Au secours! Les anthroposophes sont là

L’Anthroposophie avait figuré comme secte dans le rapport 2000 de la MILS (Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes en France) et dans le rapport fait au nom de la Commission d’enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes. Bien que l’Anthroposophie ait été répertoriée comme une secte par les députés, ce classement a ensuite été annulé. La justice française y a vu la première grande bavure dans la lutte antisecte et a condamné le Président de la Commission d’enquête parlementaire. La MILS continue pourtant à prôner une grande vigilance contre ses multiples réalisations. Comme la Scientologie, l’Anthroposophie est surveillée mais cette dernière n’a pas été inquiétée.

Écolos, alternos et anti-OMC se financent à la NEF, une société coopérative de prêts liée au théoricien raciste Rudolf Steiner
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L’intérieur du Goetheanum, le Vatican de l’anthroposophie.

 

Un article paru dans Le Vrai Papier Journal, n°1, juillet 2000

Pierre l’a mauvaise, les tripes retournées par une solide trouille : il est l’un des 17000 membres d’ATTAC, (1) association qui suscite beaucoup d’espoirs depuis sa création, en 1998. Et voici qu’elle risque d’être infiltrée, phagocytée…

Pierre raconte : « juin 1999, notre collectif local a organisé une rencontre sur le thème de l’économie solidaire. Nous avions invité un organisme de prêts alternatif, la NEF » Cette Nouvelle Économie Fraternelle représente une chance pour le monde alternatif, celle de voir enfin un jour une « banque verte », dont le fonctionnement financier serait en rupture avec les modes bancaires classiques.

Fondée en 1968, la NEF était à l’origine une simple association. Vingt ans plus tard, ayant obtenu le visa de la Commission des opérations de Bourse, elle lançait un appel public à l’épargne. Objectif : la création d’une Société financière coopérative nécessitant un capital minimum de 7,5 millions de francs. 8,2 millions furent engrangés grâce à sept cents souscripteurs.

Depuis, forte de son nouveau statut, la NEF propose des prêts à ceux qui se les voient habituellement refuser : pension de famille pratiquant la restauration macrobiotique dans les Landes, retraités menacés de saisie immobilière, chômeurs désireux de créer leur entreprise… Les taux n’excèdent pas ceux en vigueur dans le circuit traditionnel. En revanche, les épargnants ont leur mot à dire sur l’utilisation de leur épargne.

Hébergée pour l’instant par le Crédit Coopératif, la NEF espère bientôt voler de ses propres ailes. Un événement : il s’agirait là de la première création de banque en France depuis 1948. Autant dire que celle-là, de par sa spécificité, deviendrait incontournable pour les milieux alternatifs. Pierre : « Nous avons vite constaté que la NEF se référait à la doctrine ésotérique d’un certain Steiner. ATTAC étant une association laïque, nous avons voulu en savoir plus… »

Et là, en fouillant un peu, on découvre que Rudolf Steiner (1861-1925) a créé en 1913 à Berlin un mouvement de pensée baptisé Société anthroposophique.

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Premiers aperçus de sa doctrine : « Je me suis rendu récemment à Bâle, il y avait un roman nègre qui s’inscrit dans la ligne d’une infiltration progressive de la civilisation africaine dans la civilisation européenne contemporaine. (…) S’il sort encore un certain nombre de romans nègres et que nous en donnons à lire aux femmes enceintes, [cela] donnera naissance à un bon nombre d’enfants tout gris, mulâtres. » Ou encore : « Les antécédents d’un singe ressemblent aussi peu à ceux d’un poisson que les antécédents de l’esprit de Goethe à ceux d’un sauvage (2). » Le style est abominable, une bouillie informe. Mais Steiner a de hautes vues, il appelle carrément de ses vœux un nouveau système social en Europe.

« Quand nous avons découvert qui était Steiner, reprend Pierre, nous avons réagi par une mise en garde sur la liste de diffusion électronique d’ATTAC. À notre grande surprise, de nombreux membres ont pris fait et cause pour ce type qu’ils qualifiaient d’“extraordinaire ” . Ces prosélytes avaient pour la plupart été en contact avec la NEF. Nous avons alors craint que cette société soit un cheval de Troie et, qu’en fait, ce soit l’anthroposophie qui fasse son nid dans les milieux alternatifs. »

Marie, présidente départementale de l’association, confirme qu’elle a immédiatement alerté la direction d’ATTAC, mais que celle-ci « a botté en touche ». Il s’agirait d’un problème purement local et sans grande importance. ATTAC serait trop diversifiée pour être infiltrée par qui que ce soit…

Des races supérieures et des races inférieures

Or, le problème n’est pas isolé. Philippe est un bénévole du réseau Biocoop, premier distributeur français de produits biologiques avec deux cents magasins, un millier de salariés et un milliard de francs de chiffre d’affaires, soit 12 % du marché. Localement, il assure la présidence du conseil de surveillance d’une coopérative. Lui aussi est inquiet. « Suite à un partenariat signé en 1998, Biocoop assure la promotion du compte épargne nature de la NEF. C’est un placement proposé aux particuliers et destiné à financer des “ projets écologiques ”. En 1999, par échange de bons procédés, la NEF a accordé un total de 3,485 millions de francs à Biocoop. Quand j’ai tiqué à cause des fumeuses théories de Steiner, un représentant de la NEF m’a affirmé que les critiques qui circulent sont le fruit d’un complot communisto-maçonnique. »

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On chercherait à diaboliser l’anthroposophie ? Pas sûr. En fait de complot, ce sont des questions très simples que posent ces militants. Dans sa volonté de créer en France la « banque du développement durable et des solidarités », la NEF peut aujourd’hui compter sur la collaboration d’une large part du mouvement alternatif. Des associations comme Bâtir Humain, Éthique et Investissement ou le réseau de commerce équitable Artisans du Soleil lui ont déjà apporté leur soutien. Quelques poids lourds écolos également. Sur une brochure de la NEF figurent les logos de France Nature Environnement (FNE) et du World Wild life Fund (WWF).

Comme celle de Ron Hubbard pour les scientologues, la pensée de Steiner irrigue tout le mouvement anthroposophique actuel.

Mais qui était-il ? Un enfant pas comme les autres, né dans l’Empire austro-hongrois, affirmant jouir du don de clairvoyance. Un étudiant viennois fasciné par Goethe. Un prédicateur berlinois tourmenté par ses visions.

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De fait, l’omniscience de Steiner rappelle celle des « fous littéraires ». La transcription de ses 6000 conférences et quarante ouvrages couvrirait près d’un million de pages. Rien n’est épargné : religion, éducation, médecine, agriculture, politique, économie…

 

Et quand Steiner estime dans le livre L’âme des peuples que « ce n’est pas pour le plaisir des Européens que la population indienne a péri, mais parce que la population indienne devait acquérir les forces nécessaires pour l’amener à périr », la chose est pour lui parfaitement logique. C’est la théorie de l’« involution-évolution » des races. Selon elle, l’humanité évolue selon des cycles au cours desquels se succèdent sept races dont les quatre premières, inférieures, doivent disparaître pour assurer la rédemption des trois suivantes. À cette cosmogénèse, Steiner ajoute les forces du mal, qui auraient volontairement fait dérailler le système en faisant cohabiter les races

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Croquis réalisé par le cerveau raciste de Steiner, séparant d’un côté les « races » qui « involuent » et de l’autre, celles qui « évoluent ».

En 1936, à Nuremberg, on retrouve l’Association des médecins anthroposophiques au sein du Groupe d’étude du Reich pour une nouvelle médecine allemande. Avant de tomber en disgrâce, certains principes anthroposophiques avaient donc séduit les nazis. Plus récemment, en 1995, le gouvernement hollandais a dû inciter les écoles Waldorf à la prudence. Appliquant une méthode pédagogique créée par Steiner, certains enseignants apprenaient aux enfants que la race noire est au stade de l’enfance, la jaune à celui de l’adolescence, seule la race blanche pouvant être considérée comme adulte.

Aux États-Unis, le groupe PLANS (Pour des écoles légales et non sectaires) a dénoncé les mêmes dérapages. En Allemagne, c’est l’AKDH, le mouvement des enfants de l’Holocauste, qui s’inquiète. En France, un rapport parlementaire – plutôt décrié – de 1999 sur Les sectes et l’argent épinglait l’anthroposophie.

Écolos et alternatifs sont sous le charme

Comment les promoteurs d’une économie fraternelle et solidaire peuvent-ils se réclamer d’une doctrine aussi nauséabonde ? Jacky Blanc, directeur général de la NEF, nous déclare d’emblée que sa société ne tient pas pour parole d’évangile l’enseignement de Steiner, qu’elle n’est en rien liée à l’anthroposophie. Ignore-t-il que la charte même de la NEF se réfère à Steiner ? Faut-il rappeler que la Société d’anthroposophie, sociétaire de la NEF à hauteur de 180 400 francs, évoque clairement celle-ci au rang de ses « réalisations sociales » ? Jacky Blanc concède que la NEF s’est bâtie grâce à des personnes en lien direct ou indirect avec Steiner. D’ailleurs, les hypothèses du philosophe lui semblent de « bonnes hypothèses ». « Pour moi, Steiner n’a jamais eu d’attitude raciste. II a essayé de comprendre l’évolution du monde et comment celle-ci a fait qu’il y a eu une différenciation en races. On ne peut pas dire qu’on est tous identiques. On peut dire qu’on est tous égaux. Avoir osé dire qu’on n’est pas tous identiques, c’est peut-être ça qu’aujourd’hui on reproche à Steiner. »

Le 12 décembre 1999, Alain Lipietz, député européen (Verts), a signé dans Le Monde un communiqué de soutien à la NEF : « Je travaille avec des gens de la NEF, je n’ai jamais rien trouvé de raciste ni de sectaire chez aucun d’eux. Ce rattachement de la NEF à la pensée de Steiner me semble donc douteux et en tout cas indémontré. L’ont-ils seulement lu ? »

Guy Hascoët, le nouveau secrétaire d’État à l’Économie solidaire, se trouble quand on expose devant lui le contenu raciste de la pensée de Steiner. « J’avoue ne pas avoir étudié le dossier comme vous… ça pose problème… S’il y a un prosélytisme raciste, il existe une loi pour le condamner. Si votre reportage met en lumière les choses, on verra bien quelles seront les réactions. »

Seule Marie-Christine Blandin, ex-présidente du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, est d’emblée réservée : « Défendons l’économie solidaire comme un secteur éthique à part entière. Chez nous, cinq ans d’effort ont abouti à la création de la Caisse Solidaire, spécialisée dans les prêts aux chômeurs et aux Très petites entreprises. » Quelle différence avec la NEF ? Pour Christian Tytgat, directeur de la caisse en question, le problème touche à la laïcité : « Une banque confessionnelle me semble inconcevable ».

