Nous sommes contre le travail

Parce que nous sommes contre un système qui repose sur l’exploitation de tout et de tou-te-s.
Parce que les administrateurs de ce monde transforment l’ensemble du vivant en marchandises sur toute de la planète.
Parce que cette société n’a d’autres choix à nous proposer que la mise au travail, quelques miettes pour survivre ou l’enfermement pour les indésirables et les récalcitrant-e-s.
Parce que le travail c’est vendre son temps, ses énergies, son corps et son esprit à des patrons, à des chefs, à des machines.
Parce que le capitalisme et l’Etat prétendent avoir la main mise sur tous les aspects de notre vie et nous dé-possèdent de plus en plus de toute autonomie et même de nos rêves de quelque chose de profondément autre.
Parce que ce système de production effrénée ne laisse pas d’en-dehors où chacun-e pourrait décider librement de ses activités.
Parce que Papa Etat ne garantit des droits qu’au prix de notre liberté ; c’est le même qui lâche ses chiens de garde dans la rue, crée et militarise les frontières et fait la guerre aux quatre coins du monde.
Parce que les restructurations – qu’ils appellent « crises» – signifient le durcissement de la misère, du cannibalisme social, des techniques et des technologies de contrôle.
Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, nous sommes non seulement contre le travail mais surtout contre le monde qui en fait un pilier et un horizon indépassable.
Si nous ne voulons pas aménager la longueur de nos chaînes mais bel et bien les détruire, il n’y a ni négociation ni dialogue possible avec le pouvoir quel qu’il soit.
Il s’agit donc de mener cette lutte au-delà des limites qu’essaient de nous imposer tous ceux qui ont intérêt à ce qu’elle étouffe dans les cadres existants – dont font partie les politiciens et les co-gestionnaires de tous ordres.

 

extrait du tract Nous sommes contre le travail

La fable de la serveuse, du cadre et du pauvre petit patron

Un cadre, salarié d’un grand groupe français de l’énergie, est assez préoccupé ces temps derniers.

En effet, comprenez-le, le pauvre homme. Ce cadre surmené a commandé la pause de 200.000€ de fenêtres et de véranda et il ne sait toujours pas quand les travaux seront terminés. Vous imaginez un peu le niveau de stress dans lequel il est.

Là y’a un entrepreneur qui vient lui poser, ses fenêtres. Enfin pas lui. Ses six employés. Car il faut être six pour en porter une seule, fenêtre. Il faut dire que ce cadre voit les choses en grand. Et puis il est « écoresponsable  » ce cadre, voyez-vous. La véranda servira aussi à chauffer la maison de 480 mètres carrés.  Pour le reste, il le fera passer en crédit d’impôt. Il est écolo et bien informé, ce cadre.

Dans l’absolu, cela ne sert pas à grand chose un cadre.  Un cadre ne produit rien. Mais au sein d’une économie de marché, un cadre est indispensable. Indispensable pour le capitalisme car payé pour optimiser le vol de plus-value, c’est-à-dire pour faire travailler mieux et plus vite les employés, pour leur voler un maximum de temps de travail, à savoir cette grosse partie du temps travaillé qui n’est pas rendue en salaire mais gardée. 

Tout le monde sera d’accord pour concéder que ces 200.000€ de fenêtres ne profitent aucunement à la société. Ils sont là uniquement pour le privilège d’un cadre qui bénéficie du vol de 200.000€ de travail productif effectué par les ouvriers et les employés de ce grand groupe. 

Car voyez-vous, la classe possédante, la bourgeoisie, la rente ne pourraient pas exercer seules leur dictature politique et économique. Une partie du magot, cette masse de travail volée aux travailleurs, est réservée aux cadres surmenés et aux  » pauvres petits patrons ».

D’un strict point de vue économique, de création pure de richesse, employer un garçon de piscine ne crée strictement aucune richesse.

