Archives de catégorie : Déconstruire

Saccage des identitaires à Marseille, le poing et la classe américains

La « race » à coup de poing américain

Si aujourd’hui dans le milieu toujours plus décomposé la norme est au ressenti, à cette dictature latente des affects, des subjectivités émotives, de l’étalage de ses fragilités, de la victimisation et de l’hystérisation de la politique, je me contenterai ici d’un récit factuel qui n’engage que moi-même et ma présence en cette soirée ensoleillée d’automne à Marseille, voici donc quelques cuillères à café de « ressenti » subjectif, pas bio, sans sucre et sans victimes dedans.

« Nous refusons votre course à l’opprimé »
Des racialistes inspirés.

En arrivant Rue Consolat, on peut déjà remarquer que quelque chose se trame dans les rues de Marseille. Un peu partout j’aperçois des traces d’affiches arrachées annonçant le débat « s’opposer au racialisme » autour du texte « Jusqu’ici tout va bien ? ». Je sais que les tensions sont fortes autour de ces questions et je me dis que plus rien ne peut encore m’étonner de la part du PIR ou, dans ce cas, de celles et ceux qui font mine de ne pas y toucher dans le milieu, mais qui en sous main travaillent indirectement à faire valider et rendre acceptables les thèses et le vocabulaire raciste de ces derniers, avec une certaine tolérance (au moins…) pour l’homophobie, l’antisémitisme, la religion et le principe communautaire du « on lave le linge sale en famille ».

Quand j’arrive à Mille Bâbord, je trouve une ambiance bon enfant, il y a plus de monde que ce que j’imaginais, peut être une quarantaine de personnes. Tout le monde a beaucoup de choses à se dire ce soir, je trouve là des camarades et des compagnons de plusieurs villes, de tous âges et aux parcours différents. Tous ont en commun j’ai l’impression une certaine allergie à la racialisation des questions sociales, un socle commun qu’il ne paraissait plus souhaitable de remettre en question depuis le suicide de l’auteur de Mein Kampf dans son Bunker. Une histoire jugée de plus en plus « anecdotique », et que tant souhaiteraient faire oublier, comme si il fallait oublier une partie de l’histoire pour se rappeler d’une autre. Comme si il n’était pas possible de se souvenir à la fois des massacres d’algériens dans les rues de Paris par la police et de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis. Comme si il n’était pas possible de comisérer (puisque voilà la seule perspective proposée) à la fois avec les palestiniens et avec les israéliens qui chacun de leur coté, parfois ensemble, voudraient mettre fin aux conflits absurdes qui se fondent sur des idéologies coloniales, communautaires, racialistes, nationalistes et parfois racistes, et qui plongent des millions de vies dans la misère, le massacre et le malheur, des deux cotés de murs construits pour séparer ceux qui rassemblés pourraient bien faire leur fêtes à leurs dirigeants. Pour beaucoup, il n’est pas possible d’oublier tout cela. La mémoire est toujours présente dans les luttes, celle des génocidés, des résistants, des tragédies qui ont frappé et quasiment détruit, aussi, le mouvement révolutionnaire, comme ce fut le cas de la Seconde Guerre Mondiale. Beaucoup des personnes présentes sont aussi des témoins et des acteurs importants des décennies de luttes de sans-papiers, contre les frontières et la machine à expulser, contre les centres de rétention, etc., certains ont vu émerger et participé aux premières vagues de luttes de l’immigration des années 70, et ce n’est pas un hasard si ils et elles sont présents aussi ce soir. Car il est particulièrement inadmissible de se voir expliquer aujourd’hui que les camarades et compagnons, avec ou sans papiers, qui se sont mis en jeu sur ces questions dans des élans collectifs et individuels, par des luttes, des attaques contre la machine à expulser, des occupations, etc. sont de « races » différentes… Cette soi-disant « nécessité et urgence de penser la race » ne s’était à aucun moment fait ressentir, et toujours pas, du moins en dehors des courants de la Nouvelle Droite et jamais dans les luttes. Et pour cause… Le mot « race » était encore réservé, jusqu’à il y a peu, à l’extrême droite et à sa défense d’une prétendue « race blanche » ou son hostilité aux « races » jugées inférieures. Il y avait donc ce soir de bonnes raisons de s’interroger sur ces nouvelles modes issues de l’université, et d’ailleurs des camarades porteront d’une certaine manière la contradiction aux organisateurs dans le débat, mais sans concéder la moindre acceptabilité au vocabulaire de la « race », rendant la discussion possible. Personnellement je ne suis pas démocrate, et il est hors de question pour moi de côtoyer des individus qui célèbrent les bienfaits des Dieux et des maîtres, ou bien qui défendent mordicus la « nécessité » de reparler des « races », et qui plus est, positivement ! C’est peut être une question d’éducation, je ne sais pas, j’espère que non.

Puis c’est au tour d’une vingtaine de personnes de rentrer tandis qu’une douzaine d’autres s’étaient préalablement massés sur le pas de la porte et de l’autre coté de la rue. tout de suite quelque chose cloche. Ils ne disent bonjour à personne, la plupart semblent avoir les mains qui tremblent, les jambes qui vacillent et les poches bien remplies, tous sont lookés d’une seule et même manière (look shlag) alors que le reste de la salle est bigarré, sans uniforme, de toutes les couleurs de l’arc en ciel et plus encore. Ils ne disent pas bonjour et restent plantés là dans une allure cérémoniale comme des imbéciles, se plaçant de façon à encercler les personnes présentes. La plupart d’entre elles ont l’air un peu ravagées pour tout dire. Une seule parle, elle demande où se trouvent les toilettes, qui lui sont indiquées. On comprendra plus tard que celle-ci s’est livrée, comment dire, à une installation scatologique d’art contemporain décolonial, tout cela un peu trop loin des toilettes… Certainement la recherche d’une conscience pratique, une manière de marquer le monde du sceau de son intériorité (problématique omniprésente), faire de la politique avec de la merde, stricto sensu, une conséquence rare dans ce milieu, mais qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour « exister »… Peut être aussi qu’il s’agissait là, même si cela reste toujours très « métaphorique », de joindre le geste à la parole, puisqu’on pourra lire ensuite dans le flyer faisant office de revendication et de ligne politique, en conclusion « En somme on vous chie dessus bande de racistes réactionnaires négationnistes néo-colons… […] » (rien que ça !). Voila qui est désagréable.

C’est alors que les slogans fusent, au début, tout cela fait parfois penser dans la forme à un happening fanatisé de type Greenpeace, anti-fourrure ou Bloc Identitaire avec les masques de cochons, le genre qui a vocation à faire le buzz et des millions de vues sur la machinsphére, à laisser libre cours à un certain besoin de reconnaissance et de mise en scène de soi-même. Elles (il n’y avait qu’un mâle dominant ou deux, permettez qu’ils soient invisibilisés de par leurs privilèges non « regardés ») ont l’air d’avoir répété, ce qui rend tout cela plus pathétique encore, additionné au fait qu’elles ont plus ou moins toutes l’air assez terrifiées lorsqu’elles n’ont pas l’air d’être en transe. Les cris poussés sont particuliers, dans la rue, les gens ont du se demander si on égorgeait pas des poulets à Mille Bâbords. Des tracts sont jetés au visage des uns et des autres. Il a suffit d’en lire quelques lignes pour comprendre à qui nous avions à faire. Quelques nervis zélés que le PIR n’a certainement pas eu besoin d’engager, car celles là ne sont pas des universitaires (ce sera leur seule qualité), leur « texte » est incompréhensible, les affirmations bancales y foisonnent, l’analyse du capitalisme et des rapports de domination qui y est faite montre bien que celui-ci est le dernier soucis des identitaires, les contresens historiques, tautologies, truismes péremptoires et sophismes de bas étages qu’on y trouve ressemblent tant à de l’auto-parodie que cette situation n’en finira pas d’être absurde.

« « L’abolition de l’esclavage » et les « décolonisations » n’ont pas démoli le racisme structurel et ses répercussions »
Le cercle des poètes disparus.

Chacun pourra juger par lui-même de la qualité d’analyse de l’existant mise en œuvre par les assaillants. A-t-il fallu se réunir à trente, en profitant d’un événement culturo-commercial racialiste national le même soir à Marseille (c’est peut être pour cela qu’on apercevra quelques figures médiatiques du néo-racialisme dans les rues de la ville), pour produire un texte d’une telle insignifiance ? Pour nous pondre avec force anachronisme que « le capitalisme se fonde sur le pillage, l’esclavage et le colonialisme » ? Le capitalisme aussi est racial, manquerait plus qu’il ait un rapport avec l’argent, le travail et l’Etat… On nous y parle d’un racisme structurel ancestral qui semble remonter d’avant la formation des Etats, contre-sens absolu, et on nous parle des privilèges des « pays » (!) cette fois, « occidentaux » et « impérialistes » bien sûr. Mais j’aimerais savoir quel « pays » (nom que l’on donne à un Etat pour faire croire qu’il ne forme qu’un avec sa population) n’est pas « impérialiste » pour reprendre le vocable de Francois Genoud, Vladimir Poutine et de nos assaillantes. Mais si nous sommes les représentants de l’impérialisme, alors qu’est-ce que ça doit être au quotidien, au boulot, au comico, au dodo… La sororité protège-t-elle contre toutes ces agressions du quotidien ? Les pizzas sont elles impérialistes ? Mais revenons-y, il y a donc des « pays » qui ne sont pas impérialistes ? Puisque le monde se sépare en deux, entre « Sud » et « Occident », et que vos tropismes et vos orientalismes semblent bien réglés, on peut supposer que vous parlez des Etats du « Sud », paradis terrestres. Peut être la République Islamique d’Iran d’Ahmadinedjad ? Ce personnage « sublime », ce « héros » (je cite le dernier chef d’œuvre d’extrême droite de Bouteldja à La Fabrique…). Quand on a trimé autant pour José Bové, ça doit dépayser de rêver à Castro ou Chavez. Des « privilèges [qui] demeurent à un niveau international »… On ne comprendra pas pourquoi il faudrait que reste impossible à penser l’oppression d’un président « racisé » sur un SDF « racisé » ou non aux USA. Et j’attends l’analyse pertinente de nos amis sur le racisme structurel à l’époque féodale ou dans les grottes de Lascaux.
Dans leur tract, on se rend compte qu’elles ont déjà décidé de qui serait présent à ce débat avant même qu’il n’existe, des « petits gauchistes blancs de classe moyenne ». J’aimerais avoir ce pouvoir, avant d’aller au boulot, de supprimer la présence de tout ceux qui m’emmerdent en remettant en question mes petites conceptions et mes petites cases idéologiques bien confortables. Mais c’est encore raté, ce soir, les « petits gauchistes blancs de classe moyenne » étaient de leur coté, sur le pas de la porte, au garde-à-vous. Tout cela pour finir par se faire traiter de « bras armé de la république laïcarde », ce qui quand on connaît les parcours répressifs et l’amour républicain qui caractérise les uns et les autres, fera doucement rigoler les plus stoïques.

