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Islamisme, « islamophobie » et critique révolutionnaire de toutes les religions

Article paru dans A contrevents N°2 (Caen, octobre 2016) avec le chapeau suivant: Le texte qui suit émane d’un camarade du RRC. Il ne constitue pas pour autant une position collective de notre modeste regroupement. Il a cependant paru suffisamment intéressant pour être publié. Nous précisons qu’il a été écrit bien avant les évènements de cet été, que ce soit le carnage de Nice ou la polémique délirante autour du burkini.

 

Il apparaît aujourd’hui nécessaire de clarifier et de (ré)affirmer certaines positions révolutionnaires vis-à-vis des religions en général et de l’islamisme en particulier. Les attentats révoltants de 2015-2016 (aussi bien ceux visant Charlie Hebdo et le magasin Casher en janvier que ceux de Paris en novembre 2015 ou celui de Nice en juillet 2016) y poussent. Mais il n’y a pas que ça.

Depuis plusieurs années on sent s’affirmer en France l’émergence, certes limitée mais réelle, d’un islamisme, c’est-à-dire d’un islam directement ou indirectement politique, qui se manifeste dans la société. Il peut prendre des formes « modérées », rampantes, ce qui ne les empêchent aucunement d’être néfastes et réactionnaires, comme des formes « radicales », spectaculaires, djihadistes et meurtrières.

Face à ce phénomène, et en parallèle, a également émergé depuis plusieurs années un ensemble de discours stigmatisant les populations musulmanes ou supposées telles. Ces discours sont principalement portés par l’extrême droite mais aussi par toute une partie de la droite et également une partie de la gauche dites « républicaines ». Ces discours divers, aux relents xénophobes, « identitaires », nationalistes, voire carrément racistes, se dissimulent souvent derrière la défense de la laïcité, de la Liberté, des droits des femmes, parfois aussi derrière la défense des droits des homosexuel-le-s (« défense » souvent très hypocrite, opportuniste, limitée et à géométrie variable). Ces thèmes sont alors instrumentalisés au service de causes qui n’ont pas grand-chose à voir avec eux au final.

Ces deux phénomènes contribuent d’ailleurs à s’alimenter et se renforcer réciproquement, « en miroir » et ils ont désormais une certaine « consistance » dans la société. Dès lors, face à ces faits, un certain nombre de questions se posent aux mouvements révolutionnaires, questions auxquelles il va bien falloir trouver des réponses ou des éléments de réponses, politiques et pratiques, si nous ne voulons pas nous retrouver englué-e-s et incapables de réagir face à des situations politiquement et socialement lourdes de dangers et de possibles conséquences bien puantes. À savoir, montées d’idéologies politiques et/ou religieuses éminemment réactionnaires, racistes, communautaristes, identitaristes, développement de tensions et de violences entre pauvres et exploité-e-s de différentes origines, récupérées et instrumentalisées par différentes forces politiques ou politico-religieuse cherchant à « représenter » et « encadrer » telle ou telle « communauté » ou par l’État « républicain » cherchant à redorer son blason, à se « relégitimer » en se posant en défenseur/protecteur de la société, de la sécurité et de la liberté en général (placées sous sa surveillance et son contrôle pour notre bien… et surtout le sien).

Quelle est notre critique de l’islamisme ? Comment le critiquer sans hurler avec les loups de l’extrême droite et autres réactionnaires de gauche et de droite qui alimentent la xénophobie ? L’utilisation/acceptation du terme d’« islamophobie » n’aboutit-t-elle pas à inhiber la saine et nécessaire critique révolutionnaire de toutes les religions (sans aucunement se limiter, évidemment, à celle de l’islam) ? Voila quelques unes des questions que ce texte va chercher à défricher modestement.

Parce que ces questions se posent. Parce qu’il est temps. Parce qu’il va falloir faire face.

Critique révolutionnaire de la religion

Les mouvements révolutionnaires se sont très tôt confrontés avec les idées même de Dieu et d’ordre divin, car celles-ci constituent un obstacle et s’opposent à l’idée et aux soucis révolutionnaires de la liberté humaine (idée de la liberté qui n’est pas dissociée de celles de responsabilité, d’égalité et de solidarité). À l’idée d’un monde, d’un genre humain et d’une vie créés par Dieu, régis par une vérité révélée (propriété d’un clergé), encadrés par les préceptes moraux de textes sacrés très anciens, les mouvements révolutionnaires ont opposé l’idée de sociétés construites historiquement par les humain-e-s et transformables par eux et elles. Ils ont défendu l’idée du renversement possible et nécessaire d’un monde présenté comme immuable et ils défendent toujours l’idée qu’il n’y a pas de fatalité à subir l’exploitation et la domination des puissant-e-s et des possédant-e-s. Ils ont promu la révolte individuelle et collective, la lutte, l’éducation et la liberté contre les assignations, les obligations, les interdictions cléricales qui cherchaient et cherchent encore à encager la diversité de la vie, ses immenses champs des possibles et des choix dans l’étroitesse de textes soi-disant divins et de traditions religieuses poussiéreuses.

Les mouvements révolutionnaires ont également très tôt dénoncé le caractère illusoire de toute « communauté des croyant-e-s » qui prétend placer sur un pied d’égalité fictive, face à Dieu, à la mort et face au clergé, les hommes et les femmes, quelles que soient leurs conditions sociales, leur appartenances à telle ou telle classe sociale. Les religions sont des entreprises idéologiques interclassistes et paternalistes qui, derrière des représentations unitaires de la société et l’idée de la communion de tous et de toutes dans le respect de la religion, nient, dissimulent et étouffent souvent les conflits d’intérêts sociaux et politiques, les luttes sociales au sein des sociétés de classes. Et lorsqu’il est impossible de dissimuler la réalité de ces conflits, il leur est souvent opposé les vertus, toutes spirituelles et virtuelles de la patience, du pardon, de la bonté, de la charité, de la soumission face aux épreuves. Et si ça ne suffit pas, il reste l’anathème, l’excommunication, l’exclusion de la communauté des croyant-e-s, la bénédiction de la répression mise en œuvre par le pouvoir temporel.

Derrière la promesse d’un paradis après la mort se cache le fait de laisser en place les inégalités, les injustices du monde d’ici bas. C’est la religion comme « opium du peuple », qui embrume l’esprit, procure de doux rêves et aide à supporter passivement la dureté de la vie dans le monde tel qu’il est fait.

Les mouvements révolutionnaires ne se sont évidemment pas heurtés seulement aux idées religieuses mais aussi à leurs exploitants, les clergés plus ou moins centralisés, privilégiés, hiérarchisés suivant les religions, assurant la médiation avec Dieu, édictant les normes de conduites morales et pratiques, encadrant, guidant la vie des croyant-e-s, disposant d’un poids matériel parfois énorme (propriétés terriennes, immobilières, financières…), d’une influence politique et morale importante (à travers l’organisation de la charité, d’aides « sociales » diverses, le monopole de l’exercice des rites, le contrôle de tout ou partie du système éducatif par exemples). Et de même que les mouvements révolutionnaires se sont opposés aux grandes religions constituées, celles-ci se sont historiquement opposées aux projets, idées et pratiques émancipatrices et égalitaires des mouvements révolutionnaires.

Les mouvements révolutionnaires affrontent encore aujourd’hui les religions et clergés qui portent et colportent des valeurs, des prescriptions de vie, un ordre moral souvent éminemment réactionnaires (socialement, culturellement, sexuellement) et des représentations patriarcales, favorisant et légitimant la domination masculine, régissant ou tentant de régir spécialement ce qui concerne la sexualité en général, et celle des femmes en particulier, condamnant la plupart du temps la contraception, l’avortement, l’homosexualité et la transsexualité.

Les mouvements révolutionnaires ont également dénoncé historiquement le fait que religions et clergés se sont mis au service de nombreux projets impérialistes de conquêtes, ont légitimé d’innombrables guerres intérieures ou extérieures (certaines d’entre elles reposant même directement, au moins officiellement, sur des motifs religieux), soutenu de nombreux régimes dictatoriaux.

Voilà résumées, très brièvement, les principales critiques révolutionnaires envers les religions. D’où l’athéisme et l’anticléricalisme affirmés qui prédominent historiquement largement dans les mouvements révolutionnaires. Ce qui n’a jamais empêché les révolutionnaires de se retrouver aux côtés d’individus croyant-e-s lors de grèves, de manifs, d’actions, d’émeutes ou d’assemblées générales…

La « liberté » religieuse

Si, en tant que révolutionnaires, nous sommes, dans notre immense majorité, athées et anticléricaux, nous n’avons pas pour autant l’envie ou l’intention de nous ériger en inquisiteurs-rices de l’athéisme. Nous n’avons pas vocation à fliquer politiquement la vie des gens, à entrer en guerre politique contre les croyant-e-s des différentes religions.

Nous reconnaissons généralement aux individus le droit de croire en un dieu (ou en plusieurs) et de pratiquer leurs cultes et leurs rites, même si, nous, nous ne nous reconnaissons pas du tout dans de tels choix. Nous admettons ce droit d’autant plus que, souvent, les individus ne se résument pas uniquement à leurs croyances religieuses. Leur identité personnelle intègre la plupart du temps bien d’autres convictions, valeurs et pratiques que celles liées à leur religion. Et il est évident que la plupart des croyant-e-s sont loin d’être des « fous ou folles de Dieu » et ont souvent un rapport assez distancié, détendu et pacifique avec leur religion, avec celles des autres et avec les athées. Croyant-e-s ne veut pas dire pratiquant-e-s, et même les pratiquant-e-s ont souvent bricolé, plus ou moins ouvertement, leurs propres « petits arrangements avec Dieu » et vivent tranquillement leur religion.

La croyance et l’observance des prescriptions religieuses individuelles et la pratique collective du culte dans des lieux dédiés à cet effet ne nous dérange donc pas (même si elle ne nous réjouit pas non plus), tant que ces croyances et pratiques religieuses ne débordent pas dans l’espace public commun, qu’elles ne tentent pas de le régir, de le soumettre à leurs normes. Nous sommes conscients que cela laisse de côté des espaces privés comme le couple, la famille ou des « entre soi » communautaires et que ces espaces peuvent être propices à l’instauration autoritaire, à l’imposition de pratiques religieuses intégristes. Et, en tant qu’espaces privés, il peut être malaisé, difficile d’y intervenir politiquement pour contrecarrer et dénoncer des dérives intégristes. Il n’y a pas, dans ce genre de cas, d’autres « solutions » (avec toutes leurs limites pratiques fréquentes) que le recours à l’information, à l’éducation, au dialogue, à la solidarité, à l’intervention amicale et/ou familiale et/ou de voisinage (allant, dans la forme, de la médiation à la confrontation), à la pression et la vigilance sociale et collective contre les actes de violence, de maltraitance, de harcèlement, de manipulation mentale, d’embrigadement et de dérive sectaire dans les espaces privés.

La tolérance que nous assumons envers certaines formes détendues de croyances religieuses n’implique pas cependant que nous renoncions à ce que nous considérons comme notre « droit de critique athée » et aux discussions, voire aux engueulades, qu’il peut susciter. Tout comme nous ne renonçons pas au « droit de blasphémer » face aux figures divines fictives, aux bigots et autres intégristes, même si on pratique pour la plupart assez peu ce genre de choses, qui peut soulager et faire marrer mais s’avère rarement très constructif.

L’islamisme

Même très minoritaires, les différentes formes d’islamisme ont gagné ces dernières années une visibilité plus importante parmi les musulman-e-s en France. Il est difficile de savoir si cette visibilité accrue de l’islamisme provient d’une affirmation plus décomplexée de sa propre existence, d’un renforcement réel et sensible de son influence et/ou d’une plus grande attention politique, médiatique et sociale à son encontre. Peut être tout ça à la fois.

Par islamisme, nous entendons une affirmation politico-religieuse de l’islam comme ayant vocation à structurer la société et régir la vie sociale (et donc aussi celle des individus) à partir d’une interprétation rigoriste, réactionnaire et prétendument littérale du Coran. Le djihadisme à la sauce Al Quaeda ou État Islamique n’est que l’expression la plus brutale, la plus ultra de cet islamisme. Il y en a différentes formes et différents degrés. On peut y intégrer des formes « modérées » s’inspirant en général plus ou moins des Frères Musulmans, des formes plus dures comme le salafisme, le wahhabisme et aller jusqu’au djihadisme. En disant cela, on ne sous-entend pas qu’il y a nécessairement une continuité ou une même identité politico-religieuse entre ces différentes formes. Il peut y avoir des formes activistes et très directement politiques, plus ou moins radicales dans leurs manifestations, et des formes plus « quiétistes » mais qui s’attachent néanmoins à promouvoir, de manière prosélyte, une interprétation intégriste des textes et une surveillance pesante quant à la stricte observance individuelle et collective des (de leurs) obligations et conduites religieuses. Ces formes « quiétistes », si elles apparaissent, dans l’immédiat, assez détachées de toutes intervention à caractère politique, n’en aspirent pas moins à construire une hégémonie intellectuelle et culturelle intégriste au sein des musulman-e-s, musulman-e-s que les islamistes rêvent d’encadrer et guider comme un troupeau. Une sorte de métapolitique gramscienne en vue de constituer un bloc hégémonique au sein d’une fraction de la population, en somme ?

Même s’il y a des différences, des divergences, il y a cependant aussi des similarités, des points de convergences entre ces différentes formes d’islamisme et l’existence de l’islamisme « modéré » contribue certainement à légitimer en partie l’existence des formes d’islamisme djihadiste, en constituant un terreau intellectuel et culturel favorable au développement de ce dernier. Disons un peu comme les discours nationalistes, sécuritaires, xénophobes, réactionnaires de la gauche et de la droite contribuent à légitimer et renforcer les positions du Front national et comme les positions et l’influence du FN contribuent à légitimer et favoriser des expressions ouvertement fascistes et racistes.

