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facebook, une désolation « connectée »

 C’est à la reprise d’un article sans doute moins immédiatement accessible que nous vous invitons à lire ici.  Si nous le relayons, c’est parce que nous estimons que sa compréhension est d’une importance décisive sur la période mais également au but d’emmener ceux et celles qui l’auront entendu comme nous, à reproduire ses grandes lignes sous différentes formes au but de diffuser les aspects majeurs qui y sont développés. 

 

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I La désolation, disposition moderne par excellence

 

            Dans le chapitre IV du Système totalitaire, Arendt définit la condition nécessaire et le résultat de toute domination totalitaire à l’ère des sociétés de masse modernes : il s’agit de l’expérience, vécue par chaque individu atomisé, de la « désolation ».

La désolation, qui est déracinement, c’est-à-dire absence d’ancrage dans le monde, et qui est aussi sentiment d’inutilité, de superfluité, c’est-à-dire absence d’appartenance au monde, se fonde essentiellement sur deux déterminations propres à notre modernité désertique et désastreuse : d’une part, une logique abstraite et aveugle à la réalité empirique et complexe du monde, s’appliquant aux processus sociaux, politiques, et historiques, impose ses « lois » implacables, de telle sorte que les individus ne peuvent plus penser hors de ces cadres idéologiques et autoritaires, qui renvoient également à un projet téléologique totalisant ; d’autre part, les individus, soumis à ces logiques aveugles, qui justifient toutes les destructions possibles et permises, sont aussi réduits à leur condition biologique d’animal laborans, et leur désolation sera fondée sur le fait que leur activité « sociale » elle-même, de ce fait, ou leur dit « travail », ne concerne plus que la dimension la plus privée, la plus solipsiste, la plus asociale de leur être (soit la dimension relative à leur survie reproductive, qui exclut leur créativité vivante, personnelle, commune, active, libre, politique ou oeuvrante).

Arendt dénonce d’abord les totalitarismes nazi et stalinien. Mais on aperçoit dans cette caractérisation spécifique de la désolation moderne comme relevant d’une sorte de « biologisme », ou de « travaillisme », qu’une détermination souterraine conditionne un fondement commun à ces deux manifestations totalitaires, « raciste » ou « classiste » (et patriarcales). Ce fondement commun sera une forme téléologique abstraite sans finalité dernière, toujours renouvelée, « guidant » le devenir historique, une abstraction se matérialisant donc, et provoquant la destruction concrète du monde, forme téléologique opérant a priori une réduction ontologique mutilante : celle qui consiste à ramener toute individualité, privée ou publique, personnelle ou « citoyenne », à une pure dépense d’énergie, de nerfs, de muscle, et de cerveau, en vue de la seule survie du corps biologique.

A vrai dire, ce qui est défini par Arendt ici est très clair, si l’on confronte, par exemple, ses analyses, à celles de la Ière section du Capital de Marx : la structure totalitaire initiale et primordiale sera bien la forme politico-économique qui détermine le travail, conçu abstraitement comme « valeur », comme catégorie synthétisant « le social » en tant que tel, dont l’accumulation indéfinie, en outre, est visée, sans considération pour ses manifestations ou « vertus » empiriques concrètes, et qui se caractérise d’abord téléologiquement, sans que cette forme téléologique ne puisse trouver de finalité dernière (A-M-A’, A’-M-A’’, etc., indéfiniment). Autrement dit, le totalitarisme primordial et initial, même dans le texte arendtien, et si l’on confronte ce texte arendtien à un Marx lui-même « ésotérique », catégoriel et transcendantal, qu’Arendt n’aura pas vraiment aperçu, semble bien être le capitalisme fondamentalement compris, comme système produisant massivement des « abstractions réelles » (travail abstrait, marchandises, argent), et dont la valeur « économique », selon une téléologie négative ou indéfiniment ajournée, sera le soleil qui jamais ne se couche sur l’empire de la moderne passivité.

National-socialisme et stalinisme : deux formes totalitaires extrêmes qui développeront la folie « productiviste », ou « biologiciste », de façon délirante, de façon massivement meurtrière… mais qui auront, souterrainement, pour fondement, le même « travaillisme », le même « fonctionnalisme » impersonnels, qui surgirent déjà, par exemple, dans l’Angleterre colonialiste et expropriatrice du XVIIème siècle, et qui restent ceux des totalitarismes « softs » de nos démocraties libérales et marchandes plus tardives.

Les propos d’Arendt relatifs à la désolation de l’individu moderne, dans les sociétés de masse, dès lors, devraient nous parler encore. Et ils ciblent, à vrai dire, de façon toujours radicale et originale, des phénomènes contemporains, dans un monde où une certaine logique indéfiniment renouvelée, celle de l’autovalorisation de la valeur, n’a pas cessé de se déployer.

Nos sociétés libérales contemporaines n’ont pourtant rien de comparable avec les folies meurtrières des systèmes totalitaires du XXème siècle, loin s’en faut. Dire cela, ce pourrait vouloir opérer des « nivellement moraux ». Mais les conditionnements psychologiques, les phénomènes de décompositions psychiques, à l’œuvre ici, relèveront des mêmes mécanismes, et auront un fond impensé, « logique » ou « rationnel », analogue à celui de ces systèmes absolument destructeurs, si bien que la critique radicale de certaines manifestations résurgentes du dit « désert », apparemment « anodines », semble s’imposer aujourd’hui, de façon urgente.

L’écrivain Marcel Cohen, dont toute la famille a été déportée à Auschwitz, considérait par ailleurs, en 2013, dans son essai A des années Lumières, en évoquant une certaine inteconnexion matérielle, propre au capitalisme mondialisé, que les totalitarismes du XXème siècle se prolongent peut-être aujourd’hui sous des formes nouvelles, certes souvent plus « vivables », mais pas moins pernicieuses.

Dans cette perspective, Cohen thématise en particulier… une certaine « conteneurisation » contemporaine. Y aura-t-il une forme de sociabilité « typique » conditionnée par « l’esprit » en germe dans ce « projet » matériel de conteneurisation ?

Il n’est pas impossible, hélas, que même l’une des manifestations les plus « softs » de notre « connectivité » contemporaine, nous fasse comprendre quelque peu ce qu’a voulu nous dire ici ce penseur profond.

 

II Symptômes de la désolation contemporaine

 

Ainsi, l’individu désolé aujourd’hui n’a plus de vie intime, car cette désolation qui a été évoquée signifie une chose très précise pour lui : les injonctions publiques de la valorisation de la valeur envahissent constamment son espace « privé », son « foyer » saturé de marchandises et de travail « social » coagulé, ou de « valeur » fétichisée. Son espace « privé », ou privatif, devient le lieu de l’exploitation, de la guerre, et de la misère collective, lesquelles sont en effet cristallisées dans ses « biens » « propres », puisqu’ils sont marchandises. De même, sa citoyenneté « publique » n’est que prise en charge par la dimension privée, ou biologique, de sa survie : c’est en tant qu’être « au travail », qui lutte pour sa survie « augmentée », qu’il sera autorisé à se manifester de façon « citoyenne ». Cette contamination réciproque des deux espaces, public et « privé », de fait, conditionne une façon de n’être nulle part « à sa place » : l’être « social » aujourd’hui, en tant qu’individu déployant sa personnalité individuelle et privée, demeure comprimé contre une masse impersonnelle, indifférenciée et abstraite, et tend à perdre de vue sa singularité incarnée ; en outre, en tant qu’individu engagé éventuellement dans des collectifs politiques, il subit l’atomisation et l’isolement produits par les confusions de l’économique et du politique, et il voit cet être-collectif se fragmenter tendanciellement en une collection d’intérêts égoïstes étanches mutuellement.

Socialement, par ailleurs, l’individu travaillant n’est plus directement « utile », encore moins « indispensable », en tant qu’individu qualitatif et concret : ce n’est que la dimension quantitative, abstraite, non spécifique, de son travail, qui produira une valeur « socialement », c’est-à-dire « économiquement », reconnue, sans qu’il ait de prise directe sur une telle « valorisation ». Son sentiment subjectif de superfluité, et sa superfluité « objective », en outre, ne font que croître, face au surdéveloppement des facteurs objectifs de production, face aux stratégies calculantes de délocalisations, et face à la manière dont on le considère comme « ressource humaine » exploitable.

Dans un tel contexte, éminemment actuel, des nouvelles formes de sociabilités « adaptées » se « développent », de façon cohérente et « logique ». La téléologie toujours différée de la valorisation de la valeur, comme l’aura vu Guy Debord, complétant à son insu le diagnostic arendtien, donne à voir désormais la dépossession déracinée de l’individu des sociétés de masse modernes, et ce au sein d’un certain spectacle : ce spectacle, ou cet ensemble d’images autonomisées, censées représenter publicitairement, médiatiquement, de façon promotionnelle, l’objectivation d’une vie marchandisée en général, pour des vies subjectives devenues passives et contemplatives, n’est rien d’autre que la sublimation de cette désolation aperçue par Arendt, sa forme « soft » devenue « fun », consentie, divertissante, et donc aboutie.

Et c’est, au XXIème siècle, à travers l’outil spectaculaire par excellence, public-privé, c’est à travers le commun, le mondain, devenu « disponible » comme « image », sur un écran isolé et privé pour chaque individu monadique, que cette logique, très clairement, annonce son épanouissement plein : le « web 2.0 », ses « réseaux sociaux », fondent désormais une « interconnexion » « sociale » massive et continue, quotidienne et banalisée, à la mesure d’un projet productif total désormais mondialisé, et colonisant toujours plus tous les aspects de la vie.

 

III Facebook : structure paradigmatique de la désolation contemporaine

 

Dans un tel cadre, le capitalisme monopolistique concentre de façon conséquente une majorité des sociabilités « interconnectées » sur un medium privilégié : facebook s’impose comme monopole, sur un certain secteur stratégique, et ses concurrents ne seront justement qualifiés que comme… concurrents, se définissant en fonction de leur relation à ce monopole.

Facebook devient le paradigme de la désolation interconnectée. Comprendre son fonctionnement, c’est comprendre une manifestation éminente de la désolation propre à aux totalitarismes « softs » de nos sociétés contemporaines, et c’est dès lors pouvoir caractériser celle-ci de façon relativement précise.

Donnons à voir, donc, la complexité matérielle, sociale et psychologique, de ce medium paradigmatique :

1)      D’un point de vue objectif immédiat, Facebook est, de plus en plus souvent, un « service » disponible sur la marchandise « smartphone ». Cette donnée élémentaire implique déjà une dissociation de base. La machine high-tech, ici, fonctionnelle et « pratique », devenue vecteur de la capitalisation sociale ou professionnelle,  au design esthétique et « fun » par ailleurs, publicitairement désirable, n’est pas un « problème de conscience », pour les consommateurs-travailleurs « branchés », qui pourtant collaborent à l’exploitation sauvage de prolétaires, de Chine ou « d’ailleurs », sous-payés et entassés dans des usines d’assemblage, où les burn out, les évanouissements, voire les suicides, ne sont que trop fréquents. L’exploitation et l’empoisonnement des enfants, en outre, plus en amont, « permettant » l’extraction, dans les mines, du cobalt « indispensable » à la fabrication de ces machines, ne sera pas consciemment « problématique » pour l’usager désinvolte. Ce fétichisme primordial, qui dévoile tout fétichisme technologique en général, constituera bien l’arrière-fond de toutes les autres formes de dépossessions liées au medium« facebook ».

2)      D’un point de vue infrastructurel, Facebook, loin d’être strictement « immatériel », demeure, avec Google, l’un des plus gros clients des data-centers, qui représentent aujourd’hui 1,4% de la consommation électrique mondiale, soit la capacité de production d’environ 40 centrales nucléaires, et qui représentent ainsi 2% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète. La sociabilité connectée « permise » par Facebook se fera donc au prix, également, de l’aggravation du désastre écologique : la désolation « connective » de l’individu impuissant et inconséquent, infime rouage dans une machine « 2.0 » qui l’hypnotise, c’est aussi cela. Sa « collaboration » passive et consentie, banalisée, à la destruction massive de l’existant sera à la mesure de la parcellisation indéfinie de sa « responsabilité ».  2% des émissions de gaz à effet de serre.

3)      Du point de vue de l’économie induite par le medium en tant que tel, Facebook est un service apparemment « gratuit », pour ses « usagers ». Mais sa finalité d’entreprise capitaliste privée demeure bien sûr le profit, indissociable d’une forme d’exploitation. A dire vrai, la ressource exploitable la plus « précieuse » du point de vue de ses gestionnaires, n’est rien d’autre que… l’usager lui-même, ou ses « données » personnelles. Celles-ci, vendues désormais aux développeurs de publicités, permettent la diffusion de publicités ciblées, et donc plus « efficaces ». Dans le contexte de ce réseau, dès lors, l’usager devient cyniquement la « matière première » exploitable. Le raisonnement est simple : « si vous ne payez pas pour le produit, c’est que vous êtes le produit ». Dès lors, il faudrait inverser la perspective : ce n’est pas le service qui est « gratuit ». C’est l’usager qui consent gratuitement à devenir une marchandise, une ressource exploitable. Son « temps de cerveau disponible » est ce qu’il « offre » gratuitement aux développeurs de publicités, en définissant lui-même les critères optimaux pour que ces publicités soient les plus « adéquates » possibles. Cyniquement parlant, un usager qui passe 3 heures sur Facebook à la fin de sa journée de travail, accepte de travailler 3 heures de plus dans sa journée, puisqu’il produit apparemment une certaine « valeur » économique, et ce travail apparemment « divertissant », mais pas moins comptabilisé, se surajoute à son salariat astreignant, et sera effectué gratuitement.

4)      Dans certains cas précis, le flicage, même à un niveau juridique, peut se surajouter à ces déterminations publicitaires. Déjà aujourd’hui, certaines procédures judiciaires peuvent mobiliser des « preuves » disponibles sur un « mur » Facebook. La société de surveillance annonce dès lors que les surveillé-e-s peuvent adhérer à leur propre surveillance, au point de l’organiser délibérément. Le fichage est potentiellement effectué par les fiché-e-s. Si un nouveau fascisme triomphe dans l’avenir, et qu’il s’agit à nouveau pour le pouvoir politique de sélectionner certain-e-s « ennemi-e-s du peuple » à « abattre » ou à mettre dans des camps, alors les « cibles » auront pu participer à leur propre « identification ».

5)      Dans ce contexte, l’investissement « subjectif » de chacun-e sur ce medium, le développement de formes divertissantes, humoristiques, désinvoltes, militantes, professionnelles, journalistiques ou « intellectuelles », n’est qu’un prétexte pour un autre jeu, n’est qu’une façade dissimulant des intérêts plus profonds, qui ne concernent en rien les usagers eux-mêmes. Ce jeu plus « sérieux », qui se déroule dans l’ombre, est une façon latente, et globalement inconsciente, pour l’usager, de faire commerce de soi-même, d’offrir gratuitement ses propres « qualités » réifiées, qui ne sont exhibées aux « ami-e-s » que de façon contingente, et qui « profitent » fondamentalement aux diffuseurs calculants, promoteurs de formes marchandes sans substance sociale réelle, eux-mêmes soumis à un sujet-automate impersonnel.

6)      Le « sérieux » de l’esprit économique, qui réduit tout à l’ordre sans qualité, contamine dès lors massivement des formes de vie « connectées », qui se voudront artistiques parfois, ou encore « résistantes », créatives, drôles, amicales, voire amoureuses. La finalité du développement de ces formes de vie, en effet, n’est plus déterminée par celles ou ceux qui les vivent, mais par les gestionnaires qui rendent disponibles le medium : ce medium, de fait, n’existera que pour rendre possible la marchandisation des données individuelles, sans qu’il soit important de savoir si elles sont « érotiques », « professionnelles », « réflexives », « politiques », ou délurées. Le développement du quantitatif, ici, est parvenu, comme l’annonçait déjà Debord, à s’affirmer fallacieusement comme étant le qualitatif en tant que tel, pour mieux abolir la spécificité de ce dernier. L’individu désolé finit par s’investir affectivement et qualitativement dans la zone de la vie qui aura aboli toute qualité, tout affect propre.