La bourgeoisie française ne crée pas seulement des esclaves salariés, elle se crée des larbins.  Et comme elle n’en a jamais assez, elle se fait voter des lois sur mesure, y compris celle qui permet aux rentiers de s’offrir les services de l’entretien de leur piscine. Car l’Etat est son Etat. 

Sous Sarkozy, l’assiette des cadeaux fiscaux se basait sur 18.000€ + 3% des revenus, ramenés à 10.000€ sous Hollande en début de mandat. Cela signifie que pour les nantis, il est possible de déduire 50% de cette base de ses impôts et ainsi, finalement, se faire offrir des gens de maison par l’Etat, c’est-à-dire par le vol du travail productif des plus nombreux, le prolétariat. 

Si notre cadre est surmené et stressé, notre entrepreneur de fenêtres, lui, est bien malheureux.

Du soir au matin, il pleurniche contre RSI, l’organisme collectant les cotisations sociales. Il râle, il râle tout le temps. Mais ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il se verse 4800€ par mois.

Il trouve ça peu compte tenu du « temps passé  » et de la « prise de risque ». Mais il ne se demande pas si une serveuse enchaînant un service de 14 heures est payée en rapport du « temps passé « . Il ne veut pas admettre que les vrais risques, ce sont ses propres employés qui les prennent en montant tous les jours sur les toits. Car ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il ne monte jamais sur les toits, lui. Il ne sait rien faire de ses dix doigts en vérité. Il l’a héritée de son père, sa boite.

 Ce qu’il ne dit pas, ce pauvre petit patron, c’est qu’il s’est acheté un 4×4 « avec la boite « . Il l’utilise le week end avec « l’essence de la boite « . Ce qu’il ne dit pas non plus, c’est que de temps en temps, il prend des chantiers au black. Parfois il fait 5000€ dans un week end. Au black.  Et son sport favori consiste à « faire passer des factures avec la boite « . Partout où il va, il demande  » vous pouvez me faire une facture? « . Et ce qu’il ne dit pas aussi, c’est que s’il y a des difficultés avec « sa boite « , et bien il sera peut être le premier à ne « plus se verser de salaire  » mais en tout cas, il sera quoiqu’il arrive le dernier à en partir.

En réalité, ce pauvre petit patron ne gagne pas seulement 4800€ par mois. Il gagne bien d’avantage. Car en payant ses 6 employés 1400€ par mois sauf le chef de chantier qui lui est à 1800€, et bien même une fois les « charges payées », il reste beaucoup, beaucoup d’argent.

Or le problème, c’est qu’il a des concurrents. S’il veut continuer à mener le même train de vie ( 80% des travailleurs français sont à moins de 2200€ ) et bien il faut adapter l’efficacité de « sa boite » . Et le plus formidable, c’est que la compta, qui est faite pour les patrons, qui est faite pour la classe possédante, intègre la gourmandise infinie du Capital qui est celle de devoir renouveler l’appareil productif (les machines, les équipements, le 4×4,…) au but de réaliser et réaliser encore d’avantage de profit. Et puis pour faire sa compta, son expert est compréhensif. En faisant valdinguer certains chiffres de certaines colonnes, ça fait baisser le bénéfice. 

Voilà pourquoi les investissements sur un exercice comptable, sont déduits des impôts. Formidable pour notre pauvre petit patron. Il a gagné plein d’argent ( il a volé légalement et illégalement une masse énorme de travail à ses employés ) et va donc se faire construire juste à côté du premier, un second bâtiment, des stocks encore plus imposants que les premiers. Toujours à 4800€ Toujours à bramer tous les jours après RSI, quelle plaie.

Mais imaginons que sa boite soit vendable. Et bien notre pauvre petit patron, à 50 ans, il revend sa boite 800.000€. Et là, on comprend que ce pauvre petit patron, tout le temps à chialer, il gagnait bien d’avantage en réalité, que 4800€

 Il gagnait bien d’avantage que tous les avantages qu’il volait à la société. Il gagnait en plus la réalisation de la Valeur de sa boite. Réaliser de la Valeur, voilà le seul but du capitalisme! 

