La crise qui ronge les économies développées comme les autres depuis 40 ans

9782354570606
La crise économique se profile en Chine. Les difficultés s’y accumulent, de manière toujours plus apparente. L’espoir d’un renouveau venu d’Asie, pour un capitalisme mondial affaibli, prend fin. Au-delà de la rigidité du régime politique, ou des désastres écologiques facilement relevés par les observateurs les moins attentifs, la formidable croissance de la Chine la mène à cette crise inévitable. Et cela parce que depuis 1949, sous l’étendard d’un socialisme usurpé, le capitalisme et son cortège de contradictions s’y renforcent toujours plus. S’appuyant sur les outils théoriques élaborés par Karl Marx, ce livre est consacré à une analyse rigoureuse et critique de ce processus.

 

La crise qui ronge les économies développées comme les autres depuis 40 ans, cette crise qui s’est exprimée par des périodes de morosité alternant avec de violentes crises en un point puis un autre, passant de pays en pays, cette crise n’a pas aujourd’hui été dépassée, et ne le sera certainement pas par l’apparition, purement fantasmée, d’un nouvel hégémon.
Nous n’avons jamais, depuis 1973, et malgré les régulières euphories rapidement évanescentes de la gent politique, économique et médiatique, connu de nouvelle période ascendante. Et cette situation, jamais vue jusqu’alors dans l’histoire du capitalisme, n’est pas atténuée le moins du monde, nous l’avons montré, par le développement récent mi-illusoire mi-réel de pays comme la Chine et le Brésil, dont la soi-disant émergence ne fait qu’annoncer l’échelle plus vaste encore des futures catastrophes pour ces pays comme pour les nôtres.

Depuis 40 ans, le capitalisme, pour tamponner provisoirement d’année en année les effets de la crise, s’est aussi retranché sur une création, jamais expérimentée à un tel niveau, de capital fictif ; entrainant ainsi une gigantesque hypertrophie du secteur de la finance. Ce n’est pas machiavélisme de la part des décideurs économiques et politiques ; il ne pouvait simplement en être autrement.
Le véritable problème n’est pas ce poids de la finance, qui est au contraire une tentative désespérée et rapidement impuissante de solution ; mais la très réelle impossibilité d’investir avec suffisamment de profit dans l’appareil productif.
Et depuis 40 ans, cette solution, rationnelle à court-terme, folle et absurde à moyen-terme, aboutit à la formation réitérée, puis à l’éclatement spectaculaire, de formidables bulles spéculatives, dans chaque pays tour à tour ; avant de reformer de nouvelles bulles en d’autres lieux.

Mais depuis 40 ans également, les apologistes inconscients du capital, opposition aussi fidèle que naïve et intellectuellement sous-développée, nous serinent leur bien puéril refrain […] : le méchant capitalisme financier ruine la terre et les hommes par paresse et appétit d’un gain facile parce qu’il refuse de se laisser convertir en bon, honnête et travailleur capital productif. Que ne lui impose-t-on pas quelque nouveau mode de régulation bien senti à coups d’ordonnances du bienfaisant Etat, réhabilité pour la cause, et même avec l’aval des plus farouches anarchistes! Et de pousser des soupirs de vierges amoureuses sur la belle et saine époque du compromis fordiste, son Etat fort et protecteur, ses ouvriers virils et bienheureux, confiants dans l’avenir…
C’est le même discours à quelques subtilités terminologiques près, chez les militant d’ATTAC, chez les convulsionnaires de l’indignation stérile, chez les amateurs de jorionnades et autres gras bon sens du café du commerce, mais encore chez les économistes régulationnistes ou keynéiens, tous ces fameux hétérodoxes de la ligue des économistes chagrinés, devant qui, n’en doutons pas, tremblent sur leur base les citadelles du vieux monde…

Cette veine particulière de l’idéologie dominante, qui veut tout bêtement garder le bon capitalisme tout en rejetant avec fermeté ses mauvaises conséquences, tient à attribuer les contradictions grandissantes du système, pourtant à l’évidence intrinsèques à la structure même du capitalisme, à des coupables individuels ou collectifs qu’on pourra un heureux jour pourchasser dans les rues… Quand ce n’est pas le pauvre Jérôme Kerviel qui est promis au pilori par les petits-bourgeois bilieux, le rouge aux joues et le front bas, c’est la Finance et la Banque apatrides et cosmopolites qu’on voue en bloc à l’échafaud.
On sait bien jusqu’où cette odeur de lynchage peut mener…

Que ce livre contribue à dessiller les yeux de ceux qui ne s’obstinent pas à se les masquer des mains, et leur donne quelques armes pour résister au mieux à ce genre d’idéologie simpliste et dangereuse, qu’il les persuade un peu plus que le mal naît aux racines mêmes du Capital et qu’il ne sert à rien d’en tailler çà et là des branches, voilà qui nous satisferait déjà.
Que ce livre contribue au-delà à faire comprendre le capitalisme comme un système global cohérent, où rien ne se produit au hasard et encore moins par la libre volonté des individus ou des Etats ; à faire comprendre que la crise actuelle ne peut se déboucher que sur un approfondissement délétère et néfaste, avec en perspective l’enclenchement de cycles mondiaux de crises économiques et de guerres des plus destructrices, seules à même de régénérer le capitalisme ; à faire comprendre enfin que c’est là seulement qu’est l’avenir tracé pour autant que demeure l’ordre social du Capital, voilà qui nous conviendrait encore mieux.

Cela permettrait à tout le moins, de nourrir la lucidité d’un mouvement qui tendrait vraiment un jour prochain vers l’instauration de la communauté humaine véritable, et qui voudrait ne pas se tromper d’ennemis dans les luttes futures, où ce ne sont pas les hommes qui seront des obstacles, mais des rapports sociaux. Si cela n’est pas, ou plus possible, il est à craindre que l’alternative proposée à la fin du 19e siècle par Engels, reprise par Rosa Luxemburg, “socialisme ou barbarie” n’ait déjà finalement trouvé sa résolution tragique.
Souhaitons que ce ne soit pas le cas.

Mylène Gaulard, Karl Marx à Pékin