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Riposte populaire antifasciste massive hier à Madrid

 Ce ne sont pas moins de centaines de personnes qui ont vigoureusement manifesté hier à Madrid à proximité immédiate d’une nouvelle implantation néonazi dans le quartier de la Prospérité. 

Baptisé « Lieu social de Madrid » et situé dans un édifice qui abrita les amputés de guerre et dans lequel mourut  Millán Astray, auteur du cri de ralliement franquiste pendant la guerre d’Espagne « viva la muerte », le lieu était solidement protégé par la police, ce qui ne suffit pas à décourager les manifestants, bien au contraire. 

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C‘est aux cris de « Madrid sera votre tombeau », « Native ou étrangère, même classe ouvrière » , « Nazi le jour, policier la nuit » que la foule madrilène a défilé.

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Des slogans ont aussi été lancés pour nous rappeler à la mémoire de nos compagnon-ne-s assassiné-e-s par le fascisme à Madrid ces dernières années, Carlos, Jimmy, Lucrecia… Et en soutien de prisonniers politiques, Alfon, Nahuel

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Au bout de la rue Velázquez, le cortège a été stoppé par un important barrage policier ajouté à tout un dispositif de protection et de fourgons mis en place sur tout le périmètre jouxtant le lieu.

C‘est alors que l’on a procédé à la lecture d’un manifeste relatant le discours de victimisation des néonazis à l’occasion de leur implantation. A ensuite été évoquée leur démarche faussement sociale puisque sont diffusés quotidiennement des appels à la haine et à la discrimination envers les migrants. Les manifestants ont enfin rappelé que l’existence du précédent lieu néonazi du NODE, expulsé au bout d’une année entière d’actions antifascistes, a entraîné une augmentation notable des attaques racistes et homophobes dans le quartier.

 

 

source la haine.org

 

La grève générale?  » Eh bah vous l’aurez « 

Projet de loi Travail : un faux recul du gouvernement pour maintenir et aggraver tout le reste

 

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Retrait! Retrait total du projet de loi! Point de départ indépassable pour commencer à parler ensemble de tout le reste!

En annonçant lundi 14 mars un aménagement de la loi El Khomri, le gouvernement n’a en rien reculé sur le fond. Pire, sur demande du Medef, le préambule de 61 articles qui récapitulait les grands principes et droits fondamentaux des salariés a été supprimé, remplacé par la simple promesse d’une réécriture du Code du travail selon les principes issus du comité Badinter. Avec cette manœuvre discrète, le gouvernement s’ouvre la possibilité d’autres remises en cause.
Gattaz, tout en déplorant au nom du Medef la suppression du plafonnement automatique des indemnités attribuées par les tribunaux, a déclaré que l’essentiel maintenant est de faire adopter et de mettre en application cette loi.
Le patronat peut être satisfait : le gouvernement lui offre la suppression des quelques limites au pouvoir patronal qu’il s’était senti obligé de laisser dans la loi El Khomri. Quelle mascarade!!!

Ils allaient de la réaffirmation que le contrat de travail restait la base des relations entre salarié et employeur à l’obligation de transférer les contrats de travail en cas de transfert d’entreprise, à l’interdiction des discriminations, au respect de l’égalité professionnelle des femmes et des hommes, des droits des femmes enceintes.
On y retrouvait l’interdiction d’employer un mineur de moins de 16 ans, l’obligation de justifier un licenciement par une cause réelle et sérieuse, l’obligation de compenser les heures supplémentaires, l’interdiction des amendes, le droit aux congés payés, et jusqu’au libre exercice des libertés syndicales et individuelles.

Ces « garanties intouchables » sont mises à la poubelle moyennant la promesse de les intégrer à la loi… plus tard !

Sur les 47 articles du projet de loi initial, quels véritables reculs ?

Les reculs du gouvernement ont été extrêmement limités. Le barème des indemnités en cas de licenciement abusif devient indicatif au lieu d’être impératif, mais cela ne rétablit pas les six mois minimum d’indemnités qui étaient reconnus au salarié licencié sans cause réelle et sérieuse et qui s’imposaient aux juges, atteignant même le double dans le cas d’un licenciement suite à un accident du travail. Dans les faits, la majorité des jugements se contentaient d’attribuer le minimum légal. Si demain il n’y a plus de minimum, combien les centaines de milliers de salariés qui viennent réclamer justice se verront-ils allouer ? Pour les licenciements économiques, le journal Les Échos peut d’ailleurs titrer : « Licenciements : la copie préservée ».
La possibilité de payer au forfait les salariés dans les petites entreprises a été maintenue, sous réserve de l’accord d’un salarié mandaté par un syndicat. Obtenir un tel accord ne devrait pas être trop difficile pour le patron…
Les seules dispositions complètement annulées sont la possibilité de faire travailler les apprentis dix heures par jour et le fractionnement du repos minimum de 11 heures entre deux journées de travail. C’est évidemment la moindre des choses, mais c’est quand même bien peu. Et même la surtaxe sur les contrats précaires, évoquée un temps par Hollande, a disparu.

Le projet de loi doit être combattu plus que jamais!!!

Derrière la mise en scène du gouvernement, des députés PS, de syndicats soumis d’avance comme la CFDT, à un point tel que sa base se place elle aussi en rupture avec sa direction, il y a la réalité de dizaines d’articles qui vont rendre les patrons encore plus maîtres à bord, sans contrainte, et les encourager à aggraver toujours plus l’exploitation de leurs salariés, c’est grave!

