Eloge aux gars et aux femmes du BTP qui meurent sans éloge

A tous ceux qui ne meurent pas au lit

 

 

arton853-091cbLa semaine dernière, deux accidents graves du BTP ont entraîné la mort d’un ouvrier sur le chantier de l’écoquartier de Palaiseau et le l’évacuation après réanimation d’un autre ouvrier à Chambéry. Tous les deux ont été victimes de ces chutes qui sont une des principales causes de mortalité dans le BTP.

De ces ouvriers, vous ne saurez rien au travers des dépêches vite emballées des feuilles de choux locales. Mais nous, nous les connaissions sans même les avoir rencontrés car nous sommes travailleurs et travailleuses comme eux face aux dangers du chantier. Parmi nos camarades, nous avons notre part de mutilations et de vies brisées.

Alors, nous rendons hommages à tous les travailleurs et toutes les travailleuses du BTP qui chaque matin se lèvent pour gagner leur croûte avec la peur au ventre, à toutes celles et à tous ceux qui grimpent l’échafaudage avec cette peur, à défaut de le faire en sécurité, à toutes celles et à tous ceux qui creusent la tranchée avec cette peur, à défaut de le faire en sécurité, à toutes celles et à tous ceux qui épandent du produit dangereux avec cette peur, à défaut de le faire en sécurité, à toutes celles et à tous ceux qui travaillent dans des conditions météos pourries avec cette peur, à défaut de le faire en sécurité.

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Travailleuses ou travailleurs comme nous, nous leur rendons hommage quand ils sont fauchés par la mort de la façon la plus brutale. Nous nous associons à la douleur des familles et nous sonnons le glas pour nos collègues, nous le sonnons une fois tous les deux jours en France.

Mais nous ne pourrons jamais nous contenter d’un recueillement à chacune de ces tragédies ouvrières, chaque mort du BTP a une cause et ce n’est pas la fatalité qui nous fauche. Non, c’est le patronat. Par sa cadence de production infernale, par ses manquements en matière de sécurité, c’est le patronat qui nous tue.

Au syndicat, nous n’avons pas eu d’accident mortel ou grave depuis plus de dix ans car entre camarades, nous apprenons à dire non à ce patronat assassin. Notre action quotidienne de syndicalistes combat cette “fatalité” patronale servant à masquer leur brutalité. Et chez nous, il n’y a plus de victimes. Nous refusons d’un seul bloc les ordres à risques. Prendre des risques pour le patron est un suicide. Si le patron veut travailler sur un toit gelé, qu’il y monte lui même, ce lâche. Et nous n’oublions pas la cadence qui rend le métier dangereux. On se fait virer, mais on ne se fera pas tuer. Le couteau du Hara-kiri, on leur laisse, on leur aiguise s’ils veulent. Les camarades du syndicat ne mourront pas pour eux, et même si nous ne sommes pas à l’abri d’être entraînés dans la mort sur les chantiers, nous n’irons pas de nous-mêmes.

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Il est trop tard pour ceux qui sont fauchés et nous les pleurons, comme nous pleurerons ceux qui se feront abattre par le patronat de cette semaine.

Mais aux survivants quotidiens, nous leurs disons qu’il est temps d’apprendre à dire non, et de le faire avec le syndicat. Un patron ou un chantier, ça se remplace, pour vos familles, vous êtes des pères, des mères, des fils, des filles irremplaçables.

Si la presse à fort cirage [1] n’en finit plus de ses éloges à la une de Pierre Berger, patron d’Eiffage, décédé à 47 ans d’une crise cardiaque dans la nuit, ce ne sont pas nos morts qui auront droit à une telle exposition médiatique. Écrasés, brûlés, explosés, décapités, démembrés, enterrés, empalés, broyés, nos morts sont moins glamours que celle d’un boy-band patronal. On les attend tous, ces médias de la brosse à reluire, sur les chantiers Eiffage venir faire l’éloge de l’ouvrier crevant par la faute du productivisme imposé par ces PDG du BTP qui meurent au lit en pétant dans la soie.

Ouvrières et ouvriers du BTP, vous n’êtes pas pour le syndicat que quelques lignes d’une dépêche, vous n’êtes pas seuls, venez nous rejoindre et construisons notre survie au patronat délinquant et à ses chantiers, ensemble !

 

[1Jusqu’aux groupies patronales de la CFDT qui viennent de perdre leur idole charismatique.

