Archives de catégorie : Impostures

La Belle Verte, une fable écoréac’ et divinement niaise

La Belle Verte est une fable.

 L’héroïne, Mila, est l’envoyée spéciale d’une planète lointaine où tout n’est que concorde et félicité, macrobio et hymne à la nature : le genre pub pour eau minérale. Découvrant la Terre dans l’état qu’on sait, elle s’efforce, la brave fille innocente – Coline Serreau s’est offert le rôle –  de communiquer son Message.

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 Échantillons : c’est beau, l’innocence d’un bébé ; c’est moche, l’appât du gain. C’est beau, un arbre ; c’est dégueu, le fast-food. C’est beau, l’amitié ; c’est moche, l’agressivité. Coline Serreau en a plein, des idées de ce calibre-là, nées du fulgurant télescopage entre l’increvable bon sens populaire et la version intégriste d’un « babacoolisme » antédiluvien…

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 Par ailleurs, La Belle Verte est une comédie. Son principal ressort est le pouvoir télépathique qu’a Mila de « déconnecter » n’importe qui de ses mauvaises habitudes, fausses valeurs et autres tares typiquement terriennes. L’effet est radical : le temps d’une convulsion, le cobaye est purgé, il arbore un sourire béat et se met, au choix, à embrasser les platanes, à jeter sa télé sur le trottoir, à offrir des fleurs à sa femme, ou, s’il est homme politique, à livrer, soudain, ses cyniques arrière-pensées en direct…

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Coline Serreau ici en compagnie du filousophe exploitant agrobiologique Pierre Rabhi, fringant ambassadeur du mouvement sectaro-religieux; L’anthroposophie

 Avec deux sketches et trois gags rigolos, Coline Serreau a inventé de quoi faire une bande-annonce alléchante. Le reste n’est qu’une litanie laborieuse de redites et lieux communs sur notre misérable existence.

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 Rien que du poussivement gaguesque sur, en vrac, les crottes de chien, la carte de crédit, le rock’n’roll, la bagnole, on en passe et de tout aussi prévisibles au rayon des fléaux de la modernité.

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Coline Serreau ici au village privatif des Amanins, propriété du clan Rabhi en Ardèche profonde.

 La fable aurait pu n’être que naïve. A la longue, elle apparaît pour ce qu’elle est : un brin réac. Qui a donc déconnecté Coline Serreau ?…

 Jean-Claude Loiseau 

 

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Klan du loup, cheval de Troie néonazi

Il nous semblait nécessaire d’aborder de façon un peu conséquente l’existence du groupuscule dénommé Klan du Loup malgré l’évidence démonstrative des différents éléments que nous allons emmener. Nécessaire car même si les recours aux références, symboliques et différentes rhétoriques fascistes n’auront pas échappé à certains, tout le monde n’est pas armé de façon identique et ne fait pas preuve d’une vigilance constante face aux tentatives de récupération toujours plus actives de la part d’escrocs d’extrême droite sur des sujets et luttes où ils n’ont et n’auront jamais leur place.
Voici donc un court article mais nous l’espérons, efficace au but de démasquer la fumisterie Klan du Loup.

Le Klan du Loup a été créé par Rodolphe Gaziello, président-fondateur de l’association.

Gaziello est un vétéran de l’armée de terre et a fait partie de la légion étrangère au début des années 90. Il ne sera pas nécessaire d’engager un esprit critique hors du commun pour constater l’imprégnation des idées fascistes qu’il diffuse tant il use de l’imagerie nazi et la couple avec ce symbole lupin, qu’il entend défendre en tant que symbole à part entière.

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« Représentation parfaite » d’Odin… Avec des cornes et dans un costume totalement à côté de la plaque…
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La spiritualité européenne » ou comment tenter de créer de l’identité sur une définition creuse et floue

Gaziello semblant être un indéboulonnable président puisqu’il n’a pas quitté cette fonction au sein de l’association et ce depuis l’année de sa création en 99.

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On reconnaît sans peine le logo noir et jaune créé à l’occasion et utilisé notamment au but de publier des images de loup arborant un brassard nazi…

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Les références vomitives sont, vous le verrez, loin de s’arrêter là puisque le logo de l’association reprend très clairement les éléments iconographiques de blasons nazi, notamment en ce qui concerne la posture du loup.

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Blasons SS
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Logo du Klan du loup

Bien entendu, le fait même de choisir le terme Klan ne saurait être anodin au sein de cet univers pestilentiel…

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On notera au passage le blason orné de la rune du loup (ou Wolfsangel) sur la veste du suprémaciste blanc à l’extrême droite de la photo

Gaziello semble avoir tâtonné pour trouver où héberger le site de son Klan ; il a notamment beaucoup publié sur overblog et hautetfort avant que ne soit créé le site actuel. Les sites, devrait-on dire puisque, entre les .eu et les .fr, les « sites officiels » se suivent et se ressemblent. Si certaines publications ont été supprimées (exemple du loup au brassard nazi, posté plus-haut), le blog est toujours plus ou moins actif.

Gaziello n’est pas le seul, loin s’en faut, à utiliser la plateforme fasciste hautetfort.

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Jérôme Lescure avec la militante fasciste Arduinna Luna Mystica

C’est aussi , par exemple, le cas du « national anarchiste » Hans Canysurnommé par lui-même « Hanns Wehrwolf » et, pour l’anecdote, « mon loupinet » par sa compagne, la militante révisionniste Luna Stenfors (aka « Arduinna Luna Mystica ») qui y loge son blog « étoiles noires ».

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Cany en uniforme de la l’« Armée nationale du peuple » de la RDA, il n’a pas dû trouver celui de la Wehrmacht

 L‘hébergeur de blog hautetfort a été créé par Benoit Desavoye, dont l’idéologie d’extrême-droite saute également aux yeux. Il existe cependant une différence de fond entre Desavoye et nos paganistes lupins : c’est une grenouille de bénitier (sans vouloir en rajouter dans la métaphore animale). Il nourrit de fait une obsession des culs bénits : le combat contre le droit à l’IVG.

15442347_588869321322705_2808988456128816958_n En témoignent son site etopie(point)com et son compte twitter, son pseudo étant par ailleurs assorti de la voyelle arabe [noun] désignant par extension les chrétien-ne-s du monde arabo-musulman, très populaire depuis quelques années chez les fascistes occidentaux sur les réseaux sociaux.

Pour en revenir au corps même de l’association le Klan du Loup, on trouve parmi les membres actif-ves un certain Atome Sag, de son vrai nom Franck Passet, connu pour être un beauf réactionnaire, sexiste et homophobe, entre autres qualités.

15492335_588873041322333_6453217572611285008_nEt en plus, il est spéciste et pro-équitation…

15590611_588872344655736_1980966978800456987_nPasset a affirmé et confirmé à plusieurs reprises consommer des produits animaux. Il est à noter qu’à notre connaissance Gaziello, de son côté, ne s’est jamais affirmé vegan non plus.

15585346_588891774653793_2969221167594150465_oCe qui explique certains partenariats qui seront abordés plus bas dans cet article. De là à en déduire que ce qui intéresse notre homme est plus de récolter des fonds que de sauver des vies, il n’y a qu’un pas.

15622110_588883627987941_7765451240566343761_nQuelques exemples de produits issus de la boutique du KDL ne laissent guère place au doute quant à la tendance ultra-droitière de l’imagerie qu’il propage.

15621697_588886851320952_4512425206088387672_nCertains s’en seraient bien passé, et surtout pas autour du cou.

15621763_588887444654226_8219690850064489640_nQuant à leurs « atouts » marchands ? C’est du vêtement 100 % français ! Car il est important de porter du « bien de chez nous ».
15492563_588889947987309_6005407729687770914_n « 100 % français » oui mais pas seulement ; pour la modique somme de 31 euros, et grâce à leur partenariat, vous aurez le loisir de porter du 100% natio ET spéciste.

15493625_588890217987282_5869164903637683467_oPour terminer, il semble exister en Belgique une antenne Clan du Loup (avec un C ; la nuance est d’importance et l’on pourrait y voir une volonté de distanciation de la frange française dont nous venons de parler) se revendiquant apolitique, mais relayant… Le site du Klan.

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Anna Anathe est le compte kollektif de « l’équipe internet » du klan

En conclusion et à la lueur de cet aperçu très succinct, nous pensons qu’il faudrait faire preuve d’une mauvaise foi crasse couplée à un aveuglement militant pour croire que le Klan du Loup est simplement une association qui défend les droits fondamentaux des louves et des loups à la vie et à la liberté, et non une plate-forme supplémentaire (dans ce champ de mines que forment la multitude des collectifs animalistes) permettant aux réacs, fachos voire, ici aux nostalgiques du troisième Reich de continuer à essayer de phagocyter la cause animale, tout en faisant au passage commerce de leurs idées nauséeuses.

Les Enragé-e-s

facebook, une désolation « connectée »

 C’est à la reprise d’un article sans doute moins immédiatement accessible que nous vous invitons à lire ici.  Si nous le relayons, c’est parce que nous estimons que sa compréhension est d’une importance décisive sur la période mais également au but d’emmener ceux et celles qui l’auront entendu comme nous, à reproduire ses grandes lignes sous différentes formes au but de diffuser les aspects majeurs qui y sont développés. 

 

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I La désolation, disposition moderne par excellence

 

            Dans le chapitre IV du Système totalitaire, Arendt définit la condition nécessaire et le résultat de toute domination totalitaire à l’ère des sociétés de masse modernes : il s’agit de l’expérience, vécue par chaque individu atomisé, de la « désolation ».

La désolation, qui est déracinement, c’est-à-dire absence d’ancrage dans le monde, et qui est aussi sentiment d’inutilité, de superfluité, c’est-à-dire absence d’appartenance au monde, se fonde essentiellement sur deux déterminations propres à notre modernité désertique et désastreuse : d’une part, une logique abstraite et aveugle à la réalité empirique et complexe du monde, s’appliquant aux processus sociaux, politiques, et historiques, impose ses « lois » implacables, de telle sorte que les individus ne peuvent plus penser hors de ces cadres idéologiques et autoritaires, qui renvoient également à un projet téléologique totalisant ; d’autre part, les individus, soumis à ces logiques aveugles, qui justifient toutes les destructions possibles et permises, sont aussi réduits à leur condition biologique d’animal laborans, et leur désolation sera fondée sur le fait que leur activité « sociale » elle-même, de ce fait, ou leur dit « travail », ne concerne plus que la dimension la plus privée, la plus solipsiste, la plus asociale de leur être (soit la dimension relative à leur survie reproductive, qui exclut leur créativité vivante, personnelle, commune, active, libre, politique ou oeuvrante).

Arendt dénonce d’abord les totalitarismes nazi et stalinien. Mais on aperçoit dans cette caractérisation spécifique de la désolation moderne comme relevant d’une sorte de « biologisme », ou de « travaillisme », qu’une détermination souterraine conditionne un fondement commun à ces deux manifestations totalitaires, « raciste » ou « classiste » (et patriarcales). Ce fondement commun sera une forme téléologique abstraite sans finalité dernière, toujours renouvelée, « guidant » le devenir historique, une abstraction se matérialisant donc, et provoquant la destruction concrète du monde, forme téléologique opérant a priori une réduction ontologique mutilante : celle qui consiste à ramener toute individualité, privée ou publique, personnelle ou « citoyenne », à une pure dépense d’énergie, de nerfs, de muscle, et de cerveau, en vue de la seule survie du corps biologique.

A vrai dire, ce qui est défini par Arendt ici est très clair, si l’on confronte, par exemple, ses analyses, à celles de la Ière section du Capital de Marx : la structure totalitaire initiale et primordiale sera bien la forme politico-économique qui détermine le travail, conçu abstraitement comme « valeur », comme catégorie synthétisant « le social » en tant que tel, dont l’accumulation indéfinie, en outre, est visée, sans considération pour ses manifestations ou « vertus » empiriques concrètes, et qui se caractérise d’abord téléologiquement, sans que cette forme téléologique ne puisse trouver de finalité dernière (A-M-A’, A’-M-A’’, etc., indéfiniment). Autrement dit, le totalitarisme primordial et initial, même dans le texte arendtien, et si l’on confronte ce texte arendtien à un Marx lui-même « ésotérique », catégoriel et transcendantal, qu’Arendt n’aura pas vraiment aperçu, semble bien être le capitalisme fondamentalement compris, comme système produisant massivement des « abstractions réelles » (travail abstrait, marchandises, argent), et dont la valeur « économique », selon une téléologie négative ou indéfiniment ajournée, sera le soleil qui jamais ne se couche sur l’empire de la moderne passivité.

National-socialisme et stalinisme : deux formes totalitaires extrêmes qui développeront la folie « productiviste », ou « biologiciste », de façon délirante, de façon massivement meurtrière… mais qui auront, souterrainement, pour fondement, le même « travaillisme », le même « fonctionnalisme » impersonnels, qui surgirent déjà, par exemple, dans l’Angleterre colonialiste et expropriatrice du XVIIème siècle, et qui restent ceux des totalitarismes « softs » de nos démocraties libérales et marchandes plus tardives.

Les propos d’Arendt relatifs à la désolation de l’individu moderne, dans les sociétés de masse, dès lors, devraient nous parler encore. Et ils ciblent, à vrai dire, de façon toujours radicale et originale, des phénomènes contemporains, dans un monde où une certaine logique indéfiniment renouvelée, celle de l’autovalorisation de la valeur, n’a pas cessé de se déployer.

Nos sociétés libérales contemporaines n’ont pourtant rien de comparable avec les folies meurtrières des systèmes totalitaires du XXème siècle, loin s’en faut. Dire cela, ce pourrait vouloir opérer des « nivellement moraux ». Mais les conditionnements psychologiques, les phénomènes de décompositions psychiques, à l’œuvre ici, relèveront des mêmes mécanismes, et auront un fond impensé, « logique » ou « rationnel », analogue à celui de ces systèmes absolument destructeurs, si bien que la critique radicale de certaines manifestations résurgentes du dit « désert », apparemment « anodines », semble s’imposer aujourd’hui, de façon urgente.

L’écrivain Marcel Cohen, dont toute la famille a été déportée à Auschwitz, considérait par ailleurs, en 2013, dans son essai A des années Lumières, en évoquant une certaine inteconnexion matérielle, propre au capitalisme mondialisé, que les totalitarismes du XXème siècle se prolongent peut-être aujourd’hui sous des formes nouvelles, certes souvent plus « vivables », mais pas moins pernicieuses.

Dans cette perspective, Cohen thématise en particulier… une certaine « conteneurisation » contemporaine. Y aura-t-il une forme de sociabilité « typique » conditionnée par « l’esprit » en germe dans ce « projet » matériel de conteneurisation ?

Il n’est pas impossible, hélas, que même l’une des manifestations les plus « softs » de notre « connectivité » contemporaine, nous fasse comprendre quelque peu ce qu’a voulu nous dire ici ce penseur profond.

 

II Symptômes de la désolation contemporaine

 

Ainsi, l’individu désolé aujourd’hui n’a plus de vie intime, car cette désolation qui a été évoquée signifie une chose très précise pour lui : les injonctions publiques de la valorisation de la valeur envahissent constamment son espace « privé », son « foyer » saturé de marchandises et de travail « social » coagulé, ou de « valeur » fétichisée. Son espace « privé », ou privatif, devient le lieu de l’exploitation, de la guerre, et de la misère collective, lesquelles sont en effet cristallisées dans ses « biens » « propres », puisqu’ils sont marchandises. De même, sa citoyenneté « publique » n’est que prise en charge par la dimension privée, ou biologique, de sa survie : c’est en tant qu’être « au travail », qui lutte pour sa survie « augmentée », qu’il sera autorisé à se manifester de façon « citoyenne ». Cette contamination réciproque des deux espaces, public et « privé », de fait, conditionne une façon de n’être nulle part « à sa place » : l’être « social » aujourd’hui, en tant qu’individu déployant sa personnalité individuelle et privée, demeure comprimé contre une masse impersonnelle, indifférenciée et abstraite, et tend à perdre de vue sa singularité incarnée ; en outre, en tant qu’individu engagé éventuellement dans des collectifs politiques, il subit l’atomisation et l’isolement produits par les confusions de l’économique et du politique, et il voit cet être-collectif se fragmenter tendanciellement en une collection d’intérêts égoïstes étanches mutuellement.