Le principe général édicté est que dans tous les domaines, du salaire aux conditions de travail, aux horaires et aux congés, chaque entreprise pourra faire sa loi. Ce sera la loi du plus fort, donc celle du patron, avec la possibilité de faire travailler plus et de baisser les salaires.

Avec cet arsenal, la classe possédante dispose de quoi achever de propulser dans la misère et dans la galère une part toujours plus considérable de la population.

Les salariés qui refuseront le changement de leur contrat de travail seront licenciés à leur tort. Les congés payés seront à la merci du patron. Le paiement des jours fériés reste supprimé pour le personnel temporaire, tout comme est maintenu le nouveau contrat CDI intermittent, sans horaire fixe ni durée minimum, c’est-à-dire avec le salarié à la disposition du patron, un peu comme le contrat zéro heure institué en Grande-Bretagne.

Et il y a des dizaines d’autres mesures dégueulasses dans cette loi!

Alors, non seulement il n’y a aucune raison de se soumettre à cette loi au prétexte du faux recul du gouvernement, mais il faut aussi se souvenir que l’examen des lois Macron avait donné lieu jusqu’à la dernière minute à des amendements introduits par le gouvernement, toujours dans le sens d’une aggravation.

Il faut imposer le retrait total du projet El Khomri, et cela, seule la lutte le permettra.

 

Après le 31, on continue! Et on ne cède pas! Et on ne s’écrase pas! Et on ira jusqu’au bout tou-te-s ensemble!

Regardons les choses en face. Le PS, gouverne directement pour la bourgeoisie et achève de fouler les oripeaux de l’illusion démocratique en tentant de faire passer ce que la droite aurait été incapable de faire sans risquer une paralysie totale de l’économie.

C’est à ce régime-là que nous n’avons d’autre choix de soumettre ce gouvernement scélérat!

Un vent de révolte énorme se lève, face à la répression, notre force, c’est notre solidarité! Égalité dans les Assemblées Générales! Égalité partout!

Le niveau de mobilisation depuis le 9 mars est supérieur à l’entame du mouvement pour les retraites à l’automne 2010, mouvement qui finira par mobiliser près de 8 millions de personnes distinctes! Le vent qui se lève dépasse largement celui contre le CPE. C’est deux fois plus que les Charlie et vingt fois plus que les indécrottables réacs de la « Manif pour Tous » avec les TGV grassement payés et leurs processions dégoûtantes et omniscientes sur BFNtv à un million d’euros la journée.
Ça va souffler très fort!

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Ne laissons pas la petite bourgeoisie social-chauvine récupérer notre ras-le-bol et nos nécessaire riposte!  » La nuit debout « ,  » Fakir  » et « Merci Patron » de François Ruffin, Frédéric Lordon, etc,…

Les réformistes sont des capitalistes!

Ils sont là, comme ici l’UNEF, pour encadrer, canaliser et récupérer nos luttes.

Depuis vingt ans ils répètent les mêmes incantations, les mêmes slogans monomaniaques et se contentent de faire semblant d’y croire. Sans oser s’avouer que le Capital ne se situe plus dans une logique de compromis historique et que les seules luttes défensives nous condamnent à d’éternels reculs.

Des petits flics du Capital qui, derrière leurs éternels appels à la raison, entendent bien maintenir intact un monde en ruine ouvrant la promesse de leur propre ascension personnelle.

Non! Nous ne valons pas mieux que ça ! Nous ne sommes plus à vendre ou à acheter! Notre valeur n’a pas de prix, elle n’est pas monétisable, personne ne nous achètera plus!

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Le 31 après la manif, après les blocages, on se débarrasse de nos chaînes en huant les graines de Cohn Bendit sur place, en huant tous les larbins, tous les Ruffin de la planète!

La parole et les initiatives sont à nous car cette lutte est à nous, nos vies sont à nous, notre nombre est à nous et partout!

Soyons unis, soyons déterminés, soyons offensifs !

Les Enragé-e-s

 

 

17 octobre 2015 – Nanterre – Marche contre l’oubli

Ci-joint l’appel à une marche contre l’oubli, du massacre des Algériens le 17 octobre 1961, contre toutes les morts violentes dans des confrontations avec la police ou des voisins racistes, contre les différentes répressions sociales, syndicales, politiques, migratoires au service d’un même ordre économique et racial, dans les quartiers et au-delà. Contre une idéologie qui en est le cœur même, le fascisme, qui continue d’avoir son siège en plein Nanterre

2015-10-02_124144Samedi 17 octobre, à Nanterre, nous marcherons contre l’oubli. L’oubli du massacre du 17 octobre 1961, des centaines d’Algériens, et parmi eux des nombreux Nanterriens, jetés à la Seine, assassinés par la police aux ordres de son préfet à Paris, un certain Maurice Papon. La République colonialiste appliquait ces jours-là en métropole la terreur coloniale vécue depuis des décennies en Algérie.

2015-10-02_124256Contre l’oubli de la violence sociale et politique quotidienne aussi dans les bidonvilles de Nanterre et d’ailleurs.