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Syndicat Unifié du Bâtiment de la région parisienne 

 

 

 

Condamné pour avoir recouvert une croix gammée

Le 10 août dernier, Antoine Saly, 28 ans, apprend qu’une croix gammée a été peinte au-dessus de la Cité de la musique. Le graffeur décide de la recouvrir… Avant que la police l’interpelle.

Il passait devant la Maison de la justice et du droit ce 30 octobre où il a été condamné à 60 heures de travail d’intérêt général.

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Voilà l’abominable vision que découvre Antoine avant de décider d’intervenir en recouvrant la croix gammée d’une tortue, ce qui lui vaudra cette lamentable condamnation.

 

 « Si c’était à refaire, je le referais ».

Ce lundi 10 août, Antoine rentre tranquillement du travail et reçoit un SMS. Un ami lui envoie la photo d’une croix gammée taguée au-dessus de la cité de la Musique. « Ma première réaction c’est de me dire “mince, ça fait plusieurs jours que c’est ici et personne ne réagit ?”». Sur un « coup de nerf » il prend sa voiture et file sur le mur en question. Sur le tag “I have a dream ”,  suivi de la croix gammée, il commence à peindre une tortue. « J’aime bien les tortues, c’est ma spécialité » sourit-il. Mais alors qu’il s’apprête à achever son œuvre, deux policiers lui tombent dessus.

J’ai recouvert « le symbole le plus malsain qui existe »
« J’ai eu droit à une petite fouille, et ils m’ont pris toutes mes bombes de peinture avant de m’emmener au poste ». Un procès-verbal et une bonne leçon de morale plus tard, le jeune homme ressort du commissariat. «Je pensais que tout allait s’arrêter là ». Mais pour avoir recouvert « le symbole le plus malsain qui existe », le graffeur reçoit une lettre de convocation pour une composition pénale.
Une décision qui le laisse sans voix. « J’ai l’impression d’avoir fait un geste citoyen. Je trouve ça anormal de me condamner moi au lieu de chercher les vrais coupables ».
 Regrets de la Mairie et soutien de la  LICRA

Si le jeune graffeur de 28 ans doit répondre de ses actes, c’est notamment parce que comme dans chaque affaire de graffitis,  la ville a porté plainte.

La Mairie avait fait savoir que  « la ville regrette que le tagueur initial n’ait pas pu être identifié , …, et compte demander, lors de la composition pénale, un simple « rappel à la loi  » à l’encontre d’Antoine. »
La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) s’était saisie de l’affaire au niveau national, et souligne par ailleurs que « nous ne savons pas si les auteurs de cette croix gammée ont été recherchés… ».
À ce sujet, elle ne manque pas de rappeler la loi : « L’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 prévoit que seront punis de 5 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, ceux qui auront fait l’apologie de crimes contre l’humanité ou crimes de guerre ». La Licra estime enfin que «  la croix gammée aurait dû être effacée plus tôt afin d’éviter qu’un citoyen ne le fasse lui-même ».
Du TIG pour un TAG

 

Alors que l’on s’attendait à un simple rappel à la loi, le procureur de la République l’a condamné à 60 heures de travail non-rémunéré (l’équivalent de travaux d’intérêt général).
 Le jeune homme a 14 jours pour rendre sa décision.

 

 

 

 

Kokopelli ou les illuminés de la petite graine

L’association écolo Kokopelli, spécialisée dans la vente de semences anciennes, fait l’objet d’une certaine bienveillance dans les milieux de gauche, écologistes et alternatifs. Toutefois, certains propos tenus par son fondateur et président historique, Dominique Guillet, sont pour le moins préoccupants… 

En outre, Kokopelli se targue d’être un réservoir génétique accessible à tous. Or la gamme de semences qui figure dans son catalogue ne comporte pas plus de 2300 variétés et pour bon nombre de semences proposées par l’association, l’argument ne tient pas vu qu’elles sont proposées par la concurrence. Et dans ces variétés on trouve majoritairement des tomates des piments et des courges, parfaitement courantes pour la plupart provenant des USA .

