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Nous, “bénéficiaires” des minimas sociaux, ne sommes pas des sous-humains

 

Nous, “bénéficiaires” des minimas sociaux, ne participerons plus à une seule manifestation à l’appel de la CGT dont les revendications consisteront à seulement “augmenter les minimas sociaux”.

Nous n’irons plus manifester avec des gens qui font leur beurre syndical en critiquant, à raison, la CFDT et qui pensent comme eux, comme des cathos sociaux, incapables de déboulonner la société verticale d’inspiration religieuse.

Nous n’irons plus manifester avec des bureaucrates qui ont naturalisé l’existence de la Pauvreté. Se contenter d’augmenter les minimas sociaux, c’est condamner des individus parfaitement innocents de leur propre sort, à retourner dans la pauvreté quelques années après, quand l’inflation aura bouffé l’augmentation en question ou quand le déficit béant du commerce extérieur conduira, à défaut d’exploser les ventes d’armement, à des mesures revenant sur les gains sociaux obtenus.

Nous ne sommes pas des sous-humains.

Le fait que cette société capitaliste ne soit plus en capacité structurelle “d’offrir” (on a connu meilleur cadeau) un emploi pour tous ne doit pas faire de nous des Coupables.

Nous ne serons plus les éternels dindons de la farce des manœuvres politiciennes des centrales syndicales.

Nous ne ferons plus les frais de l’âme travailliste stalinoïde flottant dans toute la gauche syndicale et qui pourrit littéralement nos vies.

Nous sommes des millions. Nous existons, nous sommes vivants, nous ne sommes pas des sous-humains!

On est ravis que quelques millions d’individus s’éclatent dans leurs super jobs créatifs dans la com’, la culture, l’édition, le cinéma ou la publicité. Ce n’est pas notre monde. Ce monde vit en lévitation au dessus de nous.

La moitié du PIB est assurée par +-10% de la population active.

Contrairement à un pays de taille comparable, l’Espagne, à l’habitat vertical et resserré, la spécificité du capitalisme et de l’Histoire en France fait qu’elle comporte un habitat éclaté, avec des milliers de petites villes, qui ne produisent rien.

La TOTALITE de l’économie de ces petites villes, qui n’ont pas d’industrie, qui n’ont pas d’agriculture, qui sont animées le plus souvent d’emplois qui ont tous été créés au 20e siècle ou avant, qui ne possèdent aucun métier ou presque, du 21e siècle, la totalité de la répartition de l’argent dans ces villes est ARTIFICIELLE.

C’est tout à fait artificiellement que l’Etat décide de donner 15.000€ par mois en moyenne aux notaires et 1270€ à une employée. Absolument RIEN ne justifie ce choix excepté celui de la défense de la classe bourgeoise.

Nous ne sommes pas des sous-humains.

Nous rêvons à autre chose que de nettoyer vos bagnoles, de passer le rotofil sur les voies communales en nous payant de façon misérable tout en prétextant un “retour à l’emploi”.

Nous ne nous ferons pas voler ce mouvement social, énorme, qui s’avance, soutenu par plus de 9 français sur 10 et qui va être observé de très près par tous les prolétariats, par tous les galériens du monde, qui vivent exactement la même vie que nous, ou la même non-vie.

S’il faut occuper les CAF, les Pôle Emploi, on le fera. Les retraités viendront avec nous, beaucoup ont d’avantage la pêche que certains ados avachis derrière leurs écrans.

On ne peut même plus espérer survivre avec un RSA. Beaucoup d’entre-nous ne mangent plus à leur faim alors que les supermarchés dégueulent de nourriture, c’est une honte!

On met les gens en prison parce qu’ils volent un paquet de pâtes et de riz. Voilà la société dans laquelle on vit, on n’en veut plus!

On habite au 5e sous-sol de la société, on est incarcéré dans nos apparts minables, certains de nos gamins n’ont jamais vu la mer, rendez-vous compte! Certains gamins piquent du pain à la cantine, le plus possible, car ils n’ont pas assez à bouffer chez eux, ils font qu’un seul repas, bande de salauds!

On existe et on va vous le montrer. On mérite de vivre autant que quelqu’un d’autre, votre idéologie moyenâgeuse, on n’en veut plus!

 

Les Enragé-e-s

CroiZADes, la Zone, Notre-Dame et la couche d’ozone

  L’erreur historique de nombreux mouvements libertaires est de faire du territoire l’espace de la lutte des classes. Autrement dit, d’inverser les données : aménager un espace pour créer des activités « autogestionnaires », alors que la réappropriation-transformation des outils de travail au service de la lutte désigne la force collective en action qui est son propre espace. Il ne s’agit pas de créer des « en-dehors », comme c’est le cas par exemple avec le phénomène des ZAD.

 L’insurrectionnalisme sans lendemain des ultras-activistes n’a rien à envier à l’avant-gardisme idéologique et militaire du marxisme en vue de la conquête politique du pouvoir étatique. L’horizon de société post-capitaliste s’élabore dans la transformation sociale immédiate du travail, c’est-à-dire directement dans les formes de lutte émancipatrices et créatrices de réappropriation.

 Du Larzac à Jarnac, de Tarnac à Montcuq

 

 

/!\ARTICLE EN CONSTUCTION /!\

 

 

 Dans tout récit politique, il y a un mythe fondateur. On pourrait situer celui du nuage altermondialiste en France sur les ruines fumeuses du plateau du Larzac, qui signe un peu la flambée de ce qui va mourir, une idéologie gauchiste soixante-huitarde pacifiste hippisante qui opère un virage occitaniste en se jetant aux côtés d’une centaine de paysans expropriés par l’Etat face au projet d’extension d’une base militaire en affrontant une droite belliqueuse.

 C‘est dans la porosité du Larzac aux idéologies spiritualistes et communautaires (communautés de l’Arche, etc,…) mais aussi féministes, à la défense du patrimoine terrien dans le contexte d’un monde paysan qui n’a pas encore totalement été lessivé par l’agriculture intensive de la Révolution verte, que vont émerger des réactionnaires comme José Bové,

Des nuages militants qui s’articuleront autour des luttes contre les marées noires, le nucléaire puis plus tard, aidé en cela par un gros travail de lobbyistes, notamment celui du mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie, contre les OGM avec toujours José Bové.

MALVILLE marque l’effondrement visible du mouvement écologique – il n’est ici fait référence à aucun sous-groupe particulier, mais bien à l’ensemble du mouvement qui va des curés à la Lanza del Vasto aux Che Guevara de bocage – ou plutôt son effondrement qui est devenu visible.

Des militants pacifistes et des agriculteurs se réunissent, le 14 août 1977 sur le causse du Larzac, dans la région de Millau, pour manifester contre l’extension d’un camp militaire sur le plateau. L’annonce de cette extension de 3.200 à 14.000 hectares pour un l’entraînement de divisions blindées et d’engins lance-missiles, a engendré un mouvement de protestation jusqu’en 1981, lorsque le président François Mitterrand a enterré le projet.

 Ceci est d’autant plus significatif que cette manifestation voulait trancher d’avec la grisaille et l’insignifiance des rassemblements antérieurs, où les mêmes gens se retrouvaient annuellement pour ânonner les mêmes choses ; au nom de l’antinucléaire, le prêche le plus solennel en faveur du respect de l’ordre.

Passion sans vérité, vérité sans passion ; héros sans héroïsme, histoire sans événement ; développement dont la seule force motrice semble être le calendrier, fatigant par la répétition constante des mêmes tensions et des mêmes détentes ; antagonismes qui ne semblent s’aiguiser périodiquement d’eux-mêmes que pour pouvoir s’émousser et s’écrouler sans se résoudre. Efforts prétentieusement étalés et craintes bourgeoises devant la fin du monde.

L’intérêt de Malville résidait en ceci qu’un mouvement avait été cristallisé, qui allait au delà de ses objectifs proclamés, au point que les sous-leaders écologistes se virent dans l’obligation de se démarquer, c’est-à-dire de se démasquer.

  Chaque fois que se trouvent rassemblés les gens, et ceci pour ne rien faire ensemble, une fête est organisée pour éviter la conscience du vide qui ne manque pas de s’accroître avec le nombre. Cet ersatz se révéla ici sans usage. A sa place, on pouvait voir à Courtenay le clown Mermaz polémiquer respectueusement avec de respectueux écologistes. Ailleurs, on discutait à n’en plus finir, dans des forums, sur l’attitude à tenir pour le lendemain matin. Discussion sans moyen ni raison sur la violence ou la non-violence ; débat aussi faux que tout ce qui se disait et qui se faisait jusqu’à ce jour-là. A défaut de pain et de jeux, l’on eu des mots. Se voyant complètement dépassés, les écologistes organisèrent la confusion, le plus sûr moyen de ne rien faire.

Notre-Dame-des-Landes et au premier plan, un tee shirt de Sea Shepherd du réactionnaire Paul Watson

  Depuis longtemps déjà, l’État en place souffrait d’un mal qui est comme la maladie ordinaire et incurable des pouvoirs qui ont entrepris de tout commander, de tout prévoir et de tout faire. Quelque divisés que l’on fût sur le sujet des plaintes, on se réunissait donc volontiers pour le blâmer ; mais ce qui n’était jusque là qu’une inclinaison générale des esprits, devenait depuis mai 68 de plus en plus pratique. Toutes les douleurs secrètes que faisait naître la domination prolongée de l’économie sur la société, le contact incessant avec des institutions désuètes dont les débris blessaient en mille endroits les idées et les mœurs, toutes ces colères contenues qui se nourrissaient de cette situation se tournèrent en cette occasion contre le pouvoir. Depuis longtemps elles se cherchaient un chemin pour se faire jour. Celui-ci vint à s’offrir, elles s’y précipitèrent sans discernement. Ce n’était pas leur voie naturelle, mais c’était la première qui s’offrait. Malheureusement, ce qui la veille de la manifestation pouvait apparaître comme une perspective possible, se révéla être, dès le lendemain, un cul-de-sac.

 De leur côté, les membres de la coordination distillaient la pagaille, mâchonnant à la sono qu’il fallait faire demi-tour. En fin d’après-midi, lorsque tout le monde refluait, les mêmes cons appelaient à se rassembler à Poleyrieu, dans l’espoir de transformer ce revers en médaille. Mais la plupart assez écœurés, estimaient superflu de tomber dans ce panneau supplémentaire.

Pour les organisateurs de la manifestation, le résultat était donc maigre, en dehors d’un mort, de pas mal de blessés et de quelques grimaces amicales de la bourgeoisie compatissante pour ces jeunes apprentis sorciers. Aussi se répandaient-ils en confessions, plus qu’en déclarations, aux micros des postes périphériques et dans les journaux.

Si l’on se proposait sérieusement une manifestation pacifique, il était stupide de ne pas prévoir qu’elle serait accueillie belliqueusement. S’il fallait s’attendre à une lutte véritable, il était véritablement original de désarmer les gens du désir de s’armer. Mais les menaces des classes moyennes ne sont que de simples tentatives d’intimidation de l’adversaire. Et quand ils sont acculés, quand ils se sont suffisamment compromis pour se voir contraints de mettre leur menaces à exécution, ils le font d’une manière équivoque qui n’évite rien tant que les moyens propres au buts, et cherchent avidement des prétextes de défaite. L’ouverture éclatante annonçant le combat se perd en un faible murmure dès que le combat doit commencer. Les acteurs cessent de se prendre au sérieux et l’action s’écroule lamentablement comme une baudruche que l’on perce avec une aiguille.

  Il faut dire que rarement on sous-estima à ce point l’État de l’actuelle société de classes. Mais les écologistes, parce qu’ils se recrutent dans la petite bourgeoisie moderne – celle qui est devenue salariée, de l’infirmier à la cadre supérieure — représentent la classe intermédiaire au sein de laquelle s’émoussent les intérêts de classe opposées.

Europe Ecologie, parti le plus détesté des français selon un sondage patronal récent, est une bulle politique qui n’existe que par sa nature satellitaire du PS et la structuration sociale qui l’anime, le compose et exerce son lobbying, à savoir les sous-classes dominantes appartenant au monde de l’édition, de la communication, de la culture et de la fonction territoriale s’affichant ici aux côtés d’un millénariste déjanté dont la poésie plâtreuse affriole les prélats de Pachamama.

  Celle-ci s’imagine, pour cette raison, être au-dessus des antagonismes de classe et, pour cette même raison, les regroupements écologistes s’adressent indistinctement à tout le monde.

  Certes, les écologistes reconnaissent qu’ils ont devant eux une classe privilégiée, mais eux, avec tout le reste de la nation, ils constituent la population. Ce qu’ils veulent représenter, c’est le droit de la population. Ils n’ont donc pas besoin, avant d’engager une lutte, d’examiner les intérêts et les positions des différentes classes.

Notre-Dame-des-Landes, 2016

 Ils n’ont pas non plus besoin de peser trop minutieusement leurs propres moyens. Ils n’ont qu’à donner le signal pour que la population fonce avec toutes ses ressources inépuisables sur ses oppresseurs, qui prennent ici l’aspect des pollueurs.