Mais le 17 octobre, nous marcherons aussi dix ans après la mort de Zyed et Bouna, morts « pour rien » un 26 octobre 2005 pour avoir tenté d’échapper à un contrôle de police à Clichy-sous-Bois. Contre l’oubli des centaines de morts depuis ce 17 octobre 1961, contre une exception qui continue de tuer dans les quartiers et à Nanterre : d’Alain Khetib à la prison de Fleury en 1975 à Jamal de Gennevilliers à la Maison d’arrêt de Nanterre en 2012, d’Abdennbi Guémiah à la cité de transit Gutenberg tué par un voisin raciste en 1982 au jeune boxeur de Nanterre, Ben, en 2011 ou encore Mamadou Marega, achevé à quelques pas du Petit Nanterre à coups de taser une fois immobilisé dans un ascenseur.

noussommestousdugibieraflicD’hier à aujourd’hui, des bidonvilles aux cités… Ce 17 octobre, nous marcherons contre une même hagra policière au service d’un même ordre économique : fait de violences sociales permanentes dans les cités et les classes populaires, bien avant la « crise » de 2008, et légitimées par des pratiques d’exception et une stigmatisation permanente, hier pour les « Français Musulmans d’Algérie », aujourd’hui les Musulmans tout court. Semer la division dans les classes populaires pour prolonger et rendre acceptable un système ségrégationniste, inégalitaire, mettant à l’écart les plus pauvres, les « étrangers », enfermant à ciel ouvert ou en institution, imposant la solitude ou la détresse face à une justice réglée d’avance. Nous n’oublions pas que les exceptions deviennent, à force de répétition, la norme, et qu’elles créent un sentiment d’abandon pour les familles isolées face aux drames et à une justice qui, au final, acquitte les meurtriers. Surtout s’ils sont policiers.

2015-10-02_124057 (Large)Nous n’oublions pas qu’il s’agit de briser les résistances, de soumettre par un ordre policier les populations placées du mauvais côté de la balance économique, celle qui s’affiche ouvertement à Nanterre avec l’invasion du quartier d’affaires à deux pas de l’avenue Pablo Picasso.

Si nous marcherons ce 17 octobre contre l’oubli, c’est donc aussi contre celui des raisons politiques qui gouvernent ces pratiques : avant de massacrer les Algériens à Paris, l’intouchable préfet Maurice Papon avait fait ses armes en Algérie après avoir participé à la déportation des Juifs depuis la sous-préfecture de Bordeaux. Aujourd’hui encore, l’invasion du Front National dans les médias, l’Etat, les lois, la police, prolonge cet ordre. C’est un même fascisme qui reste à combattre, une même rapacité économique et racialiste appliquée par une même violence d’Etat.

arton1668Si nous marchons ce 17 octobre, c’est donc aussi contre l’oubli de la présence, pourtant si visible, du siège du Front National à Nanterre, contre l’oubli par une « gauche solidaire » plus prompte à dégager les campements et bidonvilles sur ses territoires que la verrue d’où prolifèrent tous ces discours anti-étrangers, anti-roms, islamophobes et racistes.

Ce 17 octobre, nous appellerons donc aussi à rejoindre la Marche pour la dignité du 31 octobre à Paris, de Barbès à République, pour en finir avec une urgence qui dure depuis des décennies : celle d’une police qui assassine.

Contre tous ces oublis, parce que seule une riposte sociale et économique d’ampleur, parce que seule l’autodéfense populaire et la solidarité peuvent contraindre ces violences policières et ses logiques en apparence implacables.

La solidarité est notre seule arme !
Résistons ensemble !
Ni oubli ! Ni pardon !
11H – Marché du Chemin de l’île
RER A Nanterre-Ville

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Paris-Luttes.info

Mouvement Inter Luttes Indépendant

Qui sont les Black Blocs ? Où sont les Black Blocs ?

