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C’est quoi la biodynamie?

Alors que sa promotion semble assurée par une bonne part de la presse patronale, d’Etat et réformiste, rares sont les articles à compiler la documentation sur cette agriculture ésotérique. Les différentes sources consignées sont loin d’être toutes libertaires mais proviennent le plus souvent de démocrates rationalistes. En espérant que cette petite compilation puisse éclairer la lanterne de ceux qui se posent des questions et qui n’ont pas renoncé à tout exercice de leur sens critique. 

Le mythe de l’agriculture biodynamique

L’agriculture biologique dynamique, connue sous le nom de biodynamie, est un système agricole reposant sur une série de lectures données par Rudolf Steiner en 1924. Durant sa vie, le Dr Steiner se sentait concerné par la dégradation de la nourriture produite par des pratiques agricoles qui faisaient davantage confiance dans les fertilisants et les pesticides non organiques. Réputée comme étant la première approche alternative, la biodynamie a évolué durant le siècle dernier pour inclure de nombreuses pratiques agricoles ayant des bénéfices démontrables sur les récoltes et l’utilisation du terrain. En fait, la biodynamie est surtout connue en Europe, mais l’Amérique du Nord voit le nombre de ses partisans augmenter. L’approche biodynamique doit-elle être encouragée ?

La réalité

Il existe de nombreux sites internet et écrits non scientifiques à propos de la biodynamie, Rudolf Steiner, et l’école qu’il a développé (l’anthroposophie). Il y a beaucoup moins d’articles scientifiques sur la biodynamie, et une revue faite par Reganold (1995) en a trouvé plusieurs dont la qualité scientifique laissait à désirer.

Rudolf Steiner (1861-1925) était un intellectuel qui s’intéressait à plusieurs domaines académiques, cependant son point fort était la philosophie, et le sujet de son Doctorat en philosophie portait sur la théorie de la connaissance de Fichte. L’intention de ses séries de lectures sur l’agriculture était d’instruire les fermiers sur “l’influence des forces cosmiques et terrestres sur la vie organique sur terre” (Kirchmann, 1994). Cette distinction est importante parce que l’agriculture biodynamique, dans sa conception originale, consistait dans la confection et l’utilisation de huit “préparations” biodynamiques qui “stimuleraient la vitalité et harmoniseraient les processus dans le sol” (Kirchmann, 1994).

Les directions pour préparer les huit composés biodynamiques sont compliquées et peuvent être trouvées sur de nombreux sites internet ou dans la littérature spécialisée. Pour faire court, deux des composés sont produits en bourrant de la bouse de vache (préparation 500) et du silice (préparation 500) dans des cornes de vaches, puis il faut les enterrer plusieurs mois avant que leur contenu soit mélangé dans de l’eau chaude, pour être finalement appliqué sur le terrain. Les cornes de vaches sont utilisées en tant qu'”antennes” permettant de recevoir et de concentrer les ” forces cosmiques “, qui sont transférées par ce biais au matériau qui se trouve à l’intérieur.

Les six autres composés (préparations 502 à 507) sont des extraits de différentes plantes soit stockées dans des crânes ou des organes d’animaux (par exemple, dans des vessies de daims, des péritoines ou des intestins de bovins) soit dans la tourbe ou le fumier, où on les fait vieillir avant de les diluer et les appliquer au compost. Les éléments chimiques contenus dans ces préparations sont considérés comme permettant de transporter “les forces cosmiques et terrestres” qui communiqueraient ces forces aux récoltes, et ainsi aux humains qui les consommeraient.

Ces processus n’ont pas été développés grâce à une méthode scientifique rigoureuse, mais plutôt par la méditation de Steiner qu’il décrit lui-même comme une sorte de “clairvoyance”. En fait, Steiner déclarait que ses méthodes, déterminées spirituellement, n’avaient pas besoin d’être confirmées par des essais scientifiques traditionnels, mais étaient plutôt “vraies et correctes” en soi (Kirchmann, 1994). Le rejet de toute objectivité scientifique en faveur d’une approche mystique sous-entend que plusieurs des recommandations de Steiner ne peuvent pas être testées ni validées par les méthodes traditionnelles en science. Pour être clair, ceci veut dire que tout effet attribué aux préparations biodynamiques est plus une affaire de croyance que de faits.

