Qui sont les Black Blocs ? Où sont les Black Blocs ?

Cette ques­tion réap­pa­rais­sant dans la plu­part des jour­naux après chaque émeute, comme celle à Rome le 14 décem­bre, elle mérite une réponse. Est-ce que vous voulez voir à quoi res­sem­blent nos visa­ges quand ils ne sont pas mas­qués par des fou­lards, des cas­ques ou des cagou­les ?
Ce sont les mêmes visa­ges qui paient un loyer pour vos appar­te­ments pour­ris, les visa­ges de ceux à qui vous offrez des stages non rému­né­rés ou des jobs à plein temps pour 1000 euros. Ce sont les visa­ges qui paient des mil­liers d’euros pour assis­ter à vos cours. Ce sont les visa­ges des gamins que vous frap­pez quand vous les chopez avec un peu d’herbe dans leurs poches. Ce sont les visa­ges de celles et ceux qui doi­vent s’enfuir du bus quand les contrô­leurs appa­rais­sent, ne pou­vant pas se payer le voyage.
Ce sont les gens qui cui­si­nent vos faux-filets à point dans les res­tau­rants chics, et reçoi­vent pour ça 60 euros la soirée, au black. Ce sont celles et ceux qui vous pré­pa­rent vos cafés serrés à Starbucks. Ce sont ceux qui répon­dent à vos appels en disant « 118 118, puis-je vous aider ? », ceux qui achè­tent de la nour­ri­ture à Lidl par­ce ­que celle des autres super­mar­chés est trop chère. Ceux qui ani­ment vos camps de vacan­ces pour 600 euros par mois, ceux qui ran­gent les étalages des maga­sins où vous ache­tez vos légu­mes bios. Ce sont ceux à qui la pré­ca­rité bouffe toute l’énergie vitale, ceux qui ont une vie de merde, mais ont décidé qu’ils en avaient assez d’accep­ter tout ça.
Nous fai­sons partie d’une géné­ra­tion, qui, pour un jour, a arrêté de s’empoi­son­ner le sang avec la névrose d’une vie passée dans la pré­ca­rité, et qui a sou­tenu les émeutes. Nous sommes le futur que vous devez écouter, et la seule partie saine d’une société cou­verte de métas­ta­ses. Ce qu’il est en train de se passer à Londres, Athènes et Rome est d’une impor­tance his­to­ri­que. Des places rem­plies à cra­quer de gens explo­sent de joie quand les cars de police pren­nent feu. Notre exis­tence même est dans ces cris : l’exis­tence de celles et ceux qui ne peu­vent pas croire que des gou­ver­ne­ments élus se retour­ne­raient contre leurs citoyens et leur feraient payer des dizai­nes d’années d’erreurs com­mi­ses par le sec­teur finan­cier et les mul­ti­na­tio­na­les ; l’exis­tence de ceux qui main­te­nant com­men­cent à penser que tous ensem­ble nous pou­vons com­men­cer à leur faire peur. Ces excla­ma­tions étaient furieu­ses et joyeu­ses, explo­sant depuis la partie saine de la société, pen­dant que celle empoi­son­née se cachait dans la Chambre des Députés.
Les Black Blocs ont encore frappé. Vous feriez mieux de regar­der autour de vous main­te­nant. Des rumeurs disent que vous pour­riez en ren­contrer cer­tains pen­dant vos cours, à la biblio­thè­que, à la machine à café, au pub, sur la plage, voire même dans le bus.
Collettivo Universitario Autonomo de Torino, 16 décembre 2010

 

 

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A suivre…

 

Les sites conspirationnistes? Des pièges à cons!

Difficile d’y échapper sur internet, des milliers de sites et documents conspirationnistes encombrent les résultats des moteurs de recherche et nos écrans, une vraie pollution.

Les thèmes de prédilection? Difficile de les évoquer tous mais on retrouvera des thèmes récurrents et pour certains d’entre-eux, obsessionnels:

11 septembre, Nouvel Ordre Mondial [1], Illuminati, Bilderberg, Trilatérale, complot judéo-maçonnique, spiritualisme, développement personnel, ufologie, voyance, écologie mystique, (R)évolution de potager, anthroposophie, chemtrails, charlatanisme, satanisme, New Age, biodynamie, survivalisme, mouvements sectaires, etc,…

Le point commun de tous ces thèmes en apparence très différents, c’est l’obscurantisme.

Tous ces sites sont reliés, comme des milliers de petites églises, directement ou de façon plus insidieuse, à une idéologie de droite radicale et d’extrême droite.

La formule  » Nouvel Ordre Mondial  » est une façon de faire passer pour nouvelle une mécanique qui est constitutive du capitalisme.

Le capitalisme d’aujourd’hui n’est pas radicalement différent de celui qui animait le début du siècle dernier, bien au contraire.

Les grandes crises qu’il produit, constituées par l’emballement de l’accumulation du Capital, n’ont rien de « nouveau ».
Ces grandes crises sont parfaitement comprises et expliquées depuis longtemps.
Une telle grande crise s’est produite juste avant la première guerre mondiale. Destruction et barbarie qui n’ont résorbé qu’un temps les contradictions produites par le capitalisme. Cette même crise qui s’est reconstituée à l’entre-deux guerres et qui a produit une nouvelle abomination, la seconde guerre mondiale.

Le « Nouvel Ordre Mondial » n’existe pas, le capitalisme, oui.

La sphère conspirationniste ne se contente pas d’imposer des mythes, elle impose également des mots, et ces mots sont porteurs d’une idéologie, celle de la droite radicale et obscurantiste.

L’obscurantisme, qu’il soit religieux ou pas, a toujours été un instrument de domination.

L’obscurantisme est une attitude de négation du savoir.
L’obscurantisme refuse de reconnaître pour vraies des choses démontrées.

C’est bien la contre-révolution catholique qui lance la première cette réécriture mystifiée du réel en tentant d’attribuer au processus complexe de la Révolution française le résultat d’une action présupposée souterraine de  » forces occultes « , de groupes culturels et philosophiques existant ou ayant existé – comme la franc-maçonnerie ou les illuminés de Bavière  – et d’une magie résultant de la toute puissance d’une secte! Délire plutôt cocasse de la part d’une Église et plus particulièrement d’un abbé, en l’occurrence Augustin Barruel.

Il faut se souvenir que le courant des Lumières a permis de remettre en question radicalement l’influence du divin sur le pouvoir et sur notre rapport au savoir.
Cette pensée est née au sein de courants philosophiques, dans des cercles de réflexion, dont la franc-maçonnerie a fait partie, avec d’autres.

Le Clergé n’a jamais accepté sa défaite morale à l’occasion de la Révolution française.

Voilà pourquoi l’extrême droite, descendante directe de la contre-révolution catholique, focalise tant sur la franc-maçonnerie.

Voilà pourquoi toutes les extrêmes droites conspirationnistes de la planète n’ont fait que ressortir de façon quasi identique dans sa forme comme dans son fond, la théorie loufoque sur les « Illuminati « .

La première théorie du complot « moderne » provient de sphères religieuses réfutant l’apport du courant des Lumières et qui ont toujours voulu abattre la République.

Cette réécriture religieuse du réel a besoin d’imposer des mythologies qui vont recourir à de multiples subterfuges irrationnels masqués par une approche en apparence scientifique.

Le but est bien évidemment de clouer sur place, de priver de toute compréhension du monde, de toute émancipation, gage de la perpétuation de l’ordre économique, à l’époque les rentes de l’aristocratie et du Clergé.

A partir du moment où la contre-révolution catholique parvient à imposer l’idée que tout est déjà écrit et décidé par un petit groupe secret tirant les ficelles dans l’ombre et dont les traits culturels seraient identiques, tout est mis en place pour fracturer la population afin qu’une partie d’entre elle ne se soumette et finisse par se ranger dans le camp des dominants.

Grâce aux croyances, grâce aux obscurantismes, qu’ils soient religieux ou pas, on coupe chez la population toute velléité révolutionnaire, on la conduit à accepter son triste sort, on la conduit à se battre contre des moulins à vent ou encore aux côtés de ses maîtres.

A partir du moment où le mot  » Illuminati  » s’impose, il est possible de lui substituer tout bouc-émissaire, qu’il se nomme franc-maçon sous la Révolution, qu’il se nomme juif sous les tsars et sous Hitler, qu’il se nomme musulman, « élites corrompues », chômeur, pauvre, Rom, étranger, fonctionnaire européen, cette IDÉOLOGIE DE REJET sert avant tout les dominants en offrant des leurres, des coupables idéaux qui sont autant de diversions et d’appels à la résignation.

En lieu et place d’offrir une analyse de compréhension des conditions matérielles d’existence du monde, la sphère conspirationniste prétend nous instruire en nous plongeant la tête dans le sable.

Pour ces sphères conspirationnistes, ce n’est pas le capitalisme en soi qui pose problème, c’est le fait qu’il serait  » dirigé  » selon elles, par des gens  » corrompus « .

Il serait ainsi possible de  » moraliser  » un système d’organisation de la production confiscatoire et par essence inégalitaire.

Moraliser un système amoral?

On retrouve là une vision ultra conservatrice et verticale de la société, une vision qui n’est pas seulement l’apanage des extrêmes droites, mais que l’on retrouve de Bayrou à Sarkozy, qui eux aussi entendent « moraliser » le capitalisme.

Droites et extrêmes droites sont les descendantes lointaines pour les premières, directes pour les secondes, de la contre-révolution catholique.

Une force politique qui alla s’assoir à la droite du roi au but de lui conserver son droit de veto, de conserver en place les privilèges.

Toutes les droites sont les descendantes directes ou lointaines de la contre-révolution catholique.

C’est ainsi que la droite, jusqu’à la mise en place du suffrage universel masculin à la suite du vol de la Révolution de 1848, est toujours monarchiste.
Elle le sera quasiment jusqu’à la fin du 19e et sera contrainte par l’Histoire d’embrasser un républicanisme d’apparat.

Voilà pourquoi tant de passerelles existent entre toutes les droites, qui se battent toutes pour les intérêts des classes possédantes.

Et la  » gauche  » de gouvernement? Elle prétend se battre aux côtés des galériens mais en réalité, tout ce qu’on a obtenu, on ne l’a toujours dû qu’à nous-mêmes. La  » gauche  » participe à maintenir l’illusion démocratique. Une illusion au service d’un État qui lui-même est au service d’une bourgeoisie et du capitalisme.

La bourgeoisie possède en effet un État, des lois, des normes comptables et fiscales faites sur mesure pour elle ainsi que de nombreux leviers dans la production culturelle, intellectuelle et de procédures civiques pour assurer à la fois la perpétuation de sa position sociale et une réécriture du réel favorable à son idéologie.