Cette ques­tion réap­pa­rais­sant dans la plu­part des jour­naux après chaque émeute, comme celle à Rome le 14 décem­bre, elle mérite une réponse. Est-ce que vous voulez voir à quoi res­sem­blent nos visa­ges quand ils ne sont pas mas­qués par des fou­lards, des cas­ques ou des cagou­les ?
Ce sont les mêmes visa­ges qui paient un loyer pour vos appar­te­ments pour­ris, les visa­ges de ceux à qui vous offrez des stages non rému­né­rés ou des jobs à plein temps pour 1000 euros. Ce sont les visa­ges qui paient des mil­liers d’euros pour assis­ter à vos cours. Ce sont les visa­ges des gamins que vous frap­pez quand vous les chopez avec un peu d’herbe dans leurs poches. Ce sont les visa­ges de celles et ceux qui doi­vent s’enfuir du bus quand les contrô­leurs appa­rais­sent, ne pou­vant pas se payer le voyage.
Ce sont les gens qui cui­si­nent vos faux-filets à point dans les res­tau­rants chics, et reçoi­vent pour ça 60 euros la soirée, au black. Ce sont celles et ceux qui vous pré­pa­rent vos cafés serrés à Starbucks. Ce sont ceux qui répon­dent à vos appels en disant « 118 118, puis-je vous aider ? », ceux qui achè­tent de la nour­ri­ture à Lidl par­ce ­que celle des autres super­mar­chés est trop chère. Ceux qui ani­ment vos camps de vacan­ces pour 600 euros par mois, ceux qui ran­gent les étalages des maga­sins où vous ache­tez vos légu­mes bios. Ce sont ceux à qui la pré­ca­rité bouffe toute l’énergie vitale, ceux qui ont une vie de merde, mais ont décidé qu’ils en avaient assez d’accep­ter tout ça.
Nous fai­sons partie d’une géné­ra­tion, qui, pour un jour, a arrêté de s’empoi­son­ner le sang avec la névrose d’une vie passée dans la pré­ca­rité, et qui a sou­tenu les émeutes. Nous sommes le futur que vous devez écouter, et la seule partie saine d’une société cou­verte de métas­ta­ses. Ce qu’il est en train de se passer à Londres, Athènes et Rome est d’une impor­tance his­to­ri­que. Des places rem­plies à cra­quer de gens explo­sent de joie quand les cars de police pren­nent feu. Notre exis­tence même est dans ces cris : l’exis­tence de celles et ceux qui ne peu­vent pas croire que des gou­ver­ne­ments élus se retour­ne­raient contre leurs citoyens et leur feraient payer des dizai­nes d’années d’erreurs com­mi­ses par le sec­teur finan­cier et les mul­ti­na­tio­na­les ; l’exis­tence de ceux qui main­te­nant com­men­cent à penser que tous ensem­ble nous pou­vons com­men­cer à leur faire peur. Ces excla­ma­tions étaient furieu­ses et joyeu­ses, explo­sant depuis la partie saine de la société, pen­dant que celle empoi­son­née se cachait dans la Chambre des Députés.
Les Black Blocs ont encore frappé. Vous feriez mieux de regar­der autour de vous main­te­nant. Des rumeurs disent que vous pour­riez en ren­contrer cer­tains pen­dant vos cours, à la biblio­thè­que, à la machine à café, au pub, sur la plage, voire même dans le bus.
Collettivo Universitario Autonomo de Torino, 16 décembre 2010

 

 

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A suivre…

 

La Clandestina, Espace de la Libre Ignorance

En solidarité avec le lieu autogéré La Clandestina, Espace de la Libre Ignorance, menacé par les autorités, nous allons illustrer cet article sur les mouvements d’occupation des logements par une série de clichés racontant l’avant-après de la réappropriation concrète de cet espace.

En effet le 14 avril, ce lieu fêtera son 7e mois d’occupation, une fête que la ville de Barcelone et ses spéculateurs semblent bien décidés à vouloir gâcher.

Quelques images de la cérémonie officielle d’ouverture de ce centre socio-culturel.

Le 12 avril est prévu un concert de soutien dès 13h00.

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Le 4 mai, appel à mobilisation

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Nous quittons Barcelone quelques instants pour retrouver l'avant-propos d'une compilation de textes décrivant les processus de réappropriation concrète des logements autour de l'année 1970 à travers l'exemple italien.

Les textes qui suivent ont le mérite de combler, à leur mesure, un des non-dits de l’histoire européenne que l’on apprend en classe, un de ces moments terriblement révolutionnaires que les pouvoirs en place préfèrent faire oublier. Ici, aussi, on rencontrera des lacunes  : le point de vue est très situé, ce sont des opéraïstes qui parlent, et par exemple on ne rencontrera pas de réelle remise en question du système de logement contemporain, avec ses tours de banlieue composées d’appartements individuels en périphérie des grandes mégapoles.
Cependant, ces textes montrent aussi combien les époques se suivent sans se ressembler. Les tentatives d’autoréduction que l’on connaît aujourd’hui sont souvent bien isolées, et vécues par les employés des magasins concernés, ou par les voisins des maisons occupées, comme des agressions, des actes parasitaires menés par quelques corporations surexcitées ou autres enfants de bourgeois en mal d’aventures. Nous ne vivons plus cette espèce d’entente populaire implicite, qui faisait que les actes de réappropriation révolutionnaires étaient compris, suivis ou soutenus par une grande partie de la population.
Est-ce que les gens ne savent plus danser ensemble  ? Certains regardent-ils trop la télé pendant que d’autres rêvent trop à jouer les avant-gardes d’une révolution de professionnels  ? Nous trouvons donc ici des outils pour nous souvenir à quoi ressemble une organisation collective «  socialisée  », c’est-à-dire des actions menées par plusieurs univers, rassemblés autour d’envies, de questions de survie et de formes de lutte communes. Mais il nous reste à penser comment retrouver cette communauté d’imaginaires et de façons de vivre susceptibles de renouer avec une culture populaire qui, dans l’individualisme et les querelles de chapelle, fait aujourd’hui cruellement défaut.

Ferdinand Cazalis pour Séditions, mai 2008.

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Arrivée sur les lieux, La Clandestina, premier jour de la réappropriation.

 

LE MOUVEMENT DES OCCUPATIONS DE MAISONS

Si le mouvement des autoréductions a pu se développer à une échelle de masse, c’est qu’il existait en Italie des luttes d’usines particulièrement fortes et permanentes. Mais c’est aussi parce qu’à la différence de l’Angleterre, où les ouvriers restent souvent enfermés au seul niveau de l’entreprise, au shop floor, les conflits sortent de l’usine. Ils investissent le terrain social grâce à la force qu’ils ont conquise dans l’usine, et reprenant toutes les contradictions de la société capitaliste, les reportent en usine pour relancer le combat. Les conseils d’usine ont servi directement par exemple pendant les autoréductions au rassemblement des quittances d’électricité.