On comprend rapidement qu’il ne s’agit pas du PIR, pas assez cons sans doute, mais de ses adeptes radicaux des milieux post-modernes décomposés qui se vivent actuellement comme l’arrière-garde volontariste et soumise de « l’anti-racisme politique », alors qu’ils ne sont que le pire produit du racisme et de la tradition inquisitoriale du stalinisme tardif à la française dont viennent la plupart de leurs maîtres à penser, cocorico. Mais pas de Guépéou sous la main pour faire taire l’opposition, pas de Bouteldja ou de socioflic pour écrire quelques lignes efficaces. Dans le discours, dans la pratique, rien n’est calé, tout est bancal. C’est presque la pitié qui gagne. Mais tout le monde, en fait, est plutôt mort de rire ou très énervé, parfois médusé. Alors que les livres, journaux, tracts présents à Mille Bâbord (d’un éclectisme absolu) sont jetés à terre avec force théâtralité, on est plusieurs à se dire qu’il vaut mieux ne pas réagir, laisser passer la crise d’adolescence avec stoïcisme, on rangera la salle à leur départ, bon gré mal gré, et nous commencerons la discussion tranquillement, comme prévu. Tout le monde dans la salle est soudé contre les assaillants, sans exception, et il n’y a rapidement plus vraiment de difference entre un « organisateur » et un « participant », ils auront au moins réussi à produire cela, de la solidarité, du lien. Chose assez rare de nos jours où la petite politique ne souffre plus beaucoup des coups de l’antipolitique. C’est pour ça que je suis venu, après tout. Le texte « jusqu’ici tout va bien ? » a fait écho, comme une alarme sous-marine lancée par des dauphins, conformément à son objectif. Mais les choses se compliquent rapidement avec l’arrivée de ces poissons charognards des abysses. Plus on va au fond, moins il y a d’oxygène. Notamment parce que les slogans sont insupportables, intolérables, étouffants. On s’y noie. Si l’on passe sur ceux qui sont involontairement drôles, de « pas l’histoire vous ne referez » (certainement un hommage à maître Yoda ou Maître Vergès, c’est au choix) à « on existe » (on a parfois l’impression de hipsters adolescents face à leurs parents, c’est assez bizarre), des choses graves commencent à être dites. Accusations de racisme, négationnisme (celle ci restera le grand mystère de la soirée, je pense qu’ils ne savent pas ce que cela veut dire – c’est une possibilité qui existe, aujourd’hui, dans nos milieux) et fascisme (évidemment…) sous forme de slogans décérébrés.

Et là c’en est trop. Le pompon est décroché lorsque celles-ci se mettent à scander en chœur « notre race existe »… C’est insupportable d’entendre ça, ici et maintenant, partout et toujours. D’un coté on nous dit que la condition de « racisé » n’est pas une condition volontaire mais subie dont on voudrait se libérer, que c’est l’Etat et les institutions qui racialisent, que les « races » sont « sociales » (et donc qu’elles n’existent pas), tout cela pour finir par dire, ce soir, « notre race existe » ! Je croyais qu’il s’agissait de lutter contre la « racisation », vous savez, ce mot que tout le monde utilise depuis six mois pour décrire un phénomène nommé racisme – excusez le barbarisme – qui n’existe probablement lui aussi que depuis six mois… Et voilà qu’on « racise » à tour de bras ! Et on se prétend anti-raciste, et on se permet de délivrer des brevets de racisme. Ce soir c’est au tour de Mille Bâbords et de toutes les personnes présentes ce soir là, toutes a minima agressées et gazées. On n’est pas à une contradiction gigantesque prés. Comme le dit bien le communiqué de quelques participants et organisateurs, on est jamais mieux « racisé.e.s » que par soi-même…
Dans un communiqué de la même médiocrité et aussi bien écrit et auto-centré que le précédent, les auteurs de ce raid, sous le pseudonyme « Pirketout » (en effet…), affirmeront que l’assemblée était composée d’hommes blancs cis-j’sais-pas-quoi. Pourtant cette fois-ci, elles avaient pu constater que c’était faux, de leurs propres yeux. Mais quand on décide une chose, on s’y tient. Voila des hommes, pour certains avec de fortes poitrines, voilà des blancs, pour certains avec de gigantesques mélanomes (ou bien est-ce autre chose ?). Il faudrait d’ailleurs rapidement que je fasse appel à un dermatologue, c’est inquiétant cette couleur sur ma peau, moi l’homme blanc cis-vinaigré. Et là je tombe des nues, je me regarde et je ne suis pas « blanc », et puis quand bien même, qu’est-ce que c’est que ce truc et depuis quand cela nous intéresse ? Depuis quand dissertons nous sur les couleurs des uns et des autres, depuis quand nos rapports sont ils régis par la culpabilisation de privilèges abstraits attribué selon des critères réactionnaires, des stigmates, toujours biologiques et jamais sociaux. La plupart des autres convives sont tout aussi difficiles à faire rentrer dans des catégories aussi idiotes qui ne rendent jamais justice à la complexité des origines et de leur entremêlement avec les choix des individus, je ne comprends pas. Mes origines sont complexes, elles sont le produit de métissages divers et je suis donc aujourd’hui exclu de toute possibilité de pureté « raciale ». Je ne suis qu’un bâtard de sang-mêlé. Même si je voulais faire exister les races, je ne pourrais pas crier « notre race existe » pour faire pleurer les « petits blancs » déconstruits de gauche qui ressentent des frissons exotiques à chaque fois qu’ils entendent un « racisé » jouer son bon rôle de « racisé » (comme au temps béni…). D’ailleurs des gens, considérés comme « racisé.e.s » (sans aucune assignation j’imagine…) seront appelés à « choisir leur camp » (celui de leur « race » on imagine) par des « petits blancs » du racialisme, ce qu’ils feront sans hésiter en effet, mais avec d’autres critères… Être contre le racialisme (et donc fondamentalement contre le racisme) transformerait-il toute forme vivante en synthèse biologique de l’homme blanc cis-mortadelle ? Ou bien on a remplacé l’insulte favorite des stals contre toute opposition (« fasciste ! »), et tous ceux qui ne sont pas d’accord sont des « hommes blancs cis cis cis » ? Et que dire de toutes les camarades et compagnonnes qui se sont défendues comme les autres contre ce minable remake raté de l’attaque de la diligence. Votre négation de l’existence de ces femmes et de ceux d’entre nous que votre idéologie voudrait séparer des autres en « racisé.e.s » est proportionnelle à votre soif de reconnaissance existentielle et identitaire, quitte à verser dans le sexisme et le racialisme crasse. Je ne comprenais pas pourquoi vous insistiez pour signaler « on existe » avec tant de ferveur, d’abord on s’en fout, il faut bien se l’avouer, et après tout, y a t-il quelqu’un sur cette planète qui n’existe pas ? N’existe-t-on qu’à travers le regard de l’autre, n’existe-t-on qu’à travers le regard de ceux que l’on considère comme raciste ? Mais maintenant je comprend, votre « on existe » ne servait que de pendant à « vous n’existez pas ». Nous ne savons pas ce qu’inclus votre « on », mais je doute que tous les « ons » de la planète ne soient prêts à vous prêter leur parole, à laquelle encore une fois vous vous arrogez le droit de vous substituer. C’est votre fond de commerce, mais vous ne parlez au fond pour personne, et d’ailleurs personne ne devrait parler pour personne. Cette substitution à LA « parole des opprimés » (si une telle chose existe…), qui suppose que les opprimés se réunissent régulièrement pour statuer est de l’idéologie de bac à sable. Le treizième sous-sol de la politique.
Surtout s’il s’agit en fait d’exister sur le dos des autres en adoptant les pires tactiques de la propagande stalinienne bien de chez nous, rumeurs, calomnies et bruits de chiottes. Et il n’y a pas d’autres mots pour vous qualifier aujourd’hui qu’idiots qui jouent avec des concepts qui les dépassent et qu’ils finiront par reprendre en pleine face lors du retour de boomerang social. La réaction paye toujours l’addition.

Votre obsession identitaire me dégoûte profondément, pas seulement parce que je suis anarchiste ou parce que comme Alexandre Marius Jacob, « je n’ai ni feu, ni lieu, ni âge, ni profession. Je suis vagabond et né à Partout, chef-lieu Nulle-Part, département de la Terre » (Souvenirs d’un révolté, 1905), mais aussi parce que le monde que contribuent à renforcer les identitaires est déjà le monde que nous combattons et qui se trouve sous nos yeux. Partout le pouvoir joue et s’appuie sur les problématiques identitaires pour distendre les liens de solidarité, renforcer les phénomènes de concurrence sous la formule assez classique du divide et impera. Croire subvertir l’existant en en reproduisant ses pires aspects est bien la preuve du niveau de décomposition généralisé qui gangrène ce milieu qui pourrait finir, à terme, par attirer tout ce qui pourra grouiller dans les thématiques brouillées de la sphère identitaire et conspirationniste. Et alors, il sera déjà trop tard.
Comment ne pas penser à l’extrême droite ? Avec ces gens totalement déconnectés des réalités du monde, constamment enfermés dans des logiques judiciaristes et morales de séparation, de rétorsion, de concurrence entre les pauvres, entre les mémoires, de ressentiment communautaire, de guerre civile et de séparation, dont l’activité politique consiste intégralement à faire exister des séparations, à faire exister la « race » et à chérir la cohabitation avec la bourgeoisie « racisée » élevée au rang de fétiche. « Notre race existe » ? Non, ça suffit, un camarade d’une organisation libertaire, pourtant plus tard dans la soirée apologue de la MAFED (société écran du PIR), ne supporte plus d’entendre de telles conneries, et il a bien raison. Le ton monte un peu, ça commence à durer trop longtemps… Plusieurs belligérantes se jettent sur lui et commencent à tenter de le tabasser à sept contre un, coups portés, habits déchirés. Un peu plus tard, un des organisateurs est directement visé, toujours à plusieurs contre un, par devant et derrière, coups de poing, arrachage de cheveux, plusieurs personnes viennent à sa rescousse, quelqu’un se fait alors frapper à coup de chaise au visage par derrière et par surprise. Une camarade, elle, se fait attaquer par plusieurs assaillantes dont une qui commence à l’étrangler des deux mains, elle réussit à se défendre mais se fait alors gazer dans la bouche et les yeux. La situation est surréaliste. Avez-vous déjà assisté à une scène pareille ces vingt dernières années ? Avez-vous déjà vu quelqu’un en étrangler un autre en hurlant « ne me touche pas ! » d’un air complètement fondu ? Vous êtes vous déjà fait taper dessus par des gens qui crient en même temps à l’agression ? De toute évidence ces personnes ont le sens du drame et de l’emphase, le cinéma hollywoodien leur a manifestement tapé sur les nerfs. Je suis frappé à la fois par leur ridicule et par leur rage non pasteurisée. Elles sont en transe, on dirait que c’est le jour le plus important de leur vie.
On était jusque là habitué avec les racialistes à un certain cynisme de rigueur, un bon aloi typique de la bourgeoisie universitaire, des classes supérieures. Une certaine élégance du parvenu cultivé et arrogant au port hautain, noblesse conceptuelle oblige. Ce soir on a pu découvrir la version « édentée » pour reprendre Bouteldja, pseudo-lumpen racialiste ou pitbulls sous crack de la racialisation, et quel bonheur… On a eu droit à plus de momies qu’au Louvre, et gratuitement.