Elle possède les radios, les télés, presque tous les journaux, les instituts de sondages, la publicité dans le but d’imposer une idéologie favorable à ses intérêts.

Et ces millions de pages, mystiques, de droite radicale, conspirationnistes et fascistes, prétendant dénoncer des médias appartenant aux droites libérales patronales, entendent avant tout nous faire rester dans la même famille politique ; la droite, dans le même système économique, le capitalisme.

Ces droites radicales répondant à leurs cousines des droites libérales sont en réalité bien décidées à tout faire pour nous soyons incapables de comprendre le monde, comprendre ce système barbare qu’est le capitalisme et nous priver de notre capacité à nous émanciper collectivement.

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

[1] La formule  » Nouvel Ordre Mondial  » provient de la théorie conspirationniste de l’auteur d’extrême droite Eustace Mullins, théoricien antisémite, révisionniste et négationniste.

 

A lire en complément:

Fascisme et conspirationnisme

 

Le gâteau empoisonné du Front de Gauche

Armoiries gourmandes du début XXIe

 

Petit exercice malicieux autour d’une symbolique pâtissière

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Le profil de Marianne, la vierge de la République, regarde vers la droite et donc vers l’avenir.

Une trame, une Histoire.

La République doit souffrir et faire son salut dans le temps.

Le fond blanc est celui de la chrétienté, celui de la Doctrine Sociale de l’Eglise, c’est la République déifiée, c’est l’héritage bonapartiste. Un ordre vertical sanctifié.

A la source de la vie, la fleur délice s’anime d’un mystérieux mouvement fractal produisant des pétales, des nouvelles constitutions, à date fixe, l’ordre naturel immuable, l’éternel renouvellement de la vie, l’ordre républicain monarchiste se renouvelle un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout.

Ce cœur est orange comme le centre, c’est le cœur du Christ qui est l’intelligence du Bien Public, ordre vertical naturel dans lequel chacun doit trouver sa place.

Cette intelligence républicaine est énergique et énergétique, elle est le soleil, elle est la tête qui pense et qui éclaire, la transition énergétique du capitalisme.

Pour la patrie républicaine. Pour un vrai électro-chavisme!

La pyramide capitaliste a été étêtée. Nous sommes face à une pâtisserie post-révolutionnaire mettant à l’honneur le drapeau versaillais, qui est entièrement porté par le prolétariat.

La petite bourgeoisie vient de guillotiner la grande, Friot et le salaire impérialiste à vie ont gagné, les très très intelligents à 6000, les très intelligents à 4500, les intelligents à 3000 et les nuls à 1500, l’écostalinisme est servi, il est temps de passer à table, bon appétit, bien sûr.

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

Répression sociale: le patronat siffle, le PS exécute

Pôle emploi va mettre en place dès cet été un contrôle accru des chômeurs.

Toute une procédure est prévue pour détecter une « insuffisance de recherche d’emploi ». Les sanctions pourront aller jusqu’à la radiation, s’ajoutant ainsi aux centaines de milliers de radiations abusives annuelles.
Le gouvernement montre du doigt les chômeurs qui seraient, selon lui, responsables de leur situation, laissant entendre qu’ils ne font pas les efforts suffisants pour trouver un emploi…

Faudrait qu’ils atterrissent!

Il y a au mois de mars 3,51 millions de chômeurs en catégorie A, c’est-à-dire sans aucune activité, à quoi il faut ajouter les demandeurs d’emploi qui exercent une petite activité en plus des sans activité qui est au total de 5,59 millions!

Du boulot, s’il en y avait pour tout le monde, ça se saurait!

Pire, le gouvernement laisse entendre que les chômeurs seraient des fraudeurs qui profiteraient indûment des indemnités-chômage alors que plus d’un sur deux ne reçoit aucune indemnisation et que l’immense majorité galère, c’est crapuleux!!!
S’il fallait un contrôle, ce n’est pas sur les galériens qu’il faudrait l’exercer mais sur ces fabricants de chômage que sont les patrons et autres rentiers qui bénéficient, en plus de tout ce qu’ils nous pillent, des milliards distribués sans contrôle par cet énième gouvernement de larbins!

Mais ce serait trop en demander à l’État et à cette démocratie-là qui n’existent et qui ne peuvent exister que pour le compte des capitalistes!

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

A lire en complément

C’est quoi la classe moyenne?

 

L’impasse du citoyennisme

L’impasse citoyenniste

 

Les thèses rassemblées ici n’ont pas la prétention de dire le dernier mot sur le sujet dont elles traitent. Elles sont plutôt un ensemble de pistes dont certaines pourront être suivies, approfondies, et d’autres peut-être simplement abandonnées. Si nous parvenons à donner quelques points de repères (historiques, entre autres) à une critique qui se cherche encore, nous aurons pleinement atteint notre but. Nous pensons également que ni ce texte ni aucun autre ne pourra, par la seule force de la théorie, abattre le citoyennisme. La véritable critique du citoyennisme ne se fera pas sur le papier, mais sera l’oeuvre d’un mouvement social qui devra forcément contenir cette critique, ce qui ne sera pas, loin s’en faut, son seul mérite. A travers le citoyennisme, et parce que le citoyennisme y est contenu, c’est l’ordre social présent tout entier qui sera remis en cause. Le moment nous semble bien choisi pour commencer cette critique. Si le citoyennisme a pu, à ses débuts, entretenir un certaine confusion autour de ce qu’il était réellement, il est aujourd’hui contraint par son succès même à s’avancer de plus en plus à découvert. A plus ou moins court terme, il devra montrer son vrai visage. Ce texte vise à anticiper sur ce démasquage, pour qu’au moins certains ne soient pas alors pris de court, et sachent peut-être réagir de manière appropriée.

I. Définition préalable.

Nous ne donnerons ici qu’une définition préalable du citoyennisme, c’est à dire ne portant que sur ce qu’il est le plus évidemment. L’objet de ce texte sera de commencer à le définir de façon plus précise.
Par citoyennisme, nous entendons d’abord une idéologie dont les traits principaux sont

1°) la croyance en la démocratie comme pouvant s’opposer au capitalisme

2°) le projet d’un renforcement de l’Etat (des Etats) pour mettre en place cette politique

3°) les citoyens comme base active de cette politique.

 Le but avoué du citoyennisme est d’humaniser le capitalisme, de le rendre plus juste, de lui donner, en quelque sorte, un supplément d’âme. 

La lutte des classes est ici remplacée par la participation politique des citoyens, qui doivent non seulement élire des représentants, mais agir constamment pour faire pression sur eux afin qu’ils appliquent ce pour quoi ils sont élus.

Les citoyens ne doivent naturellement en aucun cas se substituer aux pouvoirs publics. Ils peuvent de temps en temps pratiquer ce qu’Ignacio Ramonet a appelé la “désobéissance civique” (et non plus “civile”, qui rappelle trop fâcheusement la “guerre civile”), pour contraindre les pouvoirs publics à changer de politique.
Le statut juridique de “citoyen”, compris simplement comme ressortissant d’un Etat, prend ici un contenu positif, voire même offensif. Pris comme adjectif, “citoyen” décrit en général tout ce qui est bon et généreux, soucieux et conscient de ses responsabilités, et plus généralement, comme on disait autrefois, “social”. C’est à ce titre qu’on peut parler “d’entreprise citoyenne”, de “ débat citoyen”, de “cinéma citoyen”, etc.
Cette idéologie se manifeste à travers une nébuleuse d’associations, de syndicats, d’organes de presse et de partis politiques. Pour la France on a des associations comme ATTAC, les amis du Monde Diplomatique, AC!, Droit au Logement, l’APOC (objecteurs de conscience), la Ligue des Droits de l’Homme, le réseau Sortir du nucléaire, etc. Il est à noter que la plupart du temps les personnes qui militent au sein de ce mouvement font partie de plusieurs associations à la fois. Côté syndicats on a la CGT, SUD, la Confédération Paysanne, l’UNEF, etc. Les partis politiques sont représentés par les partis trotskistes, et les Verts. Les partis politiques ont toutefois un statut à part dans le citoyennisme, mais nous y reviendrons. A l’extrême gauche du citoyennisme, on peut inclure la Fédération Anarchiste, la CNT et certains anarchistes antifascistes, qui se mettent le plus souvent à la remorque des mouvements citoyennistes pour y rajouter leur grain de sel libertaire, mais se trouvent de fait sur le même terrain.
A l’échelle mondiale on a des mouvements comme Greenpeace, etc., et tout ce qui s’est retrouvé à Seattle en fait de syndicats, associations, lobbies, tiers-mondistes, etc.

La liste complète serait fastidieuse à donner. L’important est que tous ces groupements se retrouvent idéologiquement sur le même terrain, avec des variantes locales.

Le citoyennisme est désormais un mouvement mondial, qui repose sur une idéologie commune. De Seattle à Belgrade, de l’Equateur au Chiapas, on assiste à sa montée en force, et il s’agit donc maintenant, pour lui comme pour nous, de savoir au juste quel chemin il prendra, et jusqu’où il pourra aller.

II. Prémisses et fondements.

Les racines du citoyennisme sont à chercher dans la dissolution du vieux mouvement ouvrier.

[…]
Les années 70, puis les années 80, avec la crise et la mise en place de la mondialisation sous sa forme moderne, marquent le déclin et la disparition de ce projet historique. Cette mondialisation se caractérise par l’automation croissante, donc par le chômage de masse, et les délocalisations dans les pays les plus pauvres, qui jettent hors de l’usine le vieux prolétariat industriel des pays les plus développés. On observe ici une tendance des entreprises à se “débarrasser” au moins formellement d’une bonne partie leur secteur productif pour le reléguer dans la sous-traitance, pour idéalement ne plus s’occuper que de marketing et de spéculation. C’est ce que les citoyennistes nomment la “financiarisation du capital”. Une entreprise comme Coca-Cola ne possède aujourd’hui directement quasiment plus aucune unité de production mais se contente de “gérer la marque”, de faire fructifier son capital boursier, et “réinvestir” en rachetant des concurrents plus petits auxquels elle fait également subir une délocalisation forcenée, etc. On a un double mouvement de concentration du capital et d’émiettement de la production. Une voiture peut se composer de pare-chocs fabriqués au Mexique, de composants électroniques taïwanais, le tout étant assemblé en Allemagne, tandis que les bénéfices transitent par Wall-Street.
Les Etats quant à eux accompagnent cette mondialisation en se défaisant du secteur public hérité de l’économie de guerre (dénationalisations), en “flexibilisant” et en réduisant autant qu’il est possible le coût du travail.

