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Barbarie homophobe à Marseille : séquestré, battu et violé

Dans le contexte d’une homophobie très ancrée dans la société française, malgré le relatif progressisme apparent, c’est avec horreur et effroi que nous apprenons l’agression barbare et la séquestration d’un militant homosexuel pendant quarante-huit heures la semaine dernière à Marseille.

Des faits inqualifiables d’une violence inouïe

 

 Zak Ostmane est un militant homosexuel pour les droits LGBTI ayant fondé en Algérie l’organisation Trans Homos Dz afin de venir en aide aux personnes LGBTI forcées à la clandestinité dans un pays où l’homosexualité est pénalement et socialement réprimée. Il a par la suite, en 2016, participé à la fondation de l’association Shams – France, dont nous reproduisons ci-dessous le communiqué et la présentation :

SHAMS-France est l’association LGBTQI des personnes maghrébines et moyen-orientales vivant en France.

Le week-end dernier, Zak Ostmane, grand militant LGBT et un des membres fondateurs de Shams – France a été séquestré pendant plus de 48 heures, agressé et sauvagement violé par deux individus à Marseille. Nous condamnons avec fermeté cet acte barbare et abjecte et apportons tout notre soutien à notre cher ami.

Soutien total et solidaire à  Zak Ostmane!

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

La CAF contre les femmes

Social et féminisme : Savez vous ce qu’est un contrôle domiciliaire CAF et connaissez vous le concept de « vie maritale »?

 

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Pour les allocataires CAF et pour les personnes intéressées par le sujet de près ou de loin, reportez vous à la fin de l’article, il offre de nombreux liens truffés de conseils concrets pour vous préparer, vous défendre et résister.

 

Aujourd’hui, je viens vous parler Caisses des Allocations Familiales, droits sociaux et féminisme. J’ai pu constater, en discutant sur le net ou dans la vie, qu’énormément de gens ne connaissaient pas ces choses là, tout simplement car elles n’y avaient jamais eu recours. (et c’est tant mieux, théoriquement cela veut normalement dire qu’elles n’en ont pas eu besoin… en pratique c’est plus compliqué hélas…)
Ainsi, pour être la plus claire possible, voici un petit rappel de ce qu’est la CAF et des prestations qu’elle distribue.

Qu’est ce que la CAF et de quoi s’occupe t-elle? (liste non exhaustive)

La CAF, c’est la Caisse des Allocations Familiales. C’est elle qui distribue (entres autres) :

_ Le RSA
_ La MDPH
_ L’ APL ou ALS (Aide personnalisée au logement ou Allocation de logement sociale)
_ Les allocations familiales

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Je vais m’arrêter un instant sur le RSA et les APL, qui sont objet de toutes sortes de mythes:

Donc, pour une personne seule, le RSA s’élève à 499 euros. MAIS attention, si cette personne seule loue un logement et qu’elle touche donc une APL ou une ALS, ou bien encore, si elle est hébergée à titre gratuit, le montant de son RSA tombe à 439 euros. (donc en gros, la plupart des RSAstes touche 439 euros de RSA/mois.)
Il n’y a pas de montant moyen de l’APL ou de l’ALS pour une personne seule. En province, cela peut tout aussi bien varier de 20 à 200 euros, tout dépend du logement, de la situation de la personne, etc.
Mais bref, en général, l’APL/ALS d’une personne seule en province tourne autour de 150 euros. Soit 439+150 euros pour survivre, égal à un total de 589 euros.

Passons à présent aux couples sans enfants. Alors là, d’un seul coup, on se sait pas trop pourquoi, mais le RSA diminue d’un tiers. Un couple au RSA touche 749 euros, qu’il verra descendre à 629 euros si il loue un logement et use donc de son droit à l’APL ou à l’ALS, ou bien si il est hébergé. (Donc là encore, l’immense majorité de couples touche 629 et non 749 euros.)
Là encore, pas de montant moyen pour l’APL/l’ALS, mais disons qu’en général, un couple qui loue un petit logement en province touche 220 euros d’APL/ALS par mois.
Ce qui nous fait un total de 849 euros pour survivre à deux. (version optimiste)

Pour connaître les montants RSA des personnes seules ou couples avec enfants, reportez vous sur cette page, vous allez voir, c’est vraiment pas mirifique… montant RSA

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Le contrôle domiciliaire CAF, qu’est ce que c’est?

Comme vous le savez peut être, l’ennemi public numéro 1 de la France, c’est le fraudeur de prestations sociales.
Pour lutter contre cette hérésie, la CAF a mis en place des contrôles de plusieurs types, dont le contrôle domiciliaire. Ces contrôles divers connaissent une croissance exponentielle assez incroyable depuis plusieurs années. A se demander si la CAF n’use pas plus d’énergie à faire la chasse aux éventuel(le)s irrégulier(e)s plutôt qu’à gérer les affaires sociales et familiales de la France…
Mais revenons en au contrôle domiciliaire : En gros, cela consiste à vous envoyer un(e) contrôleu(r)se chez vous, qui va venir vérifier que vous vivez bien seul(e) et que vous ne vous trouvez pas en situation de « vie maritale ». Ou bien de venir contrôler que vous vivez bien là où vous le déclarez. Ou encore, que vous êtes bien un parent isolé(e) qui n’a pas un nouveau ou une nouvelle petit(e) ami(e) qui traîne souvent dans le coin. Bref, vous envoyer un(e) contrlôleu(r)se qui va venir vérifier que vous êtes bien autant dans la misère et l’exclusion que vous ne le déclarez, et que vous n’avez pas de la famille ou des amis susceptibles d’être un peu trop solidaires avec vous.

Le gros souci, c’est que pour effectuer ces contrôles, la CAF ne cesse de violer la loi, et c’est le règne de l’arbitraire.

