Alexandre Lecouillard et Les Indignés, une droite radicale altéreuse et creuse

 Qui ne connaît pas Alexandre Lecouillard? C’est à cette question abyssale, en tout cas pour le principal intéressé, que nous tenterons indirectement de répondre au but d’illustrer l’ampleur de l’emprise indécente des droites confusionnistes, réactionnaires sur les réseaux marchands et de démasquer ce qui est devenu au fil des années un véritable Empire de l’obscurantisme. Une petite entreprise partie de rien, selon le mythe sillyconnovalléen, qui ne connaît pas la crise, bien au contraire puisqu’elle s’en repaît avec gourmandise. Un petit entrepreneur de la confusion qui mène sa barque, avec d’autres, depuis de longues années maintenant sur la toile. Vous le verrez, nous évoquerons dans ce dossier les incartades récurrentes  de ce personnage et de ses comparses à l’extrême droite, qui ne sauraient en aucun cas être des « accidents » mais qui relèvent au contraire d’une entreprise confusionniste parfaitement consciente et réfléchie. 

11758818_10205935502060055_1239718912_n  Un futur président comme Alexandre Lecouillard, sachez-le, il n’y en a pas deux identiques, même si, sauf erreur d’analyse de notre part, il faudrait un concours de circonstances extraordinaire pour qu’un homme comme lui accède au sommet de la République française en 2022. 

Mais si l’on en croit le mythe entrepreneurial, quand on veut, on peut, non?

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  Nul ne saura en tout cas si la tentative et l’essai seront ultérieurement transformés même si nous espérons que ce dossier puisse modestement contribuer à en saper définitivement le projet.

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Alexandre Lecouillard propulsé par la plateforme Laprimaire.org concentrant une  » dream team  » de la pensée ultra-libérale et réactionnaire

 C‘est un dossier qui pourrait faire de nombreux déçus, c’est en ce sens que nous espérons également œuvrer afin que la déception soit la plus contenue possible et en définitive, faire en sorte que nul ne puisse en conserver quelque regret.

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  C‘est vrai que de l’amour, il en récolte à la pelle Alexandre Lecouillard et quand celui-ci n’est pas au rendez-vous à la suite de ses propres griffonnages , pourquoi ne pas recycler à sa sauce les sentences bibliques les plus courantes, à commencer par celle du « aime-toi toi-même et facebook t’aimera » ?

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Tous les Alexandre Lecouillard adorent Alexandre Lecouillard

  Pour les plus valides aveuglés au monde, l’adage ne laissera aucun doute, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Radio Eveil, l’une des nombreuses pages d’Alexandre Lecouillard, s’offrant le luxe de l’invention d’un nouveau créneau sur un marché pourtant disputé du neuneu-spiritualisme.

En effet, ce nouveau messie de l’écologie réactionnaire n’a de cesse de se ménager, à un point tel que l’on en vient à se questionner sur le rapport dissonant à la souffrance au travail de cet étrange partisan, pourtant si chèrement louée au sein de sa famille politique naturelle.

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  Une droite radicale prétendant se placer en alternative à l’idéologie du MEDEF même si les fondements philosophiques , nous le verrons, n’en sont pas radicalement éloignés, bien au contraire…

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Tout le cynisme ricaneur et abject de cette droite altéreuse, parfaitement à l’aise dans son époque.

  Nos lecteurs les plus assidus auront pu noter que ce n’est pas la première fois que nous évoquons ce singulier personnage, ce dernier s’étant notamment illustré par de nombreuses tentatives de récupération internes et externes à l’occasion du « mouvement » sur place Nuit Debout, même si nous l’avons vu rétrospectivement, absolument rien de bon n’aurait pu sortir de ces grand-messes, tant les thèmes et ses animateurs étaient imprégnés d’idées nationalistes, interclassistes, conservatrices et réactionnaires. 

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  Quoiqu’il en soit, l’olibrius méritait un dossier sur mesure,  un dossier à la hauteur de la portée filousophique de son entreprise confusionniste, ce qui n’évacue pas, de temps à autre, rendons ici-bas à César ce qui est à César, Ô merveille confondante du cerveau humain, de fulgurants éclairs de lucidité.

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Il n’existe pas une extrême droite mais DES extrême droites qui s’affrontent pour l’hégémonie

 

  C‘est probablement l’aspect le plus difficile à comprendre pour ceux qui n’en possèdent pas les clés, parfois par trop grande naïveté, par ignorance sincère mais aussi parce que les héritages religieux et réactionnaires familiaux sont d’autant plus difficiles à affronter sur la période que les rejetons en sont économiquement reliés et directement dépendants.

Protester wearing a mask from the movie V- for Vendetta. An assembly of the French Indignants. They moved yesterday from La Bastille to La Defense, the French financial district. Paris, FRANCE - 05/11/2011./Credit:MARS/JDD/SIPA/1111061238
La France fut le seul pays d’Europe où le « mouvement » des Indignés n’a pas pris dans le réel, mais en revanche, ce dernier fut très largement récupéré et animé par les petits entrepreneurs de la confusion sur la toile ainsi que par la fachosphère. En photo, quelques trois cent personnes rassemblées à la Défense et un masque Anonymous symbole d’une vraie-fausse révolte typiquement petite bourgeoise.

 Non, l’extrême droite, ce n’est pas uniquement la PME Le Pen ou ce qu’il en reste ainsi que tous ses satellites plus ou moins directement affiliés (Alain Soral, Etienne Chouard, Dieudonné, etc,…)

Pour le résumer de façon abrupte, ce néo-fascisme altéreux est l’expression d’une vraie-fausse révolte, d’une critique partielle, inoffensive et romantique du capitalisme,  une critique totalement inopérante à base de mantras auto-entrepreneuriaux, de bondieuseries altéreuses écolos, de références réactionnaires et fascistes plus ou moins ouvertement exprimées et de sentences creuses animées par un dessein platement conservateur que l’on pourrait résumer ainsi:   « tout changer pour que rien ne change. »

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L’une des pages d’Alexandre Lecouillard, Les Indignés, page confusionniste d’extrême droite dont la promotion est directement assurée par le réseau marchand facebook.

 Il faut comprendre que l’hégémonie confusionniste, bien aidée en cela par les nombreux trucages des compteurs comme le démontre cet article évoquant le député belge d’extrême droite Laurent Louis et l’humoriste fasciste Dieudonné ou encore par la possibilité de payer facebook pour être d’avantage vu que les autres,  ne s’est pas installée en quelques semaines.

La « quenelle  » de Dieudonné et la défense de la  » liberté d’expression  » des antisémites ou le non-choix entre un social-démocrate au fond bonapartiste et un humoriste fasciste proche du FN depuis des années.

 On peut débuter cette installation à l’occasion des francisations et des différentes importations numériques de mouvements ciblés, comme Occupy Wall StreetLes Indignés, pillés à la jeunesse estudiantine espagnole, le grotesque et très brunâtre Bank Run ou Anonymous dans ses variantes les plus narquoises.

La mystification du « 99% » contre le 1%, une pseudo-critique romantique et nationaliste du capitalisme, un « anticapitalisme » totalement inoffensif. Bien évidemment, pas grand monde ce jour-là ne « prendra la rue », l’extrême droite mystifie et dégueulasse en permanence nos luttes, les vraies.

  Toutes ces adaptations furent produites par la première vague proto-fasciste installée depuis les réseaux marchands par une extrême droite qui a entrepris très tôt leur colonisation.

The Dissident rappelle étrangement « La Dissidence « , qui est la dénomination qu’utilise la fachosphère pour se qualifier, on retrouve également le site écolo-confusionniste indigeste  » DGR France – Le Partage ».

 L‘altermondialisme néoréac et confusionniste émerge sur le terreau d’une trentaine d’années d’écologisme ardemment porté par les sous classes dominantes et la classe possédante. On peut évoquer les 16,28 % d’Europe Ecologie en 2009 aux élections Européennes dans un désert abstentionniste et sur la base de 6.5% des inscrits.

Yann Arthus-Bertrand, dont le film Home fut largement financé par le groupe de luxe Pinault Printemps-Redoute (PPR), rejeton bien né de la maison Arthus-Bertrand, fondée en 1803, entreprise spécialisée dans la fabrication de médailles, insignes et décorations, bijouterie-joaillerie en compagnie de l’écologiste pieux Nicolas Hulot et du réactionnaire  et homophobe Pierre Rabhi.

 Culturellement, c’est bien évidemment l’éclosion des pseudo « alternatives  » au capitalisme,  de tout un univers altéreux agrippé au monde marchand, restaurants et boutiques « éthiques », le « consommer local » qui comprend une lourde dimension identitaire et plus généralement, un milieu qui n’exerce une critique de ce monde-là quasi-uniquement que du point de vue de l’auréole de son assiette ou en tout cas, de son propre comportement individuel.

Relais des illuminés de Kokopelli depuis la page d’extrême droite «Dissidence Française », tout un programme…

 Un aréopage qui entrevoit de seules perspectives inopérantes et mystificatrices au but de faire perdurer l’exploitation.

 » greenwashing  » ou comment repeindre en vert la barbarie capitaliste.

  C‘est également une explosion de la fréquentation des festivals commerciaux au milieu musical de plus en plus guindé, un milieu qui naturalise la société de marché en se situant sur le seul terrain de la morale et glisse sur une pente néoréac assumée avec des groupes-éponge de l’époque comme ici Tryo,  ciblant les rejetons des classes moyennisées au fond religieux non résolu et le plus souvent à la tête de minuscules rentes parentales.

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Le groupe Tryo posant aux côtés du très réactionnaire et xénophobe Paul Watson de Sea Shepherd. On les retrouve également proches des illuminés de Kokopelli. Tryo sont hélas loin d’être les seuls à se positionner sur le créneau du néohippie de droite qui se vautre dans l’exotisation à outrance, dans l’ethno-différentiation, le spiritualisme et le relativisme, sous couvert de grands principes humanistes et tolérants.

 On peut également penser aux projections gendridéalisées d’un Julien Doré tatoué au Colibri, cinq ans auparavant, il citait du Debord sur un plateau de télé, un grand écart idéologique pour le moins spectaculaire…

Julien Doré aux côtés du tatoueur Tin-Tin, qui déclarait sur TMC en 1991, répondant à un journaliste le questionnant s’il était prêt à tatouer Hitler, une croix gammée ou Staline sur un bras « Ah moi je te fais ce que tu veux hein, tu peux te faire tatouer Hitler (…)  Moi je suis à la demande du client » avant de radicalement se raviser sur le plateau de Yann Barthès 26 ans plus tard face aux images de la séquence « Non, surtout pas, j’ai fréquenté trop de gens chiants, surtout pas de motifs politiques, effectivement ». Qu’en pensent le skin  » cheeta » et sa bande qu’il fréquenta jadis à Toulouse?

 Sur ce terreau hippisant réac et écolo béat a prospéré de 2011 à 2013 un nuage littéralement apocalyptique qui a tabassé une partie de la jeunesse de l’époque en lui représentant une vision catastrophiste et extrêmement dégradée du monde, une certaine jeunesse béate que l’algorithme facebook, cette formule mathématique choisissant à la place des usagers ce qui doit s’afficher ou pas sur leur écran, a passé plusieurs années à consciencieusement trier, avec amour.

Le très réactionnaire concept de la « décroissance  » associé ici au « bon sens  » rappelant le très conservateur « bon sens terrien  » face à un monde qui serait sorti des rails de la bonne morale.

 Ainsi, ce nuage lugubre de chérubins déjantés « écolos » fut largement hégémonique à l’époque, avant que la massification marchande de facebook ne sature son propre réseau et ne le referme sur lui-même.

Un montage photo qui est un monument de confusion avec toujours cette injonction récurrente à « nous réveiller  » comme si nous étions tous en train de roupiller…

Essayons de regarder sur quelle matière il a pu prospérer.

Obscurantisme quand tu nous tiens…

 

« Ce Que Cache l’Etat français », « Le Parti des Pauvres français » « Le Journal du Siècle », « Pour Une Révolution Française immédiate » (ou PURFI), « Les Indignés », « Contre la censure du net », « Mr Mondialisation », « Wikistrike », « Esprit Science Metaphysiques », « Les Moutons enragés », « Inform’Action », il n’est pas possible de tous les citer tant ces sites et pages sont nombreux. Ils encombrent toujours, pour la plupart d’entre-eux en tout cas, les réseaux marchands.

La fixette monomaniaque sur les  » Illuminati « , un grand classique des sites conspirationnistes et d’extrême droite.

 La page Les Indignés s’engouffre dès le début sur le même « business », celui de l’ardente promotion de différents charlatans et autres prophètes du spiritualisme.

 A ce titre, Gandhi s’offrit grâce à cette batterie de sites confusionnistes et fascistes, une seconde jeunesse numérique. Différents ouvrages de propagande, parmi lesquels le film d’Attenborough qui remporta l’Oscar du meilleur film en 1982, présentent Gandhi comme un champion de la non-violence. Dans une société aussi violente que la société indienne, où les rapports sociaux eux-mêmes étaient violents au quotidien, la doctrine non-violente de Gandhi avait une fonction politique : celle de laisser les masses désarmées face à la violence de leurs oppresseurs.

En ce qui concerne Vandana Shiva, il sera sans doute judicieux de prendre connaissance de cet article dont voici un extrait particulièrement éclairant:  Plus surprenant toutefois – et au grand dam probablement de beaucoup de gens de gauche en Occident -, il est très rapidement devenu évident en lisant l’ouvrage que l’ « écoféminisme » de Shiva est  une idéologie profondément conservatrice, pour ne pas dire « réactionnaire ».