7)      Une telle réalité cynique, matérielle ou économique, massivement occultée, conditionne dès lors, en superficie, un usage toujours plus « gestionnaire » et non spécifique de notre propre vie « sociale » : pour tel individu, facebook, est un medium de diffusion professionnelle, ou encore militante. Mais d’autres « ami-e-s » répondent à cela de façon émotionnelle, ou satirique. Pour telle autre personne, Facebook est un divertissement inessentiel : mais le statut « professionnel » ou « politique » d’un autre usager tend à brouiller ces frontières. Le loisir, le travail, la « critique », la culture, se confondent toujours plus de ce fait : le caractère superficiel du premier contamine le « sérieux » revendiqué des trois autres, pour diffuser toujours plus un sentiment inconscient de superfluité générale. Le caractère calculant du second contamine la dimension désintéressée du premier, pour diffuser un sentiment de désincarnation toujours plus fort dans les relations amicales, affectives, ou amoureuses. La critique de son côté, ou le militantisme « 2.0 », ainsi que d’autres formes « culturelles » se voulant sophistiquées, reçoivent simultanément ces sentiments de désincarnation et de superfluité désespérées. Déracinement et inutilité, absence d’ancrage dans le monde, et sentiment de non-appartenance au monde, ne font que se confirmer dans un tel contexte.

8)      La vanité creuse et le ressentiment vide, nous décomposant psychiquement, seront finalement, à l’extrême surface, les affects les plus communs et les plus explicites, sur ces « réseaux sociaux ». Une collaboration inconsciente à l’exploitation sauvage mais lointaine, une auto-réification subie de façon latente, dans laquelle devrait « s’épanouir » tout « individu », produiront dans la sphère la plus immédiatement accessible de la conscience, un ensemble d’émotions solipsistes, négatives et réactives, une susceptibilité exacerbée, une relation abstraite à l’autre, absent mais comprimé contre soi, consolidant une souffrance indicible, et renforçant la perte de tout critère judicatif ou évaluatif raisonné. L’infantilisme se développe tranquillement, les insultes se banalisent, mettent en boîte, et s’oublient, les louanges sont autant de détresses vaines, les « like » se capitalisent comme une monnaie équivoque, les « smileys », normalisés, se réclament de façon névrotique et puérile, les « gifs » délivrent des « messages » réducteurs, et les « mots d’amour », exhibés impudiquement, perdent toute signification singulière. Au sein de ces confusions, au niveau « politique », le droit de vote du « citoyen » des démocraties libérales, finira par avoir, peut-être, autant de consistance, que le « vote » quotidien qui consiste à « liker » un « post » ou un commentaire « Facebook ». Au niveau « culturel », l’appréciation d’une œuvre d’art, ayant éventuellement absorbé toute l’existence d’un artiste habité par une vocation dévorante, engagera le spectateur autant que « l’engagent » un « clic » approbateur, ou un « smiley » statique et manichéen, « formulé » sur la base d’un rapide coup d’œil. Au niveau relationnel, le lien familial, l’amitié, ou l’amour, deviennent aussi triviaux et administratifs, aussi tristes et anonymes, que des statuts impersonnels et abstraits : le « réseau » « professionnel », d’ailleurs, ne se distinguera plus, dans une « liste d’ami-e-s », des relations intimes, familiales, réellement amicales, ou amoureuses. Des messages sans destinataires, donc, des élections sans élu-e-s, se diffusent indifféremment, et l’individu le plus connecté et le plus virtuellement « entouré », devient l’être le plus seul et le plus déserté. Dans une société où la solitude n’est jamais seule, toujours hantée par la masse, et où la masse devient elle-même une seule individualité désolée, la singularité de chacun, et la rencontre réelle de l’autre, sont plus que jamais menacées. Facebook ne rend pas impossible cette désolation, mais tend à la favoriser au contraire, parmi une multitude d’autres facteurs. Il concentrera, de façon tragique, un rapport au monde blessé.

 

 

IV Conclusion

 

Cette perspective très critique à l’égard d’un medium aujourd’hui envahissant ne doit pas, néanmoins, déboucher simplement sur la diabolisation manichéenne de cet outil « 2.0 », qui n’est jamais qu’un outil technologique parmi d’autres, certes particulièrement puissant, mais s’insérant de façon cohérente, en tant que réalité capitaliste, dans une logique de contrôle, d’exploitation, et de dépossession. Cibler obsessionnellement « Facebook » comme racine du mal de la désolation présente, consisterait à ne voir que la partie la plus émergée de l’iceberg spectaculaire actuel. Ces analyses critiques brèves définissent un symptôme éminent du spectacle contemporain, mais visent la détermination d’un paradigme plus profond. D’autres formes de sociabilités, même certaines qui pourraient se dire « sociales et solidaires » aujourd’hui, seront soumises à ce même paradigme.

Dans un tel contexte, une « pureté » critique et pratique consisterait à rejeter toute forme de « connectivité » contemporaine, à ne pas collaborer à la désolation « 2.0 », de soi-même et d’autrui. Néanmoins, peu d’individus ayant choisi la voie critique, même « radicale », s’engagent dans cette « pureté », s’ils ont les moyens d’accéder à l’outil « 2.0 », qu’il s’agisse de Facebook ou d’un medium analogue, car cette pureté signifie aujourd’hui, d’un point de vue « réaliste », l’invisibilité stricte… et donc l’inexistence, la non efficience éventuelle, de la critique en tant que telle.

Un pouvoir qui rend indispensable ses propres outils, même pour les individus qui veulent abolir le pouvoir, hélas, deviendra un pouvoir apparemment indestructible. Cela du moins serait définitivement vrai, si le détournement, comme viralité contre-virale, était une stratégie absolument vaine.

De toute façon, dans un monde futur plus souhaitable, où le désert cessera de croître, Facebook aura disparu, et la sociabilité ne devra plus inclure l’exploitation sauvage, la destruction écologique, le flicage insidieux et le calcul cynique, pour se déployer sereinement. Absolument parlant, on ne saurait se « réapproprier » Facebook, mais il faudrait bien un jour l’abolir, avec tout ce qu’il implique. Ici, toute tentative de détournement qui serait interne à ce qu’il s’agit de détourner, devrait donc, pour être conséquente, viser l’abolition finale du medium, son implosion dernière, et non son « amélioration » cosmétique.

Si toutefois des rendez-vous informels s’organisent, des informations riches se partagent, des rencontres réelles et réjouissantes sont permises, des échanges précieux se développent, parfois, dans les marges de ce « web 2.0 », alors, ponctuellement, le « connectif » se mue en intensif, ce qui n’est pas impossible. Mais ce n’est pas par la vertu du medium en lui-même que ces « détournements » se réalisent, mais malgré ses interfaces et structures nivelantes. Et ce n’est donc pas le medium en tant que tel, qu’il faudra louer, mais bien la persistance de personnalités qui résistent à sa désolation. Cela étant, une telle sociabilité « qualitative » continuera à se déployer sur fond de dissociation et d’occultation impensée, d’exploitation et de misère générale : elle ne sera jamais en  elle-même l’épanouissement strict, toujours déjà contaminée par la mauvaise conscience et le ressentiment impersonnel. En outre, comme on l’a dit, employer les armes de la désolation pour manifester sa propre résistance à la désolation, n’est-ce pas une manière aussi de consolider cette désolation ?

L’individu qui n’a plus besoin de manifester ou de diffuser son refus en employant les valeurs de ce qu’il refuse reste sûrement le plus émancipé. Mais hélas, aujourd’hui, cet être, s’il n’est pas désolé, tend néanmoins à devenir toujours plus… isolé. Et nul ne pourra connaître, dès lors, cette incitation positive à l’émancipation qu’il actualise, ni en bénéficier, puisqu’elle ne sera pas… visible. Un dilemme peut-être, aura surgi ici, et de façon tout à fait spectaculaire. Insupportable dilemme, qui ne signifie en rien la réhabilitation du medium, mais qui tend au contraire à définir la nécessité impérieuse de sa destruction future.

Dans une telle situation, la constitution de réseaux sociaux « alternatifs » ne ferait que déplacer le problème, et retarderait l’échéance critique, d’un strict point de vue économique.

L’idée de visibilité, ou de diffusion, est encore à transmuter, donc, sur un plan révolutionnaire conséquent et cohérent.

Source

De Funès aux Bronzés, d’une droite à une autre

   Si l’on excepte le jeu d’acteur, brillant à exceptionnel, Funès est à la droite des 30 Glorieuses ce que les Bronzés sont à la droite de la période suivante

 Le récit idéologique de la production cinématographique de Louis de Funès s’inscrit dans la volonté de redorer le blason d’une droite patronale ayant sombré dans la collaboration.

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Arbre de Noël de l’Elysée, 9 décembre 1971, le crooner de droite Sacha Distel et Louis de Funès sont invités par Georges Pompidou.

 C‘est ce personnage infect, radin, soumis aux puissants, occupant le plus souvent la position sociale d’un patron et avec lequel le spectateur est conduit à entrer en empathie.

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 C‘est toute cette droite catholique patronale qui a totalement perdu son hégémonie et sa crédibilité au sortir de la guerre.

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Que nous dit ici le royaliste Louis de Funès ? Peu importe sa position sociale, c’est le cœur qui compte. Le cœur représente ici l’âme caritative au fond catholique consistant le plus souvent à se soulager d’une petite pièce à la sortie de l’église. Peu importe que vous soyez patron ou employé-e nous dit-il. C’est Dieu qui vous jugera selon vos actions et votre compassion à l’endroit de ceux qui souffrent, à l’endroit de ceux qui ont faim. Beau comme une messe de Noël en latin.

 Là où Les Bronzés portent l’idéologie d’une bourgeoisie ayant adoubé le libéralisme et l’illusion de la démocratisation qu’il porte, le cinéma de Funès est un cinéma de société figée dans sa verticalité.

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 Toute la mécanique des Bronzés consiste à railler la « vulgarité », la lâcheté, le manque de « savoir vivre » d’une petite bourgeoisie ayant émergé de la société de marché et accédant elle aussi aux loisirs bourgeois, aux loisirs de la classe après laquelle elle court.

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Comme les sports d’hiver, qui ne concernent chaque année que 7,4% des français.

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De Funès se situant quant à lui dans l’idéologie réactionnaire.

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 Un basculement de la droite radicale vers la droite libérale.

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Nicolas Sarkozy et son ami, l’acteur de droite Christian Clavier

 C‘est ainsi que nous sommes passés du récit cinématographique d’un patronat à la fortune discrète et à l’existence emmurée derrière les grilles de son château à celui d’un patronat montré en exemple de réussite, qui est là pour illusionner quant à l’élargissement de l’assise des rentes, irréductiblement figées dans leur masse.

 

Les Enragé-e-s

 

 

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Georges Pompidou et la skieuse de droite Marielle Goitschel

 

Avec la Loi Travail, la bourgeoisie française s’aligne logiquement sur la stratégie globale de la bourgeoisie occidentale mondialisée et sur les mutations profondes du capitalisme qu’elle provoque. Nous vivons une époque de transition.

A entendre non pas au sens où, tout à coup, le capitalisme « redevient » agressif ; car le capitalisme est un processus constant d’agression, de spoliation et d’asservissement. Mais au sens où le capitalisme entre dans une nouvelle étape de férocité, engageant une métamorphose a priori irréversible de ses rouages de domination et d’exploitation.

C’est toute l’erreur du « mouvement ouvrier » que de se reposer sur ses « acquis » des années 1930 – celles du Front Populaire -, de l’après-guerre et des « Trente Glorieuses ».

Certes, les congés payés, la fonction publique, la sécurité sociale et la protection sociale en général, le Droit du Travail, sont des acquis arrachés au prix de luttes souvent sanglantes avec le patronat.

Pour autant, ces acquis sont également des concessions de la part du patronat pour empêcher tout basculement irréversible dans une marche collective vers l’inconnu d’horizons révolutionnaires post-capitalistes aléatoires. Concessions, car cédés au prix de la collaboration active de certains organes du « mouvement ouvrier », dont essentiellement le Parti Communiste Français et, depuis quelques décennies, les centrales syndicales.

Les « Trente Glorieuses » désignent l’ouverture à la consommation de masse et à l’industrie touristique, c’est-à-dire à la valorisation capitaliste du « temps libre » concédé dans les congés payés. Les périodes de « vacances » ne désignent donc pas un moment où les travailleur.se.s peuvent se retrouver collectivement en dehors des lieux de travail et des taudis prolétaires mais des zones marchandes d’atomisation individualiste. Ainsi, le « temps libre », littéralement temps « sans travail », est un temps où l’on joue à s’offrir le service de la force de travail d’autrui : hôtels, stations balnéaires, club med, parcs d’attraction, etc. Cette valorisation capitaliste du « temps libre » peut effectivement être qualifiée de mutation du capital en spectacle-marchand. Bref, on peut désormais s’offrir massivement les outils d’aliénation individualiste que la bourgeoisie nous fait elle-même produire : ledit temps libre reste un temps déterminé par le travail.

Ces « acquis » sont justement ceux que la bourgeoisie actuelle cherche à détruire méthodiquement afin de revaloriser son taux de profit. Or, nous avons oublié les horizons de société auxquels aspiraient celleux qui ont autrefois lutté pour obtenir ces acquis. Comme si, de par ces acquis, nous avions réussi à figer les processus du capitalisme. Aujourd’hui, nous sommes rattrapé.e.s et nous avons perdus nos repères. Pour quoi nous battons-nous ? Pour quoi nous risquons-nous par la grève, l’occupation voire l’émeute ? Depuis ces « Trente Glorieuses », les mouvements sociaux ne sont plus offensifs. Nous encaissons les coups, les rendons tant bien que mal. Parfois, nous les faisons reculer, comme ce fut le cas en 1995 ou en 2006. Mais nous ne parvenons pas à bloquer l’élan irrésistible et le rouleau compresseur des nouvelles mutations du capitalisme. En effet, depuis les années 1990, celui-ci s’est mondialisé. La division internationale du travail a changé la donne. Si le processus de mondialisation amorcé sous l’ère des colonies au XIXe siècle avait permis à terme l’irruption politique d’une « classe moyenne » relative, la phase de mondialisation contemporaine advenue avec le néo-colonialisme est quant à elle caractérisée par un phénomène de délocalisation des centres de production et une concurrence considérablement accrue entre les travailleur.se.s des quatre continents. Finalement, l’irruption politique d’une certaine classe moyenne se révèle superficielle et historiquement limitée à un laps de temps de quelques décennies.
Les « plans d’austérité » à répétition en Europe, dont la Loi Travail en France n’est qu’un maillon, renvoient à la marche forcée vers la sur-prolétarisation de la société. Mais en vérité, la Loi Travail est déjà une réalité pour une grande partie de la population, notamment celle ultra-précaire des quartiers populaires, une frange de population qui va encore s’agrandir.
Tout cela pose plusieurs questions quant aux perspectives révolutionnaires.
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La fable de la serveuse, du cadre et du pauvre petit patron

Un cadre, salarié d’un grand groupe français de l’énergie, est assez préoccupé ces temps derniers.

En effet, comprenez-le, le pauvre homme. Ce cadre surmené a commandé la pause de 200.000€ de fenêtres et de véranda et il ne sait toujours pas quand les travaux seront terminés. Vous imaginez un peu le niveau de stress dans lequel il est.

Là y’a un entrepreneur qui vient lui poser, ses fenêtres. Enfin pas lui. Ses six employés. Car il faut être six pour en porter une seule, fenêtre. Il faut dire que ce cadre voit les choses en grand. Et puis il est « écoresponsable  » ce cadre, voyez-vous. La véranda servira aussi à chauffer la maison de 480 mètres carrés.  Pour le reste, il le fera passer en crédit d’impôt. Il est écolo et bien informé, ce cadre.

