Test: Etes-vous capitaliste ou anticapitaliste?

Tous les dimanche soir, vous êtes pris d’une boule au ventre, d’un blues indéfinissable à l’idée de reprendre le taf le lundi.

Vous ne supportez pas le fait que toute votre existence soit organisée autour du boulot, les vacances sont toujours trop courtes.

Vous avez remarqué le fait que des personnes puissent être sympathiques en dehors du cadre du boulot mais horriblement antipathiques dès la première minute d’occupation de leur poste.

Vous ne supportez plus le fait d’être spectateur de votre vie, de n’avoir le temps de rien faire, de posséder une technologie qui au lieu de vous faire gagner du temps vous en fait perdre.

Vous avez connu des phases de votre vie où vous aviez du temps mais pas d’argent ou de l’argent mais pas de temps et vous trouvez ça totalement idiot.

Le net vous a fait découvrir des milliards de trucs mais vous vous rendez compte que vous n’avez ni le temps ni l’argent pour vous y intéresser et faire ce que vous voudriez vraiment faire concrètement.

Vous avez rencontré grâce à internet des gens super, à qui vous aimeriez bien pouvoir rendre visite mais vous n’avez soit ni le temps, soit ni l’argent, soit les deux, pour le faire.

Vous prenez des cachets, de l’alcool, des drogues, des méditations, des jeux de hasard, des univers ludiques ou culturels parallèles pour tenir.

Vous avez toujours choisi, dans votre vie, le moins pire, en fait, vous n’avez jamais pu choisir de faire tout ce qui vous plaît vraiment.

Les inégalités et les injustices vous révoltent mais vous ne voyez pas comment dans cette organisation de la société, il pourrait en être radicalement autrement.

Vous vous êtes progressivement rendu compte que ce monde-là produit du malheur, de la misère, de la violence quotidienne.

Ne cherchez plus, vous êtes anticapitaliste.

 

Les Enragé-e-s

 

T'es pas anticapitaliste? Tu es sûr de ça?

Mais c'est quoi au juste le capitalisme? Une production libre et non marchande par https://vosstanie.blogspot.com/et http://www.lesenrages.antifa-net.fr

Objavil/a Les Enragés dne 13. marec 2017

 

Mais arrêtez avec vos « projets inutiles »!

Quelqu’un pourrait-il enfin nous expliquer ce que signifie se battre « contre les projets inutiles »?

Les délires écolos-mystiques de Reporterre, un catholicisme repeint en vert à cheval entre la deuxième gauche et la droite radicale.

Car au sein du capitalisme, rien n’est « inutile », rien n’est « utile », tout investissement, toute activité humaine, toute la production est entièrement régie par la logique du profit.

«Lutter contre les projets inutiles », c’est diffuser l’idée qu’il y aurait des projets « utiles ». Qu’il y aurait d’un côté une activité économique raisonnable et raisonnée, indéboulonnable, indépassable et de l’autre, une économie de la démesure, du gaspillage, une économie qui serait sortie des rails de la Raison.

Mais enfin! Posséder cette vision totalement illusionnée du capitalisme, ce n’est pas raisonnable!

Comment en effet se contenter, intellectuellement parlant, d’une vision totalement tronquée du capitalisme, système barbare au sein duquel la moindre chose, le moindre service, le moindre concept, presque, sont monétisés au but de créer de la valeur?

Tout, absolument tout est « inutile » au sein d’un système capitaliste, à commencer par le fait de devoir bosser 40 heures par semaine pour engraisser des petites amicales de crevards bien nés ainsi que leurs larbins patentés!

Arrêtez avec ces « projets inutiles »! Arrêtez de faire l’autruche, arrêtez de faire des fixettes sur ce que vous considérez comme inutile alors que c’est la beauté de nos existences-mêmes qui est inutile au sein du capitalisme!

Quand on va se planquer à la cambrousse, on ne quitte pas le système capitaliste, on se planque! On ne l’abat pas, on le rend supportable pour soi.

Les « projets inutiles », ils tiennent tous dans l’exercice comptable de la plus petite des entreprises!

Le capitalisme, c’est Vinci mais aussi les pizzas bio de Leonardo!

Dans la lutte anticapitaliste, les « inutiles », ce sont ceux qui distinguent artificiellement utilité et inutilité !

Sauver un arbre, c’est utile?

L’immense part des forêts ne sont pas des forêts primaires, c’est-à-dire que la plupart des forêts actuelles ont été plantées de la main de l’Humain.

La gestion de la forêt obéit aux besoins de l’économie capitaliste, elle y est totalement intégrée.

En France, chaque seconde, 2,5 nouveaux arbres sont plantés, soit 80 millions de nouveaux arbres par an. C’est ce qui explique que la forêt française augmente régulièrement de taille avec 35 000 hectares par an. Et d’ailleurs, la forêt française n’est pas en danger, mais voit sa superficie stabilisée depuis 2006 et commencer à régresser vers 2013-14. Elle n’a jamais été aussi vaste depuis le Moyen-âge.

Actuellement, par le jeu des concessions privées, des forêts entières sont détruites sans que jamais aucune seule ZAD ne puisse se monter. Faut-il le regretter? Faudrait-il aller en ouvrir partout où la défense de la Nature le nécessiterait? Faut-il aller sauver les arbres? Ou bien uniquement les zones humides? Uniquement les petits mammifères? Uniquement les zones aux petits papillons gentils?

Uniquement les zones bloquant de grandes réalisations?

Pourquoi ne plus construire de grandes réalisations si l’objectif n’est pas de sortir du capitalisme? L’objectif est de sortir du capitalisme ou de  » bloquer » le stade actuel de l’évolution du capitalisme?

L’objectif est-il réellement de le bloquer ou bien l’objectif est-il de donner l’illusion de le figer? Le figer sur une période du capitalisme acceptable? Celle où l’on ne procédait plus à de nouvelles grandes réalisations?

L’objectif serait donc de faire coller le toujours moins de l’économie envers les salariéEs avec le toujours moins de grands travaux « inutiles »? Pour en finir avec « la gabegie des finances publiques »? Pour faire des « économies »? Pour arrêter « d’engraisser les gros »? Les gros quoi? Cela remonte à combien d’années en arrière cette époque-là? Ce temps béni où l’Etat était raisonnable et où il consultait abondamment ses administrés avant de se jeter dans la bétonneuse?

L’objectif est libératoire par l’action directe? Très bien!

Mais à ce moment-là, comment éviter un second Larzac? Comment dévier de cette pente naturelle qui ne peut que nous conduire vers un naufrage politique de type Bové, ATTAC et plus globalement, l’anticapitalisme mystique et l’écologie réactionnaire à partir du moment où la lutte tourne en rond en se retranchant derrière le mythe?

Si victoire il devait y avoir, est-ce que ce ne serait pas une défaite? En ce sens où tout le capital symbolique de NDDL pourrait s’évanouir par décision politique? L’objectif était donc de faire plier l’Etat dans une forme de citoyennisme radical?

Non, dans l’entame d’une lutte, l’objectif est déjà atteint à partir du moment où l’on se met en lutte.

Mais en lutte pour quoi? Pourquoi uniquement les grands travaux?

Parce qu’elle permet de tenir en échec l’Etat et les intérêts privés qui sont derrière.

Dans ce cas il ne faut pas  » sauver la nature « , il faut nous sauver nous-mêmes, ce n’est qu’à ce prix que l’on pourra continuer à se dépatouiller du grand chaos d’une nature qui sous bien des aspects, n’a plus grand chose de naturel.

Sauver la Nature ou sauver le capitalisme, il faudra un jour choisir.

 

Les Enragé-e-s

 

 

Pour aller plus loin:

« À rejeter l’impérialisme, ou les institutions internationales, ou le capital financier, ou les grands projets inutiles… on ne rejette jamais le capitalisme en tant que tel et on ne construit pas son camp sur des bases de classe. On se trouve dès lors potentiellement allié à certains de nos pires ennemis, comme en témoignent les nombreuses passerelles vers l’extrême droite, construites et entretenues par toutes sortes de militants confusionnistes qu’on ne citera pas ici. »

Misère politique du campisme

Reporterre, site qui se veut une référence en matière d’écologie, est représentatif d’une tendance hélas grandissante du mouvement écologiste qui, par manque sans doute de culture politique, tend à ouvrir ses portes à quiconque se dit – même vaguement – ami de la nature, sinon décroissant. « Reporterre veut être le forum de tous ceux qui imaginent le nouveau monde, un monde où l’on arrêtera de détruire l’environnement et qui retrouvera l’idéal de la justice », clame la courte présentation du site. Au nom du « débat », de la « démocratie » et de la « liberté d’expression », la porte est donc ouverte à tous les vents : sociaux-démocrates de droite, de gauche, du centre, consuméristes, complotistes, mystiques en tous genres, groupuscules d’extrême droite.

Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme

La moitié des voyages en avion sont réalisés par 2 % de la population.
En 2008, les 10 % des habitants les plus riches ont fait en moyenne 1,3 voyage aérien, alors que jusqu’aux 50 % les plus pauvres, le nombre moyen de vols est proche de zéro.

La moitié des voyages en avion sont réalisés par 2 % de la population

L’écologie est à la mode, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par la droite et le centre. Pourquoi les multinationales et les Etats se sont-ils tous convertis à l’écologie ? D’où vient cette propagande planétaire qui prétend transcender tous les clivages idéologiques et politiques ? Des « nouveaux mouvements sociaux » ou des multinationales ? Des gestionnaires du capitalisme ou des partisans de « l’éco-socialisme » ? Quels sont les principaux auteurs qui, à tort ou à raison, sont considérés comme les précurseurs de l’écologie ? Pourquoi les écologistes s’intéressent-ils davantage aux plantes et aux animaux, qu’aux hommes et aux femmes qui travaillent et sont exploités par le Capital ? Davantage à « la planète », à la « biodiversité » et au « climat » qu’aux prolétaires et à leurs conditions de travail ? Quelle a été la place de l’écologie dans l’Italie mussolinienne, le Portugal salazariste et l’Allemagne hitlérienne ?