D’autres pratiques non scientifiques sont devenues parties intégrantes du mouvement post-Steiner. Celles-ci comprennent le recours à des agendas cosmiques (notamment l’astrologie) qui rythment le cours des événements, des activités de la ferme ou des “visualisations” de la qualité nutritionnelle des aliments. Ces pratiques, apparues plus tard, utilisent des analyses chimiques légitimes comme la chromatographie comme moyen d’étudier les forces vitales “éthériques” des plantes à travers ce qu’ils appellent la “cristallisation sensible” et la “dynamolyse capillaire”, qui sont des techniques, elles aussi, non testables scientifiquement.

La biodynamie, en plus des idées originales de Steiner, a aussi naturellement intégré des pratiques de l’agriculture biologique. Plusieurs de ces pratiques, (comme la préparation du sol sans labour, l’utilisation de compost, la polyculture) sont des méthodes agricoles alternatives efficaces. Elles ont démontré avoir des effets positifs sur la structure du sol, sur la flore et la faune du sol, la suppression de maladies, car elles ajoutent des matériaux organiques et réduisent la densité du terrain. Le fait d’associer des pratiques bénéfiques au mysticisme de la biodynamie, donne à cette dernière un vernis de crédibilité scientifique qui, pourtant, n’est pas mérité.

Le Goetheanum, bâtiment érigé sur la colline de Dornach, à 10 km au sud de Bâle (Suisse), siège de la Société anthroposophique universelle fondée par Rudolf Steiner.

 

Plusieurs des articles scientifiques ayant comparé la biodynamie à l’agriculture conventionnelle n’ont pas séparé les préparations biodynamiques des pratiques biologiques, et bien entendu, elles ont obtenu des résultats positifs pour les raisons mentionnées plus haut. Pourtant, quand les chercheurs ont comparé l’agriculture biodynamique à l’agriculture biologique, ils ne trouvèrent aucune différence entre les deux (qui sont bien entendu, toutes deux différentes de l’agriculture conventionnelle dans ses pratiques). Il serait intéressant de pouvoir faire une étude comparative entre les fermes conventionnelles et des fermes conventionnelles utilisant les préparations biodynamiques sans les pratiques biologiques, afin de voir s’il existe des différences.

Etant donné la maigreur de la littérature scientifique, et le manque de données claires supportant les préparations biodynamiques, il serait sage de cesser de substituer le terme de “biodynamique” pour se référer à l’agriculture biologique. Il est à parier que de nombreuses personnes n’ont aucune idée de ce qu’est vraiment la biodynamie, ni ne connaissent ses véritables racines : le fait que “biodynamique” soit parfois utilisé à la place de “biologique” dans la littérature, semble confirmer cette conclusion. Pour les agronomes, l’usage du terme est un drapeau rouge qui questionne automatiquement la validité de tout qui s’y rapporte.

Le but est de garder la pseudoscience hors des pratiques scientifiques légitimes. C’est souvent ce type de mauvaise science qui créé une hostilité entre la communauté scientifique et les partisans de la biodynamie.
Face à ces arguments, certains pratiquants de l’agriculture biodynamique n’hésitent pas à dire de la science qu’elle n’est finalement qu’une autre croyance, ouvrant les vannes du relativisme le plus absolu. Comme aime à le répéter Alan Sokal : que ceux qui pensent que la science n’est qu’une forme de croyance viennent donc défier la gravité en se jetant du haut de ma fenêtre du 21° étage !