Dans l’absolu, cela ne sert pas à grand chose un cadre.  Un cadre ne produit rien. Mais au sein d’une économie de marché, un cadre est indispensable. Indispensable pour le capitalisme car payé pour optimiser le vol de plus-value, c’est-à-dire pour faire travailler mieux et plus vite les employés, pour leur voler un maximum de temps de travail, à savoir cette grosse partie du temps travaillé qui n’est pas rendue en salaire mais gardée. 

Tout le monde sera d’accord pour concéder que ces 200.000€ de fenêtres ne profitent aucunement à la société. Ils sont là uniquement pour le privilège d’un cadre qui bénéficie du vol de 200.000€ de travail productif effectué par les ouvriers et les employés de ce grand groupe. 

Car voyez-vous, la classe possédante, la bourgeoisie, la rente ne pourraient pas exercer seules leur dictature politique et économique. Une partie du magot, cette masse de travail volée aux travailleurs, est réservée aux cadres surmenés et aux  » pauvres petits patrons ».

D’un strict point de vue économique, de création pure de richesse, employer un garçon de piscine ne crée strictement aucune richesse.

La bourgeoisie française ne crée pas seulement des esclaves salariés, elle se crée des larbins.  Et comme elle n’en a jamais assez, elle se fait voter des lois sur mesure, y compris celle qui permet aux rentiers de s’offrir les services de l’entretien de leur piscine. Car l’Etat est son Etat. 

Sous Sarkozy, l’assiette des cadeaux fiscaux se basait sur 18.000€ + 3% des revenus, ramenés à 10.000€ sous Hollande en début de mandat. Cela signifie que pour les nantis, il est possible de déduire 50% de cette base de ses impôts et ainsi, finalement, se faire offrir des gens de maison par l’Etat, c’est-à-dire par le vol du travail productif des plus nombreux, le prolétariat. 

Si notre cadre est surmené et stressé, notre entrepreneur de fenêtres, lui, est bien malheureux.

Du soir au matin, il pleurniche contre RSI, l’organisme collectant les cotisations sociales. Il râle, il râle tout le temps. Mais ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il se verse 4800€ par mois.

Il trouve ça peu compte tenu du « temps passé  » et de la « prise de risque ». Mais il ne se demande pas si une serveuse enchaînant un service de 14 heures est payée en rapport du « temps passé « . Il ne veut pas admettre que les vrais risques, ce sont ses propres employés qui les prennent en montant tous les jours sur les toits. Car ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il ne monte jamais sur les toits, lui. Il ne sait rien faire de ses dix doigts en vérité. Il l’a héritée de son père, sa boite.

 Ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il s’est acheté un 4×4 « avec la boite « . Il l’utilise le week end avec « l’essence de la boite « . Ce qu’il ne dit pas non plus, c’est que de temps en temps, il prend des chantiers au black. Parfois il fait 5000€ dans un week end. Au black.  Et son sport favori consiste à « faire passer des factures avec la boite « . Partout où il va, il demande  » vous pouvez me faire une facture? « . Et ce qu’il ne dit pas aussi, c’est que s’il y a des difficultés avec « sa boite « , et bien il sera peut être le premier à ne « plus se verser de salaire  » mais en tout cas, il sera quoiqu’il arrive le dernier à en partir.

En réalité, ce pauvre petit patron ne gagne pas seulement 4800€ par mois. Il gagne bien d’avantage. Car en payant ses 6 employés 1400€ par mois sauf le chef de chantier qui lui est à 1800€, et bien même une fois les « charges payées », il reste beaucoup, beaucoup d’argent.

Or le problème, c’est qu’il a des concurrents. S’il veut continuer à mener le même train de vie ( 80% des travailleurs français sont à moins de 2200€ ) et bien il faut adapter l’efficacité de « sa boite » . Et le plus formidable, c’est que la compta, qui est faite pour les patrons, qui est faite pour la classe possédante, intègre la gourmandise infinie du Capital qui est celle de devoir renouveler l’appareil productif (les machines, les équipements, le 4×4,…) au but de réaliser et réaliser encore d’avantage de profit. Et puis pour faire sa compta, son expert est compréhensif. En faisant valdinguer certains chiffres de certaines colonnes, ça fait baisser le bénéfice. 

Voilà pourquoi les investissements sur un exercice comptable, sont déduits des impôts. Formidable pour notre pauvre petit patron. Il a gagné plein d’argent ( il a volé légalement et illégalement une masse énorme de travail à ses employés ) et va donc se faire construire juste à côté du premier, un second bâtiment, des stocks encore plus imposants que les premiers. Toujours à 4800€ Toujours à bramer tous les jours après RSI, quelle plaie.

Mais imaginons que sa boite soit vendable. Et bien notre pauvre petit patron, à 50 ans, il revend sa boite 800.000€. Et là, on comprend que ce pauvre petit patron, tout le temps à chialer, il gagnait bien d’avantage en réalité, que 4800€

 Il gagnait bien d’avantage que tous les avantages qu’il volait à la société. Il gagnait en plus la réalisation de la Valeur de sa boite. Réaliser de la Valeur, voilà le seul but du capitalisme! 

Et c’est quand on fait la somme de tout cela, quand on réfléchit un peu à l’ampleur de tous ces vols cumulés… Quand on se rend compte de l’ampleur des montants, c’est-à-dire du temps de travail, du temps d’existence, qu’il vole à ses employés, à tous les employés, à tous les ouvriers, on commence à lever le voile sur cette arnaque gigantesque!

Comme le cadre surmené, ce pauvre petit patron est un parasite. Il se signale d’ailleurs tous les jours en pestant après « les charges « , c’est même à ça qu’on les reconnaît.  

Sans oublier l’embauche de son fils ou de sa fille comme secrétaire en emploi semi-fictif et le dernier voyage à Rio de février, la cuisine, le billard, le frigo américains, le mas provençal dans le Lubéron, le lot de trois apparts dont deux taudis qu’il loue à des étudiants, le VTT à 6000€ qui a fait deux sorties, l’assurance vie chez TaXa assurances, les diverses collections entassées au sous-sol et la mini cooper S de madame. Rouge avec le drapeau anglais.

Tant qu’on comparera nos miettes salariales à un salaire annoncé à 4800€, on se fera avoir!

La différence entre les deux existences ne se compte pas en euros!

Il n’y a pas une inégalité de 3500€ entre ces deux salaires! Il y a une inégalité qui n’est pas quantifiable tant elle est énorme! 

Jugez plutôt. Pour un français sur quatre, en tout cas si l’on en croit une enquête récente, ne reste à la fin du mois, une fois que tous les postes obligatoires du fameux «budget » sont couverts, que moins de 10€ 

Or celui à 4800€ là, celui du dessus, qui en réalité, on l’a vu, gagne bien d’avantage, avec ce qu’il triche, avec ce qu’il vole, magouille, investit et récupère comme valeur. Et bien il est propriétaire de sa villa, lui! Son budget logement, lui, c’est zéro!

Celui à qui il reste 10€, il loue.


D’un côté 10€ de loisirs, de l’autre des milliers non pas d’euros mais d’ordres légaux d’oppressions, d’obligations presque immanentes à pouvoir jouir de ses privilèges, en vertu de la Loi, du Marché, de l’Ordre, de l’Economie.

Ces milliers d’euros, c’est une capacité à se faire servir, tous les jours, à jouir pleinement des oppressions légales qui consistent à devoir obéir quoiqu’il arrive, sous peine d’aller en prison, aux Lois du marché et de la propriété.

Le pauvre petit patron qui entrera dans le bar de la serveuse et qui « commandera » son verre en étant d’un rare mépris, aura toutes les lois du marché avec lui. La serveuse n’a pas le droit de lui cracher à la gueule. C’est la loi. Elle doit obéir, sourire et servir le verre. C’est la Loi du marché qui veut ça, on ne peut rien y faire. C’est comme ça. Cela existe car c’est la loi.


Cette serveuse a 10€ de loisirs par mois. Elle ne sort jamais de chez elle, sauf pour aller bosser. Elle ne part jamais en week end. Elle ne part jamais en vacances. Elle fait ce boulot « en attendant de trouver mieux « . Il n’y a pas d’existence. Où est la vie là dedans? Toute une vie à attendre de trouver mieux. Cette vie, elle n’est même pas comparable puisqu’elle est directement liée à celle que l’on subit, celle du pauvre petit patron, celle du cadre surmené, celle de ces quelques millions de parasites qui s’ajoutent au parasitisme des rentiers. 

Il n’est pas possible de comparer le salaire d’un exploiteur avec celui d’un exploité tout simplement parce que le salaire de l’exploité n’existe que parce que ce dernier est volé de son travail, le montant du salaire étant la matérialisation légale et mathématique du vol de ce temps de travail, de ce mois entier de travail.


C’est à partir du moment où les 1300€ sont engloutis par tous les rentiers en place, que l’on peut «officiellement » déclarer cette serveuse en situation d’esclavage salarial. Ces 1300€ sont donnés pour être immédiatement repris, avec d’autre choix ou presque, que celui d’entamer un autre mois de travail.

La différence de travail non rétribuée en salaire sert à créer la richesse, sous forme d’argent, qui permet de distribuer l’organisation de la société bourgeoise entre l’existence de ceux qui n’ont pas d’argent et celle de ceux qui possèdent l’argent ou maîtrisent la capacité à en créer. 

La capacité à acheter du privilège, du service, du servage, du déplacement, du « bien être » n’est pas quantifiable. Elle existe et elle doit être abattue.

La vie de cette serveuse à 1300€  – qui est obligée d’engager du travail la totalité de son mois pour obtenir à la fin 10€ de loisirs – n’est pas à 3500 minuscules euros en dessous du pauvre petit patron à – soit disant –  4800€.

Il y a un monde. Il y a une vie de foutue, il y a une mort psychique, il y a une vie volée qui les sépare.

Des millions de vies volées. Par un système marchand, par le salariat.

 

Les Enragé-e-s 

 

 

 

 

Heureusement, les chasseurs de Pokémon attrapent aussi les réactionnaires

   Est-il possible de parler de ce dont tout le monde parle sans en parler comme tout le monde?

 

  C’est en tout cas un exercice auquel on pourrait se livrer si l’on entendait se jeter sciemment dans le piège d’une campagne de publicité planétaire à laquelle il aura été difficile d’échapper.
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    Ainsi, au but d’en déjouer l’embuscade, il sera sans doute salutaire de prendre le parti de s’en extraire… d’entrée de jeu.
   Ce n’est donc pas de  » réalité augmentée  » que nous vous parlerons dans ce billet mais de concurrence de réalités et plus précisément, de concurrence de Valeur au sein d’une société de marché.

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  Dans cette optique, nous tenterons de comprendre pourquoi ce jeu a-t-il pu soulever une telle vague de critiques enflammées de la part de réactionnaires qui, par ailleurs philosophiquement chahutés par la période, voient débarquer de nulle part une nouvelle économie ludique installant massivement dans le réel et en l’espace d’une journée à peine, sa propre société autonome, et ça, passez-nous l’expression, c’est un peu fort de café!

«  C’est un peu fort de café. »

 Un monde cohérent semblant se substituer à celui auquel ils essayent péniblement de croire, cette fois, croyez-le si vous le voulez et pardon de nous exprimer de la sorte mais voyez-vous, la coupe est pleine!

«  La coupe est pleine. »

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Pour un réactionnaire, cela en est trop. Ajouté aux modifications rapides qu’a connues le capitalisme et qu’il ne veut toujours pas se résoudre à admettre vraiment, voir arriver ce jeu dans le réel le plonge, on va le voir, dans un doute profond. Entendez-bien cela.

Ce jeu lui prouve de façon indiscutable, notez bien qu’admettre publiquement ce fait lui est quasiment inconcevable, que la stupidité vindicative qu’il entrevoit dans cette chasse aux Pokémon fait apparaître grossièrement en une seule journée celle qu’il ne peut se résoudre à voir dans le système de valeurs qui le tient à l’état de zombie après toutes les années qu’il y a investies en pure perte. Et ça, franchement, c’est le signe qu’il y’a une couille dans le potage.

« Le signe qu’il y a une couille dans le potage. »

Car lui, ce qui le tient en vie, c’est la souffrance, c’est le Travail, c’est faire son salut dans le temps, c’est la chasse au pognon et pas aux Pokémon, nom de Dieu!

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Ce compte monté au niveau 24 s’échange à la valeur d’un SMIC au sein du capitalisme, faites vos jeux, rien ne va plus.

Car lui, il n’y croit pas aux Pokémon. Il croit à une chose qui était pour lui la seule chose possible qu’il puisse exister parce qu’elle était la seule à exister dans le réel. Comprenez-le. L’âme religieuse familiale qu’il a eu a affronter et que la période le convoque à affronter de nouveau, lui interdit formellement de réinventer tout réel. Lui, quand on lui parle d’une autre société possible, il n’y croit pas, en tout cas pas avant qu’il puisse la voir vraiment. Et puis il n’a pas envie que son travail soit accaparé par des jaloux et des aigris.

« Il n’a pas envie que son travail soit accaparé par des jaloux et des aigris. »

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Zardoz de John Boorman,1974, au gigantesque masque élevé au rang de divinité qui se révèle être, sans blague, une grossière supercherie.

 Avec ces chasseurs de Pokémon, qui occupent l’espace sur la base d’une autre organisation sociale capitaliste, tout aussi inégalitaire même si cela n’est pas ouvertement et immédiatement signalé aux joueurs, profondément injuste dès sa première journée d’existence car fondée sur une course à la Valeur produisant sa propre hiérarchie autonome, ce réactionnaire obtient la démonstration dans le réel non pas de l’existence des Pokémon mais que cette société de millions de chasseurs de Pokemon existe, elle, elle existe vraiment! Du jour au lendemain! Dans son jardin! Mais enfin, les gens ne respectent plus rien!

« Les gens ne respectent plus rien. »

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 » Mais foutez-moi la paix à la fin! « 

 Ce réel concurrent lui démontre que la société à laquelle il croit n’est ni plus vraie ni plus fausse que celle à laquelle croient ces chasseurs de bestioles numériques. Et ça, imaginez-bien, c’est assez déstabilisant.

 Car voyez-vous, le fait que près de 200 millions de personnes aient pu se mettre du jour au lendemain à marcher pour capturer des Pokémon au lieu de travailler pour capturer de l’argent, pour lui, avant même d’y avoir réfléchi deux minutes, c’est insupportable.

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Chasser du pognon ou chasser des pokemon, voilà le seul choix d’organisation proposé par des sociétés fonctionnant sur un système économique dont le moteur est la production de valeur par l’exploitation. Au secours.

 Insupportable car ces jeunes, ils feraient mieux de chercher du travail au lieu de chercher des pokemon qu’il se dit! Ils se lèvent même la nuit et même pas pour travailler! Ils osent se lever pour autre chose que du travail, c’est une honte!

« Ils se lèvent même la nuit et même pas pour travailler, c’est une honte. »

 Du travail, il y en a, il suffit de chercher, dégobille-t-il . Les gens ne veulent plus travailler! Ils veulent chasser des pokemon qu’il se dit cet abruti!

« Du travail, il y en a, il suffit de chercher! »

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N‘oubliez pas, son âme religieuse renverse tout. Pour lui c’est le patron qui crée l’emploi. Pour lui, c’est grâce aux riches, aux possédants et non à cause d’eux que l’on ne peut que survivre. Pour lui c’est la Faute des chômeurs s’il y a du chômage. Oui, des coups de pelles.

Et comme il évolue au sein d’une croyance qui disculpe en permanence les vrais bénéficiaires, le réactionnaire désigne systématiquement des Fautifs parmi les plus faibles, parmi les opprimés, parmi les premières victimes du système économique, parmi ceux qui sont déjà victimes des oppressions et de l’Etat.