Cela donne en France la loi sur les 35 heures que réclamait a cor et à cri le très citoyenniste (dans ses manifestations officielles du moins) mouvement des chômeurs de 1998, et le PARE.

L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et le mouvement des étudiants et des cheminots en 1986 sont des repères qui nous permettent de situer les progrès de cette dissolution et le remplacement progressif du vieux mouvement ouvrier par le citoyennisme, dans le cadre de la mondialisation.
Le mouvement de 1968, en France comme dans le monde, a bien été le “dernier assaut contre la société de classes”. […]
Même si on l’entend encore dans des manifestations, le slogan “tout est à nous, rien n’est à eux” est l’exact contraire de la réalité, et l’a toujours été Bien entendu, il fait aujourd’hui allusion à une illusoire “répartition des richesses” (et de quelles “richesses” peut-on aujourd’hui parler ?), mais il provient en droite ligne du vieux mouvement ouvrier, qui entendait gérer par lui-même le monde capitaliste. On voit à travers ce slogan à la fois une résurgence, une continuité et un détournement des idéaux du vieux mouvement ouvrier (naturellement dans ce qu’il avait de moins révolutionnaire) par le citoyennisme. C’est ce qu’on appelle l’art d’accommoder les restes. Nous y reviendrons plus loin. La disparition de la conscience de classe et de son projet historique, rendus caducs par l’éclatement et la parcellarisation du travail, par la disparition progressive de la grande usine “communautaire”, et également par la précarisation du travail (tout ceci résultant non d’un complot visant à museler le prolétariat mais du processus d’accumulation du capital qui l’a mené jusqu’à la mondialisation actuelle), ont laissé le prolétariat aphone.
Privée de perspectives, la lutte des classes ne pouvait que s’enfermer dans des luttes défensives, parfois d’ailleurs très violentes comme en Angleterre. Mais cette énergie était surtout l’énergie du désespoir. On peut aussi noter que cette perte de perspectives positives s’est souvent manifestée, chez les individus qui avaient connu les années 60-70, par un désespoir personnel très réel, parfois poussé jusqu’à ses dernières conséquences, suicide ou terrorisme.
Le citoyennisme vient s’inscrire dans ce cadre. Le deuil de la révolution ayant été fait, plus aucune force ne se sentant en mesure d’entreprendre à nouveau de transformer radicalement le monde, il fallait bien, l’exploitation suivant son cours, que s’exprime une contestation.

Ce fut le citoyennisme.
Son acte officiel de naissance peut être situé en décembre 1995. Ce mouvement, sur la base très réelle de l’opposition à la privatisation du secteur public et donc de l’aggravation des conditions de travail et de la perte de sens de ce travail lui-même, ne pouvait dans la situation présente se manifester que comme défense du service public, et non comme remise en question de la logique capitaliste en général, telle qu’elle se manifeste dans le service public.

Cette défense du service public implique logiquement que l’on considère que le service public soit ou plutôt doive être en dehors de la logique capitaliste. C’est un mauvais procès que l’on a fait à ce mouvement lorsqu’on lui a reproché d’être un mouvement de privilégiés, ou simplement d’égoïstes corporatistes. Mais on peut constater que même les actions les plus radicales et les plus généreuses de ce mouvement en portaient la limite. Alimenter gratuitement en électricité des foyers est une chose, réfléchir sur la production et l’emploi de l’énergie en est une autre.

On peut voir à travers ces actions que l’Etat est ici conçu comme une communauté parasitée par le capital, lequel viendrait s’intercaler entre les citoyens-usagers et l’Etat. Le citoyennisme ne dit pas autre chose.

On peut constater que le citoyennisme ne récupère pas un mouvement qui serait plus radical. Ce mouvement est simplement absent, pour l’heure.

Le citoyennisme se développe comme l’idéologie nécessairement produite par une société ne concevant plus de perspectives de dépassement.
L’autre constatation que l’on peut faire, c’est que le mouvement de 1995, acte de naissance du citoyennisme, fut un échec, même dans ses objectifs limités. La privatisation du secteur public continue de plus belle, et il peut même se situer en avant-garde de l’idéologie du privé, comme entreprise participative, implication dans la gestion, etc. On y dégraisse également, et on y crée des emplois précaires, les “emplois-jeunes”. On y supprime des postes et surcharge de travail les postes restants. Le secteur public est également en première ligne pour l’application de la loi sur les trente-cinq heures, et donc la flexibilisation. Une fois de plus, s’il en était besoin, on peut voir que la logique de l ’Etat et celle du capital ne s’opposent en rien, et c’est là une des limites internes du citoyennisme.

III. Le rapport à l’Etat, le “réformisme” et le keynésianisme.

Le rapport du citoyennisme à l’Etat est à la fois un rapport d’opposition et de soutien, disons de soutien critique. Il peut s’y opposer, mais ne peut se passer de la légitimation qu’il lui offre.

Les mouvements citoyennistes doivent très rapidement se poser en interlocuteurs, et pour cela ils doivent parfois entreprendre des actions “radicales”, c’est à dire illégales ou spectaculaires. Il s’agit là à la fois de se poser en victime, de prendre l’Etat en défaut (c’est à dire opposer l’Etat idéal à l’Etat réel), et d’arriver plus vite à la table de négociations. L’arrivée des CRS est le signe qu’on a été entendu. Naturellement, tout ceci doit se passer sous l’oeil des caméras. La répression est l’acte de naissance des mouvements citoyennistes, elle n’est plus comme autrefois le moment de l’affrontement où l’on mesure le rapport de force, mais celui d’une légitimation symbolique.

D’où, par exemple, le malentendu entre René Riesel et les quelques autres de la Confédération Paysanne qui voulaient créer ce rapport de force, et José Bové (et manifestement la plus grande partie de la Confédération), qui par une action spectaculaire entendait poser son mouvement comme interlocuteur de l’Etat, ce en quoi il a d’ailleurs partiellement réussi.

L’Etat lui même entérine bien volontiers ces pratiques, et n’importe qui aujourd’hui peut faire une petite manifestation, par exemple bloquer le périphérique, et être ensuite reçu officiellement pour exposer ses griefs. Les citoyennistes s’indignent d’ailleurs de cet état de fait qu’ils ont contribué à créer, trouvant qu’on ne peut tout de même pas déranger l’Etat pour rien.

Les interlocuteurs privilégiés voient d’un mauvais oeil les parasites, les pique-assiettes de la démocratie.
Des pratiques citoyennistes sont également promues directement par l’Etat, comme le montrent les “conférences citoyennes” ou les “concertations citoyennes” par lesquelles l’Etat entend “donner la parole aux citoyens”. Il est intéressant de constater à quel point les citoyennistes se contentent facilement de n’importe quel ersatz de dialogue, et veulent bien admettre tout ce qu’on voudra, pourvu qu’on les ait écoutés, et que des experts aient “répondu à leurs inquiétudes”.

L’Etat joue ici le rôle de médiateur entre la “société civile” et les instances économiques, comme les citoyennistes seront ensuite médiateurs du programme de l’Etat (qui n’est que l’accompagnement de la dynamique du capital), révisé de façon critique, vers la “société civile”. On l’a vu avec la loi sur les 35 heures. Ils jouent ici le rôle qui était classiquement dévolu aux syndicats dans le monde du travail, pour tout ce qu’on appelle “les problèmes de société”.

L’ampleur de la mystification montre aussi l’ampleur du champ de la contestation possible, qui s’est étendu à tous les aspects de la société.

Dans leur rapport à l’Etat, les citoyennistes commencent aussi, en tout cas en France, à être malades de leur victoire. De plus en plus, le mouvement se scinde, et se recompose, entre ceux qui ont tendance à faire confiance au pouvoir (à la gauche) et ceux, plus radicaux, qui entendent continuer le combat. Mais le problème essentiel n’en reste pas moins posé. La gauche étant au pouvoir, pour qui d’autre pourront-ils voter ? Faut-il plus de Verts au gouvernement, ou faut-il au contraire que les Verts se retirent du pouvoir pour mieux jouer leur rôle d’opposants ? Mais à quoi peut servir un parti politique, si ce n’est à entrer dans l’arène démocratique ?
Le citoyennisme est constitutivement incapable de se concentrer en un parti, en tout cas dans les sociétés qui sont déjà démocratiques. Il faut une dictature ou une démocratie autoritaire pour que les aspirations de la petite et moyenne bourgeoisie entrent en résonance avec une contestation plus vaste, et puissent se concentrer en un parti démocratique d’opposition radicale. On l’a vu a Belgrade ou au Venezuela avec le national-populiste Chavez. Mais partout où la démocratie est déjà là, des partis correspondant tant bien que mal aux aspirations de cette petite et moyenne bourgeoisie existent déjà, et c’est justement ce système de partis dont une large part des citoyennistes se méfient. Dans les pays les plus avancés, le citoyennisme se concentre essentiellement autour d’un désir de démocratie plus directe, “participative”, une démocratie de “citoyens”. Ils ne se proposent naturellement aucun moyen d’y parvenir, et ce désir de démocratie directe finit comme toujours devant une urne, ou dans l’abstention impuissante.

Le citoyennisme est l’expression des préoccupations d’une certaine classe moyenne cultivée et d’une petite bourgeoisie qui a vu ses privilèges et son influence politique fondre comme neige au soleil, en même temps que disparaissait la vieille classe ouvrière.

(…)

Les classes moyennes en déshérence se reconstituent à travers le citoyennisme une identité de classe perdue.

Un salon “bio” peut ainsi se déclarer “vitrine des modes de vie et de pensée citoyenne”... 

Que ceux qui ne mangent pas “bio” se le disent : ils ne sont pas “citoyens”. Un jeune citoyenniste peut alors synthétiser de façon fulgurante ses doutes sur le prolétariat : “ Que veux-tu attendre d’eux ? Ils font leurs courses chez Auchan.

Les citoyennistes ne peuvent en tout cas, sur les bases qu’ils occupent actuellement, récupérer un éventuel mouvement social plus radical, duquel il sont viscéralement coupés.

Ils ne pourront à ce moment-là qu’offrir à l’Etat qu’ils défendent une caution morale à la répression. Les pseudo-solutions qu’ils avancent, face à une crise réelle, apparaîtront alors comme ce qu’elles sont, à savoir un moyen de maintenir l’ordre des choses existant.

On ne peut se contenter d’opposer abstraitement et à perte de vue l’Etat au capital, la “vraie” démocratie à la démocratie telle qu’elle est, “l’économie solidaire” au libéralisme, lorsque des masses de gens commencent à chercher des réponses à leur situation concrète.