Les grands mystiques se succèdent, par la voix de Jiddu Krishnamurti ou du mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie en la personne de Pierre Rabhi.

Et son mouvement anti-féministe et réactionnaire des  » Femmes semencières  » également proche du mouvement sectaro-religieux de Pierre Rabhi.

Ou encore le décroissant proche de la Nouvelle Droite, Serge Latouche.

Serge Latouche : décroissant néo-droitier qui entretient depuis au moins le début des années 2000 des liens avec l’idéologue d’extrême droite Alain de Benoist. Son relativisme culturel est tout à fait compatible avec l’ethno-différencialisme prôné par la Nouvelle Droite. A à plusieurs reprises débattu avec le marxiste néo-droitier italien Diego Fusaro. On le retrouve dans La Décroissance, sur Reporterre mais aussi sur… Novopress. Cela ne l’empêche pas d’être directeur de collection au Passager Clandestin, maison altéro-libertaire qui édite aussi les Désobéissants de Xavier Renou. Ses livres sont donc vendus au Salon du livre libertaire, à la fête de la CNT, etc. Dans le dernier, intitulé « Les précurseurs de La Décroissance », il rend hommage aux Amish (!!!), à Ellul, mais aussi à Bernanos ou Ezra Pound, ainsi qu’aux « sagesses » africaines, améridiennes…

 Avec les Indignés, c’est un peu une galerie permanente des plus grands allumés de la toile.

Les grands perchés de Kokopelli dont la promotion semble avoir été assurée par Alexandre Lecouillard himself.

Le relais des chouardiens du « Le-Message.org» et de ses « gentils» virus.

La promotion d’Henri Joyeux, radié de l’Ordre des Médecins en 2016, et son business obscurantiste criminel de l’anti-vaccination.

L‘immonde film conspirationniste et antisémite « L’argent Dette» qui dresse une vision du capitalisme par le petit bout de la lorgnette en focalisant sur la création monétaire et en omettant de parler de l’essentiel, à savoir le rapport d’exploitation et marchand que porte l’argent en soi.

C’est presque sans surprise que l’on retrouve la diffusion du film conspirationniste et antisémite  » L’argent Dette  » du réactionnaire Paul Grignon.

 Il y a une phrase attribuée à Einstein que beaucoup ont vu tourner sur les sites conspirationnistes «écolos », ceux qui sont là pour nous faire flipper grave et nous proposer des solutions à base de création de petites entreprises et d’écopatrons, à savoir finalement, rien d’autre que des écoesclavagistes.

« Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre »

Cette phrase, donc, elle fout les chocottes et ça a bien marché. Car l’idée d’une fin de l’humanité, une fin du monde, ça entre parfaitement dans le délire de ce que l’on nomme les millénaristes, archi présents sur la sphère confusionniste « écolo».
Selon ces grands perchés, la fin du monde serait proche et il serait  » écrit », quelque part, on ne sait pas très bien où, qu’il y aurait des élus. Wow. Et toujours selon eux, consécutivement à la disparition de la grande majorité de l’espèce humaine, on entrerait dans un nouveau  » grand cycle ». Ça calme et ça fait froid dans le dos.

Quand vous voyez « en transition » derrière ville, arrondissement, village, hameau ou vallée, il faut lire en transition vers l’avènement d’un monde organisé selon la pensée [mystique et raciste] de Rudolf Steiner dont l’accomplissement se fera en 3573 lors du passage à l’ère du verseau. Le « Nouveau paradigme », autre vocabulaire appartenant au mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie.
Le problème, et il est de taille, c’est que même si l’apport d’Albert Einstein fut majeur, il faut se résoudre à lui concéder certaines petites faiblesses, à commencer par celle de n’avoir jamais étudié les abeilles et d’être totalement incompétent sur la question.

Car Albert Einstein n’a jamais dit cette phrase, il ne l’a même jamais écrite.

En attendant cette fameuse conférence, on pourra louer à bon marché l’énergie conséquente que dépense Alexandre Lecouillard au but de déprécier ceux qui osent dévoiler tout ce qui transite autour de la charlatanerie heureuse et au-delà.

Il faut dire qu’Alex – en espérant que nos lecteurs nous permettent de l’appeler Alex – n’est pas seulement un «  gentil » virus, il est aussi un  » gentil » colibri, on ne peut guère faire plus explicite, comme le Port-Salut, c’est écrit dessus.

Le côté  » puérile » – selon les mots d’Alex pour ceux qui suivent – de l’un de nos dossiers Rabhi n’ayant visiblement pas gêné outre mesure la présidente de l’Unadfi Catherine Picard et les centaines de milliers de personnes qui les ont parcourus.

Ancienne députée socialiste, Catherine Picard est depuis 2004 présidente de l’Unadfi, une association de protection des victimes de sectes, elle intervenait ce jour-là en réponse à l’un de nos dossiers Rabhi.

 

Non content de véhiculer les monuments de pensées arriérées, notre maître Yoga donne également dans  » l’humour » transphobe qui fait bien évidemment partie de la panoplie réactionnaire du personnage.

Tous les items du conspirationnisme et du fascisme sont également présents.

On retrouve ici la terminologie du « banksters  » qui fut installée en France dans les années trente par le fasciste Léon Degrelle.

 Les références nationalistes sont innombrables, en voici un simple échantillon.

Pour évoquer rapidement le consumérisme ou plutôt, la «  lutte contre le consumérisme « .

On peut essayer peut-être de partir de la proposition en l’étudiant sommairement. On nous dit déjà une chose très importante, c’est qu’il s’agit d’une lutte. Alors, immédiatement, comme c’est visiblement quelque chose qui semble s’adresser aux plus nombreux, on se dit que ça parle de lutte des classes, du truc qui est en train de se passer en ce moment, à savoir que les galériens se rendent compte peu à peu de nouveau de leur force réelle, de la réalité de leurs mêmes existences sociales assignées par le Capital et l’ordre injuste des choses. Mais la lutte contre le consumérisme ne relie pas les gens de la même manière.

Non, dans la lutte contre le consumérisme, il y a ceux qui savent que le consumérisme serait mauvais et il y a ceux qui ne le savent pas.

Ce n’est pas une lutte entre possédants et esclaves mais entre savants et ignorants.

Et en quoi consiste cette lutte?

A nous dire que l’on va trop dans les supermarchés, que l’on est trop influençables par la pub, qu’on serait des êtres faibles totalement obsédés par l’achat, par l’objet, par la marchandise, par l’accumulation, qu’il nous en faudrait toujours plus, que nous serions comme des enfants incapables d’arrêter de manger des bonbons, que nous ne serions pas capables de gérer notre budget, que nous n’aurions pas suffisamment d’approche spirituelle de l’existence, que nous voudrions trop nous faire plaisir, que nous consommerions mal et comme des cons.

Qu’il y aurait une mauvaise façon de consommer et une bonne façon de consommer. Que la bonne façon de consommer, ce serait l’abstinence, la chasteté, l’ascétisme. Qu’une bonne façon de consommer serait en capacité de changer le monde. Que nous espérons un « changement par la consommation » car nous croyons en un « changement par la consommation ».

Bon, le problème, dans cette fable, c’est que l’immense majorité de la population ne se vautre pas dans la consommation. Que la plupart des gens ne peuvent quasiment rien s’acheter. Que tout part dans ce que l’on nomme le « coût de la vie» et qui n’est rien d’autre que le coût du capitalisme.

En réalité, il s’agit de prêtres aux positions sociales dominantes qui entendent choisir à notre place notre consommation, en hallucinant que nous serions finalement les fautifs de l’explosion du Capital et de ces conséquences un accroissement très important de la nature et de l’éventail de la production, une opulence dans les magasins qui est très loin d’être imitée par les budgets des galériens, qui subissent ce système pourri.

Ceux qui  » luttent contre le consumérisme » sont de nouveaux curés. Il faut symboliquement les gifler.

Zen, Alex, Zen.

Au chapitre des horreurs politiques, on trouvera sans surprise le groupuscule souverainiste de droite dure confusionniste l’UPR, de François Asselineau.

On pourra sûrement en déduire qu’Alexandre Lecouillard assure une promo d’enfer à cet ancien collaborateur de Charles Pasqua, ex-colistier de Jean Tibéri.

 Sur le sujet, on relira avec profit cet article dont voici un extrait:

 » Alors qu’il essaye aujourd’hui de se faire passer pour un rebelle, le parcours politique et professionnel de François Asselineau est tout ce qu’il y a de plus consensuel. Enarque, il occupe aujourd’hui les plus hautes fonctions que puissent avoir un fonctionnaire : inspecteur général des finances. Son univers politique s’est toujours situé très à droite : il a ainsi occupé les fonctions de directeur de cabinet auprès de minis­tres du gou­ver­ne­ment Juppé (1995-1996), avant de rejoindre en 1999 le RPF de Philippe de Villiers et Charles Pasqua. Entre 2000 et 2004, il a occupé des postes impor­tants de conseiller aux côtés de Pasqua, alors pré­si­dent du Conseil géné­ral des Hauts-de-Seine. Toujours avec le même, alors allié à Jean Tibéri il s’est pré­senté (et a été élu) sur une liste de droite dis­si­dente aux muni­ci­pa­les pari­sien­nes de 2001. C’est sans étonnement qu’on l’a vu nommé par Nicolas Sarkozy le 20 octo­bre 2004 à la tête de la direc­tion géné­rale à l’intel­li­gence économique à Bercy, et tra­vailler alors en étroite col­la­bo­ra­tion avec Jean-Pierre Raffarin. « 

 En guise de conclusion, nous évoquerons la diffusion d’une répugnante vidéo masculiniste diffusée depuis le département extrême droite du consortium.

Et par qui cette vidéo dégueulasse est-elle hébergée? Par un dieudonniste bien sûr, si l’on en croit ses abonnements facebook, fan d’une page dédiée aux « bonnets rouges « , cette fronde fascisante et néo-poujadiste récente.

 

 

 

 

 

Toute l’hypocrisie de cette page confusionniste résumée en une image, faire réagir sur un innommable vomi sexiste et masculiniste en assurant la promotion au passage, comme s’il n’y en avait pas déjà assez sur ce réseau totalitaire et marchand, d’Alain Soral

La page se sert ici des réactions outrées pour amplifier son audience et permettre ainsi de diffuser au plus large la parole de ce fasciste.

 On nage ici au sommet de la perfidie et de la malhonnêteté, marques de fabrique des pages confusionnistes.

 

Les Enragé-e-s

La Belle Verte, une fable écoréac’ et divinement niaise

La Belle Verte est une fable.

 L’héroïne, Mila, est l’envoyée spéciale d’une planète lointaine où tout n’est que concorde et félicité, macrobio et hymne à la nature : le genre pub pour eau minérale. Découvrant la Terre dans l’état qu’on sait, elle s’efforce, la brave fille innocente – Coline Serreau s’est offert le rôle –  de communiquer son Message.

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 Échantillons : c’est beau, l’innocence d’un bébé ; c’est moche, l’appât du gain. C’est beau, un arbre ; c’est dégueu, le fast-food. C’est beau, l’amitié ; c’est moche, l’agressivité. Coline Serreau en a plein, des idées de ce calibre-là, nées du fulgurant télescopage entre l’increvable bon sens populaire et la version intégriste d’un « babacoolisme » antédiluvien…

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 Par ailleurs, La Belle Verte est une comédie. Son principal ressort est le pouvoir télépathique qu’a Mila de « déconnecter » n’importe qui de ses mauvaises habitudes, fausses valeurs et autres tares typiquement terriennes. L’effet est radical : le temps d’une convulsion, le cobaye est purgé, il arbore un sourire béat et se met, au choix, à embrasser les platanes, à jeter sa télé sur le trottoir, à offrir des fleurs à sa femme, ou, s’il est homme politique, à livrer, soudain, ses cyniques arrière-pensées en direct…

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Coline Serreau ici en compagnie du filousophe exploitant agrobiologique Pierre Rabhi, fringant ambassadeur du mouvement sectaro-religieux; L’anthroposophie

 Avec deux sketches et trois gags rigolos, Coline Serreau a inventé de quoi faire une bande-annonce alléchante. Le reste n’est qu’une litanie laborieuse de redites et lieux communs sur notre misérable existence.

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 Rien que du poussivement gaguesque sur, en vrac, les crottes de chien, la carte de crédit, le rock’n’roll, la bagnole, on en passe et de tout aussi prévisibles au rayon des fléaux de la modernité.

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Coline Serreau ici au village privatif des Amanins, propriété du clan Rabhi en Ardèche profonde.

 La fable aurait pu n’être que naïve. A la longue, elle apparaît pour ce qu’elle est : un brin réac. Qui a donc déconnecté Coline Serreau ?…

 Jean-Claude Loiseau 

 

A découvrir en complément

Déjà près de 100.000 lectures, Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute! 

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Pour démasquer ce mouvement sectaro-religieux, Au secours! Les anthroposophes sont là

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Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

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Kokopelli ou les illuminés de la petite graine

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Déjà plus de 100.000 lectures pour notre dossier Nuit Debout avec ici le chapitre « Demain, le coup de com’ des Colibris »

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Klan du loup, cheval de Troie néonazi

Il nous semblait nécessaire d’aborder de façon un peu conséquente l’existence du groupuscule dénommé Klan du Loup malgré l’évidence démonstrative des différents éléments que nous allons emmener. Nécessaire car même si les recours aux références, symboliques et différentes rhétoriques fascistes n’auront pas échappé à certains, tout le monde n’est pas armé de façon identique et ne fait pas preuve d’une vigilance constante face aux tentatives de récupération toujours plus actives de la part d’escrocs d’extrême droite sur des sujets et luttes où ils n’ont et n’auront jamais leur place.
Voici donc un court article mais nous l’espérons, efficace au but de démasquer la fumisterie Klan du Loup.