Lire la suite ici

Misère politique du campisme

Le mouvement ouvrier et révolutionnaire, le camp de l’émancipation sociale, a historiquement souffert et souffre encore du campisme. De quoi s’agit-il ? De la mise en œuvre, pas forcément explicite ni consciente, de l’un au moins des deux principes suivants. Le premier principe veut que les ennemis de mes ennemis soient mes amis. C’est donc un principe qui délimite mon camp par opposition au camp adverse.

Selon le second principe, la solidarité vis-à-vis de mon camp implique de renoncer à toute critique à son endroit. C’est un principe qui limite ce que je peux et dois penser de mon camp. Ces deux principes pris ensemble se traduisent en une double injonction : choisis ton camp et défends-le contre toutes les attaques !

Le campisme offre un cadre simple et probablement confortable pour les paresseux. Sur le fond, il est une véritable nuisance, particulièrement aujourd’hui quand des courants politiques réactionnaires travaillent activement au brouillage des repères.

Kémi Séba est une vedette de la nébuleuse dissidente . Depuis plus de 10 ans, il anime un petit mouvement, auto-proclamé « panafricaniste », qui prend la forme d’une succession de groupuscules comme Le Mouvement des Damnés de l’Impérialisme ou Les Jeunesses Kémi Séba.

On voit le premier principe à l’œuvre dans toute une mouvance, pas tant à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite, mais quand même aussi à l’extrême gauche, dans la posture dite « anti-impérialiste ». Sous couvert d’un rejet légitime de l’impérialisme états-unien et plus généralement occidental, incluant l’Union européenne et Israël, on en vient à considérer que des États tels que Cuba, la Bolivie de Morales, mais aussi l’Iran de Ahmadinejad, la Libye de Kadhafi, la Syrie de Assad ou la Russie de Poutine sont dans notre camp. C’est évidemment mettre tout ce beau monde dans un même sac et oublier, ou feindre d’oublier, que certains de ces États comme la Syrie ou la Russie, jouent leur carte dans le concert des impérialismes et méprisent le droit des peuples autant que les grands impérialismes.

Le rouge brun Jean Bricmont, interviewé sur la chaîne d’extrême droite Meta TV.

Autre posture similaire à déclinaison nationale, le « souverainisme » qui, sous couvert d’un rejet légitime des institutions de l’Europe patronale, propose l’union du « peuple » et de la « nation », toutes classes et toutes tendances politiques confondues, pour restaurer sa souveraineté. On sait comment ce genre de stratégie se termine, la dernière personnalité ayant emprunté le toboggan étant Jacques Sapir, souverainiste « de gauche » qui va ouvrir la prochaine université d’été du FN.

Le premier principe du campisme a pour trait commun de se déployer sur des bases partielles et partant de conduire à des délimitations erronées. À rejeter l’impérialisme, ou les institutions internationales, ou le capital financier, ou les grands projets inutiles… on ne rejette jamais le capitalisme en tant que tel et on ne construit pas son camp sur des bases de classe. On se trouve dès lors potentiellement allié à certains de nos pires ennemis, comme en témoignent les nombreuses passerelles vers l’extrême droite, construites et entretenues par toutes sortes de militants confusionnistes qu’on ne citera pas ici. Le campisme est ici dramatique en ce qu’il conduit à s’allier à ses propres adversaires.

Conférence au sommet entre Etienne Chouard et Michel Collon.

Le second principe est plus subtil, et certains y succombent même en ayant résisté au premier – même si l’inverse est généralement faux. Ce principe est de l’ordre du réflexe qui veut qu’on ne touche pas à la famille quand bien même cette famille aurait des cadavres dans les placards. Le mouvement ouvrier politique du XXe siècle ne s’est pas relevé de cette forme de campisme : la solidarité de classe envers la révolution russe s’est muée en adhésion majoritaire aux crimes staliniens. Mais le campisme communiste n’est pas le seul. D’autres positionnements du mouvement ouvrier ont conduit et conduisent encore à fermer les yeux sur des aspects de dominations considérés comme secondaires car ne relevant pas de l’exploitation de l’Homme par l’Homme : la domination masculine, le racisme issu du colonialisme, l’homophobie…

Jean Bricmont et sa fixette monomaniaque sur BHL relayant RT, la chaîne propagandiste de Moscou. Dans ses contacts, on retrouve la bachariste Adeline Chenon Ramlat, Jonathan Moadab venant de la web tv d’extrême droite Agence Info-Libre et travaillant pour RT ou encore l’ex-dieudonniste belge Olivier Mukuna, dont l’interview d’Houria Bouteldja (PIR) sera refusé par tous les médias belges francophones mais diffusé sur le site d’extrême droite bachariste Le Cercle des Volontaires.

Cette stratégie ouvriériste peut aller loin, jusqu’à soutenir des positions antiféministes comme le PCF dans les années 1960. Symétriquement, des mouvements luttant contre diverses formes de domination ont succombé au campisme, en priorisant leur lutte au détriment des autres. On a vu et on voit ainsi des féministes (sincères) ignorer les questions de dominations sociale ou raciale, des soutiens (sincères) de la cause palestinienne ignorer l’antisémitisme, des supporters (sincères) de la laïcité ignorer le racisme. Les campistes sont alors les premiers idiots utiles de l’instrumentalisation de leur cause par certains de leurs pires adversaires.

Dernier avatar du campisme, celui que Jacques Fortin, militant LGBT et d’extrême gauche, a appelé l’islamocampisme (voir sur son blog). C’est ce positionnement des opposants légitimes et sincères au racisme antimusulman, qualifié d’« islamophobie », qui ignorent tout ce que l’islam comme religion et l’islamisme comme courant politique portent de régressif pour le droit des femmes, des homosexuel.le.s et, plus généralement, pour les libertés. Cela conduit certains des défenseurs, encore une fois légitimes, des musulman.e.s contre le racisme dont ils sont victimes, à ignorer totalement les autres dominations subies par nombre de musulman.e.s (second principe), et dans le pire des cas, à ne pas être gênés de la compagnie d’islamistes plus ou moins « modérés » dont les valeurs sont à l’opposé des leurs (premier principe). Il y a eu une expression symptomatique de ce campisme à l’occasion de l’affaire du burkini cet été, quand de nombreux communiqués d’extrême gauche et libertaire ont dénoncé à juste titre les décrets anti-burkini et les arrestations sur les plages, mettant en avant la liberté individuelle des musulmanes mais ignorant totalement le sens politique, collectif, de la progression des voiles et burkinis sous toutes les latitudes. (Pour lire quelques textes qui prennent le contrepied de ce positionnement, voir ici.)

Première livraison de l’affiche du rendez-vous, le philo-négationniste Bruno Drweski mais aussi le groupe de la FA Regard Noir, dissout depuis, qui finiront par être retirés de l’affiche de cette réunion. Dans les intervenants, Alima Boumediene Thiery, proche d’Europalestine et victime de l’Ordre « sioniste » des Avocats, Yasser Louati qui a seulement quitté le CCIF en juin 2016 ou encore la militante anti-avortement Ismahane Chouder, un meeting et une pétition à l’initiative de l’association ALCIR 20.

En agglomérant systématiquement à son camp certains de ses adversaires ou au moins certaines de leurs positions, le campisme est l’ennemi de l’émancipation. Résister au campisme suppose de refuser certains alliés faciles et de ne rien lâcher dans le rejet des dominations. Lutter sans hiérarchie contre les dominations sociales, de genre, d’orientation sexuelle, religieuse ou nationale, lutter contre ces dominations non seulement quand elles sont incarnées par l’adversaire mais aussi dans notre propre camp, c’est à ce prix que nous pourrons contribuer à l’émancipation.

 

Raph

Article paru dans RésisteR ! #44, le 17 septembre 2016

 

 

Mai 37 en Espagne, la contre-révolution stalinienne à l’oeuvre

Il y a 80 ans, Barcelone se soulève pour la seconde fois : 10 mois après l’insurrection victorieuse du 19 juillet 1936, la ville se couvre à nouveau de barricades. Si les barricades sont bien les mêmes (une grande partie des militants « destacados » influents de la CNT sont absents de ce mouvement), les défenseurs de l’ordre établi, eux, ont changé d’uniforme, changé de maître : ils œuvrent maintenant pour la défense de l’état républicain de plus en plus dominé par les communistes (eux-mêmes entièrement manipulés par les soviétiques) dont l’objectif prioritaire est de restaurer l’ordre républicain en éliminant la révolution sociale et ses propagateurs.

Ces combats du mois de mai 1937 vont faire plus de 500 morts et au moins 1000 blessés, c’est-à-dire qu’ils causeront plus de victimes que l’insurrection populaire du 19 juillet 1936 qui, dans une grande partie de l’Espagne, a vaincu le soulèvement des militaires fascistes.

Après la fin des combats, la ville, ainsi qu’une bonne partie de la Catalogne, seront quadrillées et les rafles, les arrestations, les exécutions se multiplieront. Des dizaines de cadavres seront retrouvés dont beaucoup portant des traces de torture ; de nombreuses disparitions seront signalées. Les victimes sont membres des Jeunesses Libertaires, de la CNT, du POUM.

Alors que des militants des comités de quartier et des comités de défense sont en première ligne, les « comités supérieurs » de la CNT (régional et national) optent pour une solution négociée et appellent à la cessation des hostilités. A la dureté des affrontements viennent s’ajouter, pour les militants de base, le désarroi et l’amertume. Comment les « comités supérieurs » ne comprennent-ils pas l’enjeu de ces combats ? Les appels au calme de Garcia Oliver et de Fédérica Montseny (alors ministres de la justice et de la santé) diffusés à la radio semblent tellement suspects que selon le militant et historien cénétiste, José Peirats « parmi les combattants libertaires, le bruit courait que les orateurs étaient séquestrés par les communistes et qu’ils étaient obligés de lire les textes qui leur étaient dictés ». Cette rumeur faisant de Garcia Oliver et de Fédérica Montseny les otages des communistes se répand si bien « que les militant confédéraux qui contrôlaient la forteresse de Montjuic pointèrent les canons vers la généralité, sans jamais les utiliser ».