Et c’est quand on fait la somme de tout cela, quand on réfléchit un peu à l’ampleur de tous ces vols cumulés… Quand on se rend compte de l’ampleur des montants, c’est-à-dire du temps de travail, du temps d’existence, qu’il vole à ses employés, à tous les employés, à tous les ouvriers, on commence à lever le voile sur cette arnaque gigantesque!

Comme le cadre surmené, ce pauvre petit patron est un parasite. Il se signale d’ailleurs tous les jours en pestant après « les charges « , c’est même à ça qu’on les reconnaît.  

Sans oublier l’embauche de son fils ou de sa fille comme secrétaire en emploi semi-fictif et le dernier voyage à Rio de février, la cuisine, le billard, le frigo américains, le mas provençal dans le Lubéron, le lot de trois apparts dont deux taudis qu’il loue à des étudiants, le VTT à 6000€ qui a fait deux sorties, l’assurance vie chez TaXa assurances, les diverses collections entassées au sous-sol et la mini cooper S de madame. Rouge avec le drapeau anglais.

Tant qu’on comparera nos miettes salariales à un salaire annoncé à 4800€, on se fera avoir!

La différence entre les deux existences ne se compte pas en euros!

Il n’y a pas une inégalité de 3500€ entre ces deux salaires! Il y a une inégalité qui n’est pas quantifiable tant elle est énorme! 

Jugez plutôt. Pour un français sur quatre, en tout cas si l’on en croit une enquête récente, ne reste à la fin du mois, une fois que tous les postes obligatoires du fameux «budget » sont couverts, que moins de 10€ 

Or celui à 4800€ là, celui du dessus, qui en réalité, on l’a vu, gagne bien d’avantage, avec ce qu’il triche, avec ce qu’il vole, magouille, investit et récupère comme valeur. Et bien il est propriétaire de sa villa, lui! Son budget logement, lui, c’est zéro!

Celui à qui il reste 10€, il loue.


D’un côté 10€ de loisirs, de l’autre des milliers non pas d’euros mais d’ordres légaux d’oppressions, d’obligations presque immanentes à pouvoir jouir de ses privilèges, en vertu de la Loi, du Marché, de l’Ordre, de l’Economie.

Ces milliers d’euros, c’est une capacité à se faire servir, tous les jours, à jouir pleinement des oppressions légales qui consistent à devoir obéir quoiqu’il arrive, sous peine d’aller en prison, aux Lois du marché et de la propriété.

Le pauvre petit patron qui entrera dans le bar de la serveuse et qui « commandera » son verre en étant d’un rare mépris, aura toutes les lois du marché avec lui. La serveuse n’a pas le droit de lui cracher à la gueule. C’est la loi. Elle doit obéir, sourire et servir le verre. C’est la Loi du marché qui veut ça, on ne peut rien y faire. C’est comme ça. Cela existe car c’est la loi.


Cette serveuse a 10€ de loisirs par mois. Elle ne sort jamais de chez elle, sauf pour aller bosser. Elle ne part jamais en week end. Elle ne part jamais en vacances. Elle fait ce boulot « en attendant de trouver mieux « . Il n’y a pas d’existence. Où est la vie là dedans? Toute une vie à attendre de trouver mieux. Cette vie, elle n’est même pas comparable puisqu’elle est directement liée à celle que l’on subit, celle du pauvre petit patron, celle du cadre surmené, celle de ces quelques millions de parasites qui s’ajoutent au parasitisme des rentiers. 

Il n’est pas possible de comparer le salaire d’un exploiteur avec celui d’un exploité tout simplement parce que le salaire de l’exploité n’existe que parce que ce dernier est volé de son travail, le montant du salaire étant la matérialisation légale et mathématique du vol de ce temps de travail, de ce mois entier de travail.