Socialement, par ailleurs, l’individu travaillant n’est plus directement « utile », encore moins « indispensable », en tant qu’individu qualitatif et concret : ce n’est que la dimension quantitative, abstraite, non spécifique, de son travail, qui produira une valeur « socialement », c’est-à-dire « économiquement », reconnue, sans qu’il ait de prise directe sur une telle « valorisation ». Son sentiment subjectif de superfluité, et sa superfluité « objective », en outre, ne font que croître, face au surdéveloppement des facteurs objectifs de production, face aux stratégies calculantes de délocalisations, et face à la manière dont on le considère comme « ressource humaine » exploitable.

Dans un tel contexte, éminemment actuel, des nouvelles formes de sociabilités « adaptées » se « développent », de façon cohérente et « logique ». La téléologie toujours différée de la valorisation de la valeur, comme l’aura vu Guy Debord, complétant à son insu le diagnostic arendtien, donne à voir désormais la dépossession déracinée de l’individu des sociétés de masse modernes, et ce au sein d’un certain spectacle : ce spectacle, ou cet ensemble d’images autonomisées, censées représenter publicitairement, médiatiquement, de façon promotionnelle, l’objectivation d’une vie marchandisée en général, pour des vies subjectives devenues passives et contemplatives, n’est rien d’autre que la sublimation de cette désolation aperçue par Arendt, sa forme « soft » devenue « fun », consentie, divertissante, et donc aboutie.

Et c’est, au XXIème siècle, à travers l’outil spectaculaire par excellence, public-privé, c’est à travers le commun, le mondain, devenu « disponible » comme « image », sur un écran isolé et privé pour chaque individu monadique, que cette logique, très clairement, annonce son épanouissement plein : le « web 2.0 », ses « réseaux sociaux », fondent désormais une « interconnexion » « sociale » massive et continue, quotidienne et banalisée, à la mesure d’un projet productif total désormais mondialisé, et colonisant toujours plus tous les aspects de la vie.

 

III Facebook : structure paradigmatique de la désolation contemporaine

 

Dans un tel cadre, le capitalisme monopolistique concentre de façon conséquente une majorité des sociabilités « interconnectées » sur un medium privilégié : facebook s’impose comme monopole, sur un certain secteur stratégique, et ses concurrents ne seront justement qualifiés que comme… concurrents, se définissant en fonction de leur relation à ce monopole.

Facebook devient le paradigme de la désolation interconnectée. Comprendre son fonctionnement, c’est comprendre une manifestation éminente de la désolation propre à aux totalitarismes « softs » de nos sociétés contemporaines, et c’est dès lors pouvoir caractériser celle-ci de façon relativement précise.

Donnons à voir, donc, la complexité matérielle, sociale et psychologique, de ce medium paradigmatique :

1)      D’un point de vue objectif immédiat, Facebook est, de plus en plus souvent, un « service » disponible sur la marchandise « smartphone ». Cette donnée élémentaire implique déjà une dissociation de base. La machine high-tech, ici, fonctionnelle et « pratique », devenue vecteur de la capitalisation sociale ou professionnelle,  au design esthétique et « fun » par ailleurs, publicitairement désirable, n’est pas un « problème de conscience », pour les consommateurs-travailleurs « branchés », qui pourtant collaborent à l’exploitation sauvage de prolétaires, de Chine ou « d’ailleurs », sous-payés et entassés dans des usines d’assemblage, où les burn out, les évanouissements, voire les suicides, ne sont que trop fréquents. L’exploitation et l’empoisonnement des enfants, en outre, plus en amont, « permettant » l’extraction, dans les mines, du cobalt « indispensable » à la fabrication de ces machines, ne sera pas consciemment « problématique » pour l’usager désinvolte. Ce fétichisme primordial, qui dévoile tout fétichisme technologique en général, constituera bien l’arrière-fond de toutes les autres formes de dépossessions liées au medium« facebook ».

2)      D’un point de vue infrastructurel, Facebook, loin d’être strictement « immatériel », demeure, avec Google, l’un des plus gros clients des data-centers, qui représentent aujourd’hui 1,4% de la consommation électrique mondiale, soit la capacité de production d’environ 40 centrales nucléaires, et qui représentent ainsi 2% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète. La sociabilité connectée « permise » par Facebook se fera donc au prix, également, de l’aggravation du désastre écologique : la désolation « connective » de l’individu impuissant et inconséquent, infime rouage dans une machine « 2.0 » qui l’hypnotise, c’est aussi cela. Sa « collaboration » passive et consentie, banalisée, à la destruction massive de l’existant sera à la mesure de la parcellisation indéfinie de sa « responsabilité ».  2% des émissions de gaz à effet de serre.

3)      Du point de vue de l’économie induite par le medium en tant que tel, Facebook est un service apparemment « gratuit », pour ses « usagers ». Mais sa finalité d’entreprise capitaliste privée demeure bien sûr le profit, indissociable d’une forme d’exploitation. A dire vrai, la ressource exploitable la plus « précieuse » du point de vue de ses gestionnaires, n’est rien d’autre que… l’usager lui-même, ou ses « données » personnelles. Celles-ci, vendues désormais aux développeurs de publicités, permettent la diffusion de publicités ciblées, et donc plus « efficaces ». Dans le contexte de ce réseau, dès lors, l’usager devient cyniquement la « matière première » exploitable. Le raisonnement est simple : « si vous ne payez pas pour le produit, c’est que vous êtes le produit ». Dès lors, il faudrait inverser la perspective : ce n’est pas le service qui est « gratuit ». C’est l’usager qui consent gratuitement à devenir une marchandise, une ressource exploitable. Son « temps de cerveau disponible » est ce qu’il « offre » gratuitement aux développeurs de publicités, en définissant lui-même les critères optimaux pour que ces publicités soient les plus « adéquates » possibles. Cyniquement parlant, un usager qui passe 3 heures sur Facebook à la fin de sa journée de travail, accepte de travailler 3 heures de plus dans sa journée, puisqu’il produit apparemment une certaine « valeur » économique, et ce travail apparemment « divertissant », mais pas moins comptabilisé, se surajoute à son salariat astreignant, et sera effectué gratuitement.

4)      Dans certains cas précis, le flicage, même à un niveau juridique, peut se surajouter à ces déterminations publicitaires. Déjà aujourd’hui, certaines procédures judiciaires peuvent mobiliser des « preuves » disponibles sur un « mur » Facebook. La société de surveillance annonce dès lors que les surveillé-e-s peuvent adhérer à leur propre surveillance, au point de l’organiser délibérément. Le fichage est potentiellement effectué par les fiché-e-s. Si un nouveau fascisme triomphe dans l’avenir, et qu’il s’agit à nouveau pour le pouvoir politique de sélectionner certain-e-s « ennemi-e-s du peuple » à « abattre » ou à mettre dans des camps, alors les « cibles » auront pu participer à leur propre « identification ».

5)      Dans ce contexte, l’investissement « subjectif » de chacun-e sur ce medium, le développement de formes divertissantes, humoristiques, désinvoltes, militantes, professionnelles, journalistiques ou « intellectuelles », n’est qu’un prétexte pour un autre jeu, n’est qu’une façade dissimulant des intérêts plus profonds, qui ne concernent en rien les usagers eux-mêmes. Ce jeu plus « sérieux », qui se déroule dans l’ombre, est une façon latente, et globalement inconsciente, pour l’usager, de faire commerce de soi-même, d’offrir gratuitement ses propres « qualités » réifiées, qui ne sont exhibées aux « ami-e-s » que de façon contingente, et qui « profitent » fondamentalement aux diffuseurs calculants, promoteurs de formes marchandes sans substance sociale réelle, eux-mêmes soumis à un sujet-automate impersonnel.

6)      Le « sérieux » de l’esprit économique, qui réduit tout à l’ordre sans qualité, contamine dès lors massivement des formes de vie « connectées », qui se voudront artistiques parfois, ou encore « résistantes », créatives, drôles, amicales, voire amoureuses. La finalité du développement de ces formes de vie, en effet, n’est plus déterminée par celles ou ceux qui les vivent, mais par les gestionnaires qui rendent disponibles le medium : ce medium, de fait, n’existera que pour rendre possible la marchandisation des données individuelles, sans qu’il soit important de savoir si elles sont « érotiques », « professionnelles », « réflexives », « politiques », ou délurées. Le développement du quantitatif, ici, est parvenu, comme l’annonçait déjà Debord, à s’affirmer fallacieusement comme étant le qualitatif en tant que tel, pour mieux abolir la spécificité de ce dernier. L’individu désolé finit par s’investir affectivement et qualitativement dans la zone de la vie qui aura aboli toute qualité, tout affect propre.

7)      Une telle réalité cynique, matérielle ou économique, massivement occultée, conditionne dès lors, en superficie, un usage toujours plus « gestionnaire » et non spécifique de notre propre vie « sociale » : pour tel individu, facebook, est un medium de diffusion professionnelle, ou encore militante. Mais d’autres « ami-e-s » répondent à cela de façon émotionnelle, ou satirique. Pour telle autre personne, Facebook est un divertissement inessentiel : mais le statut « professionnel » ou « politique » d’un autre usager tend à brouiller ces frontières. Le loisir, le travail, la « critique », la culture, se confondent toujours plus de ce fait : le caractère superficiel du premier contamine le « sérieux » revendiqué des trois autres, pour diffuser toujours plus un sentiment inconscient de superfluité générale. Le caractère calculant du second contamine la dimension désintéressée du premier, pour diffuser un sentiment de désincarnation toujours plus fort dans les relations amicales, affectives, ou amoureuses. La critique de son côté, ou le militantisme « 2.0 », ainsi que d’autres formes « culturelles » se voulant sophistiquées, reçoivent simultanément ces sentiments de désincarnation et de superfluité désespérées. Déracinement et inutilité, absence d’ancrage dans le monde, et sentiment de non-appartenance au monde, ne font que se confirmer dans un tel contexte.

8)      La vanité creuse et le ressentiment vide, nous décomposant psychiquement, seront finalement, à l’extrême surface, les affects les plus communs et les plus explicites, sur ces « réseaux sociaux ». Une collaboration inconsciente à l’exploitation sauvage mais lointaine, une auto-réification subie de façon latente, dans laquelle devrait « s’épanouir » tout « individu », produiront dans la sphère la plus immédiatement accessible de la conscience, un ensemble d’émotions solipsistes, négatives et réactives, une susceptibilité exacerbée, une relation abstraite à l’autre, absent mais comprimé contre soi, consolidant une souffrance indicible, et renforçant la perte de tout critère judicatif ou évaluatif raisonné. L’infantilisme se développe tranquillement, les insultes se banalisent, mettent en boîte, et s’oublient, les louanges sont autant de détresses vaines, les « like » se capitalisent comme une monnaie équivoque, les « smileys », normalisés, se réclament de façon névrotique et puérile, les « gifs » délivrent des « messages » réducteurs, et les « mots d’amour », exhibés impudiquement, perdent toute signification singulière. Au sein de ces confusions, au niveau « politique », le droit de vote du « citoyen » des démocraties libérales, finira par avoir, peut-être, autant de consistance, que le « vote » quotidien qui consiste à « liker » un « post » ou un commentaire « Facebook ». Au niveau « culturel », l’appréciation d’une œuvre d’art, ayant éventuellement absorbé toute l’existence d’un artiste habité par une vocation dévorante, engagera le spectateur autant que « l’engagent » un « clic » approbateur, ou un « smiley » statique et manichéen, « formulé » sur la base d’un rapide coup d’œil. Au niveau relationnel, le lien familial, l’amitié, ou l’amour, deviennent aussi triviaux et administratifs, aussi tristes et anonymes, que des statuts impersonnels et abstraits : le « réseau » « professionnel », d’ailleurs, ne se distinguera plus, dans une « liste d’ami-e-s », des relations intimes, familiales, réellement amicales, ou amoureuses. Des messages sans destinataires, donc, des élections sans élu-e-s, se diffusent indifféremment, et l’individu le plus connecté et le plus virtuellement « entouré », devient l’être le plus seul et le plus déserté. Dans une société où la solitude n’est jamais seule, toujours hantée par la masse, et où la masse devient elle-même une seule individualité désolée, la singularité de chacun, et la rencontre réelle de l’autre, sont plus que jamais menacées. Facebook ne rend pas impossible cette désolation, mais tend à la favoriser au contraire, parmi une multitude d’autres facteurs. Il concentrera, de façon tragique, un rapport au monde blessé.

 

 

IV Conclusion

 

Cette perspective très critique à l’égard d’un medium aujourd’hui envahissant ne doit pas, néanmoins, déboucher simplement sur la diabolisation manichéenne de cet outil « 2.0 », qui n’est jamais qu’un outil technologique parmi d’autres, certes particulièrement puissant, mais s’insérant de façon cohérente, en tant que réalité capitaliste, dans une logique de contrôle, d’exploitation, et de dépossession. Cibler obsessionnellement « Facebook » comme racine du mal de la désolation présente, consisterait à ne voir que la partie la plus émergée de l’iceberg spectaculaire actuel. Ces analyses critiques brèves définissent un symptôme éminent du spectacle contemporain, mais visent la détermination d’un paradigme plus profond. D’autres formes de sociabilités, même certaines qui pourraient se dire « sociales et solidaires » aujourd’hui, seront soumises à ce même paradigme.

Dans un tel contexte, une « pureté » critique et pratique consisterait à rejeter toute forme de « connectivité » contemporaine, à ne pas collaborer à la désolation « 2.0 », de soi-même et d’autrui. Néanmoins, peu d’individus ayant choisi la voie critique, même « radicale », s’engagent dans cette « pureté », s’ils ont les moyens d’accéder à l’outil « 2.0 », qu’il s’agisse de Facebook ou d’un medium analogue, car cette pureté signifie aujourd’hui, d’un point de vue « réaliste », l’invisibilité stricte… et donc l’inexistence, la non efficience éventuelle, de la critique en tant que telle.

Un pouvoir qui rend indispensable ses propres outils, même pour les individus qui veulent abolir le pouvoir, hélas, deviendra un pouvoir apparemment indestructible. Cela du moins serait définitivement vrai, si le détournement, comme viralité contre-virale, était une stratégie absolument vaine.

De toute façon, dans un monde futur plus souhaitable, où le désert cessera de croître, Facebook aura disparu, et la sociabilité ne devra plus inclure l’exploitation sauvage, la destruction écologique, le flicage insidieux et le calcul cynique, pour se déployer sereinement. Absolument parlant, on ne saurait se « réapproprier » Facebook, mais il faudrait bien un jour l’abolir, avec tout ce qu’il implique. Ici, toute tentative de détournement qui serait interne à ce qu’il s’agit de détourner, devrait donc, pour être conséquente, viser l’abolition finale du medium, son implosion dernière, et non son « amélioration » cosmétique.

Si toutefois des rendez-vous informels s’organisent, des informations riches se partagent, des rencontres réelles et réjouissantes sont permises, des échanges précieux se développent, parfois, dans les marges de ce « web 2.0 », alors, ponctuellement, le « connectif » se mue en intensif, ce qui n’est pas impossible. Mais ce n’est pas par la vertu du medium en lui-même que ces « détournements » se réalisent, mais malgré ses interfaces et structures nivelantes. Et ce n’est donc pas le medium en tant que tel, qu’il faudra louer, mais bien la persistance de personnalités qui résistent à sa désolation. Cela étant, une telle sociabilité « qualitative » continuera à se déployer sur fond de dissociation et d’occultation impensée, d’exploitation et de misère générale : elle ne sera jamais en  elle-même l’épanouissement strict, toujours déjà contaminée par la mauvaise conscience et le ressentiment impersonnel. En outre, comme on l’a dit, employer les armes de la désolation pour manifester sa propre résistance à la désolation, n’est-ce pas une manière aussi de consolider cette désolation ?