De fait les « comités supérieurs », les dirigeants de la CNT n’étaient pas, au sens strict du terme, « otages » des communistes mais ils avaient dès le 23 juillet fait le choix de la collaboration avec les institutions étatiques, privilégiant la lutte contre le fascisme au détriment de la révolution sociale. Ce choix les liait donc, de fait, à ces dangereux partenaires. Ils avaient à la fois sous-estimé la redoutable capacité de nuisance des communistes, tenus pour quantité négligeable (or, leur nombre va s’accroître rapidement), surestimé leurs propres forces, et surtout très largement sous-estimé la difficulté de se mesurer à des politiciens professionnels sur leur terrain.

Si pour les comité supérieurs de la CNT, le fascisme était bien l’ennemi numéro un (ils ont en conséquence joué la carte de l’unité anti-fasciste de façon quasiment suicidaire), les communistes avaient, quant à eux, comme priorité absolue la marginalisation, voire l’élimination, des libertaires et des militants du POUM. Ceci constituait, de leur point de vue, une première étape nécessaire pour parvenir à la victoire contre le fascisme.

José Peirats rappelle qu’un des leaders du PSUC (parti communiste catalan) avait déclaré : « avant de prendre Saragosse (aux mains des fascistes), il faut prendre Barcelone (ou prédominait la CNT). Ce genre de propos en dit long sur l’état d’esprit qui animait les communistes à ce moment-là et illustre parfaitement leur conception de l’unité anti-fasciste. Il n’est pas inutile de rappeler que le PC espagnol n’était, à cette époque, pas implanté dans la classe ouvrière et que pour se développer, il se présentait, coté républicain comme le parti protecteur de l’ordre et de la propriété. Ainsi, il attirait à lui les membres de la petite et moyenne bourgeoisie effrayés par les mesures révolutionnaires (autogestion des entreprises, contrôle ouvrier, communautés rurales, etc) impulsées par les anarchosyndicalistes. A l’évidence, les intérêts de cette petite et moyenne bourgeoisie étaient diamétralement opposés à ceux du prolétariat gagné aux idées libertaires.

Les communistes espagnols vont bénéficier par ailleurs de l’appui inconditionnel des soviétiques. L’URSS est alors le seul état qui accepte de fournir des armes (moyennant l’envoi à Moscou des réserves de la banque d’Espagne : 500 tonnes d’or) aux républicains et leur influence ne va cesser de s’accroître. Les soviétiques, conseillers politiques ou militaires, diplomates ou agents de la Guépéou, s’introduisent dans tous les rouages de l’Etat républicain avec un objectif bien précis : le contrôler, entraver la marche de la révolution sociale qui inquiète les démocraties occidentales dont Staline souhaite se rapprocher. Le PCE et le PSUC ne sont, dans ce contexte, que les instruments dociles du maître du Kremlin.

Véritablement prisonniers de leur choix de privilégier à tout prix l’unité anti-fasciste, les dirigeants de la CNT vont être condamnés à la défensive, reculant sans cesse sur les conquêtes révolutionnaires, contraints à pactiser avec leurs adversaires politiques, laissant aux communistes et à leurs alliés (catalanistes et républicains bourgeois) l’avantage incontestable de l’offensive. Conscients de la force du mouvement libertaire mais aussi de ses faiblesses, et bien décidés à en tirer profit, les staliniens vont avoir recours à une véritable guérilla politique au sein des institutions étatiques en voie de reconstruction pour grignoter de plus en plus de postes clés et tenter d’affaiblir leurs principaux adversaires, les libertaires. En même temps, les staliniens vont se livrer à toute une série de provocations armées pour tester les réactions de la CNT et conforter dans l’absence de riposte leur avantage militaire.

Bien avant le mois de mai 37, les tensions entre anarchosyndicalistes et staliniens se multiplient. Les provocations de ces derniers gagnent en intensité, ne suscitant souvent que peu de réactions de la part des « comités supérieurs » aveuglés par leur collaboration et leur volonté de « coexistence pacifique » alors que les communistes ont fait le choix d’une agression continue. Dresser la liste exhaustive de ces provocations serait trop long, mais en voici quelques exemples :

– Le 31 octobre 36, à Valence, lors de l’enterrement d’un milicien anarchiste tué par la GPA, les communistes locaux ouvrent le feu à la mitrailleuse sur la foule des miliciens qui suivent le cercueil.

Abel Paz, historien du mouvement libertaire espagnol, rapporte que les « braves combattants du PC obtinrent une éclatante victoire, puisqu’elle fit 30 morts et plus de 80 blessés dans nos rangs ». Malgré le vif désir de revanche, on fit comprendre aux miliciens que le temps n’était pas à la vengeance mais à la lutte contre le fascisme et c’est ainsi, conclut Abel Paz, « qu’il n’y eut pas de réponse à cet odieux massacre ».

– Le 19 février à Almorta un milicien CNT très connu, Francisco Maroto, est accusé de trahison (il fait des incursions en terrain ennemi) par des communistes et condamné à des années de prison. La direction de la CNT le soutient très faiblement. 
-Le 8 mars 37 à Vilanesa les anarchistes défendent leur local contre une attaque policière (4 libertaires morts, 11 policiers tués).

– En ce même mois de mars, le cinquième régiment mené par le général stalinien Lister attaque et désorganise les collectivités rurales autogérées en Aragon, causant des dégâts considérables et de nombreuses victimes civiles.

– Le 27 avril, une attaque en règle contre la CNT en Cerdagne provoque la mort de plusieurs militants dont celle du leader anarchiste Antonio Martin Escudero.

– Enfin, rappelons que les circonstances de la mort de Durutti, le plus prestigieux des leaders de la CNT, n’ont jamais été éclaircies et que nombre de militants de l’époque accusèrent les communistes.

Sur le front, de nombreux incidents sont également à déplorer. Si les régiments communistes disposent d’armes modernes fournies par les russes, l’armement des colonnes anarchistes est obsolète et elles disposent de peu de munitions. Les assauts sont lancés sans couverture d’artillerie, ce qui entraîne d’énormes pertes. A l’arrière, les membres des forces la police, équipés par les soviétiques, disposent d’un équipement moderne. Tous ces faits sont largement connus et commentés, ce qui explique le sentiment de révolte partagé par beaucoup de libertaires : la coupe est pleine et il n’est plus possible de subir sans réagir. Aussi, le 3 mai 1937, lorsque les gardes d’assaut tentent d’occuper le central téléphonique de Barcelone aux mains de la CNT depuis le 19 juillet, les comités de défense et de quartiers veulent mettre un terme définitif aux ambitions des staliniens. Mais les stratèges de la CNT ont, eux, une vison autre. Obnubilés par la lutte contre le fascisme, ils ne veulent pas prendre le risque de faire exploser le front anti-fasciste et appellent à l’arrêt sans condition des combats. Pour César M. Lorenzo, historien du mouvement anarchiste espagnol, pourtant peu enclin au maximalisme, « il est hors de doute que si les leaders de la CNT avaient décidé de se lancer dans l’aventure, ils auraient vaincu sans aucune difficulté les staliniens du PSUC et leurs alliés » mais, ajoute-t-il plus loin, « l’Espagne républicaine aurait éclaté en plusieurs blocs antagonistes devenant une proie facile pour l’armée franquiste ». Pour Lorenzo cependant « … une fois de plus la CNT reculait, or ce retrait équivalait à une véritable déroute ».

L’échec de l’insurrection anti-stalinienne de mai 37 va condamner la CNT à une stratégie toujours plus défensive, laissant aux communistes et à leurs alliés l’initiative, le contrôle des forces armées à l’arrière et sur le front où l’armée républicaine professionnalisée à outrance va aller de défaites en défaites jusqu’à la déroute finale.

80 ans après mai 37, quels enseignements tirer de cette défaite ? 
Aujourd’hui, le néo-fascisme moderne et son corollaire obligé, l’anti-fascisme unitaire, refont surface. Pendant la révolution espagnole le prétexte de l’unité anti-fasciste fut utilisé comme un leurre destiné à permettre la reconstruction des institutions étatiques, mises à mal par la révolution libertaire. En 2017, la bourgeoisie républicaine française instrumentalise la peur qu’inspire le fascisme (même dans sa version light) pour consolider son pouvoir. Pourtant, ce sont bien les gouvernements issus de cette même bourgeoisie républicaine et libérale qui, sous prétexte de défendre la démocratie, mettent en place des mesures liberticides (État d’urgence) et proclament des lois contraires aux intérêts des travailleurs.

L’État, rempart de la bourgeoisie, quel que soit le masque sous lequel il se présente, est l’ennemi juré des militants de la liberté, de l’égalité et de la justice. Prétendre qu’il existerait une hiérarchie dans la dangerosité des ennemis de la Liberté, et en conclure qu’une sorte d’alliance avec les moins pires, serait possible est une illusion mortelle. L’échec de la révolution libertaire espagnole nous le rappelle cruellement.

 

CNT-AIT Toulouse

 

Violence du Front national et impuissance congénitale de la gauche

A propos du livre de Marine Tondelier «Nouvelles du Front», Editions Les liens qui libèrent [1], 2017

Sur la couverture, l’éditeur a introduit un ajout explicatif pour mieux expliquer le contenu de l’ouvrage «La vie sous le Front National. Une élue de l’opposition raconte». Le mot le plus éclairant dans ces deux phrases est l’adverbe «sous» car ce livre décrit parfaitement (même si l’auteure n’en tire aucune conclusion politique réelle) l’impuissance totale de la gauche dite «antifasciste» (ou de l’extrême gauche électoraliste ) face à un parti qui utilise les mécanismes républicains pour imposer son idéologie, ses pratiques et ses hommes de main à la population d’une ville de 26 000 habitants. Mais nous reviendrons sur la veulerie politique de la gauche en conclusion.