Le Klan du Loup a été créé par Rodolphe Gaziello, président-fondateur de l’association.

Gaziello est un vétéran de l’armée de terre et a fait partie de la légion étrangère au début des années 90. Il ne sera pas nécessaire d’engager un esprit critique hors du commun pour constater l’imprégnation des idées fascistes qu’il diffuse tant il use de l’imagerie nazi et la couple avec ce symbole lupin, qu’il entend défendre en tant que symbole à part entière.

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« Représentation parfaite » d’Odin… Avec des cornes et dans un costume totalement à côté de la plaque…
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La spiritualité européenne » ou comment tenter de créer de l’identité sur une définition creuse et floue

Gaziello semblant être un indéboulonnable président puisqu’il n’a pas quitté cette fonction au sein de l’association et ce depuis l’année de sa création en 99.

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On reconnaît sans peine le logo noir et jaune créé à l’occasion et utilisé notamment au but de publier des images de loup arborant un brassard nazi…

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Les références vomitives sont, vous le verrez, loin de s’arrêter là puisque le logo de l’association reprend très clairement les éléments iconographiques de blasons nazi, notamment en ce qui concerne la posture du loup.

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Blasons SS
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Logo du Klan du loup

Bien entendu, le fait même de choisir le terme Klan ne saurait être anodin au sein de cet univers pestilentiel…

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On notera au passage le blason orné de la rune du loup (ou Wolfsangel) sur la veste du suprémaciste blanc à l’extrême droite de la photo

Gaziello semble avoir tâtonné pour trouver où héberger le site de son Klan ; il a notamment beaucoup publié sur overblog et hautetfort avant que ne soit créé le site actuel. Les sites, devrait-on dire puisque, entre les .eu et les .fr, les « sites officiels » se suivent et se ressemblent. Si certaines publications ont été supprimées (exemple du loup au brassard nazi, posté plus-haut), le blog est toujours plus ou moins actif.

Gaziello n’est pas le seul, loin s’en faut, à utiliser la plateforme fasciste hautetfort.

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Jérôme Lescure avec la militante fasciste Arduinna Luna Mystica

C’est aussi , par exemple, le cas du « national anarchiste » Hans Canysurnommé par lui-même « Hanns Wehrwolf » et, pour l’anecdote, « mon loupinet » par sa compagne, la militante révisionniste Luna Stenfors (aka « Arduinna Luna Mystica ») qui y loge son blog « étoiles noires ».

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Cany en uniforme de la l’« Armée nationale du peuple » de la RDA, il n’a pas dû trouver celui de la Wehrmacht

 L‘hébergeur de blog hautetfort a été créé par Benoit Desavoye, dont l’idéologie d’extrême-droite saute également aux yeux. Il existe cependant une différence de fond entre Desavoye et nos paganistes lupins : c’est une grenouille de bénitier (sans vouloir en rajouter dans la métaphore animale). Il nourrit de fait une obsession des culs bénits : le combat contre le droit à l’IVG.

15442347_588869321322705_2808988456128816958_n En témoignent son site etopie(point)com et son compte twitter, son pseudo étant par ailleurs assorti de la voyelle arabe [noun] désignant par extension les chrétien-ne-s du monde arabo-musulman, très populaire depuis quelques années chez les fascistes occidentaux sur les réseaux sociaux.

Pour en revenir au corps même de l’association le Klan du Loup, on trouve parmi les membres actif-ves un certain Atome Sag, de son vrai nom Franck Passet, connu pour être un beauf réactionnaire, sexiste et homophobe, entre autres qualités.

15492335_588873041322333_6453217572611285008_nEt en plus, il est spéciste et pro-équitation…

15590611_588872344655736_1980966978800456987_nPasset a affirmé et confirmé à plusieurs reprises consommer des produits animaux. Il est à noter qu’à notre connaissance Gaziello, de son côté, ne s’est jamais affirmé vegan non plus.

15585346_588891774653793_2969221167594150465_oCe qui explique certains partenariats qui seront abordés plus bas dans cet article. De là à en déduire que ce qui intéresse notre homme est plus de récolter des fonds que de sauver des vies, il n’y a qu’un pas.

15622110_588883627987941_7765451240566343761_nQuelques exemples de produits issus de la boutique du KDL ne laissent guère place au doute quant à la tendance ultra-droitière de l’imagerie qu’il propage.

15621697_588886851320952_4512425206088387672_nCertains s’en seraient bien passé, et surtout pas autour du cou.

15621763_588887444654226_8219690850064489640_nQuant à leurs « atouts » marchands ? C’est du vêtement 100 % français ! Car il est important de porter du « bien de chez nous ».
15492563_588889947987309_6005407729687770914_n « 100 % français » oui mais pas seulement ; pour la modique somme de 31 euros, et grâce à leur partenariat, vous aurez le loisir de porter du 100% natio ET spéciste.

15493625_588890217987282_5869164903637683467_oPour terminer, il semble exister en Belgique une antenne Clan du Loup (avec un C ; la nuance est d’importance et l’on pourrait y voir une volonté de distanciation de la frange française dont nous venons de parler) se revendiquant apolitique, mais relayant… Le site du Klan.

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Anna Anathe est le compte kollektif de « l’équipe internet » du klan

En conclusion et à la lueur de cet aperçu très succinct, nous pensons qu’il faudrait faire preuve d’une mauvaise foi crasse couplée à un aveuglement militant pour croire que le Klan du Loup est simplement une association qui défend les droits fondamentaux des louves et des loups à la vie et à la liberté, et non une plate-forme supplémentaire (dans ce champ de mines que forment la multitude des collectifs animalistes) permettant aux réacs, fachos voire, ici aux nostalgiques du troisième Reich de continuer à essayer de phagocyter la cause animale, tout en faisant au passage commerce de leurs idées nauséeuses.

Les Enragé-e-s

facebook, une désolation « connectée »

 C’est à la reprise d’un article sans doute moins immédiatement accessible que nous vous invitons à lire ici.  Si nous le relayons, c’est parce que nous estimons que sa compréhension est d’une importance décisive sur la période mais également au but d’emmener ceux et celles qui l’auront entendu comme nous, à reproduire ses grandes lignes sous différentes formes au but de diffuser les aspects majeurs qui y sont développés. 

 

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I La désolation, disposition moderne par excellence

 

            Dans le chapitre IV du Système totalitaire, Arendt définit la condition nécessaire et le résultat de toute domination totalitaire à l’ère des sociétés de masse modernes : il s’agit de l’expérience, vécue par chaque individu atomisé, de la « désolation ».

La désolation, qui est déracinement, c’est-à-dire absence d’ancrage dans le monde, et qui est aussi sentiment d’inutilité, de superfluité, c’est-à-dire absence d’appartenance au monde, se fonde essentiellement sur deux déterminations propres à notre modernité désertique et désastreuse : d’une part, une logique abstraite et aveugle à la réalité empirique et complexe du monde, s’appliquant aux processus sociaux, politiques, et historiques, impose ses « lois » implacables, de telle sorte que les individus ne peuvent plus penser hors de ces cadres idéologiques et autoritaires, qui renvoient également à un projet téléologique totalisant ; d’autre part, les individus, soumis à ces logiques aveugles, qui justifient toutes les destructions possibles et permises, sont aussi réduits à leur condition biologique d’animal laborans, et leur désolation sera fondée sur le fait que leur activité « sociale » elle-même, de ce fait, ou leur dit « travail », ne concerne plus que la dimension la plus privée, la plus solipsiste, la plus asociale de leur être (soit la dimension relative à leur survie reproductive, qui exclut leur créativité vivante, personnelle, commune, active, libre, politique ou oeuvrante).

Arendt dénonce d’abord les totalitarismes nazi et stalinien. Mais on aperçoit dans cette caractérisation spécifique de la désolation moderne comme relevant d’une sorte de « biologisme », ou de « travaillisme », qu’une détermination souterraine conditionne un fondement commun à ces deux manifestations totalitaires, « raciste » ou « classiste » (et patriarcales). Ce fondement commun sera une forme téléologique abstraite sans finalité dernière, toujours renouvelée, « guidant » le devenir historique, une abstraction se matérialisant donc, et provoquant la destruction concrète du monde, forme téléologique opérant a priori une réduction ontologique mutilante : celle qui consiste à ramener toute individualité, privée ou publique, personnelle ou « citoyenne », à une pure dépense d’énergie, de nerfs, de muscle, et de cerveau, en vue de la seule survie du corps biologique.

A vrai dire, ce qui est défini par Arendt ici est très clair, si l’on confronte, par exemple, ses analyses, à celles de la Ière section du Capital de Marx : la structure totalitaire initiale et primordiale sera bien la forme politico-économique qui détermine le travail, conçu abstraitement comme « valeur », comme catégorie synthétisant « le social » en tant que tel, dont l’accumulation indéfinie, en outre, est visée, sans considération pour ses manifestations ou « vertus » empiriques concrètes, et qui se caractérise d’abord téléologiquement, sans que cette forme téléologique ne puisse trouver de finalité dernière (A-M-A’, A’-M-A’’, etc., indéfiniment). Autrement dit, le totalitarisme primordial et initial, même dans le texte arendtien, et si l’on confronte ce texte arendtien à un Marx lui-même « ésotérique », catégoriel et transcendantal, qu’Arendt n’aura pas vraiment aperçu, semble bien être le capitalisme fondamentalement compris, comme système produisant massivement des « abstractions réelles » (travail abstrait, marchandises, argent), et dont la valeur « économique », selon une téléologie négative ou indéfiniment ajournée, sera le soleil qui jamais ne se couche sur l’empire de la moderne passivité.

National-socialisme et stalinisme : deux formes totalitaires extrêmes qui développeront la folie « productiviste », ou « biologiciste », de façon délirante, de façon massivement meurtrière… mais qui auront, souterrainement, pour fondement, le même « travaillisme », le même « fonctionnalisme » impersonnels, qui surgirent déjà, par exemple, dans l’Angleterre colonialiste et expropriatrice du XVIIème siècle, et qui restent ceux des totalitarismes « softs » de nos démocraties libérales et marchandes plus tardives.

Les propos d’Arendt relatifs à la désolation de l’individu moderne, dans les sociétés de masse, dès lors, devraient nous parler encore. Et ils ciblent, à vrai dire, de façon toujours radicale et originale, des phénomènes contemporains, dans un monde où une certaine logique indéfiniment renouvelée, celle de l’autovalorisation de la valeur, n’a pas cessé de se déployer.

Nos sociétés libérales contemporaines n’ont pourtant rien de comparable avec les folies meurtrières des systèmes totalitaires du XXème siècle, loin s’en faut. Dire cela, ce pourrait vouloir opérer des « nivellement moraux ». Mais les conditionnements psychologiques, les phénomènes de décompositions psychiques, à l’œuvre ici, relèveront des mêmes mécanismes, et auront un fond impensé, « logique » ou « rationnel », analogue à celui de ces systèmes absolument destructeurs, si bien que la critique radicale de certaines manifestations résurgentes du dit « désert », apparemment « anodines », semble s’imposer aujourd’hui, de façon urgente.

L’écrivain Marcel Cohen, dont toute la famille a été déportée à Auschwitz, considérait par ailleurs, en 2013, dans son essai A des années Lumières, en évoquant une certaine inteconnexion matérielle, propre au capitalisme mondialisé, que les totalitarismes du XXème siècle se prolongent peut-être aujourd’hui sous des formes nouvelles, certes souvent plus « vivables », mais pas moins pernicieuses.

Dans cette perspective, Cohen thématise en particulier… une certaine « conteneurisation » contemporaine. Y aura-t-il une forme de sociabilité « typique » conditionnée par « l’esprit » en germe dans ce « projet » matériel de conteneurisation ?

Il n’est pas impossible, hélas, que même l’une des manifestations les plus « softs » de notre « connectivité » contemporaine, nous fasse comprendre quelque peu ce qu’a voulu nous dire ici ce penseur profond.

 

II Symptômes de la désolation contemporaine

 

Ainsi, l’individu désolé aujourd’hui n’a plus de vie intime, car cette désolation qui a été évoquée signifie une chose très précise pour lui : les injonctions publiques de la valorisation de la valeur envahissent constamment son espace « privé », son « foyer » saturé de marchandises et de travail « social » coagulé, ou de « valeur » fétichisée. Son espace « privé », ou privatif, devient le lieu de l’exploitation, de la guerre, et de la misère collective, lesquelles sont en effet cristallisées dans ses « biens » « propres », puisqu’ils sont marchandises. De même, sa citoyenneté « publique » n’est que prise en charge par la dimension privée, ou biologique, de sa survie : c’est en tant qu’être « au travail », qui lutte pour sa survie « augmentée », qu’il sera autorisé à se manifester de façon « citoyenne ». Cette contamination réciproque des deux espaces, public et « privé », de fait, conditionne une façon de n’être nulle part « à sa place » : l’être « social » aujourd’hui, en tant qu’individu déployant sa personnalité individuelle et privée, demeure comprimé contre une masse impersonnelle, indifférenciée et abstraite, et tend à perdre de vue sa singularité incarnée ; en outre, en tant qu’individu engagé éventuellement dans des collectifs politiques, il subit l’atomisation et l’isolement produits par les confusions de l’économique et du politique, et il voit cet être-collectif se fragmenter tendanciellement en une collection d’intérêts égoïstes étanches mutuellement.

