence de travail non rétribuée en salaire sert à créer la richesse, sous forme d’argent, qui permet de distribuer l’organisation de la société bourgeoise entre l’existence de ceux qui n’ont pas d’argent et celle de ceux qui possèdent l’argent ou maîtrisent la capacité à en créer. 

La capacité à acheter du privilège, du service, du servage, du déplacement, du « bien être » n’est pas quantifiable. Elle existe et elle doit être abattue.

La vie de cette serveuse à 1300€  – qui est obligée d’engager du travail la totalité de son mois pour obtenir à la fin 10€ de loisirs – n’est pas à 3500 minuscules euros en dessous du pauvre petit patron à – soit disant –  4800€.

Il y a un monde. Il y a une vie de foutue, il y a une mort psychique, il y a une vie volée qui les sépare.

Des millions de vies volées. Par un système marchand, par le salariat.

 

Les Enragé-e-s 

 

 

 

 

Eloge aux gars et aux femmes du BTP qui meurent sans éloge

A tous ceux qui ne meurent pas au lit

 

 

arton853-091cbLa semaine dernière, deux accidents graves du BTP ont entraîné la mort d’un ouvrier sur le chantier de l’écoquartier de Palaiseau et le l’évacuation après réanimation d’un autre ouvrier à Chambéry. Tous les deux ont été victimes de ces chutes qui sont une des principales causes de mortalité dans le BTP.

De ces ouvriers, vous ne saurez rien au travers des dépêches vite emballées des feuilles de choux locales. Mais nous, nous les connaissions sans même les avoir rencontrés car nous sommes travailleurs et travailleuses comme eux face aux dangers du chantier. Parmi nos camarades, nous avons notre part de mutilations et de vies brisées.

Alors, nous rendons hommages à tous les travailleurs et toutes les travailleuses du BTP qui chaque matin se lèvent pour gagner leur croûte avec la peur au ventre, à toutes celles et à tous ceux qui grimpent l’échafaudage avec cette peur, à défaut de le faire en sécurité, à toutes celles et à tous ceux qui creusent la tranchée avec cette peur, à défaut de le faire en sécurité, à toutes celles et à tous ceux qui épandent du produit dangereux avec cette peur, à défaut de le faire en sécurité, à toutes celles et à tous ceux qui travaillent dans des conditions météos pourries avec cette peur, à défaut de le faire en sécurité.

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Travailleuses ou travailleurs comme nous, nous leur rendons hommage quand ils sont fauchés par la mort de la façon la plus brutale. Nous nous associons à la douleur des familles et nous sonnons le glas pour nos collègues, nous le sonnons une fois tous les deux jours en France.

Mais nous ne pourrons jamais nous contenter d’un recueillement à chacune de ces tragédies ouvrières, chaque mort du BTP a une cause et ce n’est pas la fatalité qui nous fauche. Non, c’est le patronat. Par sa cadence de production infernale, par ses manquements en matière de sécurité, c’est le patronat qui nous tue.

Au syndicat, nous n’avons pas eu d’accident mortel ou grave depuis plus de dix ans car entre camarades, nous apprenons à dire non à ce patronat assassin. Notre action quotidienne de syndicalistes combat cette « fatalité » patronale servant à masquer leur brutalité. Et chez nous, il n’y a plus de victimes. Nous refusons d’un seul bloc les ordres à risques. Prendre des risques pour le patron est un suicide. Si le patron veut travailler sur un toit gelé, qu’il y monte lui même, ce lâche. Et nous n’oublions pas la cadence qui rend le métier dangereux. On se fait virer, mais on ne se fera pas tuer. Le couteau du Hara-kiri, on leur laisse, on leur aiguise s’ils veulent. Les camarades du syndicat ne mourront pas pour eux, et même si nous ne sommes pas à l’abri d’être entraînés dans la mort sur les chantiers, nous n’irons pas de nous-mêmes.

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Il est trop tard pour ceux qui sont fauchés et nous les pleurons, comme nous pleurerons ceux qui se feront abattre par le patronat de cette semaine.

Mais aux survivants quotidiens, nous leurs disons qu’il est temps d’apprendre à dire non, et de le faire avec le syndicat. Un patron ou un chantier, ça se remplace, pour vos familles, vous êtes des pères, des mères, des fils, des filles irremplaçables.

Si la presse à fort cirage [1] n’en finit plus de ses éloges à la une de Pierre Berger, patron d’Eiffage, décédé à 47 ans d’une crise cardiaque dans la nuit, ce ne sont pas nos morts qui auront droit à une telle exposition médiatique. Écrasés, brûlés, explosés, décapités, démembrés, enterrés, empalés, broyés, nos morts sont moins glamours que celle d’un boy-band patronal. On les attend tous, ces médias de la brosse à reluire, sur les chantiers Eiffage venir faire l’éloge de l’ouvrier crevant par la faute du productivisme imposé par ces PDG du BTP qui meurent au lit en pétant dans la soie.

Ouvrières et ouvriers du BTP, vous n’êtes pas pour le syndicat que quelques lignes d’une dépêche, vous n’êtes pas seuls, venez nous rejoindre et construisons notre survie au patronat délinquant et à ses chantiers, ensemble !

 

[1Jusqu’aux groupies patronales de la CFDT qui viennent de perdre leur idole charismatique.

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Syndicat Unifié du Bâtiment de la région parisienne 

 

 

 

Les sites conspirationnistes? Des pièges à cons!

Difficile d’y échapper sur internet, des milliers de sites et documents conspirationnistes encombrent les résultats des moteurs de recherche et nos écrans, une vraie pollution.