Un camarade, salut à lui, est obligé de rester assis avec ses béquilles ostensibles (j’apprendrai plus tard qu’il a été grièvement blessé par une grenade explosive des flics lors d’une manif marseillaise), mais aussi incroyable que cela puisse paraître, il semble exister la volonté forte de lui lancer une table dessus. Heureusement l’intervention d’un autre camarade empêchera la soirée de devenir dramatique, et il faudra s’y mettre à plusieurs pour le protéger. A quelques exceptions prés, il semble que ceux qui ont été les plus visés étaient les plus « racisés », et parmi eux des organisateurs, était-ce un choix politique conscient et réfléchit ? S’agissait-il de punir les « traîtres à la race » ? Les « bounty » ou les révoltés du Bounty ? De quoi s’agit-il en fait ? Et qu’est-ce que c’est que ces manières ? Qui sont ces zombies du ressentiment, ces chemises « non-blanches » aux regards vides, ils font honte à ceux d’entre nous issus de l’immigration de première ou deuxième génération qui avons refusé dignement et lutté contre toute racialisation des débats (et donc aussi contre la culpabilité putassière de nombre de ceux qui se croient « blancs »), qui avons subi et lutté contre les ratonneurs des années 90, qui avons subi les brimades des racistes dés le plus jeune age, traités de « bougnoules », de « négros », de « nouaches » et de « youpins », qui avons refusé avec intransigeance l’usage même du mot « race » qui ne peut rien avoir à faire avec n’importe quelle forme d’émancipation. La « race » est une rupture nette avec toute possibilité révolutionnaire ou insurrectionnelle. Pour moi la liberté ne peut être gagnée qu’à travers l’abolition totale de toute identité figée, catégorie et essentialisations, la « race » étant probablement la pire des propositions disponibles dans l’éventail des catastrophes.

Je me fous de la liberté d’expression et des blablas humanistes contre la violence, et cela m’énerve déjà que certains en profitent pour jouer la carte citoyenneté de la liberté d’expression, ou pour chercher à défendre Escudero et sa clique de réacs (qui avaient été empêchés de parler à Lyon, ce à quoi je n’ai rien à reprocher, de plus une personne avec des positionnements publics en son nom était visée, pas un lieu éclectique en frappant dans le tas) en faisant croire que ces deux perturbations sont similaires. Je pense que les conflits doivent s’exprimer, de façon proportionnée et en se soumettant au préalable à une identification rigoureuse de l’ennemi, à qui je me fous que soit accordée la liberté d’expression, mais se tromper d’ennemi est une erreur décisive. Le jour où ces spécialistes de la radicalité apparente s’en prendront ainsi aux locaux de l’extrême droite plutôt qu’à ceux, auto-financés, des anti-autoritaires, la princesse Diana ressuscitera sur un air d’Elton John et tout le monde pourra faire des cacas politiques où il veut sans restriction.

Au final, les blessures seront légères et la détermination intacte. On se sent même assez fort après une telle démonstration de pathos et de faiblesse, on déplore cependant qu’en partant ils aient jugé judicieux d’en rajouter encore une couche en brisant la vitrine du local Mille Bâbord, qui ne faisait qu’accueillir cette discussion et qui va devoir régler plusieurs centaines d’euros… Mais si c’est ça l’opposition… Un camarade qui s’est pris un sale coup de poing américain dans la tempe a la peau dure, bien heureusement. Au moins les choses sont claires, on ne déboule pas dans une réunion avec un poing américain et des gazeuses pour differ des tracts ou pour s’expliquer, même durement. Je ne connais aucune de ces personnes, par définition aucune d’entre elles ne me connaît, ne sait pourquoi je me suis rendu à cette réunion, n’a amorcé la moindre compréhension de ce qui pousse la grande majorité des révolutionnaires d’aujourd’hui (et d’hier) à se méfier de ces tendances identitaires agressives au sein de l’extrême gauche, qui font leur retour sous de nouvelles formes, proportionnellement au sentiment diffus de crise identitaire, un « sentiment » implanté/martelé quotidiennement par le pouvoir, les médias, la kulture, les politiques, l’université et autres poubelles. Et pourtant comme premier contact, on me propose le coup de boule et la gazeuse, alors qu’il en soit ainsi. Cela prouve seulement que le texte d’appel avait raison d’appeler chacun à choisir au plus vite un coté du clivage. Je me lasse des semelles molles que j’entends presque tous les jours répéter que toutes ces histoires ne sont pas si graves, qui renvoient dos-à-dos les « deux camps » dans une distinction toute aristocratique qui ne sert qu’à couvrir la lâcheté ambiante qui consiste a toujours préférer garder ses amis et sa socialité que sa cohérence. Ne pas prendre parti pour ne pas être pris à partie, une tradition française. Le confort alternativiste à l’intérieur du monde (mais y a t il un extérieur ?) a son prix, et pourquoi faire la révolution contre ce monde (et son monde) quand on se plaît si bien dans la niche qu’on s’y est créé ?
Une chose est sûre, il va falloir sortir du silence si l’on se sent une quelconque responsabilité dans la continuité d’une certaine décence révolutionnaire et si l’on ne veut pas laisser isolés ceux qui doivent se retrouver à subir les raids racialisateurs, de la bibliothèque anarchiste La Discordia à Paris à Mille Bâbords ici aujourd’hui. Il faut que les voix s’élèvent par delà les querelles de pains au chocolat. Le soutien moral et financier ne peut être qu’une bonne chose. Mais c’est de prises de positions publiques et courageuses, en mots comme en actes, dont nos perspectives ont besoin maintenant pour survivre aux offensives post-modernes et contre-révolutionnaires.

Une autre chose fut parfaitement caricaturale sur laquelle je voudrais dire deux mots. A l’extérieur du local, un autre groupe d’opposants composé d’une quinzaine de « petits blancs » fragiles (puisqu’ils y tiennent) assez jeunes, sans doute « pro-féministes » (sans gluten) font spectateurs en non-mixité, certainement encore un nouvel apport de la boite à outil post-moderne. Ça doit être ça l’intersectionnalité ! On se demande ce qu’ils attendent là. Sont-ils ici dans une posture paternaliste, certainement « décoloniale », pour superviser l’action de leurs « racisés » élevés au grain dans un safe space ? Et puis voilà un nouveau concept, la cohabitation des non-mixités… Ce soir on a eu droit à la double non-mixité de race, « blancs » et « non-blancs » pour reprendre le vocabulaire moribond, on pourrait croire que les deux s’annulent. Mais c’est là que réside toute la magie racialiste. Ensemble, mais chacun de son coté, donc pas ensemble, bref chacun chez soi et tout le monde crie « on est chez nous » comme des beaufs. L’ethno-séparatisme, une découverte à la hauteur de l’époque ! Ce petit groupe sera interrogé par un compagnon sur ce qui est en train de se passer, mais ceux-ci n’ont pas d’avis, ils « s’en foutent » et n’ont strictement aucun argument pour défendre leur présence ce soir. Il faut croire qu’ils n’étaient là que pour faire nombre, la plupart embarqués par d’autres dans des conflits qu’en fait, ils ne comprennent pas je crois, voire pour certains dont ils n’avaient jamais entendu parler. C’est une façon d’envoyer au casse-pipe comme une autre… Mais le copinage est, à Marseille comme ailleurs, toujours supérieur aux questions de fond dans une époque troublée comme celle que nous vivons. Cela ne fera que rajouter au pathétique de ces assaillants.

Voila de quoi rêver pour les insomniaques. La « race » n’est elle pas faite de la matière dont sont faits les rêves ? On préférera entretenir la mémoire des pirates de l’edelweiss et des révoltes et mutineries anti-racialistes d’esclaves qui ont agité les siècles derniers, on relira peut être le plaidoyer de John Brown, les écrits magnifiques de George Jackson et son refus du racialisme, les mémoires de James Carr, les écrits antiracialistes et anticolonialistes de Frantz Fanon, la lutte de Lucy Parsons contre la séparation des exploités en esclaves, affranchis et « libres », etc. Mais non, ici, on préférera toujours se souvenir d’un Malcolm X, leader racialiste et séparatiste de la Nation of Islam. Il faut parfois rappeler des évidences dans ce marasme de confusions. Ce soir, à la gauche de Soral et Dieudonné, j’appelle la bande à décompos tendance staliniens de souche…

Pour finir, les assaillants ont exigé la libération de George Ibrahim Abdallah, mais voilà… on a promis qu’on passerait quelques coups de fils au Mossad, qu’on pouvait rien faire de plus. On leur aurait bien demandé en échange de libérer les athées incarcérés à travers le monde, et en fait, de détruire toutes les prisons, mais tabernacle, nous avons une réflexion sur qui est qui, qui peut quoi, sur le fait qu’on ne peut être tenu pour responsable de ce que l’on n’aurait pas pu empêcher, et donc, que tant qu’il n’y aura pas de machine à remonter le temps (ou la connerie) il n’existera pas de responsabilités collectives qui traversent les ères glaciaires. Le complotisme, les réductionnismes idéologiques en général et identitaires en particulier, forment une spirale dans laquelle il vaut mieux éviter de se télescoper, sous peine de sombrer à mille tribord.

A bas la république, a bas le racialisme !
Self-défense contre leur main d’œuvre.

Le 2 novembre 2016,
Zabriskie Point.
zabriskiepoint(@)bastardi.net

Le texte mis en page au format PDF

Communiqué de Mille Bâbords suite à l’attaque de la réunion du 28 octobre dans son local

 

Vendredi 28 octobre 2016 avait lieu à Mille Bâbords un débat à partir du texte « Jusqu’ici tout va bien » dans le cadre d’une soirée intitulée « S’opposer au racialisme : discussion ». Dès le départ de la soirée, un groupe de personnes a fait violemment irruption dans le local dans le but d’empêcher le débat, en hurlant notamment « La discussion n’aura pas lieu ». Voir le tract laissé sur place. Résultats : livres et revues piétinés, affiches arrachées, tables renversées, coups et menaces, utilisation de gazeuse, vitrine brisée volontairement…

Depuis 16 ans que Mille Bâbords existe et que des débats (très) contradictoires s’y déroulent, c’est la première fois qu’une attaque physique se substitue à l’échange d’arguments même vifs. Indépendamment de la question de fond, les méthodes mises en œuvre sont inacceptables.

Quelle que soit la discussion, la porte reste ouverte dans le respect des personnes et des objectifs mentionnés dans la charte : « Le champ que Mille Bâbords se propose de couvrir est celui de toutes les pensées et mouvements engagés dans une critique et une lutte contre les différentesformes d’exploitation, d’oppression, d’injustice, d’aliénation physique et morale. »

Dans ce cadre, et en accord avec la multiplicité des positionnements politiques des membres de l’équipe de Mille Bâbords, l’association se refuse à s’inscrire dans un courant politique particulier. Elle continuera à accueillir des débats et événements en adéquation avec sa charte.

Les personnes qui se reconnaissent dans le projet de Mille Bâbords peuvent manifester leur solidarité morale et/ou financière. Nous ne solliciterons pas notre assurance – les dégâts s’élevant à plusieurs centaines d’euros – qui exigerait un dépôt de plainte auquel nous nous refusons évidemment.