Extrait de la brochure anonyme de Malville

 Même si de nombreux habitants se solidarisent de la ZAD, la question de la propriété privée n’est pas posée. L’exploitation individuelle de la terre s’oppose à une démarche plus collective fondée sur l’entraide et la solidarité.


 Ensuite, la ZAD peut sombrer vers l’alternativisme. Le collectif Mauvaise troupe montre un espace en lutte. Mais le discours sur la désertion et l’alternative existe également.

 Même si la logique capitaliste traverse tous les aspects du quotidien et les relations humaines. Le mode de vie alternatif de la Zad ne doit pas être idéalisé ou présenté comme un modèle de société. Mais il faut reconnaître que de nombreux zadistes font également le choix de la lutte plutôt que de la marginalité.

Il faut également pointer les limites d’une lutte qui reste locale. Ce n’est pas uniquement d’un petit territoire que peut provenir un mouvement de rupture avec le monde marchand. Cette lutte reste focalisée sur le point précis de l’aéroport et ne s’inscrit pas dans la perspective d’un changement global. Elle ne se situe pas sur le rapport d’exploitation. Les luttes importantes ne peuvent partir que des questions sociales et des problèmes vécus par l’ensemble des exploités. Un aéroport à l’autre bout de la France n’est pas forcément un enjeu suffisant pour déclencher un soulèvement populaire d’ampleur.

 Même si le collectif Mauvaise troupe montre bien que cette lutte locale alimente un climat de conflictualité, notamment au moment du mouvement contre la loi Travail. L’enjeu ne doit pas se réduire à la question de l’aéroport. Les luttes peuvent s’ancrer sur des enjeux locaux mais doivent s’élargir et s’inscrire dans la lutte des classes. Seul un renversement de l’ordre capitaliste peut ouvrir de nouvelles possibilités d’existence.

Explication sommaire du montage-photo de la couverture

 

Il s’agit d’une vraie photo de ZAD, seules les têtes ont été changées, des bustes et personnages ont été ajoutés

Ce montage photo, c’est celui de l’altermondialisme dans toutes ses composantes.

De l’aile droite écologiste gouvernementale à l’ultra-gauche insurrectionnaliste.

En haut à gauche, Tina Turner et Mel Gibson, ça c’est pour le côté Mad Max, ce  côté post-apocalyptique spectaculaire,     cette esthétique radicale de fin d’une       civilisation roulant sur la réserve                                                       d’essence.

                                   Nicolas Hulot

A côté, Nicolas Hulot, ministre Europe Ecologie, hostile au principe de ZAD. Il représente la grimace du gouvernement. Il trouve ATTAC (des altermondialistes de gauche aussi vaillants qu’un poulpe après la sieste) trop radicaux. Lui, c’est aux côtés des réactionnaires Pierre Rabhi et Paul Watson qu’il préfère poser.

                                 Brigitte Bardot

A côté, Brigitte Bardot, ancienne jeune giscardienne et vraie lepéniste. Dans le sillage idéologique de Paul Watson, cette idéologie xénophobe, malthusienne, réactionnaire.

                             Françoise Nyssen

 Encore à côté, Françoise Nyssen. Après Nicolas Hulot, c’est la seconde ministre en fonction présente sur ce montage photo. Directrice de la maison d’édition Actes Sud, elle a ouvert il y a peu une école proche des préceptes ésotériques du mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie.

                      Marie-Monique Robin

 A ses côtés, Marie-Monique Robin, auteure et réalisatrice de films écologistes réactionnaires. Proche de la sphère de l’anthroposophie et de Pierre Rabhi. C’est elle qui a fait ” Le monde selon Monsanto “. L’anthrophosophie se cache derrière de nombreux sites contre Monsanto. L’anthroposophie, comme l’Eglise catholique romaine, n’a jamais trop aimé la chimie. C’est elle aussi, qui a fait ” Nos enfants nous accuseront “. Ils t’accusent déjà, Marie-Monique.

                        Philippe Desbrosses

 Juste à côté, Philippe Desbrosses. Le pape de la bio en France. Il est lui aussi proche du mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie. Dans pas mal de magasins bio est distribué Kaizen, le magazine proche de l’anthroposophie et de Pierre Rabhi.

                                      José Bové

 La plupart connaît José Bové. Agriculteur et député européen écologiste. C’est pas vraiment un progressiste José Bové, c’est un réactionnaire. Comme Pierre Rabhi, il est opposé à la PMA, il est opposé aux “bébés éprouvette” alors que ça fait plus de trente ans que ça existe et qu’il a déjà peut-être serré la main à un individu conçu dans une éprouvette. Bonjour les toiles d’araignées dans la tête. Il a été approché par des mystiques avec le Larzac pour lutter, comme tous les réactionnaires l’ont toujours fait, contre la science, contre les OGM.

                        Masque Anonymous

 Juste à côté un masque Anonymous. C’est pour illustrer le nombre de zadistes – et de teufeurs – qui sont tombés dans la propagande conspirationniste à cause des réseaux marchands. Sur la page d’extrême droite Anonymous France par exemple. Ce masque n’est pas conspirationniste en soi, il a été utilisé par certains fascistes en France pour diffuser des idées fascistes, pour regrouper des personnes un peu mystiques sur les réseaux marchands, qui eux aussi regroupent les personnes qui pensent et surtout, qui croient pareil. Quand on dit “les réseaux sociaux”, c’est pour ne pas dire facebook, bien entendu.

                   Sous-commandant Marcos

Encore à côté, le sous-commandant Marcos, c’est un zapatiste, aussi un altermondialiste, c’est une révolte civile, au Chiapas.

                                     Un mouton

 Enfin, un mouton, pour illustrer la forme primitive de la ferme, semblant pour certains une alternative au capitalisme en crise. C’est un mouton du Larzac, une lutte écolo qui n’a pas mené à grand chose. Mais est-ce qu’une lutte écolo a déjà mené quelque part?

 Seconde rangée à gauche, une forêt herbacée, habillant Tina Turner qui se change en Gaïa, c’est Mère Nature. C’est le voyage astral indica. C’est la méditation sativa. Ce sont tous les bienfaits naturels de dame Nature. La purification. La méditation, consistant, on vous le rappelle, à rechercher une forme de volupté dans le fait de se vider totalement le cerveau.

A méditer… mais pas trop.

                                            Yoshi 

En dessous, c’est Yoshi. Un pote de Mario. C’est pour le côté ludique, un peu enfantin. Le côté sept vies en stock au lieu d’une.

                                       Un Ewok

A côté, un Ewok. Ça c’est pour le côté péplum, avec des légions de CRS, des hélicoptères, c’est Star Wars. C’est aussi le primitivisme, c’est retourner vivre dans les bois parce que finalement, c’était vachement bien de vivre dans les bois. Un côté irréel et spectaculaire. Du grand cinéma.

                                 Vandana Shiva

A côté, Vandana Shiva, grande prêtresse anti-OGM. Elle ne possède strictement aucune formation scientifique, du coup, elle est super écoutée par plein d’altermondialistes et d’écolos réactionnaires. Elle vend très cher, par des conférences hors de prix, une vision du monde profondément anti-féministe, un peu comme Marine Le Pen ou Margaret Thatcher dans un autre genre.

                                Denis Brognart

A côté, Denis Brognart, un présentateur télé. C’est pour le côté spectaculaire, insulaire, blindé de caméras. Sans eau courante. Ont-ils trouvé le riz? Ce sont des votes au conseil, pas vraiment équitables. Ce sont aussi deux équipes. Les jaunes, comme les syndicats jaunes, les vrais-faux syndicats patronaux chargés de torpiller les luttes syndicales et les rouges, les appellistes. Ceux qui ont lu le petit livre vert ” L’insurrection qui vient “. Ceux qui appellent à faire une révolution depuis les ZAD et en jetant des fers à cheval sur les lignes TGV pour les arrêter, il paraît que ça porte bonheur.

                        Un triangle Illuminati

A l’angle de son genou, un triangle illuminati. Pour illustrer les croyances, le fait qu’une partie de ce nuage ait plongé la tête la première quand le délire sur les illuminati tapissait tous les réseaux sociaux marchands. En réalité contre les francs-maçons, fixette “classique” et historique de l’extrême droite.

                                   L’abbé Pierre

A côté, c’est l’abbé Pierre. C’est la ZAD anti-115. La ZAD sans fichage direct, sans éduc, sans humiliation. C’est un Emmaüs sans l’arnaque et le contrôle Emmaüs, sans le catholicisme rance ou l’Emmaüs altermondialiste de Germain. C’est le christianisme de la pauvreté, social, en opposition au christianisme autoritaire, patronal, raciste, bête et méchant, pro-hommes, de Marine Le Pen.

                   L’horrible docteur Chouard

Au milieu, Etienne Chouard, qui s’est fait connaître avec le Non au Traité européen en 2005. Il a été mis dans le circuit de la “gauche” altermondialiste par ATTAC et les ” Amis du diplo ” (le monde diplomatique, un journal pour profs de gauche paresseux). C’est un type qui est très à droite, qui a participé à la conférence de lancement des colibris de Pierre Rabhi. il voudrait une société très inégalitaire tout en dénonçant l’inégalité et le pouvoir du “1%” qui est une proportion totalement bidon. Bonjour la cohérence.(Ce serait plutôt les 10% contre les 90% si vraiment on devait en trouver une) Il comprend pas vraiment le capitalisme le pauvre, ou alors il fait semblant de ne pas comprendre. Il ne parle jamais de social, d’émancipation véritable, de féminisme, de lutte des classes. il préfère faire des conférences avec tous les fascistes de la toile.

                                       Le sac FBI

Son sac “FBI“, c’est pour le côté conspi. Un site conspi sort toujours des ” documents déclassifiés du FBI ” sinon c’est pas un vrai site conspi!

                                Corinne Touzet

La seconde gendarme, c’est Corinne Touzet. C’est le côté feuilleton interminable. C’est le côté téloche, le côté joué, une bien sympathique petite troupe de théâtre.

                                    Pierre Rabhi

 Juste au dessus à droite, c’est Pierre Rabhi. En train de grattouiller les forces cosmiques. Il médite pendant que le repas se prépare, tout seul, comme par magie. Il possède une armée de colibris derrière lui. Son agriculture est tellement miraculeuse que si elle était utilisée partout, il y aurait des centaines de millions de terriens qui en mourraient. C’est un malthusien comme Paul Watson. Sauf que Watson, lui, il dit qu’il veut revenir à un milliard d’êtres humains. Rabhi, il dit l’inverse, il dit qu’on peut nourrir tout le monde en biodynamie, son agriculture de chéper. Son agriculture, c’est aussi efficace que de se déguiser en Skippy le Kangourou et de danser la lambada pour faire sortir des semis de radis. Tout le fric qu’il soutire à ses fidèles, il ne le garde pas pour lui, il en file une partie à son entreprise sectaire.

                                    Manu Chao

Au premier rang, à gauche, Manu Chao. Chanteur engagé, altermondialiste. Fait apparaître dans l’un de ses derniers clips, l’obscurantiste Vandana Shiva. Sans dire que c’est une escroc, sans dire que c’est un charlatan. C’est un peu moche tout ça. La Main Noire, c’est comme le Beaujolais, ça vieillit mal.

                                   Keny Arkana

 Juste à côté, c’est Keny Arkana. Ancienne conspirationniste semi-repentie radi-cale. Sur ses clips vidéo, elle a la rage et ça donne surtout l’impression que ça a déjà pété partout. Mais dans la réalité, ça n’a pété nulle part. C’est bizarre. Peut-être qu’elle se fait des films. Elle ne s’est pas non plus révoltée contre l’interview chez les cathos confusionnistes de Reporterre. C’était peut-être pas aussi grave qu’une rage, finalement. C’était peut-être qu’une petite toux passagère.

                                               Raël

  En bas au centre, c’est Raël, qui annonce la fin du monde et le début d’une nouvelle ère. Celle de ” l’Insurrection qui vient “. C’est la (R)évolution apocalyptique. C’est un pote de l’antisémite Dieudonné. Un réactionnaire.

                                     Eric Pététin

 A côté, c’est Eric Pététin. Militant écolo professionnel historique. Dieu vivant à la Goutte d’Eau, prophète à la ZAD du Testet, sage respectable à la ZAD d’Agen, hué à la ZAD de Notre-Dame à l’occasion d’une prise de parole mystique. Il est proche des écologistes. L’un des rares à le défendre, c’est Noël Mamère, d’Europe Ecologie.

                                  Julien Coupat

 Tout en bas à l’extrême droite, Julien Coupat, un des accusés de Tarnac qui a été emprisonné. Un montage politique. Des hauts fonctionnaires qui rigolent. C’est le Comité Invisible, les appellistes, des écolos en révolte, ils appellent à faire la révolution, avec tout le monde, même quand ils prennent des champignons hallucinogènes en hallucinant Marcel Campion, roi des forains et proche de Le Pen, révolutionnaire ultra-gauche.