Les thèmes de prédilection? Difficile de les évoquer tous mais on retrouvera des thèmes récurrents et pour certains d’entre-eux, obsessionnels:

11 septembre, Nouvel Ordre Mondial [1], Illuminati, Bilderberg, Trilatérale, complot judéo-maçonnique, spiritualisme, développement personnel, ufologie, voyance, écologie mystique, (R)évolution de potager, anthroposophie, chemtrails, charlatanisme, satanisme, New Age, biodynamie, survivalisme, mouvements sectaires, etc,…

Le point commun de tous ces thèmes en apparence très différents, c’est l’obscurantisme.

Tous ces sites sont reliés, comme des milliers de petites églises, directement ou de façon plus insidieuse, à une idéologie de droite radicale et d’extrême droite.

La formule  » Nouvel Ordre Mondial  » est une façon de faire passer pour nouvelle une mécanique qui est constitutive du capitalisme.

Le capitalisme d’aujourd’hui n’est pas radicalement différent de celui qui animait le début du siècle dernier, bien au contraire.

Les grandes crises qu’il produit, constituées par l’emballement de l’accumulation du Capital, n’ont rien de « nouveau ».
Ces grandes crises sont parfaitement comprises et expliquées depuis longtemps.
Une telle grande crise s’est produite juste avant la première guerre mondiale. Destruction et barbarie qui n’ont résorbé qu’un temps les contradictions produites par le capitalisme. Cette même crise qui s’est reconstituée à l’entre-deux guerres et qui a produit une nouvelle abomination, la seconde guerre mondiale.

Le « Nouvel Ordre Mondial » n’existe pas, le capitalisme, oui.

La sphère conspirationniste ne se contente pas d’imposer des mythes, elle impose également des mots, et ces mots sont porteurs d’une idéologie, celle de la droite radicale et obscurantiste.

L’obscurantisme, qu’il soit religieux ou pas, a toujours été un instrument de domination.

L’obscurantisme est une attitude de négation du savoir.
L’obscurantisme refuse de reconnaître pour vraies des choses démontrées.

C’est bien la contre-révolution catholique qui lance la première cette réécriture mystifiée du réel en tentant d’attribuer au processus complexe de la Révolution française le résultat d’une action présupposée souterraine de  » forces occultes « , de groupes culturels et philosophiques existant ou ayant existé – comme la franc-maçonnerie ou les illuminés de Bavière  – et d’une magie résultant de la toute puissance d’une secte! Délire plutôt cocasse de la part d’une Église et plus particulièrement d’un abbé, en l’occurrence Augustin Barruel.

Il faut se souvenir que le courant des Lumières a permis de remettre en question radicalement l’influence du divin sur le pouvoir et sur notre rapport au savoir.
Cette pensée est née au sein de courants philosophiques, dans des cercles de réflexion, dont la franc-maçonnerie a fait partie, avec d’autres.

Le Clergé n’a jamais accepté sa défaite morale à l’occasion de la Révolution française.

Voilà pourquoi l’extrême droite, descendante directe de la contre-révolution catholique, focalise tant sur la franc-maçonnerie.

Voilà pourquoi toutes les extrêmes droites conspirationnistes de la planète n’ont fait que ressortir de façon quasi identique dans sa forme comme dans son fond, la théorie loufoque sur les « Illuminati « .

La première théorie du complot « moderne » provient de sphères religieuses réfutant l’apport du courant des Lumières et qui ont toujours voulu abattre la République.

Cette réécriture religieuse du réel a besoin d’imposer des mythologies qui vont recourir à de multiples subterfuges irrationnels masqués par une approche en apparence scientifique.

Le but est bien évidemment de clouer sur place, de priver de toute compréhension du monde, de toute émancipation, gage de la perpétuation de l’ordre économique, à l’époque les rentes de l’aristocratie et du Clergé.

A partir du moment où la contre-révolution catholique parvient à imposer l’idée que tout est déjà écrit et décidé par un petit groupe secret tirant les ficelles dans l’ombre et dont les traits culturels seraient identiques, tout est mis en place pour fracturer la population afin qu’une partie d’entre elle ne se soumette et finisse par se ranger dans le camp des dominants.

Grâce aux croyances, grâce aux obscurantismes, qu’ils soient religieux ou pas, on coupe chez la population toute velléité révolutionnaire, on la conduit à accepter son triste sort, on la conduit à se battre contre des moulins à vent ou encore aux côtés de ses maîtres.

A partir du moment où le mot  » Illuminati  » s’impose, il est possible de lui substituer tout bouc-émissaire, qu’il se nomme franc-maçon sous la Révolution, qu’il se nomme juif sous les tsars et sous Hitler, qu’il se nomme musulman, « élites corrompues », chômeur, pauvre, Rom, étranger, fonctionnaire européen, cette IDÉOLOGIE DE REJET sert avant tout les dominants en offrant des leurres, des coupables idéaux qui sont autant de diversions et d’appels à la résignation.

En lieu et place d’offrir une analyse de compréhension des conditions matérielles d’existence du monde, la sphère conspirationniste prétend nous instruire en nous plongeant la tête dans le sable.

Pour ces sphères conspirationnistes, ce n’est pas le capitalisme en soi qui pose problème, c’est le fait qu’il serait  » dirigé  » selon elles, par des gens  » corrompus « .

Il serait ainsi possible de  » moraliser  » un système d’organisation de la production confiscatoire et par essence inégalitaire.

Moraliser un système amoral?

On retrouve là une vision ultra conservatrice et verticale de la société, une vision qui n’est pas seulement l’apanage des extrêmes droites, mais que l’on retrouve de Bayrou à Sarkozy, qui eux aussi entendent « moraliser » le capitalisme.

Droites et extrêmes droites sont les descendantes lointaines pour les premières, directes pour les secondes, de la contre-révolution catholique.