L’équipe de Mille Bâbords, Marseille le 30 octobre 2016.

14606556_10211249812987921_1656894933018424689_n

De la gauche (et son extrême) du capital
comme foyers de recomposition du sous-fascisme

Afin de bien saisir ce à quoi nous avons affaire en face de l’extrême-droite (organique et non organique), il est donc nécessaire de ne pas fétichiser ce phénomène en l’enfermant, notamment, dans les schémas préconçus hérités de périodes révolues. Dans cette perspective, regarder ce qui se passe à la gauche et à l’extrême-gauche du capital, notamment sur le terrain des luttes « antisioniste », « antiraciste » et « antifasciste », est lourd d’enseignements. On peut ainsi y observer certaines des répercussions aussi grotesques que catastrophiques de la décomposition du mouvement ouvrier et mesurer combien la restructuration identitaire de la société submerge les acteurs et les discours. En effet, des sentinelles groupusculaires sous-fascistes sont parvenues à capitaliser sur les écueils, ou les nouveaux traits décomplexés, de la gauche et de l’extrême-gauche (confusion théorique, compromission politique, clientélisme, discrédit avéré au sein du prolétariat). C’est ainsi que la nébuleuse islamiste des Frères musulmans, pourtant en perte de vitesse (après qu’elle ait efficacement contribué, durant les années 1990-2000, au retour du religieux dans la société, encouragée à cette fin par les pouvoirs publics), peut encore aujourd’hui compter sur les partis de gauche, leur milieu associatif et leurs syndicats pour lui servir de vecteurs d’influence privilégiés.

Dans cette configuration, il arrive que des acteurs de la « gauche radicale » fricotent avec… L’extrême-droite !… Et nous pesons nos mots. Une tendance à l’œuvre depuis au moins le début des années 2000 se révèle petit à petit au grand jour : une partie de ce milieu militant a été gangrénée par la peste islamiste, notamment sous l’influence des réseaux français de la Confrérie des Frères musulmans, avec l’aide, notamment, de la section française du Socialist Workers Party, organisée dans le NPA. Le résultat : des meetings qui s’enchainent regroupant l’AFApb (Action Anti Fasciste Paris Banlieue), CAPAB (Coordination Antifasciste Paris Banlieue), Le réseau (VISA) Vigilance Initiative Syndicale Antifasciste, le NPA, ATTAC, des sections syndicales de SUD, des encartés à Europe Écologie les Verts, des membres du PCF, du Front de Gauche, aux côtés du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), des Indigènes de la République, de l’Union des Organisations Islamiques de France, et de Participation et Spiritualité Musulmane (PSM).

Participation et Spiritualité Musulmane est la branche française du mouvement réactionnaire et obscurantiste marocain Al Adl Wal Ihsane (« Justice et Bienfaisance »). Cette organisation islamiste fondée en 1973 a assassiné des militants d’extrême-gauche dans les années 1990 et a tenu à défiler aux côtés de l’extrême-droite catholique à la « manif pour tous » en 2013 tout comme elle a sympathisé avec l’Alliance Vita, l’un des principaux lobbies anti-avortement en France.

Le Parti des Indigènes de la République a régulièrement déchainé le spectacle des polémiques depuis sa fondation en 2005. Ce groupe a beau avoir essuyé les critiques de nombreux politiciens et journalistes, ce qui a d’ailleurs grandement participé à sa publicité, il n’en demeure pas moins un incubateur de virulence sous-fasciste. Et cela à tel point que ce Produit de l’Imbécilité Réactionnaire s’adonne à redresser au moins deux piliers idéologiques de l’extrême-droite – l’antisémitisme et le racialisme – avec une morgue à faire pâlir les lepénistes endurcis.

14440979_589114001299507_6367752235861001390_n
« Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. Le peuple blanc propriétaire de la France : prolétaires, fonctionnaires, classes moyennes » Bouteldja aime Genet, collaborationniste s’étant réjoui de la victoire d’Hitler: « Il y a comme une esthétique dans cette indifférence à Hitler. Elle est vision. Fallait-il être poète pour atteindre cette grâce ? » « Quant à nous, l’antisionisme est notre terre d’asile. Sous son haut patronage, nous résistons à l’intégration par l’antisémitisme tout en poursuivant le combat pour la libération des damnés de la Terre. » « l’Indigène arrogant» Ahmadinejad niant l’existence d’homosexuels en Iran : « Il y a des gens qui restent fascinés longtemps devant une œuvre d’art. Là ça m’a fait pareil. Ahmadinejad, mon héros ». « J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à l’Algérie, à l’Islam ». « Le mâle indigène défendra ses intérêts d’homme. Sa résistance sera implacable : « Nous ne sommes pas des pédés ! » « Le féminisme fait partie des phénomènes européens exportés » « Il faudra deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène, la part qui résiste à la domination blanche » «Les hommes, ces héros, les femmes ces Pénélopes loyales ». « Non, nos hommes ne sont pas des pédés ! » Nous disent-elles. La boucle est bouclée ». « Qui est cet être humain (…) qui dérobe corps et chevelure aux regards concupiscents ». « Le combat consiste à faire redescendre ceux qui commettent le sacrilège de s’élever au niveau de Dieu ». « Jusqu’au début des années 1980, sous les cieux protecteurs de la République française, le sionisme se portait comme un charme et coulait des jours heureux. Il se baladait dans les boulevards ». Houria Bouteldja

Lire la suite sur GARAP

14567341_589118844632356_4149462514618335435_o

 

« Il y a dix ans, dans la même réunion qu’aujourd’hui, si on avait dit ” blanc ”, les gens auraient cassé le mobilier. Aujourd’hui, grâce aux Indigènes de la République, grâce à Houria, on peut dire ”les blancs”.  »

Eric Hazan, éditeur à La Fabrique

On ne peut malheureusement pas encore donner tort à l’éditeur classé à l’extrême gauche du dernier pamphlet explicitement antisémite d’Houria Bouteldja Les Blancs, les juifs et nous, qui n’a pas suscité de réaction à la hauteur de son caractère ignoble. Les catégories et le vocabulaire de l’idéologie racialisatrice, repris depuis quelques temps dans les organisations et milieux politiques qui vont de l‘extrême gauche jusqu’aux libertaires, sont en train de devenir la norme et d’instaurer une hégémonie. Ce vocabulaire s’est imposé insidieusement, sans être ni discuté ni argumenté. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui sont dans l’incapacité de soutenir politiquement ces positions intenables, à part à coup d’affirmations tautologiques et de fausses évidences. Un glissement sémantique a déjà largement opéré : les termes de « race », « blancs », « non-blancs », « racisés », « racialisation », « décolonial » sont devenus du jour au lendemain des catégories d’analyse jugées pertinentes, nécessaires, et sont même promus comme instruments d’une perspective d’émancipation, là où nous y voyons une faillite catastrophique.

Dans une époque de crise généralisée propice à la confusion, dans laquelle prospèrent des courants contre-révolutionnaires, menaçants voire meurtriers comme les rouges-bruns, les boutiquiers racistes Soral et Dieudonné ou différentes variantes de l’islam politique, certains ne trouvent donc rien de mieux à faire que de ressusciter la théorie des races en réhabilitant les assignations culturelles, sociales et religieuses dans la droite ligne de l’ethno-différentialisme de la nouvelle droite. Le retournement est allé au point que le simple questionnement de l’idéologie racialiste devient impossible, tant dans les réunions publiques que sur les sites internet des milieux militants, qui opèrent à cet endroit une véritable censure. L’ensemble prospère et tient notamment par un chantage à la culpabilité que manient très bien les tenants de cette idéologie. Ironiquement, aujourd’hui, refuser les termes de « race » ou « d’islamophobie » expose à l’infamante accusation de racisme, visant à étouffer ainsi toute possibilité de débat, de critiques et de refus. Certains anarchistes en sont rendus à proscrire le slogan « ni dieu ni maître » sous prétexte d’« islamophobie » et certains marxistes pensent que pour être antiraciste il est urgent d’ajouter la « race » à la classe. De fait le terme de « race » qui était jusqu’à peu l’apanage de l’extrême droite se retrouve aujourd’hui à toutes les sauces. La promotion des identités, le communautarisme culturel ou religieux n’ont jamais eu d’autres fonctions que de maintenir la paix sociale.

Le clivage à l’œuvre autour de ces questions se doit donc d’être clarifié et travaillé de manière réfléchie. À plus forte raison dans la situation actuelle, le racialisme ne peut mener qu’à la guerre de tous contre tous. Cette offensive politique est lourde de conséquence pour tous, et d’un point de vue révolutionnaire c’est un point de rupture. Où en serons nous dans quelque temps si elle s’avérait victorieuse ? Tôt ou tard, il va bien falloir choisir son camp et le plus tôt sera le mieux.

Été 2016

Assemblée en mixité révolutionnaire et non-mixité de classe

14519909_196279757472979_5019601160389288221_n
Alliance entre le PRCF d’Annie Lacroix-Riz et de la négationniste Skandrani qui faisait partie du “Dieudobus” à l’occasion de la “Liste Antisioniste” de Dieudonné durant les élections européennes de 2009.

La plupart des militants et des intellectuels de gauche ou d’extrême gauche considèrent que l’antisémitisme serait un fléau en voie de disparition. Alors pourquoi diable s’intéresser à « l’antisémitisme de gauche » ?

Pourtant, cet antisémitisme DE gauche, et pas simplement A gauche, existe depuis près de deux siècles. Il a pris différentes formes dont il faudrait à la fois retracer en détail l’histoire au sein du mouvement ouvrier, mais aussi souligner les continuités et les discontinuités jusqu’à l’antisémitisme mondialisé actuel.

L’antisémitisme planétaire, qui sévit aujourd’hui dans la grande communion émotionnelle et politique du cyberespace, d’Internet, fédère toutes les formes d’antisémitisme, du vieil antijudaïsme religieux chrétien et musulman jusqu’à l’antisémitisme racial, social, nationaliste, anticapitaliste et anti-impérialiste. Ces convergences permettent à des groupes et à des individus très différents
politiquement, voire aux opinions totalement opposées, de communier dans la même haine (assumée ou pas, peu nous importe) : celle du Juif (ou d’Israël, ce qui d’un point de vue symbolique revient au même)…

Sans une telle vision d’ensemble de l’antisémitisme, et plus particulièrement de l’antisémitisme de gauche qui nous occupe aujourd’hui, il est impossible de comprendre :

– la portée de l’assassinat d’Ilan Halimi (délibérément réduit à un fait divers par la gauche et l’extrême gauche en 2006),

– la portée des meurtres commis par Merah, Nemmouche ou Coulibaly en 2015 (à propos desquels la gauche et l’extrême gauche ont surtout botté en touche et parlé des risques d’augmentation de…. « l’islamophobie »),

– mais aussi il est impossible de saisir le sens des alliances – a priori contre nature – entre l’extrême droite islamiste, les Identitaires de gauche comme le PIR, la mouvance autour du politicien raciste et fasciste Dieudonné et l’extrême gauche qui se dit « antisioniste ».

mondialisme.org

14492378_589217887955785_3822651691557758996_n

« Islamophobie », le terme a envahi le discours politique. Sa datation a été l’occasion d’une belle polémique. Observatrice attentive des dynamiques religieuses actuelles, Caroline Fourest avait cru qu’il était apparu fin années 70 / début années 80. En fait, il avait été forgé au tout début du XXe siècle. Cette erreur de datation, les islamobaratineurs n’ont pas manqué d’en faire des gorges chaudes. Fouillant les archives (plusieurs sont universitaires et donc payés pour ça), ils ont en effet fini par découvrir que c’est vers 1910 qu’un certain Alain Quellien avait forgé ce néologisme (1). Ensuite, le terme a été repris vers 1912 par d’autres auteurs, il aurait circulé quelque peu jusqu’au milieu des années 1920, avant semble-t-il, de disparaître totalement de la circulation.