Tout en haut, un OVNI et des ” chemtrails “, pour illustrer encore une fois les idées d’extrême droite qui sont arrivées jusqu’à l’altermondialisme. “Grâce” aux réseaux marchands, à facebook. Et à Youtube. Et à Google aussi. Grâce surtout aux fascistes qui ont rempli ces sites de boue fasciste et cette boue, comme à Nuit de Boue, elle est ici aussi, sur l’image, un peu partout.

 Solutions locales pour une famine mondiale?

 

 Les bien-pensants et les beaux-parleurs qui défendent l’écologie et la ruralisation de la société mettent en danger la survie d’une partie de l’humanité sans pour cela aller jusqu’à soutenir les mesures extrêmes prises par les Khmers rouges au Cambodge. Il leur suffit de prôner la réduction drastique de la productivité agricole, qui provoquera nécessairement une crise alimentaire, étant donné les techniques de culture qu’ils veulent appliquer

Commençons par la prétendue «perte de la biodiversité». Il est intéressant de connaître la genèse de cette idée pour comprendre pourquoi, aujourd’hui, on la mentionne à propos de tout et de rien.

Comme l’a expliqué Bjørn Lomborg, l’écologiste Norman Myers affirma en 1979, sans citer la moindre référence, que, jusqu’au début du XXe siècle une espèce disparaîtrait tous les quatre ans, et que ce taux passerait ensuite à une espèce par an. Lors d’une conférence qui se tint en 1974, on émit l’hypothèse, sans qu’elle fût étayée par la moindre recherche, que le taux d’extinction avait alors atteint 100 espèces par an, affectant non seulement les animaux, mais toutes les espèces, y compris celles qui étaient encore ignorées par la science. Il est vraiment extraordinaire d’attribuer un taux d’extinction à quelque chose qui n’est pas encore connu !

Comme si cette méthode particulière ne suffisait pas, Norman Myers prétendit que, durant les vingt cinq prochaines années, un million d’espèces disparaîtraient, effectuant un calcul facile : 40000 espèces allaient disparaître chaque année. «Toute l’argumentation de Myers se résume à cette affirmation, conclut Lomborg. Son livre ne fournit pas d’autres références ou arguments8.» Telle est l’origine de l’une des peurs contemporaines. Examinons maintenant les autres éléments de la liste.

La façon dont les écologistes traitent la question de la modification génétique des aliments suffit pour dénoncer leur obscurantisme, car les plantes et les animaux que nous mangeons aujourd’hui ne sont pas naturels. Plantes et animaux résultent d’un processus multimillénaire de domestication, qui a impliqué de nombreuses modifications génétiques ; celles-ci avaient l’inconvénient d’être beaucoup plus lentes, elles ont conduit à un plus grand nombre de résultats négatifs et ont dû être abandonnées.

Dans un article9, García Olmedo note à ce sujet que le mot «naturel» est erroné pour plusieurs raisons dont la suivante : «il désigne des variétés cultivées traditionnelles qui ne sont plus naturelles précisément parce qu’elles sont passées par un processus de domestication durant lequel leurs caractéristiques
essentielles ont été éliminées pour survivre dans la nature en échange de l’acquisition des propriétés qui les rendaient aptes à la culture». Et cet auteur, un ingénieur agronome spécialisé dans le génie génétique, professeur à l’université polytechnique de Madrid et membre de l’Académie royale d’ingénierie espagnole, a attiré l’attention sur le fait qu’«aucune des espèces cultivées n’est naturelle parce qu’aucune n’est (ou n’a été) capable de mener par elle-même une vie libre et que toutes dépendent de la main de l’homme pour réussir dans la succession de leurs cycles biologiques». Mais, pour les écologistes, le laboratoire est le siège du Mal, et les aliments génétiquement modifiés résultant de l’association entre la
science et l’industrie sont classés comme dangereux, tandis que les aliments modifiés par la domestication (aussi artificielle que les autres techniques humaines) sont classés comme… naturels.


Le problème fondamental n’est cependant pas de savoir si ces classifications sont justes ou erronées, mais si les aliments biologiques sont plus nutritifs et meilleurs pour la santé. «Il est faux d’affirmer que ce qui est naturel est forcément plus sain que ce qui est artificiel, écrit Mark Lynas sur son site. En 2009,
une importante étude pour la Food Standards Agency du Royaume-Uni [le ministère responsable de la protection de la santé publique] a conclu que les aliments biologiques n’apportaient aucun avantage nutritionnel ou positif pour la santé.» Et Lynas d’évoquer le cas des bactéries qui passent du fumier animal à la plante, puis aux aliments. En effet, une étude publiée en 2004 par Avik Mukherjee et al., de l’université du Minnesota, citée par García Olmedo dans l’article que j’ai mentionné, a détecté la présence de coliformes fécaux dans 9,7 % des fruits et légumes provenant d’exploitations agroécologiques, mais seulement 1,6 % dans ceux provenant d’un autre type d’agriculture. Et García Olmedo a ajouté une liste inquiétante de maladies et de décès causés par l’utilisation de matières fécales comme engrais.

 

Bilan provisoire des altermondialismes : Altermondialisme… ou altercapitalisme ?

Formuler une définition précise de l’altermondialisme est très difficile, vu la multiplicité des courants idéologiques que ce terme recouvre, la multiplicité des mouvements qui s’en réclament (de façon plus ou moins intéressée ou opportuniste (1) ) et la multiplicité des formes d’action qui lui sont liées.

Ses partisans mettent en avant le fait qu’il s’agirait d’un « mouvement des mouvements », d’un Réseau des réseaux, horizontal, ultradémocratique, ouvert à toutes les sensibilités politiques et philosophiques, à condition qu’elles remettent en cause le « néolibéralisme », concept au contenu très ambigu sur lequel nous reviendrons plus loin.

Ses détracteurs soulignent le fait que les sommets altermondialistes sont financés par des municipalités, des régions, des ministères ou des États. Ils soulignent que les cadres de ces mouvements travaillent pour des ONG, des associations humanitaires, des observatoires du développement, des think tanks (clubs de réflexion), des instituts de recherche, des cabinets de consultants (2,4 millions d’euros par contrat) ou des syndicats qui dépendent totalement des subventions gouvernementales ou privées (2) . Les théoriciens de l’altermondialisme sont le plus souvent des universitaires qui vivent dans leurs tours d’ivoire académiques, relativement privilégiées, soutenus par des politiciens ou des militants chevronnés à la recherche d’une nouvelle virginité politique.

PARIS – 21/06/2009 – MANIFESTATION EN SOUTIEN AUX INCULPES DE TARNAC AUX ABORDS DE L ADMINISTRATION PENITENTIAIRE –

Ses partisans ripostent que le mouvement altermondialiste est tourné vers des revendications concrètes, minimales certes, mais réalistes, voire « utopiques-réalistes-et-citoyennes ». Qu’il regroupe des syndicats, des associations, des bénévoles qui ne font pas d’« idéologie » mais n’hésitent pas à « mettre les mains dans le cambouis ».

Ses détracteurs rétorquent que l’altermondialisme n’est qu’un concentré de vieilles idéologies ou de vieilles propositions politiques, datant pour la plupart du XIXe ou des débuts du XXe siècle : apologie des coopératives, des petites et moyennes entreprises, ou des petites et moyennes exploitations agricoles employant des salariés ; réforme du système bancaire ; réforme agraire (sans supprimer la propriété privée du sol) ; adoption de règles internationales garantissant la coexistence pacifique entre les États ; imposition de règles internationales garantissant un rééquilibrage économique durable et plus juste entre le Nord et le Sud ; ou tiersmondisme, idéologie qui a servi, et sert encore, à justifier la domination de nouvelles bureaucraties, ou bourgeoisies bureaucratiques, sur les peuples du Sud. Il n’y aurait donc rien de nouveau sous le soleil altermondialiste.

Bref, lorsque l’on discute du sens et de l’intérêt de l’altermondialisme, assiste-t-on à un dialogue de sourds, finalement assez classique, entre « réformistes (3) » et « révolutionnaires » ? Ou la discussion peut-elle s’avérer plus complexe ? Peut-on agir au sein des mouvements altermondialistes sans renier ses idéaux de révolution sociale, tout en défendant de façon efficace les intérêts des exploités ? La primauté accordée par les altermondialistes aux « droits humains » (droits dont jouissent, ou jouiraient, par conséquent toutes les classes sociales) est-elle riche de perspectives nouvelles ?

La pratique du consensus et de la non-violence qui caractérisent ces mouvements (dont les « Indignados » en Espagne sont la dernière illustration) n’aboutissent-ils pas tout simplement à redorer le blason d’une démocratie qu’il faut bien appeler par son nom : la démocratie bourgeoise – ce que ne font jamais les altermondialistes ? N’aboutissent-ils pas à re-noncer à toute perspective de véritable suppression du capitalisme, de l’État, de l’exploitation, de la hiérarchie, du salariat ?

La dénonciation du néolibéralisme et de la « marchandisation (4) » du monde n’est-elle pas le moyen de réhabiliter un capitalisme en crise au nom d’un discours pseudo-éthique qui sanctifie l’indignation mais condamne la révolte quand celle-ci ne souhaite pas se contenter d’un simple replâtrage ? N’est-elle pas une manœuvre habile pour inventer un « altercapitalisme » plutôt qu’un anticapitalisme ou un socialisme du XXIe siècle ?

Lire la suite ici =>

http://www.mondialisme.org/spip.php?article1815

Sivens : quand l’extrême droite tente d’infiltrer la ZAD

Autour de la ZAD de Sivens, gravitent d’inquiétants personnages. Cela fait plusieurs années que des groupuscules d’extrême droite violents, au nom de la défense d’une nature éternelle, tentent de récupérer les combats écologiques.

(…)

Quelques jours après avoir publié ce statut Facebook, rapidement effacé, Jean-Luc Mélenchon persiste : le 25 octobre, lorsque Rémi Fraisse a été tué au cours d’un affrontement contre les gendarmes dans la forêt de Sivens, ce sont bien des militants d’extrême droite qui l’ont accueilli, lui le dirigeant de gauche, aux cris de “Tiens, voilà la franc-maçonnerie qui se réveille !” et en lui jetant des pierres. “C’était une souricière, j’ai pris des coups et j’ai eu peur, poursuit-il. J’ai profité d’un moment où ces excités se sont retournés contre José Bové pour m’échapper de là.”

Impossible de vérifier l’appartenance politique de ce petit groupe de militants agressifs. Mais une chose est sûre : l’extrême droite a effectivement pointé son nez sur le barrage. Et pas uniquement pour s’attaquer à Mélenchon.

Des tracts étranges

“La première fois qu’on les a vus, c’était à Gaillac, le village voisin, début octobre”, se souvient Dominique*, vieux militant écolo chargé de la sécurité, qui campe sur la ZAD (zone à défendre) depuis août. “Des copains ont vu des types coller des affiches contre le barrage, mais ce n’était pas les nôtres.” Sur les feuilles A3, signées “Rébellion”, une inscription “Non au barrage de Sivens, ne laissons pas le profit détruire la nature !” encadre un dessin représentant un poing levé qui fait office de tronc d’arbre. “On ne savait pas qui ils étaient, raconte Camille C.*, zadiste écolo de 33 ans. Mais ils parlaient plus volontiers de putsch que de révolution : ça m’a mis la puce à l’oreille.” Ce collage d’affiches était en fait l’œuvre du MAS (Mouvement d’action sociale) et de sa revue Rébellion : loin de vouloir attaquer les zadistes, ils cherchaient à s’associer à leur lutte. Et ce n’était pas la première tentative de ce genre. Mi-septembre, déjà, un militant soralien surnommé FArthur, membre du site complotiste Inform’action, avait tenté d’infiltrer une organisation toulousaine de soutien à la ZAD, sous le pseudonyme d’Abbé Farthur. Vite démasqué, il n’avait pas pu accéder au camp. Mais d’autres ont suivi.

Des dieudonnistes s’infiltrent

Fin octobre, les opposants au barrage ont vu débarquer trois membres de la Dieudosphère. Vêtus de tee-shirts de la Ligue de défense goy, portant une inscription “arrière-garde française” dans le dos, ils arboraient des tatouages qui ne trompent pas : le mot “Quenelle” imprimé sur le bras de l’un, un ananas sur l’avant-bras de l’autre (référence au Shoahnanas de Dieudonné). Le premier distribuait des tracts conspirationnistes sur un réseau pédophile pendant que les deux autres montaient leur tente.

“Quelques camarades se sont opposés à eux et on a fini par les convaincre de partir sinon ils risquaient de se faire lyncher”, se rappelle Grogne, jeune zadiste punk. Camille C. raconte qu’avec un ami militant antifasciste, il s’est armé d’une barre de fer pour aller les attendre dans la forêt, au coin de la départementale qui borde le site. “Mais on n’a rien pu faire : deux camarades de la Zad s’étaient postés sur le capot de leur voiture pour qu’ils partent sains et saufs. Sur le coup j’enrageais, mais aujourd’hui je me dis que c’était la bonne décision”. Dans la foulée, les zadistes ont publié sur leur site internet, Tant qu’il y aura des bouilles, un communiqué intitulé “Non à la récupération d’extrême droite de la lutte contre le barrage”. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

“Le MAS existe depuis le milieu des années 2000, précise l’historien Jean-Yves Camus. Ils fonctionnent sur le modèle du CasaPound, mouvement italien néofasciste qui a ouvert un centre social à Rome, doté d’une librairie, d’une maison d’éditions et d’un squat destiné aux SDF. Leur spécialité est de soutenir les luttes sociales, environnementales et contre le logement précaire, pour ne pas laisser ce terrain à l’extrême-gauche”.