Une force politique qui alla s’assoir à la droite du roi au but de lui conserver son droit de veto, de conserver en place les privilèges.

Toutes les droites sont les descendantes directes ou lointaines de la contre-révolution catholique.

C’est ainsi que la droite, jusqu’à la mise en place du suffrage universel masculin à la suite du vol de la Révolution de 1848, est toujours monarchiste.
Elle le sera quasiment jusqu’à la fin du 19e et sera contrainte par l’Histoire d’embrasser un républicanisme d’apparat.

Voilà pourquoi tant de passerelles existent entre toutes les droites, qui se battent toutes pour les intérêts des classes possédantes.

Et la  » gauche  » de gouvernement? Elle prétend se battre aux côtés des galériens mais en réalité, tout ce qu’on a obtenu, on ne l’a toujours dû qu’à nous-mêmes. La  » gauche  » participe à maintenir l’illusion démocratique. Une illusion au service d’un État qui lui-même est au service d’une bourgeoisie et du capitalisme.

La bourgeoisie possède en effet un État, des lois, des normes comptables et fiscales faites sur mesure pour elle ainsi que de nombreux leviers dans la production culturelle, intellectuelle et de procédures civiques pour assurer à la fois la perpétuation de sa position sociale et une réécriture du réel favorable à son idéologie.

Elle possède les radios, les télés, presque tous les journaux, les instituts de sondages, la publicité dans le but d’imposer une idéologie favorable à ses intérêts.

Et ces millions de pages, mystiques, de droite radicale, conspirationnistes et fascistes, prétendant dénoncer des médias appartenant aux droites libérales patronales, entendent avant tout nous faire rester dans la même famille politique ; la droite, dans le même système économique, le capitalisme.

Ces droites radicales répondant à leurs cousines des droites libérales sont en réalité bien décidées à tout faire pour nous soyons incapables de comprendre le monde, comprendre ce système barbare qu’est le capitalisme et nous priver de notre capacité à nous émanciper collectivement.

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

[1] La formule  » Nouvel Ordre Mondial  » provient de la théorie conspirationniste de l’auteur d’extrême droite Eustace Mullins, théoricien antisémite, révisionniste et négationniste.

 

A lire en complément:

Fascisme et conspirationnisme

 

Ce travail ne m’a jamais satisfait

-67% des salariéEs n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité

-80% s’ennuient au travail

-2 000 000 salariéEs se disent maltraitéEs au travail

-500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises

-Un à deux travailleurs sont tuéEs chaque jour lors d’un accident du travail

Au milieu des années 70, un ouvrier ou un employé pouvait « espérer » rattraper le niveau de vie d’un cadre en 30 ans.

Contre 150 ans de nos jours.

 

Tous les jours pareil.

J’arrive au boulot et ça me tombe dessus comme une vague de désespoir, comme un suicide, comme une petite mort, comme une brûlure de la balle sur la tempe. Un travail trop connu, une salle de contrôle écrasée sous les néons et des collèges que certains jours on n’a pas envie de retrouver. Ce travail ne m’a jamais satisfait. Pourtant je ne me vois plus apprendre à faire autre chose, d’autres gestes, on fait avec mais on ne s’habitue pas. Je dis « on » et pas « je » parce que je ne suis pas seul à avoir cet état d’esprit, on en est tous là.
Que nous reste-t-il aujourd’hui ? Bien sûr il y a le salaire, ce fameux salaire qui fait qu’on continue. Peur de la pauvreté, pour soi et pour ses proches, pour les enfants aussi, pour lesquels on espère un autre avenir, même si on n’est pas sûr qu’il sera très différent du nôtre. Et puis il y a l’argent qui devient la mesure de toute chose. Alors quand on réfléchit à tout ça, il y a comme un sentiment de gâchis. On se dit qu’on mène vraiment une vie de con. Que la vie, c’est autre chose, ou devrait être autre chose.

J’ai un doigt, le gros, j’ai du mal à le bouger, j’ai du mal à toucher Dominique le soir, ça me fait mal aux mains… La gamine quand je la change, je peux pas lui dégrafer ses boutons… Tu sais, t’as envie de pleurer, dans ces coups de temps là… C’est tout ça, tu comprends, t’as du mal à écrire, j’ai du mal à écrire. J’ai de plus en plus de mal à m’exprimer, ça aussi c’est la chaîne… C’est dur, quand t’as pas parlé pendant 9 heures t’as tellement de choses à dire, que les mots, ils arrivent tous ensemble dans la bouche. Et puis tu bégayes, tu t’énerves, tout t’énerve, tout. Et ceux qui t’énervent encore plus c’est ceux qui parlent de la chaîne. Et qui ne comprendront jamais que tout ce qu’on peut en dire, que toutes les améliorations qu’on peut lui apporter, c’est une chose mais que le travail il reste… C’est dur la chaîne. Moi maintenant je peux plus y aller, j’ai la trouille d’y aller. C’est pas le manque de volonté. C’est la peur d’y aller… La peur, la peur qui mutile encore d’avantage. La peur que je puisse plus parler un jour, que je devienne muet. Je lisais avant. J’ai lu un tas de livres. Maintenant je n’ai plus envie de lire. Je n’ai plus envie…

C’est l’homme tout entier qui est conditionné au comportement productif par l’organisation du travail, et hors de l’usine il garde la même peau et la même tête. Dépersonnalisé au travail, il demeurera dépersonnalisé chez lui.

Christophe Dejours – Travail usure mentale

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La première des résignations face au capitalisme, nous la faisons à l’école, nous la rencontrons dès notre plus jeune âge.

On nous apprend le plus tôt possible, qu’il faudrait se surpasser pour être parmi les meilleurs, non pas pour le plaisir d’apprendre, non pas pour le savoir, non juste pour surpasser les autres et « avoir une bonne place ». La compétition commence.