Steeve Briois, le maire d’Hénin-Beaumont et député européen depuis 2014, est le nouveau président par intérim du Front national, en remplacement de Jean-François Jalkh, admirateur du Maréchal Pétain [2] rattrapé par des propos négationnistes. [3]
 Techniques de gestion de la vie locale par le FN : violences verbales continuelles et harcèlement systématique des principaux acteurs de la vie municipale

En cette année électorale, il est fort utile de comprendre concrètement comment le Front national encadre et manipule la population. Dire qu’il s’agit d’un parti d’«extrême droite», de la «droite radicale» ou «populiste», voire d’une organisation «fasciste» ou «néonazie» ne nous éclaire guère sur ses méthodes d’implantation et de domination dans un territoire donné aujourd’hui. D’autant plus que, parmi ces diverses étiquettes, celles qui induisent la critique la plus radicale du FN risquent de nous faire croire, bien à tort, que la violence physique serait l’arme principale du FN pour s’enraciner et s’imposer localement.
Ce livre a au moins une qualité : il nous décrit en détail les méthodes du FN dans le cadre de la «démocratie municipale» :
– harcèlement et surveillance permanente des employés municipaux et des militants de gauche ou hostiles au FN : la délation et l’espionnage par les employés encartés au FN deviennent des pratiques courantes et acceptées par l’ensemble du personnel ;
– diffamation et calomnies systématiques lancées contre les élus de gauche et le curé, le journal régional (La Voix du Nord) qui se montre un peu critique vis-à-vis de la gestion du FN ; ces pressions s’exercent par des messages téléphoniques (anonymes ou pas), des emails et des SMS, la multiplication des demandes de droit de réponse dans les journaux, des manifestations devant le journal régional, etc. ;– multiples «blagues» racistes répandues sur le Net comme en public ;– utilisation (de temps en temps) de la police municipale pour empêcher la distribution de tracts de l’opposition ;– falsification et intox bien organisées dans la presse municipale comme sur les réseaux sociaux (création d’un site anonyme La Voix de Hénin, qui sert de porte-voix aux calomnies et délires FN), et dans les tracts, affiches et discours du FN ;– épuration et mise au pas de toutes les associations locales à qui l’on demande de «faire des remerciements à la mairie dans les allocutions» et de «faire figurer le logo de la ville dans leur communication écrite», ce qui conduit certains dirigeants d’associations à démissionner et d’autres, moins fermes sur leurs principes antifascistes, à se montrer hypocrites, à «faire semblant de rire, d’être agréable devant eux» ;– utilisation des réunions du conseil municipal comme moyen de pression sur les élus de gauche par tous les moyens : interruptions intempestives venant tant des élus FN que des sympathisants frontistes mobilisés massivement (150 à 200 personnes «rameutés à grand renfort de textos ou d’emails comme l’affirme Bruno Bilde à un journaliste du Monde en juin 2016») dans la salle pour conspuer bruyamment et violemment l’opposition ; brouhaha organisé durant les interventions de l’opposition ; placement des élus de l’opposition dos au public alors que les élus FN font face à la salle, etc. ;– pressions sur les commerçants pour qu’ils mettent en vitrine les affiches de propagande de la mairie.

Ces différentes techniques de manipulation de l’opinion sont toutes considérées comme «républicaines» par le FN et ses militants, puisque les émules de Marine Le Pen prétendent se situer dans le cadre démocratique bourgeois et ne pas vouloir renverser l’Etat, contrairement à ce que préconisaient les fascistes et les nazis des années 20 et 30.


Ces méthodes de propagande et ces pressions ont plusieurs fonctions :

 

– pousser à la faute tous les employés municipaux qui ne prêtent pas allégeance au FN, ce qui permet d’accumuler les blâmes et les procédures contre eux, voire de les licencier en toute ‹«légalité». Pour cela, les cadres du FN n’hésitent pas à donner des ordres absurdes, ou erronés, puis à nier les avoir donnés ; ils insultent régulièrement les employés, en lançant des remarques sur leur physique ou leur vie sexuelle, dans l’espoir que ceux-ci ou celles-ci réagissent violemment ou craquent nerveusement (donc qu’ils fassent preuve de leur supposée ‹«incompétence» à gérer le stress au boulot). «Il faut à chaque erreur ou imprécision désigner celui qui subira les quolibets ou les pressions de la part de l’autorité, jamais responsable et ne se préoccupant que vaguement de la conception des projets afin d’en laisser peser toute la responsabilité sur l’administrateur» ;
– pousser à la démission les employés et cadres municipaux de gauche ou ‹«républicains», soit parce qu’ils entrent en dépression, soit parce qu’ils n’ont pas le cuir assez dur pour résister à ces pressions et préfèrent quitter la mairie sans faire de vagues ;
– présenter systématiquement les membres et soutiens de l’opposition comme des gens «incultes», des «dingues» bons pour l’asile, des individus incompétents, des ‹«nazis», des «khmers verts», des «gauchistes», des «bolcheviks», etc. Et dans les réunions internes se moquer des «cas sociaux» (les «cas soc» dans la bouche du FN) et des ‹«alcooliques» ;
– multiplier les mutations et les déménagements, collectifs et individuels, au sein des bâtiments municipaux de façon à saper les équipes et les liens de solidarité au sein du personnel municipal.
Lorsque ces méthodes frisent l’illégalité (par exemple, le placement de caméras de vidéo-surveillance à l’intérieur même de la mairie ; ou le flicage systématique des comptes Facebook des employés, flicage suivi de convocations et de réprimandes par les cadres du FN), l’extrême droite nie toujours ses intentions malveillantes et invente des histoires à dormir debout pour justifier ces pratiques. Par exemple, lorsque le FN interdit aux élus de l’opposition de déposer une gerbe portant une mention partidaire dans un cimetière, il invoque une loi inexistante pour imposer sa dictature locale. Et, cela sans le moindre risque, puisque les élus de gauche décident de toute façon de plier l’échine sans même vérifier la légalité d’une telle interdiction : «Nous déposons finalement, sous sa surveillance furibonde, nos gerbes dépouillées de toute mention politique, en silence».
On comprend bien que dans un tel climat, la plupart des employés municipaux et même des habitants de Hénin-Beaumont, même ceux qui désapprouvent le FN, préfèrent faire le dos rond, ne pas «provoquer» le FN, être polis-gentils avec cette bande de voyous élus au suffrage universel. Comme l’écrit Tondelier : « Bel exercice de propagande, qui torture les consciences : se taire, c’est accepter ; dénoncer, c’est envenimer et s’exposer à de nouveaux problèmes. Pour éviter les polémiques inutiles chacun ferme les yeux mais n’en pense pas moins. »

 

D’autant que la médaille FN a un autre revers, qui, après les manipulations «démocratiques» de la population, vise à la séduire : « ils retiennent les prénoms, prennent patiemment la pause avec les enfants, signent des autographes (…) [Briois] a concocté sa profession de foi de 2014 à partir d’un questionnaire distribué dans toutes les boîtes aux lettres. (…) Du bio dans les cantines scolaires, plus de pistes cyclables, moins d’impôts, davantage de comités de citoyens, plus de transparence dans la prise de décisions. On reconnaît à peine le parti de Jean-Marie. Tout au plus le thème de la sécurité, cher au siège, est rappelé avec la revendication de “tolérance zéro”, la proposition de créer une “unité d’intervention” disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, d’installer des caméras de surveillance et de bouter les délinquants hors des logements sociaux ».

De l’impuissance congénitale de la gauche face aux méthodes totalitaires du FN

Le second aspect intéressant du témoignage de Marine Tondelier est sa description (involontaire même si c’est certainement une femme sincère et courageuse) de l’impuissance de la gauche réformiste.

Elue écologiste, elle n’est pas liée à l’ancienne équipe municipale socialiste qui pratiqua un clientélisme effréné et ruina les finances de la commune , permettant ainsi à Steve Briois et à une camarilla de frontistes («immigrés» d’ailleurs d’autres régions de France) de transformer Hénin-Beaumont en un bastion puis en la vitrine du FN .
Cependant, Tondelier est totalement prisonnière des préjugés légalistes de la gauche réformiste. Comme elle le dit elle-même «Au début du mandat, confiants dans l’engagement démocratique du nouveau maire, nous suivions ses consignes et lui adressions nos questions directement par email». En 2014, elle a pourtant affaire, en la personne de Briois, à un militant frontiste encarté depuis son adolescence dans un parti qualifié de « fasciste » !
Elue, elle veut, comme les autres membres de l’opposition, ne pas tomber dans les provocations permanentes du FN. Elle s’impose donc de ne pas s’énerver ; d’être polie (tout comme le directeur des Affaires juridiques, hostile au FN, qui traverse la rue pour saluer les élus FN et se trouve «terriblement gêné» devant l’agressivité de ces derniers face à des Roms) ; de laisser les élus frontistes raconter n’importe quoi sans les interrompre grossièrement ; de ne pas répondre à la violence physique par exemple quand une militante du Parti de Gauche est jetée dans un ascenseur par deux vigiles («on n’a pas osé intervenir, on ne savait pas vraiment quoi faire», raconte une conseillère municipale). Elle se rend à toutes les cérémonies locales, ou au moins essaie d’y être présente (car souvent le FN l’empêche, elle, ou d’autres élus d’y participer), bref, elle joue le jeu démocratique que violent tous les jours les militants et les élus du FN.

Elle participe avec les responsables CGT au pot de l’amitié organisé par le maire le 1er mai 2014. Et après cette cérémonie «qui s’est si bien passée» (sic) elle se plaint que la mairie finisse par annuler ce rituel de collaboration de classe. Tondelier n’imagine même pas d’organiser un Premier mai indépendamment du FN, ce qui serait quand même la moindre des choses pour une militante de gauche !

