Archives par mot-clé : Assemblée Générale

Qui sont les rois des AG?

  Pour beaucoup, l’AG en soi porterait un cadre plus propice à l’exercice du pluralisme démocratique, en opposition au vote en isoloir, qui, dans un cadre capitaliste et bourgeois, ne sert finalement qu’à choisir les gestionnaires de l’économie marchande et de notre propre exploitation.

Or même si nous préférons dans son principe, une décision prise en AG à une décision prise en petit comité, on se rend compte à l’usage, que nombreux sont les militants et bureaucrates professionnels à être capables d’investir les AG au but d’en prendre le contrôle, les monopoliser ou de les torpiller.

 C’est un sujet qui nous semble important car hélas, beaucoup ont tendance à faire confiance à ceux qui se jettent spontanément sur les micros, qui sont, il faut bien le dire, toujours les mêmes.

Le fétichisme de l’AG démocratique? Un leurre.

On le sait depuis longtemps pour les AG d’universités qui ne sont que le terrain de jeu des militants de différentes organisations, y compris non organisés comme les autonomes.

Pour les partis pas d’AG, des motions. Pour les syndicats des simulacres où le délégué syndical prêche la bonne parole.

Pour les associations, en général l’AG annuelle pour la présidence etc… Seules quelques associations sur le terrain des luttes peuvent parfois avoir un fonctionnement plus démocratique.

 Il s’agit de mobiliser des ” militants bénévoles “, impossible de leur donner des ordres, bien que je pense qu’elles ont quand même des “leaders” désignés ou charismatiques.

  Quant aux libertaires “autogestionnaires” par principe, l’AG “souveraine” n’échappe pas à des codes invisibles, des affinités et aux “leaders d’opinion”.

 L’AG est un exercice de la parole, malheur à celui qui ne maîtrise pas cet art, de fait on se croirait souvent plus au concours d’éloquence des apprentis avocats plutôt qu’à une discussion collective d’analyses et de stratégies.

 De fait, la composante sociologique et idéologique de l’AG, traduit la ligne politique majoritaire du groupe et des décisions prises en AG,  le profil politique étant déjà prédéfini. Celui qui pense apporter une voix différente à la “ligne” habituelle risque d’être fort marri.

 Comment y remédier? Déjà effectuer le plus souvent la rotation des taches et le travail en commissions en dehors des AG. Plus le groupe est petit, plus le timide ou réservé peut s’exprimer. Mais il n’existe pas de recettes miracles, à chacun de rester acteur et ne pas déléguer sa parole, par fainéantise ou sentiment d’infériorité, aux professionnels des AG.

 Pour cela une analyse critique de l’AG, et la mise en place de garde-fous est nécessaire dans tous les milieux pratiquant ce mode de fonctionnement “démocratique”.

 
Les Enragé-e-s

 

 

Pour élargir ses réflexions :

” L’exemple suisse n’est pas mieux avec son système référendaire qui permet l’adoption des pires mesures racistes. Notons qu’en suisse, le fait que ce soit les cantons qui votent à main levée qui sont les plus réactionnaires et qui ont accordé le plus tardivement le droit de vote aux femmes, dans les années 1990 !!! ” Lire la suite ici

Testet “Je crois que ce jour-là, on a tous compris que c’était bien plus qu’une histoire de barrage”

camille

Toutes les photos et commentaires associés sont issus du journal de bord de Camille

Les Enragé-e-s: Salut Camille, alors, tu reviens de la ZAD du Testet?

Camille: Salut les enragé-e-s, oui, j’y étais en octobre. (et avant aussi, mais me rappelle plus les dates)

On peut commencer par le début si tu veux? Comment as-tu entendu parler pour la première fois du Testet?

J’en ai entendu parler fin août, j’avais un ami sur place qui m’a demandé de venir, les zadistes n’étaient que quelques dizaines à ce moment-là, ils avaient besoin de gens pour occuper. Je travaillais donc j’ai attendu mi-septembre pour y aller pour la première fois.