Pourquoi, parce que la société est ainsi faite, il y a les bonnes places pour les « méritants » et les autres places.

C’est le nouvel ordre naturel.

Les pauvres, leurs enfants (sauf quelques rares exceptions) qui triment et trimeront, les « méritants » qui triment et trimeront dans de meilleures conditions, mais surtout les rentiers, rentières qui ne trimeront jamais.

Sauf que nous savons bien que le mérite a peu à voir avec l’attribution des places, nous savons bien que le niveau social des parents est discriminant, nous savons bien que la réussite scolaire n’est pas proportionnelle à l’effort fourni. Pourtant nous continuons avec cette idée, qu’il y aurait une place à trouver pour chacun dans cet ordre social.

Or d’où nous vient cette idée?
Cela ne vous rappelle rien?
Un monde où le paysan, né paysan devait trimer, où le riche pouvait jouir de ses privilèges?
Oui, nous sommes bien sous l’Ancien Régime, nous sommes bien dans une vision ultra religieuse de la société : la pénitence (du travail pour n’être pas bien né) et la récompense (du week end et de la retraite) pour certains et le privilège (toute sa vie) pour d’autres.

Un ordre naturel.

Naturel car « bon sang ne saurait mentir », il est donc tout à fait naturel que le fils de médecin soit médecin, que le fils de prof soit prof, naturel car il serait naturel que l’on laisse à ses enfants son patrimoine et que le fils de rentier n’ait qu’à enfiler les chaussons de son père. Tout cela pour le bien commun de l’humanité.
Tout cela pour l’équilibre des relations humaines dans la recherche du Bien Commun. Non pas du bien de chacun, mais du bien commun.

Nous sommes là dans le cœur de la Doctrine Sociale de l’Église, véritable acte de naissance religieux du Capitalisme.
Les citoyens ne sont plus, l’égalité n’existe pas. Il y a des places à tenir, il faut sélectionner pour distribuer ces places.
Le pauvre à l’usine, les intermédiaires au bureau et les riches dans les palais.
Il devient dès lors inutile d’apporter du savoir au pauvre, le nivellement par le bas de l’enseignement ces 50 dernières années se justifie ainsi.

Cette doctrine est appliquée par les plus grandes institutions internationales, l’ONU, le BIT, l’UE.

Plus vous en saurez sur cette doctrine, plus vous comprendrez que le syndicalisme chrétien, en France la CFDT, syndicat collaborationniste à la remorque du PS, est contre l’émancipation du travail.

Les Enragé-e-s

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La classe ouvrière doit impérativement modifier ce rapport de force et reprendre son autonomie organisationnelle et militante. C’est la classe ouvrière qui doit diriger le combat de résistance féroce (pas du tout pacifiste) et non pas se mettre sous le parapluie de la petite bourgeoisie aigrie, chancelante, irrésolue, pacifiste et conciliatrice.

Depuis l’approfondissement de la crise systémique de l’impérialisme moderne l’État réduit les charges fiscales imposées aux entreprises accroissant d’autant les impôts et les taxes reposant directement sur les épaules de tous les salariés, les ouvriers tout autant que les employés des entreprises privées, publiques et parapubliques, ce qui comprend évidemment les petits-bourgeois (la pseudo classe moyenne qui n’a jamais existé) qui ont tout à coup le sentiment de ne plus être importants pour leurs maîtres capitalistes qui les soumets petit à petit à l’indigence…

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L’oppression spécifique des femmes

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1. L’oppression spécifique des femmes

 

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En tant que révolutionnaires, nous voulons mettre fin à toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Nous mettons sur le même plan ces deux luttes dont l’objectif est l’émancipation de tout rapport de domination.

IMG_0735_Copier_Le capitalisme, c’est l’exploitation d’une classe par une autre, d’une majorité de la population par une minorité de privilégiés qui tirent profit de cette exploitation.


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L’impérialisme, c’est la domination des peuples par des moyens économiques, culturels et militaires au profit des bourgeoisies des grandes puissances.

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L’oppression des femmes est plus transversale et plus insidieuse : plus transversale car elle traverse les frontières géographiques et les barrières de classe, mais surtout parce qu’elle s’exprime dans la sphère publique, productive, et dans la sphère privée, “ reproductive ”.

 

Elle est plus insidieuse parce qu’après les conquêtes féministes qu’ont été par exemple le droit de vote ou la maîtrise de la fécondité (contraception-avortement), on voudrait nous faire croire que les femmes ne sont plus opprimées et que le combat féministe est un combat d’arrière-garde.

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« La révolte des fils contre les pères ne menace pas l’ordre patriarcal, il permet d’ailleurs son remplacement en le rajeunissant ; il n’en est pas de même de la révolte des filles contre les pères, qui est vécu comme sacrilège, impensable, menaçant l’ordre politique et social.« 

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La lutte des femmes pour leur libération est profondément subversive car, en se situant à la fois dans la sphère publique et dans la sphère privée, elle remet en cause tous les rapports humains.

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Pour organiser la lutte contre cette domination, il faut comprendre les mécanismes à l’œuvre dans les différents types d’oppression : la domination masculine ne se réduit pas à une somme de discriminations. C’est un système cohérent qui façonne tous les domaines de la vie collective.

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Car comme tout rapport de domination, l’oppression spécifique des femmes repose sur trois piliers :

Une domination idéologique, culturelle ;

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Une domination sociale, économique et politique ;

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Un rapport de forces qui, pour maintenir cette domination, va jusqu’à la violence physique.