En terme de contenus, je ne reviens pas sur les positions extrêmement réactionnaires, autoritaires, sexistes, puritaines, anti-communistes et anti-révolutionnaires véhiculées par l’islamisme en général. Signalons toutefois, juste au passage, qu’il véhicule également, là encore sous des formes diverses et à des degrés divers, du racisme, en tout cas au moins un, l’antisémitisme, qu’il travaille à répandre sous couvert de « soutien au peuple palestinien » et d’ « antisionisme ». Et, disons le, la récupération de ce terme d’« antisionisme » (à l’origine destiné justement à se dissocier de toute approche antisémite),  à la fois par les islamistes et l’extrême droite franchouillarde, est un succès tel que ce mot est devenu quasiment inemployable tant il véhicule fréquemment désormais des puanteurs antisémites. Le travail d’appropriation de ce terme politique mené par des antisémites de tous poils, de toutes nationalités et de toutes religions n’aurait cependant pas pu être mené « à bien », si vite (une bonne grosse décennie ?), si la gauche et l’extrême gauche pro-palestinienne et le mouvement révolutionnaire avaient été plus éveillés et réactifs en situations et plus intransigeants sur le fond et la forme. On récolte ce qu’on sème… c’est à dire aussi qu’on récolte, parfois, dans la gueule, ce qu’on a pas été capables de semer, de cultiver et de protéger.

L’islamisme rêve d’une communauté des croyant-e-s, d’où les conflits d’intérêts ont magiquement disparus, pure et harmonieuse, nettoyée de tous les individus et groupes déviants, soumise corps et âme à une soi-disant loi divine supérieure et parfaite, inscrivant cette communauté dans un ordre universel immuable tout en assignant à chacun-e une place et un rôle tout aussi immuable. L’islamisme est comme l’extrême droite qui rêve d’une communauté raciale et nationale unifiée par on ne sait quel miracle, de pouvoir étatique dictatorial, de nettoyage des indésirables et des subversifs-ves, d’ordre corporatiste. Dans un cas comme dans l’autre, on est en pleine utopie réactionnaire et despotique.

Les révolutionnaires sont donc des ennemis de l’islamisme (et réciproquement). Et il s’agit, au niveau mondial, d’un ennemi puissant, disposant de ressources financières, de moyens de communication, et parfois de moyens militaires importants. Il est soutenu par de forts riches « mécènes » capitalistes des pays du Golfe Persique quand ce n’est pas directement par des États intégristes comme l’Arabie Saoudite ou d’autres.

Le combattre, en temps que révolutionnaires, ne sera pas chose facile. Au niveau international, cela peut passer par la création ou le renforcement de liaisons solidaires concrètes avec des groupes, organisations, mouvements révolutionnaires, de lutte de classe, démocratiques, laïques et féministes dans les pays où l’islamisme menace. Souvent ces groupes et organisations sont rares et plutôt faibles (et même parfois inexistants) et il peut exister aussi des différences politiques sensibles avec les « traditions » révolutionnaires occidentales, que ce soit sur le plan des idées, des finalités, du fonctionnement, des pratiques et il est probable que la solidarité vis-à-vis de tel ou tel groupe ou mouvement dans tel pays fera rarement, ici, l’unanimité. Le soutien à la résistance actuelle au Kurdistan syrien face à l’État Islamique est un bon exemple de cette absence de consensus du mouvement révolutionnaire sur ces questions.

Par ailleurs, l’établissement de telles liaisons solidaires implique un effort réciproque s’inscrivant dans la durée. Effort qui passe par des travaux de synthèse d’informations et d’analyses, de traductions (ce qui implique éventuellement l’apprentissage de langues), de diffusion de l’information, de collecte et d’envois de fonds et de matériels, de voyages et de rencontres, d’organisation éventuelle de campagnes de soutien. Effort que la faiblesse actuelle du mouvement révolutionnaire, en France ou ailleurs, rend difficile car, en plus, évidemment, l’islamisme est loin d’être le seul et le plus puissant des ennemis auxquels les mouvements révolutionnaires se trouvent confrontés.

La lutte contre l’islamisme passe aussi, toujours au niveau international, bien sûr par le fait de lutter ici pour dénoncer et, si possible, vu nos forces plutôt dérisoires, gêner et affaiblir les interventions armées et les pillages impérialistes des États et du capital occidental, et donc, aussi, l’impérialisme de l’État et du capital français. L’impérialisme contribue en effet aussi à alimenter en partie l’islamisme dans de nombreux pays. Mais en partie seulement car dans les pays où il est puissant l’islamisme a également sa dynamique propre, ancrée dans la réalité propre de ces pays, réalité qui est loin d’être uniquement façonnée par l’impérialisme occidental.

En France, il paraît évident qu’un des ressorts de l’islamisme se trouve dans les inégalités et injustices sociales vécues, entre autres, par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration et qui sont de cultures musulmanes. Ces fractions de la population ne sont bien sûr pas les seules à subir l’exploitation, la précarité et la répression mais elles sont certainement celles qui les subissent le plus. À ces inégalités sociales s’ajoutent des phénomènes de discriminations, de stigmatisations, de vexations politiques et symboliques à caractère raciste. La participation des mouvements révolutionnaires aux luttes sociales et le fait de tenter de développer dans celles-ci un travail politique sont des nécessités incontournables. Dans ce cadre, l’appui aux luttes de migrant-e-s, de travailleurs-euses immigré-e-s avec ou sans papiers, autour de la question du logement, contre les violences policières et la précarité sociale mérite toute notre attention. Participer, d’un point de vue révolutionnaire, à ces luttes sociales diverses, favoriser leur émergence et leur convergence et coordination n’a évidemment pas pour but premier la lutte contre l’islamisme, il s’agit avant tout d’essayer d’attaquer à la base l’exploitation sur laquelle repose le système étatico-capitaliste actuel et les relégations et divisions sociales qui aident à son maintien et à sa reproduction. Mais le développement de ces luttes sociales aurait certainement également comme effet indirect d’affaiblir les marges de manœuvres politiques, sociales et culturelles de l’islamisme. On sait qu’à l’heure actuelle lorsque les luttes sociales sont fortes, l’extrême droite franchouillarde fait souvent profil bas politiquement et d’un point de vue organisationnel. Il n’y a pas de raisons de penser que ces luttes n’entraîneraient pas les mêmes effets contre cette autre extrême droite qu’est l’islamisme.

Néanmoins, on ne va pas prendre nos désirs pour des réalités, « dire n’est pas faire » et le mouvement révolutionnaire devra sacrément ramer pour y arriver. Il y a des obstacles et des difficultés. Nombreuses. Les aborder dépasserait le cadre de ce texte. On remet ça à plus tard mais on essayera de s’y coller. Signalons juste la difficulté liée à la composition sociale actuelle des mouvements révolutionnaires, pour le moins éloignées en général des réalités vécues par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration, de la condition ouvrière, de la réalité des quartiers populaires. Cette « extériorité » ne facilite évidemment pas notre activité et la réduire ou la dépasser prendra du temps et impliquera d’aller se frotter encore et encore au terrain.

Islamisme et autres replis identitaires se développent aussi dans le vide laissé par l’important affaissement des mouvements ouvriers et révolutionnaires actuels. Et ce vide, ce terrain perdu, d’autres l’occupent et le remplissent. Il faudra bien finir par nous remettre en question. La réalité qui vient nous y contraindra de toute façon. Va y avoir des réveils douloureux…

« Islamophobie » ?

Vous ne trouverez pas ce terme d’« islamophobie » dans les textes du RRC, où il ne fait pas consensus. Je l’utilise dans cet article seulement entre guillemets et accompagné de critiques. Parce qu’il pose un certain nombre de problèmes quand même… Ce terme opère en effet un certain nombre de « réductions » factuelles et politiques.

D’abord il tend à présenter les attaques et critiques contre l’islam, quelles qu’elles soient, comme une manifestation de racisme alors que la critique de la religion musulmane (ou de n’importe quelle autre) peut évidemment être déconnectée de toute approche raciste comme dans le cas de la critique athée révolutionnaire.

Du coup, il sous entend aussi que la critique de l’islam constituerait en quelque sorte la forme principale du racisme actuel alors que celui-ci s’exprime de manière bien plus générale et sur des plans bien plus cruciaux pour la vie des gens (logement, pauvreté, précarité des formes d’emplois, discriminations sociales, brutalités policières…) que la simple instrumentalisation xénophobe et nationaliste de la critique de l’islam.

En restreignant le racisme à la forme, censée être centrale, de la critique instrumentalisée de l’islam, il laisse de coté toutes les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration mais qui ne sont pas musulmane. Que devient la nigériane évangéliste ou le syrien athée ? En quoi la lutte antiraciste réduite principalement à la lutte contre l’« islamophobie » les concernerait ?

En partant du fait que l’islam est, en France, une religion minoritaire, pratiquée (quand elle l’est ! Tous les croyant-e-s sont loin d’être pratiquant-e-s…) principalement par des fractions de la population qui sont immigrées ou d’origine immigrée, souvent « de couleur », souvent issues d’anciennes colonies françaises, il introduit, en douce, par extension, l’idée que l’islam serait une religion opprimée et une religion des opprimé-e-s.

L’islam est certes une religion minoritaire en France mais c’est quand même la deuxième en importance dans ce pays. Et s’il est évident que le nombre, l’état et la taille des lieux de cultes musulmans ne permettent pas toujours, loin sans faut par endroits, d’assurer aux pratiquant-e-s des conditions décentes d’exercice collectif de la prière, la religion musulmane est loin d’être persécutée même s’il arrive qu’elle soit stigmatisée, discriminée et instrumentalisée. Par ailleurs, un certain nombre de régimes dans des pays majoritairement musulmans ne sont pas particulièrement bienveillants envers l’exercice de religions autres que la musulmane et envers l’athéisme et il y a des États musulmans qui sont impérialistes. Donc mollo sur l’islam comme religion opprimée…

Ensuite cette idée de l’islam comme religion des opprimé-e-s fait passer à la trappe le fait que certains musulman-e-s appartiennent aux classes possédantes et dominantes et sont des exploiteurs-rices. Et là encore se pose la question des « autres » prolétaires immigrés ou d’origine immigrée, « de couleur », athées ou croyant-e-s d’une autre religion que l’islam. En quoi sont-ils et elles particulièrement moins opprimé-e-s, exploité-e-s, précarisé-e-s, discriminé-e-s que les musulman-e-s ? Et en quoi le fait qu’une religion soit pratiquée par des opprimé-e-s devrait nous la rendre moins critiquable d’un point de vue révolutionnaire ? Le sexisme serait-il moins critiquable s’il est pratiqué par des prolétaires ? Les masses opprimées d’Amérique latine sont souvent chrétiennes, cela ne fait pas pour autant du catholicisme ou du protestantisme des religions d’opprimé-e-s. Donc mollo aussi sur cette idée que l’islam serait une religion d’opprimé-e-s.

Au final, et à l’usage, le terme « islamophobie », et les « alliances » concrètes qu’il peut entraîner sur le terrain politique avec des réacs religieux, semble bel et bien favoriser une inhibition, une autocensure de la critique révolutionnaire des religions et des « cohabitations » lors de meetings et de manifs qui tiennent du mariage entre une carpe et un lapin. Faudrait pas finir par servir la soupe à des bigot-e-s intégristes, qui oeuvrent à propager un communautarisme religieux lucratif, au sens où cette communauté, figurez vous qu’ils et elles entendent bien en être les pieux-ses berger-e-s et les représentant-e-s accrédité-e-s auprès de l’État. La critique de « l’islamophobie » actuelle doit-elle déboucher sur une quelconque « islamophilie » ? Pour moi, c’est définitivement NON.

Je comprends bien que le terme ait pu faire mouche et être repris par plein de gens qui ont capté que la critique dominante de l’islam n’est la plupart du temps qu’un paravent pour des courants xénophobes, nationalistes et racistes qui cherchent à attaquer les immigrés ou descendant-e-s d’immigré-e-s. Mais comme on peut le voir en situation et comme cela a été exposé dans ce paragraphe, ce terme introduit, d’un point de vue révolutionnaire, de la confusion politique… à une époque où il n’y en a déjà que trop… avec tous les dégâts qui vont avec.

C’est pourquoi comme d’autres, je préfère parler, au lieu d’« islamophobie », tout simplement de racisme ou, en cas de situations plus spécifiques, de racisme anti-arabes et anti-noir-e-s, ce qui ramène la question sur son terrain principal, à savoir que derrière les critiques xénophobes de l’islam ce n’est pas tant la religion musulmane qui est visée que des fractions immigrée ou issue de l’immigration, prolétaires, colorées et supposément musulmanes de la population. Et en utilisant ces termes, en tant que révolutionnaires, on se situe sur le terrain de la défense des individus et des fractions, souvent prolétaires, de la population visées par le racisme, pas sur le terrain de la défense d’une religion, ce qui n’est tout simplement pas notre vocation ni notre finalité.

Contre tous les replis identitaristes

En ces temps de crises sociales et politiques, et y compris de crise des mouvements révolutionnaires et ouvrier (ou de ce qu’il en reste…), en l’absence d’alternatives subversives ne seraient-ce qu’un tant soit peu crédibles, les replis et enfermements identitaristes se multiplient, se renforcent et se « légitiment » mutuellement, que se soit sur des bases nationalistes, ethniques, religieuses, culturelles, corporatistes.