 

10712856_10203778500195594_3507980795792820654_n
Dimanche 14 septembre “21h00, la nuit tombe. Nous sommes observés de loin. N’étant pas équipés de jumelles à vision nocturne comme nos “amis” d’en face, un feu est allumé. Je n’ai pas pu prendre de photo durant l’heure qui a suivi. Mais je peux vous raconter ce que j’ai vu. Tout d’abord, une poignée de gendarmes mobiles s’est approchée, agressifs, en position de combat. Ils observent un moment, ne répondant pas lorsqu’un militant s’adresse à eux. Puis ils commencent à reculer. J’étais à quelques mètres d’eux seulement lorsque celui qui semblait être leur chef a hurlé “ILS VONT CAILLASSER !”, surprise, je m’écarte et me retourne, personne n’a la moindre arme (ou projectile) en main. Ils chargent. Je me retrouve séparée du reste du groupe.”

Les Enragé-e-s: Dans quel état d’esprit y es tu allée la première fois? Tu savais à peu près à quoi t’attendre, même si tu as déjà l’expérience des lieux autogérés?

J’y suis allé un peu angoissée, je ne savais pas trop à quoi m’attendre en fait. Je ne savais rien du mode de fonctionnement d’une ZAD, ni des groupes d’affinité. Je ne savais pas quand ni comment les GM [NDLR les Gendarmes Mobiles] se comportaient avec les zadistes . J’avais vu quelques vidéos, mais devant un écran on a du mal à se rendre compte de la violence…

Les Enragé-e-s: Une fois sur place, comment tes peurs ont pu se dissiper? As-tu immédiatement rencontré ce sentiment de solidarité dans la lutte qu’il n’est possible de trouver quasiment dans aucune autre circonstance?

Elles ne se sont pas dissipées, pas tout de suite. Je suis arrivée un samedi et la veille un groupe de 60 pro-barrage avaient attaqué le camp, on a passé la nuit à monter la garde.
Mais dès le lendemain je me suis sentie beaucoup plus rassurée, j’ai très vite discuté avec tout le monde. C’est des gens très accueillants. Très solidaires. Chacun est prêt à aider les autres. Mes voisins de tente m’ont réveillée pour m’offrir un café. Ça m’a étonnée, cette gentillesse gratuite. C’est vrai qu’on en perd l’habitude dans notre société.

10447665_10203778506155743_8788710674562208288_n
Lundi 15 septembre. “Face aux protestations des militants, le ton aillant dû monter, des lacrymos sont jetées contre nous. Les GM en profitent pour charger. Je suis à la lisière de la forêt (ou plutôt ce qu’il en reste), 3 GM me montrent du doigt et s’avancent dans ma direction. Comme mes camarades, je recule.”

 

Les Enragé-e-s: Plusieurs zadistes nous ont écrit pour nous dire, bien qu’ayant été entouré-e-s de gendarmes de toutes parts, qu’ils n’avaient jamais connu un tel sentiment de liberté. Est-ce que cet état d’esprit partagé a pu profondément modifier certaines de tes certitudes?

C’est exactement ça, la ZAD est un peu comme une zone de non-droit, un endroit au dessus des lois, de l’État, du système.
Moi ça m’a redonné espoir. Je ne me suis jamais autant sentie à ma place qu’au Testet. C’est un petit peu comme s’ils m’avaient redonné foi en l’humanité.

10698651_10203778518196044_2489678738649774697_n

Les Enragé-e-s: Sans chef, c’est le bordel ou tout simplement le pied?

C’est le pied. Carrément. C’est un beau bordel organisé. Je ne dis pas que c’est un système parfait, mais c’est le plus harmonieux pour moi. On apprend tous les jours quelque chose, on partage, on échange. J’espère que ce mode de vie s’étendra.

10406830_10203778508075791_7501965480892848546_n
Lundi 15 septembre. “Les copains tentent de garder leur positions devant Mirador. Depuis mon observatoire, je vois un copain recevoir un tir de flashball en plein thorax. C’est l’incompréhension. D’autres sont violemment poussés (ou jetés au sol) pour les éloigner de Mirador.”

 

Les Enragé-e-s: Dans quel état d’esprit étaient les zadistes la semaine qui a précédé la nuit du 25 au 26? [NDLR la nuit où Rémi a été assassiné] Tu constatais que la tension allait crescendo? Que les provocations policières allaient en augmentant?

La semaine avant était relativement calme, du moins pas plus violente que d’habitude. On s’occupait surtout de l’organisation du festival. Les travaux continuaient à coté, mais des vigiles étaient présents 24/24 sur la zone (ce n’était pas le cas avant). C’était un peu plus tendu que d’habitude oui. Ils avaient un énorme projecteur qui nous éclairait parfois au milieu de la nuit, mais avec un laser on leur répondait, c’était presque un jeu.