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A partir de mi-juillet, un communiqué de Kokopelli, association créée en 1999 et engagée dans la protection la biodiversité à travers la vente de semences issues de l’agriculture biologique et biodynamique, a commencé à circuler massivement sur les réseaux sociaux. Il dénonçait une levée de fonds organisée par l’ONG Avaaz pour lutter contre Monsanto qui usurpait, parmi d’autres, le nom de Kokopelli pour légitimer cette campagne. Et en profitait au passage pour appuyer sur le côté plus que douteux de cette organisation entourée de soupçon d’escroquerie. Jusque-là tout va bien. Mais cette mise au point renvoyait à un article plus fouillé intitulé Avaaz : un écran de fumée occultant les bombes libératrices à uranium appauvri, écrit par Dominique Guillet et publié sur le site de l’association le 14 novembre 2012. Si sur le fond certains arguments acerbes envers la très critiquable Avaaz peuvent être recevables et partagés par notre organisation (fatuité de cette forme de «  militantisme  » en ligne et par pétition, motifs discutables des souscriptions, source de financement sujette à caution, salaires mirobolants de ses dirigeants), ce règlement de compte suscite la stupeur en évoquant dès sa première ligne le Graal des complotistes renommé ici «  opération psychologique spéciale dénommé 9/11  » et renvoyant vers le site conspirationniste ReOpen911

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Prose paranoïaque

En poursuivant les yeux écarquillés la lecture de ce salmigondis soi-disant subversif, on tombe sur la prose classique des paranoïaques du complot avec la dénonciation ad nauseam du « Nouvel Ordre Mondial » et l’explication de la guerre en Afghanistan par la volonté de l’Otan de contrôler le marché de l’opium. On n’est pas loin des délires royalo-narcotiques du conspirationniste Lyndon LaRouche et de son préposé français, Jacques Cheminade

Plus étonnant pour quelqu’un qui se revendique écolo, l’auteur décidément en grande forme s’attaque à «  l’arnaque du réchauffement climatique anthropique  » et nous invite à consulter une série de quatre articles qu’il a rédigés à l’automne 2009 et publiés sur son site liberterre.fr (sic). Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

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Complotisme et ésotérisme

Circonspect devant tant de divagations, on se penche plus en avant sur le bonhomme  : adepte des théories Gaïa – qui dégénèrent bien souvent en des croyances religieuses New Age débilitantes – Dominique Guillet, qui ne laisse pas de surprendre, se révèle être un fervent disciple et traducteur de John Lamb Lash, gourou américain versant dans l’ésotérisme, inlassable dénonciateur de l’ « intrusion extraterrestre » qui œuvre clandestinement à la destruction de l’humanité et annonciateur d’une menace prophétique qu’il assimile au sionisme en ne ménageant pas ses efforts pour masquer son antisémitisme maladif.

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Traduction de John Lash par Dominique Guillet hébergée sur son site Liberterre.

Kokopelli propose également à la vente un ouvrage de Sylvie Simon, écrivaine obscurantiste anti-vaccination décédée en 2013 et de Claire Séverac, auteure antisémite et conspirationniste transitant sur Egalité & Réconciliation d’Alain Soral et que l’on retrouve sans grande surprise également sur le site écolo-confusionniste Mr Mondialisation.

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La boutique de Kokopelli ne lésine pas sur les ouvrages de charlatans qui sont d’authentiques sas d’entrée sur l’extrême droite.

Au début Kokopelli s’appelait Terre de Semences et distribuait des semences issues de l’agriculture biologique à l’intention des jardiniers amateurs. Ces semences n’étant pas inscrites au catalogue officiel cette activité était tolérée, mais illégale. Devant ce fait le législateur a même changé la loi afin de permettre aux jardiniers de se procurer ces semences, en créant “le registre des variétés anciennes pour jardinier amateur”. Mais M.Guillet, le fondateur, ne veut pas de cette loi et créa Kokopelli.

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Au passage Kokopelli est soutenue par le professeur Berlan, radicaliste anti-OGM et qui a préfacé le livre de D.Guillet. On trouve comme généreux donateur de cette association “Fondation pour une Terre Humaine” de Jean-Louis Gueydon de Dives, une fondation Suisse qui finance de nombreux projets “écolos” derrière lesquels se cache l’anthroposophie (Demeter, biodynamie, etc,…), à commencer par Terre et Humanisme de Pierre Rabhi

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La FTH a été créée par son président actuel, Jean-Louis Gueydon de Dives, grâce à l’héritage de sa mère, Jacqueline Beytout, ex-propriétaire et PDG des Échos.

Au passage l’association ne soutient pas plus l’agriculture bio, mais soutient largement l’agriculture biodynamique, suivant la réflexion de l’anthroposophe ésotérique et raciste Rudolf Steiner.

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Le “Hameau du Buis”, vitrine anthroposophe détenue par Pierre et Sophie Rabhi, village privatif pour personnes vulnérables et aisées. En bas à droite de la photo, cercle Steiner sur ce même “Hameau du Buis”.

Cette affaire de plus en dit long en tout cas sur le climat politique actuel et la sous-politisation de certains mouvements qui se veulent militants, notamment dans quelques milieux écologistes mystiques, terreau fertile pour le conspirationnisme et porte d’entrée de l’extrême droite.