Il ne s’agit pas de nier qu’on ait tous et toutes une identité, mais nos identités sont généralement composites, puisant à différentes sources culturelles et sociales, individuelles et collectives. Nous les concevons souvent, en tant que révoutionnaires, comme évolutives et ouvertes, destinées à être partagées et métissées. Toute définition étroite, uniformisée, figée, fermée et enfermante de l’identité aboutit à l’étouffement individuel et collectif et est souvent destinée politiquement à nourrir les replis communautaristes.

Présentement chacun-e est tenté et incité à se replier sur son « entre soi » (et le ghetto révolutionnaire en est une forme parmi d’autres), sur son « même », sur sa famille, sur son pays, sur sa soi-disante « communauté » et les solidarités limitées, étriquées et sélectives qu’elle permet. S’ouvre alors également la course à la représentation de la « communauté » : les aspirant-e-s aux postes de direction et d’encadrement politique, moral et spirituel ne manquent pas.

Il sortira de ces replis communautaires et identitaristes des divisions et des tensions accrues entre différentes fractions de la population, pourtant toutes exploitées et dominées par le même système, même si c’est sous des formes et à des degrés divers. À la guerre sociale, le système préfère évidemment la guerre de tous-tes contre tous-tes comme il préfère la guerre civile à la révolution. Et nul doute qu’il saura utiliser et alimenter les tensions communautaristes pour œuvrer à son propre maintien. Réussir à faire vivre et étendre des espaces de lutte politique et sociale, où se crée du commun et du communisme, ouverts à tous-tes les exploité-e-s, les dominé-e-s, les révolté-e-s, peu importe leurs origines ethniques ou culturelles, leurs nationalités, leurs couleurs de peau, leurs religions individuelles éventuelles va être une difficile nécessité.

La Bataille socialiste

Au secours! Les anthroposophes sont là

L’Anthroposophie avait figuré comme secte dans le rapport 2000 de la MILS (Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes en France) et dans le rapport fait au nom de la Commission d’enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes. Bien que l’Anthroposophie ait été répertoriée comme une secte par les députés, ce classement a ensuite été annulé. La justice française y a vu la première grande bavure dans la lutte antisecte et a condamné le Président de la Commission d’enquête parlementaire. La MILS continue pourtant à prôner une grande vigilance contre ses multiples réalisations. Comme la Scientologie, l’Anthroposophie est surveillée mais cette dernière n’a pas été inquiétée.

Écolos, alternos et anti-OMC se financent à la NEF, une société coopérative de prêts liée au théoricien raciste Rudolf Steiner
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L’intérieur du Goetheanum, le Vatican de l’anthroposophie.

 

Un article paru dans Le Vrai Papier Journal, n°1, juillet 2000

Pierre l’a mauvaise, les tripes retournées par une solide trouille : il est l’un des 17000 membres d’ATTAC, (1) association qui suscite beaucoup d’espoirs depuis sa création, en 1998. Et voici qu’elle risque d’être infiltrée, phagocytée…

Pierre raconte : « juin 1999, notre collectif local a organisé une rencontre sur le thème de l’économie solidaire. Nous avions invité un organisme de prêts alternatif, la NEF » Cette Nouvelle Économie Fraternelle représente une chance pour le monde alternatif, celle de voir enfin un jour une « banque verte », dont le fonctionnement financier serait en rupture avec les modes bancaires classiques.

Fondée en 1968, la NEF était à l’origine une simple association. Vingt ans plus tard, ayant obtenu le visa de la Commission des opérations de Bourse, elle lançait un appel public à l’épargne. Objectif : la création d’une Société financière coopérative nécessitant un capital minimum de 7,5 millions de francs. 8,2 millions furent engrangés grâce à sept cents souscripteurs.

Depuis, forte de son nouveau statut, la NEF propose des prêts à ceux qui se les voient habituellement refuser : pension de famille pratiquant la restauration macrobiotique dans les Landes, retraités menacés de saisie immobilière, chômeurs désireux de créer leur entreprise… Les taux n’excèdent pas ceux en vigueur dans le circuit traditionnel. En revanche, les épargnants ont leur mot à dire sur l’utilisation de leur épargne.

Hébergée pour l’instant par le Crédit Coopératif, la NEF espère bientôt voler de ses propres ailes. Un événement : il s’agirait là de la première création de banque en France depuis 1948. Autant dire que celle-là, de par sa spécificité, deviendrait incontournable pour les milieux alternatifs. Pierre : « Nous avons vite constaté que la NEF se référait à la doctrine ésotérique d’un certain Steiner. ATTAC étant une association laïque, nous avons voulu en savoir plus… »

Et là, en fouillant un peu, on découvre que Rudolf Steiner (1861-1925) a créé en 1913 à Berlin un mouvement de pensée baptisé Société anthroposophique.

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Premiers aperçus de sa doctrine : « Je me suis rendu récemment à Bâle, il y avait un roman nègre qui s’inscrit dans la ligne d’une infiltration progressive de la civilisation africaine dans la civilisation européenne contemporaine. (…) S’il sort encore un certain nombre de romans nègres et que nous en donnons à lire aux femmes enceintes, [cela] donnera naissance à un bon nombre d’enfants tout gris, mulâtres. » Ou encore : « Les antécédents d’un singe ressemblent aussi peu à ceux d’un poisson que les antécédents de l’esprit de Goethe à ceux d’un sauvage (2). » Le style est abominable, une bouillie informe. Mais Steiner a de hautes vues, il appelle carrément de ses vœux un nouveau système social en Europe.

« Quand nous avons découvert qui était Steiner, reprend Pierre, nous avons réagi par une mise en garde sur la liste de diffusion électronique d’ATTAC. À notre grande surprise, de nombreux membres ont pris fait et cause pour ce type qu’ils qualifiaient d’“extraordinaire ” . Ces prosélytes avaient pour la plupart été en contact avec la NEF. Nous avons alors craint que cette société soit un cheval de Troie et, qu’en fait, ce soit l’anthroposophie qui fasse son nid dans les milieux alternatifs. »

Marie, présidente départementale de l’association, confirme qu’elle a immédiatement alerté la direction d’ATTAC, mais que celle-ci « a botté en touche ». Il s’agirait d’un problème purement local et sans grande importance. ATTAC serait trop diversifiée pour être infiltrée par qui que ce soit…

Des races supérieures et des races inférieures

Or, le problème n’est pas isolé. Philippe est un bénévole du réseau Biocoop, premier distributeur français de produits biologiques avec deux cents magasins, un millier de salariés et un milliard de francs de chiffre d’affaires, soit 12 % du marché. Localement, il assure la présidence du conseil de surveillance d’une coopérative. Lui aussi est inquiet. « Suite à un partenariat signé en 1998, Biocoop assure la promotion du compte épargne nature de la NEF. C’est un placement proposé aux particuliers et destiné à financer des “ projets écologiques ”. En 1999, par échange de bons procédés, la NEF a accordé un total de 3,485 millions de francs à Biocoop. Quand j’ai tiqué à cause des fumeuses théories de Steiner, un représentant de la NEF m’a affirmé que les critiques qui circulent sont le fruit d’un complot communisto-maçonnique. »

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On chercherait à diaboliser l’anthroposophie ? Pas sûr. En fait de complot, ce sont des questions très simples que posent ces militants. Dans sa volonté de créer en France la « banque du développement durable et des solidarités », la NEF peut aujourd’hui compter sur la collaboration d’une large part du mouvement alternatif. Des associations comme Bâtir Humain, Éthique et Investissement ou le réseau de commerce équitable Artisans du Soleil lui ont déjà apporté leur soutien. Quelques poids lourds écolos également. Sur une brochure de la NEF figurent les logos de France Nature Environnement (FNE) et du World Wild life Fund (WWF).

Comme celle de Ron Hubbard pour les scientologues, la pensée de Steiner irrigue tout le mouvement anthroposophique actuel.

Mais qui était-il ? Un enfant pas comme les autres, né dans l’Empire austro-hongrois, affirmant jouir du don de clairvoyance. Un étudiant viennois fasciné par Goethe. Un prédicateur berlinois tourmenté par ses visions.

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De fait, l’omniscience de Steiner rappelle celle des « fous littéraires ». La transcription de ses 6000 conférences et quarante ouvrages couvrirait près d’un million de pages. Rien n’est épargné : religion, éducation, médecine, agriculture, politique, économie…

 

Et quand Steiner estime dans le livre L’âme des peuples que « ce n’est pas pour le plaisir des Européens que la population indienne a péri, mais parce que la population indienne devait acquérir les forces nécessaires pour l’amener à périr », la chose est pour lui parfaitement logique. C’est la théorie de l’« involution-évolution » des races. Selon elle, l’humanité évolue selon des cycles au cours desquels se succèdent sept races dont les quatre premières, inférieures, doivent disparaître pour assurer la rédemption des trois suivantes. À cette cosmogénèse, Steiner ajoute les forces du mal, qui auraient volontairement fait dérailler le système en faisant cohabiter les races

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Croquis réalisé par le cerveau raciste de Steiner, séparant d’un côté les « races » qui « involuent » et de l’autre, celles qui « évoluent ».

En 1936, à Nuremberg, on retrouve l’Association des médecins anthroposophiques au sein du Groupe d’étude du Reich pour une nouvelle médecine allemande. Avant de tomber en disgrâce, certains principes anthroposophiques avaient donc séduit les nazis. Plus récemment, en 1995, le gouvernement hollandais a dû inciter les écoles Waldorf à la prudence. Appliquant une méthode pédagogique créée par Steiner, certains enseignants apprenaient aux enfants que la race noire est au stade de l’enfance, la jaune à celui de l’adolescence, seule la race blanche pouvant être considérée comme adulte.

Aux États-Unis, le groupe PLANS (Pour des écoles légales et non sectaires) a dénoncé les mêmes dérapages. En Allemagne, c’est l’AKDH, le mouvement des enfants de l’Holocauste, qui s’inquiète. En France, un rapport parlementaire – plutôt décrié – de 1999 sur Les sectes et l’argent épinglait l’anthroposophie.

Écolos et alternatifs sont sous le charme

Comment les promoteurs d’une économie fraternelle et solidaire peuvent-ils se réclamer d’une doctrine aussi nauséabonde ? Jacky Blanc, directeur général de la NEF, nous déclare d’emblée que sa société ne tient pas pour parole d’évangile l’enseignement de Steiner, qu’elle n’est en rien liée à l’anthroposophie. Ignore-t-il que la charte même de la NEF se réfère à Steiner ? Faut-il rappeler que la Société d’anthroposophie, sociétaire de la NEF à hauteur de 180 400 francs, évoque clairement celle-ci au rang de ses « réalisations sociales » ? Jacky Blanc concède que la NEF s’est bâtie grâce à des personnes en lien direct ou indirect avec Steiner. D’ailleurs, les hypothèses du philosophe lui semblent de « bonnes hypothèses ». « Pour moi, Steiner n’a jamais eu d’attitude raciste. II a essayé de comprendre l’évolution du monde et comment celle-ci a fait qu’il y a eu une différenciation en races. On ne peut pas dire qu’on est tous identiques. On peut dire qu’on est tous égaux. Avoir osé dire qu’on n’est pas tous identiques, c’est peut-être ça qu’aujourd’hui on reproche à Steiner. »

Le 12 décembre 1999, Alain Lipietz, député européen (Verts), a signé dans Le Monde un communiqué de soutien à la NEF : « Je travaille avec des gens de la NEF, je n’ai jamais rien trouvé de raciste ni de sectaire chez aucun d’eux. Ce rattachement de la NEF à la pensée de Steiner me semble donc douteux et en tout cas indémontré. L’ont-ils seulement lu ? »

Guy Hascoët, le nouveau secrétaire d’État à l’Économie solidaire, se trouble quand on expose devant lui le contenu raciste de la pensée de Steiner. « J’avoue ne pas avoir étudié le dossier comme vous… ça pose problème… S’il y a un prosélytisme raciste, il existe une loi pour le condamner. Si votre reportage met en lumière les choses, on verra bien quelles seront les réactions. »

Seule Marie-Christine Blandin, ex-présidente du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, est d’emblée réservée : « Défendons l’économie solidaire comme un secteur éthique à part entière. Chez nous, cinq ans d’effort ont abouti à la création de la Caisse Solidaire, spécialisée dans les prêts aux chômeurs et aux Très petites entreprises. » Quelle différence avec la NEF ? Pour Christian Tytgat, directeur de la caisse en question, le problème touche à la laïcité : « Une banque confessionnelle me semble inconcevable ».

Bien que la NEF soit une coopérative, les anthroposophes occupent 100 % des postes de direction, alors qu’ils ne représentent qu’un quart des sociétaires… « Aujourd’hui en Angleterre, une banque anthroposophe finance la création du premier collège technique vert ». Cette collusion n’est pas unique en Europe. Le 12 septembre 1987, à Liestal, l’assemblée des délégués du Parti écologiste suisse a adopté un texte concernant la politique culturelle et l’éducation inspiré des théories de Steiner.

C’est justement en Suisse que l’anthroposophie trouve ses bases. Nous y avons découvert comment la NEF s’inscrit concrètement dans cette curieuse philosophie qui ne laisse rien au hasard.

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Dornach, petit village de Suisse alémanique, à une dizaine de kilomètres au sud de Bâle. Là, se dresse le Goetheanum. Entre bunker et cathédrale, le gigantesque édifice en béton armé abrite le siège de la Société anthroposophique universelle (SAU). Autour, douze bâtiments annexes aux formes baroques. La commune est ravie. Le Goetheanum, qui a placé quatre de ses représentants au conseil municipal, attire des milliers de « pèlerins ». Deux cents francs la visite, suivez le guide dans un labyrinthe mégalomaniaque. « Steiner, cet homme extraordinaire » par-ci, « Steiner, ce génie » par-là…

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Le Goetheanum est une « pompe à phynances »

Plus difficile d’en savoir plus sur la nébuleuse planétaire qui s’articule autour du Goetheanum et se décline en quarante-cinq représentations nationales. Celles-ci assurent la promotion d’une série de sous structures en apparence hétéroclites : les écoles Waldorf (650 dans le monde, dont une dizaine en France accueillant 2500 élèves environ), la Communauté des Chrétiens, diverses maisons d’édition, une kyrielle d’associations à caractère médical, pharmaceutique ou agricole. Toutes, à leur façon, appliquent les enseignements de Steiner.