Bien que la NEF soit une coopérative, les anthroposophes occupent 100 % des postes de direction, alors qu’ils ne représentent qu’un quart des sociétaires… « Aujourd’hui en Angleterre, une banque anthroposophe finance la création du premier collège technique vert ». Cette collusion n’est pas unique en Europe. Le 12 septembre 1987, à Liestal, l’assemblée des délégués du Parti écologiste suisse a adopté un texte concernant la politique culturelle et l’éducation inspiré des théories de Steiner.

C’est justement en Suisse que l’anthroposophie trouve ses bases. Nous y avons découvert comment la NEF s’inscrit concrètement dans cette curieuse philosophie qui ne laisse rien au hasard.

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Dornach, petit village de Suisse alémanique, à une dizaine de kilomètres au sud de Bâle. Là, se dresse le Goetheanum. Entre bunker et cathédrale, le gigantesque édifice en béton armé abrite le siège de la Société anthroposophique universelle (SAU). Autour, douze bâtiments annexes aux formes baroques. La commune est ravie. Le Goetheanum, qui a placé quatre de ses représentants au conseil municipal, attire des milliers de « pèlerins ». Deux cents francs la visite, suivez le guide dans un labyrinthe mégalomaniaque. « Steiner, cet homme extraordinaire » par-ci, « Steiner, ce génie » par-là…

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Le Goetheanum est une « pompe à phynances »

Plus difficile d’en savoir plus sur la nébuleuse planétaire qui s’articule autour du Goetheanum et se décline en quarante-cinq représentations nationales. Celles-ci assurent la promotion d’une série de sous structures en apparence hétéroclites : les écoles Waldorf (650 dans le monde, dont une dizaine en France accueillant 2500 élèves environ), la Communauté des Chrétiens, diverses maisons d’édition, une kyrielle d’associations à caractère médical, pharmaceutique ou agricole. Toutes, à leur façon, appliquent les enseignements de Steiner.

À en croire le guide, ce complexe organigramme est totalement indépendant du Goetheanum. En réalité, des sommes considérables « remontent » vers la maison mère de Dornach. Chaque représentation nationale lui reverse un tiers de ses cotisations. Pour la France, cela peut représenter jusqu’à 500 000 francs par an. Peu de chose en comparaison des droits d’auteur sur les 354 ouvrages de Steiner diffusés à travers le monde et gérés par la Rudolf Steiner Verlag du Goetheanum.

Cette dernière est par ailleurs l’actionnaire majoritaire du groupe Weleda, qui commercialise les fameux « remèdes anthroposophiques » (dont Iscador, un extrait de gui censé combattre le cancer). En 1997, Weleda, avec 1100 salariés dans dix-huit pays, affichait un chiffre d’affaires de 700 millions de francs. Weleda finance notamment les « travaux scientifiques » de la Section médicale du Goetheanum. Dans le même registre, les produits de « l’agriculture anthroposophique bio-dynamique » (des engrais chargés en « force astrale ») sont gérés par l’association internationale Demeter, administrée par des anthroposophes.

Le jeu des cotisations, des copyrights ou de l’actionnariat contribue donc à alimenter les caisses de la maison mère. Sans oublier les dons.

La NEF, dans ce circuit, apparaît comme une pompe à finances, à l’instar des autres établissements ouverts en Belgique, aux Pays-Bas, ou en Angleterre. Pour engranger l’épargne de tous, il faut prêter à tous. Ainsi seulement, « l’argent qui relie les hommes » peut, à terme, profiter au Goetheanum.

Récemment, la revue L’Esprit du temps normalement réservée aux seuls adeptes, exprimait ses craintes que la NEF ne finisse par perdre son âme steinerienne. Une inquiétude aussitôt démentie par un « droit de réponse » signé Société anthroposophique universelleJean-Pierre Bideau et Henri Nouyrit, responsables du conseil de surveillance de la NEF : « La charte de la NEF qui fait explicitement référence à l’œuvre de Rudolf Steiner (…) témoigne que l’élargissement et la diversification de son sociétariat n’ont pas eu pour conséquence une trahison de ses fondements (…). Dans les milieux de l’économie sociale, de l’économie alternative et solidaire, de l’agriculture durable, du logement social qui n’avaient quasiment aucun contact avec la pensée et l’œuvre de Steiner la NEF a apporté au cours des années un témoignage qui a ouvert un horizon nouveau à bien des personnes. Mais en même temps, chaque fois qu’une institution steinerienne s’est adressée à la NEF pour avoir un appui, elle a trouvé une équipe dévouée à sa cause. » Voilà qui est explicite.

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Vitrine de l’anthroposophie, le « Hameau des Buis » de Pierre et Sophie Rabhi. En bas à droite de la photo, un cercle Steiner sur ce même hameau privatisé.

 

La NEF est plus proche de Davos que de Seattle

Tout aussi transparente est la doctrine économique de Steiner. Le parlementarisme n’y a pas sa place. Ni le syndicalisme, jugé improductif : « Qui donc travaillerait si [les] hommes devaient passer leur temps en débats sur le travail ? » Son programme rappelle beaucoup plus les conciliabules de Davos que les discours du Larzac : « Il faut soustraire toute activité économique à la tutelle de l’État (…). Dans une organisation économique à l’échelle mondiale le libre-échange offrira la meilleure garantie pour l’établissement des prix justes dans les diverses régions de la Terre. »

La NEF ne se cache pas de participer à cette vision : « C’est évidemment à cette partie de l’œuvre de Steiner que se réfère la NEF » déclare-t-elle dans un communiqué. Avec un capital approchant les 40 millions de francs, elle postule donc pour le statut de banque. La question, confirme Matignon, est actuellement en cours d’examen à la Direction du Trésor.

La « troisième gauche » continuera-t-elle à se rapprocher d’une philosophie aux antipodes de ses aspirations. Militants alternatifs et écolos ont-ils compris les enjeux ?

 

Renaud Marhic

1. Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens.
2. Conférence de 1922 sur le thème Santé et maladie.

 

Psychologiquement, y est encouragé un surdimensionnement de l’ego dont l’effet ultérieur peut être une grande souffrance intérieure, ainsi que le décrit très bien un ancien élève américain, Roger Rawlings, sur son site WaldorfWatch. Il se produit aussi un compartimentage du psychisme : la pensée et les sentiments ne communiquent plus entre eux.

COMMENT SE FAIT-IL QU’ON TROUVE DES ANTHROPOSOPHES A LA FOIS DANS DES MOUVEMENTS ALTERNATIFS PROGRESSISTES COMME ATTAC OU LA CONFEDERATION PAYSANNE ET QUE CERTAINS SOIENT PROCHES DE PARTIS REACTIONNAIRES?

Les anthroposophes sont partisans d’une « tripartition sociale » qui se réclame de la trilogie : Liberté Egalité, Fraternité. Mais en réalité, l’Anthroposophie nie le principe fondamentale de la Révolution Française qui est le respect de l’Homme en tant que Sujet. En économie, c’est la Fraternité qui est la règle. Mais cela signifie pour Steiner tout autre chose qu’une perspective socialiste ou communiste ! Pour lui la fraternité veut dire : pas d’intervention de l’Etat, l’économie se régule d’elle-même.

La loi fondamentale de l’économie selon Steiner, c’est qu’une société est d’autant plus riche que les individus ne gardent pas les richesses pour eux-mêmes et reversent leur surplus dans le pot commun. Ce à quoi on les oblige en fait par des pressions psychologiques.

Il n’y a bien souvent pas de conventions collectives dans les écoles Steiner. Le syndicalisme, pour Steiner est une maladie sociale, tout comme l’athéisme est une maladie de l’âme. Chez les anthroposophes, il y a une indifférence à la politique, aux élections. La seule chose qui compte pour eux est de savoir ce qui va favoriser leurs institutions ou non. La vie de la société dans son ensemble ne les intéresse nullement.

 

actu-sectarisme.blogspot.fr

 

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La spécificité sectaire de l’Anthroposophie

Quelle est donc cette spécificité qui me fait craindre de voir l’Anthroposophie passer finalement entre les mailles du filet de la vigilance sectaire ? Qu’est-ce qui permettrait à cette dernière une telle démarcation factice ?

Ceux qui observent l’Anthroposophie et ses émanations, comme les écoles Steiner-Waldorf, la NEF, ou la Biodynamie n’y perçoivent nullement, dans un premier temps, de discours ouvertement délirant sur les extraterrestres, l’étoile Sirius, les Esprits de Lumière ou les voyages astraux. On n’y détectera pas non plus d’emprise permettant des détournements d’argents importants, ni des personnes ruinées pour avoir tout donné, ou encore des adeptes devenant des esclaves sexuelles d’un gourou dans le cadre d’orgies collectives. Nous ne sommes pas non plus en présence de groupes construisant des lieux de vie isolés barricadés par des murailles gardées d’hommes armés. Nul suicide collectif d’anthroposophes n’a fait ni ne fera la une des journaux.