Socialement, par ailleurs, l’individu travaillant n’est plus directement « utile », encore moins « indispensable », en tant qu’individu qualitatif et concret : ce n’est que la dimension quantitative, abstraite, non spécifique, de son travail, qui produira une valeur « socialement », c’est-à-dire « économiquement », reconnue, sans qu’il ait de prise directe sur une telle « valorisation ». Son sentiment subjectif de superfluité, et sa superfluité « objective », en outre, ne font que croître, face au surdéveloppement des facteurs objectifs de production, face aux stratégies calculantes de délocalisations, et face à la manière dont on le considère comme « ressource humaine » exploitable.

Dans un tel contexte, éminemment actuel, des nouvelles formes de sociabilités « adaptées » se « développent », de façon cohérente et « logique ». La téléologie toujours différée de la valorisation de la valeur, comme l’aura vu Guy Debord, complétant à son insu le diagnostic arendtien, donne à voir désormais la dépossession déracinée de l’individu des sociétés de masse modernes, et ce au sein d’un certain spectacle : ce spectacle, ou cet ensemble d’images autonomisées, censées représenter publicitairement, médiatiquement, de façon promotionnelle, l’objectivation d’une vie marchandisée en général, pour des vies subjectives devenues passives et contemplatives, n’est rien d’autre que la sublimation de cette désolation aperçue par Arendt, sa forme « soft » devenue « fun », consentie, divertissante, et donc aboutie.

Et c’est, au XXIème siècle, à travers l’outil spectaculaire par excellence, public-privé, c’est à travers le commun, le mondain, devenu « disponible » comme « image », sur un écran isolé et privé pour chaque individu monadique, que cette logique, très clairement, annonce son épanouissement plein : le « web 2.0 », ses « réseaux sociaux », fondent désormais une « interconnexion » « sociale » massive et continue, quotidienne et banalisée, à la mesure d’un projet productif total désormais mondialisé, et colonisant toujours plus tous les aspects de la vie.

 

III Facebook : structure paradigmatique de la désolation contemporaine

 

Dans un tel cadre, le capitalisme monopolistique concentre de façon conséquente une majorité des sociabilités « interconnectées » sur un medium privilégié : facebook s’impose comme monopole, sur un certain secteur stratégique, et ses concurrents ne seront justement qualifiés que comme… concurrents, se définissant en fonction de leur relation à ce monopole.

Facebook devient le paradigme de la désolation interconnectée. Comprendre son fonctionnement, c’est comprendre une manifestation éminente de la désolation propre à aux totalitarismes « softs » de nos sociétés contemporaines, et c’est dès lors pouvoir caractériser celle-ci de façon relativement précise.

Donnons à voir, donc, la complexité matérielle, sociale et psychologique, de ce medium paradigmatique :

1)      D’un point de vue objectif immédiat, Facebook est, de plus en plus souvent, un « service » disponible sur la marchandise « smartphone ». Cette donnée élémentaire implique déjà une dissociation de base. La machine high-tech, ici, fonctionnelle et « pratique », devenue vecteur de la capitalisation sociale ou professionnelle,  au design esthétique et « fun » par ailleurs, publicitairement désirable, n’est pas un « problème de conscience », pour les consommateurs-travailleurs « branchés », qui pourtant collaborent à l’exploitation sauvage de prolétaires, de Chine ou « d’ailleurs », sous-payés et entassés dans des usines d’assemblage, où les burn out, les évanouissements, voire les suicides, ne sont que trop fréquents. L’exploitation et l’empoisonnement des enfants, en outre, plus en amont, « permettant » l’extraction, dans les mines, du cobalt « indispensable » à la fabrication de ces machines, ne sera pas consciemment « problématique » pour l’usager désinvolte. Ce fétichisme primordial, qui dévoile tout fétichisme technologique en général, constituera bien l’arrière-fond de toutes les autres formes de dépossessions liées au medium« facebook ».

2)      D’un point de vue infrastructurel, Facebook, loin d’être strictement « immatériel », demeure, avec Google, l’un des plus gros clients des data-centers, qui représentent aujourd’hui 1,4% de la consommation électrique mondiale, soit la capacité de production d’environ 40 centrales nucléaires, et qui représentent ainsi 2% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète. La sociabilité connectée « permise » par Facebook se fera donc au prix, également, de l’aggravation du désastre écologique : la désolation « connective » de l’individu impuissant et inconséquent, infime rouage dans une machine « 2.0 » qui l’hypnotise, c’est aussi cela. Sa « collaboration » passive et consentie, banalisée, à la destruction massive de l’existant sera à la mesure de la parcellisation indéfinie de sa « responsabilité ».  2% des émissions de gaz à effet de serre.

3)      Du point de vue de l’économie induite par le medium en tant que tel, Facebook est un service apparemment « gratuit », pour ses « usagers ». Mais sa finalité d’entreprise capitaliste privée demeure bien sûr le profit, indissociable d’une forme d’exploitation. A dire vrai, la ressource exploitable la plus « précieuse » du point de vue de ses gestionnaires, n’est rien d’autre que… l’usager lui-même, ou ses « données » personnelles. Celles-ci, vendues désormais aux développeurs de publicités, permettent la diffusion de publicités ciblées, et donc plus « efficaces ». Dans le contexte de ce réseau, dès lors, l’usager devient cyniquement la « matière première » exploitable. Le raisonnement est simple : « si vous ne payez pas pour le produit, c’est que vous êtes le produit ». Dès lors, il faudrait inverser la perspective : ce n’est pas le service qui est « gratuit ». C’est l’usager qui consent gratuitement à devenir une marchandise, une ressource exploitable. Son « temps de cerveau disponible » est ce qu’il « offre » gratuitement aux développeurs de publicités, en définissant lui-même les critères optimaux pour que ces publicités soient les plus « adéquates » possibles. Cyniquement parlant, un usager qui passe 3 heures sur Facebook à la fin de sa journée de travail, accepte de travailler 3 heures de plus dans sa journée, puisqu’il produit apparemment une certaine « valeur » économique, et ce travail apparemment « divertissant », mais pas moins comptabilisé, se surajoute à son salariat astreignant, et sera effectué gratuitement.

4)      Dans certains cas précis, le flicage, même à un niveau juridique, peut se surajouter à ces déterminations publicitaires. Déjà aujourd’hui, certaines procédures judiciaires peuvent mobiliser des « preuves » disponibles sur un « mur » Facebook. La société de surveillance annonce dès lors que les surveillé-e-s peuvent adhérer à leur propre surveillance, au point de l’organiser délibérément. Le fichage est potentiellement effectué par les fiché-e-s. Si un nouveau fascisme triomphe dans l’avenir, et qu’il s’agit à nouveau pour le pouvoir politique de sélectionner certain-e-s « ennemi-e-s du peuple » à « abattre » ou à mettre dans des camps, alors les « cibles » auront pu participer à leur propre « identification ».

5)      Dans ce contexte, l’investissement « subjectif » de chacun-e sur ce medium, le développement de formes divertissantes, humoristiques, désinvoltes, militantes, professionnelles, journalistiques ou « intellectuelles », n’est qu’un prétexte pour un autre jeu, n’est qu’une façade dissimulant des intérêts plus profonds, qui ne concernent en rien les usagers eux-mêmes. Ce jeu plus « sérieux », qui se déroule dans l’ombre, est une façon latente, et globalement inconsciente, pour l’usager, de faire commerce de soi-même, d’offrir gratuitement ses propres « qualités » réifiées, qui ne sont exhibées aux « ami-e-s » que de façon contingente, et qui « profitent » fondamentalement aux diffuseurs calculants, promoteurs de formes marchandes sans substance sociale réelle, eux-mêmes soumis à un sujet-automate impersonnel.

6)      Le « sérieux » de l’esprit économique, qui réduit tout à l’ordre sans qualité, contamine dès lors massivement des formes de vie « connectées », qui se voudront artistiques parfois, ou encore « résistantes », créatives, drôles, amicales, voire amoureuses. La finalité du développement de ces formes de vie, en effet, n’est plus déterminée par celles ou ceux qui les vivent, mais par les gestionnaires qui rendent disponibles le medium : ce medium, de fait, n’existera que pour rendre possible la marchandisation des données individuelles, sans qu’il soit important de savoir si elles sont « érotiques », « professionnelles », « réflexives », « politiques », ou délurées. Le développement du quantitatif, ici, est parvenu, comme l’annonçait déjà Debord, à s’affirmer fallacieusement comme étant le qualitatif en tant que tel, pour mieux abolir la spécificité de ce dernier. L’individu désolé finit par s’investir affectivement et qualitativement dans la zone de la vie qui aura aboli toute qualité, tout affect propre.

7)      Une telle réalité cynique, matérielle ou économique, massivement occultée, conditionne dès lors, en superficie, un usage toujours plus « gestionnaire » et non spécifique de notre propre vie « sociale » : pour tel individu, facebook, est un medium de diffusion professionnelle, ou encore militante. Mais d’autres « ami-e-s » répondent à cela de façon émotionnelle, ou satirique. Pour telle autre personne, Facebook est un divertissement inessentiel : mais le statut « professionnel » ou « politique » d’un autre usager tend à brouiller ces frontières. Le loisir, le travail, la « critique », la culture, se confondent toujours plus de ce fait : le caractère superficiel du premier contamine le « sérieux » revendiqué des trois autres, pour diffuser toujours plus un sentiment inconscient de superfluité générale. Le caractère calculant du second contamine la dimension désintéressée du premier, pour diffuser un sentiment de désincarnation toujours plus fort dans les relations amicales, affectives, ou amoureuses. La critique de son côté, ou le militantisme « 2.0 », ainsi que d’autres formes « culturelles » se voulant sophistiquées, reçoivent simultanément ces sentiments de désincarnation et de superfluité désespérées. Déracinement et inutilité, absence d’ancrage dans le monde, et sentiment de non-appartenance au monde, ne font que se confirmer dans un tel contexte.

8)      La vanité creuse et le ressentiment vide, nous décomposant psychiquement, seront finalement, à l’extrême surface, les affects les plus communs et les plus explicites, sur ces « réseaux sociaux ». Une collaboration inconsciente à l’exploitation sauvage mais lointaine, une auto-réification subie de façon latente, dans laquelle devrait « s’épanouir » tout « individu », produiront dans la sphère la plus immédiatement accessible de la conscience, un ensemble d’émotions solipsistes, négatives et réactives, une susceptibilité exacerbée, une relation abstraite à l’autre, absent mais comprimé contre soi, consolidant une souffrance indicible, et renforçant la perte de tout critère judicatif ou évaluatif raisonné. L’infantilisme se développe tranquillement, les insultes se banalisent, mettent en boîte, et s’oublient, les louanges sont autant de détresses vaines, les « like » se capitalisent comme une monnaie équivoque, les « smileys », normalisés, se réclament de façon névrotique et puérile, les « gifs » délivrent des « messages » réducteurs, et les « mots d’amour », exhibés impudiquement, perdent toute signification singulière. Au sein de ces confusions, au niveau « politique », le droit de vote du « citoyen » des démocraties libérales, finira par avoir, peut-être, autant de consistance, que le « vote » quotidien qui consiste à « liker » un « post » ou un commentaire « Facebook ». Au niveau « culturel », l’appréciation d’une œuvre d’art, ayant éventuellement absorbé toute l’existence d’un artiste habité par une vocation dévorante, engagera le spectateur autant que « l’engagent » un « clic » approbateur, ou un « smiley » statique et manichéen, « formulé » sur la base d’un rapide coup d’œil. Au niveau relationnel, le lien familial, l’amitié, ou l’amour, deviennent aussi triviaux et administratifs, aussi tristes et anonymes, que des statuts impersonnels et abstraits : le « réseau » « professionnel », d’ailleurs, ne se distinguera plus, dans une « liste d’ami-e-s », des relations intimes, familiales, réellement amicales, ou amoureuses. Des messages sans destinataires, donc, des élections sans élu-e-s, se diffusent indifféremment, et l’individu le plus connecté et le plus virtuellement « entouré », devient l’être le plus seul et le plus déserté. Dans une société où la solitude n’est jamais seule, toujours hantée par la masse, et où la masse devient elle-même une seule individualité désolée, la singularité de chacun, et la rencontre réelle de l’autre, sont plus que jamais menacées. Facebook ne rend pas impossible cette désolation, mais tend à la favoriser au contraire, parmi une multitude d’autres facteurs. Il concentrera, de façon tragique, un rapport au monde blessé.

 

 

IV Conclusion

 

Cette perspective très critique à l’égard d’un medium aujourd’hui envahissant ne doit pas, néanmoins, déboucher simplement sur la diabolisation manichéenne de cet outil « 2.0 », qui n’est jamais qu’un outil technologique parmi d’autres, certes particulièrement puissant, mais s’insérant de façon cohérente, en tant que réalité capitaliste, dans une logique de contrôle, d’exploitation, et de dépossession. Cibler obsessionnellement « Facebook » comme racine du mal de la désolation présente, consisterait à ne voir que la partie la plus émergée de l’iceberg spectaculaire actuel. Ces analyses critiques brèves définissent un symptôme éminent du spectacle contemporain, mais visent la détermination d’un paradigme plus profond. D’autres formes de sociabilités, même certaines qui pourraient se dire « sociales et solidaires » aujourd’hui, seront soumises à ce même paradigme.

