Quand le PS déterre les RG, cela donne le SCRT

Le gouvernement PS recrée les Renseignements Généraux pour mieux suivre les conflits sociaux!

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Serait-ce parce que les conflits sociaux ont disparu des télés?

Le PS se comporte exactement comme l’attend la classe possédante, en menant une politique patronale féroce que la droite aurait eu bien plus de peine à faire accepter.

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Supprimés en 2008 et fusionnés avec la DCRI sous la droite, les célèbres « RG » chargés de renseigner le gouvernement sur l’état de l’opinion et les mouvements sociaux, viennent d’être discrètement recréés sous le nom de Service Central de Renseignement Territorial.

Ce dernier doit aussi lutter contre l’économie souterraine.

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Les « grandes oreilles » sont de retour.

 

Les grandes oreilles, c’était le nom donné aux Renseignements généraux, les fameux « RG », ce service de police créé en 1908 et chargé de renseigner le gouvernement sur l’état de l’opinion et « surveiller » hommes politiques, journalistes, responsables économiques et sociaux, même si au cours du temps, leurs champs d’action ont évolué. 

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Au détour du tout récent rapport de la Délégation parlementaire au renseignement, co-présidée par l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, on apprend qu’un Service central de renseignement territorial (SCRT) vient de voir le jour.

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Comme Jean-Pierre Raffarin, le SCRT ne s’emmêlera jamais les fils des micros.

 

Implanté dans chaque département, il est composé de 1.900 fonctionnaires de police (contre 3.900 pour les ex-RG) et de quelques dizaines de gendarmes.

Mais les effectifs devraient augmenter en 2015. A ceux-ci s’ajoutent 700 policiers de la préfecture de police de Paris également chargés du renseignement.

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Cette information s’ajoute au décret d’application du très contesté article 20 de la loi de programmation militaire (LPM). Ce texte prévoit un accès très vaste des services de l’État aux télécommunications (téléphone, SMS, Internet, etc.) des Français, et à toutes les informations qui transitent par les réseaux nationaux.

Pendant ce temps, la répression sauvage se déchaîne.

 

 

 

 

Procès d’un casseur : le marquis, la banque et le boulanger

T.R., boulanger de 21 ans, s’est fait choper pendant les émeutes du 1er novembre. Il est accusé d’avoir balancé un parpaing dans le dos d’un agent de la BAC (1 jour d’ITT) et d’avoir lancé des pierres sur la vitrine du Crédit Mutuel de la place Esquirol (« LA banque à qui parler »). Visiblement inexpérimenté, l’accusé a immédiatement avoué être l’auteur des faits qui lui étaient reprochés. Quelle aubaine ! Après un mois de débordements et de samedis perdus pour les commerçants, la justice tient enfin son coupable.

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La première question du juge porte tout naturellement sur la coiffure « de type rasta » (dixit les dépositions du policier) que l’accusé arborait le jour des faits. « Avez-vous changé votre coiffure depuis le 1er novembre ? ». Question purement rhétorique, puisque tout le monde voit bien qu’il a aujourd’hui les cheveux courts. L’effet est réussi, T. est d’entrée déstabilisé, sommé de s’expliquer sur son apparence alors qu’il croyait être accusé de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice de ses fonctions. Il balbutie qu’ « en prison, les dreadlocks ramènent toutes les saletés », mais arrive bon gré mal gré à rebondir en expliquant que « ce changement d’apparence est aussi le signe d’un changement dans [sa] personne ». Fier de lui, le juge continuera de s’amuser avec cette histoire de dreadlocks à travers d’autres questions faussement naïves du type « ah bon ? Mais quel est le problème avec cette coiffure ? »

D’autant que le président du procès n’est pas n’importe qui. Pur produit de l’aristocratie française, Henri de Larosière de Champfeu (marié à l’exquise Diane Marie Paloma de Roquemaurel de Lisle) n’est autre que le frère de Jacques du même nom, pas méconnu des milieux de la finance : directeur du FMI de 1978 à 1987, gouverneur de la banque de France de 1987 à 1993, président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (1993), président de la BNP… Bref, le frangin semblait tout désigné pour présider le procès d’un casseur de banque.

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Depuis la manifestation du 22 février à Nantes, la répression étatique a fait 12 mutilés à vie et un mort chez les manifestants, des centaines d’arrestations arbitraires, des dizaines de comparutions immédiates dans une parodie de justice, de la prison ferme pouvant aller, comme pour Enguerrand, jusqu’à un an d’enfermement, pour avoir jeté un simple fumigène contre une barrière en plastique.