Pour lui, la vie, c’est le travail. La société un ensemble cohérent inégalitaire au sein duquel chacun  » doit trouver sa place « . Il possède une vision religieuse du monde que cette concurrence malmène.

En effet, comment un tel concurrent direct peut-il se permettre de se moquer aussi effrontément sous forme ludique du système économique auquel il croit dur comme fer?

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Pour lui, ce jeu représente le mal. Il représente la Bête, le diable, et pas uniquement parce que c’est de la technologie.

Le réactionnaire, on le sait, peste contre les jeux vidéo par principe. Parce que c’est de la technologie. Parce que la technique se substituerait, selon lui, à Dieu et ça, c’est mal, c’est très mal.

Et bien ce jeu, il anime des millions de gens dans le réel, et ils y croient aussi, à leurs pokemon, tout comme lui à son pognon. Car pour ce réactionnaire, le pognon est neutre (il n’a pas d’odeur), pour lui, le marché existe à l’état  » naturel  » et n’est pas une construction sociale. Pour lui l’argent n’est pas le résultat de millions d’oppressions croisées. Pour lui, le PIB n’est pas une abomination en soi. Pour son principe.

Car ce jeu singe de manière si grotesque le système de Valeur après lequel il court, que cela l’achève. Depuis des années, ce réactionnaire est malmené philosophiquement par l’évolution violente des rapports de production capitalistes et l’ampleur de la crise systémique.

Ce réactionnaire a eu beaucoup de mal à accepter que le capitalisme redéploie les centres productifs selon ses propres intérêts immédiats et non selon la gestion catholique sociale qui avait cours au sein du patronat au 19e siècle ou à l’immédiate après-guerre. Les cœurs productifs ont été éclatés, la croissance du capitalisme s’est redéployée sur du superflu destiné à deux classes bien précises ou plutôt à une classe et à une demi-classe, rapports de production particuliers qui n’auront duré qu’un temps en sein de cette phase capitaliste.

Il faut être clair et le dire: La société « de services », qui concerne 75% des emplois, ne fonctionne pas sur un mode selon lequel tout un chacun se retrouverait tour à tour serviteur et servi. Non, une majorité de la population sert une minorité. Toujours la même! Une grande partie des services le sont au service d’un bloc social composé de la bourgeoisie, de la petite bourgeoisie et du haut des couches moyennisées. Un tiers de la population possède la quasi totalité des patrimoines (10% de la population possède 60% de la Valeur patrimoniale, 50% en possède 5%) mais aussi le privilège d’être servi.

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L‘immense majorité du travail devient ainsi parfaitement inutile. Le réactionnaire, qui est bien plus concret qu’un cadre de centre gauche parisien d’Europe Ecologie, comprend très bien cela.

Il accepte cela car le service au riche permet selon lui d’aller chercher la richesse où elle est. Son âme religieuse renverse tout, n’oubliez pas. Pour lui, c’est le patron qui crée l’emploi. Pourtant, un patron qui crée un emploi crée avant tout un esclave salarié. C’est même l’esclave salarié qui, par le vol légal de son travail, permet l’existence du patron.

C’est en réalité le salarié qui crée le patron mais ça, le réactionnaire ne le comprend pas, même si issu de famille paysanne, commerçante ou artisane, il est devenu lui-même salarié. Il n’a pas encore percuté qu’il avait changé de classe.

Le réactionnaire a donc dû accepter le fait qu’une part du travail soit inutile. Mais comme pour lui le Travail fait monde, il est incapable de comprendre à quel point le Capital le vole, lui, aussi, tout au long de son existence, sur la totalité de l’organisation de son existence.

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Repenser l’appropriation du temps et de l’espace, la socialisation, en remettant en question radicalement l’exploitation salariale, la Valeur, la gestion de l’énergie et la division du travail, une question qui ne viendra à l’idée d’aucun des protagonistes des « dîners en blanc » .

Et il s’en moque voyez-vous. Car son éducation religieuse l’a construit pour lui influer une haine profonde de la liberté. La liberté le panique. Le fait d’avoir à se retrouver face à soi-même et à ses démons le terrifie. Le Travail est la voûte, c’est lui qui permet de tout faire accepter.

En revanche, jamais ce réactionnaire ne s’inquiétera du fait que des milliers de privilégiés puissent se réunir impunément en plein Paris, sans exprimer la moindre culpabilité, poussant l’outrage jusqu’à s’affubler du blanc de la royauté. Ceux-là, il ne veut pas les envoyer travailler la nuit. Cela ne le gêne pas qu’ils privatisent l’espace public là où la plupart des travailleurs en lutte n’auraient pas droit de le faire. Un ordre vertical naturel injuste et immuable.

Pour lui,  la question du travail, du chômage est juste une question de bonne volonté et de chance, de providence, de naissance, en aucun cas une condition du salariat, ni un instrument de pression économique contre les plus nombreux, surtout en temps de crise.

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Cela se passe en plein Paris comme dans d’autres villes dans le monde, avec toutes les autorisations officielles en main, le gotha se réunit pour un dîner privatif rassemblant des milliers de nantis dont l’accès chaque année tenu secret se fait uniquement par cooptation. Nul ne dira si le nombre de pokemon en banque entrent en ligne de compte.

Pour ce réactionnaire, renverser la vision du réel ne demande pas d’engager un effort considérable. La ouate du néant, le bonheur infini de l’autruche la tête plantée dans le sable, avouez-le, cela possède un certain confort. En tout cas pendant un temps.

Le réactionnaire ne comprend pas et ne veut pas comprendre l’économie de marché. Il ne comprend pas le chômage de masse. Il ne comprend pas la crise systémique. Il ne comprend pas comment le capitalisme parvient à gâcher de telles forces productives de la même façon qu’il gâche la planète.

Il ne comprend pas l’extraordinaire et indicible injustice, la montagne de captation de travail, de ressources et d’énergie, de destructions nécessaires y compris humaines, pour produire le « niveau de vie » auquel il s’accroche et qui n’est en réalité que le niveau de production au sein d’un régime salarial à un instant T du développement du capitalisme. Système économique barbare sur lequel se pencheront probablement d’ici quelques siècles des historiens en se demandant comment cela a été possible, comment « les gens » ont-ils pu accepter ça, comment ont-ils pu passer autant de temps à accepter un jeu de valorisation aussi simpliste et grossier?

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Les pixels, c’était mieux avant.

  En espérant que nous galériens prenions nous-mêmes les choses en main pour faire dévier tout le monde de cette pente morbide.

Quoiqu’il en soit, en cette bonne vieille année 2016, prenons bien la mesure de ce fait historique:

Une hérésie tente d’entreprendre l’organisation religieuse du royaume en se suppléant à la valeur Travail. Croyez-le si vous le voulez mais tout fout le camp!

« Tout fout le camp. »

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Le Moyen Âge, c’était mieux avant.

« Et la bagnole aussi, c’était mieux avant. »

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Ah ben forcément, elle va beaucoup moins bien marcher qu’avant.

 Nous avons donc un système capitaliste ne supportant pas la concurrence qui finit par produire un système ludique concurrent autonome au sein même de l’espace temps sur lequel s’exerce son appétit.

D’un côté nous avons un système qui fonctionne sur la production de Valeur par l’organisation marchande globale de toute minute d’existence et dont le Capital ne peut se reproduire sans vol légal de travail. Ainsi, temps productif ou temps non productif (le travail et les loisirs ne sont que les deux faces de la même pièce capitaliste) sont régis par la même logique reproductive du capitalisme, l’Humain est totalement dépossédé de son vivant, du premier au dernier jour de son existence.

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Pratiques de consommation névrosées et fétichisme de la marchandise. Le collectionneur possède ici deux exemplaires de la même figurine, cette figurine comme toutes les autres, étant un produit direct des nécessités de réalisation de Valeur. L’exemplaire neuf est immaculé. Il obtient une sur-valeur d’échange par son blister intact, seule la main d’un travailleur a touché cette figurine. Pour le collectionneur en revanche, aucune main ne l’a touchée, pas même celle de celui ou celle qui l’a produite. Sa virginité se valorise par une absence d’intégration au processus de  consommation, par un déni des conditions concrètes et matérielles qui ont produit cette figurine et par la double possession du même objet, l’une de nature souillée et impure, l’autre intacte et sacralisée.

 La forme ludique clonée déploie elle aussi son système de recherche de Valeur (les Pokémon rares) sur une grande part de l’espace matériel et se nourrit de la Valeur extorquée au système parasité.

 A la différence du premier système, le second permet au joueur de directement valoriser l’investissement temps engagé et ce de manière automatique, fonction de domestication que n’est plus forcément en capacité d’être assurée directement par le salariat.

La socialisation qu’il produit transperce l’organisation sociale existante et ainsi, ravive une promesse de socialisation que le capitalisme n’est plus forcément en capacité d’offrir.

Sa capacité à se jouer de la frontière, de la limite de propriété, du mur, du privatif, en fait un système qui invite à une mobilité géographique et propose une désirabilité d’exploration de l’espace que le capitalisme n’est pas capable d’offrir.

Ce système ludique concurrent sortant de nulle part se place, dès la première journée, en capacité de créer une désirabilité que n’est plus en capacité d’offrir le capitalisme auprès de ceux qui ont à le subir.

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En s’appropriant la quasi-totalité de l’espace monde, ce jeu installe une mécanique de création de Valeur venant faire concurrence à une autre course à la Valeur dédiée à une logique identique. Il démontre de façon absolument indiscutable la construction sociale et spatiale autonome que produit une mécanique dominée par une création de Valeur totalement désaccordée des nécessités de la production et des projections matérielles des rapports de production.

Ce jeu brise de fait l’implacable facticité de la construction sociale dédiée que s’emmène toute société basée sur la production de valeur. Il démontre comment une organisation sociale basée sur la valeur est rapidement capable de couper une société de ses propres nécessités. Ce jeu démontre que la Valeur ne va pas dans le sens de l’humanité mais qu’elle ira quoiqu’il advienne dans le sens de la Valeur.

Le chasseur de pokemon rare pénètre dans la villa d’un retraité abonné à  la chaîne américaine d’extrême droite Fox News. Il y a concurrence immédiate de course à la Valeur. D’un côté un Pokémon rare, de l’autre la Valeur de la villa.

D’un côté un système ludique naïf parasitant un système oppressif et esclavagiste, de l’autre un système oppressif et esclavagiste. Ils tombent nez à nez. Le chasseur de pokemon dégaine sa pokeball, le propriétaire, lui, son fusil.

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Deux valorisations de l’espace. Deux concurrences de Valeur.

Deux vies humaines embrigadées chacune dans une croyance concurrente qui fonctionne sur une organisation sociale différente de l’espace et du temps.

Le chasseur de Pokémon, qui est soit dit en passant, un abruti de première, va-t-il parvenir à capturer le votant de Donald Trump, qui lui est complètement con?

Ne rêvez pas, le chasseur de pokemon s’effondre blessé au sol…

Mais en réalité, c’est le propriétaire qui fait tomber le capitalisme à terre par le sommet de ridicule que la scène produit.

Les joueurs de Pokémon ne respectent pas la propriété ni le couvre-feu! Ils marchent au lieu de travailler. Ils se rencontrent en dehors du cadre où s’exerce le pouvoir du patriarche (la famille, le patrimoine), celui où s’exerce celui du patron (l’entreprise, la direction) et celui où s’exerce celui de la patrie (l’institution, les procédures civiques).

Mettez-vous à la place une seconde de ce réactionnaire, les joueurs de pokemon permettent non seulement de révéler au grand jour qu’ils jouent à un jeu largement aussi idiot que celui qui le tient à l’état de zombie mais en plus ce jeu se permet de jouer à Dieu! Il se substitue à l’ordre  » naturel « ! C’est obscène, voyez-vous!

« C’est obscène, voyez-vous. »

Ce réactionnaire n’a pas compris qu’il est lui-même autrement plus stupide qu’un chasseur de pokemon, Dieu merci!

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

Kokopelli ou les illuminés de la petite graine

L’association écolo Kokopelli, spécialisée dans la vente de semences anciennes, fait l’objet d’une certaine bienveillance dans les milieux de gauche, écologistes et alternatifs. Toutefois, certains propos tenus par son fondateur et président historique, Dominique Guillet, sont pour le moins préoccupants… 

En outre, Kokopelli se targue d’être un réservoir génétique accessible à tous. Or la gamme de semences qui figure dans son catalogue ne comporte pas plus de 2300 variétés et pour bon nombre de semences proposées par l’association, l’argument ne tient pas vu qu’elles sont proposées par la concurrence. Et dans ces variétés on trouve majoritairement des tomates des piments et des courges, parfaitement courantes pour la plupart provenant des USA .

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A partir de mi-juillet, un communiqué de Kokopelli, association créée en 1999 et engagée dans la protection la biodiversité à travers la vente de semences issues de l’agriculture biologique et biodynamique, a commencé à circuler massivement sur les réseaux sociaux. Il dénonçait une levée de fonds organisée par l’ONG Avaaz pour lutter contre Monsanto qui usurpait, parmi d’autres, le nom de Kokopelli pour légitimer cette campagne. Et en profitait au passage pour appuyer sur le côté plus que douteux de cette organisation entourée de soupçon d’escroquerie. Jusque-là tout va bien. Mais cette mise au point renvoyait à un article plus fouillé intitulé Avaaz : un écran de fumée occultant les bombes libératrices à uranium appauvri, écrit par Dominique Guillet et publié sur le site de l’association le 14 novembre 2012. Si sur le fond certains arguments acerbes envers la très critiquable Avaaz peuvent être recevables et partagés par notre organisation (fatuité de cette forme de «  militantisme  » en ligne et par pétition, motifs discutables des souscriptions, source de financement sujette à caution, salaires mirobolants de ses dirigeants), ce règlement de compte suscite la stupeur en évoquant dès sa première ligne le Graal des complotistes renommé ici «  opération psychologique spéciale dénommé 9/11  » et renvoyant vers le site conspirationniste ReOpen911

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Prose paranoïaque

En poursuivant les yeux écarquillés la lecture de ce salmigondis soi-disant subversif, on tombe sur la prose classique des paranoïaques du complot avec la dénonciation ad nauseam du « Nouvel Ordre Mondial » et l’explication de la guerre en Afghanistan par la volonté de l’Otan de contrôler le marché de l’opium. On n’est pas loin des délires royalo-narcotiques du conspirationniste Lyndon LaRouche et de son préposé français, Jacques Cheminade

Plus étonnant pour quelqu’un qui se revendique écolo, l’auteur décidément en grande forme s’attaque à «  l’arnaque du réchauffement climatique anthropique  » et nous invite à consulter une série de quatre articles qu’il a rédigés à l’automne 2009 et publiés sur son site liberterre.fr (sic). Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

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Complotisme et ésotérisme

Circonspect devant tant de divagations, on se penche plus en avant sur le bonhomme  : adepte des théories Gaïa – qui dégénèrent bien souvent en des croyances religieuses New Age débilitantes – Dominique Guillet, qui ne laisse pas de surprendre, se révèle être un fervent disciple et traducteur de John Lamb Lash, gourou américain versant dans l’ésotérisme, inlassable dénonciateur de l’ « intrusion extraterrestre » qui œuvre clandestinement à la destruction de l’humanité et annonciateur d’une menace prophétique qu’il assimile au sionisme en ne ménageant pas ses efforts pour masquer son antisémitisme maladif.

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Traduction de John Lash par Dominique Guillet hébergée sur son site Liberterre.

Kokopelli propose également à la vente un ouvrage de Sylvie Simon, écrivaine obscurantiste anti-vaccination décédée en 2013 et de Claire Séverac, auteure antisémite et conspirationniste transitant sur Egalité & Réconciliation d’Alain Soral et que l’on retrouve sans grande surprise également sur le site écolo-confusionniste Mr Mondialisation.