 

La justification idéologique

La justification idéologique de la domination masculine se base sur des différences biologiques entre hommes et femmes. Si nous ne contestons pas ces différences, il faut cependant affirmer que les différences qui existent entre les individus ne sont pas moins grandes que celles observées entre les deux sexes : tout est affaire de critère de différenciation (ici seul celui de la reproduction est pris en compte). Mais surtout, ces “ qualités naturelles ” préattribuées à chaque sexe aboutissent à une hiérarchisation entre le groupe des hommes et celui des femmes. Ces différences sont utilisées par les hommes comme un moyen d’asseoir leur domination et de justifier une place de subalterne dans la division du travail.

Ce processus de naturalisation d’un rapport inégalitaire se traduit par la construction de valeurs prétendues “typiquement féminines ”, comme l’instinct maternel, la douceur, la retenue qui servent à cantonner les femmes dans le rôle qu’on attend qu’elles jouent.

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On en arrive à la notion de “ genre ”. Contrairement au sexe, qui se réfère à des différences biologiques entre mâles et femelles, le genre relève d’une construction sociale à travers l’éducation et les attentes de l’organisation sociale.“ On ne naît pas femme, on le devient ”, disait en 1949 Simone de Beauvoir. Les rapports hommes-femmes ne sont pas fondés sur la complémentarité des sexes mais sur une hiérarchie entre les deux qu’il s’agit d’analyser.

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Les normes qui construisent les genres sont intériorisées par les dominées elles-mêmes et c’est comme cela qu’elles “ choisissent ” des sports prétendument féminins (la danse ou la gym) ou des métiers (enseignement, santé, social) qui reproduisent le rôle maternant qu’elles jouent dans la sphère privée.

 

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Une division sociale et sexuelle du travail, hiérarchisée et inégalitaire

Si elle est renforcée par cette idéologie, la domination des femmes dans la sphère productive publique découle de la place des femmes dans la sphère reproductive privée.

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Il y a une division sociale et sexuelle du travail, hiérarchisée et inégalitaire, caractérisée par un partage entre la sphère dite publique (travail productif) et la sphère dite privée (travail domestique, de reproduction de la force de travail).

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La valeur du travail n’est pas déterminée par le travail lui-même mais par la sphère dans laquelle il est produit, et le travail dans la sphère privée est systématiquement dévalorisé et surtout gratuit. Bien que les femmes soient de plus en plus présentes dans la sphère publique, la place qu’elles y tiennent est justifiée idéologiquement par la place prépondérante qu’elles occupent dans la sphère privée : elles peuvent être à temps partiel car elles doivent s’occuper du ménage et des enfants ; elles peuvent gagner moins car elles n’ont pas la charge d’entretenir une famille ; elles exercent des métiers liés à l’enfance, au social accordés à leurs qualités “ naturelles ” de patience et d’accompagnement.

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Cette division sexuelle du travail permet à la société de faire des économies sur les crèches collectives, les cantines, la prise en charge des personnes âgées. En 2000, les femmes continuent d’assumer 80 % du noyau dur du travail domestique (vaisselle, cuisine, linge, soins matériels aux enfants, courses).

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Le capitalisme a donc besoin de l’oppression des femmes et la renforce. Il organise la division du travail réservant aux femmes ses premières attaques avant de s’en prendre à l’ensemble des salariés et sans que cela n’entraîne aucune réaction : les secteurs les plus précarisés de tout point de vue sont les plus féminisés.

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L’oppression des femmes n’est pas seulement un “ reste archaïque ” des millénaires passés. Elle a été récupérée par le système capitaliste même si cela a produit et produit toujours de nouvelles contradictions en son sein : en période d’expansion économique, le capitalisme a besoin de réguler le marché du travail en sollicitant une main d’œuvre féminine bon marché et inversement en période de récession.

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Mais si toutes les femmes sont opprimées, toutes ne sont pas exploitées, et nous n’ignorons pas les différenciations sociales entre les femmes.

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Une femme de la bourgeoisie peut exploiter ses domestiques tout en étant opprimée par son mari et la société patriarcale en général.

Jean-François Kahn, qui, à l’occasion du viol présumé de l’affaire du Sofitel ici interviewé sur France Culture, tente de définir à sa manière les actes dont Dominique Strauss-Kahn fut accusé:

« Qu’il y ait eu une imprudence on ne peut pas le… (gloussement), j’sais pas comment dire, un troussage… » Relancé par la journaliste, l’écrivain persiste même s’il reste confus: « Que y ait un troussage, euh, de domestique, enfin, j’veux dire, c’qui est pas bien, mais, voilà, c’est une impression. »

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C’est pour cette raison que la lutte contre le capitalisme et la lutte contre le patriarcat sont indissociables, et que nous ne concevons pas de socialisme sans émancipation des femmes, et pas de libération des femmes sans révolution sociale.

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Le succès ou l’échec d’une révolution peut toujours se mesurer au degré selon lequel le statut de la femme s’en est trouvé rapidement modifié dans une direction progressive. Angela Davis

 

La violence

 

Toutes ces inégalités et leur justification idéologique constituent un système, le patriarcat.

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La tâche des instituteurs est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. Louise Michel

 

Le troisième pilier sur lequel repose le patriarcat est la violence qui lui permet de maintenir le rapport de domination. La violence faite aux femmes en est la partie la plus visible et la plus terrible. Elle est là pour rappeler aux femmes qu’elles sont dominées.

Certains États légitiment la violence (Afghanistan, Egypte, etc.). Sinon, c’est au quotidien, dans la rue comme à la maison, que les femmes sont perpétuellement menacées dans leur intégrité physique et morale.