Mais, avant de parvenir à l’autoréduction, les prolétaires ont parcouru un long cycle de luttes sur le terrain social. Les comités de quartiers qui ont propulsé l’autoréduction se sont construits à partir de 1969. La question du logement a permis cette socialisation, – cette massification – des luttes, comme disent les Italiens. En juillet, Nichelino, commune de la banlieue industrielle de Turin, avait été occupée, les ouvriers refusant de payer les loyers. Un an plus tard, via Tibaldi à Milan, prolétaires et étudiants occupaient des appartements libres. En 1974, à la rentrée des vacances, au moment où les luttes pour l’autoréduction des transports et de l’électricité commencent, des dizaines de familles occupent des appartements et des maisons via delle Cacce à Turin, dans un des ghettos où logent les ouvriers de Mirafiori Sud. Le mouvement finira par entraîner six cents familles dans l’occupation.

C’est le plus vaste mouvement d’occupation jamais vu à Turin. Mais c’est à Rome que le mouvement de lutte sur la question du logement s’est manifesté avec le plus d’ampleur. C’est là aussi que les occupations de maisons ont mené aux affrontements les plus violents avec la police, particulièrement dans le quartier de San Basilio.

 

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La Clandestina, Barcelone

17123_1629404163939404_6739585657553290705_nROME : UNE LONGUE TRADITION DE LUTTE

Les luttes sur la question du logement remontent à Rome à l’immédiat après-guerre. Pendant les opérations, il se produit un afflux de prolétaires venant du Latium méridional ou du sud de l’Italie. Ceux-ci seront pour la plupart des «  travailleurs intermittents  » voués aux bas salaires. Mais une loi fasciste restée en vigueur interdit aux immigrés l’accès de la ville historique. C’est là que sont installés des auberges de fortune, des centres d’hébergement municipaux, ancêtres des cités dortoirs.

Durant la période suivante, celle de la «  reconstruction nationale  », c’est le PCI qui organise les luttes de masse, les grèves générales qui paralysent toute la ville. L’objectif est l’emploi et la construction de logements pour les travailleurs. Parfois même, des chômeurs encadrés par les militants du Parti prennent en charge la construction de routes, d’égouts, débarrassent les gravats. Cette forme de lutte est théorisée comme un exemple «  d’autogestion  » susceptible de former «  les agents sociaux capables de diriger le travail et de le contrôler  ». La ligne politique du PCI est alors claire  : dans une cité comme Rome, dominée historiquement par les couches moyennes des administrations et par le fascisme, et en l’absence d’une classe ouvrière vraiment importante, il faut miser sur les banlieues, sur les «  marginaux  », sur les travailleurs temporaires, si l’on veut construire un poids politique capable de contrebalancer la droite. Malgré la précarité du travail, et la présence d’un sous-prolétariat, la banlieue romaine va devenir une forteresse rouge imperméable aux infiltrations de la droite. Phénomène qui se vérifiera électoralement mais aussi dans des manifestations dures. La population de cette «  ceinture rouge  » est surtout constituée des ouvriers du bâtiment, des rares industries existantes, des chômeurs, des petits artisans chassés dans la périphérie au moment de «  l’éventrement  » du centre historique.

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L’échec de l’insurrection à la suite de l’attentat manqué contre Togliatti, secrétaire du PCI, marque le début d’un reflux progressif qui conduira aux défaites dans les grandes usines du Nord vers 1955. Le rôle organisateur du PCI va décroissant. Les grèves générales contre le chômage et pour l’amélioration des services ne parviennent plus à paralyser la capitale. Rome accentue durant ces années son caractère de ville essentiellement tertiaire (administrations centrales, services publics, commerce)  ; le secteur industriel se réduit au bâtiment et à de petites usines. Parallèlement, la capitale devient un lieu de passage de la main d’œuvre qui, du sud, va vers le nord, et surtout un pôle d’immigration régionale et extra régionale. L’urbanisation sauvage se développe  ; les bidonvilles apparaissent et la spéculation immobilière fait ses premières armes avec succès.

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69-75 : UN NOUVEAU CYCLE DE LUTTES URBAINES

C’est en 1969 que se produit l’explosion résultant des tensions accumulées durant toutes les années précédentes. À Rome, 70 000 prolétaires parqués dans des ghettos et dans des conditions catastrophiques ont en face d’eux 40 000 appartements vides qui ne trouvent pas d’acquéreurs ou de locataires en raison du coût des loyers. L’Association des Entrepreneurs du bâtiment romain reconnaît elle-même qu’il s’agit là d’une «  marge de manœuvre indispensable  ». Le climat politique général créé par les luttes ouvrières et étudiantes exerce alors une grande influence dans le déclenchement d’un nouveau genre d’action  : il ne s’agit plus d’une occupation symbolique servant de moyen de pression supplémentaire dans le cadre d’une négociation au sommet. Cette dernière est refusée et les occupations prennent l’allure d’une prise de possession violente qui traduit confusément la volonté des prolétaires de prendre les biens nécessaires à leurs besoins. Ces luttes vont avoir pour conséquence de démystifier l’État qui était présenté comme «  médiateur  » dans la prestation des services pour tous les citoyens. Elles mettent le doigt sur la nature de classe de l’État et de l’administration communale, et concrétisent une extension directe de la lutte de l’usine vers la société.