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Sur le site de Dominique Guillet, on trouve 28 entrées pour le philosophe ésotérique et raciste, Rudolf Steiner. Ce n’est pas étonnant puisque la figure de proue anthroposophe, Pierre Rabhi, est impliqué dans l’association Kokopelli, que John Lash a longuement transité au sein du nuage anthroposophe, que Kokopelli distribue des ouvrages édités par Acte Sud, une maison d’édition tenue par un couple d’anthroposophes qui éditent également… Pierre Rabhi.

Au secours! Les anthroposophes sont là

En attendant, nous invitons les personnes légitimement préoccupées par la préservation de la biodiversité, vitale pour la stabilité de nos écosystèmes, à se tourner plus sûrement vers le Réseau semences paysannes monté par nos camarades de la Confédération paysanne. [NDLR confédération qui ne semble pas, hélas, totalement étanche à l’entreprise de colonisation culturelle de la biodynamie]

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Une critique de Kokopelli

La première fois que j’ai entendu parler de Kokopelli, c’est à travers un reportage: Solutions locales pour désordre global.

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Le couple de réactionnaires, Claude et Lydia Bourguignon, l’anthroposophe Pierre Rabhi, le pape du microcrédit Muhammad Yunus, la prêtresse Vandana Shiva, les réactionnaires Michéa et Latouche chapeautent une jolie brochette de conservateurs et de mystiques en tous genres.

Le président de l’association, Dominique Guillet, expliquait que les multinationales de la semence voulaient se créer un monopole sur le vivant. Ses propos m’ont paru légèrement exagérés : l’agriculture est comparée à une guerre faite à la terre, le tracteur et les pesticides seraient des outils développés suite aux guerres mondiales et seraient respectivement la suite logique des chars et des gaz de combat. Deux affirmations erronées qui seront traitées dans un autre article, consacré à ce « reportage ».
On peut se dire « oui, bon, erreurs historiques mineures ou bien propos se voulant pédagogiques de la part de M. Guillet ». Certes. J’avoue avoir passé l’éponge sur ces affirmations fausses. Après tout, M. Guillet ne dépareillait avec le reste des intervenants du reportage, une ânerie passe mieux si elle est entourée d’autres âneries.

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Les “Femmes semencières” sont également une création de Pierre Rabhi. La fertilité des femmes est naturalisée en tant que fonction sociale indépassable, le tout au prétexte de “lutter pour la biodiversité”.

La deuxième fois que j’ai entendu parler de Kokopelli, c’est à la suite du verdict de son procès perdu contre un semencier. Il faut dire que la somme qu’a été condamnée à verser l’association est faramineuse : 100 000€ [Condamnation finalement ramenée à 5000€]. Tout ça pour avoir voulu soit disant protéger des graines illégales car non-inscrites dans le Registre, indispensable à la commercialisation des graines selon l’association.

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Kokopelli et Sea Shepherd, deux droites radicales engagées dans “la défense de la biodiversité”.

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson. 

1)Kokopelli, un acteur unique de la biodiversité ?
L’association déclare détenir plus de 2200 graines d’espèces potagères rares ou anciennes. 1700 espèces sont disponibles à la vente au public, les autres étant réservé à l’échange entre membres de l’association.
Il est intéressant de regarder de près ces 1700 semences et notamment les 650 variétés de tomates proposées. Car oui, les tomates représentent 1/3 des semences proposées à la vente.
La première chose qui surprend, c’est le nom de ces variétés : sur une page prise au hasard affichant 20 résultats, 18 portent des noms anglais, y compris la Yellow Belgium et la Black Ethipian. La moitié des variétés sont originaires des USA ou cultivées aux USA et supposément originaire d’Europe, l’autre moitié est originaire d’Europe de L’Est.

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Kokopelli vend à vil prix des semences tout ce qu’il y a de plus communes. C’est le cas du piment Jupiter inscrit au catalogue officiel. Autre exemple le haricot Christmas Lima n’est rien d’autre qu’un Phaseolus Lunatus qui n’a pas besoin d’être inscrite pour être commercialisée.. ! Le fenouil Mantovano est quant à lui déjà inscrit aussi… ! Et tant d’autres variétés du catalogue. Sur 10 variétés de carotte proposée 9 sont inscrites… ! Certaines variétés sont même issues d’obtention de très grandes sociétés (les 4 grandes multinationales…) comme le piment Emerald Giant de Syngenta….N° 2 mondial….