Lors d’un hommage à une figure régionale de la Résistance et du Parti socialiste, Jacques Piette, elle se retrouve coincée puisque, écrit-elle, «nous souhaitons rendre hommage à ce grand homme, nous sommes pris au piège : boycotter ou dénoncer serait irrespectueux, alors nous ne disons rien». Et Tondelier de remarquer «un boycott serait surréaliste et ce genre de circonstances interdit les polémiques» à propos de trois élus du FN, petits-fils de déportés, qui prétendent dénoncer l’antisémitisme le 8 mai, alors que leur parti fourmille d’antisémites !
Il ne lui vient même pas à l’idée (ni à la gauche locale d’ailleurs) d’organiser une manifestation séparée, à cette occasion comme en bien d’autres mentionnées dans son livre. Ce qui aboutit à commémorer «la victoire de la Résistance et des alliés de la France face au totalitarisme nazi et à ses alliés de Vichy» avec les militants d’un Parti qui s’est construit sur la base du négationnisme et la dénonciation des résistants ! Quoi que l’on pense du contenu politique nationaliste bourgeois de la Résistance, on attendrait au moins de la gauche qu’elle ne célèbre pas de tels événements avec les défenseurs de la Collaboration et du pétainisme qu’ont toujours été les frontistes, malgré quelques ravalements de façade récents.
Tondelier veut se montrer aussi patriote que le FN, ce qui évidemment ne marche pas car les patriotes et les nationalistes préfèrent toujours l’original à la copie. Ainsi elle croit qu’il faut opposer à une « version patriote bleu marine » de La Marseillaise une autre version républicaine, celle de la gauche je suppose, mais elle s’empêche même de la défendre puisqu’elle accepte de dialoguer et de coexister démocratiquement dans la même institution avec le FN.
L’élue verte s’indigne que le FN l’empêche de distribuer des tracts contre le TAFTA parce que l’extrême droite locale a voté une motion de la gauche condamnant ce traité. Mais elle ne s’interroge pas sur ces convergences régulières entre altermondialistes et groupes d’extrême droite à propos de questions piégées comme celles du protectionnisme et du libre échange.

 

Même sur le terrain du racisme antimusulmans, la gauche réformiste et multiculturaliste se fait piéger par le FN local, puisque après avoir fait campagne contre la construction d’une mosquée en 2001, Briois «entretient des relations diplomatiques avec les responsables de la mosquée Ennasr» ; qu’il « a délivré un permis de construire le 7 mars 2016 pour agrandir celle d’Hénin » et que, «au lendemain des attentats de Charlie Hebdo», il s’est rendu dans les locaux de la mosquée ‹«pour inviter les administrés musulmans à se joindre au rassemblement organisé deux jours plus tard par la municipalité».
Sur le terrain du racisme contre les Africains (l’un des fonds de commerce des lepénistes pendant des années), le FN sait se livrer à des manœuvres démagogiques (et qui ne se traduisent par aucune solidarité concrète) en invitant par exemple le maire de Rufisque, commune sénégalaise jumelée avec Hénin Beaumont. Steve Briois se paie ainsi le luxe de faire venir un groupe d’élus en habits traditionnels africains qui copinent poliment devant les photographes avec les adjoints du FN en présence de Florian Philippot.

Et Tondelier, en bonne laïque new look (c’est-à-dire favorable sans doute aux «accommodements raisonnables» qui consistent pour la gauche à capituler devant les pressions des Eglises), regrette même que le curé ne soit pas invité (pendant deux ans) à la fête de la Sainte Barbe. Est-ce le boulot de militants de gauche de faire la promotion de l’obscurantisme religieux chrétien parce qu’il nous faudrait «écouter respectueusement» (sic) la version du Notre-Père concoctée par la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et même nous préoccuper des «divisions qui commencent à scinder la communauté catholique» ? Comme si l’antifascisme prôné par l’auteure n’était pas fondamentalement (et salutairement) «diviseur» !
L’auteure ne tire aucune leçon utile de l’impuissance de la gauche réformiste face au FN. Si elle fait preuve d’une résistance personnelle exemplaire face aux attaques qui la visent, elle ou d’autres élus, elle n’arrive pas à sortir du légalisme de la gauche dont seul le FN profite.

 

Malgré ces réserves, Nouvelles du Front est un livre que devraient lire tous ceux et toutes celles qui veulent comprendre le FN et lutter plus efficacement contre lui. Loin des slogans et grands discours antifascistes abstraits, cet ouvrage nous offre un portrait très vivant à la fois de la violence du FN, de la veulerie de la gauche et de la passivité fataliste d’une bonne partie de la population face à l’extrême droite.

 

 

Y.C., Ni patrie ni frontières, 17/04/2017

 

[1] Précisons ici à toutes fins utiles que Les liens qui libèrent – émanation de la maison d’édition Acte Sud que nous avions évoquée dans notre dossier « Sea Shepherd, réactionnaire mon cher Watson  » – édite des auteurs de l’écologisme et de l’altermondialisme allant de David Graeber, traité dans notre dossier Nuit Debout, l’hélicologiste pieux Nicolas Hulot, traité dans le dossier « Les Nouveaux papes verts  » ou encore le nationaliste « de gauche » François Ruffin.

[2] Edition du journal patronal Le Monde du 25 Juillet 1991: « Près de deux cents personnes se sont rassemblées, mardi 23 juillet, dans l’église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, pour célébrer le quarantième anniversaire de la mort du maréchal Pétain, à l’appel de l’association nationale  » Pétain-Verdun « . Le président de l’association, M. Robert de Perier, un membre du bureau politique du Front national, M. Jean Francois Jalkh, ainsi que l’ancien chauffeur officiel du maréchal Pétain, ont assisté à cette cérémonie.  »  

[3] Les propos de Jean-François Jalkh, président du Front National par intérim, fraîchement nommé puis tout aussi promptement débarqué au profit de Steeve Briois, ont été enregistrés lors d’un entretien en avril 2000 avec l’universitaire Magali Boumaza. Ils ont été retrouvés mardi 25 avril 2017.

Dénoncer scandales et corruption, est-ce faire le lit du fascisme?

Lutte des classes ou ressentiment ? Il faut choisir !

La dénonciation des scandales relève davantage du ressentiment que de l’esprit de classe, et, chaque fois que cela se produit, le risque du fascisme n’est pas loin.

La publication récente d’un article relatant les affaires liées à un ancien ministre m’a un peu inquiété, d’autant plus que ce type de dénonciation est devenu habituel dans les milieux de gauche et d’extrême gauche. Peut-être cela vaut-il donc la peine d’examiner en détail les implications de cette attitude.
Présenter la relation entre l’Etat et les milieux d’affaires comme relevant de la « promiscuité » c’est considérer comme une anomalie un phénomène qui est précisément l’une des composantes structurelles du capitalisme. C’est présenter comme une exception ce qui est en réalité une règle, et donc croire implicitement qu’un autre capitalisme, qui ne serait pas pervers, pourrait exister et où l’État serait protégé contre l’influence des entreprises. Les articles de ce genre augmentent la confusion plutôt que de clarifier la situation.
Depuis les premières décennies du XIXe siècle, lorsque les critiques du capitalisme commencèrent à défendre le point de vue de la classe ouvrière, l’un des thèmes sur lequel ils insistèrent le plus était la connexion entre les milieux politiques et les milieux économiques – et même davantage : l’interconnexion entre les deux. Ensuite, et malgré tout ce qui les séparait, aussi bien les courants marxistes que les courants anarchistes, chacun à sa manière, insistèrent sur l’intimité de cette relation. A une époque où les grandes masses pauvres étaient privées du droit de vote et, a fortiori, de toute possibilité d’accéder à des postes politiques, même les défenseurs de l’Etat bourgeois devaient admettre que les gouvernants et les hommes d’affaires empruntaient des chemins très proches. Les partisans du système capitaliste prétendaient donc que le pouvoir politique maintenait une certaine impartialité face aux différents groupes d’intérêts, afin qu’un seul groupe n’en fût pas l’unique bénéficiaire ; la rotation des postes assurée par les partis politiques était censée garantir que les différents groupes d’intérêts se relayent au pouvoir afin que tout le monde profite de l’intervention économique permise par les gouvernements.
Plus tard, au XXe siècle, lorsque la technocratie et les grands gestionnaires se mirent à dominer les gouvernements et surtout les coulisses de la politique, commença à se répandre l’idée non pas que les gouvernements étaient à l’abri des pressions économiques, mais exactement la notion inverse : c’est-à-dire qu’ils seraient capables de résister aux pressions politiques. Si la bourgeoisie légitimait ses profits à travers des titres de propriété, les technocrates et, plus généralement, les gestionnaires légitiment leur pouvoir en invoquant le mythe de leur compétence technique. Depuis, les gouvernements veulent être traités dans la même optique gestionnaire qu’on utilise pour analyser l’économie. Selon ce principe, un bon gouvernement doit être géré comme une bonne entreprise, et le mot «politique» a progressivement acquis le sens péjoratif qu’il conserve encore aujourd’hui.
Un certain nombre de gens n’ont guère apprécié ce changement, notamment les petits patrons, les propriétaires de petites usines et d’ateliers, les propriétaires d’épiceries de quartier, les agriculteurs suffisamment aisés pour embaucher quelques salariés et produire pour le marché mais qui ne possèdent ni assez de terres ni la capacité suffisante pour appliquer à l’agriculture les méthodes les plus modernes et les plus productives.
Ce sont ces couches sociales qui ont commencé à dénoncer le favoritisme économique que pratiquaient les gouvernants, non pas parce qu’ils s’opposaient, par principe, aux relations entre la politique et l’économie, mais parce qu’ils voulaient bénéficier, eux, de cette relation. Pendant les années 1920 et 1930, en Europe, dans certains pays d’Asie et dans les deux Amériques, ce mécontentement des petits patrons fut l’une des principales composantes du fascisme. Il constitua pas le seul facteur, puisqu’il y en eut d’autres aussi importants, mais le fascisme ne s’imposa jamais sans avoir recours à cet élément. Voilà pourquoi, depuis lors, lorsque monte l’amertume des petits patrons, le fascisme n’est jamais très loin.
En termes sociologiques, les petits patrons n’attaquaient pas et n’attaquent toujours pas les gouvernements dans une perspective de lutte des classes, mais du point de vue de la mobilité des élites. Leur objectif est de maintenir la structure économique existante, dans la mesure où ils ont la possibilité de connaître une ascension sociale à l’intérieur de ce cadre et d’intégrer les rangs de l’élite dirigeante. Cependant, la situation s’est aggravée au cours des dernières décennies.
L’un des aspects les plus frappants du capitalisme contemporain est le fait que la concentration du capital, qui s’est accélérée sur le plan économique, où elle a atteint des niveaux sans précédent, se manifeste de façon opposée sur le plan juridique, ce qui a conduit à la fragmentation des anciennes grandes entreprises constituées à l’ère du fordisme. Nous vivons à une époque où la généralisation des relations de sous-traitance et d’externalisation a enchaîné aux grandes entreprises une myriade de petits patrons.
D’un côté, dans la mesure où ils dépendent entièrement du marché des produits et des services fourni par les grandes entreprises qui leur concèdent du travail, les petits employeurs doivent leur obéir et suivre leurs diktats. Mais d’un autre côté, l’aggravation de cette subordination stimule leurs rancœurs. C’est dans ces milieux sociaux que prolifèrent les accusations au sujet des avantages que les grands capitalistes et les gestionnaires occupant une position élevée obtiennent des gouvernements. Leur indignation ne provient pas du fait que le capitalisme existe, mais du fait qu’ils ne peuvent pas en profiter, du moins autant qu’ils le souhaiteraient.
Il ne faut pas négliger la capacité de mobilisation de ces petits patrons auprès de la classe ouvrière. Beaucoup d’entre eux sont unis par des liens familiaux à la fois aux anciens milieux ouvriers et aux nouveaux prolétaires issus de l’enseignement supérieur mais qui ne trouvent pas d’autres emplois que des jobs précaires. Certains de ces petits patrons sont d’anciens ouvriers qui ont réussi à réunir un petit pécule et à devenir de petits entrepreneurs, tout en conservant des liens familiaux et sociaux avec leur milieu d’origine.
A une époque où, face à la concentration transnationale du grand capital, les travailleurs sont fragmentés, leurs vieilles relations de solidarité ont été en partie dissoutes et leur sentiment d’appartenance de classe s’est atténué ou a disparu, il est plus facile qu’ils considèrent les petits patrons comme des leaders ou des modèles. Sur le plan idéologique et psychologique, il s’agit de remplacer l’esprit de classe par le ressentiment, c’est-à-dire de remplacer le désir d’abattre le capitalisme par l’aspiration à jouir d’une ascension sociale en son sein. Le fascisme, dans la face qu’il présente aux masses, joua exactement ce rôle.
C’est pourquoi le type de dénonciations exposées dans l’article sur les affaires de corruption illustre bien l’attitude des petits patrons qui se sentent systématiquement lésés par les grands capitalistes dans la distribution de la plus-value, autrement dit dans le partage des bénéfices.