En résumé :

  • L’agriculture biodynamique consiste originellement en une approche mystique, et donc non scientifique, de l’agriculture
  • Des ajouts récents de la méthodologie biologique à la biodynamie ont créé une confusion dans les pratiques en amalgamant des pratiques objectives à des croyances subjectives
  • Les études scientifiques des préparations biodynamiques sont limitées et aucune preuve existe selon laquelle l’ajout de ces préparations améliore la qualité des plantations ou du sol
  • Plusieurs pratiques biologiques sont testables scientifiquement et peuvent améliorer le sol et la santé des cultures
  • Le monde scientifique doit éclairer la population profane sur cette explosion des théories pseudo-scientifiques et les aider à faire la différence entre les deux.
Mésentère de Cerf farci au fumier séchant au soleil au but de capturer les ondes cosmiques… Nous sommes ici en Ardèche dans le Hameau privatif du clan Rabhi.

La biodynamie est une pseudoscience

Il existe beaucoup de confusion autour de l’agriculture biologique et dynamique, ou « biodynamique ». En effet, au cours du temps les agriculteurs qui la pratiquent ont intégré des idées et des pratiques rationnelles qui existent dans l’agriculture biologique ou conventionnelle. On ne peut donc juger ce système qu’à partir des théories et pratiques qui lui sont spécifiques, et qui elles, n’ont guère évolué depuis les années 20. Elles reposent sur les idées ésotériques et totalement dépourvues de scientificité du fondateur de l’anthroposophie, Rudolf Steiner.

Côté pratiques, la biodynamie s’appuie essentiellement sur deux pseudosciences : l’astrologie, et particulièrement les croyances lunaires, et l’homéopathie pour ce qui concerne ses fameuses préparations. Des pratiques qui ont donc été transposées à la vinification.

Des analogies naïves

Toutes les pseudosciences reposent sur une symbolique et des analogies naïves qui sont prises au pied de la lettre par leurs adeptes.

« Travailler sur le vin représente symboliquement ce que l’on fait sur le sol lors d’un binage. On l’ouvre vers les forces de la périphérie» explique ainsi ce document. Et ces forces de la périphérie, cela serait celles exercées par les planètes.

On recycle alors les vieilles analogies des almanachs pour jardiniers amateurs qui nous expliquent par exemple que la lune « montante »… fait monter la sève des plantes des racines vers les feuilles. Miracle ! Cela marche aussi pour le soutirage du vin : « Si le vin présente un caractère très réduit ou trop fermé, le soutirer en lune montante peut lui être bénéfique, et en jour fruit afin de l’ouvrir davantage. Un vin trop ouvert peut être soutiré en jour racine pour le recentrer un peu sur lui-même, le resserrer. La Lune descendante a un effet réducteur et resserre les vins ».

Un peu de physique (enfin , un tout petit peu)

 La méthode biodynamique convoque à la marge quelques notions de physique, la loi universelle de la gravitation, ou la force de marée, pour les mettre au service d’affirmations totalement fantaisistes.

La première loi est celle de Newton qui décrit l’attraction réciproque de deux corps ayant une masse (cf schéma): elle est proportionnelle au produit des masses des deux corps (mA.mB) et inversement proportionnelle au carré de leur distance (d2 ). Et si elle est universelle, il faut admettre, qu’elle s’exerce entre la lune et, par exemple la cuve dont le vin doit être soutiré.

Seulement, un petit calcul permet de se rendre compte que la force d’attraction de la lune sur un objet à la surface de la terre vaut de l’ordre de 300 000 fois moins que la pesanteur. Quant à la force de marée, qui est liée à cette loi de gravitation, mais qui dépend également de la force centrifuge liée à la rotation de la terre, elle est environ 10 000 000 de fois plus faible que la pesanteur. Et je défie quiconque d’en sentir l’effet sur une masse de liquide telle que le contenu d’une cuve de vin…voire de la sève qui circule dans une plante !

A vrai dire, il serait plus raisonnable de se questionner sur l’effet sur le vin des vibrations produites par le passage d’engins agricoles près d’une cave, que sur les effets de la lune.

Cela n’empêche pas la biodynamie de mettre celle-ci à toutes les sauces, ainsi que les autres planètes, « [les infra-solaires] ont une action sur le calcaire et les forces de croissances. Les planètes supra-solaires plutôt sur la silice et les forces de structuration ». Par quels mécanismes ? Mystère.