 

Avant de commencer, Henri prend soin de récupérer le parpaing délictueux, qui avait été mis sous scellé, afin de le placer bien en évidence sur son bureau. Tout content de sa pitoyable petite mise en scène, il résume les faits brièvement, pressé d’en découdre avec le petit prolo rebelle qui se tient en face de lui et qui ne paie rien pour attendre. Jean-Michel Baqueux, le flic amoché, est présent pour assister à la petite sauterie, pressentant déjà que son cadeau de Noël sera cette année un peu en avance. Il a une telle tête de flic, que quand bien même il serait revêtu d’un simple pyjama, on aurait envie de lui présenter ses papiers d’identité.

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.Se rappelant soudainement que sa victime du jour n’est pas uniquement accusé de délit de faciès, Henri passe à la prochaine question : « Est-ce que la mort de Rémi Fraisse vous autorise à lancer des parpaings contre les policiers ? »

 

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Et l’accusé de servir la soupe que son avocat lui a demandé de servir, celle que l’on entend dans chaque procès, des répliques formatées pour les merdias, pour les juges, et pour tous ceux dont le cerveau est trop petit ou le portefeuille trop gros pour comprendre que notre insurrection est légitime ; « J’ étais influencé, j’étais pris dans un mouvement de foule, j’ai suivi mon instinct… »

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M. le Marquis, qui s’improvise philosophe pour l’occasion, l’interrompt : « C’est quoi la différence entre l’homme et l’animal ? » Regard dubitatif de l’accusé, qui ne sait plus s’il est encore utile d’intervenir tant le juge se fait les questions et les réponses. Ce dernier reprend : « Ne peut-on pas attendre de l’humain qu’il surmonte son instinct ? »
– Si…
– A quoi sert la police ?
– A protéger la société…

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A gauche, Damien Cour Franklin Roosvelt le 22/02/2014 vers 17h. A droite, à l’hôpital

 

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A gauche, Quentin rue Deurbroucq à Nantes le 22/02/2014 vers 18h30. A droite, à l’hopital le lendemain

 

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Emmanuel à l’hôpital de Nantes le 22 février 2014

 

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Flash-Ball Super pro (44mm) 4e catégorie – « armes à feu dites de défense » Longueur : 33 cm – Poids : 1,550 kg. Fabriqué par Verney-Carron (France), il arme les forces françaises depuis 2002. Il possède la puissance d’arrêt d’un 38 Spécial avec un bruit de détonation équivalent à un fusil à pompe cal.12. Il propulse des balles de caoutchouc (28g) de 44 mm (sphériques) jusqu’à 30 mètres. Sa portée opérationnelle est de 7 à 10 mètres. Energie de 200 joules à 2,5 mètres.

 

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LBD 40 (40 mm) ou Grenad Launcher 06. 1ère catégorie – « conçues pour ou destinées à la guerre terrestre, navale ou aérienne » Longueur : 59 cm – Poids : 2,050 kg. Fabriqué par Brugger & Thomet (Suisse), il arme les forces de l’ordre françaises depuis 2009. Equipé d’un canon simple 40×46 mm en métal, d’une crosse repliable et d’une poignée, il ne produit pas de bruit de détonation. Il propulse des balles mi-dur (26g) de 40 mm sur une distance de 25 à 50 mètres. Sa portée opérationnelle est de 10 à 30 mètres. Energie de 122 joules à 10 mètres et à 84 joules à 40m

 

Autres armes susceptibles de mutiler

Grenades de type classique

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A gauche : Grenades lacrymogènes de type classique. Ici, les GLI F4 (SAE 810) fabriquées par Lacroix-Alsetex.29 Au centre : Grenades lacrymogènes à effet sonore très intense (165 db). Egalement abriquées par Lacroix-Alsetex, elles produisent une forte détonation et sont souvent confondues avec les grenades de désencerclement. Contrairement à celles de type classique, elles n’envoient pas de résidus aux alentours, mais libèrent un nuage de gaz CS pulvérulent. « Lors de la manifestation de Toulouse (31) du 7 mars 2006 (avis 2006-22 évoqué supra, rapport 2007), M. M.R. a été touché à la tête par une grenade lacrymogène qui aurait dû éclater en vol. Le médecin qui l’a examiné a notamment constaté un traumatisme crânien sans perte de connaissance, et plusieurs plaies profondes au niveau du front et du sourcil ayant entraîné la pose de quarante points de suture. »30

 

– Si vous envoyez des parpaings sur les personnes dont le travail est de protéger la société, quel regard croyez-vous que cette société portera sur vous ?

– Un regard méchant ?

Le jeune ouvrier a beau courber l’échine le plus bas qu’il peut, ça ne suffit pas à calmer le magistrat à la double particule, bien décidé à humilier jusqu’au bout le sans-dent qui a eu l’affront de se révolter.

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« Vous envoyez un parpaing sur un policier de dos qui n’a ni casque ni carapace (sic). Où est le courage ? Chez vous, ou chez lui ? » Celles et ceux qui sont familièr-e-s du fameux courage policier, consistant à éborgner des manifestants désarmés à une centaine de mètres ou à asphyxier des vieux Arabes à l’ombre d’un commissariat, apprécieront la justesse de la question, si jamais ils ou elles ont la chance d’être encore en vie.

