Décision inique d’un pouvoir en panique, la FAC de Toulouse sous tutelle

Communiqué Intersyndical :

L’intersyndicale des personnels et des étudiant-e-s déplore la décision autoritaire de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) qui, au moment de l’arrêt du processus de l’IDEX UNITI 2018, a pris la décision de dissoudre tous les Conseils de l’Université de Toulouse-Jean Jaurès, ce qui est sans précédent dans l’histoire des universités, et la mise sous tutelle par un administrateur provisoire. Cette situation fait craindre l’intervention des forces de l’ordre.

Elle demande au Ministère et aux autorités compétentes de renoncer à toute intervention des forces de l’ordre. La situation sur le campus du Mirail est totalement calme, comme elle l’a toujours été.

L’intersyndicale s’indigne de cette décision brutale alors que des discussions étaient en cours au sein de l’université.

Aux côtés des personnels et des étudiant-es, l’intersyndicale reste mobilisée et réaffirme son opposition :
– au processus de fusion imposée dans le cadre de l’Université de Toulouse ;
– à la loi ORE-ParcourSup-Sélection.

Elle appelle à amplifier la mobilisation et à participer massivement à la grève du 22 mars et celles à venir et elle maintient son AG des personnels demain à 10h et l’AG commune étudiant-e-s / personnels de jeudi à 10h.

L’intersyndicale réaffirme sa volonté de continuer la mobilisation en faveur d’une Université ouverte, publique et démocratique et de maintenir l’unité des personnels et des étudiant-e-s, dans l’intérêt des un-e-s et des autres.

Toulouse, mardi 20 mars 2018

CGT – FO – FSU – Solidaires étudiant-e-s – SUD – UNSA ITRF Bio – UET – UNEF

 

Nous appelons tous les compagnon-ne-s solidaires du mouvement personnels-étudiants à amplifier la solidarité active déjà présente sur place et venant de toutes parts. Nous appelons tous les anarchistes, tous les communistes, tous les progressistes à se mobiliser physiquement sur place afin de stopper toute évacuation policière.

 

Les Enragé-e-s

Si vous voulez arracher des libertés, on arrachera la liberté

Certains auront pu noter que le FN est en pleine déconfiture.
Fuite massive des encartés, parti croulant sous les affaires, implosions et scissions internes à n’en plus finir, aventurisme de certains anciens lieutenants, déception irréparable chez de nombreux sympathisants, le PME Le Pen va frôler une fois de plus la banqueroute, mais ce serait sous-estimer la capacité de cette petite entreprise à faire appel à des mannes providentielles à chaque fois que le besoin s’en fait ressentir.

Les 10,6 millions de votes fascistes ne sauraient faire oublier la pente néo-franquiste globale, avec une droite extrêmedroitisée, avec un grand écart libéral macroniste amplifiant encore le niveau de répression en vue d’une dévastation patronale et antisociale d’une vigueur et d’une amplitude historique.

Comment ne pas non plus évoquer la capitalisation électorale de la gauche radicale sur un nationalisme de gauche faisant caisson de résonance, un mimétisme symétrique renforçant le nationalisme général, en sachant que dans l’optique attendue d’une très classique politique libérale néo-keynésienne, le positionnement travailliste, néo-droitier, anti-européen, populiste et poutinien de la France Insoumise aura finalement privé une partie de la social démocratie progressiste de la faire élire, sur une séquence politique où il existait un bloc réformiste informel possédant une majorité relative pour “prendre le pouvoir” comme ils disent.

Désormais, ceux qui espèrent après les urnes espèrent après une hypothétique “union de la gauche”, avec un PS déshabillé et qui pourrait reprendre du poil de la bête à l’occasion des élections dites intermédiaires, un macronisme derrière lequel, à la manière de Sarkozy, rien ne repousse, on ne voit pas comment, dans la situation politique actuelle, une hypothétique “union de la gauche” pourrait se mettre en route.

Nous sommes prisonniers de démocraties bourgeoises en crise profonde. Cette situation va produire une cohorte de décompositions et de recompositions politiques. Toutes ces gesticulations politiciennes se produisent à une période où les possédants ont décidé qu’il n’y aurait plus aucun espace supplémentaire à gagner. Il a été décidé de revenir sur une grande part des conquis sociaux arrachés à la période précédente.

Avec le niveau de surveillance et de contrôle global auquel nous sommes arrivés, avec le niveau de répression syndicale confinant à l’acharnement systématique, avec le niveau de cruauté de la Justice, punitive, impitoyable, antisociale et ne laissant aucune chance, totalement à rebours des idéaux de justice qui ont pu être mobilisés au sortir de la guerre, avec des libertés de la presse au niveau de certains régimes dictatoriaux, avec des politiques administratives réactionnaires, xénophobes, avec la naturalisation des camps de rétention, des procédures de rejet quasi-systématique, des quartiers, des territoires livrés à eux-mêmes, abandonnés, le régime n’a jamais été aussi proche de celui du non-retour.

Il ne reste désormais qu’un espace démocratique minime, infime, nous séparant de la dictature ouverte de la bourgeoisie sur nos existences.

Nous n’avons pas besoin de révolutionnaires satanistes. Nous n’avons pas besoin de gens qui pensent que plus ça ira mal, mieux ça ira pour nous.

La bourgeoisie sait que la classe ouvrière n’est pas assez organisée et unie, il n’y a pas de danger immédiat et n’a donc pas besoin d’un parti fasciste au pouvoir. Le démocratisme va tenter d’aller chercher du plus loin qu’il le peut, l’assentiment d’une petite masse sous-dirigeante conciliante prête à donner le change et à masquer par de sempiternelles diversions, la réalité indiscutable d’un démocratisme se brunisant à vitesse accélérée.

La seule situation de Calais, la seule existence de ces camps successifs fait s’effondrer en une fois la totalité des lois bourgeoises en vigueur. Nul ne peut sérieusement placarder quelque droit humain sur les dorures républicaines, c’est proprement ridicule, cela n’a aucun sens. Et tout le reste valdingue avec.

Nous avons besoin de l’unité non pas pour faire l’unité. Nous avons besoin d’aller chercher l’unité pour viser le changement concret de la vie concrète. Il est interdit d’interdire de repenser radicalement la société puisque objectivement, il n’y a plus grand chose qui fonctionne.

Si vous voulez demander des sous, demandons beaucoup de sous. Si vous voulez arracher des libertés, on arrachera la liberté.

Les Enragé-e-s

Création d’un Collectif marseillais des usagers de la SNCF pour la grève générale illimitée !