Dans les années 1980, quand C. Fourest l’observe, ce n’est donc pas « d’apparition » qu’elle aurait du parler mais de « réapparition ». Donnons sur ce point toute la raison aux islamobaratineurs et rendons-leur grâce de nous avoir fait découvrir Quellien dont la lecture est bien intéressante : elle montre toute la perversité du concept d’islamophobie.

La personnalité même du fondateur du concept d’islamophobie est finalement, bien embarrassante pour ceux qui l’on exhumé. Aussi, le présentent-ils tantôt comme membre d’une sorte d’amicale d’« administrateurs-ethnologues » (2) – amusant concept qui sent le bricolage – tantôt comme un « orientaliste français spécialiste de l’islam ouest-africain » (3). « Ah, qu’en termes galants ces choses là sont dites » se serait écrié Molière !

Quellien, et on comprend tout de suite ce qui gêne les enfumeurs, était en réalité un cadre supérieur du Ministère des colonies, en lien avec l’officier « qui dirige avec compétence et distinction, le service des informations islamiques au Ministère des colonies » (4). Foin donc « d’administrateur-ethnologue » ou de sympathique « orientaliste », Quellien est un Attaché du ministère des colonies qui fait son travail : conseiller la meilleure stratégie de colonisation possible. C’est bien là tout l’objectif de son ouvrage « La Politique musulmane dans l’Afrique occidentale française » (5).

C’est dans cet objectif, qu’après une réflexion bien nourrie et mûrie, il crée le concept « d’islamophobie », une « islamophobie » que Quellien pourfend avec force dans tout un long chapitre.

Qu’un fonctionnaire totalement dévoué à la cause de la colonisation en arrive à créer le terme d’islamophobie dans le but de dénoncer les islamophobes avec beaucoup de vigueur, paraît, à première vue étonnant. En fait, c’est une conséquence logique de sa position raciste et de son soutien à la colonisation.

mondialisme.org

12795420_10208982896876435_3898705158378272149_n

La surenchère pro-obscurantiste des sociologues de gôche

Non seulement certains sociologues partisans de la thèse de l’islamophobie présentent de façon biaisée, voire sous un jour favorable comme nous l’avons vu, les comportements et les initiatives réactionnaires d’une petite minorité de musulmans dans l’espace public, mais en plus ils vont jusqu’à devancer les revendications des plus rétrogrades d’entre eux.

C’est ainsi que le sociologue Ahe Sander écrit : « Les Suédois doivent se rendre compte que la Suède va accueillir un nombre croissant d’individus et de groupes que l’on ne pourra pas fondre dans le creuset suédois, et dont les musulmans et les groupes islamiques offrent d’excellents exemples ; toute tentative de les assimiler par la force, de les couler dans le moule traditionnel suédois sera contre-productif car cela ne fera que les pousser à s’agréger plus fortement autour de leur religion et de leur ethnicité, ce qui – du point de vue des artisans de la forge nationale suédoise – aggravera encore le problème (4) . »

L’auteur reproche à juste titre l’intégration forcée que son Etat impose aux migrants, mais en même temps il ne comprend pas que « l’islam » n’est pas un bloc monolithique et qu’il est divisé en de nombreuses écoles de pensée. Il devrait pourtant savoir que les théologiens, notamment sunnites, n’ont jusqu’ici pas encore défini de façon précise le statut des minorités musulmanes en Europe, comme le reconnaît le cheikh Badawi, fondateur du Muslim College (5) . Face à un flou certain, plutôt bienvenu d’un point de vue athée, ce n’est pas aux sociologues dits « non musulmans » de rajouter encore une couche d’obscurantisme au nom de la « tolérance ». Dans son article, Ahe Sander prend la peine de nous décrire en détail les opinions les plus réactionnaires, anti-laïques, des musulmans qu’il a rencontrés en Suède comme si ces opinions pouvaient représenter celles de tous les « musulmans » vivant dans son pays !

Selon lui, on devrait laisser les « dirigeants » les plus conservateurs des communautés musulmanes entretenir leurs propres « traditions collectives », comme si ces « traditions » ne menaçaient pas les libertés individuelles des citoyens musulmans qui vivent en Suède ! Et c’est ce qu’il appelle un « juste équilibre entre l’équité et la liberté » !

Face à des « communautés » imaginaires dont les représentants auto-proclamés veulent imposer une loi « traditionnelle » à leur groupe culturel et/ou religieux, nous ne pouvons détourner pudiquement les yeux et oublier la nécessité de défendre les droits démocratiques pour tous les travailleurs… y compris pour les musulmans.

mondialisme.org

“Pourquoi je démissionne du syndicat”

En 1981, Jean était syndiqué CGT à Saulnier-Duval, l’une des principales usines métallurgiques de la région nantaise, au sein de laquelle il subsistait encore des rétifs parmi les damnés de la chaîne de montage, plus de dix ans après Mai 68. D’où l’ambiance faite de réticences au travail, de coulages larvés de la production, parfois même de sabotages. Avec quelques autres complices, Jean diffusa largement cette lettre ouverte devant bon nombre d’usines en Loire-Atlantique, en commençant par Saulnier-Duval, et après avoir expliqué les raisons de sa démission en assemblée générale, sous les cris de haine des staliniens.

 

Après plus de vingt ans dans l’opposition, les partis qui se réclament de la classe ouvrière viennent de prendre le pouvoir. Cela va-t-il changer quelque chose à notre sort ? Beaucoup d’ouvriers pensent qu’il faut attendre et laisser faire le nouveau gouvernement. C’est aussi ce que disent les syndicats qui nous appellent à faire preuve de patience et de réalisme.

1759482-mitterrand-le-social-traitre

Eh bien, disons-le clairement : ce gouvernement est, comme le précédent, au service du capital. Avec lui, l’exploitation et l’oppression vont continuer. La seule différence avec le gouvernement Giscard-Barre, c’est que Mitterrand-Mauroy et Cie ont la confiance des ouvriers, et c’est là dessus que compte le capital pour continuer ses fructueuses affaires. Les premiers pas sont prometteurs. A peine le Smic était-il augmenté qu’une série de hausses des prix était annoncée, comme pour illustrer le piège continuel du capital qui reprend par l’inflation ce qu’il cède sur les salaires. Pour calmer les jeunes qui s’apprêtent à rentrer au chômage, Mauroy ressort le même « pacte pour l’emploi », tant décrié quand c’était Barre qui les lançait. Gouvernement, patronat et syndicats s’entendent pour réduire le plus lentement possible la durée du travail, le temps de laisser aux patrons la possibilité d’augmenter les cadences et de réorganiser la production pour faire tourner les usines plus longtemps. Avis aux amateurs du travail de nuit et de week-end ! « Attendez, nous disent nos ministres, ce ne sont que des premières mesures, on fera mieux et plus. » En attendant, un rapide coup d’œil en arrière nous éclairera peut-être sur ce que nous réserve l’avenir.

 

En 1914, la gauche entre au gouvernement pour soutenir la guerre
capitaliste et appelle à défendre la patrie, c’est-à-dire le droit pour les
ouvriers de mourir en défendant le droit des capitalistes à s’enrichir. En 1936, les fameuses «  conquêtes » ne furent pas octroyées de bonne grâce par le gouvernement de gauche, mais arrachées par la longue grève générale avec occupation. Quand à la gauche, elle jouait les sapeurs-pompiers.
« Il faut savoir terminer une grève », dit alors Thorez. Frachon, chef de la CGT déclare : « Nous savons que beaucoup de patrons ne respectent ni les lois sociales, ni les conventions collectives. Je comprends votre indignation devant ces manquements. Eh bien, malgré cela nous vous demandons de ne pas occuper les usines et d’éviter les grèves dans toute la mesure du possible. »
En fait de conquêtes, il s’agissait de concessions temporaires que la bourgeoisie lâchait pour faire reprendre le travail. 
Un an après, la mise en application de la loi sur les 40 heures était lettre morte ; les augmentations de salaire avaient fondu ; il restait les congés payés, devenus de toute façon une nécessité et adoptés ensuite par les principaux pays capitalistes.

Thorez_Blum_Salingro
Le front populaire au secours du capitalisme français

En 1945, tous les partis s’unissent pour remettre au travail les ouvriers qui auraient pu croire le moment venu de se libérer du capital. Les partis de gauche et la CGT, par la voix de Frachon appellent à « retrousser les manches ». Thorez en personne s’oppose à la grève des mineurs en ces termes : « Produire, faire du charbon est aujourd’hui la forme la plus élevée de la conscience de classe », et le leader de la CGT, Gaston Monmousseau déclare : « La grève, c’est l’arme des trusts. » Ambroise Croizat, leader des métallos CGT devenu ministre du Travail autorise les heures supplémentaires « dans la limite de 20 heures par semaine », autorisant ainsi des semaines de 60 heures. Dans le même temps, ces prétendus ministres ouvriers furent solidaires pour mater dans le sang les révoltes dans les colonies : pas moins de 10 000 morts à Sétif en Algérie ; 80 000 à Madagascar. Par la suite, la gauche se distingua encore en 1956 : élue sur le thème de la « paix en Algérie », elle vota unanimement les pouvoirs spéciaux à Guy Mollet pour intensifier la guerre.

Peut-on attendre mieux aujourd’hui ? En 1978, lors de sa campagne
électorale, Mitterrand nous a prévenus : « Il est vrai que la crise existe, il faudra la payer. Un grand effort national sera nécessaire… Nous serons plus à l’aise pour demander des sacrifices aux travailleurs. » Son futur Premier ministre disait, à l’adresse de Peyrefitte : « Vous finirez par provoquer une révolution à force de vous enfermer dans vos privilèges, à force de confisquer le pouvoir et l’argent. Si bien que le bon choix, le plus tranquille et le plus calme, c’est de voter pour le changement. »
Aujourd’hui, c’est chose faite : la droite usée et vomie par les travailleurs a passé le relais à la gauche pour qu’elle joue le même rôle de représentants des intérêts de la bourgeoisie et parce qu’elle est la mieux à même, grâce à se casquette sociale, de détourner les ouvriers de cette révolution dont parle Mauroy. Il ne faut donc pas s’étonner de retrouver dans ce gouvernement, côte à côte avec les ministres PC, PS et chefs syndicaux, des patrons comme Dreyfus, ministre de l’Industrie et PDG de Renault pendant vingt ans ; ou des spécialistes de la répression anti-ouvrière du genre de Grimaud, préfet de police à Paris en Mai 68, devenu chef de cabinet du ministre de l’Intérieur Deferre. Voilà qui va donner un sérieux coup de main à Séguy qui s’estimait, dans une interview au journal L’Express en 1978, «  en mesure dans le mouvement syndical, comme nous en avons fait la démonstration en Mai 68, de maîtriser toute velléité de débordement ou d’irresponsabilité gauchiste ».