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La boutique de Kokopelli ne lésine pas sur les ouvrages de charlatans qui sont d’authentiques sas d’entrée sur l’extrême droite.

Au début Kokopelli s’appelait Terre de Semences et distribuait des semences issues de l’agriculture biologique à l’intention des jardiniers amateurs. Ces semences n’étant pas inscrites au catalogue officiel cette activité était tolérée, mais illégale. Devant ce fait le législateur a même changé la loi afin de permettre aux jardiniers de se procurer ces semences, en créant « le registre des variétés anciennes pour jardinier amateur ». Mais M.Guillet, le fondateur, ne veut pas de cette loi et créa Kokopelli.

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Au passage Kokopelli est soutenue par le professeur Berlan, radicaliste anti-OGM et qui a préfacé le livre de D.Guillet. On trouve comme généreux donateur de cette association « Fondation pour une Terre Humaine » de Jean-Louis Gueydon de Dives, une fondation Suisse qui finance de nombreux projets « écolos » derrière lesquels se cache l’anthroposophie (Demeter, biodynamie, etc,…), à commencer par Terre et Humanisme de Pierre Rabhi

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La FTH a été créée par son président actuel, Jean-Louis Gueydon de Dives, grâce à l’héritage de sa mère, Jacqueline Beytout, ex-propriétaire et PDG des Échos.

Au passage l’association ne soutient pas plus l’agriculture bio, mais soutient largement l’agriculture biodynamique, suivant la réflexion de l’anthroposophe ésotérique et raciste Rudolf Steiner.

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Le « Hameau du Buis », vitrine anthroposophe détenue par Pierre et Sophie Rabhi, village privatif pour personnes vulnérables et aisées. En bas à droite de la photo, cercle Steiner sur ce même « Hameau du Buis ».

Cette affaire de plus en dit long en tout cas sur le climat politique actuel et la sous-politisation de certains mouvements qui se veulent militants, notamment dans quelques milieux écologistes mystiques, terreau fertile pour le conspirationnisme et porte d’entrée de l’extrême droite.

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Sur le site de Dominique Guillet, on trouve 28 entrées pour le philosophe ésotérique et raciste, Rudolf Steiner. Ce n’est pas étonnant puisque la figure de proue anthroposophe, Pierre Rabhi, est impliqué dans l’association Kokopelli, que John Lash a longuement transité au sein du nuage anthroposophe, que Kokopelli distribue des ouvrages édités par Acte Sud, une maison d’édition tenue par un couple d’anthroposophes qui éditent également… Pierre Rabhi.

Au secours! Les anthroposophes sont là

En attendant, nous invitons les personnes légitimement préoccupées par la préservation de la biodiversité, vitale pour la stabilité de nos écosystèmes, à se tourner plus sûrement vers le Réseau semences paysannes monté par nos camarades de la Confédération paysanne. [NDLR confédération qui ne semble pas, hélas, totalement étanche à l’entreprise de colonisation culturelle de la biodynamie]

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Une critique de Kokopelli

La première fois que j’ai entendu parler de Kokopelli, c’est à travers un reportage: Solutions locales pour désordre global.

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Le couple de réactionnaires, Claude et Lydia Bourguignon, l’anthroposophe Pierre Rabhi, le pape du microcrédit Muhammad Yunus, la prêtresse Vandana Shiva, les réactionnaires Michéa et Latouche chapeautent une jolie brochette de conservateurs et de mystiques en tous genres.

Le président de l’association, Dominique Guillet, expliquait que les multinationales de la semence voulaient se créer un monopole sur le vivant. Ses propos m’ont paru légèrement exagérés : l’agriculture est comparée à une guerre faite à la terre, le tracteur et les pesticides seraient des outils développés suite aux guerres mondiales et seraient respectivement la suite logique des chars et des gaz de combat. Deux affirmations erronées qui seront traitées dans un autre article, consacré à ce « reportage ».
On peut se dire « oui, bon, erreurs historiques mineures ou bien propos se voulant pédagogiques de la part de M. Guillet ». Certes. J’avoue avoir passé l’éponge sur ces affirmations fausses. Après tout, M. Guillet ne dépareillait avec le reste des intervenants du reportage, une ânerie passe mieux si elle est entourée d’autres âneries.

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Les « Femmes semencières » sont également une création de Pierre Rabhi. La fertilité des femmes est naturalisée en tant que fonction sociale indépassable, le tout au prétexte de « lutter pour la biodiversité ».

La deuxième fois que j’ai entendu parler de Kokopelli, c’est à la suite du verdict de son procès perdu contre un semencier. Il faut dire que la somme qu’a été condamnée à verser l’association est faramineuse : 100 000€ [Condamnation finalement ramenée à 5000€]. Tout ça pour avoir voulu soit disant protéger des graines illégales car non-inscrites dans le Registre, indispensable à la commercialisation des graines selon l’association.

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Kokopelli et Sea Shepherd, deux droites radicales engagées dans « la défense de la biodiversité ».

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson. 

1)Kokopelli, un acteur unique de la biodiversité ?
L’association déclare détenir plus de 2200 graines d’espèces potagères rares ou anciennes. 1700 espèces sont disponibles à la vente au public, les autres étant réservé à l’échange entre membres de l’association.
Il est intéressant de regarder de près ces 1700 semences et notamment les 650 variétés de tomates proposées. Car oui, les tomates représentent 1/3 des semences proposées à la vente.
La première chose qui surprend, c’est le nom de ces variétés : sur une page prise au hasard affichant 20 résultats, 18 portent des noms anglais, y compris la Yellow Belgium et la Black Ethipian. La moitié des variétés sont originaires des USA ou cultivées aux USA et supposément originaire d’Europe, l’autre moitié est originaire d’Europe de L’Est.

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Kokopelli vend à vil prix des semences tout ce qu’il y a de plus communes. C’est le cas du piment Jupiter inscrit au catalogue officiel. Autre exemple le haricot Christmas Lima n’est rien d’autre qu’un Phaseolus Lunatus qui n’a pas besoin d’être inscrite pour être commercialisée.. ! Le fenouil Mantovano est quant à lui déjà inscrit aussi… ! Et tant d’autres variétés du catalogue. Sur 10 variétés de carotte proposée 9 sont inscrites… ! Certaines variétés sont même issues d’obtention de très grandes sociétés (les 4 grandes multinationales…) comme le piment Emerald Giant de Syngenta….N° 2 mondial….

Un autre élément surprenant est la présence de variétés tout ce qu’il y a de plus modernes. Certaines espèces ont été développées dans les années 80 et 90 aux Etats-Unis et sont donc plus en voie d’apparition que de disparition. On peut prendre en exemple les tomates créées par Tom Wagner, créateur de Tater Mater Seeds. Ses tomates sont certes originales d’un point de vue visuel (zébrées vertes, rouges, en forme de banane, etc), mais sont toutes des créations récentes issues d’hybridations inter-variétés. Si l’on peut saluer l’acharnement et le travail de sélection effectué par Tom Wagner,  son travail ne relève absolument pas de la sauvegarde de la biodiversité légumière mais de la sélection, c’est-à-dire de la biotechnologie artisanale telle qu’on la pratique dans tous les champs depuis 10 000 ans.
Dans les faits, Kokopelli vend surtout des graines « funs », certaines peu courantes dans le commerce, mais ce n’est pas exactement synonyme de protection de la biodiversité.

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2) Des graines trouvables chez Truffaut
Si certaines graines sont peut-être rares, ce n’est pas le cas de toutes. Certaines (la plupart) sont même assez courantes.
Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur le site de Truffaut et de comparer les variétés vendues à celles que possède Kokopelli.
Prenons les carottes. Kokopelli en propose 17 variétés à la vente. C’est un chiffre un peu ridicule par rapport aux 650 variétés de tomates, mais que voulez-vous, Kokopelli ne peut pas sauver tout le monde !
Parmi ces 17 variétés, 4 sont trouvables sur le site du très capitaliste Truffaut : carotte de Roubaix à cœur rouge, Nantaises, Rothchild, Touchon. Des variétés françaises classiques trouvables dans tous les potagers, ni hybrides F1 ni en voie de disparition…
La recherche marche aussi avec les tomates : par exemple, au milieu de ses hybrides F1, Truffaut propose des variétés de tomates reproductibles, parmi lesquelles la Green Zebra de chez Tom Wagner ou la plus francophone Rose de Berne.

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Dominique Guillet et Vandana Shiva, une rencontre au sommet de deux grands mystiques.

Par ailleurs, le dernier procès opposant Kokopelli au semencier Baumaux a mis en évidence le fait que les deux entités commercialisaient 233 variétés identiques et étaient donc en situation de concurrence. Si une entreprise capitaliste les produit, ces 233 variétés ne sont de fait pas en voie de disparition. Il est significatif que Baumaux ait attaqué Kokopelli pour concurrence déloyale. Si ces graines étaient si illégales que cela, le service juridique de cette entreprise en aurait probablement profité.
A titre d’exemple, les variétés de carotte Jaune du Doubs, Saint valéry, Blanche de Kütingen, Amsterdam, Touchon, Longue lisse de Meaux, Carentan, Colmar à cœur rouge, sont également trouvables chez Baumaux qui d’ailleurs, possède plus de variétés de carottes non-F1 que Kokopelli et pour des prix généralement plus bas que ceux pratiqués par l’association. L’argument d’anticapitalisme ne tient pas non plus !

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A noter que l’association commercialise des semences de variétés protégées en AOC. Comme le Haricot Tarbais, appellation déposée par une toute petite coopérative Tarbaise. Mais voila la coop les commercialise 6€ les 150g et Kokopelli 3€ les 40g…

3) Biodiversité et autosuffisance
La raison d’être de Kokopelli est la préservation de la biodiversité potagère.
Comme nous l’avons déjà vu, pour bon nombre de semences proposées par l’association, l’argument ne tient pas vu qu’elles sont proposées par la concurrence.

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Le groupe Tryo cède au mythe de l’Arche de Noé potagère ou quand un groupe « gauchiste » sans structure véritable et ouvert à tous les vents, tente de s’offrir une caution morale bon marché. Les mêmes s’afficheront en octobre 2015 aux côtés du réactionnaire et xénophobe Paul Watson de Sea Shepherd.

Le mythe de l’Apocalypse et de l’Arche de Noé potagère

Si on écoute Kokopelli, le monde serait envahi d’hybrides F1 stériles ne permettant pas de reproduire ses graines d’une année sur l’autre. Nous tous, pauvres jardiniers, serions dépendants des multinationales de la carotte et du navet.
Une visite sur les sites de commerces spécialisés comme Truffaut nous montre le contraire : certes il existe à la vente des graines hybrides F1 en pagaille (la mention « Hybride F1 » est d’ailleurs clairement indiquée) mais également des espèces non hybrides tout ce qu’il y a de plus reproductible pour qui voudra bien se donner la peine de garder quelques graines à l’abri dans un bocal pour les replanter l’année suivante.
Vous n’avez donc pas besoin des graines de Kokopelli pour être auto-suffisant, celles de Truffaut ou Jardiland sont tout aussi indiquées pour le replantage, pour peu que vous soyez un minimum dégourdi.
L’argument de préservation de la biodiversité ne tient lui aussi qu’à un fil.

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Jocelyn Moulin de Kokopelli aux côtés de Pierre Rabhi sur la radio conspirationniste et d’extrême droite « Ici et Maintenant », radio qui vit d’ailleurs ses ondes fermées il y a quelques années déjà, pour incitation à la haine raciale.

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute!
La biodiversité c’est avant tout la protection des variétés différentes, or, comment protéger deux variétés si elles sont cultivées ensemble sur le même carré de terre par les jardiniers amateurs ? Inévitablement les deux variétés vont se féconder l’une l’autre et donner naissance à une nouvelle espèce hybride naturelle, certes viable car non-F1 mais cela sera tout de même synonyme de disparition des deux variétés initiales.
Concrètement, préserver la biodiversité, cela signifie isoler les variétés pour éviter une hybridation qui a terme ne pourra que conduire à une homogénéisation et à la disparition des variétés.
Appliqué à l’humain, l’extrême-droite l’a parfaitement compris, cela devient un prétexte au racisme et à la ségrégation raciale. Mais l’humain n’est pas une tomate en voie de disparition. Je tiens à le dire clairement pour couper l’herbe sous le pied à ceux qui voudront me taxer de racisme via une réductio ad tomatum.
Pour en revenir aux semences potagères, quand on veut préserver la biodiversité, on évite d’introduire X variétés différentes d’une espèce comme le fait Kokopelli avec ses tomates ou ses salades américaines.

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Au sein de cette écologie mystique, les thés eux aussi, peuvent devenir des militants. Les « Jardins de Gaïa » relient une fois encore Kokopelli et Pierre Rabhi.

4) Diffuser des graines non-inscrites, un acte illégal ?
Une question centrale pour juger de la légitimité du combat de Kokopelli est de savoir si le commerce et l’échange de graines non-inscrites au Catalogue officiel est vraiment interdit.
Kokopelli prétend que pour être vendue ou échangée, une graine doit être inscrite soit au Catalogue officiel, soit au Registre amateur. Mais il faut éviter de prendre ce qu’on nous dit pour argent comptant sous prétexte que l’argument vient d’une structure semblant porter un combat anticapitaliste.

Pour en savoir un peu plus sur la législation des graines, il suffit de parcourir rapidement le lien ci-dessous :

http://www.semencespaysannes.org

Semences paysannes poursuit plus ou moins les mêmes buts que Kokopelli, sauf que l’association a l’air de mieux s’y connaître niveau législation. Et manifestement, contrairement aux déclarations de Kokopelli, rien n’interdit l’échange voire même la vente de variétés non-inscrites.

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Conclusion
En étant tolérant, on peut conclure que Kokopelli est une petite association militante, que ses moyens ne sont pas à la hauteur de ses objectifs, que son combat est avant tout idéologique face aux entreprises du secteur en se basant sur des valeurs écolo que sur des connaissances scientifiques ou juridiques, d’où des arguments souvent erronés.

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La page facebook de Kokopelli annonce clairement la couleur avec une superbe collection de toute l’écologie réactionnaire.

En étant plus critique, on peut conclure que la réalité de Kokopelli est loin des principes affichés, que nombre de graines qu’elle propose ne sont ni rares ni menacées contrairement à ce qu’elle prétend, que l’argumentaire écolo-radical est avant tout là pour cacher le fait qu’elle vend les mêmes graines que Jardiland et qu’à part le parrainage de semence, qui consiste pour les volontaires à gérer une espèce rare bénévolement, Kokopelli n’apporte rien à la cause qu’elle veut défendre.
Le fait est qu’en tant que militant, après m’être renseigné, j’ai l’impression que cette asso mène un combat qui n’a pas réellement de sens et que les militants et sympathisants de gôche ou écolo sont un peu des vaches à lait pour ce genre d’asso, toujours volontaires pour se faire traire pour peu qu’on leur serve un argumentaire contestataire.

Sources Samuel Préjean et AL 

 

 

 

 

A lire en complément :

Pour en finir avec la supercherie Rabhi: l’écogourou sur le chemin de Compostage.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 

Ecologie, monnaie, le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion

Vigneron en prison pour avoir refusé d’épandre des pesticides?

Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute! 

C’est quoi le fascisme? 

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

 

 

 

 

 

Contre le travail et ses apôtres

« Ces gens-là sont des travailleurs, messieurs, reprit le général Soleno Chagoya à l’adresse des journalistes qui l’entouraient.
Ce peuple aime travailler. Et le travail est fondamental pour assurer la paix sociale ».


Carlos Montemayor, Guerre au Paradis.

oisiveté_ouvrier_lesenragesLes bus, les métros, les périphériques, les trains de banlieue sont pleins à craquer de salariés pris au piège de la normalité. L’entassement, prix d’un calme fragile, prix de l’ordre. Le sommeil qui ne vient pas, le sommeil interrompu à l’aube, prix du calme.