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Las, Henri refile son os déjà bien entamé à ses complices de la partie civile. C’est le moment où la grandiose avocate du Crédit Mutuel rentre en scène. Elle est ici comme chez elle, c’est presque si on lui demanderait pas de prendre la place d’une des assesseures. Alors que l’on s’attendait à une brève intervention rappelant le montant des dommages infligés sur les différentes agences de la banque (« la modique somme de 78 000 euros tout de même »), la voila qui se livre à un invraisemblable discours politique.

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Les manifestants sont accusés de « stigmatiser la police », une expression qui reviendra trois fois dans sa bouche pleine de novlangue débile. Elle pointe la préparation du manifestant « pour ne pas dire casseur » ; son équipement, « qui comportait un casque, un masque, des gants, et surtout de la littérature, trouvée sur des blogs spécialisés, qui explique comment se défendre contre la police. » Bref, des manifestants armés, organisés, qui oppriment une minorité, la police, vulnérable et désarmée. Il faut le dire vite.

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L’avocate se livre ensuite à une tentative d’analyse des mouvements « anarchistes », qui assimileraient dans la plus grande confusion « les banques, le Grand Capital (sic), à l’État et à sa police, qui seraient à l’origine de la mort de Rémi Fraisse. » Et c’est là qu’a lieu son incroyable conclusion, ce moment où tombent les masques, où la mascarade se laisse voir pour ce qu’elle est : « C’est ce discours qu’il faudrait tarir. »

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C’est ce discours qu’il faudrait tarir.

 

Qui d’autre que l’avocate d’une grande banque peut se permettre de venir donner des prescriptions d’ordre politique à une cour de justice ? Qui d’autre peut se croire légitime à décréter quel discours est acceptable, quel discours ne l’est pas ? Sans complexe, le Grand Capital demande à sa milice, la justice française, de faire taire les pensées déviantes, nuisibles à ses intérêts. Et il n’y a qu’à voir avec quel entrain cette dernière s’exécute pour comprendre que le discours que condamne l’avocate n’est dangereux que parce qu’il est vrai.

Pour tarir tous tout ça, donc, l’avocate propose logiquement de condamner l’échantillon de sous-prolétariat ici présent à rembourser l’intégralité des dommages infligés à l’agence d’Esquirol le 1er novembre 2014, c’est-à-dire 45 928 euros. Trois années et demie de SMIC, ça devrait lui remettre de l’ordre dans ses idées, lui qui confond banque et État !

Le procureur a presque honte de s’exprimer tellement il fait doublon. Il tient quand-même à citer Camus, question de pas paraître complètement inutile, à propos de cette histoire d’instinct évoquée plus haut ; « un homme, ça se retient. » Du coup, pour l’animal smicard qui se tient en face de lui, il demande le remboursement du Crédit Mutuel et un an de prison. Merci, à plus.

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Pour la forme, on laisse l’avocat de la défense terminer les hostilités avec sa plaidoirie. Désintérêt ostensible de la part du juge, qui se cure même furtivement le nez en regardant dans le vide. Il faut dire que l’avocat, Christian Etelin, est d’une extraordinaire médiocrité. Il réussit l’exploit de consacrer la majeure partie de son intervention à expliquer qu’il est stupide d’affirmer que la police a assassiné Rémi Fraisse, que ce sont là des allégations mensongères, qu’il s’agit bien entendu d’un accident, et qu’il faudrait être particulièrement sournois pour prétendre le contraire. D’ailleurs, c’est bien la faute à ces discours grossiers, portés entre autres par des « irresponsables politiques » (il cite, avec une ironie théâtrale : « une tâche indélébile sur l’action du gouvernement » – mais qu’est-ce que Cécile Duflot vient foutre là-dedans ?), que son client s’est laissé emporter, influencé comme il l’était par la propagande d’ultra gauche. Il concède tout de même que le barrage de Sivens n’a pas l’air d’un projet tout à fait réglo, que l’union européenne commence même à se poser des questions, que bon, hein, bon, quand-même ! S’attendant sans doute qu’à l’évocation de la biodiversité des zones humides tarnaises, le président allait soudainement s’écrier : « Acquitté ! »

A la place, ce dernier lui coupe la parole en pleine plaidoirie, chose que je n’avais jamais vue auparavant. Alors que l’avocat raconte comment son client se fait régulièrement tabasser en prison par ses codétenus, il demande, avec tout le mépris qu’il est possible de concentrer en un seul homme : « A-t-il porté plainte ? »
– Eh bien… Non, non, il n’a pas porté plainte. Il n’en a pas encore eu le temps.
– On va essayer de rester factuels, alors. Vous me parlez d’évènements qui n’ont pas fait l’objet de plaintes…
– Bien, bien.
Il est vrai que porter plainte contre des gens violents avec qui l’on est enfermé frappe tellement au coin du bon sens que c’est à se demander si notre boulanger du jour mérite ne serait-ce que ce semblant de procès.