« Le calendrier des coefficients de marées s’invite de plus en plus dans les caves des biodynamistes ». Par exemple, par des coefficients de marée bas (<60), «les micro-organismes sont au repos ». Heureusement pour nous, les chirurgiens ne suivent pas le calendrier des marées pour choisir le moment de leur intervention.

Les préparations homéopathiques, où comment mettre un peu d’eau dans son vin.

On connaissait les préparations « 500 » à « 507 » de la biodynamie appliquée à l’agriculture. Pour le vin, on utilise les dilutions homéopathiques pour le souffre et pour le cuivre. Pour cela, nos biodynamistes ne se sont pas penchés sur des bouquins de chimie, mais …sur le Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner. C’est forcément beaucoup plus riche, puisque selon lui, « le carbone est lié à plus de 400.000 éléments ». Pauvre Mendeleïev ! S’affranchir de la chimie classique permet sans doute de trouver un sens à ce genre de discours : « le soufre s’immisce dans le fort intérieur du carbone ….».

Concernant les dilutions de souffre , il est affirmé que « des résultats intéressants sont apparus avec les dilutions 4CH, 5CH, 27CH et 41CH. Chacune de ces dilutions apporte une caractéristique propre, les 4CH et 5CH offrent un côté plus esthétique et opulent au vin, la 27CH est proche d’un sulfitage classique, la 41CH verticalise et raffermit le vin. » Il n’est pas précisé si d’autres dilutions dégradent au contraire le vin. On apprend donc qu’une dilution au : 1/10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 (vous pouvez vérifier le nombre de zéros) verticalise et raffermit le vin . Attention toutefois, ne verser qu’un demi-litre de la solution pour 20hl, ce qui correspond au final, à presque 43 CH.

Personnellement, je n’en retiens qu’une chose : il est toujours sage de mettre un peu d’eau dans son vin.

Tout cela ne remet pas en cause, en soi, la qualité du vin qui serait produit par tel ou tel biodynamiste. Mais on peut sincèrement douter que cette qualité doive quelque chose au folklore pseudo-scientifique dont il s’entoure. 

Biodynamie et Anthroposophie

Dernièrement, certains médias se sont fait largement échos du procès d’Emmanuel Giboulot, un agriculteur biodynamiste qui risquerait la prison pour avoir refusé de répandre certains pesticides dans ses champs. Cet homme devient ainsi une sorte de héros de la cause biologique et de l’agriculture alternative. Le site du Cercle Laïque pour la Prévention du Sectarisme s’est fait écho de cette affaire et je ne peux que renvoyer à son remarquable article pour de plus amples informations. Mais au delà de ce cas particulier, il me semble que se pose la question de la vraie nature de la Biodynamie et de ses liens avec l’Anthroposophie.

Quels sont ces liens ? S’agit-il seulement d’une référence à la doctrine de Rudolf Steiner ? Je voudrais ici tenter de répondre à ces questions en m’appuyant sur mon vécu d’ancien anthroposophe et d’ancien élève Steiner-Waldorf.

Quand les anthroposophes parlent au public et aux médias de la Biodynamie, ils présentent bien souvent comme « un prolongement de l’agriculture biologique ». Ils jouent ainsi sur le préfixe « bio » pour mettre les deux choses dans le même sac. Ainsi, j’ai souvent entendu dire, lorsque j’étais anthroposophe, qu’il fallait toujours mettre en avant, quand on parlait de la Biodynamie, le respect de la nature et de l’environnement, l’absence d’usage de pesticides, l’observation des cycles des saisons, etc.