L’individu qui n’a plus besoin de manifester ou de diffuser son refus en employant les valeurs de ce qu’il refuse reste sûrement le plus émancipé. Mais hélas, aujourd’hui, cet être, s’il n’est pas désolé, tend néanmoins à devenir toujours plus… isolé. Et nul ne pourra connaître, dès lors, cette incitation positive à l’émancipation qu’il actualise, ni en bénéficier, puisqu’elle ne sera pas… visible. Un dilemme peut-être, aura surgi ici, et de façon tout à fait spectaculaire. Insupportable dilemme, qui ne signifie en rien la réhabilitation du medium, mais qui tend au contraire à définir la nécessité impérieuse de sa destruction future.

Dans une telle situation, la constitution de réseaux sociaux « alternatifs » ne ferait que déplacer le problème, et retarderait l’échéance critique, d’un strict point de vue économique.

L’idée de visibilité, ou de diffusion, est encore à transmuter, donc, sur un plan révolutionnaire conséquent et cohérent.

Source

Comment comptez-vous interdire le mépris de classe à la télé?

C’est en tout cas la question que l’on pourrait retourner à ces gens de télé qui se marrent tout le temps et sur commande.

Une question qui pourrait être opposée en réponse à celle posée par Vanessa Burggraf, chroniqueuse dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché  », qui demandait à Philippe Poutou comment il entendrait interdire les licenciements.

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A la télé,  en règle générale, ceux qui posent les questions, surtout quand il s’agit d’un ouvrier en face, se contrefoutent des réponses. Cette fois, ce mépris de classe incrusté dans les têtes s’est déridé dans une cacophonie singulière dépassant très largement les limites du dégueulasse revendiqué.

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Un grand mépris, un immonde mépris pour ceux de la classe d’en bas, pour les ouvriers, les employés, les précaires, les chômeurs, les allocataires, les intérimaires, les stagiaires, les saisonniers, les auto-exploités, les sans papiers!

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Ce n’est un secret pour personne, le NPA est un parti en pleine déconfiture, comptant désormais moins de 2000 adhérents, un parti courant depuis des années devant les idéologies identitaires et réactionnaires, un certain nombre de sympathisants et militants ayant fait le choix de s’abstenir d’aller aux journées d’été après avoir découvert le programme : Ruffin, Usul et Plenel, ce qui en dit long sur l’état d’un parti au sein duquel nombreux sont ceux qui sont circonspects, notamment parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans les prises de position identitaires et pro-religieuses de certains intellos organiques qui ont pignon sur web.

Philippe Poutou, quant à lui,  semblait avoir pris ses distances de la pente stalinienne et réactionnaire parisienne insufflée par son aile droitière et porte seul la candidature non pas des ouvriers, comme les journalistes larbins aiment à le répéter pour brouiller son discours, mais une candidature, parmi d’autres, pour la classe ouvrière, bien plus vaste et qui comprend ouvriers, employés, intérimaires, saisonniers, précaires, chômeurs, etc,… 

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 Et il fut bien courageux et bien flegmatique, Philippe Poutou, face à cette amicale de cyniques ricaneurs, quelle patience!

Des ricanements et des rires francs, voilà comment là-haut, dans les télés, dans les cercles privilégiés, on considère le chômage de masse, la souffrance au travail ou de l’incarcération à domicile! Une honte!

Un monde où argent est synonyme de liberté alors qu’il est en réalité, celui de l’esclavage, à commencer par celui des femmes, dont cette journaliste semble d’ailleurs se moquer éperdument.

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Courageux, oui, Philippe, face à ce Muppet’s Show du cynisme décomplexé.

Notre misère et nos vies foutues en l’air par un système économique carnassier les font rire, mais rire!

Plusieurs minutes témoignage de la fin d’un monde, le leur.

 

Rira bien qui rira le dernier.

 

Les Enragé-e-s

 

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En bonus et pour fêter les onze millions de vues ainsi que le million de visiteurs uniques sur notre site lesenrages.antifa-net.fr, un extrait de notre prochain grand dossier à venir, ne le ratez pas, on compte vraiment sur vous pour le faire tourner comme pour les autres.

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Entre un Macron, dont la loi scélérate et antisociale en traîne péniblement le nom à la manière d’un boulet politique, performeur hors-pair dynamisant des publics idoines appâtés par la promesse d’un selfie de télé, petit bonapartiste à l’abordage des faïences élyséennes et accessoirement troll-de-candidat dentifrice, Nouvelle Star du patronat et d’une certaine gauche de quartier historique avec terrasse-solarium, un Hamon, sémillant social chrétien recyclant péniblement à l’heure où l’on écrit ces lignes, de vieilles recettes pascales nuitdeboutistes, fidèle lieutenant et porte-parapluie deloriste d’Aubry avec sa » flexibisation » – comme ils disent – du travail pour le compte du patronat à l’occasion du passage aux 35 heures, un Mélenchon, philosophe de Sénat passablement pantouflard, au revival miraculeusement ressuscité sur le Pompéi du stalinisme et par la mitterrandomania de ses moines copistes neurasthéniques, dont le passage au secrétariat d’Etat à l’enseignement professionnel fut salué par le patronat et qui dépensa beaucoup d’énergie à l’occasion du mouvement pour les retraites de l’automne 2010 à réclamer en vain, quitte à en saper la dynamique, au parrain Sarkozy et à son majordome Fillon, la tenue d’un référendum et en face – ou plutôt juste à côté de Macron – un Fillon, ou ce qu’il en reste, une ombre au pochoir dégoulinant le mur d’une probité hallucinée, semblant débouler directement du XVIe siècle avec de vraies toiles d’araignées incrustées dans la tête, entouré de sa petite troupe cagneuse de gargouilles et de lamproies brunâtres avançant le siècle en courant à reculons et semblant en passe, à mesure que l’ironie du sort se retourne, d’exploser littéralement le plafond d’une émission à succès éponyme de Jean-Pierre Foucault et enfin, ultime joker militarisé du patronat au but de laminer totalement tout le monde, un obscène ricanement narquois prêt à se jeter sur ses proies, la punition Le Pen, de sinistre mémoire, une femme en guerre contre les femmes, agenouillée pieusement près de la caisse, au parti fasciste croulant sous les affaires, PME familiale de la haine en éternel redressement judiciaire, aux louvoiements masquant péniblement sa violence profondément anti-ouvrière, anti-pauvres, raciste et patronale, qui mettrait à terre, il faut qu’ils le sachent, 95% des votants qui feraient la folie de se mortifier pour elle, il ne faut pas sortir d’une grande école, bien au contraire, pour affirmer que c’est l’ensemble des classes possédantes et dominantes qui sont en guerre contre nous.

 

 Les prochains dossiers à venir sont immanquables, tenez-vous au courant si vous voulez être sûrs de ne rien rater! 

Déjà plus de 10.000 partages et près de 100.000 lectures pour notre dossier sur Pierre Rabhi et son mouvement sectaro-religieux.

Déjà près de 7000 partages pour notre dossier sur Sea Shepherd et Paul Watson

A lire et à relire, notre dossier Nuit Debout, sorti le 23 avril 2016, déjà plus de 100.000 lectures, très utile pour exercer une analyse critique des programmes, ou en tout cas des deux se réclamant de la social démocratie, puisque l’on retrouve certaines recettes nuitdeboutistes dans leurs programmes respectifs et non des moindres…

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Revenons, si vous le voulez, quelques instants sur ces nuits debout. Onze mois ont coulé depuis et il est à notre sens important d’y revenir rapidement, ce dossier contenant une masse importante d’informations pour tenter de comprendre la période.

Que chacun puisse l’entendre au plus large, nous n’étions pas du tout dans la configuration de la création d’un OVNI politique comme le très décevant Podemos. Il y avait certes des sociaux démocrates à ces réunions nocturnes, oui. Peu nombreux. Le public sur place, filtré par de blanches pommes et colombes d’amour, était très majoritairement composé de seuls hauts diplômés, principalement de cycles du supérieur.

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Trois jours après la publication de notre grand dossier, le site mondialisme.org le qualifiait de « super utile ».

Il n’était pas possible d’intégrer le fondement religieux flottant sur place si l’on en restait à l’habillage républicaniste qui servait principalement de garant à la propriété et à la justification de l’inégalité par le Mérite.

L’aspect passablement illuminé des rendez-vous est amplement traité dans le dossier, tout comme l’utilisation des réseaux marchands – à éviter absolument – ainsi que l’irradiation fasciste sur place et sur les réseaux, tout ceci est largement évoqué.

Mais il manque peut-être une dimension qui n’est pas suffisamment soulignée, c’est une sorte d’indifférence totale à la classe ouvrière, tranchant plus à droite encore, la ligne de domestication de Ruffin.

Nuit_Debout
Un moment incroyable. C’était fou, totalement fou le monde qu’il y avait sur cette place en mouvement, debout, la nuit et tout. C’était fou. Tous ces colibris, ces requins, ces scouts, de par Dieu, Demain et l’abbé Pierrot, le tirage au sort, magique, le vote blanc, les commissions partagées comme des ministères, de l’hélium et de la musique chamanique, bleu blanc rouge, incroyable, incroyable comment peut naître un fascisme, par un doux rêve commun s’élevant au dessus des immondices, naturellement, en se prenant tous par la main, avec des bougies et des prières, des bisous et de la craie sur le sol. Des maraudes et des marelles. Acab + 7 Fou dîtes-vous?

Cette petite amicale était partie dans les étoiles et l’on a bien été obligé de l’en faire descendre. Sous des dehors inoffensifs, béats et totalement idiots, le  » mouvement  » sur place aurait pu déboucher sur un parti fascisant et non gauchisant comme Podemos.
Nous avons vu assez rapidement qu’il ne pourrait en sortir que du mauvais voire du très mauvais, même si l’état d’urgence nous demandait une certaine prudence dans l’analyse des différentes issues.

Ce  » mouvement  » sur place était dangereux oui, fascisant sur certains aspects, oui. Ce n’était pas immédiatement visible mais disons qu’il portait le germe d’un fascisme en constitution.

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Micro-rassemblement dimanche dernier contre la très réactionnaire et très moraliste thématique de la « corruption », bien heureusement peu suivi, initialement lancé sur les réseaux sociaux marchands par un réactionnaire, l’événement a été principalement relayé, au-delà du militant professionnel proche d’EELV, Julien Bayou, de Nuit Debout (pages facebook fantômes ressuscitées pour l’occasion) par toute la fachosphère puisque c’est la chaîne d’extrême droite Agence LDC News qui couvrira l’événement, avidement relayé par les pages d’extrême droite du fasciste Etienne Chouard (gentils virus, etc) mais également sur les pages d’extrême droite d’Alexandre Lecouillard (Les Indignés), chez les conspis et fachos des « moutons enragés », la page confusionniste « Mouvement Anarchiste Marginal » mais également par Benjamin Ball, largement évoqué dans notre dossier.

Ni dieu, ni maître, ni César, ni Ruffin!

François Ruffin n’a toujours pas compris le capitalisme. Plus haut, Philippe Poutou explique qu’il va devoir se battre, avec ses copains de l’usine, pour garder leurs emplois. Poutou est exploité par une boite française? Non, en aucun cas, il s’agit de Ford. Si on écoutait la logique de Ruffin, il faudrait que Philippe et ses collègues ne défendent pas leurs emplois, pour les laisser aux seuls compatriotes du pays originaire de Ford, quelle impérieuse idiotie! Ouvriers de tous pays, tous ont les mêmes intérêts! Le nationalisme de Ruffin, caché derrière son protectionnisme, joue directement dans le camp du patronat français! Et surtout pas dans le nôtre, les galériens de tous pays!

C’est donc un scout endimanché et pataud qui se plante sur scène avec le charisme élastique de bottes de jardin. La tête pleine de jacqueries en constitution, le manant dépose les armes et laisse éclater une sainte colère, garçon de messe apoplectique en pleine rébellion transcendantale, portant et transportant un auditoire de millionnaires vers les rivages brunâtres d’un poujadisme franc et sincère. Focaliser sur 600 valets serviles en assemblée pour épargner des millions de parasites aux comptes à six chiffres, la ficelle est un peu grosse…

Le bon sens terrien est arrivé près de chez vous et se gratte l’intérieur d’un crâne qui résonne en salle, militantisme Dior, Ruffin adore.

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Sur les bords, au milieu, à bloc de résine et doré à l’or fin, notre Tintin petit rapporteur du protectionnisme patauge dans la boue, debout, le saint homme et au garde à vous, grand téméraire, dégobille contre ces députés qui nous en coûtent, à nous les millionnaires. Ruffin et sa petite bande en déroute jubile. La Ruffinance. Cette pauvre France soit disant ruinée, nos quelques millions de millionnaires en rigolent encore. En direct à la téloche. Et c’est nous con paye. De notre vie.

 

Encore deux grands moments de fêlés.

 

 

Les Enragé-e-s

De Funès aux Bronzés, d’une droite à une autre

   Si l’on excepte le jeu d’acteur, brillant à exceptionnel, Funès est à la droite des 30 Glorieuses ce que les Bronzés sont à la droite de la période suivante

 Le récit idéologique de la production cinématographique de Louis de Funès s’inscrit dans la volonté de redorer le blason d’une droite patronale ayant sombré dans la collaboration.

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Arbre de Noël de l’Elysée, 9 décembre 1971, le crooner de droite Sacha Distel et Louis de Funès sont invités par Georges Pompidou.

 C‘est ce personnage infect, radin, soumis aux puissants, occupant le plus souvent la position sociale d’un patron et avec lequel le spectateur est conduit à entrer en empathie.

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 C‘est toute cette droite catholique patronale qui a totalement perdu son hégémonie et sa crédibilité au sortir de la guerre.

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Que nous dit ici le royaliste Louis de Funès ? Peu importe sa position sociale, c’est le cœur qui compte. Le cœur représente ici l’âme caritative au fond catholique consistant le plus souvent à se soulager d’une petite pièce à la sortie de l’église. Peu importe que vous soyez patron ou employé-e nous dit-il. C’est Dieu qui vous jugera selon vos actions et votre compassion à l’endroit de ceux qui souffrent, à l’endroit de ceux qui ont faim. Beau comme une messe de Noël en latin.

 Là où Les Bronzés portent l’idéologie d’une bourgeoisie ayant adoubé le libéralisme et l’illusion de la démocratisation qu’il porte, le cinéma de Funès est un cinéma de société figée dans sa verticalité.

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 Toute la mécanique des Bronzés consiste à railler la « vulgarité », la lâcheté, le manque de « savoir vivre » d’une petite bourgeoisie ayant émergé de la société de marché et accédant elle aussi aux loisirs bourgeois, aux loisirs de la classe après laquelle elle court.

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Comme les sports d’hiver, qui ne concernent chaque année que 7,4% des français.

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De Funès se situant quant à lui dans l’idéologie réactionnaire.

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 Un basculement de la droite radicale vers la droite libérale.

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Nicolas Sarkozy et son ami, l’acteur de droite Christian Clavier

 C‘est ainsi que nous sommes passés du récit cinématographique d’un patronat à la fortune discrète et à l’existence emmurée derrière les grilles de son château à celui d’un patronat montré en exemple de réussite, qui est là pour illusionner quant à l’élargissement de l’assise des rentes, irréductiblement figées dans leur masse.

 

Les Enragé-e-s

 

 

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Georges Pompidou et la skieuse de droite Marielle Goitschel

 

Avec la Loi Travail, la bourgeoisie française s’aligne logiquement sur la stratégie globale de la bourgeoisie occidentale mondialisée et sur les mutations profondes du capitalisme qu’elle provoque. Nous vivons une époque de transition.