Alors qu’une partie des débats avaient portés sur la nature et la taille des projectiles envoyés sur l’agence bancaire par l’accusé– pierres, cailloux, parpaings ? – l’avocat, vraisemblablement encore bourré de la veille, se débrouille encore pour préciser que son client est titulaire de deux CAP : tailleur de pierre et matériaux composites. Ce n’est que quand il estime avoir fait assez de dégâts qu’il retourne décuver sur son banc, conscient que le banquier-juge qu’il a en face de lui se contient pour ne pas lui balancer son parpaing dans la gueule.

Après un suspens insoutenable, la peine d’élimination sociale est prononcée. La cour a décidé de suivre les réquisitions du procureur – celles de la banque, en fait – 45 928 € de dommages et intérêts, un an de prison dont six mois fermes (question qu’il perde bien son boulot, dans quel cas trois ans et demie de SMIC pourraient pertinemment se transformer en sept ans et demie de RSA), sans oublier les 700€ pour les flics blessés (oui, parce que tous les flics blessés le 1er novembre l’ont étrangement reconnus après coup comme étant l’auteur de leurs blessures… Puisqu’on vous dit que c’était un professionnel !)

La mère crie sa rage, les frères pleurent, les flics les regardent en rigolant. « Il a joué, il a perdu », se gausse l’un d’entre eux devant le palais d’injustice.

A ce prix là, camarade, la prochaine fois, fais comme les flics : vise la tête.

Quant à nous qui sommes encore libres : ciblons le Crédit Mutuel dans chacune de nos manifs, harcelons-les à base de « tiens, tes dommages et intérêts ». A 46 000 euros la vitrine, ça vaut le coup (de marteau) !

Source iaata.info

Pour écrire au camarade incarcéré :

Maison d’Arrêt de Seysses
Rue Danielle Casanova
BP85 Seysses
31603 Muret Seysses
T.R.
N° d’écrou 27107

Maintenir les liens avec le (la) prisonnier(e) :
le courrier & la censure, les permis et le parloir, les radios.

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Données sur le Flash-ball et le LBD 40

Collectif des blessés par la police lors de la manifestation du 22 février 2014 à Nantes

 

Zied et Bouna en 2005
Moushin et Laramy en 2007
Ali Ziri en 2009
Wissam el Yamni et Amine Bentousi en 2012
Abdelhak Goradia, Mourad Touat, Hocine Bouras et Rémi Fraisse 2014
Entre 2000 et 2014, au moins 127 personnes sont mortes sous les coups de la police.

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Sur l’anarchie:

 

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Les anarchistes ne sont pas des extrémistes.

C’est l’ordre social qui est extrême par son exacerbation de la domination hiérarchique, par sa violence, par sa folie meurtrière, par sa destruction de la vie même.
La propriété enfante depuis son invention surtout des pauvres et des exclus et bien marginalement des riches; elle a été le moteur du capitalisme, du colonialisme, du racisme et de l’industrialisme à outrance qui a étendu sa merde à la grandeur de la planète, jusque dans l’air qu’on respire.
Mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si l’humanité pendant l’essentiel de son histoire a vécu sans elle et s’en portait beaucoup mieux.
L’État est au cœur même de toutes les abominations des cinq cents dernières années, des guerres aux massacres en passant par des génocides, mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si encore une fois l’expérience humaine nous démontre qu’on vivrait beaucoup mieux sans lui.
Il est d’une tristesse indicible que de vivre dans une société ou le désir de vivre plutôt que de survivre est perçu comme de la subversion. Une société où remettre en question l’obligation de devoir se vendre — au rabais, de surcroît — pour avoir le privilège de survivre est accueilli comme un scandale. Une société où le désir de n’être déterminé que par ses propres nécessités est considéré comme immoral et outrancier.

L’anarchie n’est pas radicale.

C’est le capitalisme qui est radical par son exploitation. C’est l’État qui est radical par son oppression. Ce sont les religions et les médias qui sont radicaux par leur bêtise. C’est la police et l’armée qui est radicale par sa violence.

Désirer la chute de ces institutions de mort ne constitue en rien de l’extrémisme; je dirais plutôt que ce n’est qu’un simple soubresaut de lucidité et un signe de santé mentale.

Anne Archet

 

 

Angoulème: la mairie UMP fait installer des grillages anti-SDF

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Un authentique tollé provoqué par la mairie UMP d’Angoulème après l’installation  de grillages sur les neuf bancs publics de la place du Champ-de-Mars.