Un autre élément surprenant est la présence de variétés tout ce qu’il y a de plus modernes. Certaines espèces ont été développées dans les années 80 et 90 aux Etats-Unis et sont donc plus en voie d’apparition que de disparition. On peut prendre en exemple les tomates créées par Tom Wagner, créateur de Tater Mater Seeds. Ses tomates sont certes originales d’un point de vue visuel (zébrées vertes, rouges, en forme de banane, etc), mais sont toutes des créations récentes issues d’hybridations inter-variétés. Si l’on peut saluer l’acharnement et le travail de sélection effectué par Tom Wagner,  son travail ne relève absolument pas de la sauvegarde de la biodiversité légumière mais de la sélection, c’est-à-dire de la biotechnologie artisanale telle qu’on la pratique dans tous les champs depuis 10 000 ans.
Dans les faits, Kokopelli vend surtout des graines « funs », certaines peu courantes dans le commerce, mais ce n’est pas exactement synonyme de protection de la biodiversité.

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2) Des graines trouvables chez Truffaut
Si certaines graines sont peut-être rares, ce n’est pas le cas de toutes. Certaines (la plupart) sont même assez courantes.
Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur le site de Truffaut et de comparer les variétés vendues à celles que possède Kokopelli.
Prenons les carottes. Kokopelli en propose 17 variétés à la vente. C’est un chiffre un peu ridicule par rapport aux 650 variétés de tomates, mais que voulez-vous, Kokopelli ne peut pas sauver tout le monde !
Parmi ces 17 variétés, 4 sont trouvables sur le site du très capitaliste Truffaut : carotte de Roubaix à cœur rouge, Nantaises, Rothchild, Touchon. Des variétés françaises classiques trouvables dans tous les potagers, ni hybrides F1 ni en voie de disparition…
La recherche marche aussi avec les tomates : par exemple, au milieu de ses hybrides F1, Truffaut propose des variétés de tomates reproductibles, parmi lesquelles la Green Zebra de chez Tom Wagner ou la plus francophone Rose de Berne.

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Dominique Guillet et Vandana Shiva, une rencontre au sommet de deux grands mystiques.

Par ailleurs, le dernier procès opposant Kokopelli au semencier Baumaux a mis en évidence le fait que les deux entités commercialisaient 233 variétés identiques et étaient donc en situation de concurrence. Si une entreprise capitaliste les produit, ces 233 variétés ne sont de fait pas en voie de disparition. Il est significatif que Baumaux ait attaqué Kokopelli pour concurrence déloyale. Si ces graines étaient si illégales que cela, le service juridique de cette entreprise en aurait probablement profité.
A titre d’exemple, les variétés de carotte Jaune du Doubs, Saint valéry, Blanche de Kütingen, Amsterdam, Touchon, Longue lisse de Meaux, Carentan, Colmar à cœur rouge, sont également trouvables chez Baumaux qui d’ailleurs, possède plus de variétés de carottes non-F1 que Kokopelli et pour des prix généralement plus bas que ceux pratiqués par l’association. L’argument d’anticapitalisme ne tient pas non plus !

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A noter que l’association commercialise des semences de variétés protégées en AOC. Comme le Haricot Tarbais, appellation déposée par une toute petite coopérative Tarbaise. Mais voila la coop les commercialise 6€ les 150g et Kokopelli 3€ les 40g…

3) Biodiversité et autosuffisance
La raison d’être de Kokopelli est la préservation de la biodiversité potagère.
Comme nous l’avons déjà vu, pour bon nombre de semences proposées par l’association, l’argument ne tient pas vu qu’elles sont proposées par la concurrence.

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Le groupe Tryo cède au mythe de l’Arche de Noé potagère ou quand un groupe “gauchiste” sans structure véritable et ouvert à tous les vents, tente de s’offrir une caution morale bon marché. Les mêmes s’afficheront en octobre 2015 aux côtés du réactionnaire et xénophobe Paul Watson de Sea Shepherd.

Le mythe de l’Apocalypse et de l’Arche de Noé potagère

Si on écoute Kokopelli, le monde serait envahi d’hybrides F1 stériles ne permettant pas de reproduire ses graines d’une année sur l’autre. Nous tous, pauvres jardiniers, serions dépendants des multinationales de la carotte et du navet.
Une visite sur les sites de commerces spécialisés comme Truffaut nous montre le contraire : certes il existe à la vente des graines hybrides F1 en pagaille (la mention « Hybride F1 » est d’ailleurs clairement indiquée) mais également des espèces non hybrides tout ce qu’il y a de plus reproductible pour qui voudra bien se donner la peine de garder quelques graines à l’abri dans un bocal pour les replanter l’année suivante.
Vous n’avez donc pas besoin des graines de Kokopelli pour être auto-suffisant, celles de Truffaut ou Jardiland sont tout aussi indiquées pour le replantage, pour peu que vous soyez un minimum dégourdi.
L’argument de préservation de la biodiversité ne tient lui aussi qu’à un fil.