Les rémunérations élevées, qu’ils s’agisse d’argent ou de prébendes, dont bénéficient les grands gestionnaires concernent uniquement la répartition de la plus-value entre les capitalistes, et non l’extorsion de la plus-value elle-même. Il s’agit de la répartition des fruits de l’exploitation, des bénéfices, pas du processus d’exploitation lui-même. Par conséquent, ce sujet ne devrait intéresser que les capitalistes, pas les anticapitalistes.
Je ne vois pas l’intérêt d’imaginer trois boucs émissaires au lieu de deux, ou quatre au lieu de trois. Se poser ce genre de problème, c’est croire que, derrière les accidents du capitalisme, nous devrions chercher des coupables individuels, parce que le problème relèverait d’une question de personnes et non du système économique.
Pour ce qui concerne les subventions accordées par les gouvernements aux banques, j’ai déjà expliqué ma position dans « Perspectives du capitalisme dans la crise économique actuelle ». Je me contenterai ici d’exprimer mon étonnement devant le fait que la gauche continue à prêcher une politique identique à celle appliquée par la droite conservatrice américaine à la suite de la crise de 1929. Cette politique conduisit à des faillites bancaires en chaîne et à la détérioration catastrophique de la situation économique jusqu’à ce que le New Deal et la deuxième guerre mondiale réussissent à renverser la situation. Une fois de plus, c’est le ressentiment qui prévaut ici, ou même la simple jalousie, l’idée que toutes ces subventions seraient plus utiles dans ma poche que dans les actifs des banques. A la différence que je n’assume pas le rôle joué par les institutions financières dans l’ensemble du système économique.
Je suis désolé de le dire, car je ne souhaite pas froisser les gens qui écrivent ce genre d’articles ni ceux qui aiment les lire, mais je me dois de rappeler que ce type de textes fut la spécialité de la presse d’extrême droite entre les deux guerres mondiales. Et même avant cela, à partir des dernières années du XIXe siècle, le journal de l’Action française, le parti monarchiste d’extrême droite qui joua un rôle dans la genèse de tout le fascisme français, considérait ces accusations comme sa prérogative, inaugurant ainsi un modèle que beaucoup ont suivi et même essayé de surpasser. En France, c’est en dénonçant la promiscuité entre les gouvernements et les milieux d’affaires que les fascistes se réorganisèrent après la Seconde Guerre mondiale. Le même thème sert aujourd’hui à l’extrême droite russe pour faire l’apologie du fascisme et de Staline.
À l’heure actuelle, cependant, il me semble que c’est en Grande-Bretagne que sévit le plus clairement le modèle d’une grande presse de masse qui soit à la fois d’extrême droite et se consacre à faire connaître les scandales qui éclatent parmi les riches. Cette presse de masse britannique est une composante essentielle de la vie politique de ce pays, plus importante sur le plan idéologique que ne le sont le gouvernement et les partis.
Ce type de presse de masse prolifère dans tous les pays : elle est politiquement située à droite ou à l’extrême droite et toujours prête à annoncer qu’un politicien a été surpris la main dans le coffre-fort d’une banque ou qu’un patron s’est fait prendre la main dans le tiroir d’un ministre.
Il suffit d’observer les kiosques à journaux et de voir qui sont les plus lus. En lien étroit avec cette presse à scandales qui promeut le ressentiment, on trouve des magazines qui jouxtent inévitablement les sucreries à côté des caisses des supermarchés. Ces publication servent à montrer au peuple des exemples positifs, que les gens sont tous censés vouloir imiter, les stars, les hommes d’affaires qui se sont mariés pour la énième fois avec une femme encore plus siliconée que la précédente, les individus chics et célèbres, les habitants des îles artificielles, etc. Si certaines publications sont les porte-parole du ressentiment, d’autres sont les porte-parole de l’envie. Ensemble, ils forment un duo indispensable pour contenir les rancœurs sociales dans les limites de l’ordre. Dans la mesure où l’insatisfaction ne conduit pas au renversement des institutions, mais à la volonté de s’y accrocher pour parvenir à leur tête, tout se passe comme prévu. Là où les choses commencent à se gâter, c’est lorsque les jeunes mettent le feu aux voitures au lieu d’acheter des magazines sur les voitures de luxe.
Qu’un billet comme celui évoqué plus haut suscite ma réflexion et soit diffusé dans les milieux de gauche et d’extrême gauche révèle le niveau pitoyable qu’a atteint aujourd’hui ce qui fut autrefois l’anticapitalisme.
Au Portugal, la situation est encore plus grave, pour des raisons propres à l’histoire de ce pays. Au cours de la période de l’antifascisme, le Parti communiste portugais défendit une politique favorable à « l’unité des Portugais honnêtes contre la poignée de monopolistes au service des capitaux étrangers », et continue aujourd’hui à défendre le même programme, puisqu’il n’a jamais renoncé à son ambition historique de mettre la classe ouvrière à la disposition des secteurs capitalistes – qu’il s’agisse des propriétaires d’entreprises ou de la classe des gestionnaires – qui occupent une place marginale dans la répartition des bénéfices.
Il est naturel que dans cet environnement prolifère la confusion entre esprit de classe et ressentiment. Mais chaque fois que le ressentiment prolifère parmi les travailleurs, le risque du fascisme n’est pas loin.

 

João Bernardo, mars 2009

 

 

1. Le titre original exact en portugais est «Entre lutte des classes et ressentiment» (NdT).

2.  Un article du site Passa Palavra sur les agissements de Miguel Cadilhe lors de la crise du Banco Português de Negocios (BPN)

 

3. L’auteur, dès le chapeau de son billet d’humeur, dénonce en effet, « la promiscuité entre les postes politiques et l’administration des banques ». Miguel Cadilhe fut ministre des Finances avant de devenir l’un des administrateurs du Banco Português de Negocios (BPN). Il bénéficia d’un salaire annuel d’un million d’euros, en plus d’une rente à vie exempte d’impôts et de deux voitures qu’il exigea de recevoir dès son arrivée à la tête du BPN. Lorsqu’il fut ministre des Finances il augmenta les limites de l’assiette fiscale sujette à exonération – ce qui lui fut très profitable en raison de l’importance de son patrimoine et de ses revenus personnels. Tels sont les principaux faits dénoncés dans le petit article qui suscita la réaction de João Bernardo. Toute ressemblance avec des personnes et des situations existantes ou ayant existé (par exemple les affaires Cahuzac, Fillon, etc., et l’utilisation politique qui en est faite par les citoyennistes de gauche et d’extrême gauche en France) est évidemment fortuite… (NdT).

4. Rappelons que, pour João Bernardo, la classe des gestionnaires est l’une des deux classes dominantes du capitalisme, l’autre étant la bourgeoisie traditionnelle (NdT).

5. « Perspectivas do capitalismo na actual crise económica »  (2009).