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  Cette volonté exprimée de s’emparer des maisons sans attendre le bon plaisir des patrons, ni les investissements qui suivent les avatars du profit, marque une «  socialisation  » de la lutte, c’est à dire une défense et une récupération du salaire réel. 

Il manque certes à ces premières occupations d’un nouveau genre une participation directe des ouvriers d’usine en tant que tels. Pourtant, elles apporteront un autre élément, que les luttes ouvrières n’ont pas encore  : celle d’une organisation autonome des luttes.

La suite de la brochure  » Autoréductions italiennes 1970  » est disponible ici.

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LA CLANDESTINA (E.L.I.)
Espace de la libre ignorance

« Il faut que je vous apprenne que je n’ai rien à vous apprendre »

Centres de soins et services d’hôpitaux fermés, quartiers qui troquent les voisins contre des touristes, Universités interdisant l’accès aux étudiants ne pouvant pas payer, tel est le contexte de la Catalogne dans lequel est naît ce projet en réaction à ces pratiques pour débattre, apprendre, partager et agir devant une réalité marquée par l’injustice. Nous continuerons de creuser comme des fourmies clandestines, travaillant en communauté face à la spéculation et à ceux qui nous gouvernent, pour que le chemin de la désobéissance et des alternatives jamais ne se referme.

C’est pourquoi nous avons décidé de libérer l’édifice situé aux numéros 14-16 du Pasatge Dos de Maig, vide et sans usage depuis déjà trop longtemps, propriété de Bankia et la Sareb. Ainsi, nous avons l’opportunité d’offrir une nouvelle vie à un lieu exposé à la spéculation.

Nous occupons La Clandestina avec pour objectif le développement d’un projet socio-culturel autogéré. Nous travaillons à la construction d’un centre de rencontre, source d’échanges de connaissances et d’études libres, émancipé du système contemporain d’apprentissage des ânes bureaucratiques. Nous définissons La Clandestina comme un Espace de la Libre Ignorance marquant une rupture avec le concept de savoir accumulé, défendu par quelques élites sustentatrices de programmes éducatifs “universels” abrutissants. Depuis cet espace, nous proposons d’amplifier la notion de connaissance et d’investigation, de réfléchir pour que la théorie puisse se faire pratique, avec comme objectif la réconciliation entre recherche, apprentissage et vie sociale. L’espace sera polyvalent et pourra accueillir tous types de propositions et d’activités : sport, ateliers, conférences, débats, projections de films, musique, arts visuels et plastiques, artisanat, réunions de collectifs, salle d’études, friperie gratuite, etc. Soyons créati-f-ve-s !

Nous fonctionnons par assemblée ouverte, venez et faites votre proposition ! Ou envoyez-nous un mail ([email protected]). Ici, il n’y a ni élèves ni maîtres. Nous sommes des individus ignorants curieux, rassemblés dans un espace commun propice à une compréhension de ce(ux) qui nous entoure(nt) pour transformer notre quotidien. – Pour participer, suivez notre programme d’activités sur :

Facebook – ELI La Clandestina
Twitter – @eliclandestina
Web – laclandestina.squat.net

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“[…] le savoir de l’ignorant et l’ignorance du maître, en s’égalisant, font la démonstration des pouvoirs de l’égalité intellectuelle. […] La pratique du maître ignorant n’est pas le simple expédient permettant au pauvre qui n’a ni temps, ni argent, ni savoir, de faire l’instruction de ses enfants. Elle est l’expérience cruciale qui libère les purs pouvoirs de la raison là où la science ne lui prête plus de secours. Ce qu’un ignorant peut une fois, tous les ignorants le peuvent toujours. Car il n’y a pas de hiérarchie dans l’ignorance.”

Le maître ignorant,  Jacques Rancière

 

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La crise du logement – à laquelle la presse de nos jours porte une si grande attention -, ne réside pas dans le fait universel que la classe ouvrière est mal logée, et vit dans des logis surpeuplés et malsains. Cette crise du logement-là n’est pas une particularité du moment présent; elle n’est pas même un de ces maux qui soit propre au prolétariat moderne, et le distinguerait de toutes les classes opprimées qui l’ont précédé; bien au contraire, toutes les classes opprimées de tous les temps en ont été à peu près également touchées. Pour mettre fin à cette crise du logement, il n’y a qu’un moyen : éliminer purement et simplement l’exploitation et l’oppression de la classe laborieuse par la classe dominante. Ce qu’on entend de nos jours par crise du logement, c’est l’aggravation particulière des mauvaises conditions d’habitation des travailleurs par suite du brusque afflux de la population vers les grandes villes; c’est une énorme augmentation des loyers; un entassement encore accru de locataires dans chaque maison et pour quelques-uns l’impossibilité de trouver même à se loger. Et si cette crise du logement fait tant parler d’elle, c’est qu’elle n’est pas limitée à la classe ouvrière, mais qu’elle atteint également la petite bourgeoisie.