La « vie maritale », un concept arbitraire et illégal:

Car en effet, en France, il n’existe pas légalement de statut de « vie maritale ». Soit vous êtes pacsé(e), soit vous êtes marié(e), soit vous êtes célibataire, point final.
Mais pour la CAF, il suffit qu’un homme et une femme partage le même toit pour être considérés comme vivant en « vie maritale », et donc considérés comme étant des fraudeurs (puisque touchant chacun un RSA personne seule et non un RSA couple réduit de plus d’un tiers…)

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Quelques exemples ubuesques :
_ Le premier, c’est bien sûr la colocation. Pour la CAF, un homme et une femme* en colocation peuvent se retrouver en un rien de temps comme considérés en « vie maritale », et donc considérés comme des fraudeurs.
_ Vous êtes une femme et vous vivez chez votre oncle* qui vous héberge gentiment parce que vous êtes dans la merde en ce moment. Paf, contrôle domiciliaire, vie maritale, fraudeurs.(ceci n’est PAS une histoire inventée)
_ Vous êtes une femme (seule ou avec des enfants), et depuis quelques temps maintenant, vous voyez un homme*. Cet homme dort souvent chez vous, mais vous ne savez pas où vous allez, quel sera votre avenir. Vous n’avez jamais pensé une seconde qu’une relation informelle de ce type pouvait regarder la CAF. Pourtant un jour, contrôle domiciliaire, et PAF, fraudeurs.
_ Vous êtes une femme, ou un homme, et un jour, vous avez dépanné(e) un(e) pote en galère du sexe opposé(e)* en le ou la laissant crécher chez vous et en le ou la laissant utiliser votre adresse postale pour -par exemple- sa boîte d’intérim (car il faut absolument fournir une adresse pour pouvoir travailler, et il faut très généralement travailler pour avoir une adresse : gné), et ce pendant quelques mois. Quand un jour, PAF, contrôle domiciliaire de la CAF, vie maritale, fraudeurs.

* Notez que la CAF, clairement homophobe, ne fait généralement ce genre de conclusions qu’avec des duos femme/homme, mais ceci est en train de doucement changer…

Mais être considéré fraudeu(r)se à la CAF, ça implique quoi exactement?

Et bien si la CAF estime que vous êtes un fraudeur ou une fraudeuse, cela implique purement et simplement que d’une part, elle vous radie (parfois pour plusieurs années), et donc vous coupe de vos droits sociaux, et que d’une autre, elle vous réclame un trop perçu. 
Les parents (isolés ou non) se retrouvent donc également privés d’aides à la cantine ou aux sorties scolaires, car bien souvent, ces aides sont conditionnées à la présentation d’une attestation de prestations CAF.
vous n’avez plus de droits à l’aide alimentaire.
bref, plus le droit à rien.
Alors qu’à la base, vous étiez au RSA, donc déjà dans la merde.
Il est possible de contester la décision de la CAF et de déposer un recours, mais ces recours prennent des mois et des mois, quand ce ne sont pas des années, mois et mois ou années durant lesquel(le)s le revenu dont vous dépendiez pour survivre vous est coupé. (Et encore faut il pouvoir faire le recours, parce qu’évidemment c’est pas gratuit…)

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Les CAFards de Montreuil, à aller lire absolument même si vous n’êtes pas du coin!

Du pain béni pour les employeurs précaires et l’économie parallèle…

Evidemment, ces situations de privations de droits sociaux sont du pain béni pour les employeurs précaires et maltraitants, (Quelle meilleure main d’oeuvre que celle qui n’a le droit à rien, est complètement vulnérable et paniquée, et surtout coincée sans aucun autre choix, hum?) mais pas seulement. Car trouver un employeur précaire et maltraitant, c’est même pas garantit de nos jours.
Non, c’est aussi une voie directe vers l’économie parallèle, telle que la prostitution, la petite délinquance, le petit recel, le deal de drogues, et pourquoi pas une petite plongée dans la toxicomanie pour mettre en place une stratégie de survie face à ce cauchemar qui n’était pas déjà un doux rêve à la base. Un cauchemar qui peut vite finir par la case prison…
Je vois d’ici les maraude de la Croix Rouge (et autres) venir vous expliquer, alors que vous êtes à la rue en train de crever de froid et de trouille, que vous avez des droits sociaux et que tout va s’arranger, et vous de répondre que c’est mort, car à chaque redemande, on vous répond « d’après notre contrôle du tant, vous êtes en vie maritale avec monsieur/madame x et avez fraudé », et qu’en plus, vous avez une dette de 15 000 euros de « trop perçu » à leur payer…

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Centre d’appels Orange, plus de 20 suicides en deux ans. Des centres d’appels comme tant d’autres, sur le podium des emplois précaires…

Des contrôles ciblés

La CAF le dit elle même, ses contrôles sont ciblés.
Pour commencer, la CAF a bien sûr accès à toute votre vie : déclaration d’impôts (vous avez prêté votre adresse à un(e) pote à une époque alors que vous étiez allocataire? Attention, ça craint), banque, bailleur…
Cet accès lui permet de croiser diverses données (fiches d’impôts, pôle emploi, CPAM…) qui peuvent vous faire plonger si vous avez eu un jour l’outrecuidance de faire preuve de solidarité, car la CAF recoupe ces infos régulièrement.
Et elle n’hésite pas non plus à enquêter, par exemple en téléphonant à votre banquier pour savoir si vous avez reçu des virements de votre famille dans les derniers mois, ou en appelant votre bailleur pour lui demander si vous vivez à deux alors que vous êtes déclaré(e) seul(e) sur votre bail. Sans parler des études de voisinage durant lesquelles des agent(e)s posent des questions sur votre vie privée à vos voisins d’en face et vos voisins de pallier…

Par ailleurs, il est assez facile d’imaginer quelles genres de « cibles » la CAF préfère, même si lorsqu’elle s’exprime sur le sujet, elle détourne habilement la question : femmes seules, mères isolées, et évidemment, porteurs et porteuses de noms à consonance pas bien de chez nous. On peut aussi imaginer (et constater sur le terrain en rencontrant directement les allocataires surtout) qu’elle aime particulièrement contrôler les bénéficiaires du RSA de longue durée. En fait, toutes les personnes les plus vulnérables, précaires, et surtout, impressionnables et ayant un très fort sentiment d’illégitimité. 

Foutre la trouille pour tuer la solidarité 

Avec son système bien rodé de chasse aux allocataires qui, rappelons le, ne touchent même pas le seuil de pauvreté  (de 814 à 977 euros selon la définition pour une personne seule), la CAF instaure la peur pour encourager le chacun pour soi et décourager la solidarité.
Car c’est souvent par là que tout commence : par solidarité, vous avez hébergé un pote, vous lui avez prêté votre adresse alors qu’il ou elle était sans domicile fixe pour qu’il ou elle puisse prendre un boulot, vous avez demandé secours à un(e) ami(e) pour qu’elle fasse cette même chose pour vous, vous avez prêté votre nom pour l’assurance d’un(e) ami(e) ou d’un parent, etc.
La CAF traque aussi les petites aides financières que peuvent vous donner familles et ami(e)s en épluchant vos comptes et en faisant des calculs arbitraires.
La solidarité est alors tuée dans l’oeuf, tous flippé(e)s que nous sommes de finir radié(e)s, rayé(e)s, encore plus exclu(e)s. La solidarité devient un risque, mettant le libéralisme en pleine jouissance, et les plus précaires, pauvres et miséreux dans la peur et la solitude.
Toute tentative d’organisation auto-gérée est découragée, avec cette impression diffuse que c’est quelque chose de mauvais, d’illégal et d’interdit.