A entendre non pas au sens où, tout à coup, le capitalisme « redevient » agressif ; car le capitalisme est un processus constant d’agression, de spoliation et d’asservissement. Mais au sens où le capitalisme entre dans une nouvelle étape de férocité, engageant une métamorphose a priori irréversible de ses rouages de domination et d’exploitation.

C’est toute l’erreur du « mouvement ouvrier » que de se reposer sur ses « acquis » des années 1930 – celles du Front Populaire -, de l’après-guerre et des « Trente Glorieuses ».

Certes, les congés payés, la fonction publique, la sécurité sociale et la protection sociale en général, le Droit du Travail, sont des acquis arrachés au prix de luttes souvent sanglantes avec le patronat.

Pour autant, ces acquis sont également des concessions de la part du patronat pour empêcher tout basculement irréversible dans une marche collective vers l’inconnu d’horizons révolutionnaires post-capitalistes aléatoires. Concessions, car cédés au prix de la collaboration active de certains organes du « mouvement ouvrier », dont essentiellement le Parti Communiste Français et, depuis quelques décennies, les centrales syndicales.

Les « Trente Glorieuses » désignent l’ouverture à la consommation de masse et à l’industrie touristique, c’est-à-dire à la valorisation capitaliste du « temps libre » concédé dans les congés payés. Les périodes de « vacances » ne désignent donc pas un moment où les travailleur.se.s peuvent se retrouver collectivement en dehors des lieux de travail et des taudis prolétaires mais des zones marchandes d’atomisation individualiste. Ainsi, le « temps libre », littéralement temps « sans travail », est un temps où l’on joue à s’offrir le service de la force de travail d’autrui : hôtels, stations balnéaires, club med, parcs d’attraction, etc. Cette valorisation capitaliste du « temps libre » peut effectivement être qualifiée de mutation du capital en spectacle-marchand. Bref, on peut désormais s’offrir massivement les outils d’aliénation individualiste que la bourgeoisie nous fait elle-même produire : ledit temps libre reste un temps déterminé par le travail.

Ces « acquis » sont justement ceux que la bourgeoisie actuelle cherche à détruire méthodiquement afin de revaloriser son taux de profit. Or, nous avons oublié les horizons de société auxquels aspiraient celleux qui ont autrefois lutté pour obtenir ces acquis. Comme si, de par ces acquis, nous avions réussi à figer les processus du capitalisme. Aujourd’hui, nous sommes rattrapé.e.s et nous avons perdus nos repères. Pour quoi nous battons-nous ? Pour quoi nous risquons-nous par la grève, l’occupation voire l’émeute ? Depuis ces « Trente Glorieuses », les mouvements sociaux ne sont plus offensifs. Nous encaissons les coups, les rendons tant bien que mal. Parfois, nous les faisons reculer, comme ce fut le cas en 1995 ou en 2006. Mais nous ne parvenons pas à bloquer l’élan irrésistible et le rouleau compresseur des nouvelles mutations du capitalisme. En effet, depuis les années 1990, celui-ci s’est mondialisé. La division internationale du travail a changé la donne. Si le processus de mondialisation amorcé sous l’ère des colonies au XIXe siècle avait permis à terme l’irruption politique d’une « classe moyenne » relative, la phase de mondialisation contemporaine advenue avec le néo-colonialisme est quant à elle caractérisée par un phénomène de délocalisation des centres de production et une concurrence considérablement accrue entre les travailleur.se.s des quatre continents. Finalement, l’irruption politique d’une certaine classe moyenne se révèle superficielle et historiquement limitée à un laps de temps de quelques décennies.
Les « plans d’austérité » à répétition en Europe, dont la Loi Travail en France n’est qu’un maillon, renvoient à la marche forcée vers la sur-prolétarisation de la société. Mais en vérité, la Loi Travail est déjà une réalité pour une grande partie de la population, notamment celle ultra-précaire des quartiers populaires, une frange de population qui va encore s’agrandir.
Tout cela pose plusieurs questions quant aux perspectives révolutionnaires.
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Islamisme, « islamophobie » et critique révolutionnaire de toutes les religions

Article paru dans A contrevents N°2 (Caen, octobre 2016) avec le chapeau suivant: Le texte qui suit émane d’un camarade du RRC. Il ne constitue pas pour autant une position collective de notre modeste regroupement. Il a cependant paru suffisamment intéressant pour être publié. Nous précisons qu’il a été écrit bien avant les évènements de cet été, que ce soit le carnage de Nice ou la polémique délirante autour du burkini.

 

Il apparaît aujourd’hui nécessaire de clarifier et de (ré)affirmer certaines positions révolutionnaires vis-à-vis des religions en général et de l’islamisme en particulier. Les attentats révoltants de 2015-2016 (aussi bien ceux visant Charlie Hebdo et le magasin Casher en janvier que ceux de Paris en novembre 2015 ou celui de Nice en juillet 2016) y poussent. Mais il n’y a pas que ça.

Depuis plusieurs années on sent s’affirmer en France l’émergence, certes limitée mais réelle, d’un islamisme, c’est-à-dire d’un islam directement ou indirectement politique, qui se manifeste dans la société. Il peut prendre des formes « modérées », rampantes, ce qui ne les empêchent aucunement d’être néfastes et réactionnaires, comme des formes « radicales », spectaculaires, djihadistes et meurtrières.

Face à ce phénomène, et en parallèle, a également émergé depuis plusieurs années un ensemble de discours stigmatisant les populations musulmanes ou supposées telles. Ces discours sont principalement portés par l’extrême droite mais aussi par toute une partie de la droite et également une partie de la gauche dites « républicaines ». Ces discours divers, aux relents xénophobes, « identitaires », nationalistes, voire carrément racistes, se dissimulent souvent derrière la défense de la laïcité, de la Liberté, des droits des femmes, parfois aussi derrière la défense des droits des homosexuel-le-s (« défense » souvent très hypocrite, opportuniste, limitée et à géométrie variable). Ces thèmes sont alors instrumentalisés au service de causes qui n’ont pas grand-chose à voir avec eux au final.

Ces deux phénomènes contribuent d’ailleurs à s’alimenter et se renforcer réciproquement, « en miroir » et ils ont désormais une certaine « consistance » dans la société. Dès lors, face à ces faits, un certain nombre de questions se posent aux mouvements révolutionnaires, questions auxquelles il va bien falloir trouver des réponses ou des éléments de réponses, politiques et pratiques, si nous ne voulons pas nous retrouver englué-e-s et incapables de réagir face à des situations politiquement et socialement lourdes de dangers et de possibles conséquences bien puantes. À savoir, montées d’idéologies politiques et/ou religieuses éminemment réactionnaires, racistes, communautaristes, identitaristes, développement de tensions et de violences entre pauvres et exploité-e-s de différentes origines, récupérées et instrumentalisées par différentes forces politiques ou politico-religieuse cherchant à « représenter » et « encadrer » telle ou telle « communauté » ou par l’État « républicain » cherchant à redorer son blason, à se « relégitimer » en se posant en défenseur/protecteur de la société, de la sécurité et de la liberté en général (placées sous sa surveillance et son contrôle pour notre bien… et surtout le sien).

Quelle est notre critique de l’islamisme ? Comment le critiquer sans hurler avec les loups de l’extrême droite et autres réactionnaires de gauche et de droite qui alimentent la xénophobie ? L’utilisation/acceptation du terme d’« islamophobie » n’aboutit-t-elle pas à inhiber la saine et nécessaire critique révolutionnaire de toutes les religions (sans aucunement se limiter, évidemment, à celle de l’islam) ? Voila quelques unes des questions que ce texte va chercher à défricher modestement.

Parce que ces questions se posent. Parce qu’il est temps. Parce qu’il va falloir faire face.

Critique révolutionnaire de la religion

Les mouvements révolutionnaires se sont très tôt confrontés avec les idées même de Dieu et d’ordre divin, car celles-ci constituent un obstacle et s’opposent à l’idée et aux soucis révolutionnaires de la liberté humaine (idée de la liberté qui n’est pas dissociée de celles de responsabilité, d’égalité et de solidarité). À l’idée d’un monde, d’un genre humain et d’une vie créés par Dieu, régis par une vérité révélée (propriété d’un clergé), encadrés par les préceptes moraux de textes sacrés très anciens, les mouvements révolutionnaires ont opposé l’idée de sociétés construites historiquement par les humain-e-s et transformables par eux et elles. Ils ont défendu l’idée du renversement possible et nécessaire d’un monde présenté comme immuable et ils défendent toujours l’idée qu’il n’y a pas de fatalité à subir l’exploitation et la domination des puissant-e-s et des possédant-e-s. Ils ont promu la révolte individuelle et collective, la lutte, l’éducation et la liberté contre les assignations, les obligations, les interdictions cléricales qui cherchaient et cherchent encore à encager la diversité de la vie, ses immenses champs des possibles et des choix dans l’étroitesse de textes soi-disant divins et de traditions religieuses poussiéreuses.

Les mouvements révolutionnaires ont également très tôt dénoncé le caractère illusoire de toute « communauté des croyant-e-s » qui prétend placer sur un pied d’égalité fictive, face à Dieu, à la mort et face au clergé, les hommes et les femmes, quelles que soient leurs conditions sociales, leur appartenances à telle ou telle classe sociale. Les religions sont des entreprises idéologiques interclassistes et paternalistes qui, derrière des représentations unitaires de la société et l’idée de la communion de tous et de toutes dans le respect de la religion, nient, dissimulent et étouffent souvent les conflits d’intérêts sociaux et politiques, les luttes sociales au sein des sociétés de classes. Et lorsqu’il est impossible de dissimuler la réalité de ces conflits, il leur est souvent opposé les vertus, toutes spirituelles et virtuelles de la patience, du pardon, de la bonté, de la charité, de la soumission face aux épreuves. Et si ça ne suffit pas, il reste l’anathème, l’excommunication, l’exclusion de la communauté des croyant-e-s, la bénédiction de la répression mise en œuvre par le pouvoir temporel.

Derrière la promesse d’un paradis après la mort se cache le fait de laisser en place les inégalités, les injustices du monde d’ici bas. C’est la religion comme « opium du peuple », qui embrume l’esprit, procure de doux rêves et aide à supporter passivement la dureté de la vie dans le monde tel qu’il est fait.

Les mouvements révolutionnaires ne se sont évidemment pas heurtés seulement aux idées religieuses mais aussi à leurs exploitants, les clergés plus ou moins centralisés, privilégiés, hiérarchisés suivant les religions, assurant la médiation avec Dieu, édictant les normes de conduites morales et pratiques, encadrant, guidant la vie des croyant-e-s, disposant d’un poids matériel parfois énorme (propriétés terriennes, immobilières, financières…), d’une influence politique et morale importante (à travers l’organisation de la charité, d’aides « sociales » diverses, le monopole de l’exercice des rites, le contrôle de tout ou partie du système éducatif par exemples). Et de même que les mouvements révolutionnaires se sont opposés aux grandes religions constituées, celles-ci se sont historiquement opposées aux projets, idées et pratiques émancipatrices et égalitaires des mouvements révolutionnaires.

Les mouvements révolutionnaires affrontent encore aujourd’hui les religions et clergés qui portent et colportent des valeurs, des prescriptions de vie, un ordre moral souvent éminemment réactionnaires (socialement, culturellement, sexuellement) et des représentations patriarcales, favorisant et légitimant la domination masculine, régissant ou tentant de régir spécialement ce qui concerne la sexualité en général, et celle des femmes en particulier, condamnant la plupart du temps la contraception, l’avortement, l’homosexualité et la transsexualité.

Les mouvements révolutionnaires ont également dénoncé historiquement le fait que religions et clergés se sont mis au service de nombreux projets impérialistes de conquêtes, ont légitimé d’innombrables guerres intérieures ou extérieures (certaines d’entre elles reposant même directement, au moins officiellement, sur des motifs religieux), soutenu de nombreux régimes dictatoriaux.

Voilà résumées, très brièvement, les principales critiques révolutionnaires envers les religions. D’où l’athéisme et l’anticléricalisme affirmés qui prédominent historiquement largement dans les mouvements révolutionnaires. Ce qui n’a jamais empêché les révolutionnaires de se retrouver aux côtés d’individus croyant-e-s lors de grèves, de manifs, d’actions, d’émeutes ou d’assemblées générales…

La « liberté » religieuse

Si, en tant que révolutionnaires, nous sommes, dans notre immense majorité, athées et anticléricaux, nous n’avons pas pour autant l’envie ou l’intention de nous ériger en inquisiteurs-rices de l’athéisme. Nous n’avons pas vocation à fliquer politiquement la vie des gens, à entrer en guerre politique contre les croyant-e-s des différentes religions.

Nous reconnaissons généralement aux individus le droit de croire en un dieu (ou en plusieurs) et de pratiquer leurs cultes et leurs rites, même si, nous, nous ne nous reconnaissons pas du tout dans de tels choix. Nous admettons ce droit d’autant plus que, souvent, les individus ne se résument pas uniquement à leurs croyances religieuses. Leur identité personnelle intègre la plupart du temps bien d’autres convictions, valeurs et pratiques que celles liées à leur religion. Et il est évident que la plupart des croyant-e-s sont loin d’être des « fous ou folles de Dieu » et ont souvent un rapport assez distancié, détendu et pacifique avec leur religion, avec celles des autres et avec les athées. Croyant-e-s ne veut pas dire pratiquant-e-s, et même les pratiquant-e-s ont souvent bricolé, plus ou moins ouvertement, leurs propres « petits arrangements avec Dieu » et vivent tranquillement leur religion.

La croyance et l’observance des prescriptions religieuses individuelles et la pratique collective du culte dans des lieux dédiés à cet effet ne nous dérange donc pas (même si elle ne nous réjouit pas non plus), tant que ces croyances et pratiques religieuses ne débordent pas dans l’espace public commun, qu’elles ne tentent pas de le régir, de le soumettre à leurs normes. Nous sommes conscients que cela laisse de côté des espaces privés comme le couple, la famille ou des « entre soi » communautaires et que ces espaces peuvent être propices à l’instauration autoritaire, à l’imposition de pratiques religieuses intégristes. Et, en tant qu’espaces privés, il peut être malaisé, difficile d’y intervenir politiquement pour contrecarrer et dénoncer des dérives intégristes. Il n’y a pas, dans ce genre de cas, d’autres « solutions » (avec toutes leurs limites pratiques fréquentes) que le recours à l’information, à l’éducation, au dialogue, à la solidarité, à l’intervention amicale et/ou familiale et/ou de voisinage (allant, dans la forme, de la médiation à la confrontation), à la pression et la vigilance sociale et collective contre les actes de violence, de maltraitance, de harcèlement, de manipulation mentale, d’embrigadement et de dérive sectaire dans les espaces privés.

La tolérance que nous assumons envers certaines formes détendues de croyances religieuses n’implique pas cependant que nous renoncions à ce que nous considérons comme notre « droit de critique athée » et aux discussions, voire aux engueulades, qu’il peut susciter. Tout comme nous ne renonçons pas au « droit de blasphémer » face aux figures divines fictives, aux bigots et autres intégristes, même si on pratique pour la plupart assez peu ce genre de choses, qui peut soulager et faire marrer mais s’avère rarement très constructif.

L’islamisme

Même très minoritaires, les différentes formes d’islamisme ont gagné ces dernières années une visibilité plus importante parmi les musulman-e-s en France. Il est difficile de savoir si cette visibilité accrue de l’islamisme provient d’une affirmation plus décomplexée de sa propre existence, d’un renforcement réel et sensible de son influence et/ou d’une plus grande attention politique, médiatique et sociale à son encontre. Peut être tout ça à la fois.