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Le slut-shaming est un terme qui nous vient des États-Unis, mais cette pratique est encore peu dénoncée en France. Il est pourtant omniprésent, tant sur les réseaux « sociaux » que dans les conversations. Le slut-shaming ou « humiliation des salopes », consiste à rabaisser ou culpabiliser une femme à cause de son comportement sexuel réel ou supposé (pratiques, nombre de partenaires, vêtements « provocants »…). Concrètement, c’est dire qu’une telle est « une vraie salope » parce qu’elle multiplie les conquêtes. C’est aussi les multiples injonctions faites aux jeunes filles de s’habiller de façon « respectable ». Comme ce post sur Tumblr qui a eu un certain succès l’an passé http://weknowmemes.com/wp-content/uploads/2012/06/dear-girls.jpg – privé (« les filles, savez vous que vos seins vont à l’intérieur de votre haut? ») C’est entendre dire en soirée que la tenue que porte cette fille est « un appel au viol ». Il y a aussi ces groupes Facebook valorisant les « filles qui se respectent » en dénonçant les autres. On a eu récemment des pages qui mêlaient slut-shaming et racisme en s’en prenant aux « beurettes » qui seraient « dévergondées » et publiaient des photos volées de femmes maghrébines avec des commentaires graveleux. Autre exemple, les « blagues » visant à humilier une femme en faisant des suppositions sur sa « liberté sexuelle » du type « elle doit aimer ça, la cochonne » , humour entretenant l’idée que la sexualité des femmes pourrait être un critère d’humiliation. Comme tout harcèlement le slut-shaming blesse les personnes qui en sont victimes. Il peut même faire des morts, comme cette jeune américaine de treize ans qui s’est suicidée après des mois de harcèlement. Des filles avaient écrit « slut » sur son casier, et elle avait reçu des menaces de viol. Le rapport avec « Your boobs go inside your shirt » ? Une culture qui considère que les filles sexuellement actives devraient avoir honte et que cette activité supposée ou réelle justifierait un harcèlement quotidien, une condamnation publique. Le slut-shaming participe également à la culture du viol en disculpant les violeurs: pour ses adeptes si une femme porte certains vêtements ou adopte certains comportements, cela signifie qu’elle est forcément consentante. En réponse à ce phénomène du slut-shaming des féministes organisent de par le monde des « slut-walk » (marche des salopes) qui dénoncent ces idées rétrogrades.

 

La violence physique ou morale faite aux femmes (viol, prostitution, femmes battues, harcèlement, humiliations, etc.) est le dernier recours et outil qu’ont les hommes pour affirmer leur supériorité sur les femmes et surtout pour perpétrer et maintenir l’oppression des femmes. Il existe une véritable tolérance sociale vis-à-vis de cette violence.

monica-lee-011

eye-of-the-drain-sinkMais même pour celles qui ne subissent pas directement cette violence physique, aucune d’entre nous n’échappe à la violence symbolique que constituent : la marchandisation du corps des femmes, la pornographie, les publicités, les insultes sexistes ou la dévalorisation systématique de nos compétences et nos activités.

 

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Face à une société de plus en plus violente, un certain discours tend à présenter la famille comme une valeur refuge, un lien protecteur à qui on demande de combler les lacunes de l’Etat et de la société (exemple : culpabilisation des parents, particulièrement des familles monoparentales à la tête desquelles on trouve une écrasante majorité de femmes, suppression des allocations aux familles des élèves qui sèchent les cours, etc.).

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A la mémoire de toutes les femmes mortes pendant des avortements clandestins et non sécurisés.

Le-pape-Francois-dans-l-avion-pour-RioOr, non seulement la famille reste le lieu de multiples violences (70 % des viols sont commis au sein de la sphère familiale et dans son entourage directe ; plusieurs millions de femmes et d’enfants y sont battus chaque année) mais reste, comme l’était l’Eglise, un lieu privilégié d’inculcation des normes et d’un certain ordre moral fondé sur le couple hétérosexuel et marié auquel la société donne des droits en tant que tel (allocations, héritages, logement, impôts, etc.).

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Nous devons nous battre pour que chaque individu ait des droits indépendamment de sa situation matrimoniale ou familiale afin de garantir une véritable égalité entre ses membres et une réelle autonomie à chacun notamment aux femmes (exemple : la loi sur le regroupement familial pour les immigrés exclue les deuxièmes et troisièmes épouses des droits, en particulier du droit au séjour).

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Cependant, aujourd’hui, l’institution familiale est ébranlée par de nouvelles formes qui, de fait, se développent : les familles monoparentales ou recomposées, la reconnaissance institutionnelle des couples homosexuels (Pacs), etc. Il nous faut nous engouffrer dans cette brèche pour remettre en cause les rôles traditionnels que la famille institue.

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La révolution prolétarienne n’a nul besoin de la terreur pour réaliser ses objectifs. Elle hait et abhorre l’assassinat. Elle n’a pas besoin de recourir à ces moyens de lutte parce qu’elle ne combat pas des individus, mais des institutions, parce qu’elle n’entre pas dans l’arène avec des illusions naïves qui, déçues, entraîneraient une vengeance sanglante. Ce n’est pas la tentative désespérée d’une minorité pour modeler par la force le monde selon son idéal, c’est l’action de la grande masse des millions d’hommes qui composent le peuple, appelés à remplir leur mission historique et à faire de la nécessité historique une réalité. Mais la révolution prolétarienne sonne en même temps le glas de toute servitude et de toute oppression ; voilà pourquoi se dressent contre elle dans une lutte à mort, comme un seul homme, tous les capitalistes, les Junkers, les petits-bourgeois, les officiers, bref tous les profiteurs ou les parasites de l’exploitation et de la domination de classe. Rosa Luxemburg

 

Par exemple en défendant l’adoption par les homosexuels qui permet de s’extraire de la conception biologisante des fonctions paternelle et maternelle, ce qui n’est pas incompatible (et serait même souhaitable) avec le fait que les enfants entretiennent des relations avec leurs parents biologiques. Il faut reconnaître et même encourager la diversité des modes de parentalités et d’éducation de façon à aller dans le sens de l’autonomie des individus (des enfants et des femmes en particulier).