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Jocelyn Moulin de Kokopelli aux côtés de Pierre Rabhi sur la radio conspirationniste et d’extrême droite “Ici et Maintenant”, radio qui vit d’ailleurs ses ondes fermées il y a quelques années déjà, pour incitation à la haine raciale.

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute!
La biodiversité c’est avant tout la protection des variétés différentes, or, comment protéger deux variétés si elles sont cultivées ensemble sur le même carré de terre par les jardiniers amateurs ? Inévitablement les deux variétés vont se féconder l’une l’autre et donner naissance à une nouvelle espèce hybride naturelle, certes viable car non-F1 mais cela sera tout de même synonyme de disparition des deux variétés initiales.
Concrètement, préserver la biodiversité, cela signifie isoler les variétés pour éviter une hybridation qui a terme ne pourra que conduire à une homogénéisation et à la disparition des variétés.
Appliqué à l’humain, l’extrême-droite l’a parfaitement compris, cela devient un prétexte au racisme et à la ségrégation raciale. Mais l’humain n’est pas une tomate en voie de disparition. Je tiens à le dire clairement pour couper l’herbe sous le pied à ceux qui voudront me taxer de racisme via une réductio ad tomatum.
Pour en revenir aux semences potagères, quand on veut préserver la biodiversité, on évite d’introduire X variétés différentes d’une espèce comme le fait Kokopelli avec ses tomates ou ses salades américaines.

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Au sein de cette écologie mystique, les thés eux aussi, peuvent devenir des militants. Les “Jardins de Gaïa” relient une fois encore Kokopelli et Pierre Rabhi.

4) Diffuser des graines non-inscrites, un acte illégal ?
Une question centrale pour juger de la légitimité du combat de Kokopelli est de savoir si le commerce et l’échange de graines non-inscrites au Catalogue officiel est vraiment interdit.
Kokopelli prétend que pour être vendue ou échangée, une graine doit être inscrite soit au Catalogue officiel, soit au Registre amateur. Mais il faut éviter de prendre ce qu’on nous dit pour argent comptant sous prétexte que l’argument vient d’une structure semblant porter un combat anticapitaliste.

Pour en savoir un peu plus sur la législation des graines, il suffit de parcourir rapidement le lien ci-dessous :

http://www.semencespaysannes.org

Semences paysannes poursuit plus ou moins les mêmes buts que Kokopelli, sauf que l’association a l’air de mieux s’y connaître niveau législation. Et manifestement, contrairement aux déclarations de Kokopelli, rien n’interdit l’échange voire même la vente de variétés non-inscrites.

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Conclusion
En étant tolérant, on peut conclure que Kokopelli est une petite association militante, que ses moyens ne sont pas à la hauteur de ses objectifs, que son combat est avant tout idéologique face aux entreprises du secteur en se basant sur des valeurs écolo que sur des connaissances scientifiques ou juridiques, d’où des arguments souvent erronés.

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La page facebook de Kokopelli annonce clairement la couleur avec une superbe collection de toute l’écologie réactionnaire.

En étant plus critique, on peut conclure que la réalité de Kokopelli est loin des principes affichés, que nombre de graines qu’elle propose ne sont ni rares ni menacées contrairement à ce qu’elle prétend, que l’argumentaire écolo-radical est avant tout là pour cacher le fait qu’elle vend les mêmes graines que Jardiland et qu’à part le parrainage de semence, qui consiste pour les volontaires à gérer une espèce rare bénévolement, Kokopelli n’apporte rien à la cause qu’elle veut défendre.
Le fait est qu’en tant que militant, après m’être renseigné, j’ai l’impression que cette asso mène un combat qui n’a pas réellement de sens et que les militants et sympathisants de gôche ou écolo sont un peu des vaches à lait pour ce genre d’asso, toujours volontaires pour se faire traire pour peu qu’on leur serve un argumentaire contestataire.

Sources Samuel Préjean et AL 

 

 

 

 

A lire en complément :

Pour en finir avec la supercherie Rabhi: l’écogourou sur le chemin de Compostage.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 

Ecologie, monnaie, le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion

Vigneron en prison pour avoir refusé d’épandre des pesticides?

Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute! 

C’est quoi le fascisme? 

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

 

 

 

 

 

TROUVÉ, petit appareillage électronique d’amateurs de communications

A propos d’un dispositif de surveillance trouvé, documenté et détruit à Paris

panoramaFin septembre nous avons mis fin à des doutes sur la présence d’un dispositif de surveillance visant la bibliothèque anarchiste La Discordia dans le Nord-Est de Paris. Un dispositif qui se trouvait dans l’école Montessori « Plaisir d’enfance » située juste en face de la bibliothèque au premier étage dans un cagibi, donnant sur la fenêtre (le dispositif avait la forme d’un « dossier en carton »). Le mardi 6 octobre, nous avons décidé de rentrer dans l’école pour prendre contact avec la direction. Nous finissons avec insistance par obtenir un rendez-vous avec la directrice administrative et financière de l’école. Celle ci, dans un premier temps nie, mais acculée, elle finit par reconnaître (à demi-mot) l’existence du dispositif dans son école (et donc l’autorisation/collaboration de la direction). Après de longues « négociations » avec elle et son supérieur, et de lourds efforts de leur part de temporisation (pour pouvoir « appeler son contact »), nous finissons, après la sortie des classes, par obtenir l’accès au cagibi. Prenant nos responsabilités, nous décidons rapidement de nous emparer du dispositif par la force. Nous nous rendons alors compte que tout le monde est au courant de sa présence dans l’école. Nous réussissons à sortir rapidement malgré quelques « résistances ». Le kéké de l’école est sorti pour regarder où nous allions afin de faciliter encore plus (et une fois encore), le travail des flics. Nous apprenons par ailleurs que le dispositif était en place depuis au moins la deuxième semaine de juillet 2015.

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Considérations techniques

Le dispositif était sous la forme d’un boîtier rectangulaire, bruyant (ventilateurs) d’environ 40x25x25 cm en plastique dur, branché sur secteur (sans batteries). Le boîtier présente un trou d’environ 4 cm de diamètre pour la caméra, trois câbles en sortaient au bout desquels se trouvaient deux antennes à pointe (probablement des capteurs sonores) et un troisième capteur petit et carré. À l’ouverture du boîtier, nous découvrons du matériel technologique de pointe :
Un routeur wifi avec deux cartes SIM (Bouygues), un GPS, trois entrées cellulaires, une entrée stéréo.
Un processeur.
Un dispositif téléphonique avec une carte SIM Orange (ce qui signifie que les données n’étaient pas stockées mais transmises en direct).
Une camera avec deux niveaux de zoom, commandable à distance.
Et d’autres types de matériels que nous ne sommes pas parvenus à identifier (mais que vous trouverez sur les photos téléchargeables ci-après).

Nous mettons à disposition une certaine quantité de photos en invitant les personnes capables, à partager leurs connaissances techniques sur le sujet : 1 et 2.

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Pour conclure

Ces dispositifs qui ont d’abord pour but de surveiller, ont aussi comme objectif secondaire celui de nous faire peur et de nous apprendre à nous limiter nous-mêmes. Mais cela ne marche pas. Ce ne sont ni la peur ni la répression qui déterminent nos pratiques, mais seulement nos idées. Quoi qu’il en soit, il est logique de soupçonner que ce type d’« attention » (somme toute, assez banale) touchera encore La Discordia comme tout autres lieux considérés comme subversifs par l’État.

Nous savons, par exemple, que d’autres dispositifs de surveillance ont été découverts ces dernières années dans différents endroits en France (Montreuil, Cévennes, Lille, etc.). Mais nous ne le savons que par « copinage » alors qu’il nous paraît très important de rendre ces informations publiques afin qu’elles puissent profiter à tous, plutôt que de s’enfermer dans des réflexes imbéciles et contre-productifs de panique.

Pour la DGSI et leurs amis : si vous cherchez votre matériel, vous le retrouverez, en pièces détachées, à quelques mètres de profondeur, dans le canal de l’Ourcq, au niveau de la rue de Nantes. Bonne pêche ! (on a toujours rêvé de voir des porcs flotter)

Des livres, pas des flics !