Au contraire, l’Anthroposophie et ses émanations présentent toutes les apparences d’une respectabilité parfaite :

– Les écoles Steiner-Waldorf sont parfois sous contrat avec l’Education Nationale, et les spécialistes de certains Rectorat prennent ouvertement la parole publiquement pour vanter le bien-fondé de cette pédagogie, quand ce n’est pas un ancien Ministre de l’Education Nationale ;

– Les médecins anthroposophes ont fait des études classiques de médecine et sont souvent conventionnés ;

– On parle de la NEF sur France-Info tous les trois mois environ, au point de la qualifier de « première banque éthique de France » (le qualificatif « citoyenne » ayant déjà été pris par la Banque Postale et ne faisant pas autant recette) ;

Rudolf Steiner est présenté comme un « penseur », un « philosophe » ou un « théoricien », jamais comme un occultiste délirant ;

– L’agriculture biodynamique s’est à ce point collée à l’agriculture biologique qu’elle s’est rendue indiscernable de cette dernière, tandis que l’Association d’Agriculture Biodynamique parvient à se faire héberger dans les locaux de la Chambre d’Agriculture. Les magasins Naturalia font en septembre 2014 leur « mois biodynamique » et Télérama consacre en même temps tout un dossier pour faire la promotion de cette agriculture ;

– Les produits de la firme WELEDA sont vendus dans presque toutes les pharmacies ;

-Etc.

Toute ces caractéristiques semblent donc éloigner radicalement l’Anthroposophie et ses émanations de ce qu’on se représente habituellement comme un phénomène sectaire. Ainsi, les représentations communes que l’on se fait habituellement des sectes, jusque dans le cadre des associations qui luttent contre leurs méfaits, permettent à l’Anthroposophie d’occuper une place à part, préservée. Même dans la bouche de certains responsables, il m’est arrivé d’entendre la phrase : « Ce n’est pas vraiment une secte. »

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En photo, la princesse Constance de Polignac et son protégé/conseiller personnel Pierre Rabhi (du mouvement écolo de droite « Colibri ») sur son domaine de Kerbastic, château du XVIIe siècle transformé en hôtel de luxe s’étendant sur un parc de 170 hectares dont 2 hectares « bio » accueillant des séminaires destinés aux chefs d’entreprise.



Mais est-ce effectivement le cas ? Faut-il nécessairement réduire le phénomène sectaire à des représentations comme celles que nous avons évoquées ? N’y-a-t-il pas, en réalité, une paresse intellectuelle profonde à tenter de cerner par le biais de représentations un phénomène aussi subtil que celui des sectes, ou des dérives sectaires, là où ce serait plutôt le concept de ces dernières qui devrait guider leur appréhension ?

Penser par représentations est facile et les journalistes s’y prêtent volontiers. Avoir dans l’esprit des images comme celles de partouzes sectaires, d’embrigadement militaire, de familles ruinées, de gourou en toge et de Mandarom bariolé a certes rendu mentalement présents dans les esprits de la population française les risques de certaines dérives correspondant effectivement à ce décorum ubuesque. Mais qu’en sera-t-il pour les mouvements sectaires qui savent ne pas verser dans ce type d’extravagances, mais n’en sont pas nécessairement moins dangereux sur le long terme et sur un autre plan ?!

En effet, l’Anthroposophie ne dresse pas de murailles apparentes autour de ses constructions architecturales. Mais la coupure qu’elle opère progressivement, dans l’esprit du disciple de Steiner (et même de ceux qui ne font que fréquenter les institutions issues de l’Anthroposophie) entre le « monde extérieur » et le « milieu anthroposophique » est-il moins bien gardé qu’une place forte dotée de mitrailleuses ?

Certes, il sera impossible d’observer des grandes partouzes collectives ni de débordements pédophiles dans les locaux de la Société Anthroposophique, ou dans une école Steiner-Waldorf. Mais, dans le premier cas, la forme de séduction que les dirigeants exercent sur leurs auditeurs n’y prend-t-elle pas des formes psychiquement fortement sexualisées ? Et, dans le deuxième cas, la promiscuité douteuse entre professeurs et élèves ne s’apparente-t-elle pas à des relations « incestuelles », faute d’être systématiquement incestueuses ?

Effectivement, nul adhérent de la NEF ne se retrouvera sur la paille en six mois après avoir donné tout ses biens pour une institution issue de l’Anthroposophie. Mais ne finit-il pas par appartenir peu à peu à un circuit économique à part, à une sorte de serpent qui grossit en se mordant la queue, où tout l’argent disponible part en direction des mêmes causes et des mêmes entreprises, qui s’alimentent mutuellement ?

La spécificité sectaire de l’anthroposophie

 

Pour les membres de la Société Anthroposophique, l’exigence d’exclusivité à l’Anthroposophie est d’ordre implicite. Au niveau de leur discours, les anthroposophes vous disent souvent qu’il n’y a pas d’autre obligation pour vous que d’être un honnête homme, qu’il n’y a aucun interdits, etc. Le mot liberté est sur toute les langues anthroposophiques ! Il n’y aurait même aucun problème à être membres de la Société Anthroposophique tout en appartenant à une autre religion. Et l’on cite quelque cas d’anthroposophes bouddhistes (comme Ha Vin Tho) ou musulmans (comme Ali Gerbhi) que l’on exhibe triomphalement lors de certains congrès pour bien montrer à quel point on a l’esprit ouvert. Les anthroposophes revendiquent ainsi pour l’Anthroposophie une sorte de rang supérieur aux simples religions, de spiritualité universelle capable de les comprendre et les embrasser toutes. Dans les faits, les choses se passent autrement : par de nombreuses allusions, par des remarques, par des attitudes, par certains écrits, on vous fait comprendre qu’il n’est très bon pour vous d’aller voir ailleurs :

– Vous pratiquez le yoga ? Savez-vous que Steiner a dit que c’est dangereux pour votre corps éthérique et même pour votre corps physique ? Mieux vaut se diriger vers l’eurythmie.

– Vous avez une activité sportive ? Savez-vous que c’est contre-indiqué à celui qui aspire à la clairvoyance ? Pas la gymnastique Bothmer cependant.

– Vous vous intéressez à un autre courant spiritualiste ? Attention car ça ressemble à une secte ! (Le comble !)

– Vous êtes resté attaché à votre religion d’origine ? Avez-vous lu ce que Steiner a dit des insuffisances de ce culte dans tel cycle de conférence ? Mais si tenez absolument à conserver une pratique religieuse, il me semble que le culte de la Communauté des Chrétiens, fondée par des disciples de Rudolf Steiner, propose une approche des sacrements qui réponds mieux aux exigences de l’homme moderne.

– Vous buvez de temps en temps de l’alcool ? Bien sûr vous êtes libre, mais savez-vous que Steiner a dit dans tel cycle de conférence que cette boisson appartient aux états de conscience passés de l’humanité ?

– Vous mangez de la viande ? Si vous êtes incapable de vous en passer nous comprenons, mais cela va constituer pour vous un handicap pour avoir des perceptions spirituelles.

– Vous dansez le Rock ? Pourquoi pas, mais d’après Steiner il s’agit d’une danse basée sur des rythmes africains qui dénaturent les corps éthériques des occidentaux.

– Vous avez du plaisir à lire des livres comme la saga des Harry Potter ou Le Seigneur des Anneaux ? C’est parfaitement votre droit, mais ne savez-vous pas quelles forces maléfiques se cachent derrière l’écriture de tels ouvrages, que tel auteur a d’ailleurs très bien dénoncé dans le numéro d’une revue anthroposophique que je peux vous prêter. En revanche, je vous recommande Momo ou L’Histoire sans fin de Michaël Ende (qui est un auteur anthroposophe).

– Vous vous intéressez à la politique ? Moi je n’ai pas confiance en tout ces gens-là. En revanche, je trouve que Pierre Rabhi et son association « Colibri » propose une alternative pertinente conforme aux exigences du monde actuel. D’ailleurs, si ça vous intéresse, il vient faire prochainement une conférence à l’école Rudolf Steiner de Verrières-le-Buisson et c’est un fermier qui a pratiqué la méthode biodynamique ! Il est proche de nos milieux vous savez.

– Votre médecin-traitant vous a prescrit des médicaments homéopathiques sans spécifier qu’ils doivent être de la firme Weleda ? C’est embêtant pour vous car les médicaments homéopathiques ordinaires possèdent moins de forces de guérison. Il n’ont pas été « dynamisés » vous comprenez. Je vous recommande un très bon médecin anthroposophe qui exerce dans tel quartier. Quand la législation française est trop liberticide, il vous indiquera comment faire venir vous-mêmes certains médicaments directement de Suisse. Si vous êtes en dépression, il est possible qu’il vous prescrive de manger de la salade spécifiquement broyée avec une machine allemande dont le prix est de 500 Euros. Si vous n’avez pas les moyens de vous l’acheter, je pourrais vous prêter la mienne.

– Vos enfants regardent la télévision ? Je vous recommande un numéro de l’excellente revue de médecine anthroposophique qui dénonce les effets dévastateur de la télévision sur le psychisme des enfants.

– Vous allez de temps en temps au cinéma ? Je crois que Rudolf Steiner explique que cela rend nos yeux éthériques semblables à ceux des grenouilles et que c’est très mauvais pour notre karma car, lors de la rétrospective post-mortem, les moments où vous avez regardé des films constituent des sortes de trous dans la mémoire de notre existence révolue… Il faut que je retrouve le passage et je vous en ferait une photocopie !

– Etc. Rien n’est interdit, mais tout est présenté comme contre-indiqué. Vous êtes libres, mais vous vivez dans la culpabilité ou dans la crainte si vous ne suivez pas les recommandations du Maître. Ce procédé est très habile : des interdits clairement affichés engendrent des oppositions, tandis que des conseils et des mises en garde sont mieux assimilés. La Société Anthroposophique réalise donc bien les trois conditions définies par le sociologue Émile Durkheim pour être qualifiée de religion :

– l’existence d’un ensemble de croyances constituant un système solidaire ;

– l’existence de rituels ;

– l’existence d’une communauté.