 Un mouvement né d’une crise majeure, c’est à dire de la remise en question des conditions d’existence mêmes ne saurait se satisfaire durablement de telles amusettes. 

Ils pourront tout de même, puisqu’ils sont là, occuper un moment la révolte, qui pourra aussi se manifester par un nationalisme exacerbé, qu’ils auront auparavant contribué à entretenir et développer (on en voit actuellement les prémisses à travers l’anti-américanisme développé par Bové et bien d’autres).

Mais la critique du capital mondialisé n’a pas face à elle l’alternative d’un retour au capital national, défendu par l’Etat. Si cette alternative très hautement improbable est mise en jeu, on aura plutôt la guerre.
Nous voyons là que rien ne nous garantit que le prochain mouvement social soit révolutionnaire.

Il contribuera en tout cas à démasquer définitivement le citoyennisme, et laissera peut-être le champ libre à une remise en jeu du très vieux projet d’une transformation du monde, au delà de l’Etat et du capital.

(…)

Au lieu de percevoir la disparition du vieux mouvement ouvrier comme nouvelle condition d’un mouvement révolutionnaire à venir, et surtout comme chance de ce mouvement, ils l’ont perçue comme catastrophe. Et ce fut bien une catastrophe pour l’ancien mouvement ouvrier, son arrêt de mort. La plus grande partie de la génération post soixante-huitarde s’est ainsi engloutie dans le vide laissé par cette défaite.

(…)

Le capital n’est pas une force neutre qui, si on “l’orientait” convenablement, pourrait aussi bien faire le bonheur de l’humanité qu’il fait sa perte.

Il ne peut pas “dépolluer aussi bien qu’il pollue”, comme l’a prétendu un citoyenniste écologiste, puisque c’est son mouvement même qui l’amène inéluctablement à polluer et à détruire, c’est à dire que le mouvement d’accumulation et de production pour l’accumulation passe par-dessus toute idée de “besoin”, et donc également du besoin vital qu’est pour l’humanité la préservation de son environnement.

Le capital ne suit que ses propres fins, il ne peut être un projet humain. Il n’y a pas une “autre mondialisation”. Il n’a pas face à lui les besoins de l’humanité, mais la nécessité de l’accumulation.

S’il se met à recycler, par exemple, la branche ainsi créée fera tout pour avoir toujours de quoi recycler. Le recyclage, qui n’est qu’une autre façon de produire de la matière première, crée toujours plus de déchets “recyclables”. En outre, il pollue bien autant que n’importe quelle autre activité industrielle.
Nous devons ici, pour éviter toute confusion, nous porter en faux contre cette idée quelque peu paranoïaque que véhiculent certains “radicaux”, selon laquelle le capital polluerait pour créer un marché de la dépollution, ou en tout cas que chaque dégât provoqué par le capitalisme engendrerait des marchés pour la réparation de ces dégâts, suivant le schéma du “pompier incendiaire”

Il y a des dégâts, et ils sont nombreux, que personne ne veut réparer, simplement parce que leur réparation ne constitue pas un marché. 



Les citoyennistes apportent une réponse dérisoire en tentant de reconstituer le lien qui unissait autrefois la “classe ouvrière” par celui qui unirait les “citoyens”, c’est à dire l’Etat.

Cette recherche de la reconstitution du lien à travers l’Etat se manifeste dans le nationalisme latent des citoyennistes.

Le capital abstrait et sans visage est remplacé par des figures nationales, par la moustache de José Bové, ou la réhabilitation de l’hymne tsariste en Russie (il ne s’agit plus là de citoyennisme, bien sûr, mais de la manifestation d’un nationalisme bien plus général, et également sans issue). Mais l’Etat ne peut offrir que des symboles, des ersatz de lien, parce qu’il est lui même pour ainsi dire saturé de capital, et qu’il ne peut agiter ces symboles que dans le sens qui lui est dicté par la logique capitaliste à laquelle il appartient.

(…)

Le travail lui-même, qui est toujours la principale force d’intégration du capital, est de plus en plus perçu comme une contrainte extérieure et il n’est plus que marginalement ce qui décrit l’identité d’individus toujours plus nivelés dans la masse.

Et cela n’a rien d’étonnant, à l’heure de la disparition des métiers, remplacés par des fonctions ne réclamant aucune compétence particulière. 

Le “monde du travail” est aussi devenu celui de l’incompétence.

Cette dynamique de déqualification peut-être perçue par certains comme une décadence (et la dynamique de l’intégration par le capital crée bien ses propres “barbares” de l’intérieur), mais elle est également une démoralisation du travail, où celui-ci apparaît réellement à chacun comme vide de sens, pur arbitraire, contrainte extérieure, exploitation. La morale du travail, autrefois partagée également par la bourgeoisie et le prolétariat, est en train de se dissoudre dans le mouvement de l’intégration capitaliste.

(…)


Jamais dans l’histoire de l’humanité les individus n’ont été contraints à se penser de façon aussi globale, en tant qu’humanité, à l’échelle mondiale. Ceci est à la fois une souffrance et la condition même de la libération.

 

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Le militantisme, stade suprême de l’aliénation

« Ce que nous disons des militants est dur et sans appel. Nous ne sommes prêts effectivement à aucun compromis avec eux, ce ne sont pas des révolutionnaires qui se trompent ou des semi révolutionnaires, mais des gens qui restent en deçà de la révolution. Mais cela ne veut nullement dire que 1° nous nous mettons en dehors de cette critique, si nous tenons à être clairs et nets, c’est d’abord à l’égard de nous-mêmes, et que 2° nous condamnons le militant en tant qu’individu et faisons de cette condamnation une affaire morale. Il ne s’agit pas de retomber dans la séparation des bons et des méchants. Nous ne sous estimons pas la tentation du : « plus je gueule contre les militants, plus je prouve que je n’en suis pas et plus je me mets à l’abri de la critique ! » »

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Ce dessin se veut une satire matérialiste de la situation du mouvement ouvrier : le travailleur désigne le lieu de production (la branche d’industrie) comme base d’ancrage du combat, là où les travailleurs doivent se solidariser et s’organiser. Les militants socialistes, communistes et anarchistes regardent les étoiles. Ces dernières symbolisent les idées qui sont les leurs et le caractère essentiel que ces militants leur donnent au détriment de l’action concrète de terrain pour combattre le salariat.

 

Le révolutionnaire est au militant ce que le loup est à l’agneau.

À la suite du mouvement des occupations de mai 68 on a vu se développer à la gauche du Parti Communiste et de la CGT un ensemble de petites organisations qui se réclament du trotskisme, du maoïsme et de l’anarchisme. Malgré le faible pourcentage de travailleurs qui ont rejoint leurs rangs, elles prétendent disputer aux organisations traditionnelles le contrôle de la classe ouvrière dont elles se proclament l’avant-garde.

Le ridicule de leurs prétentions peut faire rire, mais en rire ne suffit pas. Il faut aller plus loin, comprendre pourquoi le monde moderne produit ces bureaucraties extrémistes, et déchirer le voile de leurs idéologies pour découvrir leur rôle historique véritable.

Les révolutionnaires doivent se démarquer le plus possible des organisations gauchistes et montrer que loin de menacer l’ordre du vieux monde l’action de ces groupes ne peut entraîner au mieux que son reconditionnement.

Commencer à les critiquer, c’est préparer le terrain au mouvement révolutionnaire qui devra les liquider sous peine d’être liquidé par eux.

La première tentation qui vient à l’esprit est de s’attaquer à leurs idéologies, d’en montrer l’archaïsme ou l’exotisme (de Lénine à Mao) et de mettre en lumière le mépris des masses qui se cache sous leur démagogie. Mais cela deviendrait vite fastidieux si l’on considère qu’il existe une multitude d’organisations et de tendances et qu’elles tiennent toutes à bien affirmer leur petite originalité idéologique. D’autre part cela revient à se placer sur leur terrain. Plus qu’à leurs idées il convient de s’en prendre à l’activité qu’ils déploient au « service de leurs idées » : le MILITANTISME.

Si nous nous en prenons globalement au militantisme ce n’est pas parce que nous nions les différences qui existent entre l’activité des diverses organisations. Mais nous pensons que malgré et même justement à cause de leur importante ces différences ne peuvent bien s’expliquer que si on prend le militantisme à la racine. Les diverses façons de militer ne sont que des réponses divergentes à une même contradiction fondamentale dont aucune ne détient la solution.

En prenant parti de fonder notre critique sur l’activité du militant nous ne sous-estimons pas l’importance du rôle des idées dans le militantisme. Simplement à partir du moment où ces idées sont mises en avant sans êtres reliées à l’activité il importe de savoir ce qu’elles cachent. Nous montrerons le hiatus qu’il y a entre les deux, nous relierons les idées à l’activité et dévoilerons l’impact de l’activité sur les idées : chercher derrière le mensonge la réalité du menteur pour comprendre la réalité du mensonge.

Si la critique et la condamnation du militantisme est une tâche indispensable pour la théorie révolutionnaire, elle ne peut être faite que du « point de vue » de la révolution. Les idéologues bourgeois peuvent traiter les militants de voyous dangereux, d’idéalistes manipulés, leur conseiller d’occuper leur temps à travailler ou à le passer au Club Méditerranée ; ils ne peuvent pas s’attaquer au militantisme en profondeur car cela revient à mettre en lumière la misère de toutes activités que permet la société moderne. Nous ne cachons pas notre parti pris, notre critique ne sera pas « objective et valable de tous les points de vue ».

Cette critique du militantisme est inséparable de la construction des organisations révolutionnaires, non seulement parce que les organisations de militants devront être combattues sans relâche, mais aussi parce que la lutte contre la tendance au militantisme devra être menée au sein même des organisations, révolutionnaires. Cela sans doute parce que ces organisations, tout au moins au départ, risquent d’être composées pour une part non négligeable d’anciens militants « repentis », mais aussi parce que le militantisme se base sur l’aliénation de chacun d’entre nous. L’aliénation ne s’élimine pas d’un coup de baguette magique et le militantisme est le piège particulier que le vieux monde tend aux révolutionnaires.