 

 

Quelques participant/es à La Discordia.

non-fides.fr

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17 octobre 2015 – Nanterre – Marche contre l’oubli

Ci-joint l’appel à une marche contre l’oubli, du massacre des Algériens le 17 octobre 1961, contre toutes les morts violentes dans des confrontations avec la police ou des voisins racistes, contre les différentes répressions sociales, syndicales, politiques, migratoires au service d’un même ordre économique et racial, dans les quartiers et au-delà. Contre une idéologie qui en est le cœur même, le fascisme, qui continue d’avoir son siège en plein Nanterre

2015-10-02_124144Samedi 17 octobre, à Nanterre, nous marcherons contre l’oubli. L’oubli du massacre du 17 octobre 1961, des centaines d’Algériens, et parmi eux des nombreux Nanterriens, jetés à la Seine, assassinés par la police aux ordres de son préfet à Paris, un certain Maurice Papon. La République colonialiste appliquait ces jours-là en métropole la terreur coloniale vécue depuis des décennies en Algérie.

2015-10-02_124256Contre l’oubli de la violence sociale et politique quotidienne aussi dans les bidonvilles de Nanterre et d’ailleurs.

Mais le 17 octobre, nous marcherons aussi dix ans après la mort de Zyed et Bouna, morts « pour rien » un 26 octobre 2005 pour avoir tenté d’échapper à un contrôle de police à Clichy-sous-Bois. Contre l’oubli des centaines de morts depuis ce 17 octobre 1961, contre une exception qui continue de tuer dans les quartiers et à Nanterre : d’Alain Khetib à la prison de Fleury en 1975 à Jamal de Gennevilliers à la Maison d’arrêt de Nanterre en 2012, d’Abdennbi Guémiah à la cité de transit Gutenberg tué par un voisin raciste en 1982 au jeune boxeur de Nanterre, Ben, en 2011 ou encore Mamadou Marega, achevé à quelques pas du Petit Nanterre à coups de taser une fois immobilisé dans un ascenseur.

noussommestousdugibieraflicD’hier à aujourd’hui, des bidonvilles aux cités… Ce 17 octobre, nous marcherons contre une même hagra policière au service d’un même ordre économique : fait de violences sociales permanentes dans les cités et les classes populaires, bien avant la « crise » de 2008, et légitimées par des pratiques d’exception et une stigmatisation permanente, hier pour les « Français Musulmans d’Algérie », aujourd’hui les Musulmans tout court. Semer la division dans les classes populaires pour prolonger et rendre acceptable un système ségrégationniste, inégalitaire, mettant à l’écart les plus pauvres, les « étrangers », enfermant à ciel ouvert ou en institution, imposant la solitude ou la détresse face à une justice réglée d’avance. Nous n’oublions pas que les exceptions deviennent, à force de répétition, la norme, et qu’elles créent un sentiment d’abandon pour les familles isolées face aux drames et à une justice qui, au final, acquitte les meurtriers. Surtout s’ils sont policiers.

2015-10-02_124057 (Large)Nous n’oublions pas qu’il s’agit de briser les résistances, de soumettre par un ordre policier les populations placées du mauvais côté de la balance économique, celle qui s’affiche ouvertement à Nanterre avec l’invasion du quartier d’affaires à deux pas de l’avenue Pablo Picasso.

Si nous marcherons ce 17 octobre contre l’oubli, c’est donc aussi contre celui des raisons politiques qui gouvernent ces pratiques : avant de massacrer les Algériens à Paris, l’intouchable préfet Maurice Papon avait fait ses armes en Algérie après avoir participé à la déportation des Juifs depuis la sous-préfecture de Bordeaux. Aujourd’hui encore, l’invasion du Front National dans les médias, l’Etat, les lois, la police, prolonge cet ordre. C’est un même fascisme qui reste à combattre, une même rapacité économique et racialiste appliquée par une même violence d’Etat.

arton1668Si nous marchons ce 17 octobre, c’est donc aussi contre l’oubli de la présence, pourtant si visible, du siège du Front National à Nanterre, contre l’oubli par une « gauche solidaire » plus prompte à dégager les campements et bidonvilles sur ses territoires que la verrue d’où prolifèrent tous ces discours anti-étrangers, anti-roms, islamophobes et racistes.

Ce 17 octobre, nous appellerons donc aussi à rejoindre la Marche pour la dignité du 31 octobre à Paris, de Barbès à République, pour en finir avec une urgence qui dure depuis des décennies : celle d’une police qui assassine.

Contre tous ces oublis, parce que seule une riposte sociale et économique d’ampleur, parce que seule l’autodéfense populaire et la solidarité peuvent contraindre ces violences policières et ses logiques en apparence implacables.

La solidarité est notre seule arme !
Résistons ensemble !
Ni oubli ! Ni pardon !
11H – Marché du Chemin de l’île
RER A Nanterre-Ville

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Paris-Luttes.info

Mouvement Inter Luttes Indépendant