L’État est le faisceau des institutions destinées à défendre les intérêts des possédants contre les non-possédants

10342484_283569045143008_3642327701170334194_n

Le fétichisme de la légalité fut et reste un des traits les plus marquants du socialisme acquis à la collaboration des classes.
Il implique la croyance en la possibilité de transformer l’ordre capitaliste sans entrer en conflit avec ses privilégiés.
Mais plutôt que l’indice d’une candeur peu compatible avec la mentalité des politiciens, c’est celui de la corruption des leaders.
Installés dans une société qu’ils feignent de combattre, ils recommandent le respect des règles du jeu.

La classe ouvrière, elle, ne peut respecter la légalité bourgeoise qu’à la condition d’ignorer le rôle véritable de l’État, le caractère trompeur de la démocratie ; bref, les premiers principes de la lutte des classes.
S’il sait que l’État est le faisceau des institutions destinées à défendre les intérêts des possédants contre les non-possédants, c’est-à-dire à maintenir l’exploitation du travail ; que la loi, toujours édictée par les riches contre les pauvres, est appliquée par des magistrats invariablement pris dans la classe dirigeante ; que la loi est invariablement appliquée dans un rigoureux esprit de classe ; que la coercition – qui commence à la paisible injonction de l’agent de police et finit au déclic de la guillotine, en passant par les bagnes et les maisons centrales – est l’exercice systématique de la violence légale contre les exploités, le travailleur ne peut désormais considérer la légalité que comme un fait, dont il faut connaître les aspects, les applications, les pièges, les conséquences – et aussi les avantages ; dont il faut quelquefois savoir tirer parti, mais qui ne doit jamais être devant sa classe plus qu’un obstacle purement matériel.

Victor Serge – Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression

Disponible en intégralité et en accès libre ici =>

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=103