Surtout, ne cédez pas! Si vous avez la chance d’avoir un collectif de précaires près de chez vous, essayez d’y participer d’une façon ou d’une autre, ne restez pas isolé(e)! Notre meilleure défense, c’est l’organisation et la solidarité. Même si vous n’avez encore jamais rencontré de problèmes avec ces diverses institutions, sachez que la machine s’enraye très vite et que cela peut vous tomber sur le coin du nez très facilement. 

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Comme une odeur de patriarcat

Comme je le disais plus haut, la CAF cible ses contrôles, en grande partie sur les femmes seules et les mères isolées.
Ce que la CAF recherche, ce sont par exemple des femmes qui toucheraient leur RSA tout en ayant un(e) ou des compagn(es)ons. Ou bien des mères isolées qui doucement, recommencent à s’attacher à quelqu’un(e) d’autre.
Ce que la CAF recherche, ce sont surtout des femmes qui refusent d’être dépendantes d’un homme tant qu’elles n’en auront pas fait le voeux officiellement et légalement par le biais du Pacs ou du mariage. 
Car qu’est ce qui justifie et oblige une solidarité financière entre un couple tant que celui ci n’est pas marié ou pacsé?
Et bien rien. Absolument rien.

La France se gausse de mettre les droits des femmes au premier rang de ses préoccupations, et pourtant son système d’aide sociale basé sur l’arbitraire et l’ubuesque (on peut vous déclarer fraudeur ou fraudeuse à la CAF pour vie maritale supposée alors que vous restez « célibataire » sur votre feuille d’impôts) est construit de telle sorte que toutes femmes partageant la vie d’un homme de façon plus ou moins épisodique et sans forme de solidarité financière engagée se trouve en situation de se faire sauter son revenu de survie et d’indépendance (aussi relative puisse t-elle être).
Alors vous allez me dire, « les hommes aussi, blablabla ». Oui, les hommes aussi. Sauf qu’ils sont beaucoup moins ciblés par les contrôles CAF, beaucoup moins concernés par les boulots précaires (en France, les femmes représentent 80% des salarié(e)s à temps partiels, 61% des salarié(e)s peu qualifié(e)s, 78% des employé(e)s non qualifié(e)s, et sur les 3,7% de travailleurs/euses pauvres, 70% sont des femmes.)  
Mais oui, c’est vrai, ce système demande aux hommes d’assumer leur rôle de « chef de famille » ayant compagne et enfants à sa charge financière. Cela engendre irrémédiablement une situation de dépendance dans les couples hétéros, et cette situation est soutenue et même organisée systémiquement. 
Mais le patriarcat, c’est plus chez nous qu’on vous dit, c’est loin là bas où les gens sont des sauvages.

Dans un pays où les femmes occupent les statuts les plus précaires, où 9 femmes sont violées par heures (soit 205 par jours), où une femme meurt sous les coups de son compagnon ou ex compagnon tous les 2,5 jours, comment un système social digne de ce nom peut couper aux femmes toute forme d’indépendance, et ce alors qu’elle n’a prit aucun engagement de solidarité avec un(e) partenaire? (engagement de solidarité qu’à titre personnel, je trouve contestable quoiqu’il advienne, mais bref)
Leur laisser la possibilité d’avoir le CHOIX de rester avec un compagnon ou non, leur laisser la possibilité de partir très rapidement en cas de violences physiques, psychiques et/ou sexuelles, leur laisser tout simplement une forme d’indépendance, voila ce que devrait assurer un système social digne de ce nom!

Arbitraire et confusion : deux piliers sur lesquels reposent notre système social 

Mais en fait, comment fait on pour se mettre en situation de régularité avec la CAF?
Doit on la prévenir dès qu’un homme (ou une femme) entre dans notre vie, et pareillement dès qu’il ou elle en sort? Même pour une histoire qui dure quelques semaines ou quelques mois?
Doit on la prévenir qu’on a plusieurs amant(e)s?
Doit on la prévenir de notre orientation sexuelle?
Doit on préciser si on baise ou non?

Et si l’on comprend largement l’acharnement de la CAF à trouver des « vies maritales » partout (ben oui, ça fait un RSA réduit de plus d’un tiers, et surtout, des allocataires radié(e)s pour des années!), on imagine toutes les difficultés de la Terre que cela réclame de démontrer à la CAF que l’on est plus en couple. (En fait pour ça, on avait inventé des statuts tels que le PACS ou le mariage, mais comme la CAF s’assoit dessus…)

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« Je vais chercher mon gun, c’est la guerre ce soir »

 

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Tandis que le jour le procureur de Boulogne/Mer s’érige en expert militaire commentant ce qu’il voit comme une bataille (« Une impression de guérilla urbaine. »), la nuit les militants de groupes d’extrême-droite comme les Calaisiens en Colère ou Calais libre, appuyés maintenant par des groupes venant d’ailleurs en France, se regroupent à côté du bidonville d’État.

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Ils filment, injurient, menacent, en présence des policiers.

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« Je vais chercher mon gun! »

Ces paroles étaient audibles sur une vidéo postée par « les Calaisiens en colère » sur leur page facebook, dans la nuit du 17 au 18 décembre.

« C’est la guerre ce soir ! » … « J’ai un flash ball chef, je peux l’utiliser? »

Sur une deuxième vidéo, on voit une file d’exilés avançant tranquillement sous les cris et invectives des « Calaisiens en colère ». L’un des calaisiens sort soudain une arme, tire, et les exilés se sauvent.

Ces deux vidéos ont rapidement été raccourcies pour cacher ces provocations et volontés de nuire.

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Seuls quelques commentaires sur la page facebook ont laissé des traces :« On voit quelque chose en moins, ils l’ont retiré de la vidéo car c’était quelque chose de pas commun, pour éviter les poursuites envers la personne, évitez de dire quoi que ce soit sur ce qu’il manque. »cec2

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                                          » Faut cramer leur jungle « 

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Bientôt un nouveau drame s’ajoutant au drame à Calais?

 

Des militants ont eu le temps de sauvegarder les vidéos retirées, nous vous les proposons ici en intégralité.

Vidéo prouvant la présence d’une arme mettant en danger de mort les migrants, les militants No Border, les miliciens eux-mêmes ainsi que les policiers chargés d’exercer la répression.

Une action juridique se met en place. La dangerosité de ce groupe qui se déclare apolitique doit être comprise par tous ceux qui se laissent prendre à leurs mensonges, particulièrement par les personnes qui les suivent sur facebook.