L’extrême droite et l’écologie

Selon le politologue, il n’est pas aberrant de penser qu’ils sont réellement opposés au barrage : “Pour eux l’écologie c’est la défense de la nature : ils considèrent qu’elle obéit à des lois immuables auxquelles on ne peut pas déroger. Cela vaut aussi dans le domaine social, le genre, etc.” “Cela leur permet de valoriser les racines, le sol et de défendre une certaine notion de pureté et d’identité aux accents régionalistes et nationalistes”, ajoute l’historien spécialiste des mouvements d’extrême droite Jean-Paul Gautier.

Depuis quand l’extrême-droite s’implique-t-elle dans les luttes écolos ? “A la fin des années 70, elle a récupéré ce thème en associant défense de la Nature et protection de la race blanche”, répond le responsable d’une organisation antifasciste.

“Dans les années 90, Christian Bouchet et Fabrice Robert, de Nouvelle Résistance, avaient même infiltré une section jeune des écolos en y plaçant quelques types pour recruter et diffuser leurs idées. Ensuite ils ont lancé Auto Défense Nature et Ecolo J. Aujourd’hui, on trouve souvent le MAS dans des associations types AMAP (3), où ils touchent un public large et crédibilisent leurs idées pseudo-anticapitalistes”.

Les dieudonnistes, quant à eux, sont les héritiers d’une autre tendance. “En 1910, lors des grandes inondations de Paris, les antisémites de la mouvance Drumont accusaient les Juifs d’avoir déboisé les bords de Seine où ils avaient largement investi, et d’être responsables de la catastrophe”, note Jean-Paul Gautier. “Sur ces questions, les mouvements de gauche vont devoir faire très attention”, prévient Jean-Yves Camus, car les tentatives de récupération des luttes écolos par l’extrême droite sont en train de prendre de l’ampleur.

Source les inrocks

En photo, l’écologie d’extrême droite du MAS

 

 

Emmaüs, Une multinationale qui exploite les travailleurs et travailleuses

Éviter la conflictualité, chercher la paix sociale pour ne pas renverser l’ordre établi dans lequel les pauvres sont condamné-e-s à accepter les miettes concédées par une bourgeoisie en quête de supplément d’âme, c’est sur ce principe même qu’Emmaüs a été créé au début des années 50 par l’abbé Pierre qui fut également député du MRP (Mouvement Républicain et Populaire) en Meurthe-et-Moselle.

 Les médias ont toujours été discrets sur les réactions hyper réactionnaires du bon curé contre les grandes grèves de cheminots, mineurs et surtout de fonctionnaires dénoncé-e-s par lui comme des nanti-e-s, voire des fainéant-e-s, les opposant aux « vrais et bons pauvres », les sans-logis.

 En faisant appel à des valeurs telles que la rédemption par le travail, la bonté et le pardon, l’abbé Pierre organise ainsi les couches les plus défavorisées des classes populaires sur des bases autres que révolutionnaires.

L’abbé Pierre inaugure la Cité de la Joie le 30 avril 1954 au Plessis-Trévise accompagné du ministre du Logement Maurice Lemaire.

 Au début des années 50, le mouvement Emmaüs participe à transformer en mendiant-e-s, un mouvement de personnes auto-organisées prêtes à défendre armes à la main les logements vides qu’elles squattaient. En effet, en 1945, le Conseil National de la Résistance avait autorisé la réquisition de logements vacants et dans plusieurs villes de France, des milliers de personnes occupaient des immeubles et diverses habitations.

 Comme toujours, il s’agit d’éviter que se propage un mouvement dans lequel les classes sociales défavorisées prennent leurs affaires en main et de faire en sorte qu’elles trouvent dans l’organisation d’une survie moins misérable les raisons de ne pas se révolter, de patienter pour une hypothétique vie meilleure…

Ce sont ces mêmes dynamiques qui ont été mises en œuvre en 1987 dans la lutte du comité des mal-logés : plutôt que de laisser prendre de l’ampleur à un mouvement de réquisition des HLM, Emmaüs a par exemple tenté de convaincre les familles d’occuper des lieux inadaptés dans lesquels personne ne peut vivre, comme par exemple un hôpital désaffecté, plutôt que de prendre des logements dignes de ce nom.

 

 

 

        Philippe Desbrosses, le pape de la bio

L’efficacité symbolique du discours de l’agriculture biologique en France recèle une ambivalence qui déployée permet de comprendre comment s’est orchestré autour des « produits bio » le passage de la « nostalgie communautariste » agrarienne [1][1] « L’agrarisme » néologisme forgé par P. Barral recouvre… des années 1940 à l’utopie communautaire anti-conformiste des années 1970 [2][2] Ce sujet a été présenté au 23e colloque de l’Association…. L’objectif de ce texte est de comprendre comment le produit « bio » a pu soutenir différents discours idéologiques (de droite puis de gauche) et comment de mêmes éléments ont été conjugués à l’inverse. Le mécanisme décrypté se décline en deux versions : soit la représentation de la nature est convoquée pour imposer une idéologie de l’ordre et elle peut alors nourrir une pensée d’extrême-droite [3][3] L. Ferry, Le nouvel ordre écologique. L’arbre, l’animal… ; soit cette même représentation de la nature est mobilisée pour mener une critique des méfaits environnementaux du capitalisme et elle peut alors alimenter une pensée écologiste de gauche. (…)

Il est nécessaire, pour comprendre la perspective retenue pour étudier la genèse de l’agriculture biologique, de remonter aux années 1930 où la France connaît une triple crise de la paysannerie (dépression économique avec l’effondrement précoce des prix des denrées agricoles ; exode rural ; crise de représentation [5][5] R. Paxton, Le temps des chemises verte. Révoltes paysannes…) et voit l’émergence d’un grand démagogue rural, Henry Dorgères (mort en 1985), célèbre agitateur des campagnes qui finira à Vichy (puis pour quelques temps en prison). Si les relations de Dorgères avec le fascisme peuvent être débattues (il voulait restituer les autorités traditionnelles de la famille — ce qui le rapprocherait plus du modèle franquiste — et non pas installer un nouveau Parti), il reste dans le « champ magnétique [6][6] P. Burrin, « La France dans le “champ magnétique” des… » du fascisme et le représentant d’un agrarisme poussé à son extrême limite. Il rêvait d’imposer une « Nation paysanne » et certains de ses objectifs recoupent le projet promu dans les années 1950 par les pères fondateurs de l’agriculture biologique en France. Après les séquelles de la Seconde Guerre mondiale le monde agricole continue de s’interroger sur sa construction politique et sa relation à la société globale. De ce point de vue les fondateurs de l’agriculture biologique peuvent être considérés comme de très classiques agrariens ou d’ultimes rémanences du magnétisme de Dorgères (avant que l’entrée dans le marché commun agricole — confirmée par de Gaulle en 1958 — puis les évènements de mai 1968 — et le départ de de Gaulle — n’organisent un changement de génération et d’idéologie). Se plonger alors dans l’histoire de l’agriculture biologique permet de découvrir autour de son avènement l’existence de préoccupations largement extra-alimentaires (du politique, du religieux, de l’idéologique) et permet aussi de tracer à grands traits l’histoire de groupes sociaux dominés et marginalisés dans le domaine de l’agronomie ou de la médecine.

La biodynamie

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L’invention d’une première forme d’agriculture « biologique » se fait dans la mouvance austro-allemande de Rudolf Steiner (1861-1925) [7][7] Rudolf Steiner fonde en 1913 l’anthroposophie (fille… qui dans les années 1920 crée une Société d’anthroposophie dotée d’un centre de formation en agriculture biodynamique (qui accorde une grande importance aux rythmes cosmiques, des saisons, biologiques, etc.) [8][8] Elle vise notamment à développer les forces « structurantes…. Cette agriculture s’installe en France en Alsace à partir de 1940 et se structure après guerre grâce à l’Union des cercles bio-dynamistes. Cette agriculture s’est perpétuée à travers deux organisations contemporaines : le Mouvement de biodynamie à Paris et le Syndicat d’agriculture biodynamique toujours basé en Alsace. Aujourd’hui minoritaire au sein des mouvements agrobiologistes, elle bénéficie d’une aura importante car les méthodes de conduites culturales bio-dynamiques président discrètement aux destinées de terroirs viticoles des plus prestigieux.
Des agrariens réactionnaires

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Dans les années 1950, pour des raisons liées aux nouvelles orientations en matière de politique agricole (suppression de l’indexation des prix agricoles), un autre foyer de diffusion émerge dans l’Ouest de la France, avec la création du Groupement des agriculteurs biologiques de l’Ouest (GABO). (…)

La mobilisation de la Tradition contre le capitalisme

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Le journal se range dans le camp du protectionnisme et du nationalisme (proche en cela des positions de Lemaire). Il réalise notamment une apologie permanente de tout ce qui est présenté comme issus de la Tradition (…)

Pour alimenter cette idéologie agrarienne, LVC travaille sur la perception du temps. U. Windisch a montré que la « construction » du temps est propice à la projection d’éléments mythiques et symboliques qui font fréquemment l’objet d’une manipulation dans le cadre de discours politiques [22][22] U. Windisch, Le raisonnement et le parler quotidiens,…. Cela s’illustre dans le journal par le recours à la glorification des sociétés précapitalistes dont celle de l’Égypte ancienne. (…)

Autre exemple de fonctionnement concret du temps mythique, la construction hexagonale du cycle des saisons qui a l’avantage de conjuguer protectionnisme et nationalisme. En refusant d’acheter des produits de contre-saison, le journal de LVC organise et impose une géographie imaginaire et nationale qui érige le contre-saison en contre-nature. De ce point de vue, tout se passe alors comme si le produit « bio » permettait de réactiver le mythe d’une nature éternelle et d’un ordre fixe. Ces rêves ont leurs lois qui renvoient alors directement à l’idée de sélection naturelle. Ainsi la référence à Alexis Carrel est récurrente jusque dans le milieu des années 1980 [23][23] « Hommage à Alexis Carrel », LVC, n° 220, juillet 1966 ;…. Ces visions « biologisantes » ont pour base une vision profondément essentialiste, autre caractère récurrent de la publication.
L’essentialisme ou la lutte contre la vaccination

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La vaccination est une méthode constamment dénoncée. C’est même, avec le pain, l’autre « complot majeur » contre lequel La Vie Claire se mobilise. Pour le journal « L’injection de vaccin a mis la vie des enfants en danger et corrompu leur sérum sanguin par du poison » (LVC, n° 5, décembre 1946). La prégnance de l’essentialisme [24][24] Entendu ici comme croyance en la Nature comme référence… rend impossible l’acceptation du principe de la vaccination qui est précisément « désessentialisant » puisqu’il introduit la notion de gradation. Tout se passe pour la revue comme si le combat contre la vaccination engage des représentations de la pureté qui ne peuvent s’accommoder d’aucune trace de maladies fussent-elles des anticorps. Comme dans la pensée de Raoul Lemaire, Pasteur y est présenté comme un imposteur (…)

Un magazine pas féministe mais qui deviendra féminin

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Si la revue militante s’adressait d’abord à l’homme de la ville, rapidement la femme devient un sujet valorisé comme individu pour sa proximité avec la Nature. Là encore l’action de la modernité est perçue comme procédant d’un détournement dommageable. Au centre de ces discours, l’image d’une femme qui, dans une conception conservatrice de la famille, devrait rester au foyer

Dans la continuité de ces combats le journal de La Vie Claire se montre opposé à la pilule (…)

Le journal est même contre toute forme de contraception puisque son usage ne se justifierait que par le développement de la luxure généralisée. La pilule pénaliserait les plus « innocentes » en les forçant à recourir à l’avortement qui est considéré comme « une erreur » (…)

Le discours moral limite le rôle social de la femme à celui de la mère, clé de voûte de la tradition familiale.
Puis, elle est progressivement désignée comme la première victime du monde moderne et c’est par cette pente qu’insensiblement la revue quittera la dénonciation musclée, les attaques contre l’État, la glorification du paysan pour se tourner définitivement vers un lectorat nombreux mobilisé autour de l’environnement, de la prévention des risques en matière de santé. Dans les dernières années de sa parution, le journal de LVC est presque devenu un magazine féminin comme les autres, conforme au modèle dominant en vigueur dans ces magazines. Le discours sur la femme s’est déplacé de la femme-épouse aux valeurs portées par la femme-mère avec, dans les années 1980 en particulier, un accent accru sur les enfants — de l’alimentation de la femme enceinte jusqu’à leur comportement (bébénageur, agitation, anorexie, etc.) — ce qui favorisera l’adhésion plus large d’un public différent. (…)

La question n’est évidemment pas de prendre position « pour ou contre » l’agriculture biologique et encore moins de faire croire qu’en mangeant « bio » à l’entrée du troisième millénaire on cautionne les odieuses valeurs d’extrême-droite qui ont été fondatrices du développement premier de ce type d’agriculture dans les années 1950. L’analyse d’une genèse complexe rappelle que la promotion d’une « agriculture naturelle » n’est pas toujours en soi un argument neutre, anhistorique ou simplement de gauche.

http://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique1-2003-1-page-193.htm

En photo Philippe Desbrosses, à l’origine de la création de la plupart des mouvements de l’officialisation de l’agriculture biologique, à la tête d’Intelligence Verte créée en 1999 et proche de l’anthroposophie

 

La Goutte d’eau et l’indien

 

Cette scène épique fait partie de celles qui fera date dans la vie militante d’Eric Pététin, 48 heures après l’ultime expulsion de la “ZAD” de la Goutte d’Eau.