                               Les sévices publics de la bourgeoisie
  Du haut de leur suffisant mépris, les bourgeois qui nous gouvernent prétendent réformer la SNCF de toute urgence, donc par ordonnance (une fois encore !). Voilà maintenant trois décennies qu’on nous la fait entendre, la musique : le service public, ça coûte trop cher à l’État, nous lancent-ils d’une même voix. Le service public « à la française » est un vieux mammouth tout ankylosé, et gras au surplus ! Les vieux statuts, les droits sociaux, tout ça, c’est dépassé ! Soyons modernes et innovants, prenons exemple sur les « bons élèves » européens : comme ils travaillent bien, comme leur modèle est vertueux et équilibré ! Voyez comme nous sommes rigides et immobilistes ici, avec notre système bureaucratique d’un autre âge ! Chez nous, tout grince et tout déraille ; chez nous, les vieilles lunes sont indétrônables ; chez nous, tenez-vous bien, les travailleurs réclament des droits !
  Ah bon, c’est pas le cas ailleurs ? Il paraît que les classes et leurs luttes sont une exception culturelle française, il paraît que partout ailleurs il n’y a ni classes ni luttes… En tout cas, c’est ce que nous racontent les journaleux qui, il est vrai, ne connaissent de l’Europe et du monde que les conférences internationales, les palaces et les ministères. Difficile pour eux d’imaginer que, à quelques pas de leurs bureaux et de leurs salons s’agite une foule de prolos, espagnols, italiens, russes, américains, mexicains, brésiliens, marocains, que partout la guerre sociale est menée contre ces prolos par un même groupe de personnes, une même classe, la bourgeoisie, qui a nom ici Macron, là-bas Poutine ou Trump, et que la guerre pour la privatisation du rail est, a été ou sera menée partout dans le monde par la bourgeoisie, Europe ou pas Europe. Il paraît que si la SNCF est endettée, c’est parce que les cheminots bénéficient d’un statut exorbitant, auquel ils restent scandaleusement attachés. Il paraît que le statut de cheminot bloque « les incitations nécessaires au fonctionnement efficace d’une entreprise », autrement dit que les droits des travailleurs font barrage à la génération des bénéfices par l’entreprise. Les cheminots, les prolos, sont sommés de prendre sur eux, de travailler toujours plus, toujours plus longtemps, toujours plus vite, de manière toujours plus intensive, de se laisser broyer par la surexploitation – laquelle ne va qu’en s’intensifiant -, et sans rechigner, et avec le smiley sur la gueule ! On n’a pas idée de se plaindre, nous disent-ils, quand notre économie est au plus mal, quand les caisses de l’État sont vides et quand tout le monde fait des efforts pour remédier à la crise !
  Sauf que nous, on sait très bien que l’austérité c’est bon uniquement pour les prolos, que les gros bourges eux, continuent de se goinfrer et de s’empiffrer tout en nous dépouillant ! Ils nous disent que la solution à la dette de la SNCF, c’est d’une part de privatiser l’entreprise (passage de la forme juridique EPIC à celle de Société nationale) et d’autre part de faire du service public de transport des voyageurs un marché ouvert à la concurrence.
Ils nous disent que la qualité du service s’en verra nettement améliorée, que le porte-monnaie de l’usager (pardon, du client !) s’en portera bien mieux, que le contribuable se verra déchargé d’un très lourd fardeau, et que tout cela se fera en douceur pour les travailleurs. Mensonges! Ils nous ont déjà fait le coup avec EDF-GDF, France Télécom et La poste : la privatisation n’améliore la qualité du service que pour les plus riches et n’implique pour les travailleurs qu’une exploitation encore plus inhumaine et forcenée.
  Hé, le sieur Jean-Cyril, t’as pas compris qu’on n’en pouvait plus, nous les prolétaires, d’être traités comme du bétail ? Qu’on voulait pas être des clients ou des esclaves pour tes amis du patronat ?
Hé M’sieur Philippe, on ne nous la fait pas, on sait très bien que ton histoire de dette n’est qu’un prétexte, que si l’État peut mettre du jour au lendemain des milliards sur la table pour renflouer les banques, il peut aussi tout à fait sortir du pognon pour remédier à la vétusté de son système ferroviaire ! On sait très bien que les preneurs d’otages, ce ne sont pas les grévistes, mais ta classe et vos amis fidèles les journalistes, qui exploitez le mécontentement des usagers ou des contribuables pour mieux Réformer dans le sens de vos intérêts bourgeois ! On sait très bien que ta classe sociale organise le dysfonctionnement du service public depuis des années, notamment en réduisant drastiquement les effectifs et les moyens matériels, pour ensuite présenter la Réforme, la Privatisation, comme le remède miracle ! On sait aussi très bien que la privatisation n’est pas une « réforme équilibrée pour tout le monde » comme tu le dis dans ton jargon insupportable, mais une agression brutale à l’encontre du prolétariat ! Que le rêve de ta classe, c’est de remplacer les statuts protecteurs et les droits sociaux par un management acharné, débridé et inhumain, quitte à nous en faire crever ! On sait aussi très bien que cette réforme contient pour ta classe un enjeu symbolique : si vous réussissez à moderniser la vieille locomotive, alors la curée pourra se déchaîner, vous n’épargnerez aucun service public, et tout ce qui concourt à la reproduction de la vie humaine sera ravagé par les vandales que vous êtes !
 Aujourd’hui, nous montons un collectif d’usagers de la SNCF parce que nous nous sentons solidaires des cheminots et des travailleurs du rail. C’est en tant qu’usagers de la SNCF, mais aussi en tant que travailleurs, exploités, que nous voulons lutter à leurs côtés, contre l’offensive historique menée par la bourgeoisie à leur encontre, à notre encontre.
Organisons, aux côtés des cheminots, notre riposte : organisons des assemblées générales autonomes, montons des caisses de grèves, préparons la grève générale illimitée.
Laissons les à leurs mammouths, faisons l’Histoire !

Contre le monde et sa sélection

 

1. L’exploitation capitaliste est le moteur du monde actuel. C’est un rapport social qui fonctionne par la contrainte : on ne peut vivre sans argent et toute une armée de flics, de vigiles et d’huissiers est payée pour défendre cet état de fait. Alors les uns s’usent à travailler ou à chercher un travail pour vivre, là où d’autres usent de ces prolétaires pour accroître leur thune, leur pouvoir.

2. La reproduction de cette exploitation est donc fondamentale pour la classe capitaliste. Elle nécessite de former chaque année de nouvelles générations afin de nous transformer en cette main d’oeuvre dont ils ont besoin. Ce rôle de formateur est principalement joué en France par l’Éducation Nationale et l’Enseignement Supérieur.

3. L’idéologie républicaine de l’égalité des chances et du mérite est une foutaise. L’école est une machine à écraser, à trier et à dispatcher la force de travail dans les différentes sections professionnelles suivant les besoins économiques du moment. La sélection de classe s’opère à chaque échelon scolaire, de la maternelle à l’université. Lutter uniquement contre la sélection à l’université expose à un dilemme : jusqu’où le tri peut-il « légitimement » s’opérer ? Si on ne trouve aucune réponse convenable, c’est que la formulation de la question n’est pas la bonne. On devrait dire : pourquoi le tri doit-il s’opérer ? Nous renvoyons alors aux points 1 et 2.

3-bis. Il est préférable de ne pas se méprendre lorsque l’on démarre une lutte à la fac : le savoir est une marchandise, l’université est une entreprise et l’État est toujours capitaliste. Aucun sanctuaire n’y a été décrété. Ne croyez pas les charlatans qui vous assurent du contraire, ils sont là pour monnayer du rêve bureaucratique.

4. Lutter en tant qu’étudiant, c’est manquer le coche de ce que cette loi de sélection peut solliciter : la critique du monde qui la régit. L’université n’est pas une île. La ville de Toulouse regorge de tensions, de conflits, de possibilités d’action et de solidarité. Tisser un tel mouvement réclame du temps et des lieux. C’est précisément ce qu’une fac occupée peut proposer. Des lieux et du temps.

5. Tandis que la sélection annonce un accès aux bourses plus difficile et un contrôle beaucoup plus sévère des étudiants boursiers (une ressource dont nous avons besoin, que nous soyons férus de philo, de lettres, d’anthropo ou PAS), les vacataires du Mirail continuent d’être payés au lance-pierre pour assurer la majeure partie de « l’offre d’enseignement ». Tandis que la fusion annonce une hausse des frais d’inscription à la fac, les lycéens de Gallieni se tapent flics, vigiles et caméras pour se former au turbin. Nous devons refuser ce futur et lutter au présent. Le moment de la lutte est un moment de jonction et de dépassement des catégories où nous sommes à l’instant T. Pas une simple juxtaposition des « chacun chez soi » comme le présume la mythique « convergence des luttes ».

6. Pour ce faire, il est nécessaire de proposer des espaces autres que ceux tenus par les syndicats étudiants corporatistes et autres politicards. L’AG ne sera jamais un endroit décent tant que les personnes opposées au mouvement auront leur mot à dire sur la façon dont on lutte. Multiplier les points de rencontre permettra peut-être de mettre à mal le centralisme démocratique et sa terrible manie à étouffer les expressions subversives qui sortent du cadre bien tracé de la « contestation étudiante ».
Ces complicités potentielles sont à l’intérieur et en dehors de l’université.

7. Contre le monde et sa sélection. Tout doit disparaître.

C’est quoi la biodynamie?

Alors que sa promotion semble assurée par une bonne part de la presse patronale, d’Etat et réformiste, rares sont les articles à compiler la documentation sur cette agriculture ésotérique. Les différentes sources consignées sont loin d’être toutes libertaires mais proviennent le plus souvent de démocrates rationalistes. En espérant que cette petite compilation puisse éclairer la lanterne de ceux qui se posent des questions et qui n’ont pas renoncé à tout exercice de leur sens critique. 