Cela fait plusieurs semaines que des membres du groupe « les Calaisiens en colère », suivie par ceux de la page facebook « Calais libre« , se rendent le soir route de Graveline, près du bidonville d’Etat où survivent entre 4000 et 6000 réfugié-es, avec l’intention déclarée de protéger les riverains, alors que c’est une vraie milice qui sévit. Une milice comme l’avait réclamée le leader néonazi Yvan Benedetti lors d’une manifestation controversée et sous enquête judiciaire le 7 septembre 2014 à Calais . voir ici l’article de Libération.

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Plus d’un an après il n’y a toujours pas de nouvelles de l’investigation du procureur Valensi du tribunal de Boulogne-sur-Mer.

.Avec toutes les forces de l’ordre qui gravitent autour du bidonville, comment est-il possible qu’un groupe qui diffuse une haine engendrant des appels aux meurtres puisse rester là chaque soir à provoquer les exilés, bénévoles et militants qui passent ?

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Militants du groupuscule néofasciste MAS

Leurs appels à renforts attirent maintenant des identitaires venus de loin pour en découdre à Calais. Annoncée sur leur page, la présence samedi 19 décembre de militants d’extrême droite de Dieppe, et dimanche 20 décembre d’une vingtaine de lillois. Et le 13 décembre, c’étaient des militants du groupuscule néofasciste MAS qui s’affichaient près des « Calaisiens en colère »

La préfecture a décidé début novembre d’entraver la solidarité avec un arrêté interdisant le stationnement ou le déchargement de véhicules chemin des dunes.

La maire de Calais déclare qu’« il faut sortir les parasites de la lande », en parlant de militants pour les droits humains.

Mais aucun commentaire sur ceux qui chaque jour propagent la peur, et encouragent la violence.

 

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Enfant irakien, Calais, France, 2015

 

 

 

Passeurs d’hospitalités ~ des exilés à Calais

 

Condamné pour avoir recouvert une croix gammée

Le 10 août dernier, Antoine Saly, 28 ans, apprend qu’une croix gammée a été peinte au-dessus de la Cité de la musique. Le graffeur décide de la recouvrir… Avant que la police l’interpelle.

Il passait devant la Maison de la justice et du droit ce 30 octobre où il a été condamné à 60 heures de travail d’intérêt général.

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Voilà l’abominable vision que découvre Antoine avant de décider d’intervenir en recouvrant la croix gammée d’une tortue, ce qui lui vaudra cette lamentable condamnation.

 

 « Si c’était à refaire, je le referais ».

Ce lundi 10 août, Antoine rentre tranquillement du travail et reçoit un SMS. Un ami lui envoie la photo d’une croix gammée taguée au-dessus de la cité de la Musique. « Ma première réaction c’est de me dire “mince, ça fait plusieurs jours que c’est ici et personne ne réagit ?”». Sur un « coup de nerf » il prend sa voiture et file sur le mur en question. Sur le tag “I have a dream ”,  suivi de la croix gammée, il commence à peindre une tortue. « J’aime bien les tortues, c’est ma spécialité » sourit-il. Mais alors qu’il s’apprête à achever son œuvre, deux policiers lui tombent dessus.

J’ai recouvert « le symbole le plus malsain qui existe »
« J’ai eu droit à une petite fouille, et ils m’ont pris toutes mes bombes de peinture avant de m’emmener au poste ». Un procès-verbal et une bonne leçon de morale plus tard, le jeune homme ressort du commissariat. «Je pensais que tout allait s’arrêter là ». Mais pour avoir recouvert « le symbole le plus malsain qui existe », le graffeur reçoit une lettre de convocation pour une composition pénale.
Une décision qui le laisse sans voix. « J’ai l’impression d’avoir fait un geste citoyen. Je trouve ça anormal de me condamner moi au lieu de chercher les vrais coupables ».
 Regrets de la Mairie et soutien de la  LICRA

Si le jeune graffeur de 28 ans doit répondre de ses actes, c’est notamment parce que comme dans chaque affaire de graffitis,  la ville a porté plainte.

La Mairie avait fait savoir que  « la ville regrette que le tagueur initial n’ait pas pu être identifié , …, et compte demander, lors de la composition pénale, un simple « rappel à la loi  » à l’encontre d’Antoine. »
La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) s’était saisie de l’affaire au niveau national, et souligne par ailleurs que « nous ne savons pas si les auteurs de cette croix gammée ont été recherchés… ».
À ce sujet, elle ne manque pas de rappeler la loi : « L’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 prévoit que seront punis de 5 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, ceux qui auront fait l’apologie de crimes contre l’humanité ou crimes de guerre ». La Licra estime enfin que «  la croix gammée aurait dû être effacée plus tôt afin d’éviter qu’un citoyen ne le fasse lui-même ».
Du TIG pour un TAG

 

Alors que l’on s’attendait à un simple rappel à la loi, le procureur de la République l’a condamné à 60 heures de travail non-rémunéré (l’équivalent de travaux d’intérêt général).
 Le jeune homme a 14 jours pour rendre sa décision.

 

 

 

 

Palestine : Le Hamas réprime une manifestation de jeunes

Portés par le vent de révolte qui souffle sur le monde arabe, des jeunes Palestiniens de Gaza veulent secouer le joug du Hamas pour conquérir un espace de liberté et de parole qui leur est confisqué par les islamistes radicaux.

Plus de 400 jeunes se sont rassemblés mercredi soir dans le quartier de Chajaya, à l’Est de la ville de Gaza.

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Mais la mobilisation a tourné court : des policiers en civil, dépendant du Hamas, qui s’étaient mêlés à la foule, ont frappé plusieurs manifestants à coups de poing et ont ensuite arrêté sept personnes.

Plusieurs jeunes ont été malmenés puis arrêtés dans l’enclave palestinienne.

Ils s’étaient rassemblés pour réclamer davantage de droits et de libertés. Des revendications sociales mais aussi politiques : ils demandaient également la fin de la division entre le Hamas et le Fatah.

 

Le ministère de l’Intérieur du Hamas, le mouvement qui contrôle la bande de Gaza, a déclaré dans un communiqué que la foule était devenue violente, forçant la police à intervenir « pour protéger la vie des manifestants, après quoi le calme a été rétabli ».