C’est à partir du moment où les 1300€ sont engloutis par tous les rentiers en place, que l’on peut «officiellement » déclarer cette serveuse en situation d’esclavage salarial. Ces 1300€ sont donnés pour être immédiatement repris, avec d’autre choix ou presque, que celui d’entamer un autre mois de travail.

La différence de travail non rétribuée en salaire sert à créer la richesse, sous forme d’argent, qui permet de distribuer l’organisation de la société bourgeoise entre l’existence de ceux qui n’ont pas d’argent et celle de ceux qui possèdent l’argent ou maîtrisent la capacité à en créer. 

La capacité à acheter du privilège, du service, du servage, du déplacement, du « bien être » n’est pas quantifiable. Elle existe et elle doit être abattue.

La vie de cette serveuse à 1300€  – qui est obligée d’engager du travail la totalité de son mois pour obtenir à la fin 10€ de loisirs – n’est pas à 3500 minuscules euros en dessous du pauvre petit patron à – soit disant –  4800€.

Il y a un monde. Il y a une vie de foutue, il y a une mort psychique, il y a une vie volée qui les sépare.

Des millions de vies volées. Par un système marchand, par le salariat.

 

Les Enragé-e-s 

 

 

 

 

Heureusement, les chasseurs de Pokémon attrapent aussi les réactionnaires

   Est-il possible de parler de ce dont tout le monde parle sans en parler comme tout le monde?

 

  C’est en tout cas un exercice auquel on pourrait se livrer si l’on entendait se jeter sciemment dans le piège d’une campagne de publicité planétaire à laquelle il aura été difficile d’échapper.
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    Ainsi, au but d’en déjouer l’embuscade, il sera sans doute salutaire de prendre le parti de s’en extraire… d’entrée de jeu.
   Ce n’est donc pas de  » réalité augmentée  » que nous vous parlerons dans ce billet mais de concurrence de réalités et plus précisément, de concurrence de Valeur au sein d’une société de marché.

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  Dans cette optique, nous tenterons de comprendre pourquoi ce jeu a-t-il pu soulever une telle vague de critiques enflammées de la part de réactionnaires qui, par ailleurs philosophiquement chahutés par la période, voient débarquer de nulle part une nouvelle économie ludique installant massivement dans le réel et en l’espace d’une journée à peine, sa propre société autonome, et ça, passez-nous l’expression, c’est un peu fort de café!

«  C’est un peu fort de café. »

 Un monde cohérent semblant se substituer à celui auquel ils essayent péniblement de croire, cette fois, croyez-le si vous le voulez et pardon de nous exprimer de la sorte mais voyez-vous, la coupe est pleine!

«  La coupe est pleine. »

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Pour un réactionnaire, cela en est trop. Ajouté aux modifications rapides qu’a connues le capitalisme et qu’il ne veut toujours pas se résoudre à admettre vraiment, voir arriver ce jeu dans le réel le plonge, on va le voir, dans un doute profond. Entendez-bien cela.

Ce jeu lui prouve de façon indiscutable, notez bien qu’admettre publiquement ce fait lui est quasiment inconcevable, que la stupidité vindicative qu’il entrevoit dans cette chasse aux Pokémon fait apparaître grossièrement en une seule journée celle qu’il ne peut se résoudre à voir dans le système de valeurs qui le tient à l’état de zombie après toutes les années qu’il y a investies en pure perte. Et ça, franchement, c’est le signe qu’il y’a une couille dans le potage.

« Le signe qu’il y a une couille dans le potage. »

Car lui, ce qui le tient en vie, c’est la souffrance, c’est le Travail, c’est faire son salut dans le temps, c’est la chasse au pognon et pas aux Pokémon, nom de Dieu!

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Ce compte monté au niveau 24 s’échange à la valeur d’un SMIC au sein du capitalisme, faites vos jeux, rien ne va plus.