Seul en une nuit, vous le verrez, il va élaborer un plan d’attaque d’une ingéniosité qui fera date dans les carnets militants, d’autant plus que personne, absolument personne n’aurait misé un euro ce jour-là sur la tentative d’Eric Pététin.

En arrivant sur les lieux, on dépasse ses deux disciples, qui se tiennent en retrait, sans doute intimidés par la portée historique de la journée. Il faut dire qu’il y a de quoi être impressionné par la promesse de l’ampleur de cette énième envolée héroïque tant l’entreprise pourrait paraître vaine pour n’importe quel être empêtré dans la rationalité. 
Seuls les deux chiens, braves comme des séminaristes après la sieste, semblent confiants.
Pététin, toujours très concentré, se dresse un instant face à la Goutte d’Eau, changée depuis peu en bunker. De nombreux gendarmes, des hommes en armes, une milice de sécurité en condamnent totalement l’accès, en tout cas pour le commun des mortels.

Soudain, un craquement de branche pète comme un cassoulet de la veille. Le signal. Pététin rugit en première ligne, la guitare en bandoulière, sans bandoulière, c’est magnifique! Il est en cannes le petit! Droit devant!
L’entrée principale, barrée de blocs de pierre? Et alors! Peu nous en importe! S’il était écrit que l’on devait passer par ici, alors on passera ici! La ligne de gendarmes, ne saisissant pas immédiatement l’imputrescible fougue de la manœuvre, s’apprête à le cueillir, presque déçue de marquer en début de jeu sans qu’on lui oppose combativité véritable, quand, tel un ailier conquérant le prestige des plus fougueuses épopées rugbalistiques, Pétoff feinte tout le monde en sautillant vigoureusement latéralement! 
Là est tout le panache blanc et ténébreux de la survivance de l’esprit chevaleresque! 
La gorge déployée d’une musicalité très printanière, Pétoff se bat comme un beau diable! Prenant tout le monde par surprise, voilà qu’il dévale, pieds nus, les ronces du fossé. 
Touchées subitement par la grâce, les voilà bien résolues, elles aussi, à faire pénitence au contact de la voûte plantaire christique. Le temps que la défense adverse se repositionne sur ses lignes, l’écolo bondissant a déjà entrepris une nouvelle feinte! Magique! C’est par l’accès Sud désormais qu’il envisage d’atteindre le potager. Ah ça non, il n’est pas venu pour acheter du terrain, lui, il en gagne! Pététin, c’est un jeu spectaculaire qui est là avant tout pour faire plaisir à son public et une élégance rare. Ça y est! C’est presque gagné! Il dévoile enfin son ultime tactique de la matinée. La victoire, le potager, tout cela n’est plus qu’à deux bus de playmobils. Deux minuscules bus. La foi en vaut dix, en vaut mille mais en face, l’équipe adverse y croit aussi dur comme fer! Il faut dire que le mercato a été bon, notre barde en guenilles lui aussi fait des bonds. Mais seul, désespérément seul…

Epilogue

L‘occupation du potager en question pour conjurer toute expulsion. C’était très malin, voire très futé mais hélas, cela ne suffit à convaincre une maréchaussée qui hélas, fut loin de posséder une telle maîtrise dans le droit civil, ce qui priva Pétof d’une nouvelle magistrale victoire.

Eric Pététin, zadiste catholique

 

Même Eric Pététin, militant professionnel, y était. Son cas mérite d’ailleurs qu’on s’y arrête : ce militant d’une soixantaine d’années au look de hippie, surnommé aussi « Pétof » ou « l’Indien » a fait ses armes dans la lutte contre le tunnel du Somport dans les années 1990. Depuis, celui qui se dit à la fois anarchiste et catholique est apparu dans de nombreuses luttes, notamment des ZAD. Nombre de militants qui l’ont connu lui reprochent de se comporter en gourou et de n’en faire qu’à sa tête, sans considération pour les décisions prises collectivement. Mystique, il a jugé positivement le Mouvement du 14-Juillet lors de son apparition, conseille la lecture ou l’écoute du conspirationniste Pierre Jovanovic et se serait déclaré, selon Gaultier Bès, favorable à l’accueil des Veilleurs à Notre-Dame-des-Landes.

Il devrait d’ailleurs contribuer au prochain numéro de Limite, à paraître dans quelques semaines. Le collectif antifasciste Les Enragés le décrit ainsi :

« Il est possible de tout lui reprocher à l’exception de sa constance, même s’il y a eu en réalité plusieurs Pététin dans la vie de Pététin, on pourrait en dégager deux. La belle époque puis celle des errances, dont l’aboutissement sera celui de se faire copieusement huer à NDDL à l’occasion d’une intervention frappée d’un mysticisme carabiné et qui ne parvint pas, heureusement, à séduire l’auditoire. Quoiqu’il en soit, Pététin se greffa au projet de réhabilitation d’un lieu – une gare désaffectée rebaptisée La Goutte d’Eau – qui fut pendant des années à la pointe de la lutte écologiste. Il est à l’origine, en tout cas dans sa réalisation personnifiée la plus médiatiquement exposée, de l’une des plus grandes manifestations organisée en moyenne montagne en Europe, ce n’est pas rien. Peu importe finalement la foi qui semble l’animer tant que cette dernière ne prend pas le dessus sur les mises en action concrètes. Il n’en a pas toujours été ainsi. Et dans son militantisme teinté d’happening et de jeu du chat et de la souris avec les bleus, tout le monde ne possède pas forcément les mêmes ressources familiales pour pouvoir affronter la Justice. Il n’en reste pas moins un personnage vif, cultivé, à l’imagination sans fin, séducteur et à qui il faut sans doute savoir dire non. Dans les aspects gênants à très gênants, sa déification de la nature, ce rejet de la modernité et de la ville, ses accointances actées avec des sphères catholiques proches de la “Manif pour Tous”, etc. »

source confusionnisme.info

 

 

La Critique du productivisme dans les années 1930, mythe et réalités

 Dans ce nouveau livre, le géographe Philippe Pelletier, spécialiste et disciple d’Élisée Reclus, s’en prend à la tendance dite « antiproductiviste » de l’écologisme, pourtant très en vogue aujourd’hui au sein des mouvements les plus radicaux de notre époque.

Il y pointe tout ce que ce courant de l’écologie politique doit à la critique menée, dans les années 30 du siècle passé, par ces cercles intellectuels auxquels on accola le qualificatif de « non-conformistes », groupes-ou revues comme la Jeune Droite, L’Homme réel, L’Homme nouveau, XX` siècle, La Jeune Droite, Esprit et surtout, L’Ordre Nouveau, le mouvement animé, entre autres, par Denis de Rougemont et Arnaud Dandieu, l’introducteur en France de la notion de productivisme ainsi que de sa critique.

 Des cercles intellectuels dont Philippe Pelletier met en évidence l’attirance qu’y exerça le « champ magnétique » des fascismes, comme le montre la « Lettre à Hitler » rédigée par L’Ordre nouveau en novembre 1933, ou encore la participation de certains de ses membres les plus connus au « Congrès italo-français d’études corporatives » organisé entre le 20 et le 23 mai 1935 à Rome.

 Cependant, Philippe Pelletier ne se borne pas à faire oeuvre d’historien des idées mais, dans la partie plus théorique et la plus polémique de son essai, il va bien au-delà et procède à une forte « critique de la critique » écologiste, à laquelle il a consacré déjà de nombreux écrits.

 Ce n’est pas seulement à cause de ses accointances avec les fascismes d’avant-guerre qu’on doit refuser la philosophie prônée par les « non-conformistes » des années 30, affirme l’auteur de ce livre, mais aussi, et surtout, parce que cette pensée ne permet pas de comprendre la vraie nature du capitalisme, qui n’est pas de « produire pour produire » mais de « produire pour vendre », pour « développer une logique de marché, de profit, qui passe par une exploitation économique, une domination politique et une oppression sociale ». Et enfin, dit Ph. Pelletier, qui revendique haut et fort son refus de tous les spiritualismes, il faut repousser cette pensée parce que l’écologisme « qui brasse tellement large, avec ses croyances, ses valeurs morales, son culte du catastrophisme, ses prêtres, ses gourous, ses églises, ses schismes, s’apparente à une religion : celle de la nature ».

Source Vosstanie

 

Qui sont les rois des AG?

  Pour beaucoup, l’AG en soi porterait un cadre plus propice à l’exercice du pluralisme démocratique, en opposition au vote en isoloir, qui, dans un cadre capitaliste et bourgeois, ne sert finalement qu’à choisir les gestionnaires de l’économie marchande et de notre propre exploitation.

Or même si nous préférons dans son principe, une décision prise en AG à une décision prise en petit comité, on se rend compte à l’usage, que nombreux sont les militants et bureaucrates professionnels à être capables d’investir les AG au but d’en prendre le contrôle, les monopoliser ou de les torpiller.

 C’est un sujet qui nous semble important car hélas, beaucoup ont tendance à faire confiance à ceux qui se jettent spontanément sur les micros, qui sont, il faut bien le dire, toujours les mêmes.

Le fétichisme de l’AG démocratique? Un leurre.

On le sait depuis longtemps pour les AG d’universités qui ne sont que le terrain de jeu des militants de différentes organisations, y compris non organisés comme les autonomes.

Pour les partis pas d’AG, des motions. Pour les syndicats des simulacres où le délégué syndical prêche la bonne parole.

Pour les associations, en général l’AG annuelle pour la présidence etc… Seules quelques associations sur le terrain des luttes peuvent parfois avoir un fonctionnement plus démocratique.

 Il s’agit de mobiliser des ” militants bénévoles “, impossible de leur donner des ordres, bien que je pense qu’elles ont quand même des “leaders” désignés ou charismatiques.

  Quant aux libertaires “autogestionnaires” par principe, l’AG “souveraine” n’échappe pas à des codes invisibles, des affinités et aux “leaders d’opinion”.

 L’AG est un exercice de la parole, malheur à celui qui ne maîtrise pas cet art, de fait on se croirait souvent plus au concours d’éloquence des apprentis avocats plutôt qu’à une discussion collective d’analyses et de stratégies.

 De fait, la composante sociologique et idéologique de l’AG, traduit la ligne politique majoritaire du groupe et des décisions prises en AG,  le profil politique étant déjà prédéfini. Celui qui pense apporter une voix différente à la “ligne” habituelle risque d’être fort marri.

 Comment y remédier? Déjà effectuer le plus souvent la rotation des taches et le travail en commissions en dehors des AG. Plus le groupe est petit, plus le timide ou réservé peut s’exprimer. Mais il n’existe pas de recettes miracles, à chacun de rester acteur et ne pas déléguer sa parole, par fainéantise ou sentiment d’infériorité, aux professionnels des AG.

 Pour cela une analyse critique de l’AG, et la mise en place de garde-fous est nécessaire dans tous les milieux pratiquant ce mode de fonctionnement “démocratique”.

 
Les Enragé-e-s

 

 

Pour élargir ses réflexions :

” L’exemple suisse n’est pas mieux avec son système référendaire qui permet l’adoption des pires mesures racistes. Notons qu’en suisse, le fait que ce soit les cantons qui votent à main levée qui sont les plus réactionnaires et qui ont accordé le plus tardivement le droit de vote aux femmes, dans les années 1990 !!! ” Lire la suite ici

La Relève et La Peste, start up de la confusion

Le 5 novembre 2014, le site d’extrême droite Le Cercle des Volontaires annonçait la sortie prochaine d’une revue au titre mystérieux : La Relève et La Peste [1]. D’emblée confusionniste, ce projet affiche le soutien de noms prestigieux comme ceux du philosophe français Edgar Morin et du sociologue suisse Jean Ziegler.

Sorti début 2015, La Relève et La Peste est un projet porté par un étudiant issu de l’école de commerce ISC-Paris, Jérémie Carroy.