Qui sont les anthroposophes? Les différents cercles du milieu anthroposophique 

 

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Les trois modes d’adhésion à l’anthroposophie

Il y a selon moi trois aspects caractérisant l’adhésion à l’Anthroposophie :

– l’adhésion intellectuelle ;

– l’adhésion sociale ;

– l’adhésion comportementale.

*

a ) L’adhésion intellectuelle

Elle comporte plusieurs aspects :

– l’adoption de certaines idées ésotériques générales ;

– l’adhésion à certaines idées ésotériques spécifiques à Rudolf Steiner ;

– l’adhésion à certaines tournures d’esprit ;

– l’adoption d’un vocabulaire spécifique de l’Anthroposophie.

*

b) L’adhésion sociale

Elle peut comporter plusieurs aspects :

– fréquenter une des institutions issues de l’Anthroposophie : école Steiner-Waldorf, crèche d’inspiration Steiner-Waldorf, groupe d’éveil et de jeux pour les tout-petits, N.E.F., M.A.B.D., Communauté des Chrétiens, groupes d’étude de la Société Anthroposophique, centre de formation anthroposophique comme l’Institut Rudolf Steiner, ou Didascali (pédagogie), centre de formation à la peinture Hauschka, etc. ;

– suivre les conférences de la Société Anthroposophique ;

– suivre les conférenciers indépendants professant la doctrine de Rudolf Steiner ou se référant notamment à lui ;

– suivre un atelier artistique d’inspiration anthroposophique : « Eurythmie », mime, théâtre, peinture, modelage, musique, etc ;

– avoir recours aux services d’un praticien de la santé et du domaine médico-social lié à l’Anthroposophie : thérapeute, conseiller diététique, orthophoniste, infirmier, babby-sitter, nounou, etc.

*

c) L’adhésion comportementale

Elle peut comporter plusieurs aspects :

– l’adoption de pratiques méditatives spécifiques aux anthroposophes ;

– l’adoption d’habitudes alimentaires spécifiques aux anthroposophes (végétarisme ou tendance au végétarisme, consommation de produits bio Demeter) ;

– l’adoption de pratiques éducatives spécifiques aux anthroposophes;

– l’adoption de comportements hygiéniques spécifiques aux anthroposophes (consommation de produits homéopathiques de la firme Weleda, etc.) ;

– l’adoption de pratiques cultuelles spécifiques aux anthroposophes : recours aux sacrements de la Communauté des Chrétiens, recours à l’Eurythmie et à certains de ses gestes comme modes d’interventions cultuelles, recours à certains textes de Steiner comme supports de cérémonies religieuses, etc.  ;

– l’adoption de comportements vestimentaires spécifiques à l’Anthroposophie (un certain style de vêtements, de couleurs, etc) ;

– l’adoption de critères esthétiques ou de pratiques décoratives spécifiques aux anthroposophes, parfois issus d’indications données par Rudof Steiner lui-même (couleurs des murs, coupe de cheveux, etc) ;

– l’adoption de comportements sexuels spécifiques aux anthroposophes (indiqués notamment dans le livre d’Athys Floride, Ed. Novalis), ou donnés en exemple dans certains cercles fermés de l’Anthroposophie ;

– le financement, par le biais de dons ou de legs, d’institutions liées à l’Anthroposophie.

*

On peut reconnaître un anthroposophe au fait qu’il adopte un ou plusieurs de ces aspects intellectuels, sociaux ou comportementaux. Plus ceux-ci sont nombreux, plus la personne est anthroposophe.

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A lire en complément :

Pour en finir avec la supercherie Rabhi: l’écogourou sur le chemin de Compostage.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 

Ecologie, monnaie, le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion

Vigneron en prison pour avoir refusé d’épandre des pesticides?

Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute! 

C’est quoi le fascisme? 

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

 

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

Sea Shepherd, des camarades de luttes ?

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Le groupe écologiste Sea Shepherd jouit d’une sympathie certaine dans les milieux gauchisants (comme en témoigne par exemple leur invitation au festival Unies Sont Nos Cultures à tenir une table de presse au côté de la CNT, d’AL, la FA, des collectifs antifascistes rennais et quimperlois… ).

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Une promiscuité qui pique un peu les yeux, même si selon nos informations, son annonce ne s’est pas réalisée cette année, contrairement à l’année 2014 où Sea Shepherd étaient bien présents.

Ce qui séduit une partie de l’extrême gauche chez Sea Shepherd, c’est leur radicalité de façade, un mode opératoire punchy rompant avec l’image habituelle de l’écologie institutionnelle ainsi qu’une mythification de la clandestinité valant à Watson, qui a un mandat d’interpol au cul et est recherché par les polices de plusieurs pays, une certaine auréole de gloire.

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Paul Watson, dit « capitaine Watson », fondateur et dirigeant de Sea Shepherd.

 

Sea Shepherd, est ainsi connu pour ses actions d’abordage et d’éperonnage de baleiniers et thoniers. Ce n’est pas la première fois que nous attirons l’attention sur cette superficialité politique qui amène trop de camarades à juger de la pertinence à partir de la forme au détriment du fond. Or si la forme d’une action politique peut la condamner définitivement (par exemple une modalité d’action oppressive, raciste, sexiste, homophobe… ne peut être positive quels que soient son but et les revendications qu’elle promeut), elle ne peut suffire à en faire une action positive ou à définir ses auteurs comme de notre camp. C’est cette superficialité politique qui fait par exemple que de nombreux gauchistes diffusent régulièrement sur le net des images d’émeutes, de militants s’affrontant aux flics comme si cela en faisait systématiquement quelque chose de réjouissant, sans même vérifier s’il s’agit de fachos avérés voire de nazis.

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En l’occurrence, Sea Shepherd a tout ce qu’il faut pour séduire qui ne veut pas y regarder de très près ; un discours écologiste et des actions pêchues à souhait.

Des amis dérangeants.

À la mi-juin 2015 un article du site d’information réunionnais zinfos974 dénonçait la présence en masse des néonazis dans les supporters facebook de Sea Shepherd. Nous ne partageons nullement les thèses de cet article sur différents points.

C’est d’ailleurs un point récurrent concernant nos sources sur cette organisation. Face à la cécité d’une majorité d’écologistes anticapitalistes sur Sea Shepherd, bon nombre d’informations compromettantes ne sont relayées sur le net que par des groupes dont nous ne partageons pas les idées, soit des groupes anti-écolos, soit le plus souvent des pacifistes bêlants outrés par les actions coups de poing de Sea Shepherd. C’est ce qui explique l’utilisation répétée de donotlink dans tout cet article dans les différents liens qui vous seront donnés. Nous ne reprenons pour autant que des infos confirmées et vérifiables, souvent assumées par Sea Shepherd même.

Et par ailleurs l’affirmation de l’auteur anonyme comme quoi la majorité des militants les plus actifs de l’organisation sont des nazis est largement exagérée. Cependant, on trouve en effet dans ses soutiens un certain nombre de fascistes en tout genre et notamment de néonazis paganistes et, pour ce qui est de la France, de membres de la mouvance Colibri.

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De gauche à droite : Lamya Essemlali (porte parole de Sea Shepherd France), Pierre Rabhi, Paul Watson et Yana Rusinovich, sa femme et également militante de Sea Shepherd.

 

Le gourou Paul Watson

Si ces soutiens ont de quoi alerter, on nous rétorquera aisément qu’une organisation n’est pas comptable des gens qui la soutiennent, que Sea Shepherd peut se vanter de millions de soutiens et que parmi ceux-ci, on en trouve de toute obédience, y compris comme nous l’avons vu, d’extrême gauche.

Intéressons-nous donc plus particulièrement aux idées et aux amitiés entretenues volontairement par Sea Shepherd et ciblons donc pour commencer son chef et fondateur Paul Watson.

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Paul Watson financé par un des créateurs des Simpson … harponné dans South Park

 

Rien de ce qui concerne Watson ne peut être considéré comme anecdotique, tant la personnalité de celui-ci est importante au sein de cette organisation qui voue un véritable culte à son « Capitaine Watson ».

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Cela mérite d’ailleurs de s’y attarder un petit peu. Avant de fonder la Sea Shepherd Conservation Society (SSCS) en 1977, Watson était membre de Greenpeace qu’il a quitté après un vote où l’ensemble de ses camarades partageant son navire ont voté son débarquement dans une belle unanimité. Parmi les raisons de cette éviction, on trouve comme il le dira par la suite les désaccords de Watson avec la ligne non-violente de Greenpeace, mais aussi la personnalité propre à Watson. Bob Hunter, un de ses compagnons d’alors, dit de lui :

 » Il semblait possédé par une volonté trop débordante, un désir trop soutenu de se mettre à l’avant ou au centre de tout, écartant tout le monde sur son passage… Il allait constamment faire le tour d’autres antennes en agissant comme un mutin. Il a créée de la division partout où il s’est rendu… Nous avons tous ressenti que nous allions être piégés dans une toile que personne ne voulait voir se développer, et une fois que ce fut le cas, il n’y avait rien d’autre à faire que d’abattre le couperet, même si cela signifiait que c’était sur le cou d’un de nos frères.  »

Par ailleurs, Watson, le pseudo fugitif semi-clandestin, ne peut passer quelque part sans poser au maximum, si possible au bras de sa femme Yana Rusinovich, une grande blonde mince entrant plutôt dans les canons de beauté de la société capitalo-patriarcale.

L’utilisation sexiste de l’image des femmes dans la communication de Sea Shepherd se remarque par ailleurs régulièrement.