Car lui, il n’y croit pas aux Pokémon. Il croit à une chose qui était pour lui la seule chose possible qu’il puisse exister parce qu’elle était la seule à exister dans le réel. Comprenez-le. L’âme religieuse familiale qu’il a eu a affronter et que la période le convoque à affronter de nouveau, lui interdit formellement de réinventer tout réel. Lui, quand on lui parle d’une autre société possible, il n’y croit pas, en tout cas pas avant qu’il puisse la voir vraiment. Et puis il n’a pas envie que son travail soit accaparé par des jaloux et des aigris.

« Il n’a pas envie que son travail soit accaparé par des jaloux et des aigris. »

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Zardoz de John Boorman,1974, au gigantesque masque élevé au rang de divinité qui se révèle être, sans blague, une grossière supercherie.

 Avec ces chasseurs de Pokémon, qui occupent l’espace sur la base d’une autre organisation sociale capitaliste, tout aussi inégalitaire même si cela n’est pas ouvertement et immédiatement signalé aux joueurs, profondément injuste dès sa première journée d’existence car fondée sur une course à la Valeur produisant sa propre hiérarchie autonome, ce réactionnaire obtient la démonstration dans le réel non pas de l’existence des Pokémon mais que cette société de millions de chasseurs de Pokemon existe, elle, elle existe vraiment! Du jour au lendemain! Dans son jardin! Mais enfin, les gens ne respectent plus rien!

« Les gens ne respectent plus rien. »

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 » Mais foutez-moi la paix à la fin! « 

 Ce réel concurrent lui démontre que la société à laquelle il croit n’est ni plus vraie ni plus fausse que celle à laquelle croient ces chasseurs de bestioles numériques. Et ça, imaginez-bien, c’est assez déstabilisant.

 Car voyez-vous, le fait que près de 200 millions de personnes aient pu se mettre du jour au lendemain à marcher pour capturer des Pokémon au lieu de travailler pour capturer de l’argent, pour lui, avant même d’y avoir réfléchi deux minutes, c’est insupportable.

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Chasser du pognon ou chasser des pokemon, voilà le seul choix d’organisation proposé par des sociétés fonctionnant sur un système économique dont le moteur est la production de valeur par l’exploitation. Au secours.

 Insupportable car ces jeunes, ils feraient mieux de chercher du travail au lieu de chercher des pokemon qu’il se dit! Ils se lèvent même la nuit et même pas pour travailler! Ils osent se lever pour autre chose que du travail, c’est une honte!

« Ils se lèvent même la nuit et même pas pour travailler, c’est une honte. »

 Du travail, il y en a, il suffit de chercher, dégobille-t-il . Les gens ne veulent plus travailler! Ils veulent chasser des pokemon qu’il se dit cet abruti!

« Du travail, il y en a, il suffit de chercher! »

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N‘oubliez pas, son âme religieuse renverse tout. Pour lui c’est le patron qui crée l’emploi. Pour lui, c’est grâce aux riches, aux possédants et non à cause d’eux que l’on ne peut que survivre. Pour lui c’est la Faute des chômeurs s’il y a du chômage. Oui, des coups de pelles.

Et comme il évolue au sein d’une croyance qui disculpe en permanence les vrais bénéficiaires, le réactionnaire désigne systématiquement des Fautifs parmi les plus faibles, parmi les opprimés, parmi les premières victimes du système économique, parmi ceux qui sont déjà victimes des oppressions et de l’Etat.

Pour lui, la vie, c’est le travail. La société un ensemble cohérent inégalitaire au sein duquel chacun  » doit trouver sa place « . Il possède une vision religieuse du monde que cette concurrence malmène.

En effet, comment un tel concurrent direct peut-il se permettre de se moquer aussi effrontément sous forme ludique du système économique auquel il croit dur comme fer?

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Pour lui, ce jeu représente le mal. Il représente la Bête, le diable, et pas uniquement parce que c’est de la technologie.