Le mythe de l’agriculture biodynamique

L’agriculture biologique dynamique, connue sous le nom de biodynamie, est un système agricole reposant sur une série de lectures données par Rudolf Steiner en 1924. Durant sa vie, le Dr Steiner se sentait concerné par la dégradation de la nourriture produite par des pratiques agricoles qui faisaient davantage confiance dans les fertilisants et les pesticides non organiques. Réputée comme étant la première approche alternative, la biodynamie a évolué durant le siècle dernier pour inclure de nombreuses pratiques agricoles ayant des bénéfices démontrables sur les récoltes et l’utilisation du terrain. En fait, la biodynamie est surtout connue en Europe, mais l’Amérique du Nord voit le nombre de ses partisans augmenter. L’approche biodynamique doit-elle être encouragée ?

La réalité

Il existe de nombreux sites internet et écrits non scientifiques à propos de la biodynamie, Rudolf Steiner, et l’école qu’il a développé (l’anthroposophie). Il y a beaucoup moins d’articles scientifiques sur la biodynamie, et une revue faite par Reganold (1995) en a trouvé plusieurs dont la qualité scientifique laissait à désirer.

Rudolf Steiner (1861-1925) était un intellectuel qui s’intéressait à plusieurs domaines académiques, cependant son point fort était la philosophie, et le sujet de son Doctorat en philosophie portait sur la théorie de la connaissance de Fichte. L’intention de ses séries de lectures sur l’agriculture était d’instruire les fermiers sur “l’influence des forces cosmiques et terrestres sur la vie organique sur terre” (Kirchmann, 1994). Cette distinction est importante parce que l’agriculture biodynamique, dans sa conception originale, consistait dans la confection et l’utilisation de huit “préparations” biodynamiques qui “stimuleraient la vitalité et harmoniseraient les processus dans le sol” (Kirchmann, 1994).

Les directions pour préparer les huit composés biodynamiques sont compliquées et peuvent être trouvées sur de nombreux sites internet ou dans la littérature spécialisée. Pour faire court, deux des composés sont produits en bourrant de la bouse de vache (préparation 500) et du silice (préparation 500) dans des cornes de vaches, puis il faut les enterrer plusieurs mois avant que leur contenu soit mélangé dans de l’eau chaude, pour être finalement appliqué sur le terrain. Les cornes de vaches sont utilisées en tant qu'”antennes” permettant de recevoir et de concentrer les ” forces cosmiques “, qui sont transférées par ce biais au matériau qui se trouve à l’intérieur.

Les six autres composés (préparations 502 à 507) sont des extraits de différentes plantes soit stockées dans des crânes ou des organes d’animaux (par exemple, dans des vessies de daims, des péritoines ou des intestins de bovins) soit dans la tourbe ou le fumier, où on les fait vieillir avant de les diluer et les appliquer au compost. Les éléments chimiques contenus dans ces préparations sont considérés comme permettant de transporter “les forces cosmiques et terrestres” qui communiqueraient ces forces aux récoltes, et ainsi aux humains qui les consommeraient.

Ces processus n’ont pas été développés grâce à une méthode scientifique rigoureuse, mais plutôt par la méditation de Steiner qu’il décrit lui-même comme une sorte de “clairvoyance”. En fait, Steiner déclarait que ses méthodes, déterminées spirituellement, n’avaient pas besoin d’être confirmées par des essais scientifiques traditionnels, mais étaient plutôt “vraies et correctes” en soi (Kirchmann, 1994). Le rejet de toute objectivité scientifique en faveur d’une approche mystique sous-entend que plusieurs des recommandations de Steiner ne peuvent pas être testées ni validées par les méthodes traditionnelles en science. Pour être clair, ceci veut dire que tout effet attribué aux préparations biodynamiques est plus une affaire de croyance que de faits.

D’autres pratiques non scientifiques sont devenues parties intégrantes du mouvement post-Steiner. Celles-ci comprennent le recours à des agendas cosmiques (notamment l’astrologie) qui rythment le cours des événements, des activités de la ferme ou des “visualisations” de la qualité nutritionnelle des aliments. Ces pratiques, apparues plus tard, utilisent des analyses chimiques légitimes comme la chromatographie comme moyen d’étudier les forces vitales “éthériques” des plantes à travers ce qu’ils appellent la “cristallisation sensible” et la “dynamolyse capillaire”, qui sont des techniques, elles aussi, non testables scientifiquement.

La biodynamie, en plus des idées originales de Steiner, a aussi naturellement intégré des pratiques de l’agriculture biologique. Plusieurs de ces pratiques, (comme la préparation du sol sans labour, l’utilisation de compost, la polyculture) sont des méthodes agricoles alternatives efficaces. Elles ont démontré avoir des effets positifs sur la structure du sol, sur la flore et la faune du sol, la suppression de maladies, car elles ajoutent des matériaux organiques et réduisent la densité du terrain. Le fait d’associer des pratiques bénéfiques au mysticisme de la biodynamie, donne à cette dernière un vernis de crédibilité scientifique qui, pourtant, n’est pas mérité.

Le Goetheanum, bâtiment érigé sur la colline de Dornach, à 10 km au sud de Bâle (Suisse), siège de la Société anthroposophique universelle fondée par Rudolf Steiner.

 

Plusieurs des articles scientifiques ayant comparé la biodynamie à l’agriculture conventionnelle n’ont pas séparé les préparations biodynamiques des pratiques biologiques, et bien entendu, elles ont obtenu des résultats positifs pour les raisons mentionnées plus haut. Pourtant, quand les chercheurs ont comparé l’agriculture biodynamique à l’agriculture biologique, ils ne trouvèrent aucune différence entre les deux (qui sont bien entendu, toutes deux différentes de l’agriculture conventionnelle dans ses pratiques). Il serait intéressant de pouvoir faire une étude comparative entre les fermes conventionnelles et des fermes conventionnelles utilisant les préparations biodynamiques sans les pratiques biologiques, afin de voir s’il existe des différences.

Etant donné la maigreur de la littérature scientifique, et le manque de données claires supportant les préparations biodynamiques, il serait sage de cesser de substituer le terme de “biodynamique” pour se référer à l’agriculture biologique. Il est à parier que de nombreuses personnes n’ont aucune idée de ce qu’est vraiment la biodynamie, ni ne connaissent ses véritables racines : le fait que “biodynamique” soit parfois utilisé à la place de “biologique” dans la littérature, semble confirmer cette conclusion. Pour les agronomes, l’usage du terme est un drapeau rouge qui questionne automatiquement la validité de tout qui s’y rapporte.

Le but est de garder la pseudoscience hors des pratiques scientifiques légitimes. C’est souvent ce type de mauvaise science qui créé une hostilité entre la communauté scientifique et les partisans de la biodynamie.
Face à ces arguments, certains pratiquants de l’agriculture biodynamique n’hésitent pas à dire de la science qu’elle n’est finalement qu’une autre croyance, ouvrant les vannes du relativisme le plus absolu. Comme aime à le répéter Alan Sokal : que ceux qui pensent que la science n’est qu’une forme de croyance viennent donc défier la gravité en se jetant du haut de ma fenêtre du 21° étage !

En résumé :

  • L’agriculture biodynamique consiste originellement en une approche mystique, et donc non scientifique, de l’agriculture
  • Des ajouts récents de la méthodologie biologique à la biodynamie ont créé une confusion dans les pratiques en amalgamant des pratiques objectives à des croyances subjectives
  • Les études scientifiques des préparations biodynamiques sont limitées et aucune preuve existe selon laquelle l’ajout de ces préparations améliore la qualité des plantations ou du sol
  • Plusieurs pratiques biologiques sont testables scientifiquement et peuvent améliorer le sol et la santé des cultures
  • Le monde scientifique doit éclairer la population profane sur cette explosion des théories pseudo-scientifiques et les aider à faire la différence entre les deux.
Mésentère de Cerf farci au fumier séchant au soleil au but de capturer les ondes cosmiques… Nous sommes ici en Ardèche dans le Hameau privatif du clan Rabhi.

La biodynamie est une pseudoscience

Il existe beaucoup de confusion autour de l’agriculture biologique et dynamique, ou « biodynamique ». En effet, au cours du temps les agriculteurs qui la pratiquent ont intégré des idées et des pratiques rationnelles qui existent dans l’agriculture biologique ou conventionnelle. On ne peut donc juger ce système qu’à partir des théories et pratiques qui lui sont spécifiques, et qui elles, n’ont guère évolué depuis les années 20. Elles reposent sur les idées ésotériques et totalement dépourvues de scientificité du fondateur de l’anthroposophie, Rudolf Steiner.