10/23/2010 - Captain Paul Watson, Mermaid - Animal Planet & Sea Shepherd Conservation Society "Operation No Compromise" Commencement Celebration - Arrivals - Private Hollywood Hills Estate - Los Angeles, CA, USA - Keywords: Sea Shepherd, Captain Paul Watson, mermaid, short white hair, facial hair, beard, mustache Orientation: Landscape Face Count: 1 - False - Photo Credit: Charles Edwards / PR Photos - Contact (1-866-551-7827) - Landscape Face Count: 1
La beauté est une norme sociale, un concept clé du patriarcat. A travers la recherche de beauté se cachent l’apparence, la soumission, l’aliénation, la contrainte et l’argent […] Les femmes sont soumises à une pression constante qui leur demande d’adapter leur corps à des canons de beauté. La séduction par la beauté est l’un des pivots de la construction de l’identité féminine. C’est un diktat en cela qu’il se présente comme absolu, qu’il est arbitraire (conforme aux codes en vigueur) et entraîne les femmes dans la voie de la soumission et de l’aliénation par la valorisation dont il gratifie les femmes belles. C’est de plus un marché juteux, une connexion entre patriarcat et capitalisme […] C’est une aliénation qui altère la confiance en soi car elle nie et refuse l’imperfection […] elle divise les femmes, les met en concurrence pour la séduction des hommes. VANINA, « Le Mythe de la beauté »

Ainsi sur la proue de leur trimaran le « brigitte bardot » cette dernière est peinte en maillot de bain fort décolleté dans un style très sexualisé.

De même, les publications de Sea Shepherd ou de ses membres vantent régulièrement la beauté et la douceur de Yana Rusinovich ou Lamya Essemlali. En février dernier, Watson n’a d’ailleurs pas hésité à faire de son mariage un événement de communication glamour et people.

Quand il ne pose pas avec sa femme, Watson s’affiche avec des célébrités ou avec des représentants locaux de SSCS, se trouvant alors auréolés de la gloire d’avoir côtoyé leur mentor.

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Pamela Anderson en combinaison Sea Shepherd, véritable élément de la communication de l’organisation.

Dans tous les cas, les photos sont abondamment diffusées sur les sites de l’organisation, les blogs personnels et les réseaux sociaux. En France, l’organisation est totalement personnifiée par son omniprésente porte-parole Lamya Essemlali qui ne risque cependant pas de faire de l’ombre à son mentor qu’elle qualifie dans plusieurs interviews de héros et dont elle ne manque jamais une occasion de rappeler quelle chanceuse elle est de le fréquenter.

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  • Brigitte Bardot

    En France les antifascistes critiquant Paul Watson, le font le plus souvent pour ses liens avec Brigitte Bardot et sa fondation.
    Paul Watson et Brigitte Bardot, c’est une histoire qui commence à dater.

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    Paul Watson et Brigitte Bardot

    A dater de 1977, justement l’année du départ de Watson de Greenpeace, l’année où, préparant la fondation de sa propre organisation, Watson en recherche de médiatisation emmène BB sur la banquise canadienne pour dénoncer les massacres de bébés phoques dont elle parlera par la suite des trémolos dans la voix. Depuis lors, leur proximité tant affective que militante ne s’est jamais démentie. SSCS et la fondation Bardot ont ainsi mené nombre de campagnes communes comme la campagne Féroë en 2010 ou grind stop 2014. Surtout, la fondation Brigitte Bardot a en grande partie financé l’acquisition en 2011 d’un trimaran high tech, ancien détenteur du record de vitesse du tour du monde, qui sera rebaptisé en son nom.

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    Ce lien entre Watson et Bardot, antérieur aux engagements racistes et pro-FN de Bardot y a très bien survécu. Ceci peut s’expliquer par l’apolitisme revendiqué de Watson qui s’explique de cette amitié p 67 de son livre d’entretien avec Lamya Essemlali Entretien avec un pirate paru en 2012 en expliquant qu’il se fout de l’obédience politique des gens tant qu’ils sont « écologiquement correct ».

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    Lamya Essemlali rejoint Sea Shepherd en 2005. Elle devient présidente de Sea Shepherd France en juin 2008.

    Mais cela s’explique surtout par les positions politiques de Watson, qui ne sauraient se résumer à ses seuls liens avec Bardot.

  •  David Foreman
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    Dave Foreman, le compagnon idéologique raciste de Paul Watson.
    Pour comprendre le fond de la pensée politique de Paul Watson, il est indispensable de se pencher sur son mentor et sa principale source d’inspiration : David Foreman, co-fondateur de l’organisation écologiste Earth First ! (la terre d’abord).
    Comme première approche du personnage, on lira avec profit cette interview qu’il a donné au Sun en 2005 précédée d’une présentation flatteuse. On y retrouve un David Foreman revendiquant son appartenance au parti républicain et qui, bien que dénonçant une rupture entre ce parti et l’écologie, revendique « un lien historique entre réel conservatisme et écologie » (jeu de mot entre le conservatisme au sens de réactionnaire qui se dit conservatism et l’écologie qui se dit conservation dans la langue de Bush). Affirmant mettre une grande partie de son énergie dans le fait de recréer des liens entre les conservateurs du parti républicain et l’écologie, liens brisés depuis Reagan. L’écologie de Foreman est une ode patriotique à l’Amérique sauvage du far-west. Le journaliste explique qu’ « initialement Earth First n’avait rien à voir avec l’organisation contre-culturelle qu’elle est finalement devenue. Ouvertement patriotique et basée sur la mythologie des cowboys (…) ». Cette vision est totalement corroborée par Foreman qui explique avoir quitté Earth First ! En 1989 car l’organisation aurait été négativement influencée par des membres marxistes et anarchistes.
    Dave Foreman est un conservateur au sens premier du terme : pour lui, c’était toujours mieux avant. C’était mieux du temps du far-west, c’était mieux avant la révolution industrielle, c’était mieux avant la naissance de l’agriculture, c’était mieux avant le développement de l’humanité.
    Selon lui, la destruction de l’écosystème ne vient pas tant de choix politiques de société, surtout pas de la recherche effrénée de profits inhérente au système capitaliste et aux rapports de production l’ayant précédé, non, le problème vient des progrès scientifiques et technologiques (et non de leur utilisation) et de l’existence même de l’humanité, et en particulier de sa croissance numérique continue. Ainsi, Foreman considère que son principal combat aura été de lutter contre la surpopulation exponentielle de la terre. Le site climat et capitalisme dans son étude de l’ouvrage de Foreman Man Swarm and the Killing of Wildlife publié en 2011, démontre que le combat théorique de Foreman contre la surpopulation se mue dans la pratique en un combat contre l’immigration. Notant que dans les faits Foreman ne propose rien de concret comme mode de lutte contre la surpopulation (nous verrons cependant dans un plus long développement sur le néo-malthusianisme que Foreman et ses amis dont Sea Shepherd ont une piste, purement réactionnaire, dans cette lutte contre la surpopulation), ils montrent, citations à l’appui que chaque fois que Foreman parle de mesures à prendre contre la surpopulation, il s’agit de lutte contre la surpopulation aux états-unis et que cette lutte se résume dans les faits à la lutte contre l’immigration, notamment la lutte contre l’immigration pauvre.
    Bien que se défendant d’appartenir à « l’extrême-droite nativiste et anti-immigrée » Foreman appuie son argumentation sur différents groupes racistes ayant fait de la lutte contre l’immigration leur crédo : Center for Immigration Studies, Progressives for Information Reform, Californians for Population Stabilization, and NumbersUSA ! C’est en s’appuyant sur ce genre de sources que Foreman en arrive à dire :

     

     » Ce que nous faisons en vérité est d’être un bassin de débordement pour les irresponsables se sur-reproduisant en Amérique centrale et au Mexique (et pour les Philippines et l’Afrique etc …). Tant que nous leur offrons ce bassin de débordement, il est moins nécessaire de baisser les taux de natalité dans ces pays …  »

    Ainsi, en une phrase, il arrive à la fois à expliquer que si il y a surpopulation (et donc selon lui destruction de l’écosystème) aux USA, c’est à cause des immigrants irresponsables qui se reproduisent trop, et à expliquer que si il n’y a pas de contrôle des naissances dans les pays pauvres c’est à cause du fait que les USA ne fassent pas assez la chasse à l’immigré. Si on ose dire à Foreman que ses thèses sont racistes, il fait comme tout bon facho et s’en prend « aux gangs majoritairement de gauche du super-politiquement correct ». Et si on est écolo et qu’on critique ses thèses sur l’immigration, Foreman nous accuse tout simplement de s’en foutre dans le fond de la protection de la nature :

     » Si vous ne croyez pas au plafonnement de l’immigration aux États-Unis, alors vous êtes pour les États-Unis passant de 307 millions d’habitants à plus de 700 millions en 2100. Si la population américaine croît à plus de 700 millions d’habitants en seulement 90 années, nous n’aurons plus d’espoir de préserver les espaces naturels et les paysages sauvages.  »

    Et comme de bien entendu, jamais Foreman ne se propose de lutter contre ce qui pousse des millions de personnes à quitter leur pays, leurs terres, leurs familles (comme le capitalisme, l’impérialisme, le néo-colonialisme ou le dérèglement climatique), non sa solution de redneck républicain est toujours la même : plus de répression et de lutte contre l’immigration.