Le  cabinet de Xavier Bonnefont  fait savoir que la mairie serait prête à concéder, probablement par charité chrétienne, un retrait provisoire destiné à ne pas gâcher les fêtes des bonnes âmes en peine: «Nous avions plutôt prévu de les installer après les fêtes et d’y mettre dans la foulée des galets pour respecter l’aspect esthétique et minéral de la place. Nous n’excluons pas de retirer provisoirement les grilles».

Une décision devrait être prise ce vendredi.

Rappelons que ces dispositifs zoologiques entrent dans le cadre d’un projet plus global qui est celui de l’expression d’une simple camaraderie idéologique  destinée à sortir de la précarité les pauvres commerçants du centre-ville, puisque le maire UMP a déjà, depuis sa fraîche élection, augmenté ses indemnités, le budget de la police municipale et a pour projet en 2015, d’installer au même endroit un système de caméras de vidéosurveillance.

Il restera toujours à Angoulème l’image d’un centre-ville dynamique, résolument conquérant, moderne, volontariste, celle d’un maire clientéliste dont le projet est d’éradiquer de sa vue la misère que son système de pensée produit.

Les Enragé-e-s

 

Mise à jour de 20h27

Deux adolescents, Jeanne et Saco, 14 ans, ont poussé la logique de la cage jusqu’au bout… en s’installant à l’intérieur, avec la complicité d’adultes munis de pinces coupantes, qui ont déboité une des fameuses cages.

 

« Au début, quand on a vu ça sur les réseaux sociaux, je n’y ai pas cru, raconte Saco. J’ai été indigné. J’ai trouvé que ça n’était pas humain. Avec Jeanne, on est venus voir, on a commencé à écrire au marqueur sur les cages. Et on nous a fourni des outils pour les ouvrir. On est montés dedans. Ca montre bien ce qui se passe. »

A leur pied, une pancarte: « Vivre à Angoulême ». Sur les montants des grillages, ils ont écrit: « Zoo moderne », « Scandale » ou « Esprit de Noël ». Autour d’eux, un attroupement. Saco reprend: « On a un peu l’impression d’être des singes ».

 

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Petite histoire et fonction du sport au sein du capitalisme

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Cet article sera illustré de photos issues de la page du

MFC 1871 – Club de football autogéré de Paris

 

Le sport représente depuis longtemps déjà un phénomène que nul ne peut ignorer du fait de son ampleur culturelle et de sa place dans la société. Phénomène de masse, il nous est imposé par le biais d’institutions tentaculaires et d’un matraquage médiatique permanent. Quelle signification peut-on en donner du point de vue de l’analyse historique et de la classe ouvrière?

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Dans le premier article de cette série, nous allons essayer d’apporter quelques réponses en nous penchant sur les origines et la fonction du sport dans la société capitaliste ascendante.

Le mot “sport” est un terme d’origine anglaise. Hérité des jeux populaires et des divertissements aristocratiques, il est né en Angleterre avec les débuts de la grande industrie capitaliste.

Un pur produit du système capitaliste

Le sport moderne se distingue nettement des jeux, divertissements ou exercices physiques du passé. S’il en hérite les pratiques, c’est pour s’orienter exclusivement vers la compétition: “Il a fallu que le développement des forces productives capitalistes soit suffisamment important pour que l’idée abstraite de rendement apparaisse de la masse des travaux concrets (…) de même il a fallu un long développement des pratiques physiques compétitives pour que se dégage peu à peu l’idée de compétition physique généralisée” (1).

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L’équitation de la noblesse aboutira de la sorte aux courses de chevaux. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une course que sera inventé en 1831 le chronographe. Dès 1750, le Jockey-club en Angleterre fera la promotion des nombreuses courses de chevaux qui ne cesseront de se développer par la suite. Il en ira de même avec la course à pieds et les autres sports. Le jeu populaire de la soule fera naitre les rencontres de football (1848 à Cambridge, le football association en 1863), le jeu de paume transformé donnera bien plus tard le premier tournoi de tennis en 1876, etc. En bref, les nouvelles disciplines seront toutes orientées vers la compétition: “Le sport se dégagera ainsi petit à petit de ce chaos confus et complexe de gestes naturels pour former un corpus cohérent et codifié de techniques hautement spécialisées et rationalisées, adaptées au mode de production capitaliste-industriel”(2). De la même manière que le travail salarié est lié à la production dans la société capitaliste, le sport va incarner “la matérialisation abstraite du rendement corporel” (3).

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Très rapidement, la recherche de la performance, celle des records, accompagnée des paris et des jeux d’argent, va alimenter une diversité d’activités sportives dont certaines connaitront un véritable engouement populaire permettant d’oublier momentanément l’usine. Ce sera le cas par exemple du cyclisme avec le Tour de France (sorte de “fête gratuite”) dès 1903, de la boxe, du football, etc. En lien avec le développement du système capitaliste, les transports et les communications, le sport va connaitre un essor en Europe comme dans le reste du monde. L’extension et l’institutionnalisation du sport, la naissance et la multiplication des fédérations nationales, vont concorder avec l’apogée du système capitaliste, dès les années 1860 mais surtout dans les dernières décennies du xixe siècle puis du début du xxe siècle. C’est à ce moment que le sport va réellement s’internationaliser.