 

Il ne faut pas chercher bien loin pour constater les signes d’un consensus apparent ; au cours d’une manifestation, un gréviste réagit à un slogan « A bas le travail » tagué sur les murs : « Ce n’est pas bien, il ne faut pas dire ça ! » Pourquoi ce n’est pas bien ? « Parce que c’est extrémiste ; il en faut du travail, il faut travailler ! » Et pourquoi faudrait-il travailler ? « Il faut travailler…mais parce qu’il FAUT TRAVAILLER ! » Brillante démonstration.

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Fallait-il en déduire une déclaration d’amour pour le travail, ou alors s’agissait-il d’obtenir le précieux salaire mensuel, celui qui vous donne droit au précieux logement (et encore), à la précieuse bouffe, au précieux compte en banque, au précieux titre de transport pour aller au travail, au précieux titre de séjour, aux précieux habits ?

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C’est ce foutu cercle sans début ni fin qui revient le plus souvent. D’où viennent l’argent et la nécessité de s’en procurer pour survivre, d’où viennent le travail salarié et le rapport salariat/patronat, d’où vient le rapport marchand ? Mais plus encore, vous répondra-t-on, qui a encore le temps de se poser ces foutues questions ?

« Il faut travailler parce qu’il FAUT TRAVAILLER ». Certes, certes…Le genre de domaine social que le sacré a imprégné profondément de son odeur fétide de malheur, de mystère, le préservant de toute remise en cause.


Une évidence si partagée qu’on oublie de s’étonner que des ouvriers puissent s’engager dans des grèves sauvages et dures, manifester et bloquer des routes, saccager des préfectures… pour le droit au travail, pour le maintien de telle ou telle industrie, pour l’emploi. Nous sommes à l’heure de l’apogée du culte du travail, à l’heure où les patrons ne sont plus tant haïs pour ce qu’ils sont (ceux qui nous font trimer comme du bétail) mais parce qu’ils ne nous offrent plus de travail, parce qu’ils ferment les usines. Bien sûr, il y a toujours ce sentiment diffus de haine de classe : les patrons sont des menteurs, des salauds qui nous traitent et nous virent comme de la merde, qui nous jettent comme des moins-que-rien quand ça leur plait, nous licencient et partent avec la caisse sous le bras. Mais le « patron-voyou » disparu, on se presse d’en chercher un autre, plus honnête, un patron réglo’, un brave homme qui respectera notre « dignité de salariés ».

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Cela fait toujours bizarre d’entendre des travailleurs dire à un ministre sur un plateau télé, après avoir été virés : « mais nous on est d’accord avec vous au fond, on veut que ça marche, on veut travailler. »

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Une bonne ouvrière ne fait avec le fuseau que cinq mailles à la minute, certains métiers circulaires à tricoter en font trente mille dans le même temps. Chaque minute à la machine équivaut donc à cent heures de travail de l’ouvrière: ou bien chaque minute de travail de la machine délivre à l’ouvrière dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l’industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvelées par la mécanique moderne. Mais que voyons-nous? À mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l’homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’Ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur, comme s’il voulait rivaliser avec la machine. Ô concurrence absurde et meurtrière ! Paul Lafargue

 

D’autant plus lorsqu’en parallèle se lit en majuscule sur la tronche des gens cette tristesse sans fond quand ils vont bosser, ou quand ils rentrent du boulot. Là on se dit :

« Mais bordel c’est évident que personne n’aime son taff, que personne n’aime LE taff, puisque quel que soit le type de travail qui les tient enchaînés, ils tirent tous les mêmes gueules de macchabées ».

 

Alors pourquoi le dégoût se lit-il seulement dans l’intime, dans les regards fuyants ? Pourquoi la question du travail mène si souvent à une impasse lorsqu’elle est posée publiquement ?


Malgré toute cette vaste morgue qui tourne en rond, malgré le fait que la dépression touche une personne sur deux, que les psychotropes sont avalés à la louche, on retrouve partout cette conne réplique du manifestant-type : « il faut travailler parce qu’il faut travailler ». La palme revenant à une auditrice (prise au hasard) réagissant à l’antenne à un sujet médiatique (l’indemnisation des chômeurs) : « Bien sûr que je pense qu’il faut sanctionner les chômeurs ; pourquoi auraient-ils plus de droits que les autres ? Puisque moi je me lève tous les matins pour aller au travail, pour ne pas me faire renvoyer, pourquoi est-ce qu’on ne punirait pas les chômeurs qui ne se lèvent pas le matin pour chercher du travail ? ».

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Comme le disait Maurice Thorez aux grévistes d’après-guerre : « Il est temps de se retrousser les manches, camarades ! »…


Ca en dit autant : en dehors du temple du travail sacré et de ses disciples, il n’y a que des hérétiques à convertir de force, à sanctionner, ou à rééduquer socialement, à défaut de les éliminer purement et simplement comme éléments inutiles et nuisibles.

S’agit-il vraiment d’amour du travail ? Si on aime vraiment le travail, on peut tout au plus prendre en pitié ceux et celles qui chôment, du style : « Ah les pauvres, ils ne savent pas ce qu’est le plaisir du travail, les joies du salariat, le bonheur du réveil à six heures, les trains bondés. Ah c’est vraiment triste ! »


Mais les chômeurs empêchent rarement (trop rarement) les travailleurs de travailler. Alors quoi ? Jalousie peut-être ? Et comme on ne peut jalouser quelqu’un qui gagne moins d’argent que soi dans ce monde, il ne reste que la jalousie du « temps libre ».

Et que reste-t-il à répondre à ces personnes ? « Bah ok alors, vas bosser et bon vent à toi ! ». D’ailleurs, comme disait l’autre : « Les esclaves antiques, il fallait leur mettre des chaînes et des boulets en fonte aux pieds pour les empêcher de fuir ; les esclaves modernes, on leur donne deux semaines de vacances l’été et ils reviennent tous seuls ».

388533_147649585401622_1317934274_nEt pourtant ils s’en plaignent de leur taff, de leur connard de petit chef qui leur pèse sur le dos, qui les emmerde à cent sous de l’heure, et que ça leur ruine le moral et la santé, que ça les stresse, que vivement la retraite, que j’ai pas envie de me lever putain…


Alors quoi ? Masochisme, schizophrénie de masse ?


De deux choses l’une :
- soit les esclaves modernes sont tellement dépendants de leurs maîtres que le choix ne se pose tout simplement pas,
- soit ils n’ont rien à désirer dans l’idée d’évasion, et le travail est alors un choix parmi d’autres possibles.

Mais quand on y réfléchit, comment une société élevée sur la base des diverses déclinaisons du travaillisme (compris comme religion du travail) pourrait-elle avouer sans honte : « Ah ça le travail, c’est vraiment de la daube, j’suis bien d’accord ! » ?


Un travaillisme institué depuis des siècles, d’abord comme idéologie du pouvoir, puis (comme toute idéologie qui fonctionne) relayée par la base, par « les masses ». Un travaillisme civique qui a apprit par cœur que l’oisiveté est un des pires vices existant, et qui sait que les non-travailleurs sont un danger social, un péril pour la sécurité, cette autre religion moderne.

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On en vient à penser qu’avec le temps, ce qui était martelé comme un devoir à accomplir, surtout péniblement, prend le sens non plus d’un châtiment, d’une punition ou d’une marque d’abjection, mais au contraire de mérite, de récompense, de gratitude. Dans un tel monde renversé, on est fier de travailler, d’avoir sa médaille des « quarante ans de bons et loyaux services », on s’épanouit et on s’émancipe par le travail, on verse une larme de joie quand les usines ouvrent leurs portes à proximité. Et qui sont ceux qui sont taxés d’ « aristocrates » ? Ceux qui crient ouvertement que le travail est, a toujours été, et sera toujours une infamie.

Il n’y a pas si longtemps, les jaunes devaient faire profil bas lors des grèves, quand ils croisaient leurs collègues qui débrayaient et détruisaient les machines.


Aujourd’hui, les grandes gueules peuvent ouvertement laisser éclater leur haine du gréviste et trouver de nombreux complices pour leur dire à l’unisson : « T’as bien raison, je te les enverrais travailler au Bangladesh pour trois euros de l’heure moi, pour leur apprendre ce que c’est que l’exploitation ! » Et autant de partisans d’une loi prévoyant de rayer des listes les chômeurs refusant « deux offres d’emploi acceptables ».

bons_chômeurs_mauvais_chômeursAutant de produits (à quel point consentants ?) de la frustration sociale généralisée qui en viennent à haïr violemment, dans la vieille logique de la guerre civile, qui les plus oppressés par le capital, qui ceux qui ont la force de lutter et de rendre des coups à la machine à soumettre. Pensez donc ! Les patrons sont des rois-mages qui nous offrent du travail comme on offre des chocolats, et on ne leur en veut que lorsqu’ils ne tiennent pas leurs promesses (un peu comme avec les politiciens au fond).

Dans ce renforcement somme toute récent du culte populaire du travail, de nombreuses charognes politiques ont une bonne part de responsabilité, syndicats, partis et organisations dites « radicales » en tête.


Car l’ouvriérisme n’est pas pour rien dans la démocratisation de ce culte : les batailles pour le droit au travail (ça résonne comme un échos à la vieille rengaine « Mais il y a des gens qui sont morts pour que tu aies le droit de vote !! ») ont commencé avec la constitution de ce qui s’appelle encore aujourd’hui le Mouvement Social, lui-même ayant pris part à l’enterrement des mouvements insurrectionnels caractérisés par le cassage en règle de machines et d’usines. Aussi, après la « mort » de l’exploité révolté, surgit une autre « figure », avec la bonne imagerie du prolo musclé, qui sue courbé sur sa machine, plein de ténacité face à l’adversité et la douleur, les parades d’ouvriers pour le premier mai avec force banderoles « sauvez nos emplois et nos salaires », « sauvez notre profession », « l’industrie automobile doit survivre », ou encore « pour la défense de la métallurgie en Lorraine », « 3000 euros par mois dès maintenant c’est possible ! » et autres hymnes bien puants incitant à être fier de sa condition. Une imagerie où la faucille ne sert plus à égorger le contre-maître, ni le marteau à défoncer le métier à tisser, mais à représenter le travail dans toute sa splendeur.

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Un ouvriérisme poussé jusqu’aux slogans « qui ne travaille pas ne mange pas » [1], « travaillons TOUS, moins et autrement », des slogans qui traduisent une vision de la « Société Future » pas si éloignée que ça de l’actuelle, qu’on pourrait résumer par la formule suivante : « L’anarchie étant l’expression achevée de l’Ordre (sic), et le travail étant « la meilleure des polices » (sans rire), l’anarchisme est donc l’idéologie du travail généralisé ». Que reste-t-il de « révolutionnaire » là-dedans, et quel plus beau cadeau pourrait-on faire à ce système que cette fausse critique qui s’attaque à la forme et laisse le fond intact ? Une idéologie qui viserait à récupérer les termes du « vieux monde » pour les pousser à l’extrême et non plus les subvertir ? [2]


Ou plus souvent, c’est l’apologie de l’autogestion comme remède miracle, mythe entouré de « radicalisme » mais complètement vide (quoi ? les ouvriers vont forcément mieux gérer l’industrie automobile, les prisons, les usines d’armement, les usines Airbus, les supermarchés ? Autogérer quoi en fait ?).

autogestion_piege_a_con    Contre le mythe autogestionnaire


Une idéologie dans laquelle les chômeurs ne sont que des « camarades travailleurs momentanément privés d’emploi », des victimes que le glorieux socialisme (même dans sa version dite « libertaire ») s’empressera de rendre « utiles » et de « valoriser » à nouveau. Des « camarades » qui doivent quand même se sentir coupables de se tenir un peu à l’écart de LA classe…

L’ouvriérisme procède d’un raisonnement bien ficelé, bien que recouvert par la poussière du passé : le prolétaire est la figure même de l’individu (oups pardon, l’individu n’existe pas c’est vrai…) subissant de plein fouet l’exploitation, le symbole (personnifié autant que massifié) des méfaits du capitalisme ; ce que les ouvriéristes utilisent pour dire « le prolétariat comme classe est au centre de la lutte des classes, donc seul lui pourra faire la révolution, qui est son dessin historique, sa tâche suprême ». D’où la construction du sujet révolutionnaire cher non seulement aux marxistes, mais aussi à de nombreux anarchistes « lutte-de-classistes ».
Pour résumer, une idéologie fonctionnant sur la croyance en « l’égalitarisme négatif » du système, en l’autodestruction (toujours proche il paraît) de ce dernier par « exacerbation mécanique de ses contradictions internes ». Et étant donné que tout le monde -ou presque- va se retrouver à plus ou moins long terme dans la même merde, cela suffira à déclencher une prise de conscience « de classe », et la révolte puis la révolution arriveront fatalement.

Misère sociale engendre automatiquement révolte…Vraiment ?

Un bref coup d’œil sur l’histoire suffit pourtant pour s’apercevoir que ce mythe, accompagné de la Grève Générale, de la Révolution Sociale, a été largement infirmé. Parce qu’à peu près tout peu naître d’une colère répandue, fut-elle « de classe » : fascisme, soulèvements libertaires, autoritarismes, poussées nationalistes, etc… Tout ça pour dire que la misère et l’oppression ne déterminent rien en soi (même pas forcément la colère), si ce n’est justement la misère et l’oppression.

Bien entendu, dans une situation où la paix sociale est largement brisée, il est largement préférable de voir des sabotages et autres blocages de voie de circulation de la marchandise, des séquestrations de patrons, des sous-préfectures saccagées, plutôt que des pogroms, des chasses à l’étranger et autres actes renvoyant à la guerre civile, où les exploités se tirent mutuellement dessus.

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-67% des salarié-e-s n’aiment pas ce qu’ils/elles font et n’en voient pas l’utilité -80% s’ennuient au travail -2 000 000 de salarié-e-s se disent maltraité-e-s au travail -500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises. -1 à 2 citoyen-ne-s sont tué-e-s chaque jour lors d’un accident du travail -Entre 200 et 300 suicides chaque année sur le lieu de travail.

 

Mais dans ce contexte, il est clair que l’ouvriérisme comme partie intégrante du travaillisme n’arrange pas les choses : fierté pour sa condition, amour du travail bien fait, renforcement d’une identité ouvrière qu’on se transmet dans la classe pour la reproduire, avec ses rites, son folklore, en somme l’exact opposé d’une volonté d’auto-négation du « prolétariat » dans la destruction du capital et du travail.


Et pas un mot, la plupart du temps, en dehors du sempiternel « partage des richesses », sur l’origine du travail, sous prétexte que cela renverrait à une « réflexion étymologique spécieuse » ; pas un mot de critique sur son sens et sa signification, son rôle social de domestication et de contrôle, dans les bureaux comme dans les usines, sur sa capacité nihiliste à tout fondre dans une même catégorie, de l’agriculture destructrice au nucléaire, de la fabrication des divers poisons industriels aux métiers d’encadrement et de surveillance (profs, vigiles, cadres, employés à Pôle Emploi, assistantes sociales..). Pensez-vous, le Mouvement Social a trop besoin de draguer sa classe bien-aimée, il ne faudrait vexer personne.

Rien n’est dit sur le fait que le travail n’est fondamentalement rien d’autre que notre force transformée en énergie pour le capital, celle dont il ne peut se passer, son essence vitale, son meilleur allié, et ce quel que soit le degré d’automatisation de la production.
1794727_255166361316610_508955716_nRien sur le fait que le travail est ce qui nous ennuie, nous étouffe, nous brûle et nous dévore, la torture normale et morale qui nous crève. Et qu’au final, comme l’on décrète ainsi que la vie n’a pas de sens en dehors du travail, celui-ci est érigé en pilier de bronze d’une société ouvertement totalitaire, si totalitaire qu’elle est parvenue à intégrer ses faux contestataires et à les recycler en prestataires de solutions alternatives à une mise au travail forcé.
10153241_355124187987493_6804664443829395669_nAu final, rien n’est dit sur tout ce dont nous devrons nous débarrasser dans une perspective de libération, de l’argent au salariat, en passant par toutes les nuisances qu’il n’est pas question de gérer, mais de supprimer.