Par islamisme, nous entendons une affirmation politico-religieuse de l’islam comme ayant vocation à structurer la société et régir la vie sociale (et donc aussi celle des individus) à partir d’une interprétation rigoriste, réactionnaire et prétendument littérale du Coran. Le djihadisme à la sauce Al Quaeda ou État Islamique n’est que l’expression la plus brutale, la plus ultra de cet islamisme. Il y en a différentes formes et différents degrés. On peut y intégrer des formes « modérées » s’inspirant en général plus ou moins des Frères Musulmans, des formes plus dures comme le salafisme, le wahhabisme et aller jusqu’au djihadisme. En disant cela, on ne sous-entend pas qu’il y a nécessairement une continuité ou une même identité politico-religieuse entre ces différentes formes. Il peut y avoir des formes activistes et très directement politiques, plus ou moins radicales dans leurs manifestations, et des formes plus « quiétistes » mais qui s’attachent néanmoins à promouvoir, de manière prosélyte, une interprétation intégriste des textes et une surveillance pesante quant à la stricte observance individuelle et collective des (de leurs) obligations et conduites religieuses. Ces formes « quiétistes », si elles apparaissent, dans l’immédiat, assez détachées de toutes intervention à caractère politique, n’en aspirent pas moins à construire une hégémonie intellectuelle et culturelle intégriste au sein des musulman-e-s, musulman-e-s que les islamistes rêvent d’encadrer et guider comme un troupeau. Une sorte de métapolitique gramscienne en vue de constituer un bloc hégémonique au sein d’une fraction de la population, en somme ?

Même s’il y a des différences, des divergences, il y a cependant aussi des similarités, des points de convergences entre ces différentes formes d’islamisme et l’existence de l’islamisme « modéré » contribue certainement à légitimer en partie l’existence des formes d’islamisme djihadiste, en constituant un terreau intellectuel et culturel favorable au développement de ce dernier. Disons un peu comme les discours nationalistes, sécuritaires, xénophobes, réactionnaires de la gauche et de la droite contribuent à légitimer et renforcer les positions du Front national et comme les positions et l’influence du FN contribuent à légitimer et favoriser des expressions ouvertement fascistes et racistes.

En terme de contenus, je ne reviens pas sur les positions extrêmement réactionnaires, autoritaires, sexistes, puritaines, anti-communistes et anti-révolutionnaires véhiculées par l’islamisme en général. Signalons toutefois, juste au passage, qu’il véhicule également, là encore sous des formes diverses et à des degrés divers, du racisme, en tout cas au moins un, l’antisémitisme, qu’il travaille à répandre sous couvert de « soutien au peuple palestinien » et d’ « antisionisme ». Et, disons le, la récupération de ce terme d’« antisionisme » (à l’origine destiné justement à se dissocier de toute approche antisémite),  à la fois par les islamistes et l’extrême droite franchouillarde, est un succès tel que ce mot est devenu quasiment inemployable tant il véhicule fréquemment désormais des puanteurs antisémites. Le travail d’appropriation de ce terme politique mené par des antisémites de tous poils, de toutes nationalités et de toutes religions n’aurait cependant pas pu être mené « à bien », si vite (une bonne grosse décennie ?), si la gauche et l’extrême gauche pro-palestinienne et le mouvement révolutionnaire avaient été plus éveillés et réactifs en situations et plus intransigeants sur le fond et la forme. On récolte ce qu’on sème… c’est à dire aussi qu’on récolte, parfois, dans la gueule, ce qu’on a pas été capables de semer, de cultiver et de protéger.

L’islamisme rêve d’une communauté des croyant-e-s, d’où les conflits d’intérêts ont magiquement disparus, pure et harmonieuse, nettoyée de tous les individus et groupes déviants, soumise corps et âme à une soi-disant loi divine supérieure et parfaite, inscrivant cette communauté dans un ordre universel immuable tout en assignant à chacun-e une place et un rôle tout aussi immuable. L’islamisme est comme l’extrême droite qui rêve d’une communauté raciale et nationale unifiée par on ne sait quel miracle, de pouvoir étatique dictatorial, de nettoyage des indésirables et des subversifs-ves, d’ordre corporatiste. Dans un cas comme dans l’autre, on est en pleine utopie réactionnaire et despotique.

Les révolutionnaires sont donc des ennemis de l’islamisme (et réciproquement). Et il s’agit, au niveau mondial, d’un ennemi puissant, disposant de ressources financières, de moyens de communication, et parfois de moyens militaires importants. Il est soutenu par de forts riches « mécènes » capitalistes des pays du Golfe Persique quand ce n’est pas directement par des États intégristes comme l’Arabie Saoudite ou d’autres.

Le combattre, en temps que révolutionnaires, ne sera pas chose facile. Au niveau international, cela peut passer par la création ou le renforcement de liaisons solidaires concrètes avec des groupes, organisations, mouvements révolutionnaires, de lutte de classe, démocratiques, laïques et féministes dans les pays où l’islamisme menace. Souvent ces groupes et organisations sont rares et plutôt faibles (et même parfois inexistants) et il peut exister aussi des différences politiques sensibles avec les « traditions » révolutionnaires occidentales, que ce soit sur le plan des idées, des finalités, du fonctionnement, des pratiques et il est probable que la solidarité vis-à-vis de tel ou tel groupe ou mouvement dans tel pays fera rarement, ici, l’unanimité. Le soutien à la résistance actuelle au Kurdistan syrien face à l’État Islamique est un bon exemple de cette absence de consensus du mouvement révolutionnaire sur ces questions.

Par ailleurs, l’établissement de telles liaisons solidaires implique un effort réciproque s’inscrivant dans la durée. Effort qui passe par des travaux de synthèse d’informations et d’analyses, de traductions (ce qui implique éventuellement l’apprentissage de langues), de diffusion de l’information, de collecte et d’envois de fonds et de matériels, de voyages et de rencontres, d’organisation éventuelle de campagnes de soutien. Effort que la faiblesse actuelle du mouvement révolutionnaire, en France ou ailleurs, rend difficile car, en plus, évidemment, l’islamisme est loin d’être le seul et le plus puissant des ennemis auxquels les mouvements révolutionnaires se trouvent confrontés.

La lutte contre l’islamisme passe aussi, toujours au niveau international, bien sûr par le fait de lutter ici pour dénoncer et, si possible, vu nos forces plutôt dérisoires, gêner et affaiblir les interventions armées et les pillages impérialistes des États et du capital occidental, et donc, aussi, l’impérialisme de l’État et du capital français. L’impérialisme contribue en effet aussi à alimenter en partie l’islamisme dans de nombreux pays. Mais en partie seulement car dans les pays où il est puissant l’islamisme a également sa dynamique propre, ancrée dans la réalité propre de ces pays, réalité qui est loin d’être uniquement façonnée par l’impérialisme occidental.

En France, il paraît évident qu’un des ressorts de l’islamisme se trouve dans les inégalités et injustices sociales vécues, entre autres, par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration et qui sont de cultures musulmanes. Ces fractions de la population ne sont bien sûr pas les seules à subir l’exploitation, la précarité et la répression mais elles sont certainement celles qui les subissent le plus. À ces inégalités sociales s’ajoutent des phénomènes de discriminations, de stigmatisations, de vexations politiques et symboliques à caractère raciste. La participation des mouvements révolutionnaires aux luttes sociales et le fait de tenter de développer dans celles-ci un travail politique sont des nécessités incontournables. Dans ce cadre, l’appui aux luttes de migrant-e-s, de travailleurs-euses immigré-e-s avec ou sans papiers, autour de la question du logement, contre les violences policières et la précarité sociale mérite toute notre attention. Participer, d’un point de vue révolutionnaire, à ces luttes sociales diverses, favoriser leur émergence et leur convergence et coordination n’a évidemment pas pour but premier la lutte contre l’islamisme, il s’agit avant tout d’essayer d’attaquer à la base l’exploitation sur laquelle repose le système étatico-capitaliste actuel et les relégations et divisions sociales qui aident à son maintien et à sa reproduction. Mais le développement de ces luttes sociales aurait certainement également comme effet indirect d’affaiblir les marges de manœuvres politiques, sociales et culturelles de l’islamisme. On sait qu’à l’heure actuelle lorsque les luttes sociales sont fortes, l’extrême droite franchouillarde fait souvent profil bas politiquement et d’un point de vue organisationnel. Il n’y a pas de raisons de penser que ces luttes n’entraîneraient pas les mêmes effets contre cette autre extrême droite qu’est l’islamisme.

Néanmoins, on ne va pas prendre nos désirs pour des réalités, « dire n’est pas faire » et le mouvement révolutionnaire devra sacrément ramer pour y arriver. Il y a des obstacles et des difficultés. Nombreuses. Les aborder dépasserait le cadre de ce texte. On remet ça à plus tard mais on essayera de s’y coller. Signalons juste la difficulté liée à la composition sociale actuelle des mouvements révolutionnaires, pour le moins éloignées en général des réalités vécues par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration, de la condition ouvrière, de la réalité des quartiers populaires. Cette « extériorité » ne facilite évidemment pas notre activité et la réduire ou la dépasser prendra du temps et impliquera d’aller se frotter encore et encore au terrain.

Islamisme et autres replis identitaires se développent aussi dans le vide laissé par l’important affaissement des mouvements ouvriers et révolutionnaires actuels. Et ce vide, ce terrain perdu, d’autres l’occupent et le remplissent. Il faudra bien finir par nous remettre en question. La réalité qui vient nous y contraindra de toute façon. Va y avoir des réveils douloureux…

« Islamophobie » ?

Vous ne trouverez pas ce terme d’« islamophobie » dans les textes du RRC, où il ne fait pas consensus. Je l’utilise dans cet article seulement entre guillemets et accompagné de critiques. Parce qu’il pose un certain nombre de problèmes quand même… Ce terme opère en effet un certain nombre de « réductions » factuelles et politiques.

D’abord il tend à présenter les attaques et critiques contre l’islam, quelles qu’elles soient, comme une manifestation de racisme alors que la critique de la religion musulmane (ou de n’importe quelle autre) peut évidemment être déconnectée de toute approche raciste comme dans le cas de la critique athée révolutionnaire.

Du coup, il sous entend aussi que la critique de l’islam constituerait en quelque sorte la forme principale du racisme actuel alors que celui-ci s’exprime de manière bien plus générale et sur des plans bien plus cruciaux pour la vie des gens (logement, pauvreté, précarité des formes d’emplois, discriminations sociales, brutalités policières…) que la simple instrumentalisation xénophobe et nationaliste de la critique de l’islam.

En restreignant le racisme à la forme, censée être centrale, de la critique instrumentalisée de l’islam, il laisse de coté toutes les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration mais qui ne sont pas musulmane. Que devient la nigériane évangéliste ou le syrien athée ? En quoi la lutte antiraciste réduite principalement à la lutte contre l’« islamophobie » les concernerait ?

En partant du fait que l’islam est, en France, une religion minoritaire, pratiquée (quand elle l’est ! Tous les croyant-e-s sont loin d’être pratiquant-e-s…) principalement par des fractions de la population qui sont immigrées ou d’origine immigrée, souvent « de couleur », souvent issues d’anciennes colonies françaises, il introduit, en douce, par extension, l’idée que l’islam serait une religion opprimée et une religion des opprimé-e-s.

L’islam est certes une religion minoritaire en France mais c’est quand même la deuxième en importance dans ce pays. Et s’il est évident que le nombre, l’état et la taille des lieux de cultes musulmans ne permettent pas toujours, loin sans faut par endroits, d’assurer aux pratiquant-e-s des conditions décentes d’exercice collectif de la prière, la religion musulmane est loin d’être persécutée même s’il arrive qu’elle soit stigmatisée, discriminée et instrumentalisée. Par ailleurs, un certain nombre de régimes dans des pays majoritairement musulmans ne sont pas particulièrement bienveillants envers l’exercice de religions autres que la musulmane et envers l’athéisme et il y a des États musulmans qui sont impérialistes. Donc mollo sur l’islam comme religion opprimée…

Ensuite cette idée de l’islam comme religion des opprimé-e-s fait passer à la trappe le fait que certains musulman-e-s appartiennent aux classes possédantes et dominantes et sont des exploiteurs-rices. Et là encore se pose la question des « autres » prolétaires immigrés ou d’origine immigrée, « de couleur », athées ou croyant-e-s d’une autre religion que l’islam. En quoi sont-ils et elles particulièrement moins opprimé-e-s, exploité-e-s, précarisé-e-s, discriminé-e-s que les musulman-e-s ? Et en quoi le fait qu’une religion soit pratiquée par des opprimé-e-s devrait nous la rendre moins critiquable d’un point de vue révolutionnaire ? Le sexisme serait-il moins critiquable s’il est pratiqué par des prolétaires ? Les masses opprimées d’Amérique latine sont souvent chrétiennes, cela ne fait pas pour autant du catholicisme ou du protestantisme des religions d’opprimé-e-s. Donc mollo aussi sur cette idée que l’islam serait une religion d’opprimé-e-s.

Au final, et à l’usage, le terme « islamophobie », et les « alliances » concrètes qu’il peut entraîner sur le terrain politique avec des réacs religieux, semble bel et bien favoriser une inhibition, une autocensure de la critique révolutionnaire des religions et des « cohabitations » lors de meetings et de manifs qui tiennent du mariage entre une carpe et un lapin. Faudrait pas finir par servir la soupe à des bigot-e-s intégristes, qui oeuvrent à propager un communautarisme religieux lucratif, au sens où cette communauté, figurez vous qu’ils et elles entendent bien en être les pieux-ses berger-e-s et les représentant-e-s accrédité-e-s auprès de l’État. La critique de « l’islamophobie » actuelle doit-elle déboucher sur une quelconque « islamophilie » ? Pour moi, c’est définitivement NON.

Je comprends bien que le terme ait pu faire mouche et être repris par plein de gens qui ont capté que la critique dominante de l’islam n’est la plupart du temps qu’un paravent pour des courants xénophobes, nationalistes et racistes qui cherchent à attaquer les immigrés ou descendant-e-s d’immigré-e-s. Mais comme on peut le voir en situation et comme cela a été exposé dans ce paragraphe, ce terme introduit, d’un point de vue révolutionnaire, de la confusion politique… à une époque où il n’y en a déjà que trop… avec tous les dégâts qui vont avec.

C’est pourquoi comme d’autres, je préfère parler, au lieu d’« islamophobie », tout simplement de racisme ou, en cas de situations plus spécifiques, de racisme anti-arabes et anti-noir-e-s, ce qui ramène la question sur son terrain principal, à savoir que derrière les critiques xénophobes de l’islam ce n’est pas tant la religion musulmane qui est visée que des fractions immigrée ou issue de l’immigration, prolétaires, colorées et supposément musulmanes de la population. Et en utilisant ces termes, en tant que révolutionnaires, on se situe sur le terrain de la défense des individus et des fractions, souvent prolétaires, de la population visées par le racisme, pas sur le terrain de la défense d’une religion, ce qui n’est tout simplement pas notre vocation ni notre finalité.

Contre tous les replis identitaristes

En ces temps de crises sociales et politiques, et y compris de crise des mouvements révolutionnaires et ouvrier (ou de ce qu’il en reste…), en l’absence d’alternatives subversives ne seraient-ce qu’un tant soit peu crédibles, les replis et enfermements identitaristes se multiplient, se renforcent et se « légitiment » mutuellement, que se soit sur des bases nationalistes, ethniques, religieuses, culturelles, corporatistes.

Il ne s’agit pas de nier qu’on ait tous et toutes une identité, mais nos identités sont généralement composites, puisant à différentes sources culturelles et sociales, individuelles et collectives. Nous les concevons souvent, en tant que révoutionnaires, comme évolutives et ouvertes, destinées à être partagées et métissées. Toute définition étroite, uniformisée, figée, fermée et enfermante de l’identité aboutit à l’étouffement individuel et collectif et est souvent destinée politiquement à nourrir les replis communautaristes.

Présentement chacun-e est tenté et incité à se replier sur son « entre soi » (et le ghetto révolutionnaire en est une forme parmi d’autres), sur son « même », sur sa famille, sur son pays, sur sa soi-disante « communauté » et les solidarités limitées, étriquées et sélectives qu’elle permet. S’ouvre alors également la course à la représentation de la « communauté » : les aspirant-e-s aux postes de direction et d’encadrement politique, moral et spirituel ne manquent pas.