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Le football, par exemple, sera introduit en Amérique du Sud par des ouvriers européens venu travailler sur les chantiers des lignes ferroviaires.

Le premier groupement international sportif est celui de l’Union Internationale des Courses de yachts en 1875. Puis d’autres vont prospérer: Club international de concours hippiques en 1878, Fédération internationale de gymnastique en 1881, Aviron et patinage dès 1892, etc. Le CIO (Comité international olympique) sera fondé en 1894, la FIFA (Fédération internationale de football association) en 1904. La plupart des organismes internationaux vont se constituer avant 1914.

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Contrairement à l’opinion officielle entretenue, le sport version capitaliste ne représente pas une simple “continuité” des jeux antiques. L’olympisme des Grecs anciens ne se basait absolument pas sur l’idée du record ou l’obsession de la performance et du chronomètre. Si la confrontation entre adversaires existait, elle entrait dans un cérémonial religieux et des mythes qui n’ont plus rien à voir avec l’univers matériel et mental des jeux contemporains. Même si l’aspect militaire, la guerre entre cités, la volonté de se “doper” et la dimension mercantile étaient déjà présents. Les jeux Olympiques, comme ceux de Paris en 1900 ou de Londres en 1908, sont déjà de véritables foires commerciales. Mais surtout, ces jeux s’inscrivent dans un contexte de montée des tensions guerrières et participent à alimenter le nationalisme ambiant. L’institution des jeux Olympiques créée en 1896, comme pseudo-tradition de la Grèce ancienne libérant les esclaves et devant correspondre à l’idéal démocratique affiché par Pierre de Coubertin et son célèbre adage, “l’essentiel est de participer”, n’est qu’une imposture! Ces jeux modernes réactivés pour propager l’hystérie chauvine, le militarisme, se situent dans le cadre de l’aliénation capitaliste où tout repose sur l’élitisme et les rapports de domination liés à la production de marchandises.

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Au début du xixe siècle, le sport est d’ailleurs une pratique exclusivement réservée à l’élite bourgeoise, notamment des jeunes éduqués en milieu scolaire. C’est l’occasion pour les bourgeois de se montrer, de se divertir et de rivaliser en permettant aux dames d’exhiber avec ostentation leurs nouvelles toilettes. C’est l’heure des grands rendez-vous aux hippodromes, des grands lieux du nautisme, des premiers sports d’hiver, comme à Chamonix, des clubs de golf qui se multiplient. Ces clubs qui se créent sont donc réservés à une bourgeoisie qui en interdit l’accès aux ouvriers (4).

Du fait même des conditions d’exploitation capitaliste, au début du xixe siècle, les ouvriers n’ont ni les moyens ni le temps de faire du sport. L’exploitation forcenée dans l’usine ou la mine et l’Etat misérable au quotidien ne permettent qu’à peine la reconstitution de la force de travail. Même les enfants de la classe ouvrière, frappés de rachitisme, doivent se sacrifier à l’usine dès l’âge de 6-7 ans. La journée de 10 heures ne sera instituée que tardivement, pas avant 1900 et la journée de repos ne sera obtenue qu’en 1906.

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Un enjeu de la lutte de classe pour les ouvriers

Dans un premier temps, le mouvement ouvrier marque une méfiance et une certaine distance vis-à-vis des pratiques sportives bourgeoises. Mais dans leur volonté de se constituer en classe autonome et de développer les luttes revendicatives et les réformes sociales, les ouvriers réussissent à arracher aux capitalistes des activités sportives qui leur étaient jusque-là interdites ou inaccessibles.

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Le sport des ouvriers va naître en réalité timidement, avant que ne se constituent officiellement les clubs et les fédérations sportives ouvrières issues et obtenues par de grandes luttes (5). A l’origine, tout attroupement à la sortie de l’usine, même en petit nombre, était illégal. Les jeux populaires risquant les désordres, comme le jeu de la soule, avaient été interdits par les autorités sur la voie publique (Highway act britannique de 1835). La moindre tentative de jeu apparaissait comme suspecte et “dangereuse” aux yeux des patrons. La police la considérait comme un “trouble à l’ordre public”. Confiné initialement dans un espace clôt et discret, le sport des ouvriers ne naîtra vraiment que dans la mouvance des trade-unions et ne se développera qu’après l’ère victorienne. Dans les quartiers ouvriers, un sport informel s’inscrivait alors dans toute une ambiance, une culture, une sociabilité fondée sur l’appartenance de classe. L’activité physique était ressentie comme un besoin alimentant les liens sociaux, celui de se retrouver ensemble.

