Crise de la CGT : les syndicats doivent se réapproprier leur Confédération

              COMMUNIQUÉ DES COMITÉS

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     SYNDICALISTES RÉVOLUTIONNAIRES

 

Depuis les premières révélations dans la presse en octobre sur la CGT, les Comités Syndicalistes Révolutionnaires ne s’étaient pas encore exprimés publiquement. Plusieurs militants syndicalistes ou politiques nous l’ont fait savoir, s’interrogeant même sur la nature de ce silence.

Nos militantes et militants ont décidé d’appliquer la méthode syndicaliste de base : par les Assemblées Générales, intervenir dans leurs propres syndicats, unions locales, unions départementales, etc. en premier lieu pour y faire ainsi appliquer la démocratie syndicale interne.

La bataille interne qui est menée a pour enjeu la réappropriation de la Confédération par ses syndicats. La priorité n’est donc pas à l’expression d’individus ou de tendances. L’action déterminante consiste à réunir les instances statutaires de chaque syndicat : assemblée générale, CE ou au minimum bureau. En pratique, le respect des statuts de la Confédération Générale du Travail, ainsi que ceux de ses syndicats, doit permettre à la confédération de se sortir de la crise.

C’est ainsi, et seulement ainsi, que les adhérents de la CGT, dont beaucoup d’entre nous sont membres, se réapproprieront leur propre Confédération. L’autonomie d’expression et d’organisation de chaque structure de la CGT est garantie par ses statuts. Cette indépendance, fondatrice de la CGT, désignée sous le terme de fédéralisme, reste l’un des piliers qui assure théoriquement le contrôle de la base sur ses représentants. Le respect de la démocratie syndicale est un autre des piliers qui a permis de faire perdurer la CGT pendant ces 120 ans, même si cela s’est fait avec des hauts et des bas. Et c’est justement cela qu’il faut redresser : l’expression d’un syndicat, l’action de ses militantes et militants doivent de nouveau se baser sur la règle du mandatement. Il est nécessaire que les syndiqués, à tous les niveaux, se réapproprient leur outil de classe en contrôlant leurs camarades mandatés pour les représenter à tous les échelons : entreprise, fédération, confédération, UL, UD, comité régional, etc. Rendant compte de leurs réunions, les mandatés éclaireront la base sur leurs mandats. Cette information suscitera des débats fraternels qui permettront de définir des positions collectives claires, en plus de préparer d’autres syndiqués à occuper les mandats.

Une telle organisation structurelle permet aussi au syndicalisme de renouer avec sa finalité : se substituer au capitalisme, et où les travailleurs, regroupés dans leur syndicat, organisés par branche et au niveau interprofessionnel, présent au niveau local comme au niveau national et international, gèrent la production et la distribution des richesses collectivement et démocratiquement.

Cohérents avec ce projet, défini par la Charte d’Amiens, adoptée lors du Congrès CGT de 1906, les Comités Syndicalistes Révolutionnaires ne peuvent concevoir un syndicalisme où les syndiqués eux-mêmes ne contrôlent pas et ne s’emparent pas pleinement de leur outil de lutte quotidienne et de libération.

Militantes et militants de la CGT, organisés dans les Comités Syndicalistes Révolutionnaires, nous appelons nos camarades à ne pas s’arrêter à la démission du secrétaire général. Des échéances sont devant nous pour imposer des règles de transparence, de moralité du mouvement ouvrier, de respect du fédéralisme et de la démocratie syndicale : sur la situation interne de la CGT, les syndicats et les unions locales doivent continuer à s’informer, à s’exprimer et à décider. C’est ainsi, par le mouvement de fond de ses propres adhérents, que la CGT regagnera la confiance qu’elle a perdu ces derniers mois, qu’elle enverra un signal fort à toutes celles et tous ceux qui subissent l’exploitation pour la rejoindre, la renforcer, l’implanter sur tous les lieux de travail et tous les quartiers, afin de préparer l’offensive pour construire une autre société.

Paris, le 22 janvier 2015.