La crise du logement pour les travailleurs et une partie de la petite bourgeoisie dans nos grandes villes modernes est un des innombrables maux d’importance mineure et secondaire qui résultent de l’actuel mode de production capitaliste. Elle n’est nullement une conséquence directe de l’exploitation du travailleur, en tant que tel, par la capitalisme. Cette exploitation est le mal fondamental que la révolution sociale veut abolir en supprimant le mode de production capitaliste. La pierre angulaire de cette production capitaliste est constituée par le fait que notre organisation actuelle de la société permet aux capitalistes d’acheter à sa valeur la force de travail de l’ouvrier, mais d’en tirer beaucoup plus que sa valeur, en faisant travailler l’ouvrier plus longtemps qu’il n’est nécessaire pour retrouver le prix payé pour cette force de travail. La plus-value créée de cette manière est répartie entre tous les membres de la classe des capitalistes et des propriétaires fonciers et entre leurs serviteurs appointés.

Frédéric Engels, La question du logement, 1872

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Ce travail ne m’a jamais satisfait

-67% des salariéEs n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité

-80% s’ennuient au travail

-2 000 000 salariéEs se disent maltraitéEs au travail

-500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises

-Un à deux travailleurs sont tuéEs chaque jour lors d’un accident du travail

Au milieu des années 70, un ouvrier ou un employé pouvait « espérer » rattraper le niveau de vie d’un cadre en 30 ans.

Contre 150 ans de nos jours.

 

Tous les jours pareil.

J’arrive au boulot et ça me tombe dessus comme une vague de désespoir, comme un suicide, comme une petite mort, comme une brûlure de la balle sur la tempe. Un travail trop connu, une salle de contrôle écrasée sous les néons et des collèges que certains jours on n’a pas envie de retrouver. Ce travail ne m’a jamais satisfait. Pourtant je ne me vois plus apprendre à faire autre chose, d’autres gestes, on fait avec mais on ne s’habitue pas. Je dis « on » et pas « je » parce que je ne suis pas seul à avoir cet état d’esprit, on en est tous là.
Que nous reste-t-il aujourd’hui ? Bien sûr il y a le salaire, ce fameux salaire qui fait qu’on continue. Peur de la pauvreté, pour soi et pour ses proches, pour les enfants aussi, pour lesquels on espère un autre avenir, même si on n’est pas sûr qu’il sera très différent du nôtre. Et puis il y a l’argent qui devient la mesure de toute chose. Alors quand on réfléchit à tout ça, il y a comme un sentiment de gâchis. On se dit qu’on mène vraiment une vie de con. Que la vie, c’est autre chose, ou devrait être autre chose.

J’ai un doigt, le gros, j’ai du mal à le bouger, j’ai du mal à toucher Dominique le soir, ça me fait mal aux mains… La gamine quand je la change, je peux pas lui dégrafer ses boutons… Tu sais, t’as envie de pleurer, dans ces coups de temps là… C’est tout ça, tu comprends, t’as du mal à écrire, j’ai du mal à écrire. J’ai de plus en plus de mal à m’exprimer, ça aussi c’est la chaîne… C’est dur, quand t’as pas parlé pendant 9 heures t’as tellement de choses à dire, que les mots, ils arrivent tous ensemble dans la bouche. Et puis tu bégayes, tu t’énerves, tout t’énerve, tout. Et ceux qui t’énervent encore plus c’est ceux qui parlent de la chaîne. Et qui ne comprendront jamais que tout ce qu’on peut en dire, que toutes les améliorations qu’on peut lui apporter, c’est une chose mais que le travail il reste… C’est dur la chaîne. Moi maintenant je peux plus y aller, j’ai la trouille d’y aller. C’est pas le manque de volonté. C’est la peur d’y aller… La peur, la peur qui mutile encore d’avantage. La peur que je puisse plus parler un jour, que je devienne muet. Je lisais avant. J’ai lu un tas de livres. Maintenant je n’ai plus envie de lire. Je n’ai plus envie…

C’est l’homme tout entier qui est conditionné au comportement productif par l’organisation du travail, et hors de l’usine il garde la même peau et la même tête. Dépersonnalisé au travail, il demeurera dépersonnalisé chez lui.

Christophe Dejours – Travail usure mentale

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La première des résignations face au capitalisme, nous la faisons à l’école, nous la rencontrons dès notre plus jeune âge.

On nous apprend le plus tôt possible, qu’il faudrait se surpasser pour être parmi les meilleurs, non pas pour le plaisir d’apprendre, non pas pour le savoir, non juste pour surpasser les autres et « avoir une bonne place ». La compétition commence.

Pourquoi, parce que la société est ainsi faite, il y a les bonnes places pour les « méritants » et les autres places.

C’est le nouvel ordre naturel.

Les pauvres, leurs enfants (sauf quelques rares exceptions) qui triment et trimeront, les « méritants » qui triment et trimeront dans de meilleures conditions, mais surtout les rentiers, rentières qui ne trimeront jamais.

Sauf que nous savons bien que le mérite a peu à voir avec l’attribution des places, nous savons bien que le niveau social des parents est discriminant, nous savons bien que la réussite scolaire n’est pas proportionnelle à l’effort fourni. Pourtant nous continuons avec cette idée, qu’il y aurait une place à trouver pour chacun dans cet ordre social.

Or d’où nous vient cette idée?
Cela ne vous rappelle rien?
Un monde où le paysan, né paysan devait trimer, où le riche pouvait jouir de ses privilèges?
Oui, nous sommes bien sous l’Ancien Régime, nous sommes bien dans une vision ultra religieuse de la société : la pénitence (du travail pour n’être pas bien né) et la récompense (du week end et de la retraite) pour certains et le privilège (toute sa vie) pour d’autres.