Mais selon Fadi Cheikh Youssef, le coordinateur du Rassemblement des jeunes de Gaza, le Hamas a tenté de récupérer cette mobilisation à son avantage :

« Certaines personnes ont tenté de prendre le contrôle de notre rassemblement en scandant leurs propres slogans. Elles ont fini par monter sur la scène que nous avions installée et elles ont pris le contrôle des micros et des hauts-parleurs. Les jeunes du rassemblement ont tenté de les en empêcher mais sans succès… Les jeunes Gazaouis ont alors décidé de se retirer. »

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D’après Fadi Cheikh Youssef, le Rassemblement des jeunes de Gaza est composé « de jeunes indépendants qui ne sont affiliés à aucun parti politique et qui rejettent les programmes de ces partis. Ce mercredi, ils étaient d’ailleurs dans la rue pour faire pression sur ces partis. Ces jeunes ont leurs propres revendications : ils sont contre la division entre le Fatah et le Hamas. Ils exigent la levée du blocus contre Gaza. Ils réclament l’ouverture du point de passage de Rafah et que le président palestinien Mahmoud Abbas vienne pour une visite à Gaza. En descendant dans la rue, ils voulaient évoquer des questions qui les concernent mais sur lesquels le Fatah en Cisjordanie et le Hamas à Gaza sont opposés. »

 

Répondant à l’appel des manifestants de Gaza pour une journée de solidarité internationale, des manifestants israéliens se sont rassemblés mercredi soir à Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa, pour demander au gouvernement de mettre fin au blocus militaire de huit ans imposé au territoire contrôlé par le Hamas.

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Militants israéliens manifestant en face de la résidence du premier ministre pour demander la fin du blocus de Gaza, le 29 avril 2015

 

Blackout en Turquie: Twitter, facebook, Youtube bloqués

Les autorités turques ont ordonné, lundi 6 avril, le blocage de Twitter, Facebook et Youtube pour y empêcher la diffusion des photos de Mehmet Selim Kiraz, le procureur tué le 31 mars, à l’issue d’une prise d’otage au tribunal d’Istanbul.

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Un message de l’Autorité administrative des télécommunications (TIB), posté sur Youtube, indique que cette interdiction, la première de grande ampleur depuis le blocage décrété il y a un an pour empêcher la diffusion d’accusations de corruption, visant le gouvernement islamo-conservateur au pouvoir, a été ordonnée par « mesure administrative ».
Selon le site du quotidien Hürriyet, cette mesure a été prise à la suite d’une décision de justice ordonnant le blocage de 166 sites – dont Facebook, Twitter et Youtube – ayant diffusé la photo du magistrat avec un pistolet sur la tempe. La photo a été diffusée juste après le début de la prise d’otage par le Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), qui a revendiqué l’opération. Le DHKP-C est considéré comme un groupe terroriste en Turquie.
Source Le Monde – AFP | 06.04.2015

 

En complément:

Il faut qu’on discute de notre usage de Facebook

Violée chez sa «seconde famille»

Jean-Pierre THIBAUDAT Privas, envoyé spécial.

A 13 ans, Carole a été victime du gendre du couple qui l’accueillait en colo chaque été. Procès à Privas.

Cet été-là, 1999, Carole (1), 13 ans, retrouve la ferme de Montchamp perdue dans un coin d’Ardèche du côté de Joyeuse, près du village de Lablachère. Elle y vient depuis plusieurs années. Elle est contente, elle s’y sent bien.

Au début, il y avait eu cette annonce de «ferme des enfants» punaisée dans l’école Decroly qu’elle fréquente à Saint-Mandé, près de Paris.

Michèle et Pierre Rabhi, arrivés à Montchamp dans une ancienne magnanerie après bien des aventures, s’étaient reconvertis dans la nature. Pierre Rabhi allait devenir un personnage public moins par sa candidature avortée à la dernière élection présidentielle que par son engagement écologique, prônant un retour à la terre. Libération a fait récemment son portrait (27 août) et il publie ces jours-ci un livre d’entretiens avec Nicolas Hulot.

Les parents de Carole sont séduits par cet «accueil paysan» qui croise leurs idéaux intello-baba-post-soixante-huitards. Il est psychanalyste, fume la pipe et joue de la guitare, elle est prof de fac (anglais) et porte des robes indiennes, ils forment un couple «fusionnel» dit un ami. Le premier été, ils accompagnent Carole inscrite avec trois copines de l’école. Ils discutent avec le couple Rabhi, signent un chèque et repartent. «On était quatre enfants, on s’occupait de l’âne, des chevaux, des chèvres, des plantes, on faisait vraiment partie de la famille», se souvient Carole.

«Trouille». Quelques étés plus tard, Carole est comme un membre de la famille Rabhi. Elle vient en payant moins ou pas du tout, s’occupe des plus petits, de la traite des chèvres, elle aide Sophie, la fille du couple qui a pris les rênes de ce qui devient une colonie. Une animatrice est engagée en 1999. Cet été-là, Sophie est enceinte pour la seconde fois de son mari Lionel, âgé de 26 ans, qui, son Bafa (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) en poche, s’occupe des enfants. Carole a 13 ans. Pour la première fois, ses parents lui laissent prendre le train toute seule. Carole, 19 ans aujourd’hui, se souvient de cet été-là : «Un soir, pour voir le feu d’artifice, on monte sur une colline. Lionel me demande : « Ça te dérange si je m’allonge sur toi ? » Je dis « oui ». Deux jours plus tard, on bivouaque avec les enfants autour d’un feu, Lionel me rejoint dans mon sac de couchage, je ne peux rien dire, je sens de la culpabilité. La seule chose qu’il me dit : « A ton âge on ne tombe pas enceinte. »» Cela se reproduira cinq fois dans différentes circonstances. Rentrée à Paris avec «la trouille d’être enceinte et d’avoir chopé le sida», elle raconte les scènes à sa meilleure amie qui les résume d’un mot : viol. Les gamines appellent le Planning familial. Elle a ses règles ? Oui. Carole envoie un mail à Lionel, lui dit que ce qui s’est passé ne doit pas se reproduire. Elle lui enverra d’autres mails disant qu’elle l’«embrasse fort», lui, évoquera leur «secret». Les Rabhi constituaient sa «seconde famille».

L’été 2000, Carole retourne à Montchamp. Elle se rapproche de Vianney, le frère aîné de Sophie, ce qui lui permet de tenir à distance Lionel qui la poursuit encore. Vianney a 37 ans, joue de la guitare classique, Carole vient de se mettre à la guitare. «Quand mes parents viennent me chercher, je présente Vianney à mon père qui est subjugué par ce type, parti de rien, qui donne des concerts à travers toute la France.» L’été 2001 arrive, Carole a 15 ans révolus, les relations avec Vianney, 38 ans, deviennent sexuelles, «je me sens complètement amoureuse», se souvient-elle.

Anorexie. Quand ils découvrent cette relation entre leur fille et un homme beaucoup plus âgé qu’elle, les parents de Carole le vivent très mal. Ils écrivent à tous les membres de la «seconde famille» leur donnant l’ordre de cesser toute relation avec leur fille. Chacun répond. Vianney : «Vous l’empêchez de vivre.» Michèle Rabhi évoque un «père trop autoritaire et violent, une mère excessivement angoissée et possessive». Sophie leur demande d’aimer leur fille «pour ce qu’elle est, non pour ce qu’elle fait». Exit le rêve post-soixante-huitard.