Ce que nous disons des militants est dur et sans appel. Nous ne sommes prêts effectivement à aucun compromis avec eux, ce ne sont pas des révolutionnaires qui se trompent ou des semi révolutionnaires, mais des gens qui restent en deçà de la révolution. Mais cela ne veut nullement dire que 1° nous nous mettons en dehors de cette critique, si nous tenons à être clairs et nets, c’est d’abord à l’égard de nous-mêmes, et que 2° nous condamnons le militant en tant qu’individu et faisons de cette condamnation une affaire morale. Il ne s’agit pas de retomber dans la séparation des bons et des méchants. Nous ne sous estimons pas la tentation du : « plus je gueule contre les militants, plus je prouve que je n’en suis pas et plus je me mets à l’abri de la critique ! »

LE MASOCHISME

Faisons l’effort de surmonter l’ennui que secrète naturellement les militants. Ne nous contentons pas de déchiffrer la phraséologie de leurs tracts et de leurs discours. Interrogeons-les sur les raisons qui les ont poussés, eux, personnellement, à militer. Il y n’a pas de question qui puisse embarrasser plus un militant. Au pire ils vont partir dans des baratins interminables sur l’horreur du capitalisme, la misère des enfants du tiers monde, les bombes à fragmentation, la hausse des prix, la répression… Au mieux ils vont expliquer que ayant pris conscience – ils tiennent beaucoup à cette fameuse « prise de conscience » – de la véritable nature du capitalisme ils ont décidé de lutter pour un monde meilleur, pour le socialisme (le vrai pas l’autre). Enthousiasmés par ces perspectives exaltantes ils n’ont pu résister au désir de se jeter sur la manivelle de la ronéo la plus proche. Essayons d’approfondir la question et portons nos regards non plus sur ce qu’ils disent mais sur ce qu’ils vivent.

Il y a une énorme contradiction entre ce qu’ils prétendent désirer et la misère et l’inefficacité de ce qu’ils font. L’effort auquel ils s’astreignent et la dose d’ennui qu’ils sont capables de supporter ne peuvent laisser aucun doute : ces gens là sont d’abord des masochistes. Non seulement au vu de leur activité on ne peut croire qu’ils puissent désirer sincèrement une vie meilleure, mais encore leur masochisme ne manifeste aucune originalité. Si certains pervers mettent en œuvre une imagination qui ignore la pauvreté des règles du vieux monde, ce n’est pas le cas des militants ! Ils acceptent au sein de leur organisation la hiérarchie et les petits chefs dont ils prétendent vouloir débarrasser la société, et l’énergie qu’ils dépensent se moule spontanément dans la forme du travail. Car le militant fait partie de cette sorte de gens à qui 8 ou 9 heures d’abrutissement quotidien ne suffisent pas.

Lorsque les militants tentent de se justifier ils n’arrivent qu’à étaler leur manque d’imagination. Ils ne peuvent concevoir autre chose, une autre forme d’activité que ce qui existe actuellement. Pour eux, la division entre le sérieux et l’amusant, les moyens et les buts n’est pas liée a une époque déterminée. Ces catégories sont éternelles et indépassables : on ne pourra être heureux plus tard que si on se sacrifie maintenant. Le sacrifice sans récompense de millions de militants ouvriers, des générations de l’époque stalinienne ne fait rien bouger dans leurs petites têtes. Ils ne voient pas que les moyens déterminent les fins et qu’en acceptant de se sacrifier aujourd’hui ils préparent les sacrifices de demain.

On ne peut qu’être frappé par les innombrables ressemblances qui rapprochent militantisme et activité religieuse. On retrouve les mêmes attitudes psychologiques : esprit de sacrifice, mais aussi intransigeance, volonté de convertir, esprit de soumission. Ces ressemblances s’étendent au domaine des rites et des cérémonies : prêches sur le chômage, processions pour le Vietnam, références aux textes sacrés du marxisme-léninisme, culte des emblèmes (drapeaux rouges). Les églises politiques n’ont-elles pas aussi leurs prophètes, leurs grands prêtres, leurs convertis, leurs hérésies, leurs schismes, leurs pratiquants-militants et leurs non-pratiquants-sympathisants ! Mais le militantisme révolutionnaire n’est qu’une parodie de la religion. La richesse, la démence, la démesure des projets religieux lui échappent ; il aspire au sérieux, il veut être raisonnable, il croit pouvoir gagner en échange un paradis ici-bas. Cela ne lui est même pas donné. Jésus Christ ressuscite et monte au ciel, Lénine pourrit sur la Place Rouge.

Si le militant peut être assimilé au croyant en ce qui concerne la candeur de ses illusions il convient de le considérer tout autrement en ce qui concerne son attitude réelle. Le sacrifice de la carmélite qui s’emprisonne pour prier pour le salut des âmes a des répercussions très limitées sur la réalité sociale. Il en va tout autrement pour le militant. Son sacrifice risque d’avoir des conséquences fâcheuses pour l’ensemble de la société.

LE DÉSIR DE LA PROMOTION

Le militant parle beaucoup des masses. Son action est centrée sur elles. Ils s’agit de les convaincre, de leur faire « prendre conscience ». Et pourtant le militant est séparé des masses et de leurs possibilités de révolte. Et cela parce qu’il est SEPARÉ DE SES PROPRES DESIRS.

Le militant ressent l’absurdité de l’existence que l’on nous impose. En « décidant » de militer, il tente d’apporter une solution à l’écart qui existe entre ses désirs et ce qu’il a réellement la possibilité de vivre. C’est une réaction contre sa prolétarisation contre la misère de sa vie. Mais il s’engage dans une voie sans issue.

Bien qu’insatisfait, le militant reste incapable de reconnaître et d’affronter ses désirs. IL EN A HONTE. Cela l’entraîne à remplacer la promotion de ses désirs par le désir de sa promotion. Mais les sentiments de culpabilité qu’il entretient sont tels qu’il ne peut envisager une promotion hiérarchique dans le cadre du système, ou plutôt il est prêt à lutter pour une bonne place si il gagne en même temps la garantie que ce n’est pas pour son propre compte. Son militantisme lui permet de s’élever, de se mettre sur un piédestal, sans que cette promotion apparaisse aux autres et à lui-même pour ce qu’elle est. (Après tout, le pape n’est lui aussi que le serviteur des serviteurs de Dieu !)

Se mettre au service de ses désirs ne revient nullement à se réfugier dans sa coquille et n’a rien à voir avec l’individualisme petit bourgeois. Tout au contraire cela ne peut passer que par la destruction de la carapace d’égoïsme dans laquelle nous enferme la société bourgeoise et le développement d’une véritable solidarité de classe. Le militant qui prétend se mettre au service du prolétariat (« Les ouvriers sont nos maîtres » Geismar) ne fait que se mettre au service de l’idée qu’il a des intérêts du prolétariat. Ainsi par un paradoxe qui n’est qu’apparent, en se mettant véritablement au service de soi-même on en revient à aider véritablement les autres et cela sur une base de classe, et en se mettent au service des autres on en vient à protéger une position hiérarchique personnelle.

Militer, ce n’est pas s’accrocher à la transformation de sa vie quotidienne, ce n’est pas se révolter directement contre ce qui opprime, c’est au contraire fuir ce terrain. Or ce terrain est le seul qui soit révolutionnaire pourvu que l’on sache que notre vie de tous les jours est colonisée par le capital et régie par les lois de la production marchande. En se politisant, le militant est à la recherche d’un rôle qui le mette au-dessus des masses. Que ce « au-dessus » prenne des allures « d’avant-gardisme » ou d’« éducationnisme » ne change rien à l’affaire. Il n’est déjà plus le prolétaire qui n’a rien d’autre à perdre que ses illusions ; il a un rôle à défendre. En période de révolution, quand tous les rôles craquent sous la poussée du désir de vivre sans entrave, le rôle de « révolutionnaire conscient » est celui qui survit le mieux.

En militant, il donne du poids à son existence, sa vie retrouve un sens. Mais ce sens, il ne le trouve pas en lui-même dans la réalité de sa subjectivité, mais dans la soumission à des nécessités extérieures. De même que dans le travail il est soumis à un but et à des règles qui lui échappent, il obéit en militant aux « nécessités de l’histoire ».

Évidemment, on ne peut pas mettre tous les militants sur le même plan. Tous ne sont pas atteints aussi gravement. On trouve parmi eux quelques naïfs qui, ne sachant comment utiliser leurs loisirs, poussés par la solitude et trompés par la phraséologie révolutionnaire se sont égarés ; ils saisiront le premier prétexte venu pour s’en aller. L’achat de la télévision, la rencontre de l’âme sœur, la nécessité de faire des heures supplémentaires pour payer la voiture déciment les rangs de l’armée des militants !

Les raisons qui poussent à militer ne datent pas d’aujourd’hui. En gros elles sont les mêmes pour les militants syndicalistes, catholiques et révolutionnaires. La réapparition d’un militantisme révolutionnaire de masse est liée à la crise actuelle des sociétés marchandes et au retour de la vieille taupe révolutionnaire. La possibilité d’une révolution sociale apparaît suffisamment sérieuse pour que les militants misent sur elle. Le tout est renforcé par l’écroulement des religions.

Le capitalisme n’a plus besoin des systèmes de compensation religieux. Parvenu à maturité, il n’a pas à offrir un supplément de bonheur dans l’au-delà mais tout le bonheur ici-bas, dans la consommation de ses marchandises matérielles, culturelles et spirituelles (l’angoisse métaphysique fait vendre !). Dépassés par l’histoire, les religions et leurs fidèles n’ont plus qu’à passer à l’action sociale ou au… maoïsme.

Le militantisme gauchiste touche essentiellement des catégories sociales en voie de prolétarisation accélérée (lycéens, étudiants, enseignants, personnels socio-éducatifs….) qui n’ont pas la possibilité de lutter concrètement pour des avantages à court terme et pour lesquels devenir véritablement révolutionnaire suppose une remise en question personnelle très profonde. L’ouvrier est beaucoup moins complice de son rôle social que l’étudiant ou l’éducateur. Militer est pour ces derniers une solution de compromis qui leur permet d’épauler leur rôle social vacillant. Ils retrouvent dans le militantisme une importance personnelle que la dégradation de leur position sociale leur refusait. Se dire révolutionnaire, s’occuper de la transformation de l’ensemble de la société, permet de faire l’économie de la transformation de sa propre condition et de ses illusions personnelles.

Dans la classe ouvrière le syndicalisme a le quasi-monopole du militantisme, il assure au militant des satisfactions immédiates et une position dont l’avantage peut se mesurer concrètement. L’ouvrier tenté par le militantisme se tournera très probablement vers le syndicalisme. Même les comités de lutte antisyndicaux ont tendance à devenir un syndicalisme nouvelle manière. L’activité politique n’est pour les militants ouvriers que le prolongement de l’action syndicale. Le militantisme tente peu les ouvriers et notamment les jeunes ouvriers parce que ce sont les prolétaires les plus lucides en ce qui concerne la misère de leur travail en particulier et de leur vie en général. Déjà peu tentés, dans leur ensemble, par le syndicalisme, ils le sont encore moins par un gauchisme aux avantages fumeux.