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D’une certaine manière, l’activité sportive était associée par les ouvriers à l’esprit fraternel qui avait donné naissance par solidarité à l’assistance mutuelle. Dès les années 1890, sur ces bases, les clubs ouvriers se multiplient donc (football ou cyclisme) et se développeront plus tard dans les “banlieues rouges”. Il s’agit désormais pour des ouvriers qui se constituent en classe autonome, de trouver une opportunité pour lutter contre l’abrutissement au travail, s’unir pour s’éduquer et développer leur conscience par l’activité politique et la propagande. Ainsi, en France, dès sa création en 1907, l’Union sportive socialiste affirme la nécessité de “faire de la réclame (…) pour le parti, en organisant des fêtes sportives et en participant aux diverses épreuves athlétiques qui se disputent”. La Fédération sportive athlétique socialiste, souligne l’année suivante: “nous voulons créer à la portée de la classe ouvrière des centres de distraction qui se développeront à côté du Parti et qui seront (…) des centres de propagande et de recrutement” (6). Par les activités sportives, les militants de la classe ouvrière ont conscience de permettre en même temps une lutte préventive contre les méfaits de l’alcoolisme et les ravages de la délinquance. Dans sa plateforme, l’USPS (Union sportive du Parti socialiste) souligne par exemple qu’il faut “développer la force musculaire et purifier les poumons de la jeunesse prolétarienne, donner aux jeunes gens des distractions saines et agréables, ce qui serait un palliatif à l’alcoolisme et aux mauvaises fréquentations, ramener au parti de jeunes camarades (…) développer parmi les jeunes socialistes l’esprit d’association et d’organisation” (7).

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En Allemagne, ces mêmes préoccupations étaient partagées dans les années comprises entre 1890 et 1914 par le parti social-démocrate (SPD), très influent, qui s’est impliqué dans l’éducation des masses ouvrières, appuyant la constitution de clubs et de fédérations sportives en plus des structures syndicales et des bourses du travail. En 1893, “l’Union gymnique des ouvriers” pouvait ainsi voir le jour et faire contrepoids au nationalisme ambiant. Dans un souci d’unité et d’internationalisme, les ouvriers seront même être amenés à créer en Belgique, en 1913, une “Internationale Socialiste de culture physique”.

Le sport devient un véritable moyen de contrôle social

Bien entendu, face à ces initiatives ouvrières, la bourgeoisie ne restait pas les bras croisés et cherchait à attirer les ouvriers dans ses propres structures, notamment les plus jeunes. Le mouvement ouvrier était parfaitement conscient de cela, comme en témoigne en France un article de l’Humanité publié en 1908: “Les autres partis politiques, surtout ceux de la réaction, cherchaient par tous les moyens à attirer chez eux la jeunesse en créant des patronages ou l’athlétisme tenait une large place” (8).

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Pour le patronat à l’esprit paternaliste, récupérer l’activité physique ouvrière pour la détourner à son profit devenait rapidement un souci majeur, notamment dans la grande industrie. Le baron Pierre de Coubertin lui même était affolé par l’idée d’un “sport socialiste”. Dès lors, pour renforcer la soumission à l’ordre établi, le sport devenait un des outils majeurs à disposition. C’est ainsi que les patrons allaient créer des clubs dans lesquels les ouvriers étaient conviés de s’impliquer. Les clubs des mines en Angleterre, par exemple, permettaient de stimuler l’esprit de concurrence entre ouvriers, d’empêcher les discussions politiques et contribuaient à briser les grèves dans l’œuf. Avec ce même esprit, les patrons en France développaient des clubs, comme le cyclisme des Grands magasins sinueux de Lyon (1886), l’équipe de football du Bon marché (1887), le club Omnisport des usines automobiles Panhard-Levassor (1909), ce sera le cas aussi de Peugeot à Sochaux, du Stade Michelin à Clermont-Ferrand (1911), etc.: des clubs destinés à un contrôle social, à un flicage des ouvriers. On peut prendre pour exemple celui du directeur des Mines de Saint-Gobain “qui notait sur les livrets des sociétaires les présences, les attitudes pendant le travail gymnique et les opinions politiques”. Dans le même esprit, le fondateur du Racing-club de Paris, en 1897, Georges de Saint Clair, pensait qu’il était important d’occuper les jeunes sportifs plutôt que de les “laisser au cabaret pour s’occuper de politique et fomenter des grèves” (9).