imagescaulijnb Par contre, on nous disait d’éviter de mentionner le fait que cette méthode se base sur les influences astrales des signes du Zodiaque, sur des procédés magiques consistant à tuer et à brûler certains animaux en dispersant leurs cendres sur les champs durant la nuit pour éloigner la vermine, sur des rites consistant à pratiquer certaines méditations pour entrer en contact avec les « âmes-groupes » des animaux pour leur demander leur coopération invisible, sur des incantations, sur l’utilisation de cornes de vaches remplies de substances diverses remuées en imprimant au liquide la forme d’une lemniscate, cornes que l’on enfouit ensuite dans le sol, comme autant de capteurs d’énergies spirituelles pour réaliser des « préparations biodynamiques », etc.imagescaaeqfdnimages[2]

Les anthroposophes ont parfaitement conscience qu’il est très porteur de ranger, comme ils le font, leur « Biodynamie » dans un créneau où elle se faufilerait dans les rangs de l’agriculture biologique et se réclamerait du même combat. Cela leur permet, par exemple, aujourd’hui, de bénéficier du soutien de personnalités médiatiques de premier plan, comme Jean-Marie Pelt ou Pierre Rabhi. Certes, ces personnalités en savent bien plus qu’elles n’en disent publiquement au sujet des arrières-fond occultistes, magiques et ésotériques de la Biodynamie. Mais elles prennent bien garde d’en faire état trop ouvertement !

Il faut pourtant le dire : la Biodynamie est devenue, avec les écoles Steiner-Waldorf, le meilleur outil de propagande de l’Anthroposophie ! Le meilleur, en ce sens que l’Anthroposophie se diffuse toujours d’autant mieux qu’elle ne révèle pas son vrai visage. C’est là, selon moi, un principe de base de cette dérive sectaire. En se présentant comme une simple branche de l’agriculture biologique, la Biodynamie a réussi son coup, de même que les écoles Steiner-Waldorf ont réussi le leur en se plaçant du côté des pédagogies alternatives, comme Freinet ou Montessori. La Biodynamie est ainsi devenue, en tant que méthode d’apprentissage d’une agriculture qui se dit spécifique, l’un des meilleurs outils de propagande de l’Anthroposophie.

« On peut tout-à-fait être agriculteur en Biodynamie sans être anthroposophe ! » mentent effrontément et systématiquement certaines personnes. Elles mentent, car il n’est pas possible de mettre en pratique les indications et les cahiers des charges de la Biodynamie sans tremper peu ou prou dans l’ésotérisme de Rudolf Steiner, qui imprègne totalement le « Cours aux agriculteurs », c’est-à-dire l’ouvrage de base de cette agriculture spécifique.

Sur l’hostilité à la civilisation urbaine

Souhaiter construire le socialisme en niant la civilisation urbaine et la société industrielle, c’est souhaiter la barbarie

Le lien entre l’écologie et l’agriculture fut pensé par Rudolf Steiner en 1924, quand il lança l’idée de l’agriculture biodynamique.
Steiner est connu comme le fondateur de l’anthroposophie, et Peter Staudenmaier, auteur d’une excellente contribution sur l’origine commune de l’écologie et du national-socialisme allemand, a décrit, dans un autre article, les liens de l’anthroposophie avec les milieux mystiques et théosophiques les plus délirants.

 Steiner transposa la hiérarchie mystique de la progression spirituelle vers une hiérarchie biologique de la succession des races, dans laquelle la position la plus récente, et donc supérieure, revient à la race aryenne, dont la composante la plus parfaite serait l’élément germano-nordique.


 La fusion d’une hiérarchie spirituelle avec une hiérarchie raciale plaçait l’anthroposophie dans le même camp idéologique que celui où se développa plus tard le racisme hitlérien. C’est dans ce contexte que Steiner formula sa théorie de l’agriculture biodynamique, inspirée par l’idée que la terre serait un organisme vivant et par sa prétention de connaître les forces cosmiques invisibles censées influer sur les sols et la flore.