Dans un tel contexte, une « pureté » critique et pratique consisterait à rejeter toute forme de « connectivité » contemporaine, à ne pas collaborer à la désolation « 2.0 », de soi-même et d’autrui. Néanmoins, peu d’individus ayant choisi la voie critique, même « radicale », s’engagent dans cette « pureté », s’ils ont les moyens d’accéder à l’outil « 2.0 », qu’il s’agisse de Facebook ou d’un medium analogue, car cette pureté signifie aujourd’hui, d’un point de vue « réaliste », l’invisibilité stricte… et donc l’inexistence, la non efficience éventuelle, de la critique en tant que telle.

Un pouvoir qui rend indispensable ses propres outils, même pour les individus qui veulent abolir le pouvoir, hélas, deviendra un pouvoir apparemment indestructible. Cela du moins serait définitivement vrai, si le détournement, comme viralité contre-virale, était une stratégie absolument vaine.

De toute façon, dans un monde futur plus souhaitable, où le désert cessera de croître, Facebook aura disparu, et la sociabilité ne devra plus inclure l’exploitation sauvage, la destruction écologique, le flicage insidieux et le calcul cynique, pour se déployer sereinement. Absolument parlant, on ne saurait se « réapproprier » Facebook, mais il faudrait bien un jour l’abolir, avec tout ce qu’il implique. Ici, toute tentative de détournement qui serait interne à ce qu’il s’agit de détourner, devrait donc, pour être conséquente, viser l’abolition finale du medium, son implosion dernière, et non son « amélioration » cosmétique.

Si toutefois des rendez-vous informels s’organisent, des informations riches se partagent, des rencontres réelles et réjouissantes sont permises, des échanges précieux se développent, parfois, dans les marges de ce « web 2.0 », alors, ponctuellement, le « connectif » se mue en intensif, ce qui n’est pas impossible. Mais ce n’est pas par la vertu du medium en lui-même que ces « détournements » se réalisent, mais malgré ses interfaces et structures nivelantes. Et ce n’est donc pas le medium en tant que tel, qu’il faudra louer, mais bien la persistance de personnalités qui résistent à sa désolation. Cela étant, une telle sociabilité « qualitative » continuera à se déployer sur fond de dissociation et d’occultation impensée, d’exploitation et de misère générale : elle ne sera jamais en  elle-même l’épanouissement strict, toujours déjà contaminée par la mauvaise conscience et le ressentiment impersonnel. En outre, comme on l’a dit, employer les armes de la désolation pour manifester sa propre résistance à la désolation, n’est-ce pas une manière aussi de consolider cette désolation ?

L’individu qui n’a plus besoin de manifester ou de diffuser son refus en employant les valeurs de ce qu’il refuse reste sûrement le plus émancipé. Mais hélas, aujourd’hui, cet être, s’il n’est pas désolé, tend néanmoins à devenir toujours plus… isolé. Et nul ne pourra connaître, dès lors, cette incitation positive à l’émancipation qu’il actualise, ni en bénéficier, puisqu’elle ne sera pas… visible. Un dilemme peut-être, aura surgi ici, et de façon tout à fait spectaculaire. Insupportable dilemme, qui ne signifie en rien la réhabilitation du medium, mais qui tend au contraire à définir la nécessité impérieuse de sa destruction future.

Dans une telle situation, la constitution de réseaux sociaux « alternatifs » ne ferait que déplacer le problème, et retarderait l’échéance critique, d’un strict point de vue économique.

L’idée de visibilité, ou de diffusion, est encore à transmuter, donc, sur un plan révolutionnaire conséquent et cohérent.

Source

Comment comptez-vous interdire le mépris de classe à la télé?

C’est en tout cas la question que l’on pourrait retourner à ces gens de télé qui se marrent tout le temps et sur commande.

Une question qui pourrait être opposée en réponse à celle posée par Vanessa Burggraf, chroniqueuse dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché  », qui demandait à Philippe Poutou comment il entendrait interdire les licenciements.

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A la télé,  en règle générale, ceux qui posent les questions, surtout quand il s’agit d’un ouvrier en face, se contrefoutent des réponses. Cette fois, ce mépris de classe incrusté dans les têtes s’est déridé dans une cacophonie singulière dépassant très largement les limites du dégueulasse revendiqué.

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Un grand mépris, un immonde mépris pour ceux de la classe d’en bas, pour les ouvriers, les employés, les précaires, les chômeurs, les allocataires, les intérimaires, les stagiaires, les saisonniers, les auto-exploités, les sans papiers!

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Ce n’est un secret pour personne, le NPA est un parti en pleine déconfiture, comptant désormais moins de 2000 adhérents, un parti courant depuis des années devant les idéologies identitaires et réactionnaires, un certain nombre de sympathisants et militants ayant fait le choix de s’abstenir d’aller aux journées d’été après avoir découvert le programme : Ruffin, Usul et Plenel, ce qui en dit long sur l’état d’un parti au sein duquel nombreux sont ceux qui sont circonspects, notamment parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans les prises de position identitaires et pro-religieuses de certains intellos organiques qui ont pignon sur web.

Philippe Poutou, quant à lui,  semblait avoir pris ses distances de la pente stalinienne et réactionnaire parisienne insufflée par son aile droitière et porte seul la candidature non pas des ouvriers, comme les journalistes larbins aiment à le répéter pour brouiller son discours, mais une candidature, parmi d’autres, pour la classe ouvrière, bien plus vaste et qui comprend ouvriers, employés, intérimaires, saisonniers, précaires, chômeurs, etc,… 

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 Et il fut bien courageux et bien flegmatique, Philippe Poutou, face à cette amicale de cyniques ricaneurs, quelle patience!

Des ricanements et des rires francs, voilà comment là-haut, dans les télés, dans les cercles privilégiés, on considère le chômage de masse, la souffrance au travail ou de l’incarcération à domicile! Une honte!

Un monde où argent est synonyme de liberté alors qu’il est en réalité, celui de l’esclavage, à commencer par celui des femmes, dont cette journaliste semble d’ailleurs se moquer éperdument.

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Courageux, oui, Philippe, face à ce Muppet’s Show du cynisme décomplexé.

Notre misère et nos vies foutues en l’air par un système économique carnassier les font rire, mais rire!

Plusieurs minutes témoignage de la fin d’un monde, le leur.

 

Rira bien qui rira le dernier.

 

Les Enragé-e-s

 

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En bonus et pour fêter les onze millions de vues ainsi que le million de visiteurs uniques sur notre site lesenrages.antifa-net.fr, un extrait de notre prochain grand dossier à venir, ne le ratez pas, on compte vraiment sur vous pour le faire tourner comme pour les autres.

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Entre un Macron, dont la loi scélérate et antisociale en traîne péniblement le nom à la manière d’un boulet politique, performeur hors-pair dynamisant des publics idoines appâtés par la promesse d’un selfie de télé, petit bonapartiste à l’abordage des faïences élyséennes et accessoirement troll-de-candidat dentifrice, Nouvelle Star du patronat et d’une certaine gauche de quartier historique avec terrasse-solarium, un Hamon, sémillant social chrétien recyclant péniblement à l’heure où l’on écrit ces lignes, de vieilles recettes pascales nuitdeboutistes, fidèle lieutenant et porte-parapluie deloriste d’Aubry avec sa » flexibisation » – comme ils disent – du travail pour le compte du patronat à l’occasion du passage aux 35 heures, un Mélenchon, philosophe de Sénat passablement pantouflard, au revival miraculeusement ressuscité sur le Pompéi du stalinisme et par la mitterrandomania de ses moines copistes neurasthéniques, dont le passage au secrétariat d’Etat à l’enseignement professionnel fut salué par le patronat et qui dépensa beaucoup d’énergie à l’occasion du mouvement pour les retraites de l’automne 2010 à réclamer en vain, quitte à en saper la dynamique, au parrain Sarkozy et à son majordome Fillon, la tenue d’un référendum et en face – ou plutôt juste à côté de Macron – un Fillon, ou ce qu’il en reste, une ombre au pochoir dégoulinant le mur d’une probité hallucinée, semblant débouler directement du XVIe siècle avec de vraies toiles d’araignées incrustées dans la tête, entouré de sa petite troupe cagneuse de gargouilles et de lamproies brunâtres avançant le siècle en courant à reculons et semblant en passe, à mesure que l’ironie du sort se retourne, d’exploser littéralement le plafond d’une émission à succès éponyme de Jean-Pierre Foucault et enfin, ultime joker militarisé du patronat au but de laminer totalement tout le monde, un obscène ricanement narquois prêt à se jeter sur ses proies, la punition Le Pen, de sinistre mémoire, une femme en guerre contre les femmes, agenouillée pieusement près de la caisse, au parti fasciste croulant sous les affaires, PME familiale de la haine en éternel redressement judiciaire, aux louvoiements masquant péniblement sa violence profondément anti-ouvrière, anti-pauvres, raciste et patronale, qui mettrait à terre, il faut qu’ils le sachent, 95% des votants qui feraient la folie de se mortifier pour elle, il ne faut pas sortir d’une grande école, bien au contraire, pour affirmer que c’est l’ensemble des classes possédantes et dominantes qui sont en guerre contre nous.

 

 Les prochains dossiers à venir sont immanquables, tenez-vous au courant si vous voulez être sûrs de ne rien rater! 

Déjà plus de 10.000 partages et près de 100.000 lectures pour notre dossier sur Pierre Rabhi et son mouvement sectaro-religieux.

Déjà près de 7000 partages pour notre dossier sur Sea Shepherd et Paul Watson

A lire et à relire, notre dossier Nuit Debout, sorti le 23 avril 2016, déjà plus de 100.000 lectures, très utile pour exercer une analyse critique des programmes, ou en tout cas des deux se réclamant de la social démocratie, puisque l’on retrouve certaines recettes nuitdeboutistes dans leurs programmes respectifs et non des moindres…

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Revenons, si vous le voulez, quelques instants sur ces nuits debout. Onze mois ont coulé depuis et il est à notre sens important d’y revenir rapidement, ce dossier contenant une masse importante d’informations pour tenter de comprendre la période.

Que chacun puisse l’entendre au plus large, nous n’étions pas du tout dans la configuration de la création d’un OVNI politique comme le très décevant Podemos. Il y avait certes des sociaux démocrates à ces réunions nocturnes, oui. Peu nombreux. Le public sur place, filtré par de blanches pommes et colombes d’amour, était très majoritairement composé de seuls hauts diplômés, principalement de cycles du supérieur.

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Trois jours après la publication de notre grand dossier, le site mondialisme.org le qualifiait de « super utile ».

Il n’était pas possible d’intégrer le fondement religieux flottant sur place si l’on en restait à l’habillage républicaniste qui servait principalement de garant à la propriété et à la justification de l’inégalité par le Mérite.

L’aspect passablement illuminé des rendez-vous est amplement traité dans le dossier, tout comme l’utilisation des réseaux marchands – à éviter absolument – ainsi que l’irradiation fasciste sur place et sur les réseaux, tout ceci est largement évoqué.

Mais il manque peut-être une dimension qui n’est pas suffisamment soulignée, c’est une sorte d’indifférence totale à la classe ouvrière, tranchant plus à droite encore, la ligne de domestication de Ruffin.

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Un moment incroyable. C’était fou, totalement fou le monde qu’il y avait sur cette place en mouvement, debout, la nuit et tout. C’était fou. Tous ces colibris, ces requins, ces scouts, de par Dieu, Demain et l’abbé Pierrot, le tirage au sort, magique, le vote blanc, les commissions partagées comme des ministères, de l’hélium et de la musique chamanique, bleu blanc rouge, incroyable, incroyable comment peut naître un fascisme, par un doux rêve commun s’élevant au dessus des immondices, naturellement, en se prenant tous par la main, avec des bougies et des prières, des bisous et de la craie sur le sol. Des maraudes et des marelles. Acab + 7 Fou dîtes-vous?

Cette petite amicale était partie dans les étoiles et l’on a bien été obligé de l’en faire descendre. Sous des dehors inoffensifs, béats et totalement idiots, le  » mouvement  » sur place aurait pu déboucher sur un parti fascisant et non gauchisant comme Podemos.
Nous avons vu assez rapidement qu’il ne pourrait en sortir que du mauvais voire du très mauvais, même si l’état d’urgence nous demandait une certaine prudence dans l’analyse des différentes issues.

Ce  » mouvement  » sur place était dangereux oui, fascisant sur certains aspects, oui. Ce n’était pas immédiatement visible mais disons qu’il portait le germe d’un fascisme en constitution.

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Micro-rassemblement dimanche dernier contre la très réactionnaire et très moraliste thématique de la « corruption », bien heureusement peu suivi, initialement lancé sur les réseaux sociaux marchands par un réactionnaire, l’événement a été principalement relayé, au-delà du militant professionnel proche d’EELV, Julien Bayou, de Nuit Debout (pages facebook fantômes ressuscitées pour l’occasion) par toute la fachosphère puisque c’est la chaîne d’extrême droite Agence LDC News qui couvrira l’événement, avidement relayé par les pages d’extrême droite du fasciste Etienne Chouard (gentils virus, etc) mais également sur les pages d’extrême droite d’Alexandre Lecouillard (Les Indignés), chez les conspis et fachos des « moutons enragés », la page confusionniste « Mouvement Anarchiste Marginal » mais également par Benjamin Ball, largement évoqué dans notre dossier.

Ni dieu, ni maître, ni César, ni Ruffin!