Il sortira de ces replis communautaires et identitaristes des divisions et des tensions accrues entre différentes fractions de la population, pourtant toutes exploitées et dominées par le même système, même si c’est sous des formes et à des degrés divers. À la guerre sociale, le système préfère évidemment la guerre de tous-tes contre tous-tes comme il préfère la guerre civile à la révolution. Et nul doute qu’il saura utiliser et alimenter les tensions communautaristes pour œuvrer à son propre maintien. Réussir à faire vivre et étendre des espaces de lutte politique et sociale, où se crée du commun et du communisme, ouverts à tous-tes les exploité-e-s, les dominé-e-s, les révolté-e-s, peu importe leurs origines ethniques ou culturelles, leurs nationalités, leurs couleurs de peau, leurs religions individuelles éventuelles va être une difficile nécessité.

La Bataille socialiste

La fable de la serveuse, du cadre et du pauvre petit patron

Un cadre, salarié d’un grand groupe français de l’énergie, est assez préoccupé ces temps derniers.

En effet, comprenez-le, le pauvre homme. Ce cadre surmené a commandé la pause de 200.000€ de fenêtres et de véranda et il ne sait toujours pas quand les travaux seront terminés. Vous imaginez un peu le niveau de stress dans lequel il est.

Là y’a un entrepreneur qui vient lui poser, ses fenêtres. Enfin pas lui. Ses six employés. Car il faut être six pour en porter une seule, fenêtre. Il faut dire que ce cadre voit les choses en grand. Et puis il est « écoresponsable  » ce cadre, voyez-vous. La véranda servira aussi à chauffer la maison de 480 mètres carrés.  Pour le reste, il le fera passer en crédit d’impôt. Il est écolo et bien informé, ce cadre.

Dans l’absolu, cela ne sert pas à grand chose un cadre.  Un cadre ne produit rien. Mais au sein d’une économie de marché, un cadre est indispensable. Indispensable pour le capitalisme car payé pour optimiser le vol de plus-value, c’est-à-dire pour faire travailler mieux et plus vite les employés, pour leur voler un maximum de temps de travail, à savoir cette grosse partie du temps travaillé qui n’est pas rendue en salaire mais gardée. 

Tout le monde sera d’accord pour concéder que ces 200.000€ de fenêtres ne profitent aucunement à la société. Ils sont là uniquement pour le privilège d’un cadre qui bénéficie du vol de 200.000€ de travail productif effectué par les ouvriers et les employés de ce grand groupe. 

Car voyez-vous, la classe possédante, la bourgeoisie, la rente ne pourraient pas exercer seules leur dictature politique et économique. Une partie du magot, cette masse de travail volée aux travailleurs, est réservée aux cadres surmenés et aux  » pauvres petits patrons ».

D’un strict point de vue économique, de création pure de richesse, employer un garçon de piscine ne crée strictement aucune richesse.

La bourgeoisie française ne crée pas seulement des esclaves salariés, elle se crée des larbins.  Et comme elle n’en a jamais assez, elle se fait voter des lois sur mesure, y compris celle qui permet aux rentiers de s’offrir les services de l’entretien de leur piscine. Car l’Etat est son Etat. 

Sous Sarkozy, l’assiette des cadeaux fiscaux se basait sur 18.000€ + 3% des revenus, ramenés à 10.000€ sous Hollande en début de mandat. Cela signifie que pour les nantis, il est possible de déduire 50% de cette base de ses impôts et ainsi, finalement, se faire offrir des gens de maison par l’Etat, c’est-à-dire par le vol du travail productif des plus nombreux, le prolétariat. 

Si notre cadre est surmené et stressé, notre entrepreneur de fenêtres, lui, est bien malheureux.

Du soir au matin, il pleurniche contre RSI, l’organisme collectant les cotisations sociales. Il râle, il râle tout le temps. Mais ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il se verse 4800€ par mois.

Il trouve ça peu compte tenu du « temps passé  » et de la « prise de risque ». Mais il ne se demande pas si une serveuse enchaînant un service de 14 heures est payée en rapport du « temps passé « . Il ne veut pas admettre que les vrais risques, ce sont ses propres employés qui les prennent en montant tous les jours sur les toits. Car ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il ne monte jamais sur les toits, lui. Il ne sait rien faire de ses dix doigts en vérité. Il l’a héritée de son père, sa boite.

 Ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il s’est acheté un 4×4 « avec la boite « . Il l’utilise le week end avec « l’essence de la boite « . Ce qu’il ne dit pas non plus, c’est que de temps en temps, il prend des chantiers au black. Parfois il fait 5000€ dans un week end. Au black.  Et son sport favori consiste à « faire passer des factures avec la boite « . Partout où il va, il demande  » vous pouvez me faire une facture? « . Et ce qu’il ne dit pas aussi, c’est que s’il y a des difficultés avec « sa boite « , et bien il sera peut être le premier à ne « plus se verser de salaire  » mais en tout cas, il sera quoiqu’il arrive le dernier à en partir.

En réalité, ce pauvre petit patron ne gagne pas seulement 4800€ par mois. Il gagne bien d’avantage. Car en payant ses 6 employés 1400€ par mois sauf le chef de chantier qui lui est à 1800€, et bien même une fois les « charges payées », il reste beaucoup, beaucoup d’argent.

Or le problème, c’est qu’il a des concurrents. S’il veut continuer à mener le même train de vie ( 80% des travailleurs français sont à moins de 2200€ ) et bien il faut adapter l’efficacité de « sa boite » . Et le plus formidable, c’est que la compta, qui est faite pour les patrons, qui est faite pour la classe possédante, intègre la gourmandise infinie du Capital qui est celle de devoir renouveler l’appareil productif (les machines, les équipements, le 4×4,…) au but de réaliser et réaliser encore d’avantage de profit. Et puis pour faire sa compta, son expert est compréhensif. En faisant valdinguer certains chiffres de certaines colonnes, ça fait baisser le bénéfice. 

Voilà pourquoi les investissements sur un exercice comptable, sont déduits des impôts. Formidable pour notre pauvre petit patron. Il a gagné plein d’argent ( il a volé légalement et illégalement une masse énorme de travail à ses employés ) et va donc se faire construire juste à côté du premier, un second bâtiment, des stocks encore plus imposants que les premiers. Toujours à 4800€ Toujours à bramer tous les jours après RSI, quelle plaie.

Mais imaginons que sa boite soit vendable. Et bien notre pauvre petit patron, à 50 ans, il revend sa boite 800.000€. Et là, on comprend que ce pauvre petit patron, tout le temps à chialer, il gagnait bien d’avantage en réalité, que 4800€

 Il gagnait bien d’avantage que tous les avantages qu’il volait à la société. Il gagnait en plus la réalisation de la Valeur de sa boite. Réaliser de la Valeur, voilà le seul but du capitalisme! 

Et c’est quand on fait la somme de tout cela, quand on réfléchit un peu à l’ampleur de tous ces vols cumulés… Quand on se rend compte de l’ampleur des montants, c’est-à-dire du temps de travail, du temps d’existence, qu’il vole à ses employés, à tous les employés, à tous les ouvriers, on commence à lever le voile sur cette arnaque gigantesque!

Comme le cadre surmené, ce pauvre petit patron est un parasite. Il se signale d’ailleurs tous les jours en pestant après « les charges « , c’est même à ça qu’on les reconnaît.  

Sans oublier l’embauche de son fils ou de sa fille comme secrétaire en emploi semi-fictif et le dernier voyage à Rio de février, la cuisine, le billard, le frigo américains, le mas provençal dans le Lubéron, le lot de trois apparts dont deux taudis qu’il loue à des étudiants, le VTT à 6000€ qui a fait deux sorties, l’assurance vie chez TaXa assurances, les diverses collections entassées au sous-sol et la mini cooper S de madame. Rouge avec le drapeau anglais.

Tant qu’on comparera nos miettes salariales à un salaire annoncé à 4800€, on se fera avoir!

La différence entre les deux existences ne se compte pas en euros!

Il n’y a pas une inégalité de 3500€ entre ces deux salaires! Il y a une inégalité qui n’est pas quantifiable tant elle est énorme! 

Jugez plutôt. Pour un français sur quatre, en tout cas si l’on en croit une enquête récente, ne reste à la fin du mois, une fois que tous les postes obligatoires du fameux «budget » sont couverts, que moins de 10€ 

Or celui à 4800€ là, celui du dessus, qui en réalité, on l’a vu, gagne bien d’avantage, avec ce qu’il triche, avec ce qu’il vole, magouille, investit et récupère comme valeur. Et bien il est propriétaire de sa villa, lui! Son budget logement, lui, c’est zéro!

Celui à qui il reste 10€, il loue.


D’un côté 10€ de loisirs, de l’autre des milliers non pas d’euros mais d’ordres légaux d’oppressions, d’obligations presque immanentes à pouvoir jouir de ses privilèges, en vertu de la Loi, du Marché, de l’Ordre, de l’Economie.

Ces milliers d’euros, c’est une capacité à se faire servir, tous les jours, à jouir pleinement des oppressions légales qui consistent à devoir obéir quoiqu’il arrive, sous peine d’aller en prison, aux Lois du marché et de la propriété.

Le pauvre petit patron qui entrera dans le bar de la serveuse et qui « commandera » son verre en étant d’un rare mépris, aura toutes les lois du marché avec lui. La serveuse n’a pas le droit de lui cracher à la gueule. C’est la loi. Elle doit obéir, sourire et servir le verre. C’est la Loi du marché qui veut ça, on ne peut rien y faire. C’est comme ça. Cela existe car c’est la loi.


Cette serveuse a 10€ de loisirs par mois. Elle ne sort jamais de chez elle, sauf pour aller bosser. Elle ne part jamais en week end. Elle ne part jamais en vacances. Elle fait ce boulot « en attendant de trouver mieux « . Il n’y a pas d’existence. Où est la vie là dedans? Toute une vie à attendre de trouver mieux. Cette vie, elle n’est même pas comparable puisqu’elle est directement liée à celle que l’on subit, celle du pauvre petit patron, celle du cadre surmené, celle de ces quelques millions de parasites qui s’ajoutent au parasitisme des rentiers. 

Il n’est pas possible de comparer le salaire d’un exploiteur avec celui d’un exploité tout simplement parce que le salaire de l’exploité n’existe que parce que ce dernier est volé de son travail, le montant du salaire étant la matérialisation légale et mathématique du vol de ce temps de travail, de ce mois entier de travail.


C’est à partir du moment où les 1300€ sont engloutis par tous les rentiers en place, que l’on peut «officiellement » déclarer cette serveuse en situation d’esclavage salarial. Ces 1300€ sont donnés pour être immédiatement repris, avec d’autre choix ou presque, que celui d’entamer un autre mois de travail.

La différence de travail non rétribuée en salaire sert à créer la richesse, sous forme d’argent, qui permet de distribuer l’organisation de la société bourgeoise entre l’existence de ceux qui n’ont pas d’argent et celle de ceux qui possèdent l’argent ou maîtrisent la capacité à en créer. 

La capacité à acheter du privilège, du service, du servage, du déplacement, du « bien être » n’est pas quantifiable. Elle existe et elle doit être abattue.

La vie de cette serveuse à 1300€  – qui est obligée d’engager du travail la totalité de son mois pour obtenir à la fin 10€ de loisirs – n’est pas à 3500 minuscules euros en dessous du pauvre petit patron à – soit disant –  4800€.

Il y a un monde. Il y a une vie de foutue, il y a une mort psychique, il y a une vie volée qui les sépare.

Des millions de vies volées. Par un système marchand, par le salariat.

 

Les Enragé-e-s 

 

 

 

 

Heureusement, les chasseurs de Pokémon attrapent aussi les réactionnaires

   Est-il possible de parler de ce dont tout le monde parle sans en parler comme tout le monde?

 

  C’est en tout cas un exercice auquel on pourrait se livrer si l’on entendait se jeter sciemment dans le piège d’une campagne de publicité planétaire à laquelle il aura été difficile d’échapper.
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    Ainsi, au but d’en déjouer l’embuscade, il sera sans doute salutaire de prendre le parti de s’en extraire… d’entrée de jeu.
   Ce n’est donc pas de  » réalité augmentée  » que nous vous parlerons dans ce billet mais de concurrence de réalités et plus précisément, de concurrence de Valeur au sein d’une société de marché.

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  Dans cette optique, nous tenterons de comprendre pourquoi ce jeu a-t-il pu soulever une telle vague de critiques enflammées de la part de réactionnaires qui, par ailleurs philosophiquement chahutés par la période, voient débarquer de nulle part une nouvelle économie ludique installant massivement dans le réel et en l’espace d’une journée à peine, sa propre société autonome, et ça, passez-nous l’expression, c’est un peu fort de café!

«  C’est un peu fort de café. »

 Un monde cohérent semblant se substituer à celui auquel ils essayent péniblement de croire, cette fois, croyez-le si vous le voulez et pardon de nous exprimer de la sorte mais voyez-vous, la coupe est pleine!

«  La coupe est pleine. »

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Pour un réactionnaire, cela en est trop. Ajouté aux modifications rapides qu’a connues le capitalisme et qu’il ne veut toujours pas se résoudre à admettre vraiment, voir arriver ce jeu dans le réel le plonge, on va le voir, dans un doute profond. Entendez-bien cela.

Ce jeu lui prouve de façon indiscutable, notez bien qu’admettre publiquement ce fait lui est quasiment inconcevable, que la stupidité vindicative qu’il entrevoit dans cette chasse aux Pokémon fait apparaître grossièrement en une seule journée celle qu’il ne peut se résoudre à voir dans le système de valeurs qui le tient à l’état de zombie après toutes les années qu’il y a investies en pure perte. Et ça, franchement, c’est le signe qu’il y’a une couille dans le potage.

« Le signe qu’il y a une couille dans le potage. »

Car lui, ce qui le tient en vie, c’est la souffrance, c’est le Travail, c’est faire son salut dans le temps, c’est la chasse au pognon et pas aux Pokémon, nom de Dieu!

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Ce compte monté au niveau 24 s’échange à la valeur d’un SMIC au sein du capitalisme, faites vos jeux, rien ne va plus.

Car lui, il n’y croit pas aux Pokémon. Il croit à une chose qui était pour lui la seule chose possible qu’il puisse exister parce qu’elle était la seule à exister dans le réel. Comprenez-le. L’âme religieuse familiale qu’il a eu a affronter et que la période le convoque à affronter de nouveau, lui interdit formellement de réinventer tout réel. Lui, quand on lui parle d’une autre société possible, il n’y croit pas, en tout cas pas avant qu’il puisse la voir vraiment. Et puis il n’a pas envie que son travail soit accaparé par des jaloux et des aigris.

« Il n’a pas envie que son travail soit accaparé par des jaloux et des aigris. »

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Zardoz de John Boorman,1974, au gigantesque masque élevé au rang de divinité qui se révèle être, sans blague, une grossière supercherie.

 Avec ces chasseurs de Pokémon, qui occupent l’espace sur la base d’une autre organisation sociale capitaliste, tout aussi inégalitaire même si cela n’est pas ouvertement et immédiatement signalé aux joueurs, profondément injuste dès sa première journée d’existence car fondée sur une course à la Valeur produisant sa propre hiérarchie autonome, ce réactionnaire obtient la démonstration dans le réel non pas de l’existence des Pokémon mais que cette société de millions de chasseurs de Pokemon existe, elle, elle existe vraiment! Du jour au lendemain! Dans son jardin! Mais enfin, les gens ne respectent plus rien!

« Les gens ne respectent plus rien. »

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 » Mais foutez-moi la paix à la fin! « 

 Ce réel concurrent lui démontre que la société à laquelle il croit n’est ni plus vraie ni plus fausse que celle à laquelle croient ces chasseurs de bestioles numériques. Et ça, imaginez-bien, c’est assez déstabilisant.

 Car voyez-vous, le fait que près de 200 millions de personnes aient pu se mettre du jour au lendemain à marcher pour capturer des Pokémon au lieu de travailler pour capturer de l’argent, pour lui, avant même d’y avoir réfléchi deux minutes, c’est insupportable.