À en croire le guide, ce complexe organigramme est totalement indépendant du Goetheanum. En réalité, des sommes considérables « remontent » vers la maison mère de Dornach. Chaque représentation nationale lui reverse un tiers de ses cotisations. Pour la France, cela peut représenter jusqu’à 500 000 francs par an. Peu de chose en comparaison des droits d’auteur sur les 354 ouvrages de Steiner diffusés à travers le monde et gérés par la Rudolf Steiner Verlag du Goetheanum.

Cette dernière est par ailleurs l’actionnaire majoritaire du groupe Weleda, qui commercialise les fameux « remèdes anthroposophiques » (dont Iscador, un extrait de gui censé combattre le cancer). En 1997, Weleda, avec 1100 salariés dans dix-huit pays, affichait un chiffre d’affaires de 700 millions de francs. Weleda finance notamment les « travaux scientifiques » de la Section médicale du Goetheanum. Dans le même registre, les produits de « l’agriculture anthroposophique bio-dynamique » (des engrais chargés en « force astrale ») sont gérés par l’association internationale Demeter, administrée par des anthroposophes.

Le jeu des cotisations, des copyrights ou de l’actionnariat contribue donc à alimenter les caisses de la maison mère. Sans oublier les dons.

La NEF, dans ce circuit, apparaît comme une pompe à finances, à l’instar des autres établissements ouverts en Belgique, aux Pays-Bas, ou en Angleterre. Pour engranger l’épargne de tous, il faut prêter à tous. Ainsi seulement, « l’argent qui relie les hommes » peut, à terme, profiter au Goetheanum.

Récemment, la revue L’Esprit du temps normalement réservée aux seuls adeptes, exprimait ses craintes que la NEF ne finisse par perdre son âme steinerienne. Une inquiétude aussitôt démentie par un « droit de réponse » signé Société anthroposophique universelleJean-Pierre Bideau et Henri Nouyrit, responsables du conseil de surveillance de la NEF : « La charte de la NEF qui fait explicitement référence à l’œuvre de Rudolf Steiner (…) témoigne que l’élargissement et la diversification de son sociétariat n’ont pas eu pour conséquence une trahison de ses fondements (…). Dans les milieux de l’économie sociale, de l’économie alternative et solidaire, de l’agriculture durable, du logement social qui n’avaient quasiment aucun contact avec la pensée et l’œuvre de Steiner la NEF a apporté au cours des années un témoignage qui a ouvert un horizon nouveau à bien des personnes. Mais en même temps, chaque fois qu’une institution steinerienne s’est adressée à la NEF pour avoir un appui, elle a trouvé une équipe dévouée à sa cause. » Voilà qui est explicite.

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Vitrine de l’anthroposophie, le « Hameau des Buis » de Pierre et Sophie Rabhi. En bas à droite de la photo, un cercle Steiner sur ce même hameau privatisé.

 

La NEF est plus proche de Davos que de Seattle

Tout aussi transparente est la doctrine économique de Steiner. Le parlementarisme n’y a pas sa place. Ni le syndicalisme, jugé improductif : « Qui donc travaillerait si [les] hommes devaient passer leur temps en débats sur le travail ? » Son programme rappelle beaucoup plus les conciliabules de Davos que les discours du Larzac : « Il faut soustraire toute activité économique à la tutelle de l’État (…). Dans une organisation économique à l’échelle mondiale le libre-échange offrira la meilleure garantie pour l’établissement des prix justes dans les diverses régions de la Terre. »

La NEF ne se cache pas de participer à cette vision : « C’est évidemment à cette partie de l’œuvre de Steiner que se réfère la NEF » déclare-t-elle dans un communiqué. Avec un capital approchant les 40 millions de francs, elle postule donc pour le statut de banque. La question, confirme Matignon, est actuellement en cours d’examen à la Direction du Trésor.

La « troisième gauche » continuera-t-elle à se rapprocher d’une philosophie aux antipodes de ses aspirations. Militants alternatifs et écolos ont-ils compris les enjeux ?

 

Renaud Marhic

1. Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens.
2. Conférence de 1922 sur le thème Santé et maladie.

 

Psychologiquement, y est encouragé un surdimensionnement de l’ego dont l’effet ultérieur peut être une grande souffrance intérieure, ainsi que le décrit très bien un ancien élève américain, Roger Rawlings, sur son site WaldorfWatch. Il se produit aussi un compartimentage du psychisme : la pensée et les sentiments ne communiquent plus entre eux.

COMMENT SE FAIT-IL QU’ON TROUVE DES ANTHROPOSOPHES A LA FOIS DANS DES MOUVEMENTS ALTERNATIFS PROGRESSISTES COMME ATTAC OU LA CONFEDERATION PAYSANNE ET QUE CERTAINS SOIENT PROCHES DE PARTIS REACTIONNAIRES?

Les anthroposophes sont partisans d’une « tripartition sociale » qui se réclame de la trilogie : Liberté Egalité, Fraternité. Mais en réalité, l’Anthroposophie nie le principe fondamentale de la Révolution Française qui est le respect de l’Homme en tant que Sujet. En économie, c’est la Fraternité qui est la règle. Mais cela signifie pour Steiner tout autre chose qu’une perspective socialiste ou communiste ! Pour lui la fraternité veut dire : pas d’intervention de l’Etat, l’économie se régule d’elle-même.

La loi fondamentale de l’économie selon Steiner, c’est qu’une société est d’autant plus riche que les individus ne gardent pas les richesses pour eux-mêmes et reversent leur surplus dans le pot commun. Ce à quoi on les oblige en fait par des pressions psychologiques.

Il n’y a bien souvent pas de conventions collectives dans les écoles Steiner. Le syndicalisme, pour Steiner est une maladie sociale, tout comme l’athéisme est une maladie de l’âme. Chez les anthroposophes, il y a une indifférence à la politique, aux élections. La seule chose qui compte pour eux est de savoir ce qui va favoriser leurs institutions ou non. La vie de la société dans son ensemble ne les intéresse nullement.

 

actu-sectarisme.blogspot.fr

 

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La spécificité sectaire de l’Anthroposophie

Quelle est donc cette spécificité qui me fait craindre de voir l’Anthroposophie passer finalement entre les mailles du filet de la vigilance sectaire ? Qu’est-ce qui permettrait à cette dernière une telle démarcation factice ?

Ceux qui observent l’Anthroposophie et ses émanations, comme les écoles Steiner-Waldorf, la NEF, ou la Biodynamie n’y perçoivent nullement, dans un premier temps, de discours ouvertement délirant sur les extraterrestres, l’étoile Sirius, les Esprits de Lumière ou les voyages astraux. On n’y détectera pas non plus d’emprise permettant des détournements d’argents importants, ni des personnes ruinées pour avoir tout donné, ou encore des adeptes devenant des esclaves sexuelles d’un gourou dans le cadre d’orgies collectives. Nous ne sommes pas non plus en présence de groupes construisant des lieux de vie isolés barricadés par des murailles gardées d’hommes armés. Nul suicide collectif d’anthroposophes n’a fait ni ne fera la une des journaux.

Au contraire, l’Anthroposophie et ses émanations présentent toutes les apparences d’une respectabilité parfaite :

– Les écoles Steiner-Waldorf sont parfois sous contrat avec l’Education Nationale, et les spécialistes de certains Rectorat prennent ouvertement la parole publiquement pour vanter le bien-fondé de cette pédagogie, quand ce n’est pas un ancien Ministre de l’Education Nationale ;

– Les médecins anthroposophes ont fait des études classiques de médecine et sont souvent conventionnés ;

– On parle de la NEF sur France-Info tous les trois mois environ, au point de la qualifier de « première banque éthique de France » (le qualificatif « citoyenne » ayant déjà été pris par la Banque Postale et ne faisant pas autant recette) ;

Rudolf Steiner est présenté comme un « penseur », un « philosophe » ou un « théoricien », jamais comme un occultiste délirant ;

– L’agriculture biodynamique s’est à ce point collée à l’agriculture biologique qu’elle s’est rendue indiscernable de cette dernière, tandis que l’Association d’Agriculture Biodynamique parvient à se faire héberger dans les locaux de la Chambre d’Agriculture. Les magasins Naturalia font en septembre 2014 leur « mois biodynamique » et Télérama consacre en même temps tout un dossier pour faire la promotion de cette agriculture ;

– Les produits de la firme WELEDA sont vendus dans presque toutes les pharmacies ;

-Etc.

Toute ces caractéristiques semblent donc éloigner radicalement l’Anthroposophie et ses émanations de ce qu’on se représente habituellement comme un phénomène sectaire. Ainsi, les représentations communes que l’on se fait habituellement des sectes, jusque dans le cadre des associations qui luttent contre leurs méfaits, permettent à l’Anthroposophie d’occuper une place à part, préservée. Même dans la bouche de certains responsables, il m’est arrivé d’entendre la phrase : « Ce n’est pas vraiment une secte. »

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En photo, la princesse Constance de Polignac et son protégé/conseiller personnel Pierre Rabhi (du mouvement écolo de droite « Colibri ») sur son domaine de Kerbastic, château du XVIIe siècle transformé en hôtel de luxe s’étendant sur un parc de 170 hectares dont 2 hectares « bio » accueillant des séminaires destinés aux chefs d’entreprise.



Mais est-ce effectivement le cas ? Faut-il nécessairement réduire le phénomène sectaire à des représentations comme celles que nous avons évoquées ? N’y-a-t-il pas, en réalité, une paresse intellectuelle profonde à tenter de cerner par le biais de représentations un phénomène aussi subtil que celui des sectes, ou des dérives sectaires, là où ce serait plutôt le concept de ces dernières qui devrait guider leur appréhension ?

Penser par représentations est facile et les journalistes s’y prêtent volontiers. Avoir dans l’esprit des images comme celles de partouzes sectaires, d’embrigadement militaire, de familles ruinées, de gourou en toge et de Mandarom bariolé a certes rendu mentalement présents dans les esprits de la population française les risques de certaines dérives correspondant effectivement à ce décorum ubuesque. Mais qu’en sera-t-il pour les mouvements sectaires qui savent ne pas verser dans ce type d’extravagances, mais n’en sont pas nécessairement moins dangereux sur le long terme et sur un autre plan ?!

En effet, l’Anthroposophie ne dresse pas de murailles apparentes autour de ses constructions architecturales. Mais la coupure qu’elle opère progressivement, dans l’esprit du disciple de Steiner (et même de ceux qui ne font que fréquenter les institutions issues de l’Anthroposophie) entre le « monde extérieur » et le « milieu anthroposophique » est-il moins bien gardé qu’une place forte dotée de mitrailleuses ?

Certes, il sera impossible d’observer des grandes partouzes collectives ni de débordements pédophiles dans les locaux de la Société Anthroposophique, ou dans une école Steiner-Waldorf. Mais, dans le premier cas, la forme de séduction que les dirigeants exercent sur leurs auditeurs n’y prend-t-elle pas des formes psychiquement fortement sexualisées ? Et, dans le deuxième cas, la promiscuité douteuse entre professeurs et élèves ne s’apparente-t-elle pas à des relations « incestuelles », faute d’être systématiquement incestueuses ?

Effectivement, nul adhérent de la NEF ne se retrouvera sur la paille en six mois après avoir donné tout ses biens pour une institution issue de l’Anthroposophie. Mais ne finit-il pas par appartenir peu à peu à un circuit économique à part, à une sorte de serpent qui grossit en se mordant la queue, où tout l’argent disponible part en direction des mêmes causes et des mêmes entreprises, qui s’alimentent mutuellement ?

La spécificité sectaire de l’anthroposophie

 

Pour les membres de la Société Anthroposophique, l’exigence d’exclusivité à l’Anthroposophie est d’ordre implicite. Au niveau de leur discours, les anthroposophes vous disent souvent qu’il n’y a pas d’autre obligation pour vous que d’être un honnête homme, qu’il n’y a aucun interdits, etc. Le mot liberté est sur toute les langues anthroposophiques ! Il n’y aurait même aucun problème à être membres de la Société Anthroposophique tout en appartenant à une autre religion. Et l’on cite quelque cas d’anthroposophes bouddhistes (comme Ha Vin Tho) ou musulmans (comme Ali Gerbhi) que l’on exhibe triomphalement lors de certains congrès pour bien montrer à quel point on a l’esprit ouvert. Les anthroposophes revendiquent ainsi pour l’Anthroposophie une sorte de rang supérieur aux simples religions, de spiritualité universelle capable de les comprendre et les embrasser toutes. Dans les faits, les choses se passent autrement : par de nombreuses allusions, par des remarques, par des attitudes, par certains écrits, on vous fait comprendre qu’il n’est très bon pour vous d’aller voir ailleurs :

– Vous pratiquez le yoga ? Savez-vous que Steiner a dit que c’est dangereux pour votre corps éthérique et même pour votre corps physique ? Mieux vaut se diriger vers l’eurythmie.

– Vous avez une activité sportive ? Savez-vous que c’est contre-indiqué à celui qui aspire à la clairvoyance ? Pas la gymnastique Bothmer cependant.

– Vous vous intéressez à un autre courant spiritualiste ? Attention car ça ressemble à une secte ! (Le comble !)