Le réactionnaire, on le sait, peste contre les jeux vidéo par principe. Parce que c’est de la technologie. Parce que la technique se substituerait, selon lui, à Dieu et ça, c’est mal, c’est très mal.

Et bien ce jeu, il anime des millions de gens dans le réel, et ils y croient aussi, à leurs pokemon, tout comme lui à son pognon. Car pour ce réactionnaire, le pognon est neutre (il n’a pas d’odeur), pour lui, le marché existe à l’état  » naturel  » et n’est pas une construction sociale. Pour lui l’argent n’est pas le résultat de millions d’oppressions croisées. Pour lui, le PIB n’est pas une abomination en soi. Pour son principe.

Car ce jeu singe de manière si grotesque le système de Valeur après lequel il court, que cela l’achève. Depuis des années, ce réactionnaire est malmené philosophiquement par l’évolution violente des rapports de production capitalistes et l’ampleur de la crise systémique.

Ce réactionnaire a eu beaucoup de mal à accepter que le capitalisme redéploie les centres productifs selon ses propres intérêts immédiats et non selon la gestion catholique sociale qui avait cours au sein du patronat au 19e siècle ou à l’immédiate après-guerre. Les cœurs productifs ont été éclatés, la croissance du capitalisme s’est redéployée sur du superflu destiné à deux classes bien précises ou plutôt à une classe et à une demi-classe, rapports de production particuliers qui n’auront duré qu’un temps en sein de cette phase capitaliste.

Il faut être clair et le dire: La société « de services », qui concerne 75% des emplois, ne fonctionne pas sur un mode selon lequel tout un chacun se retrouverait tour à tour serviteur et servi. Non, une majorité de la population sert une minorité. Toujours la même! Une grande partie des services le sont au service d’un bloc social composé de la bourgeoisie, de la petite bourgeoisie et du haut des couches moyennisées. Un tiers de la population possède la quasi totalité des patrimoines (10% de la population possède 60% de la Valeur patrimoniale, 50% en possède 5%) mais aussi le privilège d’être servi.

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L‘immense majorité du travail devient ainsi parfaitement inutile. Le réactionnaire, qui est bien plus concret qu’un cadre de centre gauche parisien d’Europe Ecologie, comprend très bien cela.

Il accepte cela car le service au riche permet selon lui d’aller chercher la richesse où elle est. Son âme religieuse renverse tout, n’oubliez pas. Pour lui, c’est le patron qui crée l’emploi. Pourtant, un patron qui crée un emploi crée avant tout un esclave salarié. C’est même l’esclave salarié qui, par le vol légal de son travail, permet l’existence du patron.

C’est en réalité le salarié qui crée le patron mais ça, le réactionnaire ne le comprend pas, même si issu de famille paysanne, commerçante ou artisane, il est devenu lui-même salarié. Il n’a pas encore percuté qu’il avait changé de classe.

Le réactionnaire a donc dû accepter le fait qu’une part du travail soit inutile. Mais comme pour lui le Travail fait monde, il est incapable de comprendre à quel point le Capital le vole, lui, aussi, tout au long de son existence, sur la totalité de l’organisation de son existence.

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Repenser l’appropriation du temps et de l’espace, la socialisation, en remettant en question radicalement l’exploitation salariale, la Valeur, la gestion de l’énergie et la division du travail, une question qui ne viendra à l’idée d’aucun des protagonistes des « dîners en blanc » .

Et il s’en moque voyez-vous. Car son éducation religieuse l’a construit pour lui influer une haine profonde de la liberté. La liberté le panique. Le fait d’avoir à se retrouver face à soi-même et à ses démons le terrifie. Le Travail est la voûte, c’est lui qui permet de tout faire accepter.