Texte traduit par Y.C. pour mondialisme.org.

Barbarie homophobe à Marseille : séquestré, battu et violé

Dans le contexte d’une homophobie très ancrée dans la société française, malgré le relatif progressisme apparent, c’est avec horreur et effroi que nous apprenons l’agression barbare et la séquestration d’un militant homosexuel pendant quarante-huit heures la semaine dernière à Marseille.

Des faits inqualifiables d’une violence inouïe

 

 Zak Ostmane est un militant homosexuel pour les droits LGBTI ayant fondé en Algérie l’organisation Trans Homos Dz afin de venir en aide aux personnes LGBTI forcées à la clandestinité dans un pays où l’homosexualité est pénalement et socialement réprimée. Il a par la suite, en 2016, participé à la fondation de l’association Shams – France, dont nous reproduisons ci-dessous le communiqué et la présentation :

SHAMS-France est l’association LGBTQI des personnes maghrébines et moyen-orientales vivant en France.

Le week-end dernier, Zak Ostmane, grand militant LGBT et un des membres fondateurs de Shams – France a été séquestré pendant plus de 48 heures, agressé et sauvagement violé par deux individus à Marseille. Nous condamnons avec fermeté cet acte barbare et abjecte et apportons tout notre soutien à notre cher ami.

Soutien total et solidaire à  Zak Ostmane!

 

Les Enragé-e-s

 

 

 

 

Alexandre Lecouillard et Les Indignés, une droite radicale altéreuse et creuse

 Qui ne connaît pas Alexandre Lecouillard? C’est à cette question abyssale, en tout cas pour le principal intéressé, que nous tenterons indirectement de répondre au but d’illustrer l’ampleur de l’emprise indécente des droites confusionnistes, réactionnaires sur les réseaux marchands et de démasquer ce qui est devenu au fil des années un véritable Empire de l’obscurantisme. Une petite entreprise partie de rien, selon le mythe sillyconnovalléen, qui ne connaît pas la crise, bien au contraire puisqu’elle s’en repaît avec gourmandise. Un petit entrepreneur de la confusion qui mène sa barque, avec d’autres, depuis de longues années maintenant sur la toile. Vous le verrez, nous évoquerons dans ce dossier les incartades récurrentes  de ce personnage et de ses comparses à l’extrême droite, qui ne sauraient en aucun cas être des « accidents » mais qui relèvent au contraire d’une entreprise confusionniste parfaitement consciente et réfléchie. 

11758818_10205935502060055_1239718912_n  Un futur président comme Alexandre Lecouillard, sachez-le, il n’y en a pas deux identiques, même si, sauf erreur d’analyse de notre part, il faudrait un concours de circonstances extraordinaire pour qu’un homme comme lui accède au sommet de la République française en 2022. 

Mais si l’on en croit le mythe entrepreneurial, quand on veut, on peut, non?

11739703_10205935505740147_1877674588_n

  Nul ne saura en tout cas si la tentative et l’essai seront ultérieurement transformés même si nous espérons que ce dossier puisse modestement contribuer à en saper définitivement le projet.

14202680_1605857376381000_261235684367291807_n
Alexandre Lecouillard propulsé par la plateforme Laprimaire.org concentrant une  » dream team  » de la pensée ultra-libérale et réactionnaire

 C‘est un dossier qui pourrait faire de nombreux déçus, c’est en ce sens que nous espérons également œuvrer afin que la déception soit la plus contenue possible et en définitive, faire en sorte que nul ne puisse en conserver quelque regret.

11748829_10205935520020504_1896318773_n

  C‘est vrai que de l’amour, il en récolte à la pelle Alexandre Lecouillard et quand celui-ci n’est pas au rendez-vous à la suite de ses propres griffonnages , pourquoi ne pas recycler à sa sauce les sentences bibliques les plus courantes, à commencer par celle du « aime-toi toi-même et facebook t’aimera » ?

Alexandre_Lecouillard_1
Tous les Alexandre Lecouillard adorent Alexandre Lecouillard

  Pour les plus valides aveuglés au monde, l’adage ne laissera aucun doute, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Radio Eveil, l’une des nombreuses pages d’Alexandre Lecouillard, s’offrant le luxe de l’invention d’un nouveau créneau sur un marché pourtant disputé du neuneu-spiritualisme.

En effet, ce nouveau messie de l’écologie réactionnaire n’a de cesse de se ménager, à un point tel que l’on en vient à se questionner sur le rapport dissonant à la souffrance au travail de cet étrange partisan, pourtant si chèrement louée au sein de sa famille politique naturelle.

11721292_10205935333735847_1591795102_n

  Une droite radicale prétendant se placer en alternative à l’idéologie du MEDEF même si les fondements philosophiques , nous le verrons, n’en sont pas radicalement éloignés, bien au contraire…

2016-09-29_112347
Tout le cynisme ricaneur et abject de cette droite altéreuse, parfaitement à l’aise dans son époque.

  Nos lecteurs les plus assidus auront pu noter que ce n’est pas la première fois que nous évoquons ce singulier personnage, ce dernier s’étant notamment illustré par de nombreuses tentatives de récupération internes et externes à l’occasion du « mouvement » sur place Nuit Debout, même si nous l’avons vu rétrospectivement, absolument rien de bon n’aurait pu sortir de ces grand-messes, tant les thèmes et ses animateurs étaient imprégnés d’idées nationalistes, interclassistes, conservatrices et réactionnaires. 

nuit_Debout

  Quoiqu’il en soit, l’olibrius méritait un dossier sur mesure,  un dossier à la hauteur de la portée filousophique de son entreprise confusionniste, ce qui n’évacue pas, de temps à autre, rendons ici-bas à César ce qui est à César, Ô merveille confondante du cerveau humain, de fulgurants éclairs de lucidité.

11741853_10205935332135807_159221672_n

Il n’existe pas une extrême droite mais DES extrême droites qui s’affrontent pour l’hégémonie

 

  C‘est probablement l’aspect le plus difficile à comprendre pour ceux qui n’en possèdent pas les clés, parfois par trop grande naïveté, par ignorance sincère mais aussi parce que les héritages religieux et réactionnaires familiaux sont d’autant plus difficiles à affronter sur la période que les rejetons en sont économiquement reliés et directement dépendants.

Protester wearing a mask from the movie V- for Vendetta. An assembly of the French Indignants. They moved yesterday from La Bastille to La Defense, the French financial district. Paris, FRANCE - 05/11/2011./Credit:MARS/JDD/SIPA/1111061238
La France fut le seul pays d’Europe où le « mouvement » des Indignés n’a pas pris dans le réel, mais en revanche, ce dernier fut très largement récupéré et animé par les petits entrepreneurs de la confusion sur la toile ainsi que par la fachosphère. En photo, quelques trois cent personnes rassemblées à la Défense et un masque Anonymous symbole d’une vraie-fausse révolte typiquement petite bourgeoise.

 Non, l’extrême droite, ce n’est pas uniquement la PME Le Pen ou ce qu’il en reste ainsi que tous ses satellites plus ou moins directement affiliés (Alain Soral, Etienne Chouard, Dieudonné, etc,…)

Pour le résumer de façon abrupte, ce néo-fascisme altéreux est l’expression d’une vraie-fausse révolte, d’une critique partielle, inoffensive et romantique du capitalisme,  une critique totalement inopérante à base de mantras auto-entrepreneuriaux, de bondieuseries altéreuses écolos, de références réactionnaires et fascistes plus ou moins ouvertement exprimées et de sentences creuses animées par un dessein platement conservateur que l’on pourrait résumer ainsi:   « tout changer pour que rien ne change. »

2016-07-15_021519
L’une des pages d’Alexandre Lecouillard, Les Indignés, page confusionniste d’extrême droite dont la promotion est directement assurée par le réseau marchand facebook.

 Il faut comprendre que l’hégémonie confusionniste, bien aidée en cela par les nombreux trucages des compteurs comme le démontre cet article évoquant le député belge d’extrême droite Laurent Louis et l’humoriste fasciste Dieudonné ou encore par la possibilité de payer facebook pour être d’avantage vu que les autres,  ne s’est pas installée en quelques semaines.

La « quenelle  » de Dieudonné et la défense de la  » liberté d’expression  » des antisémites ou le non-choix entre un social-démocrate au fond bonapartiste et un humoriste fasciste proche du FN depuis des années.

 On peut débuter cette installation à l’occasion des francisations et des différentes importations numériques de mouvements ciblés, comme Occupy Wall StreetLes Indignés, pillés à la jeunesse estudiantine espagnole, le grotesque et très brunâtre Bank Run ou Anonymous dans ses variantes les plus narquoises.

La mystification du « 99% » contre le 1%, une pseudo-critique romantique et nationaliste du capitalisme, un « anticapitalisme » totalement inoffensif. Bien évidemment, pas grand monde ce jour-là ne « prendra la rue », l’extrême droite mystifie et dégueulasse en permanence nos luttes, les vraies.

  Toutes ces adaptations furent produites par la première vague proto-fasciste installée depuis les réseaux marchands par une extrême droite qui a entrepris très tôt leur colonisation.

The Dissident rappelle étrangement « La Dissidence « , qui est la dénomination qu’utilise la fachosphère pour se qualifier, on retrouve également le site écolo-confusionniste indigeste  » DGR France – Le Partage ».

 L‘altermondialisme néoréac et confusionniste émerge sur le terreau d’une trentaine d’années d’écologisme ardemment porté par les sous classes dominantes et la classe possédante. On peut évoquer les 16,28 % d’Europe Ecologie en 2009 aux élections Européennes dans un désert abstentionniste et sur la base de 6.5% des inscrits.

Yann Arthus-Bertrand, dont le film Home fut largement financé par le groupe de luxe Pinault Printemps-Redoute (PPR), rejeton bien né de la maison Arthus-Bertrand, fondée en 1803, entreprise spécialisée dans la fabrication de médailles, insignes et décorations, bijouterie-joaillerie en compagnie de l’écologiste pieux Nicolas Hulot et du réactionnaire  et homophobe Pierre Rabhi.