Côté pratiques, la biodynamie s’appuie essentiellement sur deux pseudosciences : l’astrologie, et particulièrement les croyances lunaires, et l’homéopathie pour ce qui concerne ses fameuses préparations. Des pratiques qui ont donc été transposées à la vinification.

Des analogies naïves

Toutes les pseudosciences reposent sur une symbolique et des analogies naïves qui sont prises au pied de la lettre par leurs adeptes.

« Travailler sur le vin représente symboliquement ce que l’on fait sur le sol lors d’un binage. On l’ouvre vers les forces de la périphérie» explique ainsi ce document. Et ces forces de la périphérie, cela serait celles exercées par les planètes.

On recycle alors les vieilles analogies des almanachs pour jardiniers amateurs qui nous expliquent par exemple que la lune « montante »… fait monter la sève des plantes des racines vers les feuilles. Miracle ! Cela marche aussi pour le soutirage du vin : « Si le vin présente un caractère très réduit ou trop fermé, le soutirer en lune montante peut lui être bénéfique, et en jour fruit afin de l’ouvrir davantage. Un vin trop ouvert peut être soutiré en jour racine pour le recentrer un peu sur lui-même, le resserrer. La Lune descendante a un effet réducteur et resserre les vins ».

Un peu de physique (enfin , un tout petit peu)

 La méthode biodynamique convoque à la marge quelques notions de physique, la loi universelle de la gravitation, ou la force de marée, pour les mettre au service d’affirmations totalement fantaisistes.

La première loi est celle de Newton qui décrit l’attraction réciproque de deux corps ayant une masse (cf schéma): elle est proportionnelle au produit des masses des deux corps (mA.mB) et inversement proportionnelle au carré de leur distance (d2 ). Et si elle est universelle, il faut admettre, qu’elle s’exerce entre la lune et, par exemple la cuve dont le vin doit être soutiré.

Seulement, un petit calcul permet de se rendre compte que la force d’attraction de la lune sur un objet à la surface de la terre vaut de l’ordre de 300 000 fois moins que la pesanteur. Quant à la force de marée, qui est liée à cette loi de gravitation, mais qui dépend également de la force centrifuge liée à la rotation de la terre, elle est environ 10 000 000 de fois plus faible que la pesanteur. Et je défie quiconque d’en sentir l’effet sur une masse de liquide telle que le contenu d’une cuve de vin…voire de la sève qui circule dans une plante !

A vrai dire, il serait plus raisonnable de se questionner sur l’effet sur le vin des vibrations produites par le passage d’engins agricoles près d’une cave, que sur les effets de la lune.

Cela n’empêche pas la biodynamie de mettre celle-ci à toutes les sauces, ainsi que les autres planètes, « [les infra-solaires] ont une action sur le calcaire et les forces de croissances. Les planètes supra-solaires plutôt sur la silice et les forces de structuration ». Par quels mécanismes ? Mystère.

« Le calendrier des coefficients de marées s’invite de plus en plus dans les caves des biodynamistes ». Par exemple, par des coefficients de marée bas (<60), «les micro-organismes sont au repos ». Heureusement pour nous, les chirurgiens ne suivent pas le calendrier des marées pour choisir le moment de leur intervention.

Les préparations homéopathiques, où comment mettre un peu d’eau dans son vin.

On connaissait les préparations « 500 » à « 507 » de la biodynamie appliquée à l’agriculture. Pour le vin, on utilise les dilutions homéopathiques pour le souffre et pour le cuivre. Pour cela, nos biodynamistes ne se sont pas penchés sur des bouquins de chimie, mais …sur le Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner. C’est forcément beaucoup plus riche, puisque selon lui, « le carbone est lié à plus de 400.000 éléments ». Pauvre Mendeleïev ! S’affranchir de la chimie classique permet sans doute de trouver un sens à ce genre de discours : « le soufre s’immisce dans le fort intérieur du carbone ….».

Concernant les dilutions de souffre , il est affirmé que « des résultats intéressants sont apparus avec les dilutions 4CH, 5CH, 27CH et 41CH. Chacune de ces dilutions apporte une caractéristique propre, les 4CH et 5CH offrent un côté plus esthétique et opulent au vin, la 27CH est proche d’un sulfitage classique, la 41CH verticalise et raffermit le vin. » Il n’est pas précisé si d’autres dilutions dégradent au contraire le vin. On apprend donc qu’une dilution au : 1/10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 (vous pouvez vérifier le nombre de zéros) verticalise et raffermit le vin . Attention toutefois, ne verser qu’un demi-litre de la solution pour 20hl, ce qui correspond au final, à presque 43 CH.

Personnellement, je n’en retiens qu’une chose : il est toujours sage de mettre un peu d’eau dans son vin.

Tout cela ne remet pas en cause, en soi, la qualité du vin qui serait produit par tel ou tel biodynamiste. Mais on peut sincèrement douter que cette qualité doive quelque chose au folklore pseudo-scientifique dont il s’entoure. 

Biodynamie et Anthroposophie

Dernièrement, certains médias se sont fait largement échos du procès d’Emmanuel Giboulot, un agriculteur biodynamiste qui risquerait la prison pour avoir refusé de répandre certains pesticides dans ses champs. Cet homme devient ainsi une sorte de héros de la cause biologique et de l’agriculture alternative. Le site du Cercle Laïque pour la Prévention du Sectarisme s’est fait écho de cette affaire et je ne peux que renvoyer à son remarquable article pour de plus amples informations. Mais au delà de ce cas particulier, il me semble que se pose la question de la vraie nature de la Biodynamie et de ses liens avec l’Anthroposophie.

Quels sont ces liens ? S’agit-il seulement d’une référence à la doctrine de Rudolf Steiner ? Je voudrais ici tenter de répondre à ces questions en m’appuyant sur mon vécu d’ancien anthroposophe et d’ancien élève Steiner-Waldorf.

Quand les anthroposophes parlent au public et aux médias de la Biodynamie, ils présentent bien souvent comme « un prolongement de l’agriculture biologique ». Ils jouent ainsi sur le préfixe « bio » pour mettre les deux choses dans le même sac. Ainsi, j’ai souvent entendu dire, lorsque j’étais anthroposophe, qu’il fallait toujours mettre en avant, quand on parlait de la Biodynamie, le respect de la nature et de l’environnement, l’absence d’usage de pesticides, l’observation des cycles des saisons, etc.

imagescaulijnb Par contre, on nous disait d’éviter de mentionner le fait que cette méthode se base sur les influences astrales des signes du Zodiaque, sur des procédés magiques consistant à tuer et à brûler certains animaux en dispersant leurs cendres sur les champs durant la nuit pour éloigner la vermine, sur des rites consistant à pratiquer certaines méditations pour entrer en contact avec les « âmes-groupes » des animaux pour leur demander leur coopération invisible, sur des incantations, sur l’utilisation de cornes de vaches remplies de substances diverses remuées en imprimant au liquide la forme d’une lemniscate, cornes que l’on enfouit ensuite dans le sol, comme autant de capteurs d’énergies spirituelles pour réaliser des « préparations biodynamiques », etc.imagescaaeqfdnimages[2]

Les anthroposophes ont parfaitement conscience qu’il est très porteur de ranger, comme ils le font, leur « Biodynamie » dans un créneau où elle se faufilerait dans les rangs de l’agriculture biologique et se réclamerait du même combat. Cela leur permet, par exemple, aujourd’hui, de bénéficier du soutien de personnalités médiatiques de premier plan, comme Jean-Marie Pelt ou Pierre Rabhi. Certes, ces personnalités en savent bien plus qu’elles n’en disent publiquement au sujet des arrières-fond occultistes, magiques et ésotériques de la Biodynamie. Mais elles prennent bien garde d’en faire état trop ouvertement !

Il faut pourtant le dire : la Biodynamie est devenue, avec les écoles Steiner-Waldorf, le meilleur outil de propagande de l’Anthroposophie ! Le meilleur, en ce sens que l’Anthroposophie se diffuse toujours d’autant mieux qu’elle ne révèle pas son vrai visage. C’est là, selon moi, un principe de base de cette dérive sectaire. En se présentant comme une simple branche de l’agriculture biologique, la Biodynamie a réussi son coup, de même que les écoles Steiner-Waldorf ont réussi le leur en se plaçant du côté des pédagogies alternatives, comme Freinet ou Montessori. La Biodynamie est ainsi devenue, en tant que méthode d’apprentissage d’une agriculture qui se dit spécifique, l’un des meilleurs outils de propagande de l’Anthroposophie.