 

10710684_10203778508955813_3818536683442879501_n
Lundi 15 septembre. “10h15, plus personne en bas de Mirador, les copains sont repoussés jusqu’à Gazad (où ils resteront en otage jusqu’au soir), on aperçoit au loin la fumée des fumigènes et des lacrymos vers la Métairie.”

 

Les Enragé-e-s: Comment la nouvelle de la découverte d’un corps s’est-elle répandue sur le camp? Tu as été au courant à quelle heure le dimanche?

Je me suis doutée que quelque chose de grave était arrivé vers 7h du matin, quand les copains de mon camp m’ont réveillée. Vers 9h, quand la confirmation est arrivée, tout le monde a su. Une assemblée s’est vite organisée pour en parler.
Je dormais au moment du meurtre, j’avais passé la journée à faire la médic au front.

Quel était l’état d’esprit général au moment de l’AG?

La plupart des gens étaient choqués, on n’y croyait pas. Ça a été très difficile de décider du comportement à adopter, certains regards cherchaient du réconfort, d’autres une explication.

As-tu senti de la résignation à ce moment-là?

Non, on se sentait abattu, mais on était loin de l’être. Personne ne l’a dit, mais je crois que ce jour-là, on a tous compris que c’était bien plus qu’une histoire de barrage…

10359567_10203778513795934_1777440227411479413_n
Les Enragé-e-s: Vous avez compris qu’il y a derrière cette lutte des enjeux bien plus majeurs?

Moi, petite apprenti-militante, j’ai compris ce jour-là oui. On ne se battait pas seulement pour sauver une zone humide, mais pour sauver les gens de cet Etat assassin ! Je savais qu’une telle lutte arriverait, mais pas si tôt. La mort de Rémi a précipité les choses.

10538523_10203778521076116_5154699775514236112_n

Les Enragé-e-s: Au niveau de tes réflexions politiques personnelles, penses-tu que le fait de t’impliquer de près dans ces évènements, de faire l’expérience par le réel de la lutte solidaire, d’être baignée dans une forme de bouillonnement d’idées, a pu produire chez toi une forme d’accélération de l’évolution de celles-ci? As-tu pu voir ta pensée s’aiguiser?

Clairement, mes réflexions sont devenues des idées. Je me suis un peu radicalisée aussi. Être sur la zone, vivre l’oppression, ça m’a enragée. Et avec la rage, mes positions politiques se sont enracinées. Puis j’y ai rencontré des gens qui avaient les même idées que moi, ce qui n’était pratiquement jamais arrivé auparavant. En arrivant à la ZAD, j’avais déjà des idées très arrêtées. Mais j’en étais encore au stade de la réflexion. L’autogestion, la vie en communauté, c’étaient des expériences que j’avais envie de tester (Testet ? haha), et mettre en application ce qui pour moi relevait de l’utopie, ça fait du bien, ça consolide les idées. J’ai vu que ce mode de vie que le système combat est certainement le plus sain. Politiquement parlant, là-bas, c’est l’Anarchie. J’ai remarqué que pour le sens commun ça sonne comme une insulte. C’est tout le contraire. Une anarchie qui fonctionne sera toujours 100 fois mieux que la plus rodée des “démocraties” actuelles. Bon, tout le monde n’est pas anarchiste sur le camp, bien sûr. Mais peu importe les idées, encartés ou pas, on se tolère et on tombe même souvent d’accord. L’expérience de la ZAD renforce les idées, les approfondit et rassemble les gens malgré leurs différences.

Les Enragé-e-s: En conclusion, tu aurais un message à faire passer aux abonné-e-s de la page des Enragés?

Camille: Pour les enragé-e-s qui peuvent se déplacer : allez sur les ZAD, il s’en monte un peu aux quatre coins de la France, juste y faire un tour au moins. Allez découvrir par vous-même. C’est une expérience intéressante et qui remet les idées en place. Et pour ceux qui peuvent se déplacer jusqu’au Testet, du 24 au 30, c’est “Sème ta ZAD”! On va remettre la zone en état, replanter, et construire des cabanes qui tiennent la route aux copains qui vont passer l’hiver sur place. J’y serai et si vous venez, j’vous fais un bisou.