Et dans l’immédiat, le capital s’en frotte les mains, ainsi que tous ceux qui trouvent un intérêt dans la perpétuation de l’existant.
Comment pourrait-il en être autrement ? « Le travail c’est la santé » déclare le patron, « Il faut travailler parce qu’il faut travailler » répond le « manifestant responsable ». La boucle est bien bouclée dans la démocratie capitaliste. Et pour qu’elle se brise, il ne suffira pas que la haine du « patron-voyou-qui-a-fermé-l’usine » se répande, pas plus que les appels à l’autogestion émanant d’organisations à bout de souffle et trop occupées à vouloir recruter des fidèles.

Encore faudra-t-il que tous les Maurice Thorez des temps modernes se fassent dégager à coup de pieds dans le cul.

Pour en finir avec le travail, le capital et leurs souteneurs.

Extrait de Non Fides N°IV, juillet 2009.

Notes

[1] Reproduction fidèle d’un verset de saint Paul énonçant que « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Verset auquel on peut ajouter ces quelques mots tirés d’un Symbole mormon, et rapportés par M. Weber :  » Mais un indolent ou un paresseux ne peut être chrétien, ni être sauvé. Il est destiné à être piqué à mort et rejeté hors de la ruche « . Et l’auteur de commenter :  » C’était surtout une extraordinaire discipline, à mi-chemin entre le cloître et la manufacture, qui plaçait l’individu devant le choix entre le travail ou l’élimination.  »

[2] Pour clarifier les choses, un tract intitulé « Travailler pourquoi faire ? » était paru dans le premier numéro de ce journal, qui traduisait plus ou moins cette logique d’une « vision alternative du travail » ; nous sommes largement revenus sur cette manière de voir.

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A lire en complément :

Tous ces improductifs, tous ces oisifs, tous ces paresseux constituent trois groupes, trois groupes de non-valeurs.

Voici d’abord les oisifs véritables, ceux qui, du 1er janvier au 31 décembre, du berceau à la tombe, n’ont jamais rien fait et ne feront jamais rien ; tous ceux qui vivent de leurs rentes et des profits de la propriété, tous ceux qui, consommant sans rien produire eux-mêmes, se contentent de la production des autres, et qui, à la fin de chaque année, par leurs coupons d’obligations, leurs rentes, trouvent moyen de vivre sans jamais besogner, tous les rentiers, les propriétaires, les oisifs de toute nature, y compris les rastaquouères…

Voici le deuxième groupe, le groupe de ceux qui travaillent, mais qui ne produisent rien. C’est le groupe le plus nombreux, comme vous allez le voir : le clergé, l’armée, tous les fonctionnaires – il y en a, paraît-il, 900.000 en France – fonctionnaires de gestion et surtout… d’indigestion.

Ici, Camarades, je ferai quelques exceptions en faveur de certains fonctionnaires qui auront leur utilité et même leur nécessité dans les rouages de la vie communiste, par exemple, les instituteurs. Les instituteurs sont des fonctionnaires, mais il n’en est pas moins vrai qu’on ne peut pas les considérer comme des inutiles ou des improductifs ; ce qui sort de leurs mains, le fruit de leurs efforts, ce n’est ni un meuble, ni une maison, ni une machine, ni un appareil quelconque, mais ce sont des intelligences cultivées, ce sont des esprits ouverts. En un mot, leur besogne est une besogne utile et, dans la société future, ce sera une besogne féconde.

Je ne peux pas considérer non plus comme totalement improductifs ces autres fonctionnaires qui sont les employés des postes, des télégraphes et téléphones ; ceux-là également auront leur raison d’être dans notre société.

Mais, tous les autres fonctionnaires, depuis le premier magistrat de la République jusqu’au dernier des gardes champêtres, tous ces fonctionnaires dont j’ai dit tout à l’heure qu’ils étaient de gestion et surtout d’indigestion, ceux-là, incontestablement, n’auront rien à faire dans un monde communiste.

Voici maintenant les professions dites libérales : les médecins, les avocats, les journalistes, les artistes, les écrivains, les poètes, les peintres, les sculpteurs, les musiciens et les gens de théâtre ; puis, les notaires, les avoués, les greffiers, tous les gratte-papier, tous les basochiens, Tous ces gens qui appartiennent à des professions dites libérales, sont en nombre considérable.

Ici encore, Camarades, je fais deux exceptions : l’une en faveur des médecins, l’autre en faveur des artistes.

Des médecins, il en faudra toujours, car, bien que la santé publique sera, comme tout le reste, considérablement améliorée, il y aura toujours une foule de maladies, de troubles, de désordres qui sont créés par la misère et l’alcoolisme : la tuberculose, la syphilis et une quantité d’autres maladies d’origine bourgeoise qui affectent surtout ceux qui ne travaillent pas ou qui travaillent mal.

Dans la société future, la plupart de ces maladies seront surveillées de près, la source en sera, en quelque sorte, tarie et il en résultera que la santé publique sera considérablement améliorée. Mais la maladie sans cesse nous guette, depuis l’enfance, toujours délicate et fragile, jusqu’à la vieillesse qui fonce sur nous avec son caractère de décrépitude et son cortège d’infirmités. Nous aurons donc besoin des médecins.

Nous aurons aussi des artistes qui sont appelés à embellir notre vie en lui donnant l’éclat et la beauté.

Mais nous ajouterons, si vous le voulez bien, à toutes les personnes appartenant aux carrières libérales inutiles, tous les gens de banque, tous ceux qui travaillent dans les Compagnies d’Assurances, tous ceux qui vivent des courses, des cercles, des tripots, des casinos, etc… Supputez, par la pensée, le nombre de ces gens. Vous les connaissez sans que j’aie besoin d’entrer dans plus de détails, ça foisonne, ça pullule…

Joignons-y un autre groupe, le plus grand et le plus important : les commerçants. Depuis les grands patrons qui dédaignent de mettre « la main à la pâte » et qui se contentent de diriger de loin leurs affaires, jusqu’aux petits boutiquiers qui, au contraire, sou par sou, tâchent de gagner leur vie et d’économiser. Et toute cette armée colossale d’intermédiaires, de courtiers, de placiers, de voyageurs, de représentants de commerce, de caissiers, comptables, vendeurs et vendeuses, livreurs, etc., et puis tous les camelots, tous les trafics mal définis, la publicité sous toutes ses formes, etc.

Là encore, demandez-vous par quel chiffre il faudrait établir le compte de tous ces gens qui travaillent, car il y en a qui travaillent beaucoup, qui se donnent un mal terrible et qui ont des soucis incroyables, qui vivent dans l’anxiété perpétuelle en prévision de l’échéance redoutable de fin de mois qui les guette. Je ne dis pas que ces gens ne font rien, je dis qu’ils ne servent à rien ; ils travaillent, c’est vrai, mais ils travaillent sans produire : ils font du travail inutile.

Et maintenant, voici, pour clore, ce deuxième groupe : les domestiques des deux sexes. Ils sont nombreux : la statistique, avant la guerre, m’avait fourni un chiffre de 1.485.000 domestiques des deux sexes. Et il n’y a pas que la valetaille proprement dite, les larbins, les videurs de pots-de-chambre, il y a (il faut bien les ranger quelque part cependant, quoique d’ordinaire on les range parmi les travailleurs de l’alimentation), il y a tous ceux qui constituent le personnel domestique des hôtels, des cafés, des restaurants, des bistrots, des bars, les cireurs de bottes, les commissionnaires, les porteurs, les ouvreurs de portières…. il y en a des nuées, des légions !

Le troisième groupe est composé de ceux qui participent à la production, mais qui font, les uns une production inutile, les autres une production nuisible.

Production inutile, non pas aujourd’hui, mais dans la société communiste de demain, sont tous ceux qui produisent quelque chose ayant pour but la défense de la propriété : tous ces murs qui entourent les grandes propriétés, toutes ces barrières qui séparent les lopins de terre les uns des autres. Quand le tien ne se distinguera plus du mien, quand tout appartiendra à tous, il y aura évidemment une foule de travaux, nécessaires aujourd’hui, qui seront devenus alors complètement inutiles. Et les coffres-forts, et les serrures de sûreté !… Je pourrais multiplier ici les exemples.

Et puis, il y a ceux qui produisent, mais qui produisent mal, ceux dont la production n’est pas seulement inutile, comme celle des précédents, mais encore dont la production est nuisible : tous ceux qui sont employés dans les arsenaux, dans les manufactures nationales d’armes, qui travaillent à des œuvres de mort, qui travaillent pour préparer la mort, comme si la mort ne venait pas assez vite. Et vous constaterez avec moi, Camarades, les sommes fabuleuses dévorées en pure perte, et dont le total est incalculable, par l’activité inemployée ou mal employée !

Et dire que nous avons peur du gâchis au lendemain de la Révolution ! que nous craignons de nous trouver en face d’une production déficitaire !… Mais, jamais, quoi que nous puissions faire et quelque folie que nous puissions imaginer au lendemain de la Révolution, jamais nous n’arriverons à organiser un gâchis semblable, un gaspillage comme celui que je viens d’indiquer, des activités et des intelligences ! Et cela devrait suffire pour prononcer, par la raison et au nom de la raison, la condamnation du régime capitaliste.

Sébastien Faure

Voici trois ans que je suis au chômage, je fais partie de ces zombies que l’on oblige quotidiennement à estampil­ler du sceau de la fainéantise une carte rouge pour leur rappeler qu’ils vivent aux crochets de ceux qui ont le bonheur de travailler…
Mais quelle bénédiction d’être chômeur, pardon… tra­vailleur sans emploi, selon la formule consacrée. Dommage que le pécule est un peu mai­gre, mais nous sommes enfin libres. Nous n’avons plus de nœud au ventre parce que nous n’atteignons pas les quotas de production ou par­ce que nous arrivons en re­tard au boulot; le nec plus ultra, c’est de ne plus enten­dre la voix vociférante du chef entre le vacarme des ma­chines et l’angoisse d’être vi­ré ! Ça n’a pas de prix!

Parlez-moi de travail et je sors mon revolver

1. Avez-vous éprouvé au moins une fois le désir d’arriver en retard au travail, ou de le quitter plus tôt ?

Dans ce cas, vous avez compris que :

a) Le temps de travail compte double car il est du temps perdu deux fois :
– comme temps qu’il serait plus agréable d’employer à l’amour, à la rêverie, aux plaisirs, aux passions ; comme temps dont on disposerait librement.
– comme temps d’usure physique et nerveuse.
b) Le temps de travail absorbe la plus grande partie de la vie, car il détermine aussi le temps dit « libre », le temps de sommeil, de déplacement, de repas, de distraction. Il atteint ainsi l’ensemble de la vie quotidienne de chacun et tend à la réduire à une succession d’instants et de lieux, qui ont en commun la même répétition vide, la même absence croissante de vraie vie.
c) Le temps de travail forcé est une marchandise. Partout où il y a marchandise il y a travail forcé, et presque toutes les activités s’apparentent peu à peu au travail forcé : nous produisons, consommons, mangeons, dormons pour un patron, pour un chef, pour l’Etat, pour le système de la marchandise généralisée.
d) Travailler plus, c’est vivre moins.

De fait, vous luttez déjà, consciemment ou non, pour une société qui assure à chacun le droit de disposer lui-même du temps et de l’espace ; de construire chaque jour sa vie comme il le désire.

Le blues du dimanche soir, une vie volée deux fois

 

Il faut qu’on discute de notre usage de Facebook

En octobre 2012, le collectif allemand Nadir a publié un communiqué traitant des implications de l’utilisation de Facebook, et plus largement de tout réseau social ou service internet (mails) centralisé.

L’année 2013, en particulier grâce aux révélations de lanceurs d’alerte comme Edward Snowden, a confirmé le danger intrinsèque de ces services, et plus largement d’internet dans un cadre irraisonné.

Traduction de leur texte, jamais diffusé en français à notre connaissance.

Depuis plusieurs années, nous fournissons des serveurs et une infrastructure de communication pour  » la gauche  » [1]. Nous avons fait de notre mieux pour garder les serveurs sûrs, et avons résisté, par divers moyens, aux requêtes d’accès aux données des utilisateurs par les autorités.

En bref : nous tentons d’offrir une forme libératrice de communication à l’intérieur de l’internet capitaliste.

Disneyland

 

Nous n’avions pas réalisé qu’après le stress des actions de rue ou les longues discussions collectives, beaucoup d’activistes semblent avoir ce désir de papoter à loisir sur Facebook, de tout et avec tout le monde.

Nous n’avions pas réalisé que, même pour la gauche, Facebook est la plus douce des tentations. Que la gauche, aux côtés des autres, apprécie de suivre le subtil flux d’exploitation, là où il ne semble faire aucun mal, et, pour une fois, sans avoir à résister.

Beaucoup de personnes ont mauvaise conscience. Bien que cela pourrait leur permettre d’anticiper les conséquences fatales de Facebook, cela ne semble pas se traduire en actes.

Est-ce seulement de l’ignorance ?

Juste pour donner un aperçu du problème. En utilisant Facebook, non seulement les activistes rendent leur propres communications, leur opinions, leurs « likes », etc. transparents et disponibles à l’analyse automatisée. Mais ils exposent de plus -et nous considérons cela beaucoup plus important- des structures et personnes qui ont elles-mêmes peu ou aucun rapport à avoir avec Facebook.

Les capacités de Facebook à rechercher dans la toile des relations, similitudes, etc. sont difficiles à saisir pour les profanes. Les bavardages sur Facebook reproduisent des structures politiques, ainsi rendues disponibles aux autorités, et à des entreprises. Celles-ci peuvent être recherchés, triées, agrégées, non seulement pour obtenir des informations précises sur des relations sociales, des personnes clé, etc. mais également pour faire des déductions et anticipations à partir de motifs récurrents.

À l’instar que les téléphones portables, Facebook est la plus subtile, économe, et efficace des technologie de surveillance actuellement disponible.

Les utilisateurs de Facebook comme informateurs inconscients ?

Nous avons toujours pensé que la gauche veut autre chose : poursuivre les luttes en ligne, et utiliser internet au service des luttes politiques. C’est le but, en ce qui nous concerne – encore aujourd’hui. C’est pourquoi nous voyons les utilisateurs de Facebook comme un danger réel pour nos luttes. En particulier les activistes qui publient des informations importantes sur Facebook (souvent sans savoir ce qu’ils font) qui est de plus en plus utilisé par les forces de l’ordre. Nous pourrions presque aller jusqu’à accuser ces activistes de collaboration. Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous avons encore espoir que chacun réalise que Facebook est un ennemi politique, et que ceux qui l’utilisent le rendent de plus en plus puissant. Les activistes utilisant Facebook nourrissent ce dispositif, et en conséquence, révèlent nos structures – sans aucune nécessité, sans aucun mandat de justice, sans aucune pression.

481650_10151654369797930_1757292393_nNotre point de vue

Nous sommes conscients que l’on parle « de haut ». Pour nous, qui travaillons depuis des – parfois en gagnant notre vie – avec le net et les ordinateurs, l’administration de systèmes, la programmation, la cryptographie, ou autre, Facebook apparaît comme un ennemi naturel.

Et comme nous nous considérons également comme faisant partie de la gauche, cela s’ajoute à l’analyse politique des fondements économiques de Facebook, où les « utilisateurs » sont transformés en produits, qui sont vendus, et deviennent consommateurs, en conséquence. Le jargon pour ceci est « la création de besoin ». Nous réalisons que tout le monde n’utilise pas internet avec autant d’enthousiasme que nous pouvons le faire. Mais pour des activistes, autoriser ce cheval de Troie nommé Facebook à faire partie de leur vie quotidienne est un signe d’ignorance d’un niveau critique.