– Vous êtes resté attaché à votre religion d’origine ? Avez-vous lu ce que Steiner a dit des insuffisances de ce culte dans tel cycle de conférence ? Mais si tenez absolument à conserver une pratique religieuse, il me semble que le culte de la Communauté des Chrétiens, fondée par des disciples de Rudolf Steiner, propose une approche des sacrements qui réponds mieux aux exigences de l’homme moderne.

– Vous buvez de temps en temps de l’alcool ? Bien sûr vous êtes libre, mais savez-vous que Steiner a dit dans tel cycle de conférence que cette boisson appartient aux états de conscience passés de l’humanité ?

– Vous mangez de la viande ? Si vous êtes incapable de vous en passer nous comprenons, mais cela va constituer pour vous un handicap pour avoir des perceptions spirituelles.

– Vous dansez le Rock ? Pourquoi pas, mais d’après Steiner il s’agit d’une danse basée sur des rythmes africains qui dénaturent les corps éthériques des occidentaux.

– Vous avez du plaisir à lire des livres comme la saga des Harry Potter ou Le Seigneur des Anneaux ? C’est parfaitement votre droit, mais ne savez-vous pas quelles forces maléfiques se cachent derrière l’écriture de tels ouvrages, que tel auteur a d’ailleurs très bien dénoncé dans le numéro d’une revue anthroposophique que je peux vous prêter. En revanche, je vous recommande Momo ou L’Histoire sans fin de Michaël Ende (qui est un auteur anthroposophe).

– Vous vous intéressez à la politique ? Moi je n’ai pas confiance en tout ces gens-là. En revanche, je trouve que Pierre Rabhi et son association « Colibri » propose une alternative pertinente conforme aux exigences du monde actuel. D’ailleurs, si ça vous intéresse, il vient faire prochainement une conférence à l’école Rudolf Steiner de Verrières-le-Buisson et c’est un fermier qui a pratiqué la méthode biodynamique ! Il est proche de nos milieux vous savez.

– Votre médecin-traitant vous a prescrit des médicaments homéopathiques sans spécifier qu’ils doivent être de la firme Weleda ? C’est embêtant pour vous car les médicaments homéopathiques ordinaires possèdent moins de forces de guérison. Il n’ont pas été « dynamisés » vous comprenez. Je vous recommande un très bon médecin anthroposophe qui exerce dans tel quartier. Quand la législation française est trop liberticide, il vous indiquera comment faire venir vous-mêmes certains médicaments directement de Suisse. Si vous êtes en dépression, il est possible qu’il vous prescrive de manger de la salade spécifiquement broyée avec une machine allemande dont le prix est de 500 Euros. Si vous n’avez pas les moyens de vous l’acheter, je pourrais vous prêter la mienne.

– Vos enfants regardent la télévision ? Je vous recommande un numéro de l’excellente revue de médecine anthroposophique qui dénonce les effets dévastateur de la télévision sur le psychisme des enfants.

– Vous allez de temps en temps au cinéma ? Je crois que Rudolf Steiner explique que cela rend nos yeux éthériques semblables à ceux des grenouilles et que c’est très mauvais pour notre karma car, lors de la rétrospective post-mortem, les moments où vous avez regardé des films constituent des sortes de trous dans la mémoire de notre existence révolue… Il faut que je retrouve le passage et je vous en ferait une photocopie !

– Etc. Rien n’est interdit, mais tout est présenté comme contre-indiqué. Vous êtes libres, mais vous vivez dans la culpabilité ou dans la crainte si vous ne suivez pas les recommandations du Maître. Ce procédé est très habile : des interdits clairement affichés engendrent des oppositions, tandis que des conseils et des mises en garde sont mieux assimilés. La Société Anthroposophique réalise donc bien les trois conditions définies par le sociologue Émile Durkheim pour être qualifiée de religion :

– l’existence d’un ensemble de croyances constituant un système solidaire ;

– l’existence de rituels ;

– l’existence d’une communauté.

Qui sont les anthroposophes? Les différents cercles du milieu anthroposophique 

 

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Les trois modes d’adhésion à l’anthroposophie

Il y a selon moi trois aspects caractérisant l’adhésion à l’Anthroposophie :

– l’adhésion intellectuelle ;

– l’adhésion sociale ;

– l’adhésion comportementale.

*

a ) L’adhésion intellectuelle

Elle comporte plusieurs aspects :

– l’adoption de certaines idées ésotériques générales ;

– l’adhésion à certaines idées ésotériques spécifiques à Rudolf Steiner ;

– l’adhésion à certaines tournures d’esprit ;

– l’adoption d’un vocabulaire spécifique de l’Anthroposophie.

*

b) L’adhésion sociale

Elle peut comporter plusieurs aspects :

– fréquenter une des institutions issues de l’Anthroposophie : école Steiner-Waldorf, crèche d’inspiration Steiner-Waldorf, groupe d’éveil et de jeux pour les tout-petits, N.E.F., M.A.B.D., Communauté des Chrétiens, groupes d’étude de la Société Anthroposophique, centre de formation anthroposophique comme l’Institut Rudolf Steiner, ou Didascali (pédagogie), centre de formation à la peinture Hauschka, etc. ;

– suivre les conférences de la Société Anthroposophique ;

– suivre les conférenciers indépendants professant la doctrine de Rudolf Steiner ou se référant notamment à lui ;

– suivre un atelier artistique d’inspiration anthroposophique : « Eurythmie », mime, théâtre, peinture, modelage, musique, etc ;

– avoir recours aux services d’un praticien de la santé et du domaine médico-social lié à l’Anthroposophie : thérapeute, conseiller diététique, orthophoniste, infirmier, babby-sitter, nounou, etc.

*

c) L’adhésion comportementale

Elle peut comporter plusieurs aspects :

– l’adoption de pratiques méditatives spécifiques aux anthroposophes ;

– l’adoption d’habitudes alimentaires spécifiques aux anthroposophes (végétarisme ou tendance au végétarisme, consommation de produits bio Demeter) ;

– l’adoption de pratiques éducatives spécifiques aux anthroposophes;

– l’adoption de comportements hygiéniques spécifiques aux anthroposophes (consommation de produits homéopathiques de la firme Weleda, etc.) ;

– l’adoption de pratiques cultuelles spécifiques aux anthroposophes : recours aux sacrements de la Communauté des Chrétiens, recours à l’Eurythmie et à certains de ses gestes comme modes d’interventions cultuelles, recours à certains textes de Steiner comme supports de cérémonies religieuses, etc.  ;

– l’adoption de comportements vestimentaires spécifiques à l’Anthroposophie (un certain style de vêtements, de couleurs, etc) ;

– l’adoption de critères esthétiques ou de pratiques décoratives spécifiques aux anthroposophes, parfois issus d’indications données par Rudof Steiner lui-même (couleurs des murs, coupe de cheveux, etc) ;

– l’adoption de comportements sexuels spécifiques aux anthroposophes (indiqués notamment dans le livre d’Athys Floride, Ed. Novalis), ou donnés en exemple dans certains cercles fermés de l’Anthroposophie ;

– le financement, par le biais de dons ou de legs, d’institutions liées à l’Anthroposophie.

*

On peut reconnaître un anthroposophe au fait qu’il adopte un ou plusieurs de ces aspects intellectuels, sociaux ou comportementaux. Plus ceux-ci sont nombreux, plus la personne est anthroposophe.

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A lire en complément :

Pour en finir avec la supercherie Rabhi: l’écogourou sur le chemin de Compostage.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 

Ecologie, monnaie, le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion

Vigneron en prison pour avoir refusé d’épandre des pesticides?

Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute! 

C’est quoi le fascisme? 

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

 

Les sites conspirationnistes? Des pièges à cons!

Difficile d’y échapper sur internet, des milliers de sites et documents conspirationnistes encombrent les résultats des moteurs de recherche et nos écrans, une vraie pollution.

Les thèmes de prédilection? Difficile de les évoquer tous mais on retrouvera des thèmes récurrents et pour certains d’entre-eux, obsessionnels:

11 septembre, Nouvel Ordre Mondial [1], Illuminati, Bilderberg, Trilatérale, complot judéo-maçonnique, spiritualisme, développement personnel, ufologie, voyance, écologie mystique, (R)évolution de potager, anthroposophie, chemtrails, charlatanisme, satanisme, New Age, biodynamie, survivalisme, mouvements sectaires, etc,…

Le point commun de tous ces thèmes en apparence très différents, c’est l’obscurantisme.

Tous ces sites sont reliés, comme des milliers de petites églises, directement ou de façon plus insidieuse, à une idéologie de droite radicale et d’extrême droite.

La formule  » Nouvel Ordre Mondial  » est une façon de faire passer pour nouvelle une mécanique qui est constitutive du capitalisme.

Le capitalisme d’aujourd’hui n’est pas radicalement différent de celui qui animait le début du siècle dernier, bien au contraire.

Les grandes crises qu’il produit, constituées par l’emballement de l’accumulation du Capital, n’ont rien de « nouveau ».
Ces grandes crises sont parfaitement comprises et expliquées depuis longtemps.
Une telle grande crise s’est produite juste avant la première guerre mondiale. Destruction et barbarie qui n’ont résorbé qu’un temps les contradictions produites par le capitalisme. Cette même crise qui s’est reconstituée à l’entre-deux guerres et qui a produit une nouvelle abomination, la seconde guerre mondiale.

Le « Nouvel Ordre Mondial » n’existe pas, le capitalisme, oui.

La sphère conspirationniste ne se contente pas d’imposer des mythes, elle impose également des mots, et ces mots sont porteurs d’une idéologie, celle de la droite radicale et obscurantiste.

L’obscurantisme, qu’il soit religieux ou pas, a toujours été un instrument de domination.

L’obscurantisme est une attitude de négation du savoir.
L’obscurantisme refuse de reconnaître pour vraies des choses démontrées.

C’est bien la contre-révolution catholique qui lance la première cette réécriture mystifiée du réel en tentant d’attribuer au processus complexe de la Révolution française le résultat d’une action présupposée souterraine de  » forces occultes « , de groupes culturels et philosophiques existant ou ayant existé – comme la franc-maçonnerie ou les illuminés de Bavière  – et d’une magie résultant de la toute puissance d’une secte! Délire plutôt cocasse de la part d’une Église et plus particulièrement d’un abbé, en l’occurrence Augustin Barruel.

Il faut se souvenir que le courant des Lumières a permis de remettre en question radicalement l’influence du divin sur le pouvoir et sur notre rapport au savoir.
Cette pensée est née au sein de courants philosophiques, dans des cercles de réflexion, dont la franc-maçonnerie a fait partie, avec d’autres.

Le Clergé n’a jamais accepté sa défaite morale à l’occasion de la Révolution française.

Voilà pourquoi l’extrême droite, descendante directe de la contre-révolution catholique, focalise tant sur la franc-maçonnerie.

Voilà pourquoi toutes les extrêmes droites conspirationnistes de la planète n’ont fait que ressortir de façon quasi identique dans sa forme comme dans son fond, la théorie loufoque sur les « Illuminati « .

La première théorie du complot « moderne » provient de sphères religieuses réfutant l’apport du courant des Lumières et qui ont toujours voulu abattre la République.

Cette réécriture religieuse du réel a besoin d’imposer des mythologies qui vont recourir à de multiples subterfuges irrationnels masqués par une approche en apparence scientifique.

Le but est bien évidemment de clouer sur place, de priver de toute compréhension du monde, de toute émancipation, gage de la perpétuation de l’ordre économique, à l’époque les rentes de l’aristocratie et du Clergé.

A partir du moment où la contre-révolution catholique parvient à imposer l’idée que tout est déjà écrit et décidé par un petit groupe secret tirant les ficelles dans l’ombre et dont les traits culturels seraient identiques, tout est mis en place pour fracturer la population afin qu’une partie d’entre elle ne se soumette et finisse par se ranger dans le camp des dominants.

Grâce aux croyances, grâce aux obscurantismes, qu’ils soient religieux ou pas, on coupe chez la population toute velléité révolutionnaire, on la conduit à accepter son triste sort, on la conduit à se battre contre des moulins à vent ou encore aux côtés de ses maîtres.

A partir du moment où le mot  » Illuminati  » s’impose, il est possible de lui substituer tout bouc-émissaire, qu’il se nomme franc-maçon sous la Révolution, qu’il se nomme juif sous les tsars et sous Hitler, qu’il se nomme musulman, « élites corrompues », chômeur, pauvre, Rom, étranger, fonctionnaire européen, cette IDÉOLOGIE DE REJET sert avant tout les dominants en offrant des leurres, des coupables idéaux qui sont autant de diversions et d’appels à la résignation.

En lieu et place d’offrir une analyse de compréhension des conditions matérielles d’existence du monde, la sphère conspirationniste prétend nous instruire en nous plongeant la tête dans le sable.

Pour ces sphères conspirationnistes, ce n’est pas le capitalisme en soi qui pose problème, c’est le fait qu’il serait  » dirigé  » selon elles, par des gens  » corrompus « .

Il serait ainsi possible de  » moraliser  » un système d’organisation de la production confiscatoire et par essence inégalitaire.

Moraliser un système amoral?

On retrouve là une vision ultra conservatrice et verticale de la société, une vision qui n’est pas seulement l’apanage des extrêmes droites, mais que l’on retrouve de Bayrou à Sarkozy, qui eux aussi entendent « moraliser » le capitalisme.

Droites et extrêmes droites sont les descendantes lointaines pour les premières, directes pour les secondes, de la contre-révolution catholique.

Une force politique qui alla s’assoir à la droite du roi au but de lui conserver son droit de veto, de conserver en place les privilèges.

Toutes les droites sont les descendantes directes ou lointaines de la contre-révolution catholique.