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Sentir dans sa propre douleur la douleur de tous ceux qui souffrent et puiser mon courage dans la nécessité de vivre pour me battre pour eux Frida Kahlo

2. Construire le mouvement autonome des femmes.

Les militantes féministes des années 1970 se sont battues pour faire reconnaître l’existence d’une oppression spécifique des femmes.

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Il s’agissait alors de faire admettre que cette oppression était plurimillénaire, qu’elle avait précédé l’apparition de la propriété privée dans les sociétés occidentales, qu’elle ne pouvait pas être réduite à la “ surexploitation ” des femmes par le capitalisme ; que le foyer n’était pas ce havre de paix tant vanté et que la moitié de l’humanité la subissait.

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Elles étaient féministes, non pas parce qu’elles détestaient les hommes, ou qu’elles pensaient que des sentiments sincères entre hommes et femmes étaient impossibles. Mais parce qu’elles étaient lucides sur un système social qui, malgré certaines évolutions, établit un rapport de forces au profit des hommes et leur accordent de nombreux privilèges collectifs et individuels. Cette suprématie masculine, ébranlée par les luttes féministes, se répercute jusque dans les actes de la vie quotidienne, dans la vie intime des couples hétérosexuels et des individus des deux sexes, quelle que soit leur orientation sexuelle. Être féministe, c’est considérer qu’il est souhaitable et souhaité de transformer en profondeur les relations entre les hommes et les femmes.

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Beaucoup d’hommes, lorsqu’ils en viennent à s’intéresser aux féminisme veulent aider dans les combats pré-existants. Ainsi on le voit militer pour que la rue soit à tous et toutes, militer pour l’égalité salariale ou je ne sais quoi. Mais ces combats là sont déjà pris en charge par les femmes qui n’ont donc nul besoin qu’on leur tienne à la main. En revanche, nous avons besoin qu’on détruise déconstruise la virilité. Les femmes ne sont pas discriminées toutes seules, elles le sont car les hommes ont des avantages. (…)

Lire la suite  ici )> Les hommes qui voudraient s’intéresser au féminisme

Or, pendant très longtemps, le discours dominant du mouvement ouvrier a été de considérer la lutte des classes comme la lutte “ principale ” ; la lutte contre l’oppression des femmes était considérée comme secondaire : l’émancipation des femmes serait réglée dans le cadre de la lutte des classes.

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Ce type de discours reproduit les rapports de hiérarchisation à l’intérieur même du mouvement des opprimé-e-s (femmes, Noirs, homo…) ; il hiérarchise la lutte contre les oppressions au nom de la lutte principale qui, elle, serait en soi porteuse d’un projet universel.

10264837_10201656839158910_567273505_nOr, un tel projet ne peut résulter que de la mise en commun systématique et patiente des énergies et de la réflexion issue des différents mouvements sociaux, dans un projet d’ensemble des rapports sociaux.

185190_324354807663408_697229590_nCela implique un soutien actif à toutes les formes d’autoorganisation des femmes, dans l’ensemble du mouvement social ainsi qu’une lutte résolue contre la division sociale et sexuelle des tâches et pour la mixité des activités à tous les niveaux de la société.

182428_10200271745888942_1389550509_nLa nécessaire construction d’un mouvement autonome des femmes

Par mouvement des femmes, nous entendons toutes les femmes qui s’organisent à un niveau ou à un autre contre l’oppression spécifique que leur impose la société: groupe femme, groupe de quartier, d’entreprise, commissions syndicales. Par ailleurs, certains groupes ou mouvements pour le droit des femmes sont mixtes. Le mouvement des femmes s’est caractérisé par sa diversité, son impact sur toutes les couches de la société, et par le fait qu’il n’est rattaché à aucune organisation politique en particulier, même si divers courants se manifestent en son sein.

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Par indépendant ou autonome, nous voulons dire que le mouvement est organisé et dirigé par des femmes ; qu’il considère la lutte pour le droit des femmes comme une priorité absolue et qu’il refuse de subordonner cette lutte à d’autres intérêts ; qu’il n’est subordonné aux décisions ou à l’orientation d’aucune tendance politique ni d’aucun groupe social; qu’il est décidé à mener jusqu’au bout la lutte par tous les moyens et avec toutes les forces qui se révéleront nécessaires. Indépendant ou autonome ne signifie pas pour nous indépendant de la lutte des classes ou des exigences des salarie-é-s. Au contraire, étant donné les liens entre capitalisme et oppression des femmes, seule une convergence entre les objectifs féministes et la lutte pour une transformation radicale de la société permettra le rassemblement des forces nécessaires pour atteindre les buts des femmes.

Cela dit, les formes de notre intervention peuvent varier selon le contexte. Parmi les facteurs à prendre en considération, il faut compter l’étendue de nos propres forces ; la taille, la nature et le niveau politique des courants de libération des femmes ; l’état du mouvement ouvrier. Le choix entre l’organisation de groupes de libération des femmes, l’intervention dans les organisations existantes du mouvement de libération des femmes, la construction de cartels larges sur des thèmes spécifiques, l’intervention dans les commissions syndicales ou dans tout autre organisation de masse ; la combinaison de plusieurs de ces interventions ou une intervention sous des formes complètement différentes, sont des questions tactiques. Et ce sont ces questions qui sont à l’ordre du jour.

Le secrétariat femme de la LCR

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La révolution sera la floraison de l’humanité comme l’amour est la floraison du cœur. Louise Michel

 

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La gauche Charlie aime marcher au pas?