Camp de concentration de Dachau: “Alle Produkte wurden in biologisch-dynamischer Anbauweise hergestellt.” “Tous les produits étaient produits de manière biodynamique”


Rudolf Steiner mourut en 1925 et, peu de temps après, cette forme d’agriculture commença à être promue par Walther Darré. Staudenmaier a raconté en détail l’histoire des relations entre
l’anthroposophie et le national-socialisme à partir de 1933. (…) Je me limiterai ici à rappeler que, pour surmonter la méfiance, voire l’hostilité de certains secteurs du national-socialisme face à
l’anthroposophie de Steiner, Walther Darré transforma l’expression « agriculture biodynamique » en « agriculture organique » (ou « biologique »), qui devint la principale doctrine agricole du Troisième Reich.

Camp de concentration de Dachau. Inspection d’Himmler des champs d’herbes aromatiques cultivées en biodynamie.

 Le ministre Darré essaya de freiner le développement du capitalisme à la campagne et l’industrialisation de l’agriculture, ce qui occasionna des dépenses énormes (…).
Raison pour laquelle, avec la défaite du Reich, l’agriculture biologique fut frappée par l’ignominie qui recouvrit toutes les initiatives encouragées par les nazis.

Biodynamie à Dachau

Le camp d'extermination de Dachau et la Biodynamie.Les serres du camp d'extermination de Dachau fonctionnaient toutes en biodynamie. "La Plantation mangeait ses victimes", écrivit l'ancien prisonnier Hans Schwarz entre 1938 et 1939. Aucun autre Kommando à cette époque n'a coûté autant de vies.En 1938 les détenus durent aménager une grande plantation destinée à accueillir un jardin aromatique à l’est de l’ Alte Römerstrasse. Le jardin fut implanté à l’initiative de la „Communauté pour la connaissance des plantes aux propriétés curatives“ (Arbeitsgemeinschaft für Heilpflanzenkunde) et avait éveillé l’intérêt du Reichsführer SS Heinrich Himmler. L’Allemagne ne devait plus être dépendante de l’importation de médicaments et d’aromates provenant de l’étranger. Pendant la guerre, le travail des détenus prit une part économique de plus en plus importante.Zeichnung eines Häftlings von der "Plantage"Les gardiens SS poussaient les détenus au travail par des menaces et des coups. Des détenus étaient fusillés de façon aléatoire pour tentative de fuite. Seul dans les serres et dans les bâtiments régnaient des conditions de travail plus clémentes. Un commando de peintres devait fabriquer un herbarium pour Himmler. Au péril de leurs vies, certains d’entre eux prenaient des notes sur les crimes commis par les gardes SS.Les SS avaient également implanté un magasin dans le jardin aromatique afin de vendre leurs produits aux habitants de Dachau et des villes environnantes. Certains des détenus réussirent à avoir des contacts clandestins avec la population civile.En janvier 1939, Himmler a créé une nouvelle société SS sous la supervision de Pohl, la « Deutsche Versuchsanstalt für Ernährung und Verpflegung (Unité de Recherche Communautaire pour l'Alimentation et la Nutrition) », connue sous le nom de DVA.Une partie importante de ses opérations consistait en des plantations agricoles situées dans des camps de concentration, dont Auschwitz, Dachau et Ravensbrück, ainsi que des successions en Europe de l'Est occupée et en Allemagne. Beaucoup de ces projets agricoles étaient des plantations biodynamiques de produits en croissance pour les SS et l'armée allemande, la production étant surveillée par des représentants de « RVBDW ( Ligue du Reich pour l' Agriculture Biodynamique) ».Ravensbrück a été le premier domaine DVA à être transformé en culture biodynamique, en mai 1940.Finalement, la majorité des plantations de DVA ont été administrées biodynamiquement. Le DVA a également commercialisé les produits Demeter, a collaboré avec Weleda et a contribué financièrement à la « Ligue du Reich pour l' Agriculture Biodynamique ». Pohl a recruté plusieurs figures principales de RVBDW, dont Max Karl Schwarz et Nicolaus Remer, pour travailler sur les entreprises biodynamiques d'Auschwitz, mais Bormann et Heydrich ont protesté contre l'emploi d'anthroposophes dans les entreprises de SS.Le chef de la section agricole de DVA était l'officier SS Heinrich Vogel, un franc partisan de la biodynamie même face à la résistance d'autres secteurs de la SS. Lui et Pohl ont insisté pour s'appuyer sur les collègues anthroposophes de Bartsch, et en juillet 1941, le SD a cédé, avec l'assurance que les anciens membres du RVBDW ne diffuseraient pas les enseignements de Steiner.La pièce maîtresse des opérations biodynamiques DVA était une plantation importante à Dachau, qui a produit des herbes médicinales et d'autres biens pour les SS. À Ravensbrück, le travail sur la plantation biodynamique de Dachau a été effectué par les détenus du camp. À partir de 1941, l'opération Dachau a été supervisée par l'Anthroposophe Franz Lippert, chef du mouvement biodynamique depuis ses débuts et chef jardinier à Weleda de 1924 à 1940. Peu de temps après avoir repris la plantation de Dachau, Lippert a rejoint les SS et, en 1944, a reçu une reconnaissance spéciale et un bonus pour son travail. Lippert a également publié un livre pour les SS en 1942 sur la base de son travail à Weleda et à Dachau. L'une des tâches de la plantation biodynamique de Dachau était de former des « colons » pour les Territoires de l'Est, une partie des projets d'Himmler visant à utiliser la culture biodynamique dans la réorganisation environnementale et ethnique de l'Est. Les dirigeants biodynamiques ont participé activement à ces efforts, en obtenant un traitement préférentiel de la DVA et d'autres agences SS en retour.Dans les commentaires à cette vidéo, de nombreuses ressources sur la biodynamie et sur l'anthroposophie seront ajoutées.

