De Funès aux Bronzés, d’une droite à une autre

   Si l’on excepte le jeu d’acteur, brillant à exceptionnel, Funès est à la droite des 30 Glorieuses ce que les Bronzés sont à la droite de la période suivante

 Le récit idéologique de la production cinématographique de Louis de Funès s’inscrit dans la volonté de redorer le blason d’une droite patronale ayant sombré dans la collaboration.

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Arbre de Noël de l’Elysée, 9 décembre 1971, le crooner de droite Sacha Distel et Louis de Funès sont invités par Georges Pompidou.

 C‘est ce personnage infect, radin, soumis aux puissants, occupant le plus souvent la position sociale d’un patron et avec lequel le spectateur est conduit à entrer en empathie.

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 C‘est toute cette droite catholique patronale qui a totalement perdu son hégémonie et sa crédibilité au sortir de la guerre.

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Que nous dit ici le royaliste Louis de Funès ? Peu importe sa position sociale, c’est le cœur qui compte. Le cœur représente ici l’âme caritative au fond catholique consistant le plus souvent à se soulager d’une petite pièce à la sortie de l’église. Peu importe que vous soyez patron ou employé-e nous dit-il. C’est Dieu qui vous jugera selon vos actions et votre compassion à l’endroit de ceux qui souffrent, à l’endroit de ceux qui ont faim. Beau comme une messe de Noël en latin.

 Là où Les Bronzés portent l’idéologie d’une bourgeoisie ayant adoubé le libéralisme et l’illusion de la démocratisation qu’il porte, le cinéma de Funès est un cinéma de société figée dans sa verticalité.

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 Toute la mécanique des Bronzés consiste à railler la “vulgarité”, la lâcheté, le manque de “savoir vivre” d’une petite bourgeoisie ayant émergé de la société de marché et accédant elle aussi aux loisirs bourgeois, aux loisirs de la classe après laquelle elle court.

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Comme les sports d’hiver, qui ne concernent chaque année que 7,4% des français.

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De Funès se situant quant à lui dans l’idéologie réactionnaire.

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 Un basculement de la droite radicale vers la droite libérale.

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Nicolas Sarkozy et son ami, l’acteur de droite Christian Clavier

 C‘est ainsi que nous sommes passés du récit cinématographique d’un patronat à la fortune discrète et à l’existence emmurée derrière les grilles de son château à celui d’un patronat montré en exemple de réussite, qui est là pour illusionner quant à l’élargissement de l’assise des rentes, irréductiblement figées dans leur masse.

 

Les Enragé-e-s

 

 

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Georges Pompidou et la skieuse de droite Marielle Goitschel

 

Avec la Loi Travail, la bourgeoisie française s’aligne logiquement sur la stratégie globale de la bourgeoisie occidentale mondialisée et sur les mutations profondes du capitalisme qu’elle provoque. Nous vivons une époque de transition.

A entendre non pas au sens où, tout à coup, le capitalisme « redevient » agressif ; car le capitalisme est un processus constant d’agression, de spoliation et d’asservissement. Mais au sens où le capitalisme entre dans une nouvelle étape de férocité, engageant une métamorphose a priori irréversible de ses rouages de domination et d’exploitation.

C’est toute l’erreur du « mouvement ouvrier » que de se reposer sur ses « acquis » des années 1930 – celles du Front Populaire -, de l’après-guerre et des « Trente Glorieuses ».

Certes, les congés payés, la fonction publique, la sécurité sociale et la protection sociale en général, le Droit du Travail, sont des acquis arrachés au prix de luttes souvent sanglantes avec le patronat.

Pour autant, ces acquis sont également des concessions de la part du patronat pour empêcher tout basculement irréversible dans une marche collective vers l’inconnu d’horizons révolutionnaires post-capitalistes aléatoires. Concessions, car cédés au prix de la collaboration active de certains organes du « mouvement ouvrier », dont essentiellement le Parti Communiste Français et, depuis quelques décennies, les centrales syndicales.

Les « Trente Glorieuses » désignent l’ouverture à la consommation de masse et à l’industrie touristique, c’est-à-dire à la valorisation capitaliste du « temps libre » concédé dans les congés payés. Les périodes de « vacances » ne désignent donc pas un moment où les travailleur.se.s peuvent se retrouver collectivement en dehors des lieux de travail et des taudis prolétaires mais des zones marchandes d’atomisation individualiste. Ainsi, le « temps libre », littéralement temps « sans travail », est un temps où l’on joue à s’offrir le service de la force de travail d’autrui : hôtels, stations balnéaires, club med, parcs d’attraction, etc. Cette valorisation capitaliste du « temps libre » peut effectivement être qualifiée de mutation du capital en spectacle-marchand. Bref, on peut désormais s’offrir massivement les outils d’aliénation individualiste que la bourgeoisie nous fait elle-même produire : ledit temps libre reste un temps déterminé par le travail.

Ces « acquis » sont justement ceux que la bourgeoisie actuelle cherche à détruire méthodiquement afin de revaloriser son taux de profit. Or, nous avons oublié les horizons de société auxquels aspiraient celleux qui ont autrefois lutté pour obtenir ces acquis. Comme si, de par ces acquis, nous avions réussi à figer les processus du capitalisme. Aujourd’hui, nous sommes rattrapé.e.s et nous avons perdus nos repères. Pour quoi nous battons-nous ? Pour quoi nous risquons-nous par la grève, l’occupation voire l’émeute ? Depuis ces « Trente Glorieuses », les mouvements sociaux ne sont plus offensifs. Nous encaissons les coups, les rendons tant bien que mal. Parfois, nous les faisons reculer, comme ce fut le cas en 1995 ou en 2006. Mais nous ne parvenons pas à bloquer l’élan irrésistible et le rouleau compresseur des nouvelles mutations du capitalisme. En effet, depuis les années 1990, celui-ci s’est mondialisé. La division internationale du travail a changé la donne. Si le processus de mondialisation amorcé sous l’ère des colonies au XIXe siècle avait permis à terme l’irruption politique d’une « classe moyenne » relative, la phase de mondialisation contemporaine advenue avec le néo-colonialisme est quant à elle caractérisée par un phénomène de délocalisation des centres de production et une concurrence considérablement accrue entre les travailleur.se.s des quatre continents. Finalement, l’irruption politique d’une certaine classe moyenne se révèle superficielle et historiquement limitée à un laps de temps de quelques décennies.
Les « plans d’austérité » à répétition en Europe, dont la Loi Travail en France n’est qu’un maillon, renvoient à la marche forcée vers la sur-prolétarisation de la société. Mais en vérité, la Loi Travail est déjà une réalité pour une grande partie de la population, notamment celle ultra-précaire des quartiers populaires, une frange de population qui va encore s’agrandir.
Tout cela pose plusieurs questions quant aux perspectives révolutionnaires.
mouvanarev