Un ordre naturel.

Naturel car « bon sang ne saurait mentir », il est donc tout à fait naturel que le fils de médecin soit médecin, que le fils de prof soit prof, naturel car il serait naturel que l’on laisse à ses enfants son patrimoine et que le fils de rentier n’ait qu’à enfiler les chaussons de son père. Tout cela pour le bien commun de l’humanité.
Tout cela pour l’équilibre des relations humaines dans la recherche du Bien Commun. Non pas du bien de chacun, mais du bien commun.

Nous sommes là dans le cœur de la Doctrine Sociale de l’Église, véritable acte de naissance religieux du Capitalisme.
Les citoyens ne sont plus, l’égalité n’existe pas. Il y a des places à tenir, il faut sélectionner pour distribuer ces places.
Le pauvre à l’usine, les intermédiaires au bureau et les riches dans les palais.
Il devient dès lors inutile d’apporter du savoir au pauvre, le nivellement par le bas de l’enseignement ces 50 dernières années se justifie ainsi.

Cette doctrine est appliquée par les plus grandes institutions internationales, l’ONU, le BIT, l’UE.

Plus vous en saurez sur cette doctrine, plus vous comprendrez que le syndicalisme chrétien, en France la CFDT, syndicat collaborationniste à la remorque du PS, est contre l’émancipation du travail.

Les Enragé-e-s

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La classe ouvrière doit impérativement modifier ce rapport de force et reprendre son autonomie organisationnelle et militante. C’est la classe ouvrière qui doit diriger le combat de résistance féroce (pas du tout pacifiste) et non pas se mettre sous le parapluie de la petite bourgeoisie aigrie, chancelante, irrésolue, pacifiste et conciliatrice.

Depuis l’approfondissement de la crise systémique de l’impérialisme moderne l’État réduit les charges fiscales imposées aux entreprises accroissant d’autant les impôts et les taxes reposant directement sur les épaules de tous les salariés, les ouvriers tout autant que les employés des entreprises privées, publiques et parapubliques, ce qui comprend évidemment les petits-bourgeois (la pseudo classe moyenne qui n’a jamais existé) qui ont tout à coup le sentiment de ne plus être importants pour leurs maîtres capitalistes qui les soumets petit à petit à l’indigence…

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Ayez confiance en vos semblables

Ayez confiance en vos semblables, vous verrez, d’ici quelques mois, d’ici quelques années, ça va souffler fort, très fort.

La question n’est pas de savoir s’il y aura ou pas un mouvement social de grande ampleur.

Il y aura un mouvement social de grande ampleur.

La seule question que l’on doit poser partout autour de nous, c’est : qu’allons-nous en faire de ce mouvement social?

« Celui qui parle de révolution et qui n’est pas prêt à changer la vie quotidienne, porte un cadavre dans sa bouche ».

Si ce mouvement social consiste à « revenir comme avant, » alors ce sera un mouvement réactionnaire qui conduira à un Etat (encore plus) autoritaire, au pillage là-bas, au fascisme et à la guerre.

Si certains espèrent après un Etat, garant de la position dominante des possédants, pour solutionner la question d’un capitalisme entré une nouvelle fois en furie, si certains espèrent encore après les politiques professionnels pour solutionner concrètement la masse colossale de problèmes accumulés, alors ils portent eux aussi un cadavre dans leur bouche.

Si certains sont dans l’attente d’un sauveur suprême, si certains en sont à « vouloir tout changer pour que rien ne change », alors ce sont là nos futurs bourreaux.

La caractéristique du capitalisme est précisément de ne pas pouvoir revenir en arrière.

Que chacun reste dans son coin en courbant l’échine, que chacun se pense plus malin que les autres, que chacun espère passer entre les gouttes, que chacun se laisse aller à la pente naturelle du capitalisme, et nous connaitrons tou-te-s des événements effroyables.

Que chacun considère la période que nous allons devoir affronter comme une chance extraordinaire, comme une lueur fabuleuse, comme une opportunité unique d’en finir avec le vieux monde, alors nous ouvrirons une nouvelle phase historique pour toute l’humanité.

Le monde quittera enfin sa phase de rapine.

Nous ne pouvons plus nous contenter d’imaginer le monde d’après, nous devons dès à présent engager sa réinvention, collectivement et non par le biais de petites expériences atomisées qui ne mèneront qu’à la case Capital.

Si ce mouvement social produit cette idée à la fois « folle » et pourtant seule capable d’en finir avec cette curée, alors il se produira de bien jolies choses dans le monde entier.

Non, ce n’est pas si « fou » que ça de vouloir nous réapproprier nos existences.

Non ce n’est pas si « fou » que ça de vouloir en terminer avec un système barbare, qui produit du malheur en série ici et là-bas.

Non ce n’est pas si « fou » que ça de vouloir briser ses chaînes.

Le seul système qui ait sombré dans la folie la plus parfaite, c’est le capitalisme.

Les fous, ce sont ceux qui s’accrochent de toutes leurs forces à un système qui nous entraîne dans sa chute mortifère.

Nous allons tous et toutes vivre de notre vivant des événements extraordinaires, nous allons les vivre tout simplement parce que c’est nous qui allons les produire, collectivement.

Les Enragé-e-s