C’est ainsi que la droite, jusqu’à la mise en place du suffrage universel masculin à la suite du vol de la Révolution de 1848, est toujours monarchiste.
Elle le sera quasiment jusqu’à la fin du 19e et sera contrainte par l’Histoire d’embrasser un républicanisme d’apparat.

Voilà pourquoi tant de passerelles existent entre toutes les droites, qui se battent toutes pour les intérêts des classes possédantes.

Et la  » gauche  » de gouvernement? Elle prétend se battre aux côtés des galériens mais en réalité, tout ce qu’on a obtenu, on ne l’a toujours dû qu’à nous-mêmes. La  » gauche  » participe à maintenir l’illusion démocratique. Une illusion au service d’un État qui lui-même est au service d’une bourgeoisie et du capitalisme.

La bourgeoisie possède en effet un État, des lois, des normes comptables et fiscales faites sur mesure pour elle ainsi que de nombreux leviers dans la production culturelle, intellectuelle et de procédures civiques pour assurer à la fois la perpétuation de sa position sociale et une réécriture du réel favorable à son idéologie.

Elle possède les radios, les télés, presque tous les journaux, les instituts de sondages, la publicité dans le but d’imposer une idéologie favorable à ses intérêts.

Et ces millions de pages, mystiques, de droite radicale, conspirationnistes et fascistes, prétendant dénoncer des médias appartenant aux droites libérales patronales, entendent avant tout nous faire rester dans la même famille politique ; la droite, dans le même système économique, le capitalisme.

Ces droites radicales répondant à leurs cousines des droites libérales sont en réalité bien décidées à tout faire pour nous soyons incapables de comprendre le monde, comprendre ce système barbare qu’est le capitalisme et nous priver de notre capacité à nous émanciper collectivement.

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

[1] La formule  » Nouvel Ordre Mondial  » provient de la théorie conspirationniste de l’auteur d’extrême droite Eustace Mullins, théoricien antisémite, révisionniste et négationniste.

 

A lire en complément:

Fascisme et conspirationnisme

 

Ce jour où Dieu eût la main Lourdes

Les risques encourus en allant à la messe ou en pèlerinage sont réels et souvent méconnus des béotiens.  Pourtant, en toute occasion, les divers faits de Dieu ne s’embarrassent pas des manifestations dans ce qu’elles ont de plus tangible.

Le 24 avril 2014, c’est sous un crucifix gigantesque qu’un pèlerin ne manqua pas de faire une rencontre qui allait peser durablement sur la nature de son existence.

crucifix-cevo-avantCe monument de frugalité architecturale commis par l’artiste italien Enrico Job et constitué d’une poutre en trois portions propulsant à près de 30 mètres de hauteur une statue d’un Christ Rédempteur de 6 mètres, avait été créé pour célébrer la visite de Jean-Paul II à Brescia à l’occasion du centenaire de la naissance de Paul VI.

papeL’arc christique avait été déplacé en 2005 sur le site de Cevo (Italie) et ce 3 ans avant la disparition de l’artiste, au dessein de figer à jamais cette perspective concave en hommage aux déjections sous cloche du conclave.

En effet, c’est 3 jours plus tard, le 27 avril, que Jean-Paul II ainsi que le gauchiste Jean XXIII devaient être canonisés.

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C’est à l’approche d’un pèlerin échoué là par la grâce de son aumônerie, que soudain, la portion la plus haute se détacha, rappelant ainsi à Dieu le fidèle par l’argument massue d’un Christ de 600 kilos.

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La victime, très probablement ivre de bigoteries au moment des faits, était originaire de Lovere et en excursion sur le site depuis quelques minutes à peine.

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« Car nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle. »

 

Ça n’a pas traîné.

 


Les Enragé-e-s

 

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Au fond, Jésus est un type cool, il est juste un peu farceur, c’est tout.

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Malentendu sur l’athéisme

On dira de plus en plus, à mesure que les hommes prendront conscience de leurs forces latentes, l’importance destructive et contre-révolutionnaire, dans tous les sens, de l’idée de Dieu. La théologie est le grand arsenal de guerre qui se dresse à l’autre bout du mouvement humain. Elle est un attentat permanent contre l’humanité. C’est la ruine et la négation de l’effort des foules ; elle leur arrache le réalisme des mains. Jamais les hommes ne seront tranquilles, jamais leur communauté ne sera solide, tant que l’au-delà, l’infini et l’éternité prendront une figure pour se jeter sur eux. Dieu est la contre-révolution en personne. La notion de Dieu ne saurait, comme on le prétend souvent à la légère, demeurer dans le pur domaine du rêve, ni rester un sentiment personnel ; elle secrète un dogme et fabrique un culte organisé partout où elle s’implante, comme le noyau fabrique la cellule. On ne peut pas atteindre la moindre religion si on n’atteint pas son noyau divin… Et ce qu’on doit dire des religions consacrées, on doit aussi le dire des religions soi-disant libérées et hérétiques, ces retours à l’Évangile, réformes superficielles, en habit civil, de la malfaisante superstition. Enfin, ceux qui croient en Dieu croient aussi, par conséquence et par analogie, à bien d’autres fétiches ou fantômes. Une fois admise cette intrusion de l’inexplicable, on peut admettre toutes les hypothèses qui déracinent l’homme de l’humain.

Henri Barbusse

 

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Léo Ferré   Ni Dieu Ni maître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le drapeau européen? Un emblème religieux chrétien anti-laïque

En 1955, date de l’adoption du drapeau, le Conseil de l’Europe possède 14 pays membres.

31 ans plus tard, ce drapeau allait devenir celui des Communautés européennes puis celui de l’Union Européenne.


« 
(…) J’ai eu subitement l’idée d’y mettre les douze étoiles de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge. Et mon projet fut adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception. » (…)

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Médaille Miraculeuse de la rue du Bac

 

En 1950, c’était M. Paul M.G Lévy qui était le premier Directeur au Service de Presse du Conseil de l’Europe. C’est donc lui qui fut chargé de faire aboutir le projet de Drapeau. Cet homme très cultivé ne savait pas dessiner. Mais il connaissait M. Arsène Heitz, fonctionnaire au même conseil, qui lui possédait quelque talent artistique. Tous deux étaient de bons catholiques.

Il se garda bien de révéler la source de son inspiration, et les membres du conseil ne virent là que le ciel bleu sans nuage, et la symbolique rassembleuse du chiffre 12

Les douze étoiles ne correspondaient pas, à ce moment–là, au nombre des nations.

Le Parlement Européen était “conçu pour” 12 nations, mais le Drapeau de l’Europe est le drapeau du “Conseil de l’Europe[1], et ce Conseil n’a jamais comporté 12 nations [2] : il en a comporté successivement 6,9, puis 15,… et actuellement 47.

 

[1] Ce qui démontre que les 12 étoiles ont une origine religieuse et uniquement religieuse.

[2] Conseil de l’Europe, organisation internationale antérieure à l’Union européenne, à ne pas confondre avec le conseil européen de l’Union Européenne.

 

Source

Gandhi, ou l’art de désarmer les masses

La véritable histoire de Gandhi

 

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A propos des castes: « Je considère fondamentales, naturelles et essentielles les quatre grandes divisions (…). Les innombrables subdivisions peuvent être gênantes, mais je suis tout à fait opposé à ce qu’on essaye de détruire les divisions fondamentales. Je suis porté à croire que la loi de l’hérédité est une loi éternelle et que toute tentative pour la transformer doit forcément conduire au désordre absolu. Je ne considère pas qu’il soit indispensable à l’esprit démocratique de boire ensemble, de partager un repas et de s’unir par le mariage »

 

À Peshawar, qui resta pendant dix jours aux mains de la population, les soldats refusèrent de tirer sur les manifestants. Ces troupes hindoues fraternisèrent avec une foule en majorité musulmane. Il fallut l’intervention de l’aviation britannique pour faire revenir le calme.
Alors que celle-ci réprimait la population, ce n’était pas sa violence que Gandhi condamnait, mais le refus des soldats indiens de tirer !

« Un soldat qui désobéit à un ordre de faire feu enfreint son serment et se rend coupable de désobéissance criminelle. Je ne puis demander à des fonctionnaires et à des soldats de désobéir, car lorsque je serai au pouvoir, j’utiliserai, selon toute probabilité, ces mêmes fonctionnaires et ces mêmes soldats. Si je leur enseignais la désobéissance, je craindrais qu’ils n’agissent de même lorsque je serai au pouvoir. »

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Issu d’une famille commerçante, Gandhi fit ses premières armes de militant nationaliste en Afrique du Sud où, jeune avocat, il était employé par une firme commerçante indienne.

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« un résistant civil ne cherche jamais à mettre le gouvernement dans l’embarras »

 

Tout en proclamant sa loyauté à la Grande-Bretagne, il y organisa la lutte contre les laissez-passer imposés aux commerçants indiens par les Britanniques. Il se déclarait déjà en faveur de mouvements pacifistes, une non-violence qui ne l’empêcha pas de se ranger activement aux côtés de l’armée britannique lors de la guerre des Boers, puis contre la révolte des Zoulous.
Différents ouvrages de propagande, parmi lesquels le film d’Attenborough qui remporta l’Oscar du meilleur film en 1982, présentent Gandhi comme un champion de la non-violence. Dans une société aussi violente que la société indienne, où les rapports sociaux eux-mêmes étaient violents au quotidien, la doctrine non-violente de Gandhi avait une fonction politique : celle de laisser les masses désarmées face à la violence de leurs oppresseurs.

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Gandhi est également présenté comme étant du côté des pauvres, pour l’égalité.

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Il soutenait pourtant la division de la société en castes, qui lui paraissait même fondamentale. Il écrivait en 1920 : « Je considère fondamentales, naturelles et essentielles les quatre grandes divisions (…). Les innombrables subdivisions peuvent être gênantes, mais je suis tout à fait opposé à ce qu’on essaye de détruire les divisions fondamentales.
Je suis porté à croire que la loi de l’hérédité est une loi éternelle et que toute tentative pour la transformer doit forcément conduire au désordre absolu. Je ne considère pas qu’il soit indispensable à l’esprit démocratique de boire ensemble, de partager un repas et de s’unir par le mariage » [2].


Gandhi ne revendiquait même pas l’égalité juridique entre les hommes, ce qui serait à la portée de n’importe quel démocrate bourgeois.

Non, lui exhortait simplement les pauvres à la patience et à l’acceptation de leur sort jusqu’à leur future réincarnation.

Il se déclarait pourtant affligé par la pauvreté qui sévissait en Inde. Mais son remède, c’était le retour au tissage à la main !

Non sans démagogie, il préférait désigner le progrès comme l’ennemi des pauvres, plutôt que les possédants britanniques et indiens qui en accaparaient les fruits.

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Le chantre du métier à tisser manuel était aussi un obscurantiste religieux dont la bêtise s’illustrait dans ses écrits.

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On peut lire sous sa plume que « les hôpitaux sont des institutions pour la propagation du péché. Aller consulter le médecin et guérir soulage le corps, mais affaiblit l’esprit. » [3]

Au nom de ses principes il laissa sa femme mourir, faute d’injections de pénicilline, car il considérait l’intraveineuse comme « une agression violente contre le corps ».

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De retour en Inde, Gandhi sut se faire apprécier des masses.

S’appuyant sur la religion et ses symboles, il imposait le respect par son mode de vie simple, ses déplacements dans les wagons de troisième classe, qui semblaient contraster avec le mode de vie des autres dirigeants du parti du Congrès.

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Ayant abandonné le costume occidental pour un simple morceau d’étoffe tissé par ses soins, il n’avait pas l’allure habituelle des bourgeois du parti du Congrès, habillés à l’occidentale et qui ne perdaient pas une occasion d’étaler leur richesse.

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Cette image de pauvreté que Gandhi voulait offrir aux masses pauvres n’était, justement, qu’une image.

L’écrivain-journaliste Tibor Mende a rapporté dans son ouvrage « L’Inde devant l’orage » :

« Le fait que Gandhi habitait fréquemment une demeure luxueuse où il était l’hôte d’un des plus grands industriels de l’Inde (Birla), ne troublait pas l’image que des millions d’Indiens se faisaient de leur leader ; pas plus d’ailleurs que les dépenses extraordinaires engagées pour garder et transformer les wagons de troisième classe dans lesquels il faisait des voyages spectaculaires, ou pour reconstruire des quartiers entiers de taudis lorsqu’il séjournait parmi les intouchables ».

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Le même Birla déboursait les 50 000 roupies annuelles qui faisaient vivre l’ashram, la petite communauté autour de Gandhi. Pour l’industriel Birla, cet investissement en la personne de Gandhi se révéla particulièrement fructueux par la suite.


Le talent – si l’on peut dire – de Gandhi résidait dans sa capacité extraordinaire à tromper les masses.

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Mohandas Karamchand Gandhi à Londres

 

La population pauvre, qui crevait de misère, au point d’être au bord de l’explosion, pouvait s’identifier à cet homme décharné et y compris à sa doctrine non-violente, ce qui n’aurait pas pu être le cas avec un notable.

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À peine arrivé en Inde, et malgré ses professions de foi non-violentes, Gandhi soutint la Grande-Bretagne durant la première guerre mondiale et se lança même dans une campagne de recrutement de soldats indiens.


Le prêche de la non-violence destiné aux seuls pauvres


En 1919, alors que les grèves et les manifestations des masses se radicalisaient, Gandhi proposa sa première grande campagne d’action non-violente, pour protester contre les lois Rowlatt, qui prolongeaient les pouvoirs répressifs du temps de guerre et permettaient au gouvernement d’emprisonner sans jugement.