En revanche, jamais ce réactionnaire ne s’inquiétera du fait que des milliers de privilégiés puissent se réunir impunément en plein Paris, sans exprimer la moindre culpabilité, poussant l’outrage jusqu’à s’affubler du blanc de la royauté. Ceux-là, il ne veut pas les envoyer travailler la nuit. Cela ne le gêne pas qu’ils privatisent l’espace public là où la plupart des travailleurs en lutte n’auraient pas droit de le faire. Un ordre vertical naturel injuste et immuable.

Pour lui,  la question du travail, du chômage est juste une question de bonne volonté et de chance, de providence, de naissance, en aucun cas une condition du salariat, ni un instrument de pression économique contre les plus nombreux, surtout en temps de crise.

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Cela se passe en plein Paris comme dans d’autres villes dans le monde, avec toutes les autorisations officielles en main, le gotha se réunit pour un dîner privatif rassemblant des milliers de nantis dont l’accès chaque année tenu secret se fait uniquement par cooptation. Nul ne dira si le nombre de pokemon en banque entrent en ligne de compte.

Pour ce réactionnaire, renverser la vision du réel ne demande pas d’engager un effort considérable. La ouate du néant, le bonheur infini de l’autruche la tête plantée dans le sable, avouez-le, cela possède un certain confort. En tout cas pendant un temps.

Le réactionnaire ne comprend pas et ne veut pas comprendre l’économie de marché. Il ne comprend pas le chômage de masse. Il ne comprend pas la crise systémique. Il ne comprend pas comment le capitalisme parvient à gâcher de telles forces productives de la même façon qu’il gâche la planète.

Il ne comprend pas l’extraordinaire et indicible injustice, la montagne de captation de travail, de ressources et d’énergie, de destructions nécessaires y compris humaines, pour produire le « niveau de vie » auquel il s’accroche et qui n’est en réalité que le niveau de production au sein d’un régime salarial à un instant T du développement du capitalisme. Système économique barbare sur lequel se pencheront probablement d’ici quelques siècles des historiens en se demandant comment cela a été possible, comment « les gens » ont-ils pu accepter ça, comment ont-ils pu passer autant de temps à accepter un jeu de valorisation aussi simpliste et grossier?

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Les pixels, c’était mieux avant.

  En espérant que nous galériens prenions nous-mêmes les choses en main pour faire dévier tout le monde de cette pente morbide.

Quoiqu’il en soit, en cette bonne vieille année 2016, prenons bien la mesure de ce fait historique:

Une hérésie tente d’entreprendre l’organisation religieuse du royaume en se suppléant à la valeur Travail. Croyez-le si vous le voulez mais tout fout le camp!

« Tout fout le camp. »

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Le Moyen Âge, c’était mieux avant.

« Et la bagnole aussi, c’était mieux avant. »

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Ah ben forcément, elle va beaucoup moins bien marcher qu’avant.

 Nous avons donc un système capitaliste ne supportant pas la concurrence qui finit par produire un système ludique concurrent autonome au sein même de l’espace temps sur lequel s’exerce son appétit.

D’un côté nous avons un système qui fonctionne sur la production de Valeur par l’organisation marchande globale de toute minute d’existence et dont le Capital ne peut se reproduire sans vol légal de travail. Ainsi, temps productif ou temps non productif (le travail et les loisirs ne sont que les deux faces de la même pièce capitaliste) sont régis par la même logique reproductive du capitalisme, l’Humain est totalement dépossédé de son vivant, du premier au dernier jour de son existence.

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Pratiques de consommation névrosées et fétichisme de la marchandise. Le collectionneur possède ici deux exemplaires de la même figurine, cette figurine comme toutes les autres, étant un produit direct des nécessités de réalisation de Valeur. L’exemplaire neuf est immaculé. Il obtient une sur-valeur d’échange par son blister intact, seule la main d’un travailleur a touché cette figurine. Pour le collectionneur en revanche, aucune main ne l’a touchée, pas même celle de celui ou celle qui l’a produite. Sa virginité se valorise par une absence d’intégration au processus de  consommation, par un déni des conditions concrètes et matérielles qui ont produit cette figurine et par la double possession du même objet, l’une de nature souillée et impure, l’autre intacte et sacralisée.