A en croire le site de l’école, il « a été sélectionné parmi les 40 meilleurs projets européens du site de crowfunding  « Kisskissbankbank » », qui réunit les dons permettant de le financer

Le « crowdfunding » et non «crowfunding » comme écrit sur le site de l’école, de l’anglais « crowd » qui signifie « foule » et « funding » pour « recherche de fonds », qu’on pourrait traduire par « financement participatif », consiste à faire appel aux dons, aux prêts ou à l’investissement financier des Internautes pour financer un projet, souvent de nature culturelle.

Comme toute page confusionniste, celle-ci va avoir tendance à s’abreuver à la masse sous-culturelle déjà existante. La conséquence ici sera pour le moins fâcheuse puisque Huxley n’a jamais écrit cette phrase. Il s’agit en réalité d’une prosopopée rédigée il y a une quinzaine d’années par un professeur de théologie.

 Dans le cas de La Relève et La Peste, le système choisi est celui du don avec contrepartie : plus le don est élevé, plus la revue offre de récompenses en nature (bracelet-marque page, invitation à la soirée de lancement, etc.). D’aspect professionnel, cette revue prévoit d’accorder une grande place au graphisme et, puisqu’il faut bien attirer le chaland, affiche l’ambitieux projet de développer un « nouveau concept » : le « livre-journal ». Il s’agit en fait bien d’une revue, soit une parution régulière (tous les six mois dans ce cas) au format livre, rien de vraiment original en somme.

Mais ce qui a attiré d’emblée notre attention n’est pas le concept en lui-même, mais bien le contenu éditorial que cette revue risque de proposer, ainsi que la nature de ses relais promotionnels sur le web. Soutenue, si on en croit son initiateur, par des personnalités classées dans le camp progressiste comme Edgar Morin ou Jean Ziegler

Curieusement, leurs noms n’apparaissent pourtant pas parmi les auteurs mentionnés au sommaire, et nous ignorons le degré réel de leur implication dans la fondation de cette revue.

La Relève et La Peste affiche en effet parmi ses contributeurs plusieurs noms associés au camp conservateur et réactionnaire.

Gabriel Rabhi, publiait le 6 février 2015 un article tiré du site négationniste SansconcessionTV.org – Pour une histoire débarrassée des nombreux mensonges (PHDNM), animé par le négationniste Vincent Reynouard.

On y trouve ainsi le « fils du grand Pierre Rabhi » (sic), Gabriel Rabhi, connu pour faire de la propagande soralienne et dieudonniste. Une ” réinformation ” mettant en scène le site les crises.fr, de Berruyer qu’on ne présente plus, une vidéo de Vernochet, un nationaliste baignant dans le complotisme délirant, voix de l’Iran, de Poutine, gravitant dans la dieudosphère et chez les complotistes, proposée par media-presse-info, un site nationaliste réactionnaire organe de propagande de Civitas et enfin Le Cercle Aristote, structure d’obédience néo-droitière.

Martin Peltier, figurant en bonne place sur le site Egalité&Réconciliation, a collaboré au Figaro Magazine, à National-Hebdo, à Minute et à Rivarol…

 Jean-Loup Izambert, journaliste ayant collaboré à plusieurs médias marqués tant à droite (Les Echos, VSD) qu’à gauche (L’Humanité) ainsi qu’à la revue d’extrême droite pro-Milosevic Balkans Infos (B.I.) ; le philosophe Jean-François Mattei (décédé il y a peu), qui a conseillé dans les années 1990 François Bayrou quand il était ministre de l’Education et qui était proche de certains milieux nostalgiques de l’Algérie française (le Cercle algérianiste).

On note également la présence de Christian Chavagneux, éditorialiste à la revue Alternatives économiques, qui elle est marquée à gauche et d’un commissaire divisionnaire et criminologue, Jean-François Gayraud.

Enfin, apparaissent les noms de deux universitaires, d’une réalisatrice de documentaires et d’un dessinateur dont rien ne nous permet de présumer de l’orientation politique . Cristel Cournil et Benoît Mayer travaillent sur les questions migratoires et environnementales et notamment sur la question des réfugiés climatiques, tandis qu’Aurine Crémieu a réalisé des documentaires pour diverses chaînes de télévision, notamment sur des questions liées à la condition des femmes dans le monde.

Le dessinateur Bastien Nups dit NUPZ quant à lui, ne semble pas avoir pour habitude d’aborder explicitement dans son travail de thématiques politiques.

Etienne Chouard aime forcément ce personnage de droite radicale appartenant à un mouvement sectaro-religieux.

  Du côté des soutiens au projet qui se manifestent, on peut noter que malgré le parrainage affiché de figures tutélaires comme Edgar Morin ou Jean Ziegler, le moins que l’ont puisse dire est que les médias dominants pas plus que des publications académiques ne se relaient pas au portillon pour en faire la publicité.

 En revanche, La Relève et La Peste jouit du soutien du Cercle des Volontaires à qui Jérémie Carroy et Gabriel Rabhi ont accordé des interviews promotionnelles, de la webtélé conspirationniste Mr Mondialisation, du site web confusionniste Inform’Action, du portail d’extrême droite nos-medias.fr ou encore d’un site culturel également diffuseur de contenus complotistes, DiazePaM.fr.

 La ligne éditoriale de la revue est sans surprise de « traiter des sujets jamais abordés dans nos médias », un argument marketing désormais systématiquement ressassé par ce type de presse, et dont on se demande bien comment il pourrait être mis en pratique par un support qui accueille des contributeurs issus pour certains de la presse dominante ou du moins d’organes de presse reconnus, quand il ne se place pas sous le patronage d’universitaires de haut rang dont la pensée n’a rien de vraiment marginal, puisqu’elle est largement relayée au sein des plus hautes sphères intellectuelles et politiques, y compris internationales (Les fiches Wikipedia d’Edgar Morin et de Jean Ziegler donnent une bonne idée de leurs parcours).

 Mais plus inquiétante encore est l’idéologie qui semble transparaître au visionnage du clip promotionnel, et qui ne laisse aucun doute quant à la ligne politique réelle que le projet entend mettre en avant. En effet, discrètement, par petites touches, ce « trailer », bien que promettant « une symphonie d’humanisme », inscrit La Relève et La Peste dans la lignée d’une idéologie impérialiste héritée de la période coloniale qu’on s’étonne de voir soutenue par des personnalités progressistes.

Le clip promotionnel de la revue, qui s’y présente comme « l’orchestre bienveillant » (sic) ne laisse aucun doute quant au public visé et à ses présupposés idéologiques. Introduit par des images de conflits, de famine et de pollutions a priori tournées exclusivement dans des pays non Occidentaux et dans lesquelles apparaissent des personnes pauvres (car il ne saurait y avoir de pauvreté, de conflits ni de pollution en Occident dans cette vision du monde), souvent noires, il enchaîne par une série de plans tournés dans de proprets appartements bourgeois occidentaux où n’apparaissent que des Blancs, hommes et femmes, seuls ou en couple (hétérosexuels bien sûr), avec ou sans enfants regardant par la fenêtre ce qu’on suppose être les malheurs du monde, de cet autre monde complètement étrange et étranger fait de guerres et de pauvreté qu’une voix off décrit et qu’on a pu entrevoir en début de clip.

Promotion active d’Etienne Chouard, l’ami de la fachosphère, et son tirage au sort.

 Dans un troisième temps, ces bourgeois occidentaux descendent se promener dans la rue pendant que la voix off (assurée par Benoit Allemane, la voix française de Morgan Freeman si on en croit la présentation du clip sur YouTube) les décrit comme les acteurs du changement : « la relève est en marche, et nous vous promettons de ne laisser personne derrière nous », annonce-t-elle.

Cynisme absolu ou sensibilité à la condition ouvrière, la confusion permanente cultivée ici permet sans doute de répondre “les deux”.

 

 Personne, sauf qu’a priori, la « relève » ne se composera ni de pauvres, ni de non-“blancs”. « Nous remplacerons les armes par notre seule pensée, notre plume sera notre seul espoir », ajoute avec grandiloquence la voix off. En effet, on peut supposer que « les armes » sont sans doute l’apanage des populations pauvres montrées complaisamment en début de clip, tandis que « la plume » est celui des peuples dits « civilisés » dont les dignes représentants apparaissent ensuite pour se pencher avec une bienveillance toute condescendante sur le malheur de ces gens qui ne sauraient se révolter sans l’aide de ceux qui, bien que contribuant à la domination qu’ils subissent, disposent de la clairvoyance nécessaire, au contraire de ces pauvres hères.

Ici le cryptofrasciste Etienne Chouard se sent comme un poisson dans l’eau dans cet environnement fiévreux de confusionnisme.

 Alors que d’autres internautes semblent avoir une analyse voisine de la nôtre sur le contenu de ce clip et s’interrogent sur le compte facebook de la revue, l’équipe de La Relève et La Peste semble assumer cette ligne ethnocentrée qui ne veut pas « remettre en question la place des blancs ou des noirs » (sic) (ni celle des femmes d’ailleurs, dont la forte présence dans le clip semble déranger d’autres internautes) : « Le propos de cette video est de mettre en avant une prise de conscience occidentale sur ce qui se passe dans le monde, expliquait l’équipe de la revue en réponse à ces remarques le 14 octobre dernier. L’occident est dans une bulle si l’on regarde tout ce qui se passe autour de nous. Cela ne remet pas en question le fait que beaucoup de choses vont mal en France. […] Ce teaser ne fait qu’énumérer des problèmes globaux qui sont bien réels, sans remettre en question la place des blancs ou des noirs … […] En ce qui concerne la place de la femme dans cette vidéo, n’y voyez en aucun cas un sous-texte féministe. Si le rôle des femmes de ce teaser vous dérange, c’est un autre débat. Nous pouvons en débattre par message privé si vous le souhaitez! »

Ce site semble collectionner les citations apocryphes puisque Oscar Wilde n’a jamais écrit cette phrase.

Quel avenir aura cette étrange revue ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais ce qui est sûr, c’est que si elle paraît et continue sur cette ligne, elle contribuera à son niveau au brouillage des cartes et qu’elle participe d’ores et déjà à cet inquiétant phénomène de multiplication des médias confusionnistes, notamment dans ce qu’ils ont de plus professionnel et donc potentiellement de plus crédible aux yeux du public.

 

Les Enragé-e-s & Confusionnisme.info

 

[1] cercledesvolontaires.fr/2014/12/05/releve-peste-nouveau-journal-alternatif-soutenir/

Test: Etes-vous capitaliste ou anticapitaliste?

Tous les dimanche soir, vous êtes pris d’une boule au ventre, d’un blues indéfinissable à l’idée de reprendre le taf le lundi.

Vous ne supportez pas le fait que toute votre existence soit organisée autour du boulot, les vacances sont toujours trop courtes.

Vous avez remarqué le fait que des personnes puissent être sympathiques en dehors du cadre du boulot mais horriblement antipathiques dès la première minute d’occupation de leur poste.

Vous ne supportez plus le fait d’être spectateur de votre vie, de n’avoir le temps de rien faire, de posséder une technologie qui au lieu de vous faire gagner du temps vous en fait perdre.

Vous avez connu des phases de votre vie où vous aviez du temps mais pas d’argent ou de l’argent mais pas de temps et vous trouvez ça totalement idiot.

Le net vous a fait découvrir des milliards de trucs mais vous vous rendez compte que vous n’avez ni le temps ni l’argent pour vous y intéresser et faire ce que vous voudriez vraiment faire concrètement.

Vous avez rencontré grâce à internet des gens super, à qui vous aimeriez bien pouvoir rendre visite mais vous n’avez soit ni le temps, soit ni l’argent, soit les deux, pour le faire.

Vous prenez des cachets, de l’alcool, des drogues, des méditations, des jeux de hasard, des univers ludiques ou culturels parallèles pour tenir.

Vous avez toujours choisi, dans votre vie, le moins pire, en fait, vous n’avez jamais pu choisir de faire tout ce qui vous plaît vraiment.

Les inégalités et les injustices vous révoltent mais vous ne voyez pas comment dans cette organisation de la société, il pourrait en être radicalement autrement.

Vous vous êtes progressivement rendu compte que ce monde-là produit du malheur, de la misère, de la violence quotidienne.

Ne cherchez plus, vous êtes anticapitaliste.

 

Les Enragé-e-s

 

T'es pas anticapitaliste? Tu es sûr de ça?

Mais c'est quoi au juste le capitalisme? Une production libre et non marchande par https://vosstanie.blogspot.com/et http://www.lesenrages.antifa-net.fr

Objavil/a Les Enragés dne 13. marec 2017

 

Mais arrêtez avec vos “projets inutiles”!

Quelqu’un pourrait-il enfin nous expliquer ce que signifie se battre “contre les projets inutiles”?

Les délires écolos-mystiques de Reporterre, un catholicisme repeint en vert à cheval entre la deuxième gauche et la droite radicale.

Car au sein du capitalisme, rien n’est « inutile », rien n’est « utile », tout investissement, toute activité humaine, toute la production est entièrement régie par la logique du profit.

«Lutter contre les projets inutiles », c’est diffuser l’idée qu’il y aurait des projets « utiles ». Qu’il y aurait d’un côté une activité économique raisonnable et raisonnée, indéboulonnable, indépassable et de l’autre, une économie de la démesure, du gaspillage, une économie qui serait sortie des rails de la Raison.