François Ruffin n’a toujours pas compris le capitalisme. Plus haut, Philippe Poutou explique qu’il va devoir se battre, avec ses copains de l’usine, pour garder leurs emplois. Poutou est exploité par une boite française? Non, en aucun cas, il s’agit de Ford. Si on écoutait la logique de Ruffin, il faudrait que Philippe et ses collègues ne défendent pas leurs emplois, pour les laisser aux seuls compatriotes du pays originaire de Ford, quelle impérieuse idiotie! Ouvriers de tous pays, tous ont les mêmes intérêts! Le nationalisme de Ruffin, caché derrière son protectionnisme, joue directement dans le camp du patronat français! Et surtout pas dans le nôtre, les galériens de tous pays!

C’est donc un scout endimanché et pataud qui se plante sur scène avec le charisme élastique de bottes de jardin. La tête pleine de jacqueries en constitution, le manant dépose les armes et laisse éclater une sainte colère, garçon de messe apoplectique en pleine rébellion transcendantale, portant et transportant un auditoire de millionnaires vers les rivages brunâtres d’un poujadisme franc et sincère. Focaliser sur 600 valets serviles en assemblée pour épargner des millions de parasites aux comptes à six chiffres, la ficelle est un peu grosse…

Le bon sens terrien est arrivé près de chez vous et se gratte l’intérieur d’un crâne qui résonne en salle, militantisme Dior, Ruffin adore.

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Sur les bords, au milieu, à bloc de résine et doré à l’or fin, notre Tintin petit rapporteur du protectionnisme patauge dans la boue, debout, le saint homme et au garde à vous, grand téméraire, dégobille contre ces députés qui nous en coûtent, à nous les millionnaires. Ruffin et sa petite bande en déroute jubile. La Ruffinance. Cette pauvre France soit disant ruinée, nos quelques millions de millionnaires en rigolent encore. En direct à la téloche. Et c’est nous con paye. De notre vie.

 

Encore deux grands moments de fêlés.

 

 

Les Enragé-e-s

De Funès aux Bronzés, d’une droite à une autre

   Si l’on excepte le jeu d’acteur, brillant à exceptionnel, Funès est à la droite des 30 Glorieuses ce que les Bronzés sont à la droite de la période suivante

 Le récit idéologique de la production cinématographique de Louis de Funès s’inscrit dans la volonté de redorer le blason d’une droite patronale ayant sombré dans la collaboration.

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Arbre de Noël de l’Elysée, 9 décembre 1971, le crooner de droite Sacha Distel et Louis de Funès sont invités par Georges Pompidou.

 C‘est ce personnage infect, radin, soumis aux puissants, occupant le plus souvent la position sociale d’un patron et avec lequel le spectateur est conduit à entrer en empathie.

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 C‘est toute cette droite catholique patronale qui a totalement perdu son hégémonie et sa crédibilité au sortir de la guerre.

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Que nous dit ici le royaliste Louis de Funès ? Peu importe sa position sociale, c’est le cœur qui compte. Le cœur représente ici l’âme caritative au fond catholique consistant le plus souvent à se soulager d’une petite pièce à la sortie de l’église. Peu importe que vous soyez patron ou employé-e nous dit-il. C’est Dieu qui vous jugera selon vos actions et votre compassion à l’endroit de ceux qui souffrent, à l’endroit de ceux qui ont faim. Beau comme une messe de Noël en latin.

 Là où Les Bronzés portent l’idéologie d’une bourgeoisie ayant adoubé le libéralisme et l’illusion de la démocratisation qu’il porte, le cinéma de Funès est un cinéma de société figée dans sa verticalité.

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 Toute la mécanique des Bronzés consiste à railler la « vulgarité », la lâcheté, le manque de « savoir vivre » d’une petite bourgeoisie ayant émergé de la société de marché et accédant elle aussi aux loisirs bourgeois, aux loisirs de la classe après laquelle elle court.

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Comme les sports d’hiver, qui ne concernent chaque année que 7,4% des français.

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De Funès se situant quant à lui dans l’idéologie réactionnaire.

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 Un basculement de la droite radicale vers la droite libérale.

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Nicolas Sarkozy et son ami, l’acteur de droite Christian Clavier

 C‘est ainsi que nous sommes passés du récit cinématographique d’un patronat à la fortune discrète et à l’existence emmurée derrière les grilles de son château à celui d’un patronat montré en exemple de réussite, qui est là pour illusionner quant à l’élargissement de l’assise des rentes, irréductiblement figées dans leur masse.

 

Les Enragé-e-s

 

 

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Georges Pompidou et la skieuse de droite Marielle Goitschel

 

Avec la Loi Travail, la bourgeoisie française s’aligne logiquement sur la stratégie globale de la bourgeoisie occidentale mondialisée et sur les mutations profondes du capitalisme qu’elle provoque. Nous vivons une époque de transition.

A entendre non pas au sens où, tout à coup, le capitalisme « redevient » agressif ; car le capitalisme est un processus constant d’agression, de spoliation et d’asservissement. Mais au sens où le capitalisme entre dans une nouvelle étape de férocité, engageant une métamorphose a priori irréversible de ses rouages de domination et d’exploitation.

C’est toute l’erreur du « mouvement ouvrier » que de se reposer sur ses « acquis » des années 1930 – celles du Front Populaire -, de l’après-guerre et des « Trente Glorieuses ».

Certes, les congés payés, la fonction publique, la sécurité sociale et la protection sociale en général, le Droit du Travail, sont des acquis arrachés au prix de luttes souvent sanglantes avec le patronat.

Pour autant, ces acquis sont également des concessions de la part du patronat pour empêcher tout basculement irréversible dans une marche collective vers l’inconnu d’horizons révolutionnaires post-capitalistes aléatoires. Concessions, car cédés au prix de la collaboration active de certains organes du « mouvement ouvrier », dont essentiellement le Parti Communiste Français et, depuis quelques décennies, les centrales syndicales.

Les « Trente Glorieuses » désignent l’ouverture à la consommation de masse et à l’industrie touristique, c’est-à-dire à la valorisation capitaliste du « temps libre » concédé dans les congés payés. Les périodes de « vacances » ne désignent donc pas un moment où les travailleur.se.s peuvent se retrouver collectivement en dehors des lieux de travail et des taudis prolétaires mais des zones marchandes d’atomisation individualiste. Ainsi, le « temps libre », littéralement temps « sans travail », est un temps où l’on joue à s’offrir le service de la force de travail d’autrui : hôtels, stations balnéaires, club med, parcs d’attraction, etc. Cette valorisation capitaliste du « temps libre » peut effectivement être qualifiée de mutation du capital en spectacle-marchand. Bref, on peut désormais s’offrir massivement les outils d’aliénation individualiste que la bourgeoisie nous fait elle-même produire : ledit temps libre reste un temps déterminé par le travail.

Ces « acquis » sont justement ceux que la bourgeoisie actuelle cherche à détruire méthodiquement afin de revaloriser son taux de profit. Or, nous avons oublié les horizons de société auxquels aspiraient celleux qui ont autrefois lutté pour obtenir ces acquis. Comme si, de par ces acquis, nous avions réussi à figer les processus du capitalisme. Aujourd’hui, nous sommes rattrapé.e.s et nous avons perdus nos repères. Pour quoi nous battons-nous ? Pour quoi nous risquons-nous par la grève, l’occupation voire l’émeute ? Depuis ces « Trente Glorieuses », les mouvements sociaux ne sont plus offensifs. Nous encaissons les coups, les rendons tant bien que mal. Parfois, nous les faisons reculer, comme ce fut le cas en 1995 ou en 2006. Mais nous ne parvenons pas à bloquer l’élan irrésistible et le rouleau compresseur des nouvelles mutations du capitalisme. En effet, depuis les années 1990, celui-ci s’est mondialisé. La division internationale du travail a changé la donne. Si le processus de mondialisation amorcé sous l’ère des colonies au XIXe siècle avait permis à terme l’irruption politique d’une « classe moyenne » relative, la phase de mondialisation contemporaine advenue avec le néo-colonialisme est quant à elle caractérisée par un phénomène de délocalisation des centres de production et une concurrence considérablement accrue entre les travailleur.se.s des quatre continents. Finalement, l’irruption politique d’une certaine classe moyenne se révèle superficielle et historiquement limitée à un laps de temps de quelques décennies.
Les « plans d’austérité » à répétition en Europe, dont la Loi Travail en France n’est qu’un maillon, renvoient à la marche forcée vers la sur-prolétarisation de la société. Mais en vérité, la Loi Travail est déjà une réalité pour une grande partie de la population, notamment celle ultra-précaire des quartiers populaires, une frange de population qui va encore s’agrandir.
Tout cela pose plusieurs questions quant aux perspectives révolutionnaires.
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Riposte populaire antifasciste massive hier à Madrid

 Ce ne sont pas moins de centaines de personnes qui ont vigoureusement manifesté hier à Madrid à proximité immédiate d’une nouvelle implantation néonazi dans le quartier de la Prospérité. 

Baptisé « Lieu social de Madrid » et situé dans un édifice qui abrita les amputés de guerre et dans lequel mourut  Millán Astray, auteur du cri de ralliement franquiste pendant la guerre d’Espagne « viva la muerte », le lieu était solidement protégé par la police, ce qui ne suffit pas à décourager les manifestants, bien au contraire. 

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C‘est aux cris de « Madrid sera votre tombeau », « Native ou étrangère, même classe ouvrière » , « Nazi le jour, policier la nuit » que la foule madrilène a défilé.

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Des slogans ont aussi été lancés pour nous rappeler à la mémoire de nos compagnon-ne-s assassiné-e-s par le fascisme à Madrid ces dernières années, Carlos, Jimmy, Lucrecia… Et en soutien de prisonniers politiques, Alfon, Nahuel

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Au bout de la rue Velázquez, le cortège a été stoppé par un important barrage policier ajouté à tout un dispositif de protection et de fourgons mis en place sur tout le périmètre jouxtant le lieu.

C‘est alors que l’on a procédé à la lecture d’un manifeste relatant le discours de victimisation des néonazis à l’occasion de leur implantation. A ensuite été évoquée leur démarche faussement sociale puisque sont diffusés quotidiennement des appels à la haine et à la discrimination envers les migrants. Les manifestants ont enfin rappelé que l’existence du précédent lieu néonazi du NODE, expulsé au bout d’une année entière d’actions antifascistes, a entraîné une augmentation notable des attaques racistes et homophobes dans le quartier.

 

 

source la haine.org

 

Islamisme, « islamophobie » et critique révolutionnaire de toutes les religions

Article paru dans A contrevents N°2 (Caen, octobre 2016) avec le chapeau suivant: Le texte qui suit émane d’un camarade du RRC. Il ne constitue pas pour autant une position collective de notre modeste regroupement. Il a cependant paru suffisamment intéressant pour être publié. Nous précisons qu’il a été écrit bien avant les évènements de cet été, que ce soit le carnage de Nice ou la polémique délirante autour du burkini.

 

Il apparaît aujourd’hui nécessaire de clarifier et de (ré)affirmer certaines positions révolutionnaires vis-à-vis des religions en général et de l’islamisme en particulier. Les attentats révoltants de 2015-2016 (aussi bien ceux visant Charlie Hebdo et le magasin Casher en janvier que ceux de Paris en novembre 2015 ou celui de Nice en juillet 2016) y poussent. Mais il n’y a pas que ça.

Depuis plusieurs années on sent s’affirmer en France l’émergence, certes limitée mais réelle, d’un islamisme, c’est-à-dire d’un islam directement ou indirectement politique, qui se manifeste dans la société. Il peut prendre des formes « modérées », rampantes, ce qui ne les empêchent aucunement d’être néfastes et réactionnaires, comme des formes « radicales », spectaculaires, djihadistes et meurtrières.

Face à ce phénomène, et en parallèle, a également émergé depuis plusieurs années un ensemble de discours stigmatisant les populations musulmanes ou supposées telles. Ces discours sont principalement portés par l’extrême droite mais aussi par toute une partie de la droite et également une partie de la gauche dites « républicaines ». Ces discours divers, aux relents xénophobes, « identitaires », nationalistes, voire carrément racistes, se dissimulent souvent derrière la défense de la laïcité, de la Liberté, des droits des femmes, parfois aussi derrière la défense des droits des homosexuel-le-s (« défense » souvent très hypocrite, opportuniste, limitée et à géométrie variable). Ces thèmes sont alors instrumentalisés au service de causes qui n’ont pas grand-chose à voir avec eux au final.

Ces deux phénomènes contribuent d’ailleurs à s’alimenter et se renforcer réciproquement, « en miroir » et ils ont désormais une certaine « consistance » dans la société. Dès lors, face à ces faits, un certain nombre de questions se posent aux mouvements révolutionnaires, questions auxquelles il va bien falloir trouver des réponses ou des éléments de réponses, politiques et pratiques, si nous ne voulons pas nous retrouver englué-e-s et incapables de réagir face à des situations politiquement et socialement lourdes de dangers et de possibles conséquences bien puantes. À savoir, montées d’idéologies politiques et/ou religieuses éminemment réactionnaires, racistes, communautaristes, identitaristes, développement de tensions et de violences entre pauvres et exploité-e-s de différentes origines, récupérées et instrumentalisées par différentes forces politiques ou politico-religieuse cherchant à « représenter » et « encadrer » telle ou telle « communauté » ou par l’État « républicain » cherchant à redorer son blason, à se « relégitimer » en se posant en défenseur/protecteur de la société, de la sécurité et de la liberté en général (placées sous sa surveillance et son contrôle pour notre bien… et surtout le sien).