Tout se dégrade. Les relations entre les parents et leur fille aînée ; la cadette qui en subit les contrecoups ; le corps de Carole : sciatique inexplicable, acné atroce, anorexie (elle perd près de 15 kilos). Et par là-dessus, fugues (où elle retrouve Vianney), avec des résultats scolaires en chute libre, elle qui était plutôt brillante. C’est pour cette dernière raison que la copine rapporte aux parents ce qu’ils ne savent pas : le viol. Carole finit par raconter. Le monde des parents s’écroule. «On est dans les conséquences destructrices de Mai 68, on s’est plantés complètement», analyse la mère aujourd’hui. Ils prennent contact avec l’association Enfance et Partage qui les oriente vers un avocat. Dans le cabinet de ce dernier, le père a un malaise cardiaque. Un troisième quelques mois plus tard lui sera fatal. Eloignée dans un internat, Carole a repris pied et, petit à petit, s’est «lassée» de Vianney. Elle l’appelle une dernière fois pour lui dire : «Mon père est mort.»

L’an dernier, à 18 ans, l’étudiante en droit qu’elle est devenue a porté plainte pour viol contre Lionel, aujourd’hui divorcé de Sophie Rabhi.

«Grand frère». Il est là, ce mercredi, bien seul, planté à la barre du tribunal correctionnel de Privas (l’affaire ayant été correctionnalisée par le juge d’instruction). La présidente Charre l’interroge, évoquant les scènes avec Carole mais aussi avec d’autres petites filles : «La première fois vous avez dit à Carole : « Je suis un grand frère qui va t’apprendre. » Vous trouvez ça normal ?» Lionel baisse la tête, dit que, depuis, il a fait un travail sur lui-même. Sur un banc, la mère de Carole tient sa fille par la taille. C’est une audience feutrée. L’huissière va et vient sur ses talons sonores. Seuls les hommes en robe se font entendre. Carole a depuis longtemps essuyé les larmes qui lui sont venues après avoir été interrogée. Son avocat, maître Costantino, venu de Paris : «Carole attend comme toutes les victimes qu’on la reconnaisse pour ce qu’elle est.» L’ombre du père mort plane. L’avocat de Lionel, maître Forster, se démène pour prouver les «ambiguïtés» du dossier. Une peine, mi-chèvre mi-chou, est demandée par le procureur : dix-huit mois dont six ferme et un suivi médical. Jugement le 7 décembre.

(1) Le prénom a été changé.

Jean-Pierre THIBAUDAT Privas, envoyé spécial.

Violée chez sa «seconde famille» – Libération du 05 novembre 2005

Lien direct: http://www.liberation.fr/societe/2005/11/05/violee-chez-sa-seconde-famille_538151

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Captures d’écran issues du site du journal Libération.

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Le mouvement anarchiste raflé en Espagne: 28 camarades arrêtéEs

Espagne : Une seconde rafle dénommée  » Piñata « , trois mois après celle cyniquement dénommée  » Pandora  » fait 28 arrestations
La répression d'Etat frappe pour la deuxième fois en trois mois le mouvement anarchiste, un acharnement policier qui a immédiatement entraîné des manifestations spontanées de soutien dans plusieurs villes.

Des exactions perpétrées par la police espagnole dans les villes de Madrid, Barcelone, Grenade et Palencia.

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« On n’a pas peur »
Dans le cadre de ce coup de filet, des perquisitions ont été réalisées dans 17 domiciles.

Ce 30 mars, la police espagnole a recommencé en perquisitionnant de nombreux lieux du mouvement libertaire espagnol, dont 6 squats. Comme lors de la première perquisition, c’est un squat important qui était la cible principale, le Centre Occupé Autogéré de La Chimère. 28 personnes ont été arrêtées : 14 pour  » Appartenance à organisation criminelle a visée terrorise  » et 14 pour rébellion. Parmi les 14 arrêtés via la loi antiterroriste : 9 l’ont été à Madrid, 3 à Barcelone et 2 à Palencia. Ils sont accusés d’appartenir aux  » Groupes Anarchistes Coordonnés  » et d’avoir fait des attaques incendiaires et des sabotages.

Les personnes qui avaient été arrêtées lors de la première rafle de l’Opération Pandora ont depuis été libérées, devant payer une caution de 3.000€ par personne.

Il y a trois mois, la police espagnole avait procédé à de nombreuses perquisitions, visant spécifiquement le mouvement anarchiste sans vraiment spécifier les actions reprochées.

Comme la dernière fois : de nombreuses manifestations et rassemblements sont organisés pour protester contre cette nouvelle attaque contre le mouvement anarchiste. Des milliers de personnes y participent actuellement.

 

Retour sur décembre 2014

Le mardi 16 décembre 2014, sous l’accusation d’association terroriste, le royaume d’Espagne arrêtait, dans le cadre du dénommé « cas pandora » , quatorze personnes et en incarcérait sept en préventive dans l’attente d’un jugement. Le même jour, à Madrid et à Barcelone, la police nationale dispersait violemment, et en procédant à quatre nouvelles détentions, des manifestations spontanées de plus de 800 personnes.

L’Espagne, l’un des quatre pays européens accusés de tortures et racisme policiers par Amnesty International se révèle par sa violente répression étatique en se protégeant par une loi antiterroriste ambiguë et récemment réformée ( dix jours d’isolement pour le détenu, au risque de possibles tortures, violations et autres mauvais traitements ) qui définit comme infraction à caractère terroriste des actions « dont la fin est de bouleverser l’ordre constitutionnel ou d’altérer gravement la paix publique. »

Sous cette accusation, en Espagne, les gens sont susceptibles d’être détenus et même emprisonnés – en vue d’un jugement qui n’arrive jamais – affublés de présupposés idéologiques qui ne répondent en réalité qu’aux profils établis par un pouvoir judiciaire au service des intérêts du parti politique dirigeant du moment.

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Il semble que pour l’Espagne le nouveau « danger » se situe dans la possession de matériels de destruction massive tels des « fusées de détresse », des « balles de golf »,des « canifs », ainsi que d’ « écrits qui incitent à l’effusion de sang » ( qui n’ont pas été rendus publics et dont les contenus n’ont pas été précisés ) qui d’après les pouvoirs en place « incitent à la subversion de l’ordre établi. » ( définition littéralement reproduite des déclarations officielles après les détentions.)

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Parmi les accusations figurent plus de vingt explosions dont personne n’a jamais été informé et dont les médias ne se sont pas fait l’écho, à l’exception de l’explosion de la Basilique du Pilar de Saragosse, pour laquelle on a inculpé deux personnes d’origine Chilienne qui sont actuellement détenues sans jugement et auxquelles jusqu’à aujourd’hui on n’a pas attribué de complice, bien que depuis peu on essaye de les associer à ces autres détenus.