« On peut tout-à-fait être agriculteur en Biodynamie sans être anthroposophe ! » mentent effrontément et systématiquement certaines personnes. Elles mentent, car il n’est pas possible de mettre en pratique les indications et les cahiers des charges de la Biodynamie sans tremper peu ou prou dans l’ésotérisme de Rudolf Steiner, qui imprègne totalement le « Cours aux agriculteurs », c’est-à-dire l’ouvrage de base de cette agriculture spécifique.

Sur l’hostilité à la civilisation urbaine

Souhaiter construire le socialisme en niant la civilisation urbaine et la société industrielle, c’est souhaiter la barbarie

Le lien entre l’écologie et l’agriculture fut pensé par Rudolf Steiner en 1924, quand il lança l’idée de l’agriculture biodynamique.
Steiner est connu comme le fondateur de l’anthroposophie, et Peter Staudenmaier, auteur d’une excellente contribution sur l’origine commune de l’écologie et du national-socialisme allemand, a décrit, dans un autre article, les liens de l’anthroposophie avec les milieux mystiques et théosophiques les plus délirants.

 Steiner transposa la hiérarchie mystique de la progression spirituelle vers une hiérarchie biologique de la succession des races, dans laquelle la position la plus récente, et donc supérieure, revient à la race aryenne, dont la composante la plus parfaite serait l’élément germano-nordique.


 La fusion d’une hiérarchie spirituelle avec une hiérarchie raciale plaçait l’anthroposophie dans le même camp idéologique que celui où se développa plus tard le racisme hitlérien. C’est dans ce contexte que Steiner formula sa théorie de l’agriculture biodynamique, inspirée par l’idée que la terre serait un organisme vivant et par sa prétention de connaître les forces cosmiques invisibles censées influer sur les sols et la flore.

Camp de concentration de Dachau: “Alle Produkte wurden in biologisch-dynamischer Anbauweise hergestellt.” “Tous les produits étaient produits de manière biodynamique”


Rudolf Steiner mourut en 1925 et, peu de temps après, cette forme d’agriculture commença à être promue par Walther Darré. Staudenmaier a raconté en détail l’histoire des relations entre
l’anthroposophie et le national-socialisme à partir de 1933. (…) Je me limiterai ici à rappeler que, pour surmonter la méfiance, voire l’hostilité de certains secteurs du national-socialisme face à
l’anthroposophie de Steiner, Walther Darré transforma l’expression « agriculture biodynamique » en « agriculture organique » (ou « biologique »), qui devint la principale doctrine agricole du Troisième Reich.

Camp de concentration de Dachau. Inspection d’Himmler des champs d’herbes aromatiques cultivées en biodynamie.

 Le ministre Darré essaya de freiner le développement du capitalisme à la campagne et l’industrialisation de l’agriculture, ce qui occasionna des dépenses énormes (…).
Raison pour laquelle, avec la défaite du Reich, l’agriculture biologique fut frappée par l’ignominie qui recouvrit toutes les initiatives encouragées par les nazis.

Biodynamie à Dachau

Le camp d'extermination de Dachau et la Biodynamie.Les serres du camp d'extermination de Dachau fonctionnaient toutes en biodynamie. "La Plantation mangeait ses victimes", écrivit l'ancien prisonnier Hans Schwarz entre 1938 et 1939. Aucun autre Kommando à cette époque n'a coûté autant de vies.En 1938 les détenus durent aménager une grande plantation destinée à accueillir un jardin aromatique à l’est de l’ Alte Römerstrasse. Le jardin fut implanté à l’initiative de la „Communauté pour la connaissance des plantes aux propriétés curatives“ (Arbeitsgemeinschaft für Heilpflanzenkunde) et avait éveillé l’intérêt du Reichsführer SS Heinrich Himmler. L’Allemagne ne devait plus être dépendante de l’importation de médicaments et d’aromates provenant de l’étranger. Pendant la guerre, le travail des détenus prit une part économique de plus en plus importante.Zeichnung eines Häftlings von der "Plantage"Les gardiens SS poussaient les détenus au travail par des menaces et des coups. Des détenus étaient fusillés de façon aléatoire pour tentative de fuite. Seul dans les serres et dans les bâtiments régnaient des conditions de travail plus clémentes. Un commando de peintres devait fabriquer un herbarium pour Himmler. Au péril de leurs vies, certains d’entre eux prenaient des notes sur les crimes commis par les gardes SS.Les SS avaient également implanté un magasin dans le jardin aromatique afin de vendre leurs produits aux habitants de Dachau et des villes environnantes. Certains des détenus réussirent à avoir des contacts clandestins avec la population civile.En janvier 1939, Himmler a créé une nouvelle société SS sous la supervision de Pohl, la « Deutsche Versuchsanstalt für Ernährung und Verpflegung (Unité de Recherche Communautaire pour l'Alimentation et la Nutrition) », connue sous le nom de DVA.Une partie importante de ses opérations consistait en des plantations agricoles situées dans des camps de concentration, dont Auschwitz, Dachau et Ravensbrück, ainsi que des successions en Europe de l'Est occupée et en Allemagne. Beaucoup de ces projets agricoles étaient des plantations biodynamiques de produits en croissance pour les SS et l'armée allemande, la production étant surveillée par des représentants de « RVBDW ( Ligue du Reich pour l' Agriculture Biodynamique) ».Ravensbrück a été le premier domaine DVA à être transformé en culture biodynamique, en mai 1940.Finalement, la majorité des plantations de DVA ont été administrées biodynamiquement. Le DVA a également commercialisé les produits Demeter, a collaboré avec Weleda et a contribué financièrement à la « Ligue du Reich pour l' Agriculture Biodynamique ». Pohl a recruté plusieurs figures principales de RVBDW, dont Max Karl Schwarz et Nicolaus Remer, pour travailler sur les entreprises biodynamiques d'Auschwitz, mais Bormann et Heydrich ont protesté contre l'emploi d'anthroposophes dans les entreprises de SS.Le chef de la section agricole de DVA était l'officier SS Heinrich Vogel, un franc partisan de la biodynamie même face à la résistance d'autres secteurs de la SS. Lui et Pohl ont insisté pour s'appuyer sur les collègues anthroposophes de Bartsch, et en juillet 1941, le SD a cédé, avec l'assurance que les anciens membres du RVBDW ne diffuseraient pas les enseignements de Steiner.La pièce maîtresse des opérations biodynamiques DVA était une plantation importante à Dachau, qui a produit des herbes médicinales et d'autres biens pour les SS. À Ravensbrück, le travail sur la plantation biodynamique de Dachau a été effectué par les détenus du camp. À partir de 1941, l'opération Dachau a été supervisée par l'Anthroposophe Franz Lippert, chef du mouvement biodynamique depuis ses débuts et chef jardinier à Weleda de 1924 à 1940. Peu de temps après avoir repris la plantation de Dachau, Lippert a rejoint les SS et, en 1944, a reçu une reconnaissance spéciale et un bonus pour son travail. Lippert a également publié un livre pour les SS en 1942 sur la base de son travail à Weleda et à Dachau. L'une des tâches de la plantation biodynamique de Dachau était de former des « colons » pour les Territoires de l'Est, une partie des projets d'Himmler visant à utiliser la culture biodynamique dans la réorganisation environnementale et ethnique de l'Est. Les dirigeants biodynamiques ont participé activement à ces efforts, en obtenant un traitement préférentiel de la DVA et d'autres agences SS en retour.Dans les commentaires à cette vidéo, de nombreuses ressources sur la biodynamie et sur l'anthroposophie seront ajoutées.

Publié par Les Enragés sur mercredi 7 février 2018

 

 Le fait que Darré et les anthroposophes aient continué à promouvoir cette forme d’agriculture dans les années 1950 n’a pas contribué à
l’innocenter. Elle ne réussit à renaître de ses cendres que très lentement. Quand, au Brésil, le coordinateur des politiques publiques de l’ONG Agriculture familiale et agro-écologie, membre de la Ligue nationale de l’agro-écologie, affirme que « l’agro-écologie a près de quarante années d’existence », nous voyons bien quelle généalogie il s’efforce de cacher.