Il décréta une journée de « hartal » en avril. À l’origine, le mot signifiait “ grève générale ”. Gandhi lui donna le sens de journée de jeûne et de prière, durant laquelle la population devait suspendre toute activité.
Les masses répondirent à l’appel, bien au-delà de ce que Gandhi avait prévu : une vague de manifestations de masse et de grèves, parfois ponctuées d’émeutes, embrasa différentes régions du pays dès le mois de mars. Durant cette période d’agitation, hindous et musulmans manifestèrent côte à côte et fraternisèrent dans la lutte, au point qu’un rapport officiel du gouvernement soulignait cette « fraternisation sans précédent ».
Alors que la répression se faisait de plus en plus violente, Gandhi redoublait d’efforts pour prêcher la non-violence aux masses indiennes. À Amritsar, dans la région du Pendjab où le mouvement de masse était très actif, l’armée tira à la mitrailleuse sur la foule rassemblée dans un lieu clos, sans aucune possibilité de s’échapper. Il y eut entre 400 et 500 morts et plus de 1200 blessés.
Un peu partout, des groupes courageux de résistance à la répression furent mis en place par les manifestants, peu enclins à se laisser massacrer sans réagir. Gandhi multiplia les appels au calme, regrettant que le mouvement « sorte du cadre de la non-violence ». Il décida du coup de suspendre la résistance passive quelques jours seulement après le hartal, déclarant qu’il avait commis « une bévue énorme comme l’Himalaya qui avait permis à des personnes mal disposées et non à de véritables résistants passifs de perpétrer des désordres. » [4]
Et pour que les choses soient bien claires, il ajouta dans une lettre à la presse qu’un « résistant civil ne cherche jamais à mettre le gouvernement dans l’embarras ».

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Fin 1919, Gandhi mit tout son poids dans la balance pour que le parti du Congrès accepte les mini-réformes consenties par le gouvernement et que tout le monde « se mette tranquillement au travail pour en assurer le succès ». Mais si Gandhi parvenait à s’imposer au parti du Congrès, le mouvement n’obéissait pas à ses injonctions malgré sa popularité, et il continua à se développer.
Les six premiers mois de 1920 furent même le point culminant du mouvement de grève, entraînant un million et demi de travailleurs à travers tout le pays. Le mouvement ouvrier ne faiblissait pas, malgré l’absence d’une direction politique autonome.
Quant au parti du Congrès, il constatait par la voix résignée de son président : « Il ne sert à rien de se dissimuler que nous traversons une période révolutionnaire ». Faute de parvenir à l’arrêter, la bourgeoisie indienne tenta à nouveau de se porter à la tête des masses et Gandhi élabora un nouveau programme de « non-collaboration dans la non-violence » qui fut adopté par le parti du Congrès en septembre 1920.
La non-violence prônée par les dirigeants ne reflétait pas une quelconque préoccupation humanitaire d’éviter les effusions de sang : elle exprimait la peur des propriétaires terriens et de la bourgeoisie indienne de voir les masses s’armer et menacer de renverser non seulement le pouvoir colonial, mais aussi le leur.
Les actions mises en avant étaient le boycott des élections aux nouvelles assemblées consultatives, le boycott des établissements scolaires et des tribunaux. Autant de mesures qui concernaient en fait la bourgeoisie grande et petite. Quant aux masses, le programme les encourageait « au retour au filage à la main » et au boycott des vêtements britanniques. C’était une façon de tenter de détourner les travailleurs du terrain de la lutte des classes en les appelant à des processions autour de grands bûchers où l’on brûlait symboliquement les vêtements britanniques.
Mais si la campagne de non-collaboration séduisit les masses, celles-ci ne s’arrêtèrent pas là : en 1921, l’agitation continuait sous forme de grèves et elle avait carrément pris l’aspect d’une rébellion ouverte dans le Pendjab et dans la région côtière de Malabar. Le mouvement culmina lors de la visite du prince de Galles, qui provoqua le mouvement de hartal – journée morte – le plus spectaculaire que l’Inde ait jamais connu. Les journées de grève décrétées à Bombay pour l’occasion se transformèrent en émeutes contre la répression féroce.


Une fois de plus, Gandhi se désolidarisa des masses et déclara que le « mouvement pour l’indépendance lui faisait horreur ».

Trotsky avait commenté ainsi cette attitude : « Malheur au peuple indien s’il fait confiance à ces paroles ronflantes. Gandhi s’est déjà hâté de proclamer son refus de créer des difficultés à la Grande-Bretagne pendant la crise actuelle (…). La répugnance morale de Gandhi devant la violence reflète la peur de la bourgeoisie indienne devant ses propres masses ».

Une fois de plus, malgré Gandhi et malgré la répression et les milliers d’arrestations, le mouvement continua.


La puissance du mouvement de masse


Gandhi était pratiquement le seul dirigeant à ne pas être en prison lorsque le parti du Congrès se réunit à la fin de l’année 1921.

Il mit toute son énergie à arrêter le mouvement et annonça une campagne de « désobéissance civile de masse » limitée à un seul district de 87 000 habitants, au prétexte qu’ainsi, les conditions de non-violence seraient respectées !

Et quand la nouvelle arriva que dans un petit village de la zone choisie, les paysans attaqués par la police avaient riposté en faisant brûler le commissariat, avec les policiers dedans, Gandhi s’empressa de mettre un terme à ce simulacre de campagne, tout en dénonçant « la conduite inhumaine de la populace ». Il s’infligea alors cinq jours de grève de la faim pour « expier l’immense bévue qu’il avait faite en appelant les masses à la désobéissance civile alors qu’elles n’étaient pas prêtes ».

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Réprimé par l’administration coloniale, désorienté par les trahisons successives du parti du Congrès, le mouvement reflua. Dans la résolution rédigée début 1922, le parti du Congrès insistait sur la nécessité de respecter les « droits légitimes des propriétaires terriens » à percevoir le loyer des terres et la nécessité de payer les impôts et les taxes « légitimement dus ». Il n’était pas question de violence ou de non-violence, mais de respecter les intérêts de classe des possédants.
La période de 1918-1922 sonna comme une alarme pour les possédants indiens et leurs homologues britanniques. La révolution était là. La question se posait objectivement de savoir qui allait la diriger, de la bourgeoisie ou du prolétariat.
La possibilité de voir la classe ouvrière prendre la direction de la lutte révolutionnaire contre la domination britannique en Inde, et donc de lui donner un autre caractère, n’était pas exclue et cela apparaissait clairement aux yeux des possédants indiens. Sous la contrainte du mouvement de masses, le parti du Congrès adoptait des revendications et un ton un peu plus radicaux, pour mieux reculer respectueusement dès que le mouvement refluait, après qu’il ait tout fait pour le désarmer.
Et ce qui rend Gandhi si populaire dans les récits, les films et les livres d’histoire du monde entier, c’est justement le rôle qu’il a joué auprès des masses.

Dans un pays pauvre où la révolte grondait, la bourgeoisie a trouvé en lui un homme capable de dévoyer l’énergie des masses.


Après le coup d’arrêt imposé au mouvement par Gandhi et le parti du Congrès, l’autorité britannique revint sur les quelques concessions qu’elle avait accordées auparavant à la bourgeoisie indienne, notamment sur le terrain économique. En même temps, elle mit sur pied la commission Simon, chargée d’élaborer la future constitution de l’Inde, mais uniquement composée de Britanniques.
C’est parce que les intouchables se convertissaient par millions à la religion musulmane, tentant ainsi d’échapper à la condition de sous-hommes qui leur était faite dans la société hindoue, que Gandhi lança à cette époque un mouvement de défense de la dignité des intouchables. Il proposait de les désigner d’un terme moins infamant, « harijans », qui signifie « enfants de Dieu » et d’abandonner un certain nombre d’ostracismes, qui leur interdisaient par exemple l’accès aux temples. Cette soudaine préoccupation charitable était également une tentative de s’opposer au mouvement des dalits, créé par un dirigeant intouchable, Ambdekar, qui commençait à remporter des succès (dalit signifie « opprimé » et c’était le nom par lequel ils se désignaient à la place du terme « intouchable »).


Le mouvement de masse avait réalisé l’unité des populations de religions différentes dans la rue. À la faveur de son recul, les organisations qui jouaient la carte du fondamentalisme religieux tentèrent de développer leur influence. La Ligue musulmane se sépara du parti du Congrès, prônant l’organisation séparée de la minorité musulmane d’Inde. À l’opposé, à partir des courants intégristes hindous, un parti nationaliste fut créé en 1925. Le RSS (Rashtryia Swayamsevak Sangh — Ligue nationale des volontaires) se réclamait de « l’hindouité ». Créé après la vague révolutionnaire, il se distinguait également par son anti-communisme et une hostilité virulente contre la classe ouvrière. Il joua à l’occasion le rôle de troupes de choc contre les ouvriers, et ses dirigeants s’inspirèrent d’ailleurs des Chemises noires de Mussolini pour structurer leur organisation en unités paramilitaires.
Ces deux organisations jouaient ouvertement sur le terrain de la division religieuse, sous l’oeil bienveillant de l’autorité britannique. Mais Gandhi, si souvent encensé pour avoir prôné l’unité entre hindous et musulmans, justifiait aussi les préjugés les plus imbéciles de la religion hindoue, qui interdisaient les mariages intercommunautaires, et même le simple fait de manger ensemble les mêmes aliments !


Une nouvelle montée révolutionnaire


La classe ouvrière sur le devant de la scène
Le mouvement ouvrier connut une nouvelle accélération dans un contexte marqué par la révolution dans la Chine voisine. La révolution chinoise de 1927 jeta en effet le prolétariat dans la lutte contre l’oppression coloniale, mais aussi contre la bourgeoisie chinoise.
Mais contrairement à ce qui se passait en Chine, le Parti communiste indien ne jouait pas de rôle important. Formé dans l’immigration en 1920, il avait commencé à s’implanter dans la classe ouvrière indienne au milieu des années vingt, mais ne joua jamais un rôle de direction dans la nouvelle montée révolutionnaire.
Les grandes grèves qui reprirent à Bombay en 1928 avaient à la fois des revendications politiques, contre la commission Simon, mais aussi des motifs économiques, contre les exploiteurs, anglais comme indiens. Les bataillons les plus avancés de la classe ouvrière, et notamment les ouvriers du textile de Bombay, occupaient à nouveau le devant de la scène en 1928.
Cette nouvelle poussée du mouvement ouvrier se traduisait dans le parti du Congrès par des débats entre les modérés et l’aile gauche, qui prônait « l’indépendance totale » comme objectif du parti. Pour finir, l’aile gauche se contenta de la revendication des modérés d’un « gouvernement responsable au sein de l’empire britannique ».


En mars 1929, la plupart des dirigeants syndicaux et politiques furent arrêtés, sous prétexte de complot contre la couronne. Le procès traîna pendant quatre ans, durant lesquels les dirigeants furent laissés en prison, ce qui permit de les tenir à l’écart de la lutte.
La fin de l’année 1929 approchait, sans que le gouvernement colonial montre la moindre attention aux sollicitations modérées du parti du Congrès. En même temps, la classe ouvrière était sur le pied de guerre, impatiente d’en découdre.


Dans ce contexte, alors que le parti du Congrès osait finalement se prononcer pour l’indépendance, Gandhi s’y opposa. Il mit en avant un programme de réformes en onze points, qui excluait toujours l’indépendance, et proposa une nouvelle campagne… contre le monopole du sel exercé par le gouvernement britannique. Cela avait l’avantage d’être une revendication populaire tout en excluant la grève et la lutte de classe, puisqu’il s’agissait d’effectuer une marche symbolique vers la mer…

Gandhi se mit donc en marche avec quelques dizaines de ses partisans triés sur le volet et une batterie de caméras et de journalistes, pendant que les masses étaient invitées à patienter.

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C’était un grand show médiatique pour l’époque, qui se conclut le 6 avril 1930, quand Gandhi fit symboliquement bouillir une poignée de sel devant la mer.


Les masses une nouvelle fois trahies par Gandhi


Ni Gandhi ni les autorités britanniques, qui avaient sereinement laissé la marche du sel s’accomplir, n’avaient prévu le formidable mouvement de masse qui se déclencha dans la foulée. Loin de se borner à « fabriquer leur sel dans le respect de la non-violence », les masses se saisirent de leurs armes habituelles. Grèves dans les usines et le chemin de fer, manifestations de rue et piquets de grève dans les villes. Dans les villages, les premiers mouvements de refus d’acquitter les loyers aux propriétaires terriens se généralisèrent.
À Peshawar, qui resta pendant dix jours aux mains de la population, les soldats refusèrent de tirer sur les manifestants. Ces troupes hindoues fraternisèrent avec une foule en majorité musulmane. Il fallut l’intervention de l’aviation britannique pour faire revenir le calme.

Alors que celle-ci réprimait la population, ce n’était pas sa violence que Gandhi condamnait, mais le refus des soldats indiens de tirer !

« Un soldat qui désobéit à un ordre de faire feu enfreint son serment et se rend coupable de désobéissance criminelle. Je ne puis demander à des fonctionnaires et à des soldats de désobéir, car lorsque je serai au pouvoir, j’utiliserai, selon toute probabilité, ces mêmes fonctionnaires et ces mêmes soldats. Si je leur enseignais la désobéissance, je craindrais qu’ils n’agissent de même lorsque je serai au pouvoir. » [5]


La loi martiale fut proclamée le 12 mai 1930, alors que le mouvement de grève connaissait un nouvel essor suite à l’arrestation de Gandhi. La répression s’abattit et en l’espace de dix mois, entre avril 1930 et février 1931, 90 000 hommes, femmes et enfants furent condamnés.