La triste histoire de la gauche au pouvoir, que ce soit en France ou à
l’étranger, illustre la faillite des vieilles idées fausses sur le socialisme, qui ont fait tant de ravages dans le mouvement ouvrier. On nous a présenté le socialisme comme la victoire, le plus souvent électorale, d’un parti qui prendrait la place du parti vaincu à la tête de l’Etat pour le diriger soi disant dans l’intérêt des travailleurs. Il suffisait, d’après cette conception, de remplacer à la tête des usines les patrons privés par des gestionnaires publics, pour faire disparaître l’exploitation. La formule a connu des succès divers, à l’Est comme à l’Ouest, mais n’a guère fait mieux que le capitalisme classique : partout, les ouvriers triment dans les usines, font le même travail d’OS ou d’OP sous la férule de directeurs étrangement semblables ; partout, ils payent les conséquences des crises économiques, et sont bons pour le service quand il s’agit de résoudre la crise par la guerre. La forme des choses a peut-être changé mais, fondamentalement, elles sont les mêmes : exploitation de l’homme par l’homme, comme l’exemple de la Pologne le montre.

medium_MITTERRAND-MARCHAIS_72-b128c

Le capitalisme qu’il s’agit d’abattre se fonde sur la possession des moyens de production par une classe minoritaire, la bourgeoisie, privée ou d’Etat, à laquelle les prolétaires sont forcés de vendre leur force de travail devenue marchandise s’ils veulent survivre. Le patron, l’entreprise, l’Etat capitaliste, poursuivent le même but : extraire le maximum de profit des ouvriers qu’ils exploitent collectivement et ne leur laisser que le salaire minimum nécessaire à la reproduction de leur force de travail. La concurrence entre patrons, entre entreprises, entre Etats est acharnée. Il en résulte l’anarchie du marché et de la production, le gaspillage d’immenses forces productives, en particulier dans les crises économiques, la mutilation des producteurs condamnés à vie à la même tâche parcellaire dans les bagnes industriels modernes et, en fin de compte, les guerres entre Etats pour le repartage des sources de matières premières et des marchés, qui aboutissent à la destruction pure et simple des forces productives et rendent possible une nouvelle reconstruction du capital. Alors qu’il est déjà matériellement possible, par exemple, d’éliminer totalement la famine en mettant en application les techniques modernes, de réduire à quatre heures par jour la durée du travail en éliminant les productions qui ne se justifient que par l’organisation capitaliste de la production (par exemple l’armement), de supprimer le travail d’OS, etc., on continue de chanter le vieux refrain du capital : « Production, compétitivité, sacrifices » et aussi « Travail, famille, patrie ». Contre ces socialistes prétendument modernes et réalistes, il faut opposer les vieux mots d’ordre du mouvement ouvrier : « Abolition du salariat et du patronat. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »

Les ouvriers ont confiance dans la gauche réformiste, ses partis et ses
syndicats qui sont maintenant au pouvoir. Cet espoir dans le réformisme, c’est en gros l’espoir qu’on peut sortir de la crise et améliorer notre sort sans lutter contre le capital et sans le détruire. Il est grand temps de perdre cette illusion. Tant que le capitalisme était relativement prospère, comme jusqu’en 1970, il pouvait céder quelque chose aux esclaves salariés que nous sommes. Il est incontestable que notre sort s’est sensiblement amélioré depuis la dernière guerre. La classe ouvrière s’est ainsi pénétrée de l’idée que la bonne santé de ses maîtres capitalistes était la condition de la sienne, l’idée de la collaboration et de l’association entre le travail et le capital. C’est tout naturellement sur le terrain immédiat des rapports entre ouvriers et patrons, dans l’usine, et donc dans les syndicats, que cette idée s’est le mieux développée. Ce rapport entre le capital et le travail a produit tout un réseau d’institutions de négociation et de discussion de toute sorte entre ouvriers et patrons, d’où la lutte de classes était totalement exclue, chloroformée.

Mais il y a des limites. D’abord, si notre sort s’est amélioré, il faut savoir que celui de la bourgeoisie l’a encore été bien plus vite, que tout l’appareil de répression, d’oppression, d’endoctrinement s’est renforcé, que le fossé entre les classes s’est accru. Et, surtout, le mécanisme même du capital a conduit à cette crise que nous traversons depuis dix ans, où les oppositions de classe apparaissent plus clairement. La lutte est d’autant plus difficile à engager aujourd’hui à cause de notre habitude d’un capitalisme relativement sans heurts graves, et à cause de ces organisations syndicales et politiques qui jouaient hier le rôle d’amortisseurs sociaux grâce aux miettes qu’elles pouvaient grappiller et qui sont absolument impropres à la lutte. Désormais intégrés dans le capitalisme dont elles dépendent, habituées à la négociation-concertation, elles s’opposent frontalement à toute tentative sérieuse de la part de la classe ouvrière de refuser son rôle soumis d’esclave consentant et d’entrer en lutte pour sauver sa peau, au besoin par la violence de classe. C’est ce qu’a clairement montré Mai 68 et d’autres mouvements depuis (comme par exemple les luttes de Denain et Longwy en 1979). Face à un puissant mouvement des masses ouvrières qui menace l’ordre établi, syndicats et partis interviennent pour la défense de l’ordre contre le mouvement, faisant reprendre les ouvriers pour un plat de lentilles du genre des négociations de Grenelle en 1968. Et, quand il n’y aura plus de lentilles, c’est par la force qu’elles s’opposeront aux ouvriers. Ce n’est pas la faute de mauvais dirigeants qui « trahiraient » et qu’il suffirait de virer, c’est la fonction même des syndicats, fondamentalement réformistes, bornant leur horizon à la défense de la condition des ouvriers dans le cadre du capitalisme sans jamais remettre en cause le capitalisme lui-même. Quand la crise pousse spontanément les ouvriers à entrer en lutte contre ce système, à refuser leur condition d’esclaves et à revendiquer leur condition d’hommes libérés du capital, des organisations bâties sur le terrain de la défense du salariat ne peuvent que faire faillite.

La bourgeoisie la plus intelligente a vite compris l’intérêt qu’elle aurait à reconnaître officiellement les syndicats, dans le but d’encourager le développement des idées de collaboration de classe et la paix sociale.
C’est le ministre socialiste de l’Armement, Albert Thomas, alors que la
bourgeoisie française était en guerre, qui mit en place les premiers délégués dans les usines d’armement, en 1917. Le rôle de ce qu’on appelait alors des délégués d’atelier était ainsi défini : « Favoriser les relations régulières entre les industriels et leur personnel et éviter des incidents en donnant aux ouvriers le moyen de formuler d’une façon régulière leurs revendications. »
Le système des délégués du personnel fut étendu en 1936 à toute
l’industrie, sur demande du patronat. En 1945, l’intégration se renforce avec le développement des nationalisations, qui associent les syndicats à la gestion des entreprises, la création des comités d’entreprise, les heures de délégation. En 1968, un point important des accords de Grenelle est la reconnaissance officielle des syndicats dans l’entreprise. Il faudrait aussi mentionner toute la liste d’organismes de discussion et de négociation où l’on retrouve des représentants du patronat et des syndicats, quelquefois également de l’Etat, qui remplissent la même fonction d’amortisseur social, d’étouffoir de la lutte des classes, du genre : commissions paritaires, conseils de prud’hommes, commissions du Plan, comité de ceci ou de cela, etc.

114964853-55464

Prenons l’exemple des délégués du personnel et des comités
d’établissement. Les délégués du personnel rencontrent légalement le patron tous les mois pour lui transmettre les revendications individuelles ou collectives de leurs camarades. La plupart du temps, le patron répond qu’il n’y peut rien, qu’il y a la concurrence, que ça coûte trop cher, etc.
Quelquefois, pour des broutilles insignifiantes, il répond qu’il va voir ça, et ainsi de suite tous les mois. Ceux qui ont assisté à ce rituel savent qu’il n’y a rien de bon à en tirer. C’est uniquement par la lutte collective qu’on peut obtenir quelque chose, et non par la collaboration de classe. Les comités d’entreprise créés en 1945 par le gouvernement d’union nationale sont plus importants. Ils servent à associer les syndicats à la gestion de l’entreprise en lui donnant un petit droit de regard sur sa situation économique et financière. Et par le biais des «  œuvres sociales », financées par le budget du CE et gérées par les élus au CE, les syndicats eux-mêmes deviennent des gestionnaires de la force de travail dans l’intérêt de l’entreprise, jouant le rôle d’intermédiaires entre le patron et les ouvriers. Le rôle que les CE jouent dans la collaboration des classes est clairement défini dans la loi du l6 mai l946 : «  Le comité d’entreprise coopère avec la direction à l’amélioration des conditions collectives d’emploi et de travail, ainsi que des conditions de vie du personnel au sein de l’entreprise […]. Il étudie les mesures envisagées par la direction et les suggestions remises par le personnel en vue d’améliorer la production et la productivité de l’entreprise […]. Il propose en faveur des travailleurs ayant apporté, par leurs initiatives et leurs propositions, une collaboration particulièrement utile à l’entreprise toute récompense qui lui semble méritée… », etc.

Ici encore, il doit être clair que ce genre d’organismes est là pour tenter d’étouffer la lutte de classe, et la bourgeoisie ne s’en cache d’ailleurs pas. Ils n’ont d’intérêt que dans la mesure où l’on est d’accord avec le patron pour que l’entreprise fasse le plus de profit possible et se taille la meilleure place sur le marché. A travers les fonctions qu’il remplit, le délégué devient, qu’il le veuille ou non, qu’il soit sincère ou pas, un rouage de l’entreprise nécessaire à son bon fonctionnement ; un spécialiste capable de discuter avec les patrons des questions économiques, de savoir s’il vaut mieux investir ici ou là pour que la boîte tourne bien ; chargé de faire appliquer la loi et le droit du travail qui n’est que le droit pour les patrons de nous exploiter dans les normes ; faisant le travail d’une assistante sociale ; et bénéficiant pour tout cela d’un temps payé – les fameuses heures de délégation – pendant lequel il échappe au travail et à la discipline abrutissante de l’usine. Au bout de quelques années, le militant combatif du départ se transforme en bureaucrate intégré au système, et en vivant. Il ne comprend plus la lutte et, quand elle éclate, il tente de l’orienter vers les objectifs que son expérience lui a rendus familiers : la défense de l’entreprise, de sa production, de l’économie nationale :«  Produisons français ». Il accepte, par exemple, des licenciements, ou le blocage des salaires qui sont nécessaires en bonne logique capitaliste à la survie de l’entreprise ; il s’oppose aux formes de lutte qui ne respectent pas la légalité du droit du travail. Bref, il finit par se comporter comme un allié du patron dans les rangs ouvriers Aujourd’hui, l’intégration des syndicats au capitalisme est définitive. Il est illusoire d’espérer les transformer de l’intérieur, de s’en servir comme une arme pour la lutte de classe et l’émancipation de la classe ouvrière, comme je l’ai moi-même cru. Ce n’est pas une arme, même mauvaise de la lutte de classe, c’est un obstacle. Ce n’est pas une question de mauvais militants, c’est la nature et la fonction même des syndicats qui est en cause, bornant leur activité à une illusoire amélioration du sort des ouvriers à l’intérieur du système.