Depuis leurs postes de surveillance, les SS abattaient des prisonniers de façon aléatoire.


 En effet, dans les années 1970, avec la dissolution des espoirs dans le socialisme et la classe ouvrière, espoirs qui avaient prévalu durant la décennie précédente, les pays anglo-saxons virent apparaître un public de gauche ouvert aux thèses agro-écologistes jusque-là connotées à l’extrême droite. Toute personne qui s’intéresse à l’histoire obscure – et pourtant, parfaitement documentée – de l’agro-écologie, en particulier au Royaume-Uni et en Allemagne, et à son réseau de filiations doit lire le brillant essai de William Walter Kay sur ce sujet.

« A la fin des années 1960, le mouvement étudiant britannique n’avait pas de composante écologiste, écrit Kay. Les militants étudiants avaient tendance à épouser les idées de gauche et anarchistes répandues dans les mouvements antinucléaires et contre la guerre. Une décennie plus tard, bon nombre de ces contestataires devinrent des militants écologistes. »

Et Kay d’ajouter que l’écologisme britannique donna également naissance à des sous-courants du féminisme excluant et du nationalisme celtique.
A la même époque, j’ai observé ce phénomène en France, où, dans les années 1970, de jeunes maoïstes se découvrirent une vocation régionaliste. Pour soutenir les autonomistes bretons et occitans, ils s’unirent aux vieux fascistes qui avaient défendu l’indépendance de ces régions dans l’Europe soumise au joug du Reich. 

 

Sources:

http://npnf.eu/IMG/pdf/jb_hostilite_civilisation_urbaine.pdf

https://veritesteiner.wordpress.com/2014/02/27/biodynamie-et-anthroposophie/

http://imposteurs.over-blog.com/2015/10/la-biodynamie-est-une-pseudoscience.html

http://www.charlatans.info/agriculture-biodynamique.php

 

 

Ecofascisme : leçons de l’expérience allemande

Le titre pourrait s’appeler Ecofascisme : les leçons de l’expérience allemande si un éditeur français avait pris la peine de le traduire. Malheureusement, ce n’est pas le cas et cet essai passionnant n’existe qu’en anglais.

 

 Le livre est composé de deux parties bien distinctes rédigées par deux auteurs s’inscrivant dans le courant de l’écologie sociale. La première a été rédigée par Peter Staudenmaier et s’intitule L’écologie fasciste : “l’aile verte” du Parti Nazi et ses antécédents historiques. Janet Biehl est l’auteur de la seconde partie : L’écologie et la modernisation du fascisme dans l’extrême droite allemande. Nous avons choisi de ne résumer que la première partie. Bien que l’essai de Janet Biehl soit très instructif sur la façon dont les néonazis infiltrent les mouvements écologistes contemporains en Allemagne, il nous a semblé que la lecture de son résumé serait fastidieuse pour qui ne connaît pas les différentes organisations politiques et écologiques allemandes.

L’écofascisme ou l’écologie réactionnaire

Nombre d’écologistes perçoivent leur mouvement comme nécessairement progressiste. Or, l’analyse critique de son histoire montre que dès ses origines, il comportait des courants réactionnaires pouvant mener droit à la barbarie. C’est ce que montre l’essai de Peter Staudenmaier : Fascist ecology : the « green wing » of the Nazi Party and its historical antecedents.

Loin de vouloir jeter le discrédit sur l’écologie l’auteur cherche à préserver l’intégrité des mouvements écologiques sérieux et appelle à plus de vigilance pour lutter contre les influences réactionnaires, qu’il qualifie d’écofascisme. Sous des apparences progressistes, ce « fascisme vert » est un fascisme pur et dur qui n’intègre les préoccupations écologiques que pour renforcer ses positions autoritaires, racistes, antisémites et sa haine de la raison.

Pour Peter Staudenmaier comme pour Janet Biehl, c’est en intégrant la crise écologique dans son contexte social et en cherchant des solutions du côté de la raison, de la science et de la technologie qu’on parviendra à lutter efficacement contre l’écofascisme.

Les racines de la mystique du sang et de la terre

Selon l’auteur, l’écofascisme trouve ses racines dans “l’Allemagne” [1] du XIXè siècle. Dans la première moitié du siècle, deux intellectuels se distinguent par leur approche de la nature : le premier s’appelle Ernst Moritz Arndt et développe une théorie combinant l’amour de la terre et un nationalisme xénophobe ; le second est Wilhelm Heinrich Riehl. Ce-dernier construit sur l’héritage de Arndt en mettant un accent particulier sur le romantisme agraire et la haine des villes.

Les théories d’Arndt et Riehl trouvent un écho favorable dans la deuxième moitié du XIXè grâce au développement du mouvement völkisch, que l’auteur définit comme un « populisme ethnocentrique avec un mysticisme de la nature ». Concrètement, le mouvement prône un retour à la terre et à la vie simple et s’attaque au rationalisme, au cosmopolitisme et la civilisation urbaine (donc aux Juifs, censés incarner l’ensemble).

Au même moment, un zoologiste allemand répondant au nom de Ernst Haeckel marque de façon indélébile l’histoire de l’écologie puisque c’est lui qui en invente le mot. Cet individu éminemment réactionnaire devient vite une référence pour les partisans du darwinisme social, du racisme, de l’antisémitisme et de l’impérialisme allemand. L’écologisme de Haeckel est profondément anti-humaniste. Il considère l’homme comme une créature insignifiante soumise aux lois de la nature (la loi du plus fort notamment), lesquels doivent également déterminer l’ordre social. Les disciples de Haeckel approfondiront ses théories en insistant sur la nécessité de lutter contre le déclin de la race en préservant sa pureté.

Le mouvement des jeunes et Weimar

 Sous la République de Weimar, l’Allemagne traverse une période difficile et peine à se relever de la Première Guerre Mondiale. Dans ce contexte, des “hippies de droite“, appelé les Wandervögel développent une contre-culture prônant plus d’harmonie avec la nature. Les Wandervögel se voulaient apolitiques et défendaient l’idée d’une transformation des rapports entre l’homme et la nature, sur le mode romantique. Une large partie d’entre eux a fini par être séduite par la rhétorique nazie sur le rapport mystique entre l’homme et la nature.

Les Wandervögel ont en outre été influencés par des intellectuels comme Ludwig Klages ou Martin Heidegger, deux figures qui ont contribué à construire des ponts entre la nature et le fascisme du fait de leur rejet de la modernité et de l’humanisme, mais aussi à cause de leur antisémitisme. Peter Staudenmaier considère que c’est parce que les Wandervögel ont refusé de mettre les problèmes écologiques dans un contexte social qu’ils ont pu être récupérés par le nazisme.

La nature dans l’idéologie nationale-socialiste

 La nature joue un rôle central dans l’idéologie nationale-socialiste et a grandement contribué à sa popularité. Les préoccupations écologiques semblent parfaitement cohérentes avec l’ensemble de la doctrine nazie. L’écologie national-socialiste rejette en effet la place centrale de l’homme et considère que celui-ci n’est qu’un élément dans la chaîne de la vie – comme n’importe quel autre organisme – ce qui amène à relativiser sérieusement le poids d’une vie humaine. Ces conceptions sont doublées d’une approche mystique de la nature (“le sang et la terre”, voir plus bas) et d’une conception organique de la société – chacun à sa place effectuant sans discuter les tâches qui lui ont été assignées – qui ouvrent la voie à un ordre social de type totalitaire.

Puisque la société doit s’inspirer des règles de la nature, le nazisme établit un lien entre la préservation de l’environnement et la protection de la pureté de la race : pas de pollution extérieure, pas de mélange des races. Pour rester en bonne santé, la race germanique a également besoin d’un espace vital, comme toutes les autres espèces.

Peter Staudenmaier insiste sur le fait que l’écologisme des nazis n’était pas un écologisme de façade et qu’il reposait sur de réelles convictions. Ainsi, il souligne que ” Hitler et Himmler étaient tous les deux de stricts végétariens et des amis des animaux, attirés par le mysticisme de la nature et les soins homéopathiques, et férocement opposés à la vivisection et à la cruauté envers les animaux. Himmler établit même des fermes biologiques expérimentales pour faire pousser des plantes destinées aux soins des SS. Et Hitler, parfois, pouvait avoir l’air d’un véritable utopiste vert, traitant avec autorité et dans le détail de diverses sources d’énergies renouvelables “. C’est ce qui explique que jusqu’en 1942, les dirigeants nazis se soient tenus à l’approche écologique. Pour eux, c’était un élément essentiel de la revigoration de la race.