Quelle est notre critique de l’islamisme ? Comment le critiquer sans hurler avec les loups de l’extrême droite et autres réactionnaires de gauche et de droite qui alimentent la xénophobie ? L’utilisation/acceptation du terme d’« islamophobie » n’aboutit-t-elle pas à inhiber la saine et nécessaire critique révolutionnaire de toutes les religions (sans aucunement se limiter, évidemment, à celle de l’islam) ? Voila quelques unes des questions que ce texte va chercher à défricher modestement.

Parce que ces questions se posent. Parce qu’il est temps. Parce qu’il va falloir faire face.

Critique révolutionnaire de la religion

Les mouvements révolutionnaires se sont très tôt confrontés avec les idées même de Dieu et d’ordre divin, car celles-ci constituent un obstacle et s’opposent à l’idée et aux soucis révolutionnaires de la liberté humaine (idée de la liberté qui n’est pas dissociée de celles de responsabilité, d’égalité et de solidarité). À l’idée d’un monde, d’un genre humain et d’une vie créés par Dieu, régis par une vérité révélée (propriété d’un clergé), encadrés par les préceptes moraux de textes sacrés très anciens, les mouvements révolutionnaires ont opposé l’idée de sociétés construites historiquement par les humain-e-s et transformables par eux et elles. Ils ont défendu l’idée du renversement possible et nécessaire d’un monde présenté comme immuable et ils défendent toujours l’idée qu’il n’y a pas de fatalité à subir l’exploitation et la domination des puissant-e-s et des possédant-e-s. Ils ont promu la révolte individuelle et collective, la lutte, l’éducation et la liberté contre les assignations, les obligations, les interdictions cléricales qui cherchaient et cherchent encore à encager la diversité de la vie, ses immenses champs des possibles et des choix dans l’étroitesse de textes soi-disant divins et de traditions religieuses poussiéreuses.

Les mouvements révolutionnaires ont également très tôt dénoncé le caractère illusoire de toute « communauté des croyant-e-s » qui prétend placer sur un pied d’égalité fictive, face à Dieu, à la mort et face au clergé, les hommes et les femmes, quelles que soient leurs conditions sociales, leur appartenances à telle ou telle classe sociale. Les religions sont des entreprises idéologiques interclassistes et paternalistes qui, derrière des représentations unitaires de la société et l’idée de la communion de tous et de toutes dans le respect de la religion, nient, dissimulent et étouffent souvent les conflits d’intérêts sociaux et politiques, les luttes sociales au sein des sociétés de classes. Et lorsqu’il est impossible de dissimuler la réalité de ces conflits, il leur est souvent opposé les vertus, toutes spirituelles et virtuelles de la patience, du pardon, de la bonté, de la charité, de la soumission face aux épreuves. Et si ça ne suffit pas, il reste l’anathème, l’excommunication, l’exclusion de la communauté des croyant-e-s, la bénédiction de la répression mise en œuvre par le pouvoir temporel.

Derrière la promesse d’un paradis après la mort se cache le fait de laisser en place les inégalités, les injustices du monde d’ici bas. C’est la religion comme « opium du peuple », qui embrume l’esprit, procure de doux rêves et aide à supporter passivement la dureté de la vie dans le monde tel qu’il est fait.

Les mouvements révolutionnaires ne se sont évidemment pas heurtés seulement aux idées religieuses mais aussi à leurs exploitants, les clergés plus ou moins centralisés, privilégiés, hiérarchisés suivant les religions, assurant la médiation avec Dieu, édictant les normes de conduites morales et pratiques, encadrant, guidant la vie des croyant-e-s, disposant d’un poids matériel parfois énorme (propriétés terriennes, immobilières, financières…), d’une influence politique et morale importante (à travers l’organisation de la charité, d’aides « sociales » diverses, le monopole de l’exercice des rites, le contrôle de tout ou partie du système éducatif par exemples). Et de même que les mouvements révolutionnaires se sont opposés aux grandes religions constituées, celles-ci se sont historiquement opposées aux projets, idées et pratiques émancipatrices et égalitaires des mouvements révolutionnaires.

Les mouvements révolutionnaires affrontent encore aujourd’hui les religions et clergés qui portent et colportent des valeurs, des prescriptions de vie, un ordre moral souvent éminemment réactionnaires (socialement, culturellement, sexuellement) et des représentations patriarcales, favorisant et légitimant la domination masculine, régissant ou tentant de régir spécialement ce qui concerne la sexualité en général, et celle des femmes en particulier, condamnant la plupart du temps la contraception, l’avortement, l’homosexualité et la transsexualité.

Les mouvements révolutionnaires ont également dénoncé historiquement le fait que religions et clergés se sont mis au service de nombreux projets impérialistes de conquêtes, ont légitimé d’innombrables guerres intérieures ou extérieures (certaines d’entre elles reposant même directement, au moins officiellement, sur des motifs religieux), soutenu de nombreux régimes dictatoriaux.

Voilà résumées, très brièvement, les principales critiques révolutionnaires envers les religions. D’où l’athéisme et l’anticléricalisme affirmés qui prédominent historiquement largement dans les mouvements révolutionnaires. Ce qui n’a jamais empêché les révolutionnaires de se retrouver aux côtés d’individus croyant-e-s lors de grèves, de manifs, d’actions, d’émeutes ou d’assemblées générales…

La « liberté » religieuse

Si, en tant que révolutionnaires, nous sommes, dans notre immense majorité, athées et anticléricaux, nous n’avons pas pour autant l’envie ou l’intention de nous ériger en inquisiteurs-rices de l’athéisme. Nous n’avons pas vocation à fliquer politiquement la vie des gens, à entrer en guerre politique contre les croyant-e-s des différentes religions.

Nous reconnaissons généralement aux individus le droit de croire en un dieu (ou en plusieurs) et de pratiquer leurs cultes et leurs rites, même si, nous, nous ne nous reconnaissons pas du tout dans de tels choix. Nous admettons ce droit d’autant plus que, souvent, les individus ne se résument pas uniquement à leurs croyances religieuses. Leur identité personnelle intègre la plupart du temps bien d’autres convictions, valeurs et pratiques que celles liées à leur religion. Et il est évident que la plupart des croyant-e-s sont loin d’être des « fous ou folles de Dieu » et ont souvent un rapport assez distancié, détendu et pacifique avec leur religion, avec celles des autres et avec les athées. Croyant-e-s ne veut pas dire pratiquant-e-s, et même les pratiquant-e-s ont souvent bricolé, plus ou moins ouvertement, leurs propres « petits arrangements avec Dieu » et vivent tranquillement leur religion.

La croyance et l’observance des prescriptions religieuses individuelles et la pratique collective du culte dans des lieux dédiés à cet effet ne nous dérange donc pas (même si elle ne nous réjouit pas non plus), tant que ces croyances et pratiques religieuses ne débordent pas dans l’espace public commun, qu’elles ne tentent pas de le régir, de le soumettre à leurs normes. Nous sommes conscients que cela laisse de côté des espaces privés comme le couple, la famille ou des « entre soi » communautaires et que ces espaces peuvent être propices à l’instauration autoritaire, à l’imposition de pratiques religieuses intégristes. Et, en tant qu’espaces privés, il peut être malaisé, difficile d’y intervenir politiquement pour contrecarrer et dénoncer des dérives intégristes. Il n’y a pas, dans ce genre de cas, d’autres « solutions » (avec toutes leurs limites pratiques fréquentes) que le recours à l’information, à l’éducation, au dialogue, à la solidarité, à l’intervention amicale et/ou familiale et/ou de voisinage (allant, dans la forme, de la médiation à la confrontation), à la pression et la vigilance sociale et collective contre les actes de violence, de maltraitance, de harcèlement, de manipulation mentale, d’embrigadement et de dérive sectaire dans les espaces privés.

La tolérance que nous assumons envers certaines formes détendues de croyances religieuses n’implique pas cependant que nous renoncions à ce que nous considérons comme notre « droit de critique athée » et aux discussions, voire aux engueulades, qu’il peut susciter. Tout comme nous ne renonçons pas au « droit de blasphémer » face aux figures divines fictives, aux bigots et autres intégristes, même si on pratique pour la plupart assez peu ce genre de choses, qui peut soulager et faire marrer mais s’avère rarement très constructif.

L’islamisme

Même très minoritaires, les différentes formes d’islamisme ont gagné ces dernières années une visibilité plus importante parmi les musulman-e-s en France. Il est difficile de savoir si cette visibilité accrue de l’islamisme provient d’une affirmation plus décomplexée de sa propre existence, d’un renforcement réel et sensible de son influence et/ou d’une plus grande attention politique, médiatique et sociale à son encontre. Peut être tout ça à la fois.

Par islamisme, nous entendons une affirmation politico-religieuse de l’islam comme ayant vocation à structurer la société et régir la vie sociale (et donc aussi celle des individus) à partir d’une interprétation rigoriste, réactionnaire et prétendument littérale du Coran. Le djihadisme à la sauce Al Quaeda ou État Islamique n’est que l’expression la plus brutale, la plus ultra de cet islamisme. Il y en a différentes formes et différents degrés. On peut y intégrer des formes « modérées » s’inspirant en général plus ou moins des Frères Musulmans, des formes plus dures comme le salafisme, le wahhabisme et aller jusqu’au djihadisme. En disant cela, on ne sous-entend pas qu’il y a nécessairement une continuité ou une même identité politico-religieuse entre ces différentes formes. Il peut y avoir des formes activistes et très directement politiques, plus ou moins radicales dans leurs manifestations, et des formes plus « quiétistes » mais qui s’attachent néanmoins à promouvoir, de manière prosélyte, une interprétation intégriste des textes et une surveillance pesante quant à la stricte observance individuelle et collective des (de leurs) obligations et conduites religieuses. Ces formes « quiétistes », si elles apparaissent, dans l’immédiat, assez détachées de toutes intervention à caractère politique, n’en aspirent pas moins à construire une hégémonie intellectuelle et culturelle intégriste au sein des musulman-e-s, musulman-e-s que les islamistes rêvent d’encadrer et guider comme un troupeau. Une sorte de métapolitique gramscienne en vue de constituer un bloc hégémonique au sein d’une fraction de la population, en somme ?

Même s’il y a des différences, des divergences, il y a cependant aussi des similarités, des points de convergences entre ces différentes formes d’islamisme et l’existence de l’islamisme « modéré » contribue certainement à légitimer en partie l’existence des formes d’islamisme djihadiste, en constituant un terreau intellectuel et culturel favorable au développement de ce dernier. Disons un peu comme les discours nationalistes, sécuritaires, xénophobes, réactionnaires de la gauche et de la droite contribuent à légitimer et renforcer les positions du Front national et comme les positions et l’influence du FN contribuent à légitimer et favoriser des expressions ouvertement fascistes et racistes.

En terme de contenus, je ne reviens pas sur les positions extrêmement réactionnaires, autoritaires, sexistes, puritaines, anti-communistes et anti-révolutionnaires véhiculées par l’islamisme en général. Signalons toutefois, juste au passage, qu’il véhicule également, là encore sous des formes diverses et à des degrés divers, du racisme, en tout cas au moins un, l’antisémitisme, qu’il travaille à répandre sous couvert de « soutien au peuple palestinien » et d’ « antisionisme ». Et, disons le, la récupération de ce terme d’« antisionisme » (à l’origine destiné justement à se dissocier de toute approche antisémite),  à la fois par les islamistes et l’extrême droite franchouillarde, est un succès tel que ce mot est devenu quasiment inemployable tant il véhicule fréquemment désormais des puanteurs antisémites. Le travail d’appropriation de ce terme politique mené par des antisémites de tous poils, de toutes nationalités et de toutes religions n’aurait cependant pas pu être mené « à bien », si vite (une bonne grosse décennie ?), si la gauche et l’extrême gauche pro-palestinienne et le mouvement révolutionnaire avaient été plus éveillés et réactifs en situations et plus intransigeants sur le fond et la forme. On récolte ce qu’on sème… c’est à dire aussi qu’on récolte, parfois, dans la gueule, ce qu’on a pas été capables de semer, de cultiver et de protéger.

L’islamisme rêve d’une communauté des croyant-e-s, d’où les conflits d’intérêts ont magiquement disparus, pure et harmonieuse, nettoyée de tous les individus et groupes déviants, soumise corps et âme à une soi-disant loi divine supérieure et parfaite, inscrivant cette communauté dans un ordre universel immuable tout en assignant à chacun-e une place et un rôle tout aussi immuable. L’islamisme est comme l’extrême droite qui rêve d’une communauté raciale et nationale unifiée par on ne sait quel miracle, de pouvoir étatique dictatorial, de nettoyage des indésirables et des subversifs-ves, d’ordre corporatiste. Dans un cas comme dans l’autre, on est en pleine utopie réactionnaire et despotique.

Les révolutionnaires sont donc des ennemis de l’islamisme (et réciproquement). Et il s’agit, au niveau mondial, d’un ennemi puissant, disposant de ressources financières, de moyens de communication, et parfois de moyens militaires importants. Il est soutenu par de forts riches « mécènes » capitalistes des pays du Golfe Persique quand ce n’est pas directement par des États intégristes comme l’Arabie Saoudite ou d’autres.