Depuis sa prison, Gandhi continuait à déplorer que la situation s’envenime et se déclarait tout à fait prêt à collaborer avec les autorités. Ce qui fut fait en janvier 1931, où Gandhi et l’exécutif du parti du Congrès furent relâchés.

LONDRES - GANDHI ACCOMPAGNE DE RESISTANTS INDIENS
Gandhi, accompagné de repésentants indiens, à la Table Ronde. Londres (Angleterre), Palais Saint James, 1931.

 

Gandhi participa ensuite aux négociations de la Table Ronde à Londres, négociations que le parti du Congrès avait pourtant fait serment de boycotter quelques mois plus tôt, car aucune discussion sur l’autonomie de l’Inde n’y était prévue. Pour contraindre l’ensemble du parti du Congrès à accepter, Gandhi avait ressorti la menace d’une grève de la faim « jusqu’à la mort ».
À Londres, Gandhi signa un accord avec les autorités britanniques, qui n’accordait absolument rien, même pas la fin du monopole du sel. Toute l’énergie des masses, toute leur mobilisation étaient une nouvelle fois trahies par les dirigeants du parti du Congrès et l’aile gauche du parti, après avoir émis quelques protestations, finit, comme à son habitude, par se ranger derrière les modérés.
Quant au pouvoir colonial, il en profita pour frapper un grand coup, arrêtant plus de 80 000 personnes entre 1932 et 1934.


La Seconde Guerre mondiale et la situation révolutionnaire d’après-guerre


Lors de la Seconde Guerre mondiale, les organisations nationalistes tentèrent sans succès de marchander leur soutien à l’effort de guerre britannique contre quelques assurances et garanties applicables à la fin de la guerre. Quant à Gandhi, il avait déclaré qu’il ne soutenait pas cette guerre, mais qu’il ne ferait rien pour profiter de la situation. Il mit cependant en avant un mot d’ordre plus radical, exigeant que les Britanniques quittent l’Inde.


De fait, Gandhi avait durci son langage, coincé qu’il était entre la poussée des masses et l’intransigeance des autorités britanniques, qui refusèrent toute concession, rompirent les pourparlers, interdirent le parti du Congrès et arrêtèrent 60 000 personnes.


La Seconde Guerre mondiale fut marquée par un appauvrissement massif : en 1943, la famine qui éclata au Bengale, aggravée par l’incurie de l’administration anglaise, fit entre trois et quatre millions de morts. Soit dit en passant, le camp des démocraties donnait là un exemple de son degré de barbarie…

Au sortir de la guerre, la marche vers l’indépendance s’accéléra. L’impérialisme avait pour cette fois échappé à la révolution en Europe. Mais de la Chine à l’Indonésie, en passant par l’Inde et la péninsule indochinoise ou la Malaisie, des millions d’hommes et de femmes se soulevèrent, rendant inévitable l’explosion contre la domination coloniale ou semi-coloniale.
En Inde, l’agitation reprit de plus belle dès la fin de l’année 1945, avec des vagues de manifestations et de grèves politiques qui partirent encore une fois des grandes villes comme Calcutta et Bombay. Dans la foule des manifestants qui défilaient presque quotidiennement, les drapeaux rouges côtoyaient ceux du parti du Congrès et de la Ligue musulmane, les travailleurs se retrouvant une fois de plus ensemble dans la lutte, indépendamment de leur religion.

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Gandhi, 1945

 

En février 1946, les marins de la flotte de Bombay, le plus grand port militaire, se soulevèrent. Tout comme le reste de l’armée d’Inde, la marine était dirigée par des officiers britanniques, mais composée d’Indiens. Le drapeau rouge flottait sur les bâtiments militaires, dont les marins avaient expulsé les officiers. Appuyés par les grévistes de Bombay, qui venaient ravitailler les bateaux, les marins insurgés élirent un Comité central de grève de la marine. Le mouvement gagna d’autres secteurs de l’armée et d’autres bases de la marine, ébranlant dans ses fondations mêmes l’appareil d’État.
Le Comité central de grève contacta les dirigeants du parti du Congrès et ceux de la Ligue musulmane, qui lui refusèrent d’une seule voix toute aide ou appui pratique.
Les marins insurgés pouvaient par contre compter sur l’aide active des travailleurs. Lorsque l’armée britannique lança un ultimatum aux marins, menaçant de « détruire toute la flotte si nécessaire », les travailleurs répondirent par une gigantesque grève. Quant aux soldats indiens, ils refusèrent de tirer sur les manifestants. Les autorités coloniales firent venir la troupe britannique et des renforts navals considérables pour mener trois jours d’une répression féroce, tirant sans discrimination sur la foule. Entre le 21 et le 23 février 1946, il y eut officiellement 250 morts.


Le manque d’une direction révolutionnaire


Au bout du compte, sous la pression du parti du Congrès et de la Ligue musulmane et de leur promesse de tout faire pour éviter les représailles, le comité de grève des marins décida de se rendre, et fut immédiatement emprisonné.
Pendant ces journées révolutionnaires, les masses avaient montré leur désir d’unité, passant par-dessus les différences de confession religieuse.
Dans l’autre camp, les dirigeants de la Ligue musulmane rejoignirent ceux du parti du Congrès pour condamner la violence : non pas celle des troupes britanniques contre le peuple désarmé, mais celle de ce que Gandhi appela « l’alliance impie » des hindous et des musulmans qui défiait le dogme de la non-violence.

La bourgeoisie indienne avait par contre un instrument efficace pour stopper les masses, en la personne de Gandhi et dans le parti du Congrès.

Trotsky avait commenté ainsi cette attitude : « Malheur au peuple indien s’il fait confiance à ces paroles ronflantes. Gandhi s’est déjà hâté de proclamer son refus de créer des difficultés à la Grande-Bretagne pendant la crise actuelle (…). La répugnance morale de Gandhi devant la violence reflète la peur de la bourgeoisie indienne devant ses propres masses ».


Tout changer pour que rien ne change.


En août 1947, l’indépendance de l’Inde fut proclamée. Aux mâts des édifices officiels, les trois couleurs du drapeau indien remplaçaient l’Union Jack britannique. Mais derrière cette rupture formelle, il y avait la continuité entre l’impérialisme britannique et la bourgeoisie indienne à laquelle il remettait le pouvoir.


Au cours des années de situation révolutionnaire que l’Inde avait connues, l’impérialisme britannique avait trouvé des solutions politiques, et surtout les avait éprouvées. La bourgeoisie indienne et ses représentants du parti du Congrès avaient fait leurs preuves dans les faits : ils s’étaient montrés capables de mener les luttes des masses dans des impasses et d’éviter la révolution. Toute cette période avait permis au gouvernement britannique de préparer une transition de l’Inde coloniale à l’Inde indépendante qui préservait l’ordre impérialiste, tout en laissant les représentants de la grande bourgeoisie indienne et des grands propriétaires fonciers à la tête du pays.


Le principal artisan des changements qu’il fallait faire pour que tout continue comme avant, Gandhi, ne survécut que quelques mois après l’indépendance. Il fut assassiné le 30 janvier 1948 par un fondamentaliste hindou.


LO- Cercle Léon Trotsky

Mère Teresa : tout sauf une sainte…

Les faits déboulonnant le mythe de mère Teresa

Dans leur article, Serge Larivée et ses collègues font aussi état d’un certain nombre de problèmes dont le Vatican n’a pas tenu compte dans le processus de la béatification de mère Térésa, soit « sa manière pour le moins discutable de soigner les malades; ses contacts politiques douteux; sa curieuse gestion des faramineuses sommes d’argent qu’elle a reçues et un dogmatisme excessif notamment à l’égard de l’avortement, de la contraception et du divorce. »

Les malades doivent souffrir comme le Christ sur la croix

Au moment de son décès, mère Teresa avait ouvert 517 missions accueillant les pauvres et les malades dans plus de 100 pays. Ces missions ont été qualifiées de mouroirs par des médecins ayant visité plusieurs de ces installations à Calcutta. Les deux tiers des personnes fréquentant ces missions espèrent y trouver un médecin pour être soignées et l’autre tiers agonise sans recevoir les soins appropriés. Les médecins y observent un important manque d’hygiène dans les locaux, voire de l’insalubrité, une rareté de soins réels, un régime alimentaire insuffisant et l’absence d’antidouleurs. Ce n’est pas un manque d’argent qui est en cause – la Fondation mise sur pied par mère Teresa a amassé des centaines de millions de dollars – mais une conception particulière de la souffrance et de la mort : « Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur sort, à le subir comme la passion du Christ. Le monde gagne beaucoup à leur souffrance », répond-t-elle aux reproches, rapporte le journaliste Christopher Hitchens. Et pourtant, lorsque mère Teresa a eu besoin de soins palliatifs, c’est dans un hôpital américain ultramoderne qu’elle les a reçus.

Contact politique douteux et comptabilité obscure

Mère Teresa était très généreuse de ses prières, mais plutôt avare des millions de sa fondation au regard des souffrances de l’humanité. Lors des nombreuses inondations majeures en Inde ou lors de l’explosion d’une usine de pesticides à Bhopal, elle offre ses prières ou des médailles de la Sainte Vierge, mais aucune aide directe ou monétaire. Elle n’a pas non plus de scrupules à accepter la Légion d’honneur et une bourse de la part du régime dictatorial des Duvalier en Haïti. C’est par millions que l’argent transitait dans les divers comptes bancaires des MC, mais la plupart des comptes étaient tenus secrets, énumère Serge Larivée. Compte tenu du « caractère parcimonieux de la gestion des œuvres de mère Teresa, on peut se demander où sont passés les millions destinés aux plus pauvres parmi les pauvres ? » se questionnent les chercheurs.

Un excellent plan média vers la sainteté

Malgré tous ces faits troublants, comment mère Teresa a-t-elle pu réussir à se construire une image de sainteté et de bonté infinie? Selon les trois universitaires, la rencontre à Londres en 1968 de Malcom Muggeridge de la BBC, un journaliste anti-avortement partageant les valeurs de l’aile droite catholique, est déterminante. Ce dernier décide de faire la promotion de la religieuse qui découvre alors l’efficacité des médias de masse. En 1969, il réalise un film dithyrambique sur la missionnaire et il en fait la promotion en affirmant qu’on peut y voir le « premier miracle photographique », qu’il attribue à mère Teresa alors qu’il aurait dû l’attribuer à la nouvelle pellicule mise en marché par Kodak. S’ensuit de nombreux voyages pour la religieuse sur les cinq continents, de nombreux prix, dont le plus prestigieux, le Prix Nobel de la paix. Dans son discours de remerciements, au sujet des Bosniaques violées par des Serbes et désirant avorter, elle dira : « I feel the greatest destroyer of peace today is abortion, because it is a direct war, a direct killing – direct murder by the mother herself. »

À la suite de son décès, le Vatican décide ne pas attendre les habituels cinq ans avant d’ouvrir le procès en béatification. Le miracle qu’on lui attribue est la guérison d’une femme, Monica Besra, souffrant d’une intense douleur à l’abdomen. L’application sur son abdomen d’une médaille bénite par mère Teresa l’aurait guérie, prétend cette femme. Pourtant, ses médecins sont d’avis contraire : le kyste ovarien et la tuberculose dont elle souffrait ont été guéris par les médicaments qu’ils lui ont administrés. Le Vatican conclut malgré tout au miracle. La popularité de mère Teresa était telle qu’elle en était devenue une intouchable pour la population, qui l’avait elle-même déclarée sainte. Pour le Vatican, quoi de mieux que la béatification, puis la canonisation « de ce modèle pour revitaliser l’Église et inspirer les fidèles surtout à l’heure où les églises se vident et l’autorité romaine décline », suggèrent les chercheurs.

Source: Université de Montréal

Le travail des chercheurs disponible en intégralité en cliquant ici.

 

Quand le Dalaï Lama se change en VRP du lobby nucléaire

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Quand le Dalaï Lama se change en VRP du lobby nucléaire

Près de trois ans après la triple catastrophe du 11 mars 2011, qui a tué plus de 18.000 personnes le jour-même, le Dalaï Lama a fait le déplacement au Japon, en visitant notamment des régions dévastées par le tsunami.

Le chef spirituel des bouddhistes tibétains a expliqué, lundi 21 avril, que s’il comprenait la méfiance de certaines populations à l’égard de l’atome, il n’était, lui-même, « pas opposé à l’énergie nucléaire. »

Des paroles qui n’auront pas trouvé un large écho auprès de la population japonaise puisque selon une enquête de la chaîne publique NHK, 95% des Japonais se disent anxieux au sujet de la situation à la centrale accidentée Fukushima Daiichi et 80% pensent que le rôle de l’énergie nucléaire doit être réduit autant que possible.

Le Dalaï Lama a ajouté: “Ne regarder le sujet que sous une seule perspective avant de prendre sa décision ne serait pas correct, avant de plaider pour une analyse sérieuse des dangers de cette énergie. Mais, a-t-il insisté, le risque zéro n’existe dans aucune activité humaine. Conduire une voiture, manger un repas ou même s’asseoir pour assister à une conférence comporte un certain degré de danger. Il y aura toujours 1% de risque”, a jugé le leader spirituel.

Une quantification du risque qui peinera à convaincre les 270.000 personnes n’ayant pas encore pu regagner leurs maisons, détruites par le raz-de-marée ou rendues inhabitables par la radioactivité, sans évoquer les nombreuses maladies liées à la catastrophe nucléaire.

Quant aux 100.000 personnes, souvent âgées, vivant toujours, trois ans après, dans des habitations provisoires préfabriquées où elles souffrent de la promiscuité, elles auraient sans doute préféré prendre le risque d’assister à une conférence lénifiante du gourou orangé des néohippies d’Hollywood, quitte à en ressortir indemnes, simplement irradiées par une si mauvaise publicité.

Les Enragé-e-s