Ceci dit, quand dans la tourmente révolutionnaire le règne des marchandises et de la consommation s’écoulera, le syndicalisme dont le sérieux se basait sur la revendication sera prêt pour survivre à passer au militantisme révolutionnaire. Il reprendra les mots d’ordre les plus extrémistes et sera alors beaucoup plus dangereux que les groupes gauchistes. Déjà ne voit-on pas, à la suite de mai 68, la CFDT mêler le mot d’autogestion à son charabia néo-bureaucratique !

LE TRAVAIL POLITIQUE

Le temps « libre » que lui laissent ses obligations professionnelles ou scolaires, le militant va le consacrer à ce qu’il appelle lui-même le « travail politique ». Il faut tirer et distribuer des tracts, fabriquer et coller des affiches, faire des réunions, prendre des contacts, préparer des meetings… Mais ce n’est pas telle ou telle action considérée isolement qui suffit à caractériser le travail militant. Le simple fait de composer un tract dans le but de le tirer et de le distribuer ne peut être considéré en soi comme un acte militant. Si il est militant c’est parce qu’il s’insère dans une activité qui a une logique particulière.

C’est parce que l’activité du militant n’est pas le prolongement de ses désirs, c’est parce qu’elle obéit à une logique qui lui est extérieure, qu’elle se rapproche du travail. De même que le travailleur ne travaille pas pour lui, le militant ne milite pas pour lui. Le résultat de son action ne peut donc pas être mesuré au plaisir qu’il en retire. Il va donc l’être suivant le nombre d’heures dépensées, le nombre de tracts distribués. La répétition, la routine dominent l’activité du militant. La séparation entre exécution et décision renforce le côté fonctionnaire du militant.

Mais si le militantisme se rapproche du travail il ne peut pas lui être assimilé. Le travail est l’activité sur laquelle se fonde le monde dominant, il produit et reproduit le capital et les rapports de production capitalistes ; le militantisme lui n’est qu’une activité mineure. Si le résultat du travail et son efficacité, par définition, ne se mesurent pas à la satisfaction du travailleur ils ont l’avantage d’être mesurables économiquement. La production marchande, par le biais de la monnaie et du profit crée ses étalons et ses instruments de mesure. Elle a sa logique et sa rationalité qu’elle impose au producteur et au consommateur. Au contraire, l’efficacité du militantisme, « l’avancée de la révolution », n’ont pas encore trouvé leurs instruments de mesure. Leur contrôle échappe aux militants et à leurs dirigeants. Dans l’hypothèse, évidemment, où ces derniers se soucient encore de la révolution ! On en est donc réduit à comptabiliser le matériel produit et distribué, le recrutement, les actions menées ; ce qui évidemment ne mesure jamais ce que l’on prétend mesurer. Tout naturellement on en vient à considérer que ce qui est mesurable est une fin en soi. Imaginez le capitaliste qui ne trouvant pas de moyen d’évaluer la valeur de sa production déciderait de se rabattre sur la mesure des quantités d’huile consommées par des machines. Très vite, sous la pression de contre-maîtres consciencieux, les ouvriers videraient de l’huile dans le caniveau pour faire progresser… la production. Incapable de poursuivre le but proclamé, le militantisme ne fait que singer le travail.

S’appliquant consciencieusement à imiter le travail, les militants sont fort mal placés pour comprendre les perspectives ouvertes d’un côté par le mépris de plus en plus répandu à l’égard de toutes les contraintes et de l’autre par les progrès du savoir et de la technique. Les plus intelligents d’entre eux se rangent aux côtés des idéologues de la bourgeoisie moderniste, pour demander que l’on réduise les horaires ou que l’on humanise la répugnante activité. Que ce soit au nom du capital ou de la révolution, tous ces gens-là se montrent incapables de voir au-delà de la séparation entre temps de travail et temps de loisirs, entre activité consacrée à la production et activité consacrée à la consommation.

Si nous sommes obligés de travailler, la cause n’est pas naturelle, elle est sociale. Travail et société de classe vont de pair. Le maître veut voir l’esclave produire parce que seul ce qui est produit est appropriable. La joie, le plaisir que l’on trouve dans une activité quelconque, cela ne peut être capitalisé, accumulé, traduit en argent par le capitaliste, alors il s’en fout. Lorsque nous travaillons nous sommes entièrement soumis à une autorité, à une loi extérieure, notre seule raison d’être c’est ce que nous produisons. Toute usine est un racket, où l’on pompe notre sueur et notre vie pour les transformer en marchandises.

Le temps passé à travailler est un temps où nous devons non pas satisfaire directement nos désirs mais sacrifier en attendant cette réparation ultérieure qu’est le salaire. C’est exactement le contraire du jeu, où le déroulement et le rythme de ce qu’on fait a pour maître le plaisir que l’on y prend. Le prolétariat en s’émancipant abolira le travail. La production des denrées nécessaires à notre survie biologique ne sera plus alors que le prétexte à la libération de nos passions.

LA RÉUNIONITE

Une caractéristique significative du militantisme est le temps passée en réunions. Laissons de côté les débats consacrés à la grande stratégie : où en sont nos camarades de Bolivie, à quand la prochaine crise économique mondiale, la construction du parti révolutionnaire avance-t-elle… Contentons nous de nous pencher sur les réunions concernant le « travail quotidien ». C’est peut-être là que s’étale le mieux la misère du militantisme. À part quelques cas désespérés, les militants eux-mêmes se plaignent du nombre de ces « réunions qui n’avancent pas ». Même si les militants aiment se réchauffer entre eux ils ne peuvent pas ne pas souffrir de la contradiction évidente entre d’une part leur volonté d’agir et d’autre part le temps perdu en de vaines discussions, en des débats sans issue. Ils sont condamnés à rester dans une impasse car ils s’en prennent à la « réunionite » sans voir que c’est tout le militantisme qui est en cause. La seule façon d’éliminer la réunionite revient à fuir dans un activisme de moins en moins en prise sur la réalité.

QUE FAIRE ? COMMENT S’ORGANISER ? Voilà les questions qui sous-tendent et provoquent les réunions. Or ces questions ne peuvent jamais, être réglées, leur solution n’avance jamais, parce que lorsque les militants se les posent, ils se les posent comme séparées de leur vie. La réponse n’est pas au rendez-vous parce que la question n’est pas posée par celui qui possède la solution concrète. On peut se réunir pendant des heures, se triturer le cerveau, cela ne fera pas surgir le support pratique qui manque aux idées. Alors que ces questions sont des bagatelles pour le prolétariat révolutionnaire, parce que pour lui les problèmes de l’action et de l’organisation se posent concrètement, font partie de sa lutte, ils deviennent le PROBLÈME pour les militants. La réunionite est le complément nécessaire de l’activisme. En fait, le problème posé est toujours celui-là : comment fusionner avec le mouvement des masses tout en restant séparé de lui. La solution de ce dilemme est soit de fusionner réellement avec les masses en retrouvant la réalité de ses désirs et les possibilités de leur réalisation, soit de renforcer leur pouvoir en tant que militants, en se rangeant au côté du vieux monde contre le prolétariat. Les grèves sauvages montrent qu’il y a des risques !

Dans ses rapports avec les masses, le militantisme reproduit ses tares internes, notamment ses tendances à la réunionite. On rassemble des gens et on les compte. Pour certains du genre AJS, se montrer et se compter devient même le summum de l’action !

Ces questions de l’action et de l’organisation, séparées déjà du mouvement réel, se trouvent mécaniquement séparées entre elles. Les diverses orientations du gauchisme concrétisent cette séparation. On trouve d’un côté avec les maos et l’ex-GP [Gauche prolétarienne] le pôle de l’action, et de l’autre avec les trotskistes et la Ligue Communiste [ancêtre de la LCR] le pôle de l’organisation. On fétichise soit l’action, soit l’organisation pour sortir de l’impasse où en se séparant des masses le militantisme s’est plongé. Chacun protège sa crétinerie particulière en se gaussant de l’orientation des groupes concurrents.

LA BUREAUCRATIE

Les organisations de militants sont toutes hiérarchisées. Certaines organisations non seulement ne s’en cachent pas mais auraient même plutôt tendance à s’en vanter. D’autres se contentent d’en parler le moins possible. Enfin certains petits groupes essaient de le nier.

De même qu’elles reproduisent ou plutôt singent le travail les organisations militantes ont besoins de « patrons ». Ne pouvant bâtir leur union à partir de leurs problèmes concrets, les militants sont naturellement portés à considérer que l’unification des décisions ne peut découler que de l’existence d’une direction. Ils n’imaginent pas que la vérité commune puisse jaillir des volontés particulières de sortir de la merde, elle doit être balancée et imposée du haut. Ils se représentent donc nécessairement la révolution comme un choc entre deux appareils d’état hiérarchisés, l’un étant bourgeois, l’autre prolétarien.

Ils ne savent rien de la bureaucratie, de son autonomie et de la façon dont elle résout ses contradictions internes. Le militant de base croit naïvement que les conflits entre dirigeants se réduisent à des conflits d’idées et que là, où on lui dit qu’il y a unité il y a effectivement unité. Sa grande fierté est d’avoir su discerner l’organisation ou la tendance pourvu de LA bonne direction. En adhérant à telle ou telle chapelle il adopte un système d’idées comme on enfile un costume. N’en ayant vérifié aucune base il sera prêt à en défendre toutes les conséquences et à répondre à toutes les objections avec un dogmatisme incroyable. À une époque où les curés sont déchirés par les crises spirituelles, le militant conserve la foi.

Forcé de tenir compte du mépris de plus en plus répandu à l’égard de toute forme d’autorité le militantisme a produit des rejetons d’un type nouveau. Certaines organisations prétendent qu’elles n’en sont pas et surtout dissimulent leur direction. Les bureaucrates se cachent pour mieux pouvoir tirer les ficelles.

Certaines organisations traditionnelles essaient de mettre en place des formes d’organisation parallèles permanentes ou pas. Elles espèrent, au nom de « l’autonomie prolétarienne », récupérer ou tout au moins influencer des gens qui leur auraient autrement échappé.