Telles sont les raisons pour lesquelles je démissionne de la CGT, et ce
n’est évidemment pas pour créer un autre syndicat ou aller à la CFDT
ou à FO. Les divergences entre ces syndicats ne sont qu’une question de nuances et, dans les phases aiguës de la lutte des classes, ils se retrouveront tous unis contre le mouvement (cf. Mai 1968). Aujourd’hui où la gauche est au pouvoir, le rôle de collaboration de classe des syndicats va encore s’amplifier. Mais les patrons eux-mêmes savent que la crise va s’amplifier, et que la gauche qui défend aujourd’hui les intérêts capitalistes n’aura pas cent sept ans la confiance des ouvriers. La gauche et les patrons intelligents cherchent donc à prévenir les inévitables explosions de la lutte sociale. Ils cherchent à tisser tout un réseau de négociations pour étouffer ces luttes et vont probablement donner plus de pouvoir aux syndicats pour qu’ils remplissent ce rôle.

Plus que jamais la défiance à l’égard des syndicats doit donc se renforcer. C’est en dehors d’eux qu’il faut préparer les luttes, qu’il faudra demain les organiser, en assemblées générales, comités de grève révocables par les grévistes, coordination entre les usines, de façon totalement indépendante de la bourgeoisie et des syndicats, aussi bien pour les objectifs que pour les méthodes de la lutte.

 

Jean, 1981

Le blues du dimanche soir; une vie volée deux fois

1. Avez-vous éprouvé au moins une fois le désir d’arriver en retard au travail, ou de le quitter plus tôt ?

Dans ce cas, vous avez compris que :

a) Le temps de travail compte double car il est du temps perdu deux fois :
– comme temps qu’il serait plus agréable d’employer à l’amour, à la rêverie, aux plaisirs, aux passions ; comme temps dont on disposerait librement.
– comme temps d’usure physique et nerveuse.
b) Le temps de travail absorbe la plus grande partie de la vie, car il détermine aussi le temps dit « libre », le temps de sommeil, de déplacement, de repas, de distraction. Il atteint ainsi l’ensemble de la vie quotidienne de chacun et tend à la réduire à une succession d’instants et de lieux, qui ont en commun la même répétition vide, la même absence croissante de vraie vie.
c) Le temps de travail forcé est une marchandise. Partout où il y a marchandise il y a travail forcé, et presque toutes les activités s’apparentent peu à peu au travail forcé : nous produisons, consommons, mangeons, dormons pour un patron, pour un chef, pour l’Etat, pour le système de la marchandise généralisée.
d) Travailler plus, c’est vivre moins.

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société qui assure à chacun le droit de disposer lui-même du temps et de l’espace ; de construire chaque jour sa vie comme il le désire.

 

L’après-salariat:

 

2. Avez-vous éprouvé au moins une fois le désir de ne plus travailler (sans faire travailler les autres pour vous) ?

Dans ce cas, vous avez compris que :
a) Même si le travail forcé ne devait produire que des biens utiles tels que habits, nourriture, technique, confort…, il n’en resterait pas moins oppressif et inhumain car :
– le travailleur serait encore dépossédé de son produit et soumis aux mêmes lois de la course au profit et au pouvoir.
– le travailleur continuerait de passer au travail dix fois plus de temps qu’il n’est nécessaire à une organisation attrayante de la créativité pour mettre à la disposition de tous cent fois plus de biens.
b) Dans le système marchand, qui domine partout, le travail forcé n’a pas pour but, comme on veut le faire croire, de produire des biens utiles et agréables pour tous ; il a pour but de produire des marchandises. Indépendamment de ce qu’elles peuvent contenir d’usage utile, inutile ou polluant, les marchandises n’ont pas d’autre fonction que d’entretenir le profit et le pouvoir de la classe dominante. Dans un tel système, tout le monde travaille pour rien et en a de plus en plus conscience.
c) En accumulant et en renouvelant les marchandises, le travail forcé augmente le pouvoir des patrons, des bureaucrates, des chefs, des idéologues. Il devient ainsi un objet de dégoût pour les travailleurs. Tout arrêt de travail est une façon de redevenir nous-mêmes et un défi à ceux qui nous en empêchent.
d) Le travail forcé produit seulement des marchandises. Toute marchandise est inséparable du mensonge qui la représente. Le travail forcé produit donc des mensonges, il produit un monde de représentations mensongères, un monde renversé où l’image tient lieu de réalité. Dans ce système spectaculaire et marchand, le travail forcé produit sur lui-même deux mensonges importants :
– le premier est que le travail est utile et nécessaire, et qu’il est de l’intérêt de tous de travailler ;
– le deuxième mensonge, c’est de faire croire que les travailleurs sont incapables de s’émanciper du travail et du salariat, qu’ils ne peuvent édifier une société radicalement nouvelle, fondée sur la création collective et attrayante, et sur l’autogestion généralisée.

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société où la fin du travail forcé laisse place à une créativité collective réglée par les désirs de chacun, et à la distribution gratuite des biens nécessaires à la construction de la vie quotidienne. La fin du travail forcé signifie la fin du système où règnent le profit, le pouvoir hiérarchisé, le mensonge général. Il signifie la fin du système spectaculaire-marchand et amorce un changement global de toutes les préoccupations. La recherche de l’harmonie des passions, enfin libérées et reconnues, va succéder à la course à l’argent et aux miettes de pouvoir.

 

3. Vous est-il arrivé de ressentir hors du lieu de travail le même dégoût et la même lassitude qu’à l’usine ?

Dans ce cas, vous avez compris que :
a) L’usine est partout. Elle est le matin, le train, la voiture, le paysage détruit, la machine, les chefs, la maison, les journaux, la famille, le syndicat, la rue, les achats, les images, la paie, la télévision, le langage, les congés, l’école, le ménage, l’ennui, la prison, l’hôpital, la nuit. Elle est le temps et l’espace de la survie quotidienne. Elle est l’accoutumance aux gestes répétés, aux passions refoulées et vécues par procuration, par images interposées.
b) Toute activité réduite à la survie est un travail forcé ; tout travail forcé transforme le produit et le producteur en objet de survie, en marchandise.
c) Le refus de l’usine universelle est partout puisque le sabotage et le détournement se répandent partout chez les prolétaires et leur permettent de prendre encore du plaisir à flâner, à faire l’amour, à se rencontrer, à se parler, à boire, à manger, à rêver, à préparer la révolution de la vie quotidienne en ne négligeant rien des joies de n’être pas tout à fait aliénés.

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société où les passions soient tout, l’ennui et le travail rien. Survivre nous a jusqu’aujourd’hui empêchés de vivre ; il s’agit maintenant de renverser le monde à l’envers ; de prendre appui sur les moments authentiques, condamnés à la clandestinité et à la falsification dans le système spectaculaire marchand : les moments de bonheur réel, de plaisir sans réserve, de passion.

Ça fait vingt, trente ans que le matin vous buvez un café de merde dans une machine électrique de merde, que vous vous levez tôt, que vous prenez un bus de merde pour aller dans une usine de merde pour faire gagner du pognon et énormément de pognon à un gros con. Ce gros con il vous veut plus, mais rendez-vous compte que c’est peut-être la chance de votre vie !

 

4. Avez-vous déjà eu l’intention de vous servir de votre machine pour fabriquer un objet dont vous avez l’usage en dehors de l’usine ?

Dans ce cas, vous avez compris que :
a) La machine produit des effets opposés selon qu’elle est employée au profit d’un patron et de l’Etat, ou selon qu’elle est employée par le travailleur à son profit immédiat.
b) Le principe du détournement consiste à tourner contre l’ennemi les techniques et les armes qu’il emploie contre nous.
c) Le contraire du travail forcé, c’est la création individuelle et collective. Les prolétaires aspirent à créer leurs propres conditions de vie pour cesser d’être des prolétaires. Hors de quelques rares moments révolutionnaires, cette créativité est restée jusqu’à présent clandestine (usage des machines, bricolage, expérimentation, recherche de passions ou de sensations nouvelles).
d) La passion de la créativité veut être tout. Comme destruction du système marchand et comme construction de la vie quotidienne, elle est la passion qui contient toutes les autres. Le détournement des techniques au profit de la création faite par tous est donc la seule façon d’en finir avec le travail et les séparations qu’il répercute partout (manuel intellectuel, travail-loisir, théorie-pratique, individu-société, être-paraître…).

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société où les dépôts, les centres de distribution, les usines, les techniques appartiendront aux assemblées de grève, puis à l’ensemble des individus groupés en assemblées d’autogestion.

5. Vous arrive-t-il de saboter volontairement des pièces en cours d’usinage ou déjà stockées ?

Si oui, vous avez compris que :
a) La lutte des ouvriers contre la marchandise est le vrai point de départ de la révolution. Elle fait apparaître clairement comment le plaisir d’être soi et de jouir de tout passe par le plaisir de détruire de façon totale ce qui nous détruit chaque jour.
b) La marchandise est le coeur d’un monde sans coeur ; elle est la force et la faiblesse du pouvoir hiérarchisé, de l’Etat et de sa bureaucratie. La liberté et le bonheur individuels de tous exigent non seulement qu’on lui porte des coups mais bien plutôt qu’on l’anéantisse définitivement et totalement (par exemple, le simple sabotage des marchandises ne suffit pas puisque l’usure prématurée des produits lancés sur le marché aide en fin de compte le capitalisme privé et le capitalisme d’Etat – U.R.S.S., Cuba, Chine… – à accélérer le renouvellement des achats et le renouvellement des idéologies ; qu’elle améliore ainsi l’accumulation de la marchandise et l’accumulation de ses représentations et des attitudes sociales qu’elle impose).
c) Dans la mesure où le sabotage est une façon de bâcler le travail, il a le mérite d’épargner de l’énergie et d’encourager à ne plus travailler.
d) Si insuffisant qu’il soit, le sabotage des produits finis est une réaction saine. Il traduit le mépris de l’ouvrier pour la marchandise et pour le rôle d’ouvrier, c’est-à-dire pour l’attitude liée aux idées de travail nécessaire, de travail bien fait et autres conneries, que la société dominante lui impose.
e) Le refus du rôle d’ouvrier va de pair avec le refus du travail et de la marchandise. Il a toutes les chances de s’étendre au refus de tous les rôles, de tous les comportements qui font agir chacun non en fonction de ses désirs et de ses passions mais en fonction d’images, bonnes ou mauvaises, qui lui sont imposées et qui sont le mensonge par lequel la marchandise se donne à voir. Faites la part de ce qui reste de vous quand vous accumulez sur une journée des rôles comme celui de père de famille, d’époux, d’ouvrier, d’automobiliste, de militant, de téléspectateur, de consommateur…

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société où les séparations disparaissent à mesure que le travail disparaît ; où chacun peut enfin être totalement vrai parce qu’il cesse de produire la marchandise et son mensonge (le monde inversé où les reflets sont plus importants que l’authentique).