  •  Le disciple
    Le terme de disciple ne semble pas exagéré tant la filiation idéologique entre Watson et Foreman est prégnante. Les deux hommes ne sont pas de simples amis ou compagnons de luttes. Ils ont les mêmes références intellectuelles, en premier lieu Coyotes and Town Dogs de Susan Zakin mais surtout The Monkeywrench Gang de Edward Abbey.
    En 1993, la première édition de Earth Force de Paul Watson est préfacée par son ami Dave Foreman.
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    Earthforce! Le livre de Paul Watson préfacé par son ami Dave Foreman
    Dans les années 1980 (c’est à dire quand Earth First ! était encore l’organisation patriotique et conservatrice dirigée par Dave Foreman), Watson définit la SSCS comme la marine (au sens militaire du corps de marine d’une armée puisque Watson se considère comme un soldat en guerre) de Earth First !.
    Les deux hommes ont milité ensemble au sein du Sierra Club. Fondé en 1892, le Sierra Club est une des plus anciennes et importantes organisations écologistes américaines. Apolitique, le Sierra Club penche depuis la fin des années 1990 vers un vague progressisme, ayant soutenu Obama à la présidentielle, ils ont adopté une position neutre sur les questions d’immigration. Mais dans les années 1970 et 1980, elle était dominée par les partisans de la lutte contre l’immigration, partisans parmi lesquels Watson et Foreman étaient très actifs ! Foreman et Watson ont ensemble participé aux travaux racistes de l’ultra réactionnaire sénateur Jack Metcalf (pourtant dénoncé par Foreman comme la principale influence anti-écolo à la solde du lobby industriel de Reagan). Les deux hommes ont également collaboré au livre Life on the Brink : Environmentalists confront overpopulation, recueil raciste dirigé par Philip Cafaro et Eileen Crist de textes sur la lutte contre l’immigration et la surpopulation.
    Watson y développe sa thèse malthusienne et sa « solution humaine » de n’autoriser la reproduction « qu’aux personnes pouvant prouver leur capacité à subvenir financièrement et pédagogiquement aux besoins de leur progéniture. »
    Pour se définir lui-même, Watson reprend d’ailleurs le jeu de mot de Foreman « conservative conservationnist ». Watson partage donc les positions de Foreman contre l’immigration. Dans cette interview par exemple, Watson explique qu’il faut limiter l’immigration pour stabiliser la population US parce que :
     » chaque année près de 3 millions de personnes s’ajoutent à la population des États-Unis et la plupart viennent de l’immigration. En fait, tout ce que nous préconisons est que le nombre d’immigrants doit être réduit à des niveaux faibles pour obtenir une stabilisation de la population. Par le seul taux de natalité aux Etats-Unis, vous n’aurez pas une telle augmentation. L’immigration est la seule responsable. « 

     

    Dans cette même interview, il confirme d’ailleurs que l’immigration est pour lui une question suffisamment importante, pour être une des deux qui l’ont amené à démissionner du conseil d’administration du Sierra Club quand celui-ci a abandonné la position anti-immigration pour une position neutre.
    Watson a également entretenu des liens avec Willis Carto – suprémaciste blanc, antisémite et négationniste proche du KKK et des milieux skinheads néonazis – et s’est fait publié dans sa revue The Spotlight.

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    The spotlight, le magazine fasciste de son ami Willis Carto dans lequel Paul Watson s’est fait publier, faisant ici la promotion d’une manifestation négationniste.

    Nous pourrions disserter des pages sur le positionnement ultra-réac de Watson dans la lignée de celui de Foreman. Mais par, expérience, quand on donne tous ces arguments à des écolos français sensés être antifascistes, ils se contentent sans chercher à nier de dire que ça, c’est Watson, mais que les militants locaux n’ont pas pour autant les mêmes positions réactionnaires. Répondons donc rapidement à ce non-argument.

  • Et en France ? Nous l’avons vu, le principal reproche fait par les antifascistes à SSCS, sont ses liens avec Brigitte Bardot et sa fondation.
  • img17810 Or, s’il y a une section nationale de SSCS dans laquelle personne ne peut ignorer ces liens (d’ailleurs pas du tout dissimulés et au contraire vantés à longueur du net) et où personne ne peut ignorer le soutien de Bardot au FN et ses positions contre les immigrés, les arabes et les musulmans, c’est bien Sea Shepherd France. Les militants de Sea Shepherd France sont donc a minima des gens acceptant de collaborer régulièrement avec la fascisante Bardot, ce qui devrait suffire à les décrédibiliser totalement. Mais ce n’est pas tout.
    Au-delà des nombreux soutiens fascisants individuels, il y a au moins une branche de l’extrême-droite française avec laquelle Sea Shepherd France entretient des liens organisationnels : Pierre Rabhi et ses colibris.
  • rabhiroiRabhi sur la famille et la PMA, à droite toute!

Vous verrez que sur les événements Facebook de Sea Shepherd France, de très nombreux participants revendiquent leur appartenance aux Colibris.

  • En juin 2015, Lamya Essemlali, porte-parole de Sea Shepherd France, donnait une interview au magazine Kaizen dont la devise « construire un autre monde pas à pas » comme le manifeste ne sont pas sans rappeler la prose mystico-sectaire de Rabhi et ses amis.
    11039011_1432161847083888_4220166124609308285_nUn Pierre Rabhi d’ailleurs omniprésent dans ce magazine. On ne sera donc nullement surpris de retrouver les Colibris en tête des partenaires du magazine. Dans les autres partenaires, on trouve la NEF (société coopérative de financement solidaire), banque anthroposophique fondée par des membres de la Section Sociale de l’Ecole de Science de l’Esprit. Bien que le mot, trop sulfureux, n’apparaisse jamais dans le magasine, Kaizen magazine est clairement un relais médiatique de l’anthroposophie.
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    Steiner, le père de l’anthroposophie, justifie ici sur ce croquis l’existence de « races » décadentes et destinées à disparaître pour servir les « races » élues. Et qui trouve-t-on comme par hasard parmi les « races » élues? Les blancs bien évidemment, qui semblent avoir un très bon karma pour Steiner à l’inverse des autres composantes de l’espèce humaine pour qui la disparition en masse, à commencer par celle des indiens, fut une forme d’épuration de « branches décadentes » de l’humanité.
  •  La promotion de l’anthroposophie est faite plus subtilement (façon de parler) via la promotion de personnes liées à l’anthroposophie comme Marleen Kaptein ou de personnes niant appartenir à l’anthroposophie mais y étant très liées comme Rabhi. Le même mois on trouve dans la presse une interview croisée de Paul Watson et Pierre Rabhi.
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    Cet entretien croisé a vraisemblablement été réalisé à l’occasion de la conférence organisée par le mouvement Colibri à Paris le 12 juin sur le thème « une histoire de violence, un rendez-vous à l’intérieur », dans le cadre de leur grande campagne « une (R)évolution intérieure ».
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Etienne Chouard, tête de pont de toute l’extrême droite, invité à la conférence nationale de lancement de Colibri en janvier 2013.

 

Le vrai visage d’Etienne Chouard

  • Pour 10€, rien n’est gratuit avec ces gens là, on pouvait ainsi entendre à la même tribune Paul Watson (traduit en direct par Lamya Essemlali), Pierre Rhabi, Nancy Huston et Thomas d’Ansembourg qui se présente comme « auteur, conférencier international, formateur à la connaissance de soi et en communication NonViolente », tout un programme, la liste de ses conférences et des colloques auxquels il participe, entre coaching en développement personnel, comportementalisme et mystique zen, achève de cerner le personnage.

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Pour en finir avec la supercherie Rabhi: l’écogourou sur le chemin de Compostage.

  • La conférence en question étant modérée par Cyril Dion, membre fondateur et porte-parole du mouvement colibri et … directeur de la rédaction de Kaizen Magazine !
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Etienne Chouard que l’on retrouve également sur le magazine anthroposophe Kaizen.
  • Les liens entre Sea Shepherd et le mouvement Colibri ne datent cependant pas de juin 2015.
    Trois mois plutôt, Watson donnait une conférence à La Rochelle dans le cadre des Journées Environnement organisées par Lea Nature.
  • A cette occasion, Watson a invité le Pdg de Lea Nature, Charles Kloboukoff sur son navire.

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    Charles Kloboukoff, pdg anthroposophe avec Paul Watson sur son bateau.
  • Celui-ci, outre le fait d’être à la tête d’un groupe de près de 1000 salariés au Chiffre d’Affaire annuel se comptant en centaines de millions d’euros est un très proche du mouvement colibri et donc de l’anthroposophie. Il est l’un 7 membres fondateurs de la fondation Pierre Rabhi, a co-écrit un livre avec Rabhi
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Cercle Steiner et autres enchantements circulaires au « Hameau des Buis » du clan Rabhi, en Ardèche.
  • On pourrait également noter que Paul Watson est édité par les éditions Actes Sud, maison d’édition publiant du Pierre Rabhi ainsi que d’autres ouvrages anthroposophes.

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  • Un problème de fond

    Le fond du problème de Sea Shepherd n’est ni ses amitiés pourries ni les phrases chocs de son dirigeant qui ne sont que les symptômes et les conséquences du réel problème de fond, un problème éminemment politique : le néo-malthusianisme de cette organisation.

    La thèse de Malthus était que la population humaine croissant plus vite que les ressources naturelles, sauver l’humanité passait par en limiter la croissance et préconisait donc que les pauvres devaient cesser de se reproduire (mais contrairement à Watson de manière volontaire, par la chasteté).

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    Ici le graphique expiant la grande masse du ridicule de la théorie de Malthus et de ses nombreux comparses, théorie vaseuse qui, si elle avait été validée par le réel, aurait conduit il y a déjà bien longtemps à la disparition de l’espèce humaine par manque de nourriture.

    Les thèses de Malthus ont été contredites par nombre de scientifiques et d’économistes, mais nous ne nous lancerons pas ici dans la controverse scientifique. Car l’important est que depuis, le malthusianisme a été prolongé et radicalisé par de nombreuses personnes et notamment nombre d’écologistes réactionnaires (on trouvera ici quelques citations saisissantes de personnalités engagée dans la conservation de la nature, dont ce cher Watson). Malthus avait identifié deux types d’obstacles possibles à la surpopulation exponentielle : les preventive checks (actions humaines visant à limiter la natalité de manière préventive) et les positive checks (éléments « naturels » faisant baisser la population brutalement comme les épidémies et les famines). Le courant néo-malthusien auquel appartient Sea Shepherd se propose d’influer sur les deux. D’une part en prônant un contrôle des naissances accru, y compris à l’aide de la science : avortements et contraceptions (voir stérilisation pour certains) forcés (voir l’itw de Watson citée supra). D’autre part en laissant les famines et épidémies tuer massivement. C’est ce qui a par exemple poussé David Foreman à répondre en 1987 à Bill Deval de la revue australienne Simply Living que « Le pire que l’on puisse faire en Éthiopie serait d’aider les indigents. Le mieux serait de laisser la nature trouver son propre équilibre, de laisser les gens là-bas mourir de faim », pour plusieurs années plus tard revenir partiellement sur cette déclaration à l’occasion d’un débat avec Murray Bookchin.