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Beaucoup plus fondamentalement, dans un cadre codifié, le sport permettait au corps des ouvriers de devenir plus facilement un appendice de la machine et des technologies naissantes. Le corps du sportif comme du travailleur, était en quelque sorte mécanisé, fragmenté, comme pour les gestes à l’entrainement, à l’image même de la division du travail et des mouvements accomplis dans l’usine. La force de travail, comme celle du sportif compartimenté par discipline, était soumise en quelque sorte au rythme du temps industriel: “La concurrence suppose que les travaux se sont égalisés par la subordination de l’homme à la machine ou par la division extrême du travail; que les hommes s’effacent devant le travail; que le balancier du pendule est devenu la mesure exacte de l’activité relative de deux ouvriers comme il l’est de la célérité de la locomotive. Alors il ne faut pas dire qu’une heure d’un homme vaut une heure d’un autre homme mais plutôt qu’un homme d’une heure vaut un autre homme d’une heure. Le temps est tout, l’homme n’est plus rien. Il est tout au plus la carcasse du temps” (10). Le sport moderne participe pleinement à transformer l’homme en “carcasse”, en une machine a produire pour battre des records. Il permet au patron d’exercer sa pression sur l’ouvrier qui intériorise en même temps la discipline qui tend à le rendre plus docile et corvéable. Le mouvement ouvrier était capable de déceler et de dénoncer cette réalité capitaliste du sport. Il le fera, par exemple, à propos du football anglais (professionnel depuis 1885) infecté par des “entreprises-spectacles”. La situation des joueurs jugée indigne sera alors comparée à celle d’une “traite des blanches” (11).

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Le sport mobilise et prépare la guerre

Le sport, en tant que rouage de la société capitaliste fut également un des moyens privilégiés de la classe dominante pour développer le patriotisme, le nationalisme dans les rangs ouvriers et la discipline militaire. C’est ce que nous avons évoqué avec les premiers jeux Olympiques. Si en marge s’est développé un courant hygiéniste – sous l’impulsion, par exemple, du docteur Ph. Tissié (1852-1935) – soucieux de la santé de la population plus ou moins en lien avec la mode eugéniste, le sport a surtout servi à renforcer l’esprit de compétition et à préparer la guerre. En Allemagne, Ludwig Jahn allait fonder en 1811 le “Turplatz” (club de gymnastique) dans un esprit patriotique et militaire marqué. Il va réussir clandestinement à créer une véritable armée de réserve destinée à contourner la limitation des effectifs militaires imposée par l’Etat français. Dans les années 1860, l’institution scolaire va militariser la gymnastique et inculquer “l’ordre et la discipline” (zucht und ordnung).

En France, il en allait de même avec une culture militariste chauvine. L’Union des sociétés de gymnastique de France était créé en 1873. Et, ce n’est pas un hasard, se développait en même temps le tir comme discipline complémentaire (fondation en 1886 de l’Union des sociétés de tir en France). Le 26 juin 1871, Gambetta déclarait déjà ceci: “il faut mettre partout, à côté de l’instituteur, le gymnaste et le militaire” pour faire “œuvre de patriotes” (12).

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Après la défaite de Sedan et l’annexion de l’Alsace-Lorraine, la bourgeoisie française prépare ainsi sa “revanche”. La loi du 27 janvier 1880 fait entrer la gymnastique dans l’école primaire. Le célèbre Jules Ferry va être un grand promoteur de l’éducation militaire des jeunes fils d’ouvriers. Dès juillet 1881, les autorité parisiennes vont organiser les enfants des écoles communales de garçons dans des “bataillons scolaires”. Quatre “bataillons” équipés (en uniformes, bérets de la flotte et vareuses bleues) et armés seront en manœuvre sur le boulevard Arago avant les cours classiques, encadrés par un “chef de bataillon de l’armée territoriale” et quatre professeurs de gymnastiques. Le 6 juillet 1882, après le décret d’officialisation de ces pratiques, Jules Ferry s’adressera à ces enfants de la manière suivante: “Sous l’apparence d’une chose bien amusante vous remplissez un rôle profondément sérieux. Vous travaillez à la force militaire de demain” (13).

Cette “force militaire de demain”, avec l’ensemble des sportifs formés, c’est celle qui va servir de chair à canon dans la grande boucherie de 1914. Ce qui permet au directeur de “l’Auto”, Henri Desgranges, de déclarer le 5 août 1914 avec légèreté et cynisme: “Tous nos petits troupiers qui sont en ce moment à la frontière pour défendre le sol de la patrie ne vivent-ils pas, à nouveau, des impressions déjà vécues, lorsqu’ils étaient aux prises avec l’adversaire dans les compétitions internationales?” (14).

Durant les massacres, on relève un épisode passé longtemps sous silence et mis en scène par le film “Joyeux noël”: celui d’un match de football improvisé opposant sur le front des soldats allemands et anglais cherchant à fraterniser. Ils furent brutalement déportés et réprimés: de ce sport-là, la bourgeoisie et ses officiers n’en voulaient pas! La seule “contribution” sportive de cette guerre monstrueuse sera l’importation par les troupes américaines de nouvelles disciplines venues des Etats-Unis en 1917: le volley-ball et le basket-ball. Maigre “consolation” quand on déplore plus de dix millions de morts.

WH

Source

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Page du MFC 1871

 

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