Le sang et la terre comme doctrine officielle

 Haut dignitaire du parti nazi et Ministre de l’alimentation et de l’agriculture du Reich, Richard Walther Darré déclarait dès 1930 : ” L’unité du sang et de la terre doit être restaurée “. Derrière cette phrase devenue doctrine officielle, c’est une relation mystique entre la race et la terre qui se dessine. Incapables d’entretenir une relation profonde avec la terre, les étrangers et particulièrement les Juifs (parce que sans terre) sont indignes du sol allemand. Cette conception du rapport à la nature justifie aussi l’expansion impérialiste car elle légitime la conquête de terres considérées comme appartenant historiquement au peuple allemand.

La mise en pratique du programme écofasciste

 En apparence, l’écologisme du IIIè Reich peut sembler en contradiction avec les importants efforts de modernisation du pays entrepris par Hitler et ses acolytes. Cependant, l’auteur souligne que tous les grands projets – comme la construction d’autoroutes par exemple – devaient être visés par des dignitaires nazis (notamment Fritz Todt et Alwin Seifert) en charge du respect de la doctrine écologique du NSDAP.

Grâce au soutien de nazis du plus haut niveau comme Hitler, Himmler ou Rudolf Hess, le régime a mis en place un dispositif législatif complet visant à préserver l’environnement. L’Allemagne nazie créa même la première réserve naturelle en Europe. Elle implémenta également une vigoureuse politique de développement de l’agriculture et plus spécifiquement de l’agriculture biologique.

L’auteur précise néanmoins que tous les nazis n’étaient pas prêts à aller s’engager aussi loin sur la voie écologique, à l’image de Goebbels et Göring.

L’écologie fasciste en contexte

 

 La conclusion de Peter Staudenmaier est sans appel : ” Pour rendre cette consternante et dérangeante analyse plus acceptable, il est tentant d’en tirer exactement les mauvaises conclusions : à savoir, que même les engagements politiques les plus répréhensibles produisent parfois des effets louables. Mais la vraie leçon est exactement inverse : même la plus louable des causes peut être pervertie et instrumentalisée pour être mise au service de la sauvagerie criminelle. “L’aile verte” du NSDAP n’étaient pas un groupe d’idéalistes innocents, désorientés et manipulés, ni même des réformateurs de l’intérieur : ils étaient des promoteurs et des exécutants conscients d’un programme infâme ouvertement dédié à une violence raciste inhumaine, à une répression politique massive et à une domination militaire mondiale “.

Pour l’auteur, l’erreur de ceux qui ont apporté leur soutien à l’écofascisme a été de ne pas prendre en compte le contexte social dans l’analyse des problèmes écologique et de refuser de voir que ce contexte était le fruit d’intérêts divergents entre classes sociales. Autrement dit, aujourd’hui encore, ceux qui prétendent que l’écologie n’est ni de droite, ni de gauche commettent une dangereuse erreur : ” l’écologie seule ne prescrit pas de politique, elle doit être interprétée, envisagée à travers des théories de la société pour acquérir une signification politique “.

BIEHL, Janet et STAUDENMAIER, Peter, Ecofascism : lessons from the German experience, AK Press, 1996.

source: La révolution en charentaises

Notes

[1] Rappelons que l’Etat allemand proprement dit ne fut créé qu’en 1871.

La ministre de la Culture est-elle “plus ou moins liée aux sectes”?

La ministre de la Culture est-elle ” plus ou moins liée aux sectes ” comme l’affirme Jean-Luc Mélenchon?

C’est une question à laquelle nous ne répondrons pas directement en ce sens où nous laisserons à tout un chacun le soin de le faire après vous avoir fourni, on l’espère en tout cas, une matière suffisante dans ce but. En effet, nombreuses sont les associations et structures spécialisées actives dans la détection et la surveillance des dérives sectaires, c’est donc à elles que nous nous en remettrons pour déterminer si oui ou non, il est possible de relier Françoise Nyssen, la nouvelle ministre de la Culture du gouvernement Macron, à “des sectes”.

Si nous n’y répondrons pas de façon tranchée, c’est aussi parce que nous estimons que ce seul questionnement est un peu l’arbre qui cache la forêt, celle de l’entreprise d’irradiation unilatérale d’un mouvement sectaro-religieux d’extrême droite – qui porte le nom d’anthroposophie – et c’est donc précisément sur l’étude de ce mouvement que portera ce dossier.

L’anthroposophie doit, en sa qualité de mouvement sectaro-religieux, être appréhendée sous l’angle d’une entreprise sectaire que nous qualifierons “d’ouverte”. En ce sens où il ne sera pas possible de nous livrer à une estimation des publics irradiés puisque la caractéristique de l’anthroposophie est celle de véhiculer un nuage culturel ésotérique suffisamment large au but d’alimenter un circuit économique centralisé se cachant derrière une offre tentaculaire.

La grande force de l’anthroposophie est d’être capable de venir se greffer en adjonction d’autres croyances, y compris religieuses, de faire parler sa langue, adopter une conception philosophique profondément liberticide et aliénante à des centaines de milliers d’individus sans que la plupart de ces derniers ne puissent avoir conscience de ses objectifs véritables, qui sont dissimulés.

Evaluer l’impact de l’implantation réelle de l’anthroposophie nécessite d’intégrer la dimension globale du projet anthroposophe, celui de se placer en capacité d’imposer une culture, des rites, des schémas de pensée, des pratiques ésotériques et des formes d’enchantement religieux faisant éclore une nouvelle civilisation.

L’anthroposophie est en ce sens un mouvement sectaro-religieux difficile à démasquer en tant que tel car pour ce faire, il faut pouvoir faire intégrer l’entreprise de diffusion transversale qui est la sienne. Mettre à jour sa dangerosité véritable consistera principalement à en démontrer sa cohérence.

Les Enragé-e-s 

 

 

/!\ DOSSIER EN CONSTRUCTION /!\

 

 

LEUR GUERRE TOTALE / NOTRE BATAILLE DU RAIL

 Oui, c’est bel et bien une guerre qui est en cours : une « guerre éclair » dans une « guerre totale » qui est d’abord une « guerre sociale » ! Cette guerre, ce sont les capitalistes qui la décident, la conduisent. Elle est l’unique recours pour tenter de sauver leur absurde système de spoliation généralisée par l’exploitation des travailleurs, où la maximisation des profits règne en logique absolue. Car leur système fonctionne tellement mal qu’il est en passe de s’effondrer, comme l’a montré la crise de 2008. Et s’il déraille, c’est parce que la dynamique du capital ne répond aux besoins de l’humanité qu’à condition qu’il y ait de l’argent à la clef. Pire : s’il est possible de se faire du fric en misant sur la destruction, parce que cela est plus simple et/ou plus juteux, cette option est retenue. Ainsi, il est plus rentable, à l’échelle mondiale de réduire les salaires, spéculer, vendre des armes, saccager la nature que de généraliser la protection sociale, éradiquer la faim, permettre à chacun de se loger, garantir des structures de santé pour tous, une éducation gratuite de qualité, des transports publics accessibles et non polluants. Pourtant, le capitalisme ne peut se passer des travailleurs, c’est eux qu’il détrousse, pas les machines, c’est eux aussi qu’il doit faire consommer pour écouler ses marchandises. C’est une contradiction : plus il se développe, plus le capitalisme s’essouffle, plus il doit détruire son environnement humain et matériel pour reconstruire, relancer ses profits.
 