971713_638279259516314_538930724_nCeci est un appel : fermez vos comptes Facebook ! Vous mettez les autres en danger ! Prenez acte contre ce monstre de données !

1124_10151518792123160_6876129_nEt de même : quittez Yahoo mail et autres ! À bas Google ! Contre la rétention des données ! Pour la neutralité du net ! Liberté pour Bradley Manning ! Longue vie à la décentralisation !

Luttez contre le capitalisme ! Aussi – et spécifiquement – sur internet ! Contre l’exploitation et l’oppression ! Aussi – et spécifiquement – sur internet !

Mettez vos camarades sur les nerfs. Appuyez sur le fait qu’en nourrissant Facebook, ils ont choisi le mauvais coté !

 

Source   rebellyon.info

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[1] Note de traduction : « la gauche », notion relative par définition, résulte d’une volonté de traduire le texte original au plus proche, et fait bien évidemment référence ici à une sensibilité politique

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La révolte des smartphones

 

La naissance de l’énième vague de contestation remonte à il y a peu (fin octobre). Cette fois, celle qui a été touchée par la rage de la société civile a été la Hongrie, dirigée par le conservateur Orban, dont le gouvernement a été le protagoniste de politiques réactionnaires et xénophobe dans son propre pays. Ce qui a exaspéré des dizaines de milliers de personnes a été le choix des autorités d’augmenter les prix de la navigation sur internet.

Ce sur quoi nous voulons réfléchir principalement, ce ne sont pas les raisons de cette contestation, mais une des pratiques utilisées par les manifestants. Sur les photos représentant la foule dans les rues de Budapest, on pouvait remarquer l’émergence d’une nouvelle forme de contestation : allumer simultanément de milliers de smartphones et téléphones portables comme acte symbolique contre la mesure du gouvernement.

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Voilà donc l’énième évolution de la contestation 2.0 !
Mais il y a un aspect vraiment intéressant dans tout cela : ces manifestations prennent la forme d’une « lutte » pour demander plus d’aliénation plutôt que pour viser une libération de la domination technologique, qui révèle ici une fois de plus son visage totalisant, annihilant tout désir humain qui n’entend pas se soumettre à la dictature du virtuel.

969183_10200208809243944_1950352863_nLes opposants à cette nouvelle mesure du gouvernement hongrois sont visiblement parmi ces sujets prêts à livrer bataille seulement pour justifier et renforcer tout le mécanisme de domination techno-industrielle – producteur de misère, de dévastation, de domestication du vivant – et non pas pour le critiquer et l’attaquer.

facebook-fakebook4Désormais, beaucoup de mobilisations de masse sont caractérisées par l’intention de la part de leurs participants de les créer et/ou de les diffuser par les moyens mis à disposition par le progrès technologique.

10006507_10203791634622039_6950298117161892533_nLe rôle des médias traditionnels contribue à tout cela, ceux-ci ayant par exemple vendu les « printemps arabes » comme des révolutions « des réseaux sociaux », gonflant le rôle de ceux-ci dans la diffusion et la propagation des révoltes, les présentant comme créées et favorisées par l’interaction de milliers de personnes sur des places virtuelles.

12389_158009274365653_871765605_nÀ la grande foule des activistes hi-tech se sont aujourd’hui ajoutés les manifestants hongrois, qui protestent armés de leurs prothèses technologiques. La navigation sur internet endosse donc les caractéristiques d’un besoin primaire, tout comme la présence d’une personne parmi les inscrits sur Facebook ou Twitter, facteur incontournable et indispensable pour sa propre existence.

1535753_1010109385697658_112053135_nC’est le triomphe d’une nouvelle forme d’activisme : spectaculaire et superficiel, toujours prêt à immortaliser avec son téléphone ou sa caméra des moments d’affrontement dans la rue, à saisir le moment où la pierre est lancée contre le flic et à filmer l’énième abus des keufs ; par contre maintenant elle est en première ligne pour contester une mesure qui limite l’accès à internet, montrant au puissant de service sa « dangerosité » par l’exhibition de son dernier bibelot hi-tech.

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Il n’y a rien d’attrayant dans cette mise en scène. Au contraire, elle est l’énième preuve du fait que la contestation prend de plus en plus souvent des caractéristiques clownesques et caricaturales, tronquée de sa charge spontanée et potentiellement destructrice, canalisée dans des formes tapageuses et éphémères.

1896772_228286974042482_1871451896_n Le lien entre la guerre contre l’existant et les dispositifs technologiques ne produit des effets positifs que pour le pouvoir, sûrement pas pour ceux qui se révoltent. Quelles sont les origines des caméras de vidéosurveillance, industries, bio et nanotechnologies, ordinateurs, portables, GPS et tant d’autres diableries ? Quels intérêts servent-elles, quelles dynamiques sont-elles par leur nature destinées à reproduire et avec quels effets ?

informatique-merde-hebdogicielNous sommes de ceux qui n’échangeraient pas la moindre émotion et spontanéité contre plus de technologie, qui n’implique en réalité qu’aliénation et contrôle. Il n’y a pas une bonne et une mauvaise technologie, mais des instruments nés dans un cadre et des circonstances déterminés et qui répondent à une mentalité militariste, exploiteuse, anthropocentrique.

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C’est donc aux ennemis de la technologie (et de ses fidèles adeptes) de démasquer sa vraie nature et d’en finir avec cet ordre nécrophile.

Quelques ennemis du techno-monde

tract distribué à Padoue, 1/12/2014

Padoue (Italie) : La révolte des smartphones – non-fides – base de données anarchistes

[Traduit de l’italien par nos soins de Finimondo.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Des sectes cachées derrière le « développement personnel »

1500 organismes de formation tournés vers le développement personnel suspectés de dérives sectaires

 

C’est ce que nous apprend Georges Fenech en 2012, président de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

Cette infiltration des sectes dans le domaine de la formation professionnelle n’est pas étrangère à la convoitise que peuvent représenter les 7 milliards [NDLR il semble que ce soit 32 milliards en 2013] d’un marché animé par 50.000 organismes.

Un domaine alléchant pour les gourous de tout poil qui ont donc trouvé un porte d’entrée idéale: le développement personnel. Par le biais du coaching, les techniques de management ou encore la gestion du stress, les formations peuvent facilement dériver vers des enseignements suspects.

Malades, isolés, installés en établissements d’accueil pour personnes âgées ou restant à leur domicile, ils constituent une cible de choix pour les mouvements à caractère sectaire.

Selon le journal Libération:

Il existe en France des dizaines de milliers d’organismes de formation. Certains ont le statut d’entreprise, d’autres d’associations loi 1901. Le secteur est peu réglementé. Pas assez, selon Catherine Picard qui explique: «Il existe un agrément mais c’est seulement sur le volet administratif. Il n’y a aucun contrôle du contenu de la formation. N’importe qui peut se présenter demain comme formateur.»

Le premier moteur de ces formations bidons est d’abord financier. C’est d’ailleurs l’un des critères utilisés par la Miviludes pour repérer les organismes suspects. Les coûts sont souvent exorbitants (entre 6 000 et 20 000 euros par personne). «Ensuite, ajoute Serge Blisko, il y a toujours cette notion d’emprise, commune à toutes les formes de sectes. Lorsque vous faites des choses qui vous sont préjudiciables et que vous n’auriez jamais faites dans votre état normal.»

«La secte intervient sur les peurs, les doutes, poursuit-il. Quand vous êtes sans emploi, vous êtes plus fragile. C’est un terreau facile pour recruter. Capter de nouvelles victimes.»

2 600 signalements

 

Le phénomène est cependant difficile à quantifier. Les signalements auprès de la Miviludes restent trop peu nombreux. «Vous comprenez bien qu’un DRH qui s’est fait berner par un pseudo organisme de formation ne va pas aller s’en vanter. Quant aux victimes, elles ont souvent tellement honte, qu’elles se taisent.»

Au total, l’année dernière, la Miviludes a reçu 2 600 signalements tous domaines confondus. Les dossiers principaux proviennent des dérives sectaires dans le domaine de la santé, avec ces pseudos thérapies pour guérir du cancer.

libertéUnion Nationale des Association de Défense des Familles et de l’lndividu victimes de sectes: s’informer et se faire aider.

Pierre de Coubertin, élitiste, misogyne, colonialiste et raciste

Pierre de Coubertin (Paris 1863-Genève 1937)

torch-bearer-at-the-berlin-olympic-games-1936Cet éducateur français nous est systématiquement présenté par les média et la presse servile, comme un grand bienfaiteur de l’humanité, champion de l’universalisme, de l’amitié et de la fraternité entre les peuples, les « races » et les sexes. Qu’en est-il exactement ? Le moyen le plus simple pour le découvrir de manière objective et de le faire à travers ses propres écrits et paroles.

Le fasciste du sport, ses pensées, son œuvre

 

« Nous devons à Pierre de Coubertin, revendique aujourd’hui le CIO, toute l’organisation des Jeux olympiques, qui ont bénéficié de son esprit méthodique, précis et de sa large compréhension des aspirations et des besoins de la jeunesse. »

Mais même pour son époque, le baron Pierre de Coubertin, aristocrate français né en 1863, grand admirateur des civilisations grecques qui se mit en tête, après un passage en Angleterre de restaurer l’antique tradition des jeux olympiques, était un sacré réactionnaire arrimé à un racisme revendiqué.

La philosophie qui présidait aux Jeux modernes était sans ambiguïté :

« La première caractéristique de l’olympisme est d’être une religion, disait-il. En ciselant son corps par l’exercice, l’athlète antique honorait les dieux. L’athlète moderne fait de même : il exalte sa race, sa patrie et son drapeau. »

Il affirmait ainsi sa vision de la hiérarchie entre les peuples de la planète :

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« Il y a deux races distinctes : celles au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Hé bien ! C’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts. » Pierre de Coubertin

 

Les premiers Jeux furent marqués par un racisme éhonté.

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« Je suis un colonial fanatique », écrivait sans mentir le baron Coubertin.

 

Il était raciste, persuadé de la supériorité des Blancs sur les Noirs :

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« À la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance ».

 

Coubertin était résolument hostile à la participation des femmes aux JO, qu’il appelait « les olympiades femelles, inintéressantes, inesthétiques et incorrectes », sauf à un titre : « Aux Jeux olympiques, leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs. »

 

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Lors de ces olympiades de 1908, 2008 athlètes représentant 22 délégations et parmi lesquels on comptait 37 femmes, participèrent à 110 épreuves.

 

Contrairement à l’opinion officielle entretenue, le sport version capitaliste ne représente pas une simple “continuité” des jeux antiques.

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Voici le véritable cadre idéologique de la renaissance des jeux Olympiques modernes : Les femmes interdites d’accès, les Nègres, Indiens et autres métèques tolérés dans le rôle de faire valoir.

On retiendra d’ailleurs que pour la troisième olympiade de 1904 à St Louis (USA), les compétitions furent organisées séparément, ceci en fonction de la  » race  »  des compétiteurs.

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1904 – St Louis (USA)

Les organisateurs américains considéraient en effet les Pygmées, Turcs, Syriens et autres Sioux comme des trublions exotiques, indignes d’être comparés à la fine fleur de l’athlétisme WASP (suprématie anglo-saxonne blanche).  Quant à Coubertin, malgré le succès grandissant  des J.O modernes, il ne cessa de tempêter contre le laxisme ethnique des jeux et surtout l’éventuelle participation des femmes aux Olympiades. Il y voyait un affront majeur à la grandeur et à la pureté originelle de cette compétition.

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En 1912, aux Jeux olympiques de Stockholm, le baron Pierre de Coubertin introduit des disciplines artistiques. Il remporte d’ailleurs l’or en littérature.

 

Néanmoins, la pression grandissante des mouvements féministes au cours des années 20 eut raison des règlements désuets et machistes du comité international olympique, si bien qu’en 1928, aux jeux d’Amsterdam, et contre l’avis de Coubertin bien sûr, les femmes, au nombre de 290, firent leur entrée triomphale aux épreuves d’athlétisme.

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Démonstration de saut en hauteur féminin, 1908

 

L’olympisme des Grecs anciens ne se basait absolument pas sur l’idée du record ou l’obsession de la performance et du chronomètre. Si la confrontation entre adversaires existait, elle entrait dans un cérémonial religieux et des mythes qui n’ont plus rien à voir avec l’univers matériel et mental des jeux contemporains.

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«En un siècle de laïcité, une religion était à notre disposition. Le drapeau national, symbole du moderne patriotisme montant au mât de la victoire pour récompenser l’athlète vainqueur, voilà qui continuerait le culte près du foyer allumé.» Pierre de Coubertin

 

Même si l’aspect militaire, la guerre entre cités, la volonté de se “doper” et la dimension mercantile étaient déjà présents. Les jeux Olympiques, comme ceux de Paris en 1900 ou de Londres en 1908, sont déjà de véritables foires commerciales.

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L’appel à la collaboration de classes est un trait marquant du nationalisme et du fascisme: «Que la jeunesse bourgeoise et la jeunesse prolétarienne s’abreuvent à la même source de joie musculaire, voilà l’essentiel, qu’elles s’y rencontrent ce n’est maintenant que l’accessoire. De cette source découlera, pour l’un comme pour l’autre, la bonne humeur sociale, seul état d’âme qui puisse autoriser à l’avenir l’espoir de collaboration efficace.» Pierre de Coubertin

 

Mais surtout, ces jeux s’inscrivent dans un contexte de montée des tensions guerrières et participent à alimenter le nationalisme ambiant. L’institution des jeux Olympiques créée en 1896, comme pseudo-tradition de la Grèce ancienne libérant les esclaves et devant correspondre à l’idéal démocratique affiché par Pierre de Coubertin et son célèbre adage, “ l’essentiel est de participer ”, n’est qu’une imposture!

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Ces jeux modernes réactivés pour propager l’hystérie chauvine, le militarisme, se situent dans le cadre de l’aliénation capitaliste tout repose sur l’élitisme et les rapports de domination liés à la production de marchandises.

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JO de Berlin, 1936

 

Avant de mourir en 1937, il trouva un ultime motif de satisfaction : les JO de Berlin en 1936.

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«La glorification du régime nazi, a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu’ils ont connu.» Pierre de Coubertin aux côtés d’Adolf Hitler

 

Alors que bien des gens réclamaient leur boycott, Coubertin soutint de bon cœur le régime hitlérien qu’il admirait :

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«La théorie de l’égalité des droits pour toutes les races humaines, conduit à une ligne politique contraire à tout progrès colonial. Sans naturellement s’abaisser, à l’esclavage ou même à une forme adoucie du servage, la race supérieure a raison à la race inférieure certains privilèges de la vie civilisée.» Pierre de Coubertin

 

olympic-stadium-berlin-1936« La onzième olympiade s’accomplit sur un plan magnifique. J’ai l’impression que toute l’Allemagne, depuis son chef jusqu’au plus humble de ses écoliers, souhaite ardemment que la célébration de 1936 soit une des plus belles. Dès aujourd’hui, je veux remercier le gouvernement allemand pour la préparation de la onzième olympiade. »

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Hitler lui renvoya l’ascenseur en proposant Coubertin pour le prix Nobel, ce que l’Académie Nobel, pourtant très conservatrice, refusa.

Les idéaux olympiques selon Coubertin étaient en fait les mêmes que ceux du nazisme : sélection et glorification des plus forts, élimination des faibles.

C’est ainsi que Josef Goebbels fit de son mieux afin tirer parti du renouveau de l’olympisme pour glorifier le Troisième Reich et le nazisme.

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Le baron Pierre de Coubertin lui même était affolé par l’idée d’un “ sport socialiste ”. Dès lors, pour renforcer la soumission à l’ordre établi, le sport devenait un des outils majeurs à disposition.

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