Le combattre, en temps que révolutionnaires, ne sera pas chose facile. Au niveau international, cela peut passer par la création ou le renforcement de liaisons solidaires concrètes avec des groupes, organisations, mouvements révolutionnaires, de lutte de classe, démocratiques, laïques et féministes dans les pays où l’islamisme menace. Souvent ces groupes et organisations sont rares et plutôt faibles (et même parfois inexistants) et il peut exister aussi des différences politiques sensibles avec les « traditions » révolutionnaires occidentales, que ce soit sur le plan des idées, des finalités, du fonctionnement, des pratiques et il est probable que la solidarité vis-à-vis de tel ou tel groupe ou mouvement dans tel pays fera rarement, ici, l’unanimité. Le soutien à la résistance actuelle au Kurdistan syrien face à l’État Islamique est un bon exemple de cette absence de consensus du mouvement révolutionnaire sur ces questions.

Par ailleurs, l’établissement de telles liaisons solidaires implique un effort réciproque s’inscrivant dans la durée. Effort qui passe par des travaux de synthèse d’informations et d’analyses, de traductions (ce qui implique éventuellement l’apprentissage de langues), de diffusion de l’information, de collecte et d’envois de fonds et de matériels, de voyages et de rencontres, d’organisation éventuelle de campagnes de soutien. Effort que la faiblesse actuelle du mouvement révolutionnaire, en France ou ailleurs, rend difficile car, en plus, évidemment, l’islamisme est loin d’être le seul et le plus puissant des ennemis auxquels les mouvements révolutionnaires se trouvent confrontés.

La lutte contre l’islamisme passe aussi, toujours au niveau international, bien sûr par le fait de lutter ici pour dénoncer et, si possible, vu nos forces plutôt dérisoires, gêner et affaiblir les interventions armées et les pillages impérialistes des États et du capital occidental, et donc, aussi, l’impérialisme de l’État et du capital français. L’impérialisme contribue en effet aussi à alimenter en partie l’islamisme dans de nombreux pays. Mais en partie seulement car dans les pays où il est puissant l’islamisme a également sa dynamique propre, ancrée dans la réalité propre de ces pays, réalité qui est loin d’être uniquement façonnée par l’impérialisme occidental.

En France, il paraît évident qu’un des ressorts de l’islamisme se trouve dans les inégalités et injustices sociales vécues, entre autres, par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration et qui sont de cultures musulmanes. Ces fractions de la population ne sont bien sûr pas les seules à subir l’exploitation, la précarité et la répression mais elles sont certainement celles qui les subissent le plus. À ces inégalités sociales s’ajoutent des phénomènes de discriminations, de stigmatisations, de vexations politiques et symboliques à caractère raciste. La participation des mouvements révolutionnaires aux luttes sociales et le fait de tenter de développer dans celles-ci un travail politique sont des nécessités incontournables. Dans ce cadre, l’appui aux luttes de migrant-e-s, de travailleurs-euses immigré-e-s avec ou sans papiers, autour de la question du logement, contre les violences policières et la précarité sociale mérite toute notre attention. Participer, d’un point de vue révolutionnaire, à ces luttes sociales diverses, favoriser leur émergence et leur convergence et coordination n’a évidemment pas pour but premier la lutte contre l’islamisme, il s’agit avant tout d’essayer d’attaquer à la base l’exploitation sur laquelle repose le système étatico-capitaliste actuel et les relégations et divisions sociales qui aident à son maintien et à sa reproduction. Mais le développement de ces luttes sociales aurait certainement également comme effet indirect d’affaiblir les marges de manœuvres politiques, sociales et culturelles de l’islamisme. On sait qu’à l’heure actuelle lorsque les luttes sociales sont fortes, l’extrême droite franchouillarde fait souvent profil bas politiquement et d’un point de vue organisationnel. Il n’y a pas de raisons de penser que ces luttes n’entraîneraient pas les mêmes effets contre cette autre extrême droite qu’est l’islamisme.

Néanmoins, on ne va pas prendre nos désirs pour des réalités, « dire n’est pas faire » et le mouvement révolutionnaire devra sacrément ramer pour y arriver. Il y a des obstacles et des difficultés. Nombreuses. Les aborder dépasserait le cadre de ce texte. On remet ça à plus tard mais on essayera de s’y coller. Signalons juste la difficulté liée à la composition sociale actuelle des mouvements révolutionnaires, pour le moins éloignées en général des réalités vécues par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration, de la condition ouvrière, de la réalité des quartiers populaires. Cette « extériorité » ne facilite évidemment pas notre activité et la réduire ou la dépasser prendra du temps et impliquera d’aller se frotter encore et encore au terrain.

Islamisme et autres replis identitaires se développent aussi dans le vide laissé par l’important affaissement des mouvements ouvriers et révolutionnaires actuels. Et ce vide, ce terrain perdu, d’autres l’occupent et le remplissent. Il faudra bien finir par nous remettre en question. La réalité qui vient nous y contraindra de toute façon. Va y avoir des réveils douloureux…

« Islamophobie » ?

Vous ne trouverez pas ce terme d’« islamophobie » dans les textes du RRC, où il ne fait pas consensus. Je l’utilise dans cet article seulement entre guillemets et accompagné de critiques. Parce qu’il pose un certain nombre de problèmes quand même… Ce terme opère en effet un certain nombre de « réductions » factuelles et politiques.

D’abord il tend à présenter les attaques et critiques contre l’islam, quelles qu’elles soient, comme une manifestation de racisme alors que la critique de la religion musulmane (ou de n’importe quelle autre) peut évidemment être déconnectée de toute approche raciste comme dans le cas de la critique athée révolutionnaire.

Du coup, il sous entend aussi que la critique de l’islam constituerait en quelque sorte la forme principale du racisme actuel alors que celui-ci s’exprime de manière bien plus générale et sur des plans bien plus cruciaux pour la vie des gens (logement, pauvreté, précarité des formes d’emplois, discriminations sociales, brutalités policières…) que la simple instrumentalisation xénophobe et nationaliste de la critique de l’islam.

En restreignant le racisme à la forme, censée être centrale, de la critique instrumentalisée de l’islam, il laisse de coté toutes les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration mais qui ne sont pas musulmane. Que devient la nigériane évangéliste ou le syrien athée ? En quoi la lutte antiraciste réduite principalement à la lutte contre l’« islamophobie » les concernerait ?

En partant du fait que l’islam est, en France, une religion minoritaire, pratiquée (quand elle l’est ! Tous les croyant-e-s sont loin d’être pratiquant-e-s…) principalement par des fractions de la population qui sont immigrées ou d’origine immigrée, souvent « de couleur », souvent issues d’anciennes colonies françaises, il introduit, en douce, par extension, l’idée que l’islam serait une religion opprimée et une religion des opprimé-e-s.

L’islam est certes une religion minoritaire en France mais c’est quand même la deuxième en importance dans ce pays. Et s’il est évident que le nombre, l’état et la taille des lieux de cultes musulmans ne permettent pas toujours, loin sans faut par endroits, d’assurer aux pratiquant-e-s des conditions décentes d’exercice collectif de la prière, la religion musulmane est loin d’être persécutée même s’il arrive qu’elle soit stigmatisée, discriminée et instrumentalisée. Par ailleurs, un certain nombre de régimes dans des pays majoritairement musulmans ne sont pas particulièrement bienveillants envers l’exercice de religions autres que la musulmane et envers l’athéisme et il y a des États musulmans qui sont impérialistes. Donc mollo sur l’islam comme religion opprimée…

Ensuite cette idée de l’islam comme religion des opprimé-e-s fait passer à la trappe le fait que certains musulman-e-s appartiennent aux classes possédantes et dominantes et sont des exploiteurs-rices. Et là encore se pose la question des « autres » prolétaires immigrés ou d’origine immigrée, « de couleur », athées ou croyant-e-s d’une autre religion que l’islam. En quoi sont-ils et elles particulièrement moins opprimé-e-s, exploité-e-s, précarisé-e-s, discriminé-e-s que les musulman-e-s ? Et en quoi le fait qu’une religion soit pratiquée par des opprimé-e-s devrait nous la rendre moins critiquable d’un point de vue révolutionnaire ? Le sexisme serait-il moins critiquable s’il est pratiqué par des prolétaires ? Les masses opprimées d’Amérique latine sont souvent chrétiennes, cela ne fait pas pour autant du catholicisme ou du protestantisme des religions d’opprimé-e-s. Donc mollo aussi sur cette idée que l’islam serait une religion d’opprimé-e-s.

Au final, et à l’usage, le terme « islamophobie », et les « alliances » concrètes qu’il peut entraîner sur le terrain politique avec des réacs religieux, semble bel et bien favoriser une inhibition, une autocensure de la critique révolutionnaire des religions et des « cohabitations » lors de meetings et de manifs qui tiennent du mariage entre une carpe et un lapin. Faudrait pas finir par servir la soupe à des bigot-e-s intégristes, qui oeuvrent à propager un communautarisme religieux lucratif, au sens où cette communauté, figurez vous qu’ils et elles entendent bien en être les pieux-ses berger-e-s et les représentant-e-s accrédité-e-s auprès de l’État. La critique de « l’islamophobie » actuelle doit-elle déboucher sur une quelconque « islamophilie » ? Pour moi, c’est définitivement NON.

Je comprends bien que le terme ait pu faire mouche et être repris par plein de gens qui ont capté que la critique dominante de l’islam n’est la plupart du temps qu’un paravent pour des courants xénophobes, nationalistes et racistes qui cherchent à attaquer les immigrés ou descendant-e-s d’immigré-e-s. Mais comme on peut le voir en situation et comme cela a été exposé dans ce paragraphe, ce terme introduit, d’un point de vue révolutionnaire, de la confusion politique… à une époque où il n’y en a déjà que trop… avec tous les dégâts qui vont avec.

C’est pourquoi comme d’autres, je préfère parler, au lieu d’« islamophobie », tout simplement de racisme ou, en cas de situations plus spécifiques, de racisme anti-arabes et anti-noir-e-s, ce qui ramène la question sur son terrain principal, à savoir que derrière les critiques xénophobes de l’islam ce n’est pas tant la religion musulmane qui est visée que des fractions immigrée ou issue de l’immigration, prolétaires, colorées et supposément musulmanes de la population. Et en utilisant ces termes, en tant que révolutionnaires, on se situe sur le terrain de la défense des individus et des fractions, souvent prolétaires, de la population visées par le racisme, pas sur le terrain de la défense d’une religion, ce qui n’est tout simplement pas notre vocation ni notre finalité.

Contre tous les replis identitaristes

En ces temps de crises sociales et politiques, et y compris de crise des mouvements révolutionnaires et ouvrier (ou de ce qu’il en reste…), en l’absence d’alternatives subversives ne seraient-ce qu’un tant soit peu crédibles, les replis et enfermements identitaristes se multiplient, se renforcent et se « légitiment » mutuellement, que se soit sur des bases nationalistes, ethniques, religieuses, culturelles, corporatistes.

Il ne s’agit pas de nier qu’on ait tous et toutes une identité, mais nos identités sont généralement composites, puisant à différentes sources culturelles et sociales, individuelles et collectives. Nous les concevons souvent, en tant que révoutionnaires, comme évolutives et ouvertes, destinées à être partagées et métissées. Toute définition étroite, uniformisée, figée, fermée et enfermante de l’identité aboutit à l’étouffement individuel et collectif et est souvent destinée politiquement à nourrir les replis communautaristes.

Présentement chacun-e est tenté et incité à se replier sur son « entre soi » (et le ghetto révolutionnaire en est une forme parmi d’autres), sur son « même », sur sa famille, sur son pays, sur sa soi-disante « communauté » et les solidarités limitées, étriquées et sélectives qu’elle permet. S’ouvre alors également la course à la représentation de la « communauté » : les aspirant-e-s aux postes de direction et d’encadrement politique, moral et spirituel ne manquent pas.

Il sortira de ces replis communautaires et identitaristes des divisions et des tensions accrues entre différentes fractions de la population, pourtant toutes exploitées et dominées par le même système, même si c’est sous des formes et à des degrés divers. À la guerre sociale, le système préfère évidemment la guerre de tous-tes contre tous-tes comme il préfère la guerre civile à la révolution. Et nul doute qu’il saura utiliser et alimenter les tensions communautaristes pour œuvrer à son propre maintien. Réussir à faire vivre et étendre des espaces de lutte politique et sociale, où se crée du commun et du communisme, ouverts à tous-tes les exploité-e-s, les dominé-e-s, les révolté-e-s, peu importe leurs origines ethniques ou culturelles, leurs nationalités, leurs couleurs de peau, leurs religions individuelles éventuelles va être une difficile nécessité.

La Bataille socialiste

Grèce: les fêtes de multinationales gâchées par du cola empoisonné

Un groupe anarchiste grec a affirmé avoir empoisonné des aliments et des boissons de grande consommation, provoquant mardi leur rappel par les quatre grands groupes visés, en pleine période des fêtes.

Dans un texte, le groupe qui se baptise Nemesis verte, a affirmé avoir empoisonné plus de cent packs de lait, sodas et sauces, pour «saboter» financièrement trois multinationales, Coca-cola, Nestlé, Unilever, et le grand groupe grec laitier Delta.

Les auteurs de la revendication anarchiste ont affirmé avoir injecté dans ces produits de la javel et de l’acide chlorhydrique et se préparer à les remettre en circulation entre le 22 décembre et le 5 janvier.

La menace, souligne leur texte, vise à infliger un «dommage financier» aux groupes visés.

«Nemesis verte» avait déjà revendiqué une telle action en 2013, contraignant deux multinationales à procéder à des retraits de produits.

 

 

source AFP

Le capitalisme nous affame, bouffons-le !