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Chasser du pognon ou chasser des pokemon, voilà le seul choix d’organisation proposé par des sociétés fonctionnant sur un système économique dont le moteur est la production de valeur par l’exploitation. Au secours.

 Insupportable car ces jeunes, ils feraient mieux de chercher du travail au lieu de chercher des pokemon qu’il se dit! Ils se lèvent même la nuit et même pas pour travailler! Ils osent se lever pour autre chose que du travail, c’est une honte!

« Ils se lèvent même la nuit et même pas pour travailler, c’est une honte. »

 Du travail, il y en a, il suffit de chercher, dégobille-t-il . Les gens ne veulent plus travailler! Ils veulent chasser des pokemon qu’il se dit cet abruti!

« Du travail, il y en a, il suffit de chercher! »

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N‘oubliez pas, son âme religieuse renverse tout. Pour lui c’est le patron qui crée l’emploi. Pour lui, c’est grâce aux riches, aux possédants et non à cause d’eux que l’on ne peut que survivre. Pour lui c’est la Faute des chômeurs s’il y a du chômage. Oui, des coups de pelles.

Et comme il évolue au sein d’une croyance qui disculpe en permanence les vrais bénéficiaires, le réactionnaire désigne systématiquement des Fautifs parmi les plus faibles, parmi les opprimés, parmi les premières victimes du système économique, parmi ceux qui sont déjà victimes des oppressions et de l’Etat.

Pour lui, la vie, c’est le travail. La société un ensemble cohérent inégalitaire au sein duquel chacun  » doit trouver sa place « . Il possède une vision religieuse du monde que cette concurrence malmène.

En effet, comment un tel concurrent direct peut-il se permettre de se moquer aussi effrontément sous forme ludique du système économique auquel il croit dur comme fer?

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Pour lui, ce jeu représente le mal. Il représente la Bête, le diable, et pas uniquement parce que c’est de la technologie.

Le réactionnaire, on le sait, peste contre les jeux vidéo par principe. Parce que c’est de la technologie. Parce que la technique se substituerait, selon lui, à Dieu et ça, c’est mal, c’est très mal.

Et bien ce jeu, il anime des millions de gens dans le réel, et ils y croient aussi, à leurs pokemon, tout comme lui à son pognon. Car pour ce réactionnaire, le pognon est neutre (il n’a pas d’odeur), pour lui, le marché existe à l’état  » naturel  » et n’est pas une construction sociale. Pour lui l’argent n’est pas le résultat de millions d’oppressions croisées. Pour lui, le PIB n’est pas une abomination en soi. Pour son principe.

Car ce jeu singe de manière si grotesque le système de Valeur après lequel il court, que cela l’achève. Depuis des années, ce réactionnaire est malmené philosophiquement par l’évolution violente des rapports de production capitalistes et l’ampleur de la crise systémique.

Ce réactionnaire a eu beaucoup de mal à accepter que le capitalisme redéploie les centres productifs selon ses propres intérêts immédiats et non selon la gestion catholique sociale qui avait cours au sein du patronat au 19e siècle ou à l’immédiate après-guerre. Les cœurs productifs ont été éclatés, la croissance du capitalisme s’est redéployée sur du superflu destiné à deux classes bien précises ou plutôt à une classe et à une demi-classe, rapports de production particuliers qui n’auront duré qu’un temps en sein de cette phase capitaliste.

Il faut être clair et le dire: La société « de services », qui concerne 75% des emplois, ne fonctionne pas sur un mode selon lequel tout un chacun se retrouverait tour à tour serviteur et servi. Non, une majorité de la population sert une minorité. Toujours la même! Une grande partie des services le sont au service d’un bloc social composé de la bourgeoisie, de la petite bourgeoisie et du haut des couches moyennisées. Un tiers de la population possède la quasi totalité des patrimoines (10% de la population possède 60% de la Valeur patrimoniale, 50% en possède 5%) mais aussi le privilège d’être servi.

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L‘immense majorité du travail devient ainsi parfaitement inutile. Le réactionnaire, qui est bien plus concret qu’un cadre de centre gauche parisien d’Europe Ecologie, comprend très bien cela.

Il accepte cela car le service au riche permet selon lui d’aller chercher la richesse où elle est. Son âme religieuse renverse tout, n’oubliez pas. Pour lui, c’est le patron qui crée l’emploi. Pourtant, un patron qui crée un emploi crée avant tout un esclave salarié. C’est même l’esclave salarié qui, par le vol légal de son travail, permet l’existence du patron.

C’est en réalité le salarié qui crée le patron mais ça, le réactionnaire ne le comprend pas, même si issu de famille paysanne, commerçante ou artisane, il est devenu lui-même salarié. Il n’a pas encore percuté qu’il avait changé de classe.

Le réactionnaire a donc dû accepter le fait qu’une part du travail soit inutile. Mais comme pour lui le Travail fait monde, il est incapable de comprendre à quel point le Capital le vole, lui, aussi, tout au long de son existence, sur la totalité de l’organisation de son existence.

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Repenser l’appropriation du temps et de l’espace, la socialisation, en remettant en question radicalement l’exploitation salariale, la Valeur, la gestion de l’énergie et la division du travail, une question qui ne viendra à l’idée d’aucun des protagonistes des « dîners en blanc » .

Et il s’en moque voyez-vous. Car son éducation religieuse l’a construit pour lui influer une haine profonde de la liberté. La liberté le panique. Le fait d’avoir à se retrouver face à soi-même et à ses démons le terrifie. Le Travail est la voûte, c’est lui qui permet de tout faire accepter.

En revanche, jamais ce réactionnaire ne s’inquiétera du fait que des milliers de privilégiés puissent se réunir impunément en plein Paris, sans exprimer la moindre culpabilité, poussant l’outrage jusqu’à s’affubler du blanc de la royauté. Ceux-là, il ne veut pas les envoyer travailler la nuit. Cela ne le gêne pas qu’ils privatisent l’espace public là où la plupart des travailleurs en lutte n’auraient pas droit de le faire. Un ordre vertical naturel injuste et immuable.

Pour lui,  la question du travail, du chômage est juste une question de bonne volonté et de chance, de providence, de naissance, en aucun cas une condition du salariat, ni un instrument de pression économique contre les plus nombreux, surtout en temps de crise.

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Cela se passe en plein Paris comme dans d’autres villes dans le monde, avec toutes les autorisations officielles en main, le gotha se réunit pour un dîner privatif rassemblant des milliers de nantis dont l’accès chaque année tenu secret se fait uniquement par cooptation. Nul ne dira si le nombre de pokemon en banque entrent en ligne de compte.

Pour ce réactionnaire, renverser la vision du réel ne demande pas d’engager un effort considérable. La ouate du néant, le bonheur infini de l’autruche la tête plantée dans le sable, avouez-le, cela possède un certain confort. En tout cas pendant un temps.

Le réactionnaire ne comprend pas et ne veut pas comprendre l’économie de marché. Il ne comprend pas le chômage de masse. Il ne comprend pas la crise systémique. Il ne comprend pas comment le capitalisme parvient à gâcher de telles forces productives de la même façon qu’il gâche la planète.

Il ne comprend pas l’extraordinaire et indicible injustice, la montagne de captation de travail, de ressources et d’énergie, de destructions nécessaires y compris humaines, pour produire le « niveau de vie » auquel il s’accroche et qui n’est en réalité que le niveau de production au sein d’un régime salarial à un instant T du développement du capitalisme. Système économique barbare sur lequel se pencheront probablement d’ici quelques siècles des historiens en se demandant comment cela a été possible, comment « les gens » ont-ils pu accepter ça, comment ont-ils pu passer autant de temps à accepter un jeu de valorisation aussi simpliste et grossier?

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Les pixels, c’était mieux avant.

  En espérant que nous galériens prenions nous-mêmes les choses en main pour faire dévier tout le monde de cette pente morbide.

Quoiqu’il en soit, en cette bonne vieille année 2016, prenons bien la mesure de ce fait historique:

Une hérésie tente d’entreprendre l’organisation religieuse du royaume en se suppléant à la valeur Travail. Croyez-le si vous le voulez mais tout fout le camp!

« Tout fout le camp. »

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Le Moyen Âge, c’était mieux avant.

« Et la bagnole aussi, c’était mieux avant. »

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Ah ben forcément, elle va beaucoup moins bien marcher qu’avant.

 Nous avons donc un système capitaliste ne supportant pas la concurrence qui finit par produire un système ludique concurrent autonome au sein même de l’espace temps sur lequel s’exerce son appétit.

D’un côté nous avons un système qui fonctionne sur la production de Valeur par l’organisation marchande globale de toute minute d’existence et dont le Capital ne peut se reproduire sans vol légal de travail. Ainsi, temps productif ou temps non productif (le travail et les loisirs ne sont que les deux faces de la même pièce capitaliste) sont régis par la même logique reproductive du capitalisme, l’Humain est totalement dépossédé de son vivant, du premier au dernier jour de son existence.

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Pratiques de consommation névrosées et fétichisme de la marchandise. Le collectionneur possède ici deux exemplaires de la même figurine, cette figurine comme toutes les autres, étant un produit direct des nécessités de réalisation de Valeur. L’exemplaire neuf est immaculé. Il obtient une sur-valeur d’échange par son blister intact, seule la main d’un travailleur a touché cette figurine. Pour le collectionneur en revanche, aucune main ne l’a touchée, pas même celle de celui ou celle qui l’a produite. Sa virginité se valorise par une absence d’intégration au processus de  consommation, par un déni des conditions concrètes et matérielles qui ont produit cette figurine et par la double possession du même objet, l’une de nature souillée et impure, l’autre intacte et sacralisée.

 La forme ludique clonée déploie elle aussi son système de recherche de Valeur (les Pokémon rares) sur une grande part de l’espace matériel et se nourrit de la Valeur extorquée au système parasité.

 A la différence du premier système, le second permet au joueur de directement valoriser l’investissement temps engagé et ce de manière automatique, fonction de domestication que n’est plus forcément en capacité d’être assurée directement par le salariat.

La socialisation qu’il produit transperce l’organisation sociale existante et ainsi, ravive une promesse de socialisation que le capitalisme n’est plus forcément en capacité d’offrir.

Sa capacité à se jouer de la frontière, de la limite de propriété, du mur, du privatif, en fait un système qui invite à une mobilité géographique et propose une désirabilité d’exploration de l’espace que le capitalisme n’est pas capable d’offrir.

Ce système ludique concurrent sortant de nulle part se place, dès la première journée, en capacité de créer une désirabilité que n’est plus en capacité d’offrir le capitalisme auprès de ceux qui ont à le subir.

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En s’appropriant la quasi-totalité de l’espace monde, ce jeu installe une mécanique de création de Valeur venant faire concurrence à une autre course à la Valeur dédiée à une logique identique. Il démontre de façon absolument indiscutable la construction sociale et spatiale autonome que produit une mécanique dominée par une création de Valeur totalement désaccordée des nécessités de la production et des projections matérielles des rapports de production.

Ce jeu brise de fait l’implacable facticité de la construction sociale dédiée que s’emmène toute société basée sur la production de valeur. Il démontre comment une organisation sociale basée sur la valeur est rapidement capable de couper une société de ses propres nécessités. Ce jeu démontre que la Valeur ne va pas dans le sens de l’humanité mais qu’elle ira quoiqu’il advienne dans le sens de la Valeur.

Le chasseur de pokemon rare pénètre dans la villa d’un retraité abonné à  la chaîne américaine d’extrême droite Fox News. Il y a concurrence immédiate de course à la Valeur. D’un côté un Pokémon rare, de l’autre la Valeur de la villa.

D’un côté un système ludique naïf parasitant un système oppressif et esclavagiste, de l’autre un système oppressif et esclavagiste. Ils tombent nez à nez. Le chasseur de pokemon dégaine sa pokeball, le propriétaire, lui, son fusil.

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Deux valorisations de l’espace. Deux concurrences de Valeur.

Deux vies humaines embrigadées chacune dans une croyance concurrente qui fonctionne sur une organisation sociale différente de l’espace et du temps.

Le chasseur de Pokémon, qui est soit dit en passant, un abruti de première, va-t-il parvenir à capturer le votant de Donald Trump, qui lui est complètement con?

Ne rêvez pas, le chasseur de pokemon s’effondre blessé au sol…

Mais en réalité, c’est le propriétaire qui fait tomber le capitalisme à terre par le sommet de ridicule que la scène produit.

Les joueurs de Pokémon ne respectent pas la propriété ni le couvre-feu! Ils marchent au lieu de travailler. Ils se rencontrent en dehors du cadre où s’exerce le pouvoir du patriarche (la famille, le patrimoine), celui où s’exerce celui du patron (l’entreprise, la direction) et celui où s’exerce celui de la patrie (l’institution, les procédures civiques).

Mettez-vous à la place une seconde de ce réactionnaire, les joueurs de pokemon permettent non seulement de révéler au grand jour qu’ils jouent à un jeu largement aussi idiot que celui qui le tient à l’état de zombie mais en plus ce jeu se permet de jouer à Dieu! Il se substitue à l’ordre  » naturel « ! C’est obscène, voyez-vous!

« C’est obscène, voyez-vous. »

Ce réactionnaire n’a pas compris qu’il est lui-même autrement plus stupide qu’un chasseur de pokemon, Dieu merci!

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

« Pourquoi je démissionne du syndicat »

En 1981, Jean était syndiqué CGT à Saulnier-Duval, l’une des principales usines métallurgiques de la région nantaise, au sein de laquelle il subsistait encore des rétifs parmi les damnés de la chaîne de montage, plus de dix ans après Mai 68. D’où l’ambiance faite de réticences au travail, de coulages larvés de la production, parfois même de sabotages. Avec quelques autres complices, Jean diffusa largement cette lettre ouverte devant bon nombre d’usines en Loire-Atlantique, en commençant par Saulnier-Duval, et après avoir expliqué les raisons de sa démission en assemblée générale, sous les cris de haine des staliniens.

 

Après plus de vingt ans dans l’opposition, les partis qui se réclament de la classe ouvrière viennent de prendre le pouvoir. Cela va-t-il changer quelque chose à notre sort ? Beaucoup d’ouvriers pensent qu’il faut attendre et laisser faire le nouveau gouvernement. C’est aussi ce que disent les syndicats qui nous appellent à faire preuve de patience et de réalisme.

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Eh bien, disons-le clairement : ce gouvernement est, comme le précédent, au service du capital. Avec lui, l’exploitation et l’oppression vont continuer. La seule différence avec le gouvernement Giscard-Barre, c’est que Mitterrand-Mauroy et Cie ont la confiance des ouvriers, et c’est là dessus que compte le capital pour continuer ses fructueuses affaires. Les premiers pas sont prometteurs. A peine le Smic était-il augmenté qu’une série de hausses des prix était annoncée, comme pour illustrer le piège continuel du capital qui reprend par l’inflation ce qu’il cède sur les salaires. Pour calmer les jeunes qui s’apprêtent à rentrer au chômage, Mauroy ressort le même « pacte pour l’emploi », tant décrié quand c’était Barre qui les lançait. Gouvernement, patronat et syndicats s’entendent pour réduire le plus lentement possible la durée du travail, le temps de laisser aux patrons la possibilité d’augmenter les cadences et de réorganiser la production pour faire tourner les usines plus longtemps. Avis aux amateurs du travail de nuit et de week-end ! « Attendez, nous disent nos ministres, ce ne sont que des premières mesures, on fera mieux et plus. » En attendant, un rapide coup d’œil en arrière nous éclairera peut-être sur ce que nous réserve l’avenir.