Le communiqué est disponible ici

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Malentendu sur l’athéisme

On dira de plus en plus, à mesure que les hommes prendront conscience de leurs forces latentes, l’importance destructive et contre-révolutionnaire, dans tous les sens, de l’idée de Dieu. La théologie est le grand arsenal de guerre qui se dresse à l’autre bout du mouvement humain. Elle est un attentat permanent contre l’humanité. C’est la ruine et la négation de l’effort des foules ; elle leur arrache le réalisme des mains. Jamais les hommes ne seront tranquilles, jamais leur communauté ne sera solide, tant que l’au-delà, l’infini et l’éternité prendront une figure pour se jeter sur eux. Dieu est la contre-révolution en personne. La notion de Dieu ne saurait, comme on le prétend souvent à la légère, demeurer dans le pur domaine du rêve, ni rester un sentiment personnel ; elle secrète un dogme et fabrique un culte organisé partout où elle s’implante, comme le noyau fabrique la cellule. On ne peut pas atteindre la moindre religion si on n’atteint pas son noyau divin… Et ce qu’on doit dire des religions consacrées, on doit aussi le dire des religions soi-disant libérées et hérétiques, ces retours à l’Évangile, réformes superficielles, en habit civil, de la malfaisante superstition. Enfin, ceux qui croient en Dieu croient aussi, par conséquence et par analogie, à bien d’autres fétiches ou fantômes. Une fois admise cette intrusion de l’inexplicable, on peut admettre toutes les hypothèses qui déracinent l’homme de l’humain.

Henri Barbusse

 

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Léo Ferré   Ni Dieu Ni maître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La gauche Charlie aime marcher au pas?

Voilà ce que fut ce dimanche: l’enterrement de la génération 68, calme, silencieux, dans la dignité, la longue procession du quinqua mâle blanc exerçant une profession intellectuelle intermédiaire ou supérieure dans le tertiaire et l’encadrement en général.

Une génération intégrée à une structure de domination en tant que sous-classe dominante qui accède enfin au rang de classe dominante à part entière, c’est historique.

Pour la première fois, une petite bourgeoisie aux dehors faussement subversifs et à l’idéologie profonde parfaitement intégrée au marché par le biais de ses multiples entrées dans le tout Paris, accède à des hommages dignes d’un chef d’Etat.

Tous ces stylos brandis ne furent pas vraiment ceux de la « presse libre » ou du « pays de la liberté » ou encore ceux du droit des caricaturistes à exercer leur talent dans un journal que plus personne n’achetait ou presque, à part peut-être des mairies et quelques bibliothèques municipales.

Ce stylo n’était pas non plus celui de l’intelligence face à l’obscurantisme.

Non, pour prolonger de façon concrète, dans la rue, sans avoir peur du ridicule, ces grands messes compassionnelles et émotionnelles dignes d’une procession cadavérique de JMJ beurrés sous Lexomil, il fallait avant tout se situer dans la célébration narcissique de sa propre classe ou pire, de la classe à laquelle l’on croit appartenir.

Une classe qui a parfaitement intégré dans ses schémas de pensée les mécanismes de domination du capitalisme.

Une classe qui tendait bien haut son stylo et qui disait « pouce!, nous, on fait pas de mal« .

Il disait « Nous, ce sont juste des dessins ce stylo« , ça disait aussi: « Nous, on est des gentils. On est juste des salariés d’Orange, de l’Education nationale, des cadres de la SNCF, des designers dans la pub, la com, des responsables de réseau, des chefs de produit, des coachs, cadres dans les mairies, les rectorats, les préfectures, les conseils généraux et régionaux, on a voté Hollande, on est de gauche! »

Ce stylo, ce n’est pas seulement celui qui arrête les balles ou dissipe la brume des croyances.

Ce stylo, c’est surtout le symbole de la division du travail et d’une classe évoluant en lévitation au dessus du monde du travail.

Ce stylo, c’est la Lumière, mais c’est aussi le parasite.

C’est le larbin, le contremaître, le petit chef humaniste, le conciliateur.

Les pavés le connaissent mal, c’est un être qui se fait rare.
C’est la classe des libérateurs, en tout cas, c’est ce qu’ils croient. C’est la classe qui s’est questionnée longuement la veille de savoir ce qu’elle allait se mettre sur le dos.
C’est une classe qui a joué à se faire peur en disant que c’était extrêmement risqué et courageux d’y aller.

D’y aller pour regarder les cousins d’en face applaudir les flics.

Pour applaudir les pavés bien rangés, en ordre de marche, une, deux, une, deux, la gauche Charlie aime marcher au pas?

Celui qui applaudit les cars de CRS est un Charlie mûr pour le fascisme.