On peut citer le Secours Rouge, I’OJTR et les Assemblées Ouvriers Paysans du PSU… De même, certains journaux indépendants ou satellites d’organisations prétendent n’exprimer que le point de vue des masses révolutionnaires ou de groupes autonomes de la base. Mentionnons les Cahiers de Mai, Le technique en Lutte, L’outil des travailleurs… Là où on refuse de poser clairement et les questions d’organisation et les questions de théorie sous le prétexte que l’heure de la construction du parti révolutionnaire n’est pas encore venue ou au nom d’un spontanéisme de pacotille (« nous ne sommes pas une organisation, mais un rassemblement de braves mecs, une communauté », etc.) , on peut être sûr qu’il y a de la bureaucratie et même souvent du maoïsme. L’avantage du trotskisme, c’est que son fétichisme de l’organisation le contraint à afficher la couleur ; il récupère en le disant. L’avantage du maoïsme (nous ne parlons pas de maoïsme pur et archéo-stalinien du genre Humanité Rouge) c’est qu’il crée les conditions de son propre débordement ; à force de jouer les équilibristes de la récupération il va se casser la gueule.

OBJECTIVITÉ ET SUBJECTIVITÉ

Les systèmes d’idées adoptés par les militants varient suivant les organisations, mais ils sont tous minés par la nécessité de masquer la nature de l’activité qu’ils cachent et la séparation des masses. Aussi retrouve-t-on toujours au cœur des idéologies militantes la séparation entre objectivité et subjectivité conçue de façon mécanique et ahistorique.

Le militant qui se dévoue au service du peuple, même si il ne nie pas que son activité a des motivations subjectives, refuse de leur accorder de l’importance. De toute façon ce qui est subjectif doit être éliminé au profit de ce qui est objectif. Le militant refusant d’être mu par ses désirs en est réduit à invoquer les nécessités historiques considérées comme extérieures au monde des désirs. Grâce au « socialisme scientifique », forme figée d’un marxisme dégénéré, il croit pouvoir découvrir le sens de l’histoire et s’y adapter. Il se grise avec des concepts dont la signification lui échappe : forces productives, rapports de production, loi de la valeur, dictature du prolétariat etc. Tout cela lui permet de se rassurer sur le sérieux de son agitation. Se mettant en dehors de « sa critique » du monde, il se condamne à ne rien comprendre à la marche de celui-ci.

La passion qu’il n’arrive pas à mettre dans sa vie quotidienne, il la reporte dans sa participation imaginaire au « spectacle révolutionnaire mondial ». La terre est ravalée au rang d’un théâtre de polichinelle où s’affrontent bons et méchants, impérialistes et anti-impérialistes. Il compense la médiocrité de son existence en s’identifiant aux stars de ce cirque planétaire. Le comble du ridicule a certainement été atteint avec le culte du « CHE ». Économiste délirant, piteux stratège, mais beau gosse, Guevara aura eu au moins la consolation de voir ses talents hollywoodiens récompensés. Un record dans la vente des posters !

Qu’est-ce que la subjectivité, sinon le résidu de l’objectivité, ce qu’une société fondée sur la reproduction marchande ne peut intégrer ? La subjectivité de l’artiste s’objective dans l’œuvre d’art. Pour le travailleur séparé des moyens de production et de l’organisation de sa propre production, la subjectivité reste à l’état de manies, de fantasmes… Ce qui s’objective le fait par la grâce du capital, et devient lui même capital. L’activité révolutionnaire comme le monde qu’elle préfigure dépasse la séparation entre objectivité et subjectivité. Elle objective la subjectivité et investit subjectivement le monde objectif. La révolution prolétarienne c’est l’irruption de la subjectivité !

Il ne s’agit pas de retomber dans le mythe d’une « vraie nature humaine », de l’« essence éternelle » de l’homme qui, réprimé par la Société, chercherait à revenir au grand jour. Mais si la forme et le but de nos désirs varient, ils ne se réduisent nullement au besoin de consommer tel ou tel produit. Déterminée historiquement par l’évolution et les nécessités de la production marchande, la subjectivité ne se plie nullement aux besoins de la consommation et de la production. Pour récupérer les désirs des consommateurs la marchandise doit s’adapter sans cesse. Mais elle reste incapable de satisfaire la volonté de vivre en réalisant totalement et directement nos désirs. À l’avant-garde de la provocation marchande, les vitrines subissent de plus en plus souvent la critique du pavé !

Ceux qui refusent de tenir compte de la réalité de LEURS désirs au nom de la « Pensée matérialiste » risquent de ne pas voir le poids de NOS désirs leur retomber sur la gueule.

Les militants et leurs idéologues, même diplômés de l’université, sont de moins en moins aptes à comprendre leur époque et à coller à l’histoire. Incapables de sécréter une pensée un tant soit peu moderne, ils en sont réduits à aller fouiller dans les poubelles de l’histoire pour y récupérer des idéologies qui ont fait, déjà depuis un certains temps, la preuve de leur échec : anarchisme, léninisme, trotskisme… Pour rendre le tout plus digeste ils l’assaisonnent d’un peu de maoïsme ou de castrisme mal compris. Ils se réclament du mouvement ouvrier mais confondent son histoire avec la construction d’un capitalisme d’état en Russie ou l’épopée bureaucratique-paysanne de « la longue marche » en Chine. Ils se prétendent marxistes, mais ne comprennent pas que le projet marxiste d’abolition du salariat, de la production marchande et de l’État, est indissociable de la prise du pouvoir par le prolétariat.

Les penseurs « marxistes » sont de plus en plus incapables de reprendre l’analyse des contradictions fondamentales du capitalisme qu’avait inaugurée Marx. Ils vont s’engluer sur le terrain de l’économie politique bourgeoise, tout en rabâchant des bêtises sur la loi de la valeur travail, la baisse tendancielle du taux de profit, la réalisation de la plus-value. Malgré leurs prétentions, ils ne comprennent rien à la marche du capitalisme moderne. Se croyant obligés d’utiliser un vocabulaire marxiste, dont ils ne connaissent pas le mode d’emploi, ils se coupent des quelques possibilités d’analyse qui restent à l’économie politique. Leurs « recherches » ne valent pas celles du premier disciple de Keynes venu.

MILITANTS ET CONSEILS OUVRIERS

Les organisation militantes s’autonomisent au-dessus des masses qu’elles ont la prétention de représenter. Elles sont naturellement amenées à considérer que ce n’est pas la classe ouvrière qui fait la révolution mais « les organisations de la classe ouvrière ». Il convient donc de renforcer ces dernières. Le prolétariat devient à la limite une matière brute, du fumier sur lequel va pouvoir s’épanouir cette rose rouge qu’est le Parti Révolutionnaire. Les nécessités de la récupération exigent qu’on ne parle pas trop de ça à l’extérieur ; c’est là que commence la démagogie.

L’autonomie des buts des organisations militantes doit être dissimulée. L’idéologie sert à ça. L’on proclame bien haut que l’on est au service du peuple, que l’on n’agit pas pour son bien propre et que si jamais pendant un court moment on est obligé de prendre le pouvoir on n’en abusera pas. Une fois que la classe ouvrière aura été bien éduquée on se dépêchera de lui rendre.

L’histoire des conseils ouvriers montre que systématiquement les organisations dites ouvrières ont cherché à jouer leur propre jeu et tirer les marrons du feu ; cela pour les meilleurs motifs évidemment. Pour assurer leur pouvoir, elles ont cherché à limiter, à récupérer et à détruire les formes d’organisation que le prolétariat s’était données : soviets territoriaux, comités d’usine.

Les soviets russes ont été magouillés, puis liquidés par le parti et l’État bolchevique. En 1905 Lénine ne leur accorde pas d’importance. En 1917, au contraire, on proclame : « tout le pouvoir au soviets ». En 1921 les soviets qui ont servi de marchepied pour prendre le pouvoir deviennent gênants ; les ouvriers et les marins de Cronstadt qui réclament des soviets libres sont écrasés par l’armée rouge.

En Allemagne, le gouvernement social-démocrate des « commissaires du peuple » se charge de liquider les conseils ouvriers au nom de la révolution.

En Espagne, de nouveau les communistes s’occupent de faire disparaître les formes de pouvoir populaire. Cela devait permettre de mieux développer la lutte contre le fascisme !

Ce n’est pas la peine d’accumuler les exemples. Toutes les expériences historiques ont confirmé l’antagonisme qui oppose prolétariat révolutionnaire et organisation militante. L’idéologie la plus extrémiste peut cacher la position la plus contre-révolutionnaire. Si certaines organisations ont pu cependant se battre à coté du prolétariat jusqu’à la défaite commune comme la Ligue Spartacus et la CNT-FAI anarcho-syndicaliste, rien ne prouve que ces organisations n’aurait pas commencé à lutter pour leur propre pouvoir une fois l’adversaire vaincu.

La chine n’est ni plus ni moins qu’un vulgaire capitalisme d’État. La production marchande et l’esclavage salarié n’ont pas été abolis par la prise de pouvoir « communiste ».Au contraire, en rompant avec le pillage de la Chine par les impérialistes, cette prise du pouvoir pouvait seule permettre d’accumuler le capital et d’industrialiser sur place. Le culte de la personnalité et les pressions idéologiques pour faire participer le peuple à la « lutte sur le front de la production » n’ont pas éliminé des méthodes plus classiques. Témoin cette publicité [reproduite en illustration sur une demie page de la brochure originale] pour des savonnettes.

Nos bureaucrates locaux qui s’extasient devant la « dialectique » de Mao et le renouveau de la théorie qu’apporterait le soi-disant anti-bureaucratisme de la révolution culturelle, seront déçus par la Chine rouge comme ils ont été déçus par la Russie stalinienne.

Les militants pour s’être cloîtrés en politique n’en restent pas moins des individus sociaux, soumis à l’influence de leur milieu. Lorsque ça chauffe, beaucoup peuvent passer dans le camp de la révolution. On a bien vu des délégués syndicaux prendre la tête de séquestrations ! Mais la désertion massive des militants sera d’autant plus probable que les conseils et les révolutionnaires conseillistes seront plus forts. Le mouvement peut être aidé dans ses succès par le renfort de nombreux militants, mais en cas d’erreurs ou de flottements le balancier jouera dans l’autre sens. Les organisations militantes seront renforcées par l’apport de prolétaires cherchant à se rassurer.

La liquidation des conseils ouvriers a été rendu possible par leur faiblesse, leur incapacité de faire appliquer en leur sein les règles de la démocratie directe et à prendre effectivement tout le pouvoir en écrasant tous les pouvoirs qui leur étaient extérieurs. Les organisations militantes ne sont en fait que la propre faiblesse extériorisée du prolétariat qui se retourne contre lui.