 

En 1914, la gauche entre au gouvernement pour soutenir la guerre
capitaliste et appelle à défendre la patrie, c’est-à-dire le droit pour les
ouvriers de mourir en défendant le droit des capitalistes à s’enrichir. En 1936, les fameuses «  conquêtes » ne furent pas octroyées de bonne grâce par le gouvernement de gauche, mais arrachées par la longue grève générale avec occupation. Quand à la gauche, elle jouait les sapeurs-pompiers.
« Il faut savoir terminer une grève », dit alors Thorez. Frachon, chef de la CGT déclare : « Nous savons que beaucoup de patrons ne respectent ni les lois sociales, ni les conventions collectives. Je comprends votre indignation devant ces manquements. Eh bien, malgré cela nous vous demandons de ne pas occuper les usines et d’éviter les grèves dans toute la mesure du possible. »
En fait de conquêtes, il s’agissait de concessions temporaires que la bourgeoisie lâchait pour faire reprendre le travail. 
Un an après, la mise en application de la loi sur les 40 heures était lettre morte ; les augmentations de salaire avaient fondu ; il restait les congés payés, devenus de toute façon une nécessité et adoptés ensuite par les principaux pays capitalistes.

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Le front populaire au secours du capitalisme français

En 1945, tous les partis s’unissent pour remettre au travail les ouvriers qui auraient pu croire le moment venu de se libérer du capital. Les partis de gauche et la CGT, par la voix de Frachon appellent à « retrousser les manches ». Thorez en personne s’oppose à la grève des mineurs en ces termes : « Produire, faire du charbon est aujourd’hui la forme la plus élevée de la conscience de classe », et le leader de la CGT, Gaston Monmousseau déclare : « La grève, c’est l’arme des trusts. » Ambroise Croizat, leader des métallos CGT devenu ministre du Travail autorise les heures supplémentaires « dans la limite de 20 heures par semaine », autorisant ainsi des semaines de 60 heures. Dans le même temps, ces prétendus ministres ouvriers furent solidaires pour mater dans le sang les révoltes dans les colonies : pas moins de 10 000 morts à Sétif en Algérie ; 80 000 à Madagascar. Par la suite, la gauche se distingua encore en 1956 : élue sur le thème de la « paix en Algérie », elle vota unanimement les pouvoirs spéciaux à Guy Mollet pour intensifier la guerre.

Peut-on attendre mieux aujourd’hui ? En 1978, lors de sa campagne
électorale, Mitterrand nous a prévenus : « Il est vrai que la crise existe, il faudra la payer. Un grand effort national sera nécessaire… Nous serons plus à l’aise pour demander des sacrifices aux travailleurs. » Son futur Premier ministre disait, à l’adresse de Peyrefitte : « Vous finirez par provoquer une révolution à force de vous enfermer dans vos privilèges, à force de confisquer le pouvoir et l’argent. Si bien que le bon choix, le plus tranquille et le plus calme, c’est de voter pour le changement. »
Aujourd’hui, c’est chose faite : la droite usée et vomie par les travailleurs a passé le relais à la gauche pour qu’elle joue le même rôle de représentants des intérêts de la bourgeoisie et parce qu’elle est la mieux à même, grâce à se casquette sociale, de détourner les ouvriers de cette révolution dont parle Mauroy. Il ne faut donc pas s’étonner de retrouver dans ce gouvernement, côte à côte avec les ministres PC, PS et chefs syndicaux, des patrons comme Dreyfus, ministre de l’Industrie et PDG de Renault pendant vingt ans ; ou des spécialistes de la répression anti-ouvrière du genre de Grimaud, préfet de police à Paris en Mai 68, devenu chef de cabinet du ministre de l’Intérieur Deferre. Voilà qui va donner un sérieux coup de main à Séguy qui s’estimait, dans une interview au journal L’Express en 1978, «  en mesure dans le mouvement syndical, comme nous en avons fait la démonstration en Mai 68, de maîtriser toute velléité de débordement ou d’irresponsabilité gauchiste ».

La triste histoire de la gauche au pouvoir, que ce soit en France ou à
l’étranger, illustre la faillite des vieilles idées fausses sur le socialisme, qui ont fait tant de ravages dans le mouvement ouvrier. On nous a présenté le socialisme comme la victoire, le plus souvent électorale, d’un parti qui prendrait la place du parti vaincu à la tête de l’Etat pour le diriger soi disant dans l’intérêt des travailleurs. Il suffisait, d’après cette conception, de remplacer à la tête des usines les patrons privés par des gestionnaires publics, pour faire disparaître l’exploitation. La formule a connu des succès divers, à l’Est comme à l’Ouest, mais n’a guère fait mieux que le capitalisme classique : partout, les ouvriers triment dans les usines, font le même travail d’OS ou d’OP sous la férule de directeurs étrangement semblables ; partout, ils payent les conséquences des crises économiques, et sont bons pour le service quand il s’agit de résoudre la crise par la guerre. La forme des choses a peut-être changé mais, fondamentalement, elles sont les mêmes : exploitation de l’homme par l’homme, comme l’exemple de la Pologne le montre.

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Le capitalisme qu’il s’agit d’abattre se fonde sur la possession des moyens de production par une classe minoritaire, la bourgeoisie, privée ou d’Etat, à laquelle les prolétaires sont forcés de vendre leur force de travail devenue marchandise s’ils veulent survivre. Le patron, l’entreprise, l’Etat capitaliste, poursuivent le même but : extraire le maximum de profit des ouvriers qu’ils exploitent collectivement et ne leur laisser que le salaire minimum nécessaire à la reproduction de leur force de travail. La concurrence entre patrons, entre entreprises, entre Etats est acharnée. Il en résulte l’anarchie du marché et de la production, le gaspillage d’immenses forces productives, en particulier dans les crises économiques, la mutilation des producteurs condamnés à vie à la même tâche parcellaire dans les bagnes industriels modernes et, en fin de compte, les guerres entre Etats pour le repartage des sources de matières premières et des marchés, qui aboutissent à la destruction pure et simple des forces productives et rendent possible une nouvelle reconstruction du capital. Alors qu’il est déjà matériellement possible, par exemple, d’éliminer totalement la famine en mettant en application les techniques modernes, de réduire à quatre heures par jour la durée du travail en éliminant les productions qui ne se justifient que par l’organisation capitaliste de la production (par exemple l’armement), de supprimer le travail d’OS, etc., on continue de chanter le vieux refrain du capital : « Production, compétitivité, sacrifices » et aussi « Travail, famille, patrie ». Contre ces socialistes prétendument modernes et réalistes, il faut opposer les vieux mots d’ordre du mouvement ouvrier : « Abolition du salariat et du patronat. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »

Les ouvriers ont confiance dans la gauche réformiste, ses partis et ses
syndicats qui sont maintenant au pouvoir. Cet espoir dans le réformisme, c’est en gros l’espoir qu’on peut sortir de la crise et améliorer notre sort sans lutter contre le capital et sans le détruire. Il est grand temps de perdre cette illusion. Tant que le capitalisme était relativement prospère, comme jusqu’en 1970, il pouvait céder quelque chose aux esclaves salariés que nous sommes. Il est incontestable que notre sort s’est sensiblement amélioré depuis la dernière guerre. La classe ouvrière s’est ainsi pénétrée de l’idée que la bonne santé de ses maîtres capitalistes était la condition de la sienne, l’idée de la collaboration et de l’association entre le travail et le capital. C’est tout naturellement sur le terrain immédiat des rapports entre ouvriers et patrons, dans l’usine, et donc dans les syndicats, que cette idée s’est le mieux développée. Ce rapport entre le capital et le travail a produit tout un réseau d’institutions de négociation et de discussion de toute sorte entre ouvriers et patrons, d’où la lutte de classes était totalement exclue, chloroformée.

Mais il y a des limites. D’abord, si notre sort s’est amélioré, il faut savoir que celui de la bourgeoisie l’a encore été bien plus vite, que tout l’appareil de répression, d’oppression, d’endoctrinement s’est renforcé, que le fossé entre les classes s’est accru. Et, surtout, le mécanisme même du capital a conduit à cette crise que nous traversons depuis dix ans, où les oppositions de classe apparaissent plus clairement. La lutte est d’autant plus difficile à engager aujourd’hui à cause de notre habitude d’un capitalisme relativement sans heurts graves, et à cause de ces organisations syndicales et politiques qui jouaient hier le rôle d’amortisseurs sociaux grâce aux miettes qu’elles pouvaient grappiller et qui sont absolument impropres à la lutte. Désormais intégrés dans le capitalisme dont elles dépendent, habituées à la négociation-concertation, elles s’opposent frontalement à toute tentative sérieuse de la part de la classe ouvrière de refuser son rôle soumis d’esclave consentant et d’entrer en lutte pour sauver sa peau, au besoin par la violence de classe. C’est ce qu’a clairement montré Mai 68 et d’autres mouvements depuis (comme par exemple les luttes de Denain et Longwy en 1979). Face à un puissant mouvement des masses ouvrières qui menace l’ordre établi, syndicats et partis interviennent pour la défense de l’ordre contre le mouvement, faisant reprendre les ouvriers pour un plat de lentilles du genre des négociations de Grenelle en 1968. Et, quand il n’y aura plus de lentilles, c’est par la force qu’elles s’opposeront aux ouvriers. Ce n’est pas la faute de mauvais dirigeants qui « trahiraient » et qu’il suffirait de virer, c’est la fonction même des syndicats, fondamentalement réformistes, bornant leur horizon à la défense de la condition des ouvriers dans le cadre du capitalisme sans jamais remettre en cause le capitalisme lui-même. Quand la crise pousse spontanément les ouvriers à entrer en lutte contre ce système, à refuser leur condition d’esclaves et à revendiquer leur condition d’hommes libérés du capital, des organisations bâties sur le terrain de la défense du salariat ne peuvent que faire faillite.

La bourgeoisie la plus intelligente a vite compris l’intérêt qu’elle aurait à reconnaître officiellement les syndicats, dans le but d’encourager le développement des idées de collaboration de classe et la paix sociale.
C’est le ministre socialiste de l’Armement, Albert Thomas, alors que la
bourgeoisie française était en guerre, qui mit en place les premiers délégués dans les usines d’armement, en 1917. Le rôle de ce qu’on appelait alors des délégués d’atelier était ainsi défini : « Favoriser les relations régulières entre les industriels et leur personnel et éviter des incidents en donnant aux ouvriers le moyen de formuler d’une façon régulière leurs revendications. »
Le système des délégués du personnel fut étendu en 1936 à toute
l’industrie, sur demande du patronat. En 1945, l’intégration se renforce avec le développement des nationalisations, qui associent les syndicats à la gestion des entreprises, la création des comités d’entreprise, les heures de délégation. En 1968, un point important des accords de Grenelle est la reconnaissance officielle des syndicats dans l’entreprise. Il faudrait aussi mentionner toute la liste d’organismes de discussion et de négociation où l’on retrouve des représentants du patronat et des syndicats, quelquefois également de l’Etat, qui remplissent la même fonction d’amortisseur social, d’étouffoir de la lutte des classes, du genre : commissions paritaires, conseils de prud’hommes, commissions du Plan, comité de ceci ou de cela, etc.

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Prenons l’exemple des délégués du personnel et des comités
d’établissement. Les délégués du personnel rencontrent légalement le patron tous les mois pour lui transmettre les revendications individuelles ou collectives de leurs camarades. La plupart du temps, le patron répond qu’il n’y peut rien, qu’il y a la concurrence, que ça coûte trop cher, etc.
Quelquefois, pour des broutilles insignifiantes, il répond qu’il va voir ça, et ainsi de suite tous les mois. Ceux qui ont assisté à ce rituel savent qu’il n’y a rien de bon à en tirer. C’est uniquement par la lutte collective qu’on peut obtenir quelque chose, et non par la collaboration de classe. Les comités d’entreprise créés en 1945 par le gouvernement d’union nationale sont plus importants. Ils servent à associer les syndicats à la gestion de l’entreprise en lui donnant un petit droit de regard sur sa situation économique et financière. Et par le biais des «  œuvres sociales », financées par le budget du CE et gérées par les élus au CE, les syndicats eux-mêmes deviennent des gestionnaires de la force de travail dans l’intérêt de l’entreprise, jouant le rôle d’intermédiaires entre le patron et les ouvriers. Le rôle que les CE jouent dans la collaboration des classes est clairement défini dans la loi du l6 mai l946 : «  Le comité d’entreprise coopère avec la direction à l’amélioration des conditions collectives d’emploi et de travail, ainsi que des conditions de vie du personnel au sein de l’entreprise […]. Il étudie les mesures envisagées par la direction et les suggestions remises par le personnel en vue d’améliorer la production et la productivité de l’entreprise […]. Il propose en faveur des travailleurs ayant apporté, par leurs initiatives et leurs propositions, une collaboration particulièrement utile à l’entreprise toute récompense qui lui semble méritée… », etc.

Ici encore, il doit être clair que ce genre d’organismes est là pour tenter d’étouffer la lutte de classe, et la bourgeoisie ne s’en cache d’ailleurs pas. Ils n’ont d’intérêt que dans la mesure où l’on est d’accord avec le patron pour que l’entreprise fasse le plus de profit possible et se taille la meilleure place sur le marché. A travers les fonctions qu’il remplit, le délégué devient, qu’il le veuille ou non, qu’il soit sincère ou pas, un rouage de l’entreprise nécessaire à son bon fonctionnement ; un spécialiste capable de discuter avec les patrons des questions économiques, de savoir s’il vaut mieux investir ici ou là pour que la boîte tourne bien ; chargé de faire appliquer la loi et le droit du travail qui n’est que le droit pour les patrons de nous exploiter dans les normes ; faisant le travail d’une assistante sociale ; et bénéficiant pour tout cela d’un temps payé – les fameuses heures de délégation – pendant lequel il échappe au travail et à la discipline abrutissante de l’usine. Au bout de quelques années, le militant combatif du départ se transforme en bureaucrate intégré au système, et en vivant. Il ne comprend plus la lutte et, quand elle éclate, il tente de l’orienter vers les objectifs que son expérience lui a rendus familiers : la défense de l’entreprise, de sa production, de l’économie nationale :«  Produisons français ». Il accepte, par exemple, des licenciements, ou le blocage des salaires qui sont nécessaires en bonne logique capitaliste à la survie de l’entreprise ; il s’oppose aux formes de lutte qui ne respectent pas la légalité du droit du travail. Bref, il finit par se comporter comme un allié du patron dans les rangs ouvriers Aujourd’hui, l’intégration des syndicats au capitalisme est définitive. Il est illusoire d’espérer les transformer de l’intérieur, de s’en servir comme une arme pour la lutte de classe et l’émancipation de la classe ouvrière, comme je l’ai moi-même cru. Ce n’est pas une arme, même mauvaise de la lutte de classe, c’est un obstacle. Ce n’est pas une question de mauvais militants, c’est la nature et la fonction même des syndicats qui est en cause, bornant leur activité à une illusoire amélioration du sort des ouvriers à l’intérieur du système.

Telles sont les raisons pour lesquelles je démissionne de la CGT, et ce
n’est évidemment pas pour créer un autre syndicat ou aller à la CFDT
ou à FO. Les divergences entre ces syndicats ne sont qu’une question de nuances et, dans les phases aiguës de la lutte des classes, ils se retrouveront tous unis contre le mouvement (cf. Mai 1968). Aujourd’hui où la gauche est au pouvoir, le rôle de collaboration de classe des syndicats va encore s’amplifier. Mais les patrons eux-mêmes savent que la crise va s’amplifier, et que la gauche qui défend aujourd’hui les intérêts capitalistes n’aura pas cent sept ans la confiance des ouvriers. La gauche et les patrons intelligents cherchent donc à prévenir les inévitables explosions de la lutte sociale. Ils cherchent à tisser tout un réseau de négociations pour étouffer ces luttes et vont probablement donner plus de pouvoir aux syndicats pour qu’ils remplissent ce rôle.

Plus que jamais la défiance à l’égard des syndicats doit donc se renforcer. C’est en dehors d’eux qu’il faut préparer les luttes, qu’il faudra demain les organiser, en assemblées générales, comités de grève révocables par les grévistes, coordination entre les usines, de façon totalement indépendante de la bourgeoisie et des syndicats, aussi bien pour les objectifs que pour les méthodes de la lutte.

 

Jean, 1981