Publié par Les Enragés sur mercredi 7 février 2018

 

 Le fait que Darré et les anthroposophes aient continué à promouvoir cette forme d’agriculture dans les années 1950 n’a pas contribué à
l’innocenter. Elle ne réussit à renaître de ses cendres que très lentement. Quand, au Brésil, le coordinateur des politiques publiques de l’ONG Agriculture familiale et agro-écologie, membre de la Ligue nationale de l’agro-écologie, affirme que « l’agro-écologie a près de quarante années d’existence », nous voyons bien quelle généalogie il s’efforce de cacher.

Depuis leurs postes de surveillance, les SS abattaient des prisonniers de façon aléatoire.


 En effet, dans les années 1970, avec la dissolution des espoirs dans le socialisme et la classe ouvrière, espoirs qui avaient prévalu durant la décennie précédente, les pays anglo-saxons virent apparaître un public de gauche ouvert aux thèses agro-écologistes jusque-là connotées à l’extrême droite. Toute personne qui s’intéresse à l’histoire obscure – et pourtant, parfaitement documentée – de l’agro-écologie, en particulier au Royaume-Uni et en Allemagne, et à son réseau de filiations doit lire le brillant essai de William Walter Kay sur ce sujet.

« A la fin des années 1960, le mouvement étudiant britannique n’avait pas de composante écologiste, écrit Kay. Les militants étudiants avaient tendance à épouser les idées de gauche et anarchistes répandues dans les mouvements antinucléaires et contre la guerre. Une décennie plus tard, bon nombre de ces contestataires devinrent des militants écologistes. »

Et Kay d’ajouter que l’écologisme britannique donna également naissance à des sous-courants du féminisme excluant et du nationalisme celtique.
A la même époque, j’ai observé ce phénomène en France, où, dans les années 1970, de jeunes maoïstes se découvrirent une vocation régionaliste. Pour soutenir les autonomistes bretons et occitans, ils s’unirent aux vieux fascistes qui avaient défendu l’indépendance de ces régions dans l’Europe soumise au joug du Reich. 

 

Sources:

http://npnf.eu/IMG/pdf/jb_hostilite_civilisation_urbaine.pdf

https://veritesteiner.wordpress.com/2014/02/27/biodynamie-et-anthroposophie/

http://imposteurs.over-blog.com/2015/10/la-biodynamie-est-une-pseudoscience.html

http://www.charlatans.info/agriculture-biodynamique.php