Mais enfin! Posséder cette vision totalement illusionnée du capitalisme, ce n’est pas raisonnable!

Comment en effet se contenter, intellectuellement parlant, d’une vision totalement tronquée du capitalisme, système barbare au sein duquel la moindre chose, le moindre service, le moindre concept, presque, sont monétisés au but de créer de la valeur?

Tout, absolument tout est « inutile » au sein d’un système capitaliste, à commencer par le fait de devoir bosser 40 heures par semaine pour engraisser des petites amicales de crevards bien nés ainsi que leurs larbins patentés!

Arrêtez avec ces « projets inutiles »! Arrêtez de faire l’autruche, arrêtez de faire des fixettes sur ce que vous considérez comme inutile alors que c’est la beauté de nos existences-mêmes qui est inutile au sein du capitalisme!

Quand on va se planquer à la cambrousse, on ne quitte pas le système capitaliste, on se planque! On ne l’abat pas, on le rend supportable pour soi.

Les « projets inutiles », ils tiennent tous dans l’exercice comptable de la plus petite des entreprises!

Le capitalisme, c’est Vinci mais aussi les pizzas bio de Leonardo!

Dans la lutte anticapitaliste, les « inutiles », ce sont ceux qui distinguent artificiellement utilité et inutilité !

Sauver un arbre, c’est utile?

L’immense part des forêts ne sont pas des forêts primaires, c’est-à-dire que la plupart des forêts actuelles ont été plantées de la main de l’Humain.

La gestion de la forêt obéit aux besoins de l’économie capitaliste, elle y est totalement intégrée.

En France, chaque seconde, 2,5 nouveaux arbres sont plantés, soit 80 millions de nouveaux arbres par an. C’est ce qui explique que la forêt française augmente régulièrement de taille avec 35 000 hectares par an. Et d’ailleurs, la forêt française n’est pas en danger, mais voit sa superficie stabilisée depuis 2006 et commencer à régresser vers 2013-14. Elle n’a jamais été aussi vaste depuis le Moyen-âge.

Actuellement, par le jeu des concessions privées, des forêts entières sont détruites sans que jamais aucune seule ZAD ne puisse se monter. Faut-il le regretter? Faudrait-il aller en ouvrir partout où la défense de la Nature le nécessiterait? Faut-il aller sauver les arbres? Ou bien uniquement les zones humides? Uniquement les petits mammifères? Uniquement les zones aux petits papillons gentils?

Uniquement les zones bloquant de grandes réalisations?

Pourquoi ne plus construire de grandes réalisations si l’objectif n’est pas de sortir du capitalisme? L’objectif est de sortir du capitalisme ou de ” bloquer » le stade actuel de l’évolution du capitalisme?

L’objectif est-il réellement de le bloquer ou bien l’objectif est-il de donner l’illusion de le figer? Le figer sur une période du capitalisme acceptable? Celle où l’on ne procédait plus à de nouvelles grandes réalisations?

L’objectif serait donc de faire coller le toujours moins de l’économie envers les salariéEs avec le toujours moins de grands travaux « inutiles »? Pour en finir avec « la gabegie des finances publiques »? Pour faire des « économies »? Pour arrêter « d’engraisser les gros »? Les gros quoi? Cela remonte à combien d’années en arrière cette époque-là? Ce temps béni où l’Etat était raisonnable et où il consultait abondamment ses administrés avant de se jeter dans la bétonneuse?

L’objectif est libératoire par l’action directe? Très bien!

Mais à ce moment-là, comment éviter un second Larzac? Comment dévier de cette pente naturelle qui ne peut que nous conduire vers un naufrage politique de type Bové, ATTAC et plus globalement, l’anticapitalisme mystique et l’écologie réactionnaire à partir du moment où la lutte tourne en rond en se retranchant derrière le mythe?

Si victoire il devait y avoir, est-ce que ce ne serait pas une défaite? En ce sens où tout le capital symbolique de NDDL pourrait s’évanouir par décision politique? L’objectif était donc de faire plier l’Etat dans une forme de citoyennisme radical?

Non, dans l’entame d’une lutte, l’objectif est déjà atteint à partir du moment où l’on se met en lutte.

Mais en lutte pour quoi? Pourquoi uniquement les grands travaux?

Parce qu’elle permet de tenir en échec l’Etat et les intérêts privés qui sont derrière.

Dans ce cas il ne faut pas ” sauver la nature “, il faut nous sauver nous-mêmes, ce n’est qu’à ce prix que l’on pourra continuer à se dépatouiller du grand chaos d’une nature qui sous bien des aspects, n’a plus grand chose de naturel.

Sauver la Nature ou sauver le capitalisme, il faudra un jour choisir.

 

Les Enragé-e-s

 

 

Pour aller plus loin:

“À rejeter l’impérialisme, ou les institutions internationales, ou le capital financier, ou les grands projets inutiles… on ne rejette jamais le capitalisme en tant que tel et on ne construit pas son camp sur des bases de classe. On se trouve dès lors potentiellement allié à certains de nos pires ennemis, comme en témoignent les nombreuses passerelles vers l’extrême droite, construites et entretenues par toutes sortes de militants confusionnistes qu’on ne citera pas ici.”

Misère politique du campisme

Reporterre, site qui se veut une référence en matière d’écologie, est représentatif d’une tendance hélas grandissante du mouvement écologiste qui, par manque sans doute de culture politique, tend à ouvrir ses portes à quiconque se dit – même vaguement – ami de la nature, sinon décroissant. « Reporterre veut être le forum de tous ceux qui imaginent le nouveau monde, un monde où l’on arrêtera de détruire l’environnement et qui retrouvera l’idéal de la justice », clame la courte présentation du site. Au nom du « débat », de la « démocratie » et de la « liberté d’expression », la porte est donc ouverte à tous les vents : sociaux-démocrates de droite, de gauche, du centre, consuméristes, complotistes, mystiques en tous genres, groupuscules d’extrême droite.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme

La moitié des voyages en avion sont réalisés par 2 % de la population.
En 2008, les 10 % des habitants les plus riches ont fait en moyenne 1,3 voyage aérien, alors que jusqu’aux 50 % les plus pauvres, le nombre moyen de vols est proche de zéro.

La moitié des voyages en avion sont réalisés par 2 % de la population

L’écologie est à la mode, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par la droite et le centre. Pourquoi les multinationales et les Etats se sont-ils tous convertis à l’écologie ? D’où vient cette propagande planétaire qui prétend transcender tous les clivages idéologiques et politiques ? Des « nouveaux mouvements sociaux » ou des multinationales ? Des gestionnaires du capitalisme ou des partisans de « l’éco-socialisme » ? Quels sont les principaux auteurs qui, à tort ou à raison, sont considérés comme les précurseurs de l’écologie ? Pourquoi les écologistes s’intéressent-ils davantage aux plantes et aux animaux, qu’aux hommes et aux femmes qui travaillent et sont exploités par le Capital ? Davantage à « la planète », à la « biodiversité » et au « climat » qu’aux prolétaires et à leurs conditions de travail ? Quelle a été la place de l’écologie dans l’Italie mussolinienne, le Portugal salazariste et l’Allemagne hitlérienne ?

Lire la suite ici

Misère politique du campisme

Le mouvement ouvrier et révolutionnaire, le camp de l’émancipation sociale, a historiquement souffert et souffre encore du campisme. De quoi s’agit-il ? De la mise en œuvre, pas forcément explicite ni consciente, de l’un au moins des deux principes suivants. Le premier principe veut que les ennemis de mes ennemis soient mes amis. C’est donc un principe qui délimite mon camp par opposition au camp adverse.

Selon le second principe, la solidarité vis-à-vis de mon camp implique de renoncer à toute critique à son endroit. C’est un principe qui limite ce que je peux et dois penser de mon camp. Ces deux principes pris ensemble se traduisent en une double injonction : choisis ton camp et défends-le contre toutes les attaques !

Le campisme offre un cadre simple et probablement confortable pour les paresseux. Sur le fond, il est une véritable nuisance, particulièrement aujourd’hui quand des courants politiques réactionnaires travaillent activement au brouillage des repères.

Kémi Séba est une vedette de la nébuleuse dissidente . Depuis plus de 10 ans, il anime un petit mouvement, auto-proclamé « panafricaniste », qui prend la forme d’une succession de groupuscules comme Le Mouvement des Damnés de l’Impérialisme ou Les Jeunesses Kémi Séba.

On voit le premier principe à l’œuvre dans toute une mouvance, pas tant à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite, mais quand même aussi à l’extrême gauche, dans la posture dite « anti-impérialiste ». Sous couvert d’un rejet légitime de l’impérialisme états-unien et plus généralement occidental, incluant l’Union européenne et Israël, on en vient à considérer que des États tels que Cuba, la Bolivie de Morales, mais aussi l’Iran de Ahmadinejad, la Libye de Kadhafi, la Syrie de Assad ou la Russie de Poutine sont dans notre camp. C’est évidemment mettre tout ce beau monde dans un même sac et oublier, ou feindre d’oublier, que certains de ces États comme la Syrie ou la Russie, jouent leur carte dans le concert des impérialismes et méprisent le droit des peuples autant que les grands impérialismes.

Le rouge brun Jean Bricmont, interviewé sur la chaîne d’extrême droite Meta TV.

Autre posture similaire à déclinaison nationale, le « souverainisme » qui, sous couvert d’un rejet légitime des institutions de l’Europe patronale, propose l’union du « peuple » et de la « nation », toutes classes et toutes tendances politiques confondues, pour restaurer sa souveraineté. On sait comment ce genre de stratégie se termine, la dernière personnalité ayant emprunté le toboggan étant Jacques Sapir, souverainiste « de gauche » qui va ouvrir la prochaine université d’été du FN.

Le premier principe du campisme a pour trait commun de se déployer sur des bases partielles et partant de conduire à des délimitations erronées. À rejeter l’impérialisme, ou les institutions internationales, ou le capital financier, ou les grands projets inutiles… on ne rejette jamais le capitalisme en tant que tel et on ne construit pas son camp sur des bases de classe. On se trouve dès lors potentiellement allié à certains de nos pires ennemis, comme en témoignent les nombreuses passerelles vers l’extrême droite, construites et entretenues par toutes sortes de militants confusionnistes qu’on ne citera pas ici. Le campisme est ici dramatique en ce qu’il conduit à s’allier à ses propres adversaires.

Conférence au sommet entre Etienne Chouard et Michel Collon.

Le second principe est plus subtil, et certains y succombent même en ayant résisté au premier – même si l’inverse est généralement faux. Ce principe est de l’ordre du réflexe qui veut qu’on ne touche pas à la famille quand bien même cette famille aurait des cadavres dans les placards. Le mouvement ouvrier politique du XXe siècle ne s’est pas relevé de cette forme de campisme : la solidarité de classe envers la révolution russe s’est muée en adhésion majoritaire aux crimes staliniens. Mais le campisme communiste n’est pas le seul. D’autres positionnements du mouvement ouvrier ont conduit et conduisent encore à fermer les yeux sur des aspects de dominations considérés comme secondaires car ne relevant pas de l’exploitation de l’Homme par l’Homme : la domination masculine, le racisme issu du colonialisme, l’homophobie…

Jean Bricmont et sa fixette monomaniaque sur BHL relayant RT, la chaîne propagandiste de Moscou. Dans ses contacts, on retrouve la bachariste Adeline Chenon Ramlat, Jonathan Moadab venant de la web tv d’extrême droite Agence Info-Libre et travaillant pour RT ou encore l’ex-dieudonniste belge Olivier Mukuna, dont l’interview d’Houria Bouteldja (PIR) sera refusé par tous les médias belges francophones mais diffusé sur le site d’extrême droite bachariste Le Cercle des Volontaires.

Cette stratégie ouvriériste peut aller loin, jusqu’à soutenir des positions antiféministes comme le PCF dans les années 1960. Symétriquement, des mouvements luttant contre diverses formes de domination ont succombé au campisme, en priorisant leur lutte au détriment des autres. On a vu et on voit ainsi des féministes (sincères) ignorer les questions de dominations sociale ou raciale, des soutiens (sincères) de la cause palestinienne ignorer l’antisémitisme, des supporters (sincères) de la laïcité ignorer le racisme. Les campistes sont alors les premiers idiots utiles de l’instrumentalisation de leur cause par certains de leurs pires adversaires.

Dernier avatar du campisme, celui que Jacques Fortin, militant LGBT et d’extrême gauche, a appelé l’islamocampisme (voir sur son blog). C’est ce positionnement des opposants légitimes et sincères au racisme antimusulman, qualifié d’« islamophobie », qui ignorent tout ce que l’islam comme religion et l’islamisme comme courant politique portent de régressif pour le droit des femmes, des homosexuel.le.s et, plus généralement, pour les libertés. Cela conduit certains des défenseurs, encore une fois légitimes, des musulman.e.s contre le racisme dont ils sont victimes, à ignorer totalement les autres dominations subies par nombre de musulman.e.s (second principe), et dans le pire des cas, à ne pas être gênés de la compagnie d’islamistes plus ou moins « modérés » dont les valeurs sont à l’opposé des leurs (premier principe). Il y a eu une expression symptomatique de ce campisme à l’occasion de l’affaire du burkini cet été, quand de nombreux communiqués d’extrême gauche et libertaire ont dénoncé à juste titre les décrets anti-burkini et les arrestations sur les plages, mettant en avant la liberté individuelle des musulmanes mais ignorant totalement le sens politique, collectif, de la progression des voiles et burkinis sous toutes les latitudes. (Pour lire quelques textes qui prennent le contrepied de ce positionnement, voir ici.)