Il est clair que nous nous trouvons devant un nouveau montage semblable à ceux déjà vécus dans les années 70 et 80 pour lesquels l’appareil policier attribuait aux organisations libertaires les attentats commis par l’E.T.A. récemment disparue, y compris après leur revendication par cette dernière de manière officielle.

La différence avec ces nouvelles et absurdes accusations réside dans le fait qu’il y manque toujours des attentats, des victimes, des explosifs, des faits réels qui pourraient soutenir cette présumée vague d’explosions.

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Il est évident qu’un système qui devient progressivement corrompu et décadent a besoin d’expurger chaque fois plus ses maux. Un système administratif et financier qui vole ses « citoyens » a besoin de diriger l’opinion publique vers les soit-disant conspirations. Celles-ci sont les ultimes conséquences d’un état qui, héritier de la dictature, n’a jamais atteint la séparation basique des pouvoirs judiciaire, législatif, et exécutif, où la justice obéit au gouvernement ainsi qu’aux lois promulguées par ce dernier. Pour cela, nous dénonçons toute collaboration avec un pays qui travaille à l’exploitation du peuple par le caciquisme dans la plus honteuse caricature européenne de la démocratie.

STOP aux détentions arbitraires et aux disparitions des travailleurs, où qu’ils résident !

c-g-a.org

secoursrouge.org

 

 

Socialisme ou barbarie, interview de Samir Amin

Parlons d’abord de la crise des cinq dernières années. Ou plutôt des crises : celle des subprimes, celle des crédits, des dettes, de la finance, de l’euro… Qu’en est-il maintenant?

Samir Amin : Quand tout a explosé en 2007 avec les crise des subprimes, tout le monde est resté aveugle. Les Européens pensaient : « Cette crise vient des Etats-Unis, nous allons l’absorber rapidement » . Mais si la crise n’était pas venue de là, elle aurait débuté ailleurs. Le naufrage de ce système était écrit, et dès les années 1970. Les conditions objectives d’une crise de système existaient partout. Les crises sont inhérentes au capitalisme, qui les produit de manière récurrente, à chaque fois plus profonde. Il ne faut pas appréhender chaque crise séparément, mais de manière globale.

Prenez la crise financière. Si on se limite à celle-ci, on ne trouvera que des causes purement financières, comme la dérégulation des marchés. En outre, les banques et institutions financières semblent être les bénéficiaires majeurs de cette expansion de capital, ce qui rend plus facile de les pointer comme uniques responsables. Mais il faut rappeler que ce ne sont pas seulement les géants financiers, mais aussi les multinationales en général qui ont bénéficié de l’expansion des marchés monétaires. 40 % de leurs profits proviennent de leurs opérations financières.

Quelles ont été les raisons objectives au déclenchement de la crise ?

Samir Amin : Les conditions objectives existaient partout. C’est la domination de « oligopoles ou monopoles généralisés » qui a mis l’économie dans une crise d’accumulation, qui est à la fois une crise de sous-consommation et une crise de la profitabilité. Seuls les secteurs des monopoles dominants ont pu rétablir leur taux de profit élevé, mais en détruisant la profitabilité et la rentabilité des investissements productifs, des investissements dans l’économie réelle.

« Le capitalisme des oligopoles ou monopoles généralisés » est le nom que vous donnez à ce qui est, selon vous, une nouvelle phase de développement du capitalisme. En quoi ces monopoles sont-ils différents de ceux d’il y a un siècle ?

Samir Amin : La nouveauté est dans le terme « généralisé » .
Depuis le début du 20e siècle, il y a eu des acteurs dominants dans le secteur financier et le secteur industriel comme la sidérurgie, la chimie, l’automobile, etc. Mais ces monopoles étaient des grandes îles dans un océan de PME réellement indépendantes.
Or, depuis une trentaine d’années, nous assistons à une centralisation du capital sans commune mesure. Le magazine Fortune mentionne aujourd’hui 500 oligopoles dont les décisions contrôlent toute l’économie mondiale, dominant en amont et en aval tous les secteurs dont ils ne sont pas directement propriétaires.

Prenons l’agriculture. Autrefois, un paysan avait le choix entre plusieurs entreprises pour ses activités. Aujourd’hui, une PME agricole est confrontée en amont au bloc financier de banques et à d’énormes monopoles de production des engrais, des pesticides et des OGM dont Monsanto est l’exemple le plus frappant. Et, en aval, il est face aux chaînes de distribution et grandes surfaces. Par ce double contrôle, son autonomie et ses revenus se réduisent toujours plus.

Est-ce pour cela que vous préférez parler aujourd’hui d’un système basé sur « la maximalisation d’une rente monopolistique » plutôt que de la « maximalisation du profit » ?

Samir Amin : Oui. Le contrôle assure à ces monopoles une rente prélevée sur le bénéfice total du capital obtenu par l’exploitation de travail.
Cette rente devient impérialiste dans la mesure où ces monopoles opèrent dans le Sud.
La maximalisation de cette rente concentre les revenus et les fortunes dans les mains d’une petite élite au détriment des salaires, mais aussi des bénéfices du capital non monopolistique.
L’inégalité grandissante devient absurde. A la limite, c’est comparable à un milliardaire qui posséderait le monde entier et laisserait tout le monde dans la misère.

Les libéraux avancent qu’il faut « agrandir le gâteau » en réinvestissant les bénéfices. C’est seulement après que l’on peut opérer le partage.

Samir Amin : Mais on n’investit pas dans la production, puisqu’il n’y a plus de demande.
La rente est investie dans la fuite en avant sur les marchés financiers. L’expansion depuis un quart de siècle des investissements sur les marchés financiers est du jamais vu dans l’histoire.
Le volume des transactions sur ces marchés est de plus de 2 500 000 milliards de dollars, alors que le PIB mondial est de 70 000 milliards de dollars.

Les monopoles préfèrent ces investissements financiers à ceux dans l’économie réelle. C’est la « financiarisation » du système économique.
Ce type d’investissement est la seule issue pour la poursuite de ce « capitalisme des monopoles généralisés » . Dans ce sens, la spéculation n’est pas un vice du système, mais une exigence logique de celui-ci.

C’est sur les marchés financiers que les oligopoles – pas seulement les banques – font leurs profits et se concurrencent entre elles pour ces profits. La soumission de la gestion des firmes à la valeur des actions de la Bourse, la substitution du système de retraites par capitalisation au système par répartition, l’adaptation des changes flexibles et l’abandon de la détermination du taux d’intérêt par les banques centrales en laissant cette responsabilité aux « marchés » doivent tous être compris dans cette financiarisation.