Voilà ce que fut ce dimanche: l’enterrement de la génération 68, calme, silencieux, dans la dignité, la longue procession du quinqua mâle blanc exerçant une profession intellectuelle intermédiaire ou supérieure dans le tertiaire et l’encadrement en général.

Une génération intégrée à une structure de domination en tant que sous-classe dominante qui accède enfin au rang de classe dominante à part entière, c’est historique.

Pour la première fois, une petite bourgeoisie aux dehors faussement subversifs et à l’idéologie profonde parfaitement intégrée au marché par le biais de ses multiples entrées dans le tout Paris, accède à des hommages dignes d’un chef d’Etat.

Tous ces stylos brandis ne furent pas vraiment ceux de la « presse libre » ou du « pays de la liberté » ou encore ceux du droit des caricaturistes à exercer leur talent dans un journal que plus personne n’achetait ou presque, à part peut-être des mairies et quelques bibliothèques municipales.

Ce stylo n’était pas non plus celui de l’intelligence face à l’obscurantisme.

Non, pour prolonger de façon concrète, dans la rue, sans avoir peur du ridicule, ces grands messes compassionnelles et émotionnelles dignes d’une procession cadavérique de JMJ beurrés sous Lexomil, il fallait avant tout se situer dans la célébration narcissique de sa propre classe ou pire, de la classe à laquelle l’on croit appartenir.

Une classe qui a parfaitement intégré dans ses schémas de pensée les mécanismes de domination du capitalisme.

Une classe qui tendait bien haut son stylo et qui disait « pouce!, nous, on fait pas de mal« .

Il disait « Nous, ce sont juste des dessins ce stylo« , ça disait aussi: « Nous, on est des gentils. On est juste des salariés d’Orange, de l’Education nationale, des cadres de la SNCF, des designers dans la pub, la com, des responsables de réseau, des chefs de produit, des coachs, cadres dans les mairies, les rectorats, les préfectures, les conseils généraux et régionaux, on a voté Hollande, on est de gauche! »

Ce stylo, ce n’est pas seulement celui qui arrête les balles ou dissipe la brume des croyances.

Ce stylo, c’est surtout le symbole de la division du travail et d’une classe évoluant en lévitation au dessus du monde du travail.

Ce stylo, c’est la Lumière, mais c’est aussi le parasite.

C’est le larbin, le contremaître, le petit chef humaniste, le conciliateur.

Les pavés le connaissent mal, c’est un être qui se fait rare.
C’est la classe des libérateurs, en tout cas, c’est ce qu’ils croient. C’est la classe qui s’est questionnée longuement la veille de savoir ce qu’elle allait se mettre sur le dos.
C’est une classe qui a joué à se faire peur en disant que c’était extrêmement risqué et courageux d’y aller.

D’y aller pour regarder les cousins d’en face applaudir les flics.

Pour applaudir les pavés bien rangés, en ordre de marche, une, deux, une, deux, la gauche Charlie aime marcher au pas?

Celui qui applaudit les cars de CRS est un Charlie mûr pour le fascisme.

Celui qui pleure la génération Cavanna est inconsolable sur la fin de règne culturel des habiles imposteurs d’une époque, il pleure en réalité la fin de l’humour cynique et ricaneur « libertaire » saupoudré en sucre glace de la violence structurelle des politiques impérialistes là-bas et du capitalisme ici.

C’est surtout une génération qui ne pense qu’à une chose: maintenir et consolider les conditions qui vont lui permettre de partir en retraite, en étant prête à se jeter dans les bras de n’importe quel parti qui lui promettra le retour du prétendu petit paradis des 30 glorieuses ou le  » maintien de l’ordre « .

C’est une génération, une classe, qui a peur… avant tout pour elle.

Le Charlie du dimanche est un zombie, il est ce funambule qui libère des colombes de la paix en se bouchant le nez au dessus des immondices qu’il engendre.

Le Charlie du dimanche votera les pleins pouvoirs à Pétain et à ses chiens quand les méchants ouvriers fondamentalistes bloqueront le pays.

Pour la paix, pour l’ordre républicain, pour la fraternité entre les peuples et les bébés phoques de la forêt d’Amazonie.

Mais il en existe heureusement un-e autre Charlie.

Un-e Charlie qui a vu en quelques jours à peine, lui sauter au visage un mur du silence et de l’obéissance, une formidable chape de plomb fouettée sur les masses comme un ordre de marche, et ce mur-là, c’est celui de la Révolution.

 

Les Enragé-e-s

 

 

A lire en complément, cette excellente brochure.

 

Aimé Césaire, discours sur le colonialisme

Extrait:

Je trouve que (…) le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : christianisme = civilisation ; paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.

Cela réglé, j’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole ; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.

Mais alors je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’« établir contact », était-elle la meilleure ?

Je réponds non.

Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine.

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé – et qu’en France on accepte –, une fillette violée – et qu’en France on accepte –, un Malgache supplicié – et qu’en France on accepte –, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’un Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

J’ai beaucoup parlé d’Hitler. C’est qu’il le mérite : il permet de voir gros et de saisir que la société capitaliste, à son stade actuel, est incapable de fonder un droit des gens, comme elle s’avère impuissante à fonder une morale individuelle. Qu’on le veuille ou non : au bout du cul-de-sac Europe, je veux dire l’Europe d’Adenauer, de Schuman , Bidault et quelques autres, il y a Hitler. Au bout du capitalisme, désireux de se survivre, il y a Hitler. Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler.

 

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1955

 

CESAIRE
Aimé Césaire a été maire de Fort de France (1945 – 2001) et député de la Martinique (1945 – 1993)