Celui qui pleure la génération Cavanna est inconsolable sur la fin de règne culturel des habiles imposteurs d’une époque, il pleure en réalité la fin de l’humour cynique et ricaneur « libertaire » saupoudré en sucre glace de la violence structurelle des politiques impérialistes là-bas et du capitalisme ici.

C’est surtout une génération qui ne pense qu’à une chose: maintenir et consolider les conditions qui vont lui permettre de partir en retraite, en étant prête à se jeter dans les bras de n’importe quel parti qui lui promettra le retour du prétendu petit paradis des 30 glorieuses ou le  » maintien de l’ordre « .

C’est une génération, une classe, qui a peur… avant tout pour elle.

Le Charlie du dimanche est un zombie, il est ce funambule qui libère des colombes de la paix en se bouchant le nez au dessus des immondices qu’il engendre.

Le Charlie du dimanche votera les pleins pouvoirs à Pétain et à ses chiens quand les méchants ouvriers fondamentalistes bloqueront le pays.

Pour la paix, pour l’ordre républicain, pour la fraternité entre les peuples et les bébés phoques de la forêt d’Amazonie.

Mais il en existe heureusement un-e autre Charlie.

Un-e Charlie qui a vu en quelques jours à peine, lui sauter au visage un mur du silence et de l’obéissance, une formidable chape de plomb fouettée sur les masses comme un ordre de marche, et ce mur-là, c’est celui de la Révolution.

 

Les Enragé-e-s

 

 

A lire en complément, cette excellente brochure.

 

Le drapeau européen? Un emblème religieux chrétien anti-laïque

En 1955, date de l’adoption du drapeau, le Conseil de l’Europe possède 14 pays membres.

31 ans plus tard, ce drapeau allait devenir celui des Communautés européennes puis celui de l’Union Européenne.


« 
(…) J’ai eu subitement l’idée d’y mettre les douze étoiles de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge. Et mon projet fut adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception. » (…)

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Médaille Miraculeuse de la rue du Bac

 

En 1950, c’était M. Paul M.G Lévy qui était le premier Directeur au Service de Presse du Conseil de l’Europe. C’est donc lui qui fut chargé de faire aboutir le projet de Drapeau. Cet homme très cultivé ne savait pas dessiner. Mais il connaissait M. Arsène Heitz, fonctionnaire au même conseil, qui lui possédait quelque talent artistique. Tous deux étaient de bons catholiques.

Il se garda bien de révéler la source de son inspiration, et les membres du conseil ne virent là que le ciel bleu sans nuage, et la symbolique rassembleuse du chiffre 12

Les douze étoiles ne correspondaient pas, à ce moment–là, au nombre des nations.

Le Parlement Européen était “conçu pour” 12 nations, mais le Drapeau de l’Europe est le drapeau du “Conseil de l’Europe[1], et ce Conseil n’a jamais comporté 12 nations [2] : il en a comporté successivement 6,9, puis 15,… et actuellement 47.

 

[1] Ce qui démontre que les 12 étoiles ont une origine religieuse et uniquement religieuse.

[2] Conseil de l’Europe, organisation internationale antérieure à l’Union européenne, à ne pas confondre avec le conseil européen de l’Union Européenne.

 

Source

Aimé Césaire, discours sur le colonialisme

Extrait:

Je trouve que (…) le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : christianisme = civilisation ; paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.

Cela réglé, j’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole ; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.

Mais alors je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’« établir contact », était-elle la meilleure ?

Je réponds non.

Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine.

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé – et qu’en France on accepte –, une fillette violée – et qu’en France on accepte –, un Malgache supplicié – et qu’en France on accepte –, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’un Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

J’ai beaucoup parlé d’Hitler. C’est qu’il le mérite : il permet de voir gros et de saisir que la société capitaliste, à son stade actuel, est incapable de fonder un droit des gens, comme elle s’avère impuissante à fonder une morale individuelle. Qu’on le veuille ou non : au bout du cul-de-sac Europe, je veux dire l’Europe d’Adenauer, de Schuman , Bidault et quelques autres, il y a Hitler. Au bout du capitalisme, désireux de se survivre, il y a Hitler. Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler.

 

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1955

 

CESAIRE
Aimé Césaire a été maire de Fort de France (1945 – 2001) et député de la Martinique (1945 – 1993)