Première livraison de l’affiche du rendez-vous, le philo-négationniste Bruno Drweski mais aussi le groupe de la FA Regard Noir, dissout depuis, qui finiront par être retirés de l’affiche de cette réunion. Dans les intervenants, Alima Boumediene Thiery, proche d’Europalestine et victime de l’Ordre “sioniste” des Avocats, Yasser Louati qui a seulement quitté le CCIF en juin 2016 ou encore la militante anti-avortement Ismahane Chouder, un meeting et une pétition à l’initiative de l’association ALCIR 20.

En agglomérant systématiquement à son camp certains de ses adversaires ou au moins certaines de leurs positions, le campisme est l’ennemi de l’émancipation. Résister au campisme suppose de refuser certains alliés faciles et de ne rien lâcher dans le rejet des dominations. Lutter sans hiérarchie contre les dominations sociales, de genre, d’orientation sexuelle, religieuse ou nationale, lutter contre ces dominations non seulement quand elles sont incarnées par l’adversaire mais aussi dans notre propre camp, c’est à ce prix que nous pourrons contribuer à l’émancipation.

 

Raph

Article paru dans RésisteR ! #44, le 17 septembre 2016

 

 

Mai 37 en Espagne, la contre-révolution stalinienne à l’oeuvre

Il y a 80 ans, Barcelone se soulève pour la seconde fois : 10 mois après l’insurrection victorieuse du 19 juillet 1936, la ville se couvre à nouveau de barricades. Si les barricades sont bien les mêmes (une grande partie des militants « destacados » influents de la CNT sont absents de ce mouvement), les défenseurs de l’ordre établi, eux, ont changé d’uniforme, changé de maître : ils œuvrent maintenant pour la défense de l’état républicain de plus en plus dominé par les communistes (eux-mêmes entièrement manipulés par les soviétiques) dont l’objectif prioritaire est de restaurer l’ordre républicain en éliminant la révolution sociale et ses propagateurs.

Ces combats du mois de mai 1937 vont faire plus de 500 morts et au moins 1000 blessés, c’est-à-dire qu’ils causeront plus de victimes que l’insurrection populaire du 19 juillet 1936 qui, dans une grande partie de l’Espagne, a vaincu le soulèvement des militaires fascistes.

Après la fin des combats, la ville, ainsi qu’une bonne partie de la Catalogne, seront quadrillées et les rafles, les arrestations, les exécutions se multiplieront. Des dizaines de cadavres seront retrouvés dont beaucoup portant des traces de torture ; de nombreuses disparitions seront signalées. Les victimes sont membres des Jeunesses Libertaires, de la CNT, du POUM.

Alors que des militants des comités de quartier et des comités de défense sont en première ligne, les « comités supérieurs » de la CNT (régional et national) optent pour une solution négociée et appellent à la cessation des hostilités. A la dureté des affrontements viennent s’ajouter, pour les militants de base, le désarroi et l’amertume. Comment les « comités supérieurs » ne comprennent-ils pas l’enjeu de ces combats ? Les appels au calme de Garcia Oliver et de Fédérica Montseny (alors ministres de la justice et de la santé) diffusés à la radio semblent tellement suspects que selon le militant et historien cénétiste, José Peirats « parmi les combattants libertaires, le bruit courait que les orateurs étaient séquestrés par les communistes et qu’ils étaient obligés de lire les textes qui leur étaient dictés ». Cette rumeur faisant de Garcia Oliver et de Fédérica Montseny les otages des communistes se répand si bien « que les militant confédéraux qui contrôlaient la forteresse de Montjuic pointèrent les canons vers la généralité, sans jamais les utiliser ».

De fait les « comités supérieurs », les dirigeants de la CNT n’étaient pas, au sens strict du terme, « otages » des communistes mais ils avaient dès le 23 juillet fait le choix de la collaboration avec les institutions étatiques, privilégiant la lutte contre le fascisme au détriment de la révolution sociale. Ce choix les liait donc, de fait, à ces dangereux partenaires. Ils avaient à la fois sous-estimé la redoutable capacité de nuisance des communistes, tenus pour quantité négligeable (or, leur nombre va s’accroître rapidement), surestimé leurs propres forces, et surtout très largement sous-estimé la difficulté de se mesurer à des politiciens professionnels sur leur terrain.

Si pour les comité supérieurs de la CNT, le fascisme était bien l’ennemi numéro un (ils ont en conséquence joué la carte de l’unité anti-fasciste de façon quasiment suicidaire), les communistes avaient, quant à eux, comme priorité absolue la marginalisation, voire l’élimination, des libertaires et des militants du POUM. Ceci constituait, de leur point de vue, une première étape nécessaire pour parvenir à la victoire contre le fascisme.

José Peirats rappelle qu’un des leaders du PSUC (parti communiste catalan) avait déclaré : « avant de prendre Saragosse (aux mains des fascistes), il faut prendre Barcelone (ou prédominait la CNT). Ce genre de propos en dit long sur l’état d’esprit qui animait les communistes à ce moment-là et illustre parfaitement leur conception de l’unité anti-fasciste. Il n’est pas inutile de rappeler que le PC espagnol n’était, à cette époque, pas implanté dans la classe ouvrière et que pour se développer, il se présentait, coté républicain comme le parti protecteur de l’ordre et de la propriété. Ainsi, il attirait à lui les membres de la petite et moyenne bourgeoisie effrayés par les mesures révolutionnaires (autogestion des entreprises, contrôle ouvrier, communautés rurales, etc) impulsées par les anarchosyndicalistes. A l’évidence, les intérêts de cette petite et moyenne bourgeoisie étaient diamétralement opposés à ceux du prolétariat gagné aux idées libertaires.

Les communistes espagnols vont bénéficier par ailleurs de l’appui inconditionnel des soviétiques. L’URSS est alors le seul état qui accepte de fournir des armes (moyennant l’envoi à Moscou des réserves de la banque d’Espagne : 500 tonnes d’or) aux républicains et leur influence ne va cesser de s’accroître. Les soviétiques, conseillers politiques ou militaires, diplomates ou agents de la Guépéou, s’introduisent dans tous les rouages de l’Etat républicain avec un objectif bien précis : le contrôler, entraver la marche de la révolution sociale qui inquiète les démocraties occidentales dont Staline souhaite se rapprocher. Le PCE et le PSUC ne sont, dans ce contexte, que les instruments dociles du maître du Kremlin.

Véritablement prisonniers de leur choix de privilégier à tout prix l’unité anti-fasciste, les dirigeants de la CNT vont être condamnés à la défensive, reculant sans cesse sur les conquêtes révolutionnaires, contraints à pactiser avec leurs adversaires politiques, laissant aux communistes et à leurs alliés (catalanistes et républicains bourgeois) l’avantage incontestable de l’offensive. Conscients de la force du mouvement libertaire mais aussi de ses faiblesses, et bien décidés à en tirer profit, les staliniens vont avoir recours à une véritable guérilla politique au sein des institutions étatiques en voie de reconstruction pour grignoter de plus en plus de postes clés et tenter d’affaiblir leurs principaux adversaires, les libertaires. En même temps, les staliniens vont se livrer à toute une série de provocations armées pour tester les réactions de la CNT et conforter dans l’absence de riposte leur avantage militaire.

Bien avant le mois de mai 37, les tensions entre anarchosyndicalistes et staliniens se multiplient. Les provocations de ces derniers gagnent en intensité, ne suscitant souvent que peu de réactions de la part des « comités supérieurs » aveuglés par leur collaboration et leur volonté de « coexistence pacifique » alors que les communistes ont fait le choix d’une agression continue. Dresser la liste exhaustive de ces provocations serait trop long, mais en voici quelques exemples :

– Le 31 octobre 36, à Valence, lors de l’enterrement d’un milicien anarchiste tué par la GPA, les communistes locaux ouvrent le feu à la mitrailleuse sur la foule des miliciens qui suivent le cercueil.

Abel Paz, historien du mouvement libertaire espagnol, rapporte que les « braves combattants du PC obtinrent une éclatante victoire, puisqu’elle fit 30 morts et plus de 80 blessés dans nos rangs ». Malgré le vif désir de revanche, on fit comprendre aux miliciens que le temps n’était pas à la vengeance mais à la lutte contre le fascisme et c’est ainsi, conclut Abel Paz, « qu’il n’y eut pas de réponse à cet odieux massacre ».

– Le 19 février à Almorta un milicien CNT très connu, Francisco Maroto, est accusé de trahison (il fait des incursions en terrain ennemi) par des communistes et condamné à des années de prison. La direction de la CNT le soutient très faiblement. 
-Le 8 mars 37 à Vilanesa les anarchistes défendent leur local contre une attaque policière (4 libertaires morts, 11 policiers tués).

– En ce même mois de mars, le cinquième régiment mené par le général stalinien Lister attaque et désorganise les collectivités rurales autogérées en Aragon, causant des dégâts considérables et de nombreuses victimes civiles.

– Le 27 avril, une attaque en règle contre la CNT en Cerdagne provoque la mort de plusieurs militants dont celle du leader anarchiste Antonio Martin Escudero.

– Enfin, rappelons que les circonstances de la mort de Durutti, le plus prestigieux des leaders de la CNT, n’ont jamais été éclaircies et que nombre de militants de l’époque accusèrent les communistes.

Sur le front, de nombreux incidents sont également à déplorer. Si les régiments communistes disposent d’armes modernes fournies par les russes, l’armement des colonnes anarchistes est obsolète et elles disposent de peu de munitions. Les assauts sont lancés sans couverture d’artillerie, ce qui entraîne d’énormes pertes. A l’arrière, les membres des forces la police, équipés par les soviétiques, disposent d’un équipement moderne. Tous ces faits sont largement connus et commentés, ce qui explique le sentiment de révolte partagé par beaucoup de libertaires : la coupe est pleine et il n’est plus possible de subir sans réagir. Aussi, le 3 mai 1937, lorsque les gardes d’assaut tentent d’occuper le central téléphonique de Barcelone aux mains de la CNT depuis le 19 juillet, les comités de défense et de quartiers veulent mettre un terme définitif aux ambitions des staliniens. Mais les stratèges de la CNT ont, eux, une vison autre. Obnubilés par la lutte contre le fascisme, ils ne veulent pas prendre le risque de faire exploser le front anti-fasciste et appellent à l’arrêt sans condition des combats. Pour César M. Lorenzo, historien du mouvement anarchiste espagnol, pourtant peu enclin au maximalisme, « il est hors de doute que si les leaders de la CNT avaient décidé de se lancer dans l’aventure, ils auraient vaincu sans aucune difficulté les staliniens du PSUC et leurs alliés » mais, ajoute-t-il plus loin, « l’Espagne républicaine aurait éclaté en plusieurs blocs antagonistes devenant une proie facile pour l’armée franquiste ». Pour Lorenzo cependant « … une fois de plus la CNT reculait, or ce retrait équivalait à une véritable déroute ».

L’échec de l’insurrection anti-stalinienne de mai 37 va condamner la CNT à une stratégie toujours plus défensive, laissant aux communistes et à leurs alliés l’initiative, le contrôle des forces armées à l’arrière et sur le front où l’armée républicaine professionnalisée à outrance va aller de défaites en défaites jusqu’à la déroute finale.

80 ans après mai 37, quels enseignements tirer de cette défaite ? 
Aujourd’hui, le néo-fascisme moderne et son corollaire obligé, l’anti-fascisme unitaire, refont surface. Pendant la révolution espagnole le prétexte de l’unité anti-fasciste fut utilisé comme un leurre destiné à permettre la reconstruction des institutions étatiques, mises à mal par la révolution libertaire. En 2017, la bourgeoisie républicaine française instrumentalise la peur qu’inspire le fascisme (même dans sa version light) pour consolider son pouvoir. Pourtant, ce sont bien les gouvernements issus de cette même bourgeoisie républicaine et libérale qui, sous prétexte de défendre la démocratie, mettent en place des mesures liberticides (État d’urgence) et proclament des lois contraires aux intérêts des travailleurs.

L’État, rempart de la bourgeoisie, quel que soit le masque sous lequel il se présente, est l’ennemi juré des militants de la liberté, de l’égalité et de la justice. Prétendre qu’il existerait une hiérarchie dans la dangerosité des ennemis de la Liberté, et en conclure qu’une sorte d’alliance avec les moins pires, serait possible est une illusion mortelle. L’échec de la révolution libertaire espagnole nous le rappelle cruellement.

 

CNT-AIT Toulouse