Cette dérégulation des marchés financiers est dans la ligne de mire depuis quelques années. Les dirigeants politiques parlent de « moralisation des opérations financières » et d’ « en finir avec la capitalisme-casino » . La régulation serait donc une solution à la crise ?

Samir Amin : Tout ça, c’est du blabla, des phrases creuses pour tromper l’opinion publique.
Ce système est condamné à poursuivre sa course folle à la rentabilité financière.
La régulation aggraverait encore davantage la crise. Où irait alors le surplus financier ? Nulle part ! Il entraînera une dévaluation massive du capital qui se traduirait entre autres par un krach boursier.

Les oligopoles ou monopoles (les « marchés » ) et leurs serviteurs politiques n’ont donc pour autre projet que de restaurer le même système financier.
Il n’est pas exclu que le capital sache restaurer le système d’avant l’automne 2008.
Mais cela nécessitera des sommes gigantesques des banques centrales pour éliminer tous les crédits toxiques et pour rétablir la profitabilité et l’expansion financière.
Et la facture devra être acceptée par les travailleurs en général, et les peuples du Sud en particulier.
Ce sont les monopoles qui ont l’initiative. Et leurs stratégies ont toujours donné les résultats recherchés, c’est-à-dire les plans d’austérité.

Justement, ces plans d’austérité se succèdent, soi-disant pour réduire les dettes des États. Or on sait que cela aggrave la crise. Les dirigeants politiques sont-ils des imbéciles ?

Samir Amin : Mais non ! C’est sur l’objectif qu’il y a mensonge. Lorsque les gouvernements prétendent vouloir la réduction de la dette, ils mentent délibérément.
L’objectif n’est pas la réduction de la dette mais que les intérêts de la dette continuent à être payés, et de préférence à des taux encore plus élevés.
La stratégie des monopoles financiarisés, au contraire, a besoin de la croissance de la dette – le capital y gagne, ce sont des placements intéressants.

Entre-temps, les austérités aggravent la crise, il y a clairement contradiction. Comme le disait Marx, la recherche du profit maximal détruit les bases qui le permettent. Le système implose sous nos yeux mais il est condamné à poursuivre sa course folle.

Après la crise des années 1930, l’Etat a tout de même pu surmonter partiellement cette contradiction, et une politique keynésienne de relance a été menée.

Samir Amin : Oui, mais quand cette politique keynésienne a-t-elle été introduite ?
Au début, la riposte à la crise de 1929 a été exactement la même qu’aujourd’hui : des politiques d’austérité, avec leur spirale descendante.
L’économiste Keynes disait que c’était absurde et qu’il fallait faire le contraire.
Mais ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale qu’on l’a écouté. Pas parce que la bourgeoisie était convaincue par ses idées, mais parce que cela lui a été imposé par la classe ouvrière.
Avec la victoire de l’Armée rouge sur le nazisme et la sympathie pour les résistants communistes, la peur du communisme était bien présente.

Aujourd’hui, quelques-uns – ils ne sont pas très nombreux – des économistes bourgeois intelligents peuvent dire des mesures d’austérité qu’elles sont absurdes. Et alors ? Tant que le capital n’est pas contraint par ses adversaires à mettre de l’eau dans son vin, cela continuera.

Quel est le lien entre la crise surgie voici quelques années et celle des années 1970 ?

Samir Amin : Au début des années 1970, la croissance économique a subi une chute.
En quelques années, les taux de croissance sont tombés à la moitié de ce qu’ils avaient été lors des trente glorieuses : en Europe, de 5 à 2,5 %, aux États-Unis, de 4 à 2 %.
Cette chute brutale était accompagnée d’une chute de même ampleur des investissements dans le secteur productif.

Dans les années 1980, Thatcher et Reagan ont réagi par des privatisations, la libéralisation des marchés financiers et une très dure politique d’austérité.
Cela n’a pas fait remonter les taux de croissance, mais les a maintenus à un très bas niveau. Par ailleurs, le but des libéraux n’a jamais été le rétablissement de la croissance, quoi qu’ils en disent.
Le but était surtout de redistribuer les revenus vers le capital. Mission accomplie. Et maintenant, quand on passe en Belgique de -0,1 % à + 0,1 % de croissance, certains jubilent : « La crise est terminée !» C’est grotesque.

Vous comparez les années 1990 et 2000 avec celles d’un siècle auparavant : une sorte de deuxième « Belle Epoque ».

Samir Amin : J’ai fait le parallèle entre les deux longues crises parce que, c’est très curieux, elles commencent exactement avec cent ans d’écart : 1873 et 1973. En plus, elles ont les même symptômes au départ et la réponse du capital a été la même, c’est à dire trois ensembles de mesures complémentaires.

Premièrement, une énorme centralisation du capital avec la première vague des monopoles, ceux analysé par Hilfirding, Hobson et Lénine. Dans la deuxième crise, ce sera ce que j’appelle les « monopoles généralisés » qui se sont constitués dans les années 1980.

Deuxièmement, la mondialisation . La première grande crise est l’accélération de la colonisation, qui est la forme la plus brutale de la mondialisation. La deuxième vague, ce sont les plans d’ajustement structurel du FMI, que l’on peut qualifier de recolonisation.

Troisième et dernière mesure : la financiarisation .
Quand on présente la financiarisation comme étant un phénomène nouveau, cela me fait sourire.
Qu’est-ce qui a été créé en réponse à la première crise ? Wall Street et la City de Londres en 1900 ! Et cela a eu les mêmes conséquences. D’abord, une période courte ou ça semble marcher, parce qu’on pompe sur les peuples, surtout ceux du Sud.
Ce fut de 1890 à 1914, la « Belle Epoque ». On a tenu les mêmes discours sur la « fin de l’Histoire » et la fin des guerres. La mondialisation était synonyme de paix et de colonisation pour une mission civilisatrice.

Or, a quoi tout cela a-t-il mené ? A la Première Guerre mondiale, la Révolution russe, la crise de 1929, le nazisme, l’impérialisme japonais, la Deuxième Guerre mondiale, la révolution chinoise, etc. On peut dire qu’après 1989, il y a eu une sorte de deuxième « belle époque », jusqu’en 2008, bien qu’elle ait, dès le début, été accompagnée de guerres du Nord contre le Sud.
Le capital a, dans cette période, établi les structures afin que les oligopoles puissent bénéficier de leur rente.
Et, comme la globalisation financière a mené à la crise de 1929, elle a récemment mené à la crise de 2008.

Aujourd’hui, on a atteint un même moment crucial qui annonce une nouvelle vague de guerres ou de révolutions.

Le capitalisme nous affame, bouffons-le !