    Paul Watson, moins direct peut-être, ne dit cependant pas autre chose quand il conclut son interview à Reporterre par

    « Il faudrait des décisions politiques pour limiter la natalité mais cela n’arrivera pas. Encore une fois, c’est la nature qui réglera le problème.  »

    Il y a chez les écolos réactionnaires néo-malthusiens des illuminés complets qui prônent (somme toute assez logiquement) l’abandon des médicaments et de la médecine développée, de l’agriculture, de toute aide sociale et globalement de toutes les technologies et organisations sociétales permettant de faire baisser la mortalité dans nos sociétés. Mais Sea Shepherd n’en est pas, ils sont sûrement moins illuminés mais plus dégueulasses encore. Car leur néo-malthusianisme est purement de classe. Il ne doit pas s’appliquer aux riches des pays riches qu’ils enjoignent juste à plus de sobriété énergétique, à mettre un terme à la surconsommation et à l’élevage et la chasse intensifs, des préconisations somme tout très raisonnables et peu contraignantes par rapport à la contraception forcée, la famine et la maladie proposées aux pauvres et aux pays pauvres.

    Non seulement, Sea Shepherd ne s’attaque pas frontalement au capitalisme , mais au contraire, leur stratégie pour sauver la planète est basée sur un renforcement des inégalités du capitalisme. Rappelons que s’il y a des pauvres et des pays pauvres, c’est évidemment du fait de leur domination et de leur exploitation par des riches et des pays riches. Et bien Sea Shepherd et leurs amis néo-malthusiens proposent tout simplement de renforcer cette exploitation en laissant crever les pauvres, en les empêchant de se reproduire (sans jamais aborder l’idée que le taux élevé de natalité peut être lié à un taux élevé de mortalité, donc justement à leur niveau de pauvreté et d’exploitation). Et pour que ces pauvres, leur misère et leur natalité ne viennent pas gâcher la vie et l’écosystème des riches, on combine ce beau projet de société avec une lutte acharnée contre l’immigration : les pauvres doivent crever, mais chez eux !

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    Une bien étrange façon de procéder au recrutement puisque ce dernier se révèle… payant!

     

    Après ça, Sea Shepherd peut se targuer d’un pacte de non-discrimination pour affirmer qu’ils ne sont pas racistes. Après ça, ils ont beau jeu de se fendre de temps en temps d’une tirade contre les grandes sociétés avides de profits et les lobbys industriels et de l’élevage, tirade toujours très oiseuses et sans conséquences puisque comme Watson le dit très bien pour résumer leur impuissance sur ce registre : les riches ne veulent pas devenir pauvres ! (cf lien précédent)
    Cette vision des choses n’est pas seulement réactionnaire, elle est tout bonnement fondamentalement fascisante.

  • le mysticisme de la terre

La vision politique de Sea Shepherd est très empreinte de mysticisme.

D’ailleurs, Watson ne s’est jamais caché de ce mysticisme qui l’a poussé à s’intéresser aux amérindiens non pas en tant que peuple opprimé mais pour leur rapport à la mère nature. Il affirme même que son combat en faveur des baleines prend racine dans l’interprétation d’un de ses rêves par un chef indien à Wounded Knee (même si il est évident que le mégalo et mythomane Watson a postérieurement totalement exagéré ses engagements auprès de l’AIM que ce soit à Wounded Knee ou par la suite en soutient à Léonard Pelletier voir le texte déjà cité de Jim Craven , l’important ici est bien ce qu’il prétend et non ce qui fut). On retrouve chez nombre de membres éminents de SSCS les expressions de terre-mère (y compris la branche française) ou de mère nature et l’analyse de la situation écologique chez Sea Shepherd tient bien souvent plus de la croyance mystique que de l’analyse scientifique.Si Sea Shepherd est généralement en froid avec les grandes religions monothéistes (accusées notamment d’être natalistes étant opposées à l’avortement et la contraception et prônant la charité), leur écolo-mysticisme les a rapprochés des instances bouddhistes (probablement plus à des fins de promotion et de médiatisation que par conviction), ainsi, quand Watson se targue du soutien et des cadeaux reçus du Dalaï-Lama, Lamya Essemlali pose avec Matthieu Ricard, son principal représentant en France.

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De gauche à droite : Yana Rusinovich militante de SSCS et épouse de Paul Watson, Paul Watson, Matthieu Ricard principal représentant du bouddhisme en France et Lamya Essemlali.

Une écologie réactionnaire, un projet de société fascisant et un logiciel totalement mystique ne peut que rapprocher Sea Shepherd de milieux fort peu recommandables.

 » L’attirance pour une femme vient surtout de la pensée que son corps est pur, mais il n’y a rien de pur dans le corps d’une femme. De même qu’un vase décoré rempli d’ordures peut plaire aux idiots, de même l’ignorant, l’insensé et le mondain désirent les femmes ; la cité abjecte du corps, avec ses trous excrétant les éléments, est appelée par les stupides un objet de plaisir.  »

Dalaï-lama, dans son ouvrage « Comme la lumière avec la flamme »

Des propos ébouriffants de bêtise crasse et de misogynie, où les femmes sont chosifiées, comme dans toute religion.

 

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Paul Watson serrant la main du Dalaï-Lama.

Les liens entre Sea Shepherd et les colibris de Rabhi et leurs amis anthroposophes (notons au passage que l’anthroposophie utilise aussi les notions de terre-mère et de mère nature), ou le soutien affiché à Sea Shepherd par un nombre certain de paganistes nazis (appréciant en plus, le rejet des grandes religions monothéistes) ne peut ainsi plus apparaître comme un simple hasard mais comme nous le disions plus haut, ces amitiés douteuses ne sont pas la cause de l’infréquentabilité de Sea Shepherd, mais une simple conséquence de leur ligne politique totalement réactionnaire.

  • Le site écolo-confusionniste Mr Mondialisation ne s’y trompe d’ailleurs pas en relayant abondamment l’organisation. mr-mondialisation_sea_shepherd
  • Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

     

    SSCS, drôles « d’antisystèmes »

    Nous l’avons dit, non seulement Sea Shepherd refuse d’intégrer une vision de classe dans leur combat et de lier la destruction de l’écosystème au capitalisme mais ils pratiquent de fait la lutte des classes du côté de la bourgeoisie et donc des principaux destructeurs de cet écosystème. Pour autant, nombre de gauchistes ont encore une vision fantasmatique de Sea Shepherd comme  » antisystèmes « , formule très connotée politiquement en raison de ses origines fascistes.
    Un système qu’ils combattent tellement que celui-ci le lui rend bien ; remise du prix Jules Vernes par Richard Dean Anderson en 2012, qualifié de héro par son ami Hulot, il n’est pas dit que Watson connaîtra un jour plus grande consécration que quand le Time Magazine l’a sacré héros de l’écologie en 2000.
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    Lamya Essemlali, Paul Watson, Yana Rusinovich et Nicolas Hulot

    Le plus intéressant est de regarder ce que Sea Shepherd disent d’eux-même, loin de prétendre combattre le système, ils disent vouloir en faire respecter le Droit, puisant leur légitimité dans une charte des nations unies.

    Dans leur présentation, Sea Shepherd dit vouloir « faire respecter les règles internationales concernant la conservation de la nature » et ajoute « Sea Shepherd coopère avec toutes les instances juridiques internationales. Pour faire respecter les droits, nous agissons en conformité avec les pratiques légales communément admises. Sea Shepherd adhère aux principes de non-violence lors de ses actions visant à protéger les océans. ».

    C’est en pleine cohérence avec cette logique cogestionnaire que Sea Shepherd France a participé à la Conférence Environnementale organisée par le gouvernement français en septembre 2012 au sein du rassemblement pour la planète, soutenu par 4 anciens ministres et une sénatrice, qu’ils ont pleuré de ne pas avoir été invité en 2013 et que Watson affirme qu’il restera en France pour la version 2015 (COP 21) dont il espère que l’Europe prendra le rôle de meneur et la France le leadership, alors même que toutes les organisations écologistes conséquentes, sans forcément être anticapitalistes, se préparent à manifester contre cette même mascarade de COP 21, sachant ne rien devoir attendre de nos dirigeants (on retrouve par ailleurs souvent cette tendance chez SSCS, comme à la fondation Brigitte Bardot à opposer les bons pays (l’Europe, à l’exception de la Norvège et du Danemark, et notamment la France) aux méchants pays (Chine, Australie, Japon, Canada, USA…), une tendance qui peut les rapprocher du campisme qu’on retrouve et dans la gauche dite radicale française (autour du Front de Gauche) et chez les fachos type Colibris.) Sea Shepherd prétend n’avoir un budget annuel que de 21 millions d’euros, ce qui paraît bien peu pour une organisation possédant une flotte de 8 navires amiraux (dont la plupart sont du haut de gamme high tech, deux d’entre-eux ont battu des records de vitesse du tour du monde) qui naviguent quasiment en permanence, « beaucoup d’autres petits bateaux et scooters des mers » , des hélicoptères, des drones, deux sièges permanents, qui est présent dans des dizaines de pays…
    Mais quelque soit le chiffre exact, même 21 millions ça fait une grosse somme quand on dit ne recevoir ses fonds que de dons de particuliers et d’entreprises et d’un autre côté une bien faible somme qui explique le fait que Sea Shepherd n’a quasiment pas de frais de communication contrairement aux autres organisations comparables (une grosse part de leur communication se fait d’ailleurs avec brio gratuitement sur le web). La conséquence de cette double contrainte budgétaire (un budget à la fois gros et trop petit), c’est que Sea Shepherd est en permanence en recherche de riches financiers et de médiatisation. Deux quêtes les amenant à frayer autant que faire se peut avec le gratin mondial.
    Ils ne manquent donc jamais une occasion de se vanter de leurs nombreux soutiens très anti-système comme Pierce Brosnan, Martin Sheen, Richard Dean Anderson, Sean Penn, Christian Bale, Pharrel Williams, Mick Jagger, Pamela Anderson, Aidan Quinn, William Shatner, Edward Norton, Orlando Bloom, Uma Thurman
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    Paul Watson ici avec Shannen Doherty
    En France, c’est un peu plus difficile et ils doivent le plus souvent se contenter de vieilles gloires un peu has-been comme Brigitte Bardot, Nicolas Hulot, Jacques Perrin ou Pierre Richard, tant pis ils n’hésitent pas à faire avec.
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    Pierre Richard, Lamya Essemlali, Yana Rusinovich et Paul Watson
    Ça c’est surtout pour la médiatisation, mais la flotte de Sea Shepherd est également en grande partie financée par de riches donateurs.
    Ainsi, c’est le don de 5 millions de dollars de la vedette TV américaine Bob Barker qui a permis de financer l’achat de l’ancien baleinier portant son nom ainsi que d’un hélicoptère. Un don à six zéros de Sam Simon (multi-millionnaire co-créateur des Simpson) a également permis d’acheter un navire de 56 mètres de long portant maintenant son nom. De même l’Ady Gil, petite merveille futuriste capable d’aller à 50 nœuds (coulée en 2010 par un navire japonais) tenait son nom de la société Ady Gil, un magnat de l’éclairage hollywoodien qui a donné 1 million de dollars à Sea Shepherd, sans oublier le financement reçu de la fondation Brigitte Bardot
    Pour ses campagnes, Sea Shepherd s’associe à des multinationales comme G-Star et Bionic Yarn ou la très philantropique firme Adidas…