Les travailleurs feront de nouveau des erreurs. Ils ne trouveront pas immédiatement la forme adéquate de leur pouvoir. Moins les masses auront d’illusions sur le militantisme, plus le pouvoir des conseils aura de chance de se développer. Discréditer et ridiculiser les militants, voilà la tâche qui revient dès maintenant aux révolutionnaires. Cette tâche sera parachevée par la critique en acte que constituera la naissance d’organisations conseillistes. Ces organisations sauront très bien se passer d’une direction et d’un appareil bureaucratique. Produit de la solidarité de travailleurs combatifs, elles seront de libres associations d’individus autonomes. Rien ne leur sera plus étranger que l’endoctrinement idéologique ou l’embrigadement organisationnel. Elles montreront par leurs idées, mais surtout par leur comportement dans les luttes, qu’elles ne risquent jamais de poursuivre des intérêts distincts de ceux de l’ensemble du prolétariat.

Le développement du capitalisme moderne qui se traduit par l’occupation de tout l’espace social par les marchandises, par la généralisation du travail salarié, mais aussi par la dégradation des valeurs morales, le mépris du travail et des idéologies, augmentera la violence du choc. Les prolétaires iront beaucoup plus vite et beaucoup plus loin que par le passé. Si des organisations de militants ont pu jadis jouer un rôle révolutionnaire pendant un certains temps, cela ne sera plus possible. Ces organisations ne pourront être rapidement que de plus en plus contre-révolutionnaires lors des prochaines grandes batailles de la lutte des classes. Coincés entre le prolétariat et le vieux monde, elles ne pourront survivre qu’en servant de rempart à ce dernier.

Si les syndicalistes et autres militants essaient de prendre en main le ravitaillement puis l’organisation de la production et du maintien de l’ordre pour répondre aux « défaillances » du capital et de l’État et se mettent au « service des ménagères », il faudra les traiter pour ce qu’ils sont : une nouvelle classe dirigeante en formation. Les conseillistes devront se battre pour que les commissions et délégués affectés à des tâches particulières soient responsables UNIQUEMENT devant les assemblées générales de la base et révocables à tout moment. Les adhérents d’une organisation quelconque, élus au sein des conseils n’auront pas à être les représentants de leur organisation mais les délégués des ouvriers. Les conseils doivent être TOUT LE POUVOIR ET NON UN SIMULACRE DE POUVOIR affaibli de l’intérieur par la division et les tentatives d’accaparement des organisations. On ne nous refera pas le coup des soviets russes transformés en foire politicarde par les Partis ou des colonnes armées communistes, socialistes, anarchistes, trotskistes s’affrontant et se disputant armes et influence pendant la guerre d’Espagne. Les conseils devront prendre en main et unifier toutes les tâches que nécessitera la destruction de l’ordre bourgeois et traiter en ennemis tous ceux qui leur contesteraient ce droit !

Organisation des Jeunes Travailleurs Révolutionnaires – Première parution : 1972

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Parlez-moi de travail… Et je sors mon revolver

Je n’avais pas quinze ans quand le démon du tra­vail m’a taquiné. C’était comme ça, à cette époque, pour être un homme, un hé­ros, il était dans les conven­tions de se lancer dans le brouhaha des usines. Des bras, l’industrie en consom­mait beaucoup pour produire plus. Mon père était fier de voir l’aîné de ses rejetons en­trer en sidérurgie, dans le grand ordre du travail.
Aujourd’hui, des aciéries Minières de la Sambre où je suis entré en 1961, il ne reste plus rien. Tout a été rasé, les cheminées, les tuyaux et les grandes bouches rougeoyan­tes des aciéries et des hauts-fourneaux ont cédé la place à la folle avoine. Les péniches viennent encore à Marchienne-au-Pont et dorment tranquillement le long des berges de la Sambre, comme si les fantômes des grues venaient encore les charger.
Nous avons travaillé com­me des bêtes dans ces lami­noirs. Il faut avoir manipulé le fer incandescent et vu les hommes souffrir autour du métal pour imaginer un in­stant la vie d’un sidérurgiste. Les premiers jours, rompu de fatigue, j’ai fait comme tous les gamins qui se frottaient pour la première fois à cet enfer d’acier et de feu, j’ai pleuré d’épuisement, mêlant larmes et sueur.
Puis je me suis habitué, comme les autres, qui étaient là depuis des années et qui parfois savaient à peine écrire leur nom. Certains d’entre nous ont payé de leur chair la contribution au boom des gol­den sixties. Je n’oublierai jamais ce garçon de 17 ans qui eut les deux jambes sec­tionnées par un cylindre.
Bien d’autres ont laissé doigts et bras. Mon père y a perdu la vie, un dimanche matin, coupé en trois par la locomotive du four à coke. Pantin désarticulé que l’on avait rabiboché pour nous le présenter une dernière fois à l’hôpital des accidentés du travail (construit uniquement pour rafistoler et recoudre ceux que l’usine amochait; les assurances, pour grappiller quelques francs sur les mal­heureux, poussaient les chi­rurgiens à fabriquer de terri­bles marionnettes, plutôt que d’amputer !).
Un représentant de la di­rection était là pour nous ac­cueillir, il a cru bon de nous dire : « Ah ! C’était un tra­vailleur… ». Je crois que c’est ce jour-là que je me suis ren­du compte que nous étions roulés.
Oui, on nous a roulés et on continue à berner des généra­tions en leur inculquant la grande vertu du travail. D’autres emplois dans diver­ses industries ont ponctué vingt-trois ans de carrière. J’ai moi-même fondé une fa­mille et pour l’alimenter, j’ai soutenu des cadences infer­nales. Debout à 5 h, rentré à 18 h, et puis militer le soir pour… la réduction du temps de travail!
Voici trois ans que je suis au chômage, je fais partie de ces zombies que l’on oblige quotidiennement à estampil­ler du sceau de la fainéantise une carte rouge pour leur rappeler qu’ils vivent aux crochets de ceux qui ont le bonheur de travailler…
Mais quelle bénédiction d’être chômeur, pardon… tra­vailleur sans emploi, selon la formule consacrée. Dommage que le pécule est un peu mai­gre, mais nous sommes enfin libres. Nous n’avons plus de nœud au ventre parce que nous n’atteignons pas les quotas de production ou par­ce que nous arrivons en re­tard au boulot; le nec plus ultra, c’est de ne plus enten­dre la voix vociférante du chef entre le vacarme des ma­chines et l’angoisse d’être vi­ré ! Ça n’a pas de prix!
Mais j’ai tout de même une petite crainte d’être à nou­veau envoyé au turbin par tous ceux qui sentent le be­soin de verser une larme sur notre sort, nous les sevrés de la production. Faut-il préci­ser que très souvent ceux-là ne connaissent rien au bordel infernal du travail. J’entends déjà les voix offusquées s’étranglant à la lecture de mes propos: « Mais nous n’allons pas vous payer à ne rien faire, c’est indécent… ». Tiens donc, et les actionnai­res, leur demande-t-on si on va continuer à les rétribuer à ne rien faire ? Leur demande-t-on de pointer dans un local minable pour que l’on puisse les montrer du doigt comme les parasites de la société ?
Ils ont compris bien avant moi que le travail n’était pas une vertu, ni une manière de s’épa­nouir.
De sa fonction purement ali­mentaire, le travail est devenu une valeur culturelle, un symbole de reconnaissance, à un tel point que certains sont prêts à sacrifier une partie de l’aspect alimentai­re, simplement pour être dans le coup. Travailler pour être reconnu socialement.
Le vrai courage serait de lutter pour l’abolition du travail, libé­rer l’homme du concept du tra­vail pour retrouver l’énorme ca­pacité créatrice qu’il possède.
L’homme mérite mieux qu’un alignement stupide derrière ses semblables, dans un local mina­ble, une carte rouge à la main…
Source : Le Communiste N° 27 (Juillet 1988)

Palestine : Le Hamas réprime une manifestation de jeunes

Portés par le vent de révolte qui souffle sur le monde arabe, des jeunes Palestiniens de Gaza veulent secouer le joug du Hamas pour conquérir un espace de liberté et de parole qui leur est confisqué par les islamistes radicaux.

Plus de 400 jeunes se sont rassemblés mercredi soir dans le quartier de Chajaya, à l’Est de la ville de Gaza.

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Mais la mobilisation a tourné court : des policiers en civil, dépendant du Hamas, qui s’étaient mêlés à la foule, ont frappé plusieurs manifestants à coups de poing et ont ensuite arrêté sept personnes.

Plusieurs jeunes ont été malmenés puis arrêtés dans l’enclave palestinienne.

Ils s’étaient rassemblés pour réclamer davantage de droits et de libertés. Des revendications sociales mais aussi politiques : ils demandaient également la fin de la division entre le Hamas et le Fatah.

 

Le ministère de l’Intérieur du Hamas, le mouvement qui contrôle la bande de Gaza, a déclaré dans un communiqué que la foule était devenue violente, forçant la police à intervenir « pour protéger la vie des manifestants, après quoi le calme a été rétabli ».

Mais selon Fadi Cheikh Youssef, le coordinateur du Rassemblement des jeunes de Gaza, le Hamas a tenté de récupérer cette mobilisation à son avantage :

« Certaines personnes ont tenté de prendre le contrôle de notre rassemblement en scandant leurs propres slogans. Elles ont fini par monter sur la scène que nous avions installée et elles ont pris le contrôle des micros et des hauts-parleurs. Les jeunes du rassemblement ont tenté de les en empêcher mais sans succès… Les jeunes Gazaouis ont alors décidé de se retirer. »

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D’après Fadi Cheikh Youssef, le Rassemblement des jeunes de Gaza est composé « de jeunes indépendants qui ne sont affiliés à aucun parti politique et qui rejettent les programmes de ces partis. Ce mercredi, ils étaient d’ailleurs dans la rue pour faire pression sur ces partis. Ces jeunes ont leurs propres revendications : ils sont contre la division entre le Fatah et le Hamas. Ils exigent la levée du blocus contre Gaza. Ils réclament l’ouverture du point de passage de Rafah et que le président palestinien Mahmoud Abbas vienne pour une visite à Gaza. En descendant dans la rue, ils voulaient évoquer des questions qui les concernent mais sur lesquels le Fatah en Cisjordanie et le Hamas à Gaza sont opposés. »

 

Répondant à l’appel des manifestants de Gaza pour une journée de solidarité internationale, des manifestants israéliens se sont rassemblés mercredi soir à Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa, pour demander au gouvernement de mettre fin au blocus militaire de huit ans imposé au territoire contrôlé par le Hamas.

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Militants israéliens manifestant en face de la résidence du premier ministre pour demander la fin du blocus de Gaza, le 29 avril 2015