 La forme ludique clonée déploie elle aussi son système de recherche de Valeur (les Pokémon rares) sur une grande part de l’espace matériel et se nourrit de la Valeur extorquée au système parasité.

 A la différence du premier système, le second permet au joueur de directement valoriser l’investissement temps engagé et ce de manière automatique, fonction de domestication que n’est plus forcément en capacité d’être assurée directement par le salariat.

La socialisation qu’il produit transperce l’organisation sociale existante et ainsi, ravive une promesse de socialisation que le capitalisme n’est plus forcément en capacité d’offrir.

Sa capacité à se jouer de la frontière, de la limite de propriété, du mur, du privatif, en fait un système qui invite à une mobilité géographique et propose une désirabilité d’exploration de l’espace que le capitalisme n’est pas capable d’offrir.

Ce système ludique concurrent sortant de nulle part se place, dès la première journée, en capacité de créer une désirabilité que n’est plus en capacité d’offrir le capitalisme auprès de ceux qui ont à le subir.

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En s’appropriant la quasi-totalité de l’espace monde, ce jeu installe une mécanique de création de Valeur venant faire concurrence à une autre course à la Valeur dédiée à une logique identique. Il démontre de façon absolument indiscutable la construction sociale et spatiale autonome que produit une mécanique dominée par une création de Valeur totalement désaccordée des nécessités de la production et des projections matérielles des rapports de production.

Ce jeu brise de fait l’implacable facticité de la construction sociale dédiée que s’emmène toute société basée sur la production de valeur. Il démontre comment une organisation sociale basée sur la valeur est rapidement capable de couper une société de ses propres nécessités. Ce jeu démontre que la Valeur ne va pas dans le sens de l’humanité mais qu’elle ira quoiqu’il advienne dans le sens de la Valeur.

Le chasseur de pokemon rare pénètre dans la villa d’un retraité abonné à  la chaîne américaine d’extrême droite Fox News. Il y a concurrence immédiate de course à la Valeur. D’un côté un Pokémon rare, de l’autre la Valeur de la villa.

D’un côté un système ludique naïf parasitant un système oppressif et esclavagiste, de l’autre un système oppressif et esclavagiste. Ils tombent nez à nez. Le chasseur de pokemon dégaine sa pokeball, le propriétaire, lui, son fusil.

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Deux valorisations de l’espace. Deux concurrences de Valeur.

Deux vies humaines embrigadées chacune dans une croyance concurrente qui fonctionne sur une organisation sociale différente de l’espace et du temps.

Le chasseur de Pokémon, qui est soit dit en passant, un abruti de première, va-t-il parvenir à capturer le votant de Donald Trump, qui lui est complètement con?

Ne rêvez pas, le chasseur de pokemon s’effondre blessé au sol…

Mais en réalité, c’est le propriétaire qui fait tomber le capitalisme à terre par le sommet de ridicule que la scène produit.

Les joueurs de Pokémon ne respectent pas la propriété ni le couvre-feu! Ils marchent au lieu de travailler. Ils se rencontrent en dehors du cadre où s’exerce le pouvoir du patriarche (la famille, le patrimoine), celui où s’exerce celui du patron (l’entreprise, la direction) et celui où s’exerce celui de la patrie (l’institution, les procédures civiques).

Mettez-vous à la place une seconde de ce réactionnaire, les joueurs de pokemon permettent non seulement de révéler au grand jour qu’ils jouent à un jeu largement aussi idiot que celui qui le tient à l’état de zombie mais en plus ce jeu se permet de jouer à Dieu! Il se substitue à l’ordre  » naturel « ! C’est obscène, voyez-vous!

« C’est obscène, voyez-vous. »

Ce réactionnaire n’a pas compris qu’il est lui-même autrement plus stupide qu’un chasseur de pokemon, Dieu merci!

Les Enragé-e-s