 À l’encontre de la constante propagande des dominants qui nous explique que nous ne serions pas suffisamment adaptés (parce que trop « feignants », « violents », « mal formés », « coûteux », « nombreux »…) à l’économie, c’est en réalité l’économie qui est inapte à répondre aux besoins sociaux. Cette situation ne date pas d’aujourd’hui mais elle s’aggrave, la voracité du capital étant, par définition, insatiable puisque tout patron qui ne gagne pas des parts de marché est condamné à disparaître. Dorénavant nous sommes parvenus à un point où plus rien ni personne ne doit échapper à la dictature inhumaine du profit. Cette folie peut se saisir immédiatement à l’aune des politiques d’austérité en Espagne, Italie, Grèce, Portugal, appliquées dès après le krach mondial de 2008 : alors qu’un énorme choc boursier venait de démontrer que 30 ans de « libéralisation » de « l’économie » avait entraîné la ruine pour beaucoup de gens, les gouvernements aux ordres des multinationales ont choisi de poursuivre brutalement dans cette même lancée. Les profits ont été privatisés et les pertes socialisées. Autrement dit, les pauvres ont dû payer de leurs maigres poches les exactions des rapaces capitalistes. En France, l’État a versé 390 milliards d’euros aux banques en guise de plan de sauvetage en 2009. Une garantie que seul le contribuable a assurée. À présent, Macron et consorts évoquent la « dette insoutenable » de la SNCF pour justifier sa privatisation. Quel foutage de gueule : la dette publique pose problème pour le service public ferroviaire mais aucunement quand elle couvre les banques ! Pour tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage ! Car les reproches faits à la SNCF et surtout à ses employés aujourd’hui, avec le rapport Spinetta, couronnent plusieurs années de sabotage de cette entreprise publique : désinvestissement, explosion de la dette par report de coûts, précarisation rampante de la main d’œuvre, séparation entre diverses entités juridiques et comptables, accidents à répétition pointés par des campagnes de discrédit médiatique. Il s’agit là encore de justifier le pillage du plus grand nombre, le transfert de l’argent public au privé, c’est-à-dire la guerre sociale. Comme dans toute l’Union européenne, ce qui reste des services publics en France doit être livré à la goinfrerie des transnationales : Éducation, hôpitaux, retraites, transports… Partout, le travail doit être flexibilisé, précarisé, intensifié, mal payé.
 
 La guerre totale capitaliste ne tolère aucun obstacle que pourrait constituer un droit, un conquis social. C’est pourquoi, elle s’attaque au statut des cheminots. Pour ce faire, elle se fait « guerre éclair », de triste mémoire, en recourant à la mécanique rapide des ordonnances, déjà utilisée pour liquider, il y a peu, le code du travail. Macron et sa clique de gros bourgeois veulent provoquer le « choc et l’effroi » : ils prennent de cours les travailleurs de la SNCF par une attaque d’une violence inédite. De plus, en frappant les cheminots, le gouvernement sait qu’il agresse le cœur du symbole de la combativité du prolétariat de ce pays. En le mettant au pas, c’est cette combativité qu’il veut écraser dans toutes les têtes des travailleurs. Cette optique veut que chacun renonce à la solidarité de classe, se résigne au « chacun pour soi », à une vie rythmée aux cadences marchandes, où la peur côtoie la frustration, la bêtise, la pauvreté et la tyrannie. Une perspective qui nous jette donc dans la guerre sociale intérieure et, pourquoi pas, dans la guerre tout cours, vers l’extérieur, la programmation de 300 milliards d’euros sous forme de dépenses militaires promise par Macron d’ici 2024 en est l’inquiétant signe. Le capitalisme qui occupe nos vies a choisi de lancer une guerre éclair contre les cheminots, les salariés du rail, volet de sa guerre de survie, sa guerre totale. Il faut lui montrer qu’à ce degré d’aggravation de sa logique destructrice, que sur cette ligne de front qu’il ouvre à la SNCF, il vient se heurter à un roc, il vient malencontreusement d’actionner le sursaut de la grande résistance, il vient de déclencher la bataille du rail ! Une bataille que nous pourrons transformer en guerre de reconquête de nos vies sur le capital si nos savons nous mobiliser :
 
CHEMINOTS, USAGERS, MEME COMBAT. LA BATAILLE DU RAIL SERA LE DÉBUT DE LA GRANDE GREVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE, UNITAIRE, ATTENDUE DEPUIS TROP LONGTEMPS. FAISONS CIRCULER CE TEXTE, ORGANISONS LES CAISSES DE GREVES. MONTONS DES COLLECTIFS D’USAGERS SOLIDAIRES DES CHEMINOTS. BLOQUONS TOUT !
 

Collectif des usagers de la SNCF pour la grève générale illimitée!

Nous sommes des usagers de la SNCF et nous voulons qu’une grève générale illimitée ait lieu, en réponse à l’attaque historique contre les travailleurs du rail. Nous sommes disposés à mettre toutes nos forces pour qu’une telle riposte, que l’on n’a pas vue depuis trop longtemps, se prépare, s’organise, se répande et finisse par bloquer toute l’économie.
Comme les cheminots, les salariés du rail, nous sommes contraints par la classe capitaliste à prendre le grand train quotidien de l’exploitation. Ce train, c’est celui qui nous conduit la tête pleine de soucis et d’angoisses vers des bureaux, des usines, des agences de Pôle emploi, où nous attendent des managers, des patrons, des chefs, qui sont chargés de confisquer la majorité de notre temps. Ce train, c’est celui qui nous ramène dans nos cités, nos petits pavillons, nos immeubles, une fois le turbin accompli, avec les mêmes soucis, les mêmes angoisses, la fatigue en plus.
Comme les cheminots, les salariés du rail, il nous arrive, quand on le peut, de prendre le train de la détente, des loisirs, des vacances. Un peu de repos, le temps de se vider la tête et de ne pas penser à la reprise du boulot.
Comme les cheminots, les salariés du rail, nous sommes de la classe sociale qui n’a d’autres choix que celui de travailler pour survivre. Nous sommes le prolétariat, au-delà des catégories professionnelles dans lesquelles la propagande dominante souhaite nous enfermer, par-delà le faux clivage public/privé, où elle nous incite à nous entredéchirer.
Comme les cheminots, les salariés du rail, nous avons, par le passé, obligé les capitalistes à nous céder des droits, des niveaux de salaires, des amortisseurs sociaux. Chaque fois que nous avons arraché ces “conquis sociaux”, c’est quand nous avons su dépasser les fausses oppositions que les bourgeois attisaient entre nous, c’est parce que nous avons réussi à nous rassembler à partir de notre condition générale d’exploités, à agir comme classe unie.
Aujourd’hui, nous n’en pouvons plus de crouler sous les attaques incessantes des capitalistes contre nos conditions de vie, nos salaires, nos droits politiques et sociaux, nos libertés. Cela fait des années que nous reculons face aux agressions contre le progrès humain, que mènent impitoyablement le patronat financier et industriel et ses sbires politicards… Des années que nous nous enfonçons dans la précarité, la flexibilité, la pauvreté, la démoralisation, la peur du lendemain, la perte de sensibilité et d’intelligence, l’individualisme… Et tout cela favorise la banalisation de la barbarie.
Cette nouvelle attaque contre l’entreprise qui symbolise le “service public” vise à une victoire historique contre tous les travailleurs, occupés, chômeurs, retraités et jeunes. Les rupins qui l’ont ordonnée le savent et c’est pour cela qu’ils mobilisent toute leur puissance pour qu’elle survienne…
… À commencer par les médias, qui sont en première ligne de l’actuelle bataille psychologique.
Alors, que les choses soient très claires : en tant qu’usagers de la SNCF, en tant que travailleurs, nous clamons haut et fort que quiconque veut l’abolition des vrais privilèges doit combattre aujourd’hui aux côtés des cheminots, des salariés du rail. Nous avons un cerveau, merci ! Nous savons donc que les privilégiés se croisent dans les beaux quartiers, dans les palaces, les rallyes mondains, à l’abri de grandes propriétés sécurisées, où aucun cheminot n’a jamais été vu !
NOUS SAVONS QUE LES PRIVILÉGIÉS SONT LES CAPITALISTES QUI, POUR AUGMENTER LEURS INADMISSIBLES PRIVILEGES, ACCUSENT PRÉSENTEMENT LES CHEMINOTS, LES EMPLOYES DE LA SNCF, LES FONCTIONNAIRES, D’ÊTRE DES PRIVILÉGIÉS.
Cette parole de mensonge, c’est celle d’un monde à l’envers, où les raclures de fils à papa nous insultent pour mieux nous piller.
Dans ces conditions, tout syndicaliste qui, selon une habitude trop répandue, cherchera à négocier la régression, à diviser les travailleurs, à confisquer les luttes, à manipuler les assemblées générales, sera considéré comme un traître.
Faisons circuler ce texte, organisons les caisses de grève, préparons la grande grève générale illimitée.

Le train de la révolution est en marche, faites tourner!