 

De la grève sauvage à l’autogestion généraliséeRaoul Vaneigem

 

Contributions à la lutte des ouvriers révolutionnaires, destinées à être discutées, corrigées [NDLR voire revues entièrement pour certaines d’entre elles?] et principalement mises en pratique sans trop tarder => clic <=

 

 

 

Et si on rasait la basilique du Sacré-Coeur?

sacrecon (Medium)

1873. Le choix de l’établissement au sommet de la butte Montmartre de la basilique du Sacré-Cœur correspond, pour la Réaction, à la volonté d’imposer un nouvel “Ordre moral” en tentant d’effacer la formidable brèche ouverte par la Commune de Paris de 1871 et sa première expérience concrète d’autogestion prolétarienne.

La contre-révolution catholique entend alors sceller dans une pierre au blanc impur, un écrasement sanglant du peuple insoumis, un crime de masse abject perpétré par la droite versaillaise.

Ce bâtiment à l’architecture incertaine et à l’intégration hasardeuse, que la plupart des parisiens n’a d’ailleurs jamais visité, est le second monument le plus parcouru de France, principalement pour la perspective qu’il offre et par la grâce d’un tourisme obscurantiste de bon aloi ravissant les empileurs de bigoteries en tous genres.

Si sa démolition devait être démocratiquement actée après la Révolution sociale, pour faire place à une construction ouverte sur un 21e siècle de Liberté, d’Égalité, de Fraternité et de Solidarité, pourquoi ne pas en faire un moment à la fois solennel et festif, une grande célébration populaire de réhabilitation de l’œuvre des communards et de la première Révolution prolétarienne aboutie?

Suite à l’offrande de tags dans la seule basilique au monde où la nécessaire laïcité reste fortement en travers d’une gorge au rouge carmin et pendant que l’ébouriffante Christine Boutin s’arrachait le peu de cheveux qu’il lui reste, la page facebook du Nouvel Obs, ce journal de la petite bourgeoisie de droite s’hallucinant de gauche, n’hésitait pas à titrer ce jour :

“Paris sous le choc après la dégradation du Sacré-Coeur”

Au nom de tous les communards, nous affirmons que NON, Paris n’est pas sous le choc.

Paris, comme toutes les villes jusqu’au moindre petit village, est sous le choc d’une crise capitaliste systémique, elle est sous le choc de fin de mois qui commencent le 10 ou bien avant, elle est sous le choc de cette peur de l’avenir qui flingue l’existence, elle est sous le choc de cette boule dans le ventre avant de partir bosser, elle est sous le choc de la précarité, de l’insécurité sociale pour tous, sous le choc de son exploitation quotidienne, pas sous le choc de quelques tags qui ont déjà été enlevés à l’heure où l’on vous parle!

A noter que lorsque Dominique Venner a repeint en rouge l’intérieur de la cathédrale Notre-Dame, Christine Boutin et le Nouvel Obs n’en ont pas fait tout un plat.

Les Enragé-e-s

La côte de popularité de la présidente Martine Aubry en hausse de 3 points, passant de 23 à 26% d’opinions favorables

Nous vous proposons ici une politique fiction sous forme de vaccin idéologique afin de permettre à tou-te-s de s’immuniser contre ce discours de “justice sociale” porté par la “gôche” depuis plus de 30 ans et qui cache les pires politiques patronales.
Ce que la droite n’aurait même pas osé faire, le PS l’a fait ou va le faire.

INFOS du 13 mai 2019

La côte de popularité de la présidente Martine Aubry en hausse de 3 points, passant de 23 à 26% d’opinions favorables, selon l’institut IPNOS.
“C’est un signal très favorable de la part de nos concitoyens face aux efforts qui leur sont demandés au but de renforcer notre productivité en la reliant à une plus grande justice sociale” a déclaré Benoit Hamon, le porte-parole du PS.

On se souvient que Martine Aubry avait été plébiscitée par 64% des voix en mai 2017 face à la présidente du Front National.

Le grand plan de relance européen, évalué à 250 milliards, devrait être mis en place à l’automne, a déclaré Pierre Moscovici.
“Ce plan, rebaptisé plan Hessel, devrait pouvoir réduire la malnutrition en Europe de 8% en 10 ans et d’engager à moyen terme une inversion de la courbe de progression du chômage” s’est félicité le premier ministre.

“On a gagné!” ce sont les mots du secrétaire général de la CFDT, à la sortie du Grenelle du temps libre, puisque ce ne sont pas cinq jours fériés qui seront supprimés par le gouvernement PS mais seulement trois.
“Le réalisme et la concertation ont une fois de plus payé, en combinant pragmatisme et lutte sociale” s’est rassuré Laurent Berger.

La CGT, quant à elle, a quitté la table des négociations, et appelle à une grande mobilisation nationale samedi prochain ainsi que le dernier dimanche de juin, pour “engager un rapport de force décisif afin de sauver la journée du 8 mai” a lancé Thierry Lepaon.

Le co-président du Parti de Gauche, auréolé de 13.9% aux dernières présidentielles, appelle quant à lui à un référendum sur la question, tout en rappelant qu’il se tient disponible pour prendre la tête de Matignon.

Le projet de loi d’Europe Ecologie, visant à interdire à la circulation de 8h à 16h les véhicules âgés de plus de 10 ans dans les agglomérations de plus de 30.000 habitants a été rejeté par l’Assemblée Nationale. C’est Martine Aubry qui devrait trancher en personne l’épineuse question du déplacement des français les moins aisés. Elle aurait déclaré à des proches “qu’une limitation des véhicules de plus de 15 ans entrerait d’avantage dans la ligne gouvernementale, qui est celle d’une plus grande justice sociale”.

Le Front National, favorable au projet de loi, avait déposé un amendement visant à instaurer des dérogations pour les propriétaires de plus de cinq véhicules de collection.

La sixième et la septième semaine de congés devraient entrer en vigueur avant l’été 2020. Ce progrès historique devrait permettre “à un plus grand nombre de français de partir en vacances dans un souci de justice sociale” a déclaré le ministre du Travail François Rebsamen.
Rappelons que désormais, ce sont quatre semaines de congés payés qui seront à la charge du patronat au bout d’une période de 24 mois et trois semaines de congés sans solde “qui feront l’objet de négociations entreprise par entreprise” a déclaré le ministre.

Enfin, le chef du gouvernement a annoncé une batterie de mesures économiques afin “de créer un électrochoc pour l’emploi”.
Les minimas sociaux devraient faire l’objet d’une revalorisation exceptionnelle de 0.8% par mois pendant 3 mois et le seuil de déduction fiscale de 10.000€ par an réajusté à 14.000€ afin de relancer l’emploi des gens de maison, des mesures courageuses portées par Ségolène Royal, la ministre du droit des femmes.

Le SMIC sénior devrait être revalorisé de 2 points, quant au SMIC jeune, il sera revalorisé de 4.2 points sur deux ans. La durée minimale de cotisations chômage sera désormais de 10 mois sur une période de 24 mois.

La semaine de 40 heures payée 35, réclamée par le patronat, serait suspendue dans certaines branches jusqu’à l’été 2022, tout comme la retraite à 69 ans.

Toutes ces mesures devraient “permettre de doubler les prévisions de croissance et d’inscrire notre pays dans une compétition internationale de plus en plus exacerbée, en combinant productivité et justice sociale” a affirmé Martine Aubry.

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

Grève des dépôts bancaires : un mythe réactionnaire

L’appel du “bank run” en 2010, cette prétendue “révolution pacifique” qui se solda par un flop retentissant, est typique des fausses portes de sortie à la crise systémique du capitalisme qui sont agitées devant les travailleurs comme des hochets afin de leur faire ingurgiter une mauvaise soupe.

Comment accorder quelque crédit à une opération ayant invité les masses à retirer leur argent en banque en sachant que c’est précisément la classe exploitée qui est privée de Capital et qui en subit au quotidien le joug?

Comment conseiller sérieusement à des travailleurs, employés ou pas à un instant T, d’aller retirer leurs “économies” alors que pour un nombre de plus en plus considérable de personnes, les fins de mois commencent le 10 voire avant?

Les médias dominants ont pour usage de répéter que le livret A serait “l’épargne préférée des français”.
Avec plus de 61 millions de livrets A ouverts, il semble difficile de contester cette réalité.
Mais si l’on s’intéresse à la nature des dépôts, à leurs volumes, à leur répartition, on s’aperçoit qu’il y a une inégalité majeure entre les sommes épargnées.

La moyenne d’un dépôt étant de 3900€, cette dernière est non seulement relativement faible mais en outre, sa valeur est consolidée par la petite minorité atteignant le plafond, qui pèse seulement 8,5% des livrets et qui pourtant représente plus de 40% des 250 milliards épargnés.
A l’inverse, plus de 19% des livrets A sont à la tête d’une “épargne” ne dépassant pas les 150€…

Une inégalité frappante que l’on retrouve également au sein des PEL (moins d’1 français sur 5), des PEA (1 français sur 13), l’épargne salariale, les portefeuilles d’actions (1 français sur 10) ou encore les assurances vie (1 foyer sur 3) et qui concentrent leurs volumes dans les mains d’une minorité aisée.

La seule assurance vie pèse 1400 milliards, la voilà l’épargne préférée des français…les plus aisés.

Selon un sondage IPSOS de janvier 2013, 66% des moins de 35 ans n’avaient mis aucun argent de côté durant les 6 mois précédents.

La réalité du capitalisme ici n’est pas bien différente de celle qui organise la répartition des fruits du travail là-bas.

En France, 10% des français possèdent 60% des richesses, pendant que 90% doivent se “partager” les 40% qui restent.

50% de la population doit se contenter de 5% des richesses.

Il n’est ainsi pas étonnant que l’on ait pu retrouver au sein des trois instigateurs du “bank run” une sympathisante zélée du Front National, d’Alain Soral et de Dieudonné ainsi que de la sous-culture conspirationniste.

Inviter les exploités à retirer de l’argent qu’ils ne possèdent pas ou quand ils le possèdent, n’étant qu’un résidu de salaire fortement tronqué par les rentes et les entreprises de la classe parasite se gorgeant de la plus-value extorquée aux travailleurs, ce n’est qu’un énième mythe en provenance des droites radicales.

Une mauvaise blague dans laquelle quasiment personne n’a marché, malgré les nombreux relais dont a pu bénéficier ce “mouvement” de la part des médias patronaux, toujours prompts à faire la promotion de fausses pistes ne remettant pas en question leur position sociale.

Les travailleurs ne sont pas des bourgeois. Ils n’ont d’autre choix pour survivre que de louer leur force de travail.

Pour abattre le capitalisme, ce n’est pas sur le peu que notre salaire nous laisse une fois les innombrables ponctions réalisées par les propriétaires des moyens de production et les rentiers qu’il faut actionner.

Le Capitalisme est un système cynique qui consiste pour ceux qui ne produisent rien à vendre les biens et services à ceux qui les produisent.

Seule une grève générale peut faire prendre conscience à la classe ouvrière que dans n’importe quel pays, rien ne se fait, rien ne se passe sans nous.

Les Enragé-e-s