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    C’est évidemment leur droit d’être des légalistes non-violents souhaitant collaborer avec les instances internationales, proches du star-système et des milieux d’affaires, misant sur les individus plus que sur le collectif mais il serait bon que les gauchistes de pacotille respectent ce droit en arrêtant de vouloir en faire des partisans de l’action directe, anti-système, etc…

    Ce dernier chapitre ne fait pas de Sea Shepherd des fachos, mais renforce par contre l’analyse d’une organisation se dotant de moyens bien peu en adéquation avec leur but de préservation de l’écosystème.
    Le capitalisme est inséparable de la surproduction, il est inséparable des logiques de rentabilité immédiate dans un but de plus-value flash, il est inséparable de la logique de compétition contraire à toute planification écologique. Bref le capitalisme est inséparable de la destruction de l’écosystème et la préservation de l’écosystème est inséparable de la destruction du capitalisme. Alors évidemment, tout étant une question de choix tactique, on peut être d’accord avec cette dernière affirmation et quand même choisir de militer dans un « cadre large » dans une organisation ne se posant pas clairement comme anticapitaliste. Mais à condition encore que celle-ci ne soit pas un pur produit du capitalisme dont elle reprend toute la logique, y compris dans ce qu’il a de plus abject.
    Surtout, rien au delà des divergences idéologiques au sein de notre camp, ne peut justifier de militer avec des fachos au sein d’une organisation fondamentalement fascisante.

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Conclusion Il reste un argument que ne manqueront pas de nous opposer ceux qui tiennent malgré tout à travailler avec des groupes locaux. On nous dira que certes, Sea Shepherd est dirigée par des néo-malthusiens racistes et réactionnaires, que certes Sea Shepherd est cul et chemise avec l’élite du système et s’associe avec les pires racailles fascisantes. Certes, mais. Certes mais il y aurait au sein de Sea Shepherd des militants ni racistes, ni réactionnaires, ni néo-malthusiens, des militants vraiment écolos et sincères qui travailleraient avec Bardot et Rabhi a l’insu de leur plein gré…

Pourquoi pas, beati pauperes spiritu. Mais quand bien même, à quel moment cela justifierait-il de soutenir ou travailler avec leur organisation ? Cette idée n’est pas sans rappeler l’argument souvent apporté d’une base de sympathisants du FN où il y aurait des gens ni racistes, ni homophobes, ni sexistes, ni libéraux… des espèces de brebis égarées tombées dans le piège démagogique du discours sur les petites gens. Et bien dans ce cas là, personne n’ose quand même encore proposer de soutenir ou de s’allier avec les sections locales du FN ? Il n’existe alors que deux solutions, ne s’excluant pas forcément : faire preuve de pédagogie pour leur expliquer que leur organisation est une merde puante raciste ou rentrer dans le tas et comme disait Nizan « Tuez-les tous, le prolétariat reconnaîtra les siens » !
Par cet article, nous appliquons à Sea Shepherd la première solution, mais nous savons marcher sur nos deux jambes.

 

Failfaf & Les Enragé-e-s

 

 

A lire en complément :

Pour en finir avec la supercherie Rabhi: l’écogourou sur le chemin de Compostage.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme 

Ecologie, monnaie, le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion

Vigneron en prison pour avoir refusé d’épandre des pesticides?

Mr Mondialisation ou le masque de l’écologie confusionniste

Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute! 

C’est quoi le fascisme? 

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

L’appareil d’État de Pétain à de Gaulle

Il y a 70 ans, le procès de Pétain : la continuité de l’appareil d’État de Pétain à de Gaulle

 

Le 15 août 1945, la Haute Cour de justice condamnait le maréchal Pétain à mort pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison. De Gaulle, alors chef du Gouvernement provisoire, commua la peine en emprisonnement à vie. L’histoire officielle oppose aujourd’hui les deux hommes : Pétain serait le collabo, au service du nazisme, alors que de Gaulle incarnerait le salut du pays et de la démocratie.

Procès du maréchal Philippe Pétain
Juillet 1945. Palais de justice de Paris. Procès du maréchal Pétain

 

Avant d’arriver au pouvoir, en 1940, Pétain avait déjà derrière lui une longue carrière de militaire réactionnaire et s’était illustré en vainqueur de la bataille de Verdun, la plus sanglante de la guerre de 1914-1918, mais aussi en réprimant les mutineries des soldats en 1917. Pendant les émeutes de l’extrême droite française en février 1934, il fut appelé à siéger au gouvernement, ses convictions anticommunistes valant recommandation.

Après la débâcle de 1940, qui avait montré l’incurie du haut commandement face à l’armée allemande, la bourgeoisie se réfugia derrière un homme qui semblait pouvoir sauver la situation, en maintenant un appareil d’État capable de préserver ses intérêts dans les conditions de la défaite militaire face à l’Allemagne. C’est dans ces circonstances que Pétain fut appelé au pouvoir.

Après avoir signé l’armistice, Pétain instaura sa dictature.

Une dictature qui était l’enfant légitime de la République, puisque ce furent les élus de la Chambre des députés du Front populaire – moins les 72 députés communistes qui avaient été déchus en 1939 – qui votèrent en majorité pour remettre les pleins pouvoirs à ce militaire réactionnaire.

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24 octobre 1940 : rencontre de Montoire entre Pétain et Hitler

 

Si la France fut occupée, l’appareil d’État, sa police, une partie de son armée, son personnel politique restèrent en place pour défendre les intérêts de la bourgeoisie nationale. Ce fut d’ailleurs la principale ligne de défense de Pétain après la Libération : il avait sauvé l’État français face à l’Allemagne.

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Police parisienne compréhensive face aux pratiques folkloriques et aux nécessités comptables de l’occupant.

 

Le régime de Pétain répondait également aux souhaits de la bourgeoisie, en lui permettant de prendre sa revanche après la peur suscitée par les grèves de juin 1936. Les précédents gouvernements étaient déjà revenus sur les acquis de la grève, celui de Pétain allait poursuivre leur œuvre, traquant les communistes, les socialistes et les syndicalistes, instituant des syndicats corporatistes pour faciliter l’exploitation des travailleurs dans les entreprises.

Le gouvernement collabora également avec les nazis pour traquer les résistants et surenchérit sur la politique antisémite en arrêtant les enfants juifs, lors de la rafle du Vel-d’Hiv, alors que les autorités allemandes ne le lui demandaient pas.

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De Gaulle, que l’on présente comme l’antithèse de ce régime odieux, était entré dans le cabinet de Pétain en 1925, quand ce dernier était vice-président du Conseil supérieur de la guerre. Aussi anticommunistes l’un que l’autre, les deux hommes se respectaient. En 1920, le capitaine de Gaulle s’était d’ailleurs engagé aux côtés de l’armée polonaise, pour combattre la révolution russe. Du point de vue politique, rien ne les opposait.

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De Gaulle, 1940

 

Seulement, en 1940, de Gaulle fut partisan de continuer la guerre aux côtés des Alliés, faisant le pari que ce serait ce camp-là, et non celui de l’Allemagne, qui sortirait vainqueur du conflit. Il pensait qu’il fallait que les intérêts de la bourgeoisie française soient également défendus dans le camp opposé à l’Allemagne.

 Il fallait également maintenir l’appareil d’État, pour que la bourgeoisie puisse faire face aux troubles sociaux susceptibles de se propager et de se transformer, comme cela fut le cas à la fin de la Première Guerre mondiale, en une vague révolutionnaire, demandant des comptes à tous ces bourgeois qui avaient continué à faire des affaires et à s’enrichir pendant le conflit.

Si Pétain, Laval et quelques autres hommes politiques furent jugés, voire condamnés à mort, l’essentiel de l’appareil d’État demeura intact.

De Gaulle attribua même la Légion d’honneur à la police parisienne, pourtant largement compromise dans la chasse aux Juifs et aux résistants. Sur 2 100 magistrats du régime de Vichy, 260 seulement furent suspendus, le plus souvent temporairement. À la fin de la guerre, avec l’appui des partis de la Résistance, et au premier chef du PCF, qui proclamait alors « un seul État, une seule police », de Gaulle conserva et blanchit l’appareil d’État que Pétain avait préservé durant la guerre, pour qu’il puisse continuer à jouer son rôle de rempart de la bourgeoisie.

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Churchill et de Gaulle, tous deux au service des classes possédantes

 

Les deux hommes, issus d’un même milieu militaire, politique et social profondément réactionnaire, étaient au service d’une même classe, la bourgeoisie.

 

Aline Urbain