 Culturellement, c’est bien évidemment l’éclosion des pseudo « alternatives  » au capitalisme,  de tout un univers altéreux agrippé au monde marchand, restaurants et boutiques « éthiques », le « consommer local » qui comprend une lourde dimension identitaire et plus généralement, un milieu qui n’exerce une critique de ce monde-là quasi-uniquement que du point de vue de l’auréole de son assiette ou en tout cas, de son propre comportement individuel.

Relais des illuminés de Kokopelli depuis la page d’extrême droite «Dissidence Française », tout un programme…

 Un aréopage qui entrevoit de seules perspectives inopérantes et mystificatrices au but de faire perdurer l’exploitation.

 » greenwashing  » ou comment repeindre en vert la barbarie capitaliste.

  C‘est également une explosion de la fréquentation des festivals commerciaux au milieu musical de plus en plus guindé, un milieu qui naturalise la société de marché en se situant sur le seul terrain de la morale et glisse sur une pente néoréac assumée avec des groupes-éponge de l’époque comme ici Tryo,  ciblant les rejetons des classes moyennisées au fond religieux non résolu et le plus souvent à la tête de minuscules rentes parentales.

Tryo_groupe_réac_Paul_Watson
Le groupe Tryo posant aux côtés du très réactionnaire et xénophobe Paul Watson de Sea Shepherd. On les retrouve également proches des illuminés de Kokopelli. Tryo sont hélas loin d’être les seuls à se positionner sur le créneau du néohippie de droite qui se vautre dans l’exotisation à outrance, dans l’ethno-différentiation, le spiritualisme et le relativisme, sous couvert de grands principes humanistes et tolérants.

 On peut également penser aux projections gendridéalisées d’un Julien Doré tatoué au Colibri, cinq ans auparavant, il citait du Debord sur un plateau de télé, un grand écart idéologique pour le moins spectaculaire…

Julien Doré aux côtés du tatoueur Tin-Tin, qui déclarait sur TMC en 1991, répondant à un journaliste le questionnant s’il était prêt à tatouer Hitler, une croix gammée ou Staline sur un bras « Ah moi je te fais ce que tu veux hein, tu peux te faire tatouer Hitler (…)  Moi je suis à la demande du client » avant de radicalement se raviser sur le plateau de Yann Barthès 26 ans plus tard face aux images de la séquence « Non, surtout pas, j’ai fréquenté trop de gens chiants, surtout pas de motifs politiques, effectivement ». Qu’en pensent le skin  » cheeta » et sa bande qu’il fréquenta jadis à Toulouse?

 Sur ce terreau hippisant réac et écolo béat a prospéré de 2011 à 2013 un nuage littéralement apocalyptique qui a tabassé une partie de la jeunesse de l’époque en lui représentant une vision catastrophiste et extrêmement dégradée du monde, une certaine jeunesse béate que l’algorithme facebook, cette formule mathématique choisissant à la place des usagers ce qui doit s’afficher ou pas sur leur écran, a passé plusieurs années à consciencieusement trier, avec amour.

Le très réactionnaire concept de la « décroissance  » associé ici au « bon sens  » rappelant le très conservateur « bon sens terrien  » face à un monde qui serait sorti des rails de la bonne morale.

 Ainsi, ce nuage lugubre de chérubins déjantés « écolos » fut largement hégémonique à l’époque, avant que la massification marchande de facebook ne sature son propre réseau et ne le referme sur lui-même.

Un montage photo qui est un monument de confusion avec toujours cette injonction récurrente à « nous réveiller  » comme si nous étions tous en train de roupiller…

Essayons de regarder sur quelle matière il a pu prospérer.

Obscurantisme quand tu nous tiens…

 

« Ce Que Cache l’Etat français », « Le Parti des Pauvres français » « Le Journal du Siècle », « Pour Une Révolution Française immédiate » (ou PURFI), « Les Indignés », « Contre la censure du net », « Mr Mondialisation », « Wikistrike », « Esprit Science Metaphysiques », « Les Moutons enragés », « Inform’Action », il n’est pas possible de tous les citer tant ces sites et pages sont nombreux. Ils encombrent toujours, pour la plupart d’entre-eux en tout cas, les réseaux marchands.

La fixette monomaniaque sur les  » Illuminati « , un grand classique des sites conspirationnistes et d’extrême droite.

 La page Les Indignés s’engouffre dès le début sur le même « business », celui de l’ardente promotion de différents charlatans et autres prophètes du spiritualisme.

 A ce titre, Gandhi s’offrit grâce à cette batterie de sites confusionnistes et fascistes, une seconde jeunesse numérique. Différents ouvrages de propagande, parmi lesquels le film d’Attenborough qui remporta l’Oscar du meilleur film en 1982, présentent Gandhi comme un champion de la non-violence. Dans une société aussi violente que la société indienne, où les rapports sociaux eux-mêmes étaient violents au quotidien, la doctrine non-violente de Gandhi avait une fonction politique : celle de laisser les masses désarmées face à la violence de leurs oppresseurs.

En ce qui concerne Vandana Shiva, il sera sans doute judicieux de prendre connaissance de cet article dont voici un extrait particulièrement éclairant:  Plus surprenant toutefois – et au grand dam probablement de beaucoup de gens de gauche en Occident -, il est très rapidement devenu évident en lisant l’ouvrage que l’ « écoféminisme » de Shiva est  une idéologie profondément conservatrice, pour ne pas dire « réactionnaire ».

Les grands mystiques se succèdent, par la voix de Jiddu Krishnamurti ou du mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie en la personne de Pierre Rabhi.

Et son mouvement anti-féministe et réactionnaire des  » Femmes semencières  » également proche du mouvement sectaro-religieux de Pierre Rabhi.

Ou encore le décroissant proche de la Nouvelle Droite, Serge Latouche.

Serge Latouche : décroissant néo-droitier qui entretient depuis au moins le début des années 2000 des liens avec l’idéologue d’extrême droite Alain de Benoist. Son relativisme culturel est tout à fait compatible avec l’ethno-différencialisme prôné par la Nouvelle Droite. A à plusieurs reprises débattu avec le marxiste néo-droitier italien Diego Fusaro. On le retrouve dans La Décroissance, sur Reporterre mais aussi sur… Novopress. Cela ne l’empêche pas d’être directeur de collection au Passager Clandestin, maison altéro-libertaire qui édite aussi les Désobéissants de Xavier Renou. Ses livres sont donc vendus au Salon du livre libertaire, à la fête de la CNT, etc. Dans le dernier, intitulé « Les précurseurs de La Décroissance », il rend hommage aux Amish (!!!), à Ellul, mais aussi à Bernanos ou Ezra Pound, ainsi qu’aux « sagesses » africaines, améridiennes…

 Avec les Indignés, c’est un peu une galerie permanente des plus grands allumés de la toile.

Les grands perchés de Kokopelli dont la promotion semble avoir été assurée par Alexandre Lecouillard himself.

Le relais des chouardiens du « Le-Message.org» et de ses « gentils» virus.

La promotion d’Henri Joyeux, radié de l’Ordre des Médecins en 2016, et son business obscurantiste criminel de l’anti-vaccination.

L‘immonde film conspirationniste et antisémite « L’argent Dette» qui dresse une vision du capitalisme par le petit bout de la lorgnette en focalisant sur la création monétaire et en omettant de parler de l’essentiel, à savoir le rapport d’exploitation et marchand que porte l’argent en soi.

C’est presque sans surprise que l’on retrouve la diffusion du film conspirationniste et antisémite  » L’argent Dette  » du réactionnaire Paul Grignon.

 Il y a une phrase attribuée à Einstein que beaucoup ont vu tourner sur les sites conspirationnistes «écolos », ceux qui sont là pour nous faire flipper grave et nous proposer des solutions à base de création de petites entreprises et d’écopatrons, à savoir finalement, rien d’autre que des écoesclavagistes.

« Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre »

Cette phrase, donc, elle fout les chocottes et ça a bien marché. Car l’idée d’une fin de l’humanité, une fin du monde, ça entre parfaitement dans le délire de ce que l’on nomme les millénaristes, archi présents sur la sphère confusionniste « écolo».
Selon ces grands perchés, la fin du monde serait proche et il serait  » écrit », quelque part, on ne sait pas très bien où, qu’il y aurait des élus. Wow. Et toujours selon eux, consécutivement à la disparition de la grande majorité de l’espèce humaine, on entrerait dans un nouveau  » grand cycle ». Ça calme et ça fait froid dans le dos.

Quand vous voyez « en transition » derrière ville, arrondissement, village, hameau ou vallée, il faut lire en transition vers l’avènement d’un monde organisé selon la pensée [mystique et raciste] de Rudolf Steiner dont l’accomplissement se fera en 3573 lors du passage à l’ère du verseau. Le « Nouveau paradigme », autre vocabulaire appartenant au mouvement sectaro-religieux de l’anthroposophie.
Le problème, et il est de taille, c’est que même si l’apport d’Albert Einstein fut majeur, il faut se résoudre à lui concéder certaines petites faiblesses, à commencer par celle de n’avoir jamais étudié les abeilles et d’être totalement incompétent sur la question.

Car Albert Einstein n’a jamais dit cette phrase, il ne l’a même jamais écrite.

En attendant cette fameuse conférence, on pourra louer à bon marché l’énergie conséquente que dépense Alexandre Lecouillard au but de déprécier ceux qui osent dévoiler tout ce qui transite autour de la charlatanerie heureuse et au-delà.

Il faut dire qu’Alex – en espérant que nos lecteurs nous permettent de l’appeler Alex – n’est pas seulement un «  gentil » virus, il est aussi un  » gentil » colibri, on ne peut guère faire plus explicite, comme le Port-Salut, c’est écrit dessus.

Le côté  » puérile » – selon les mots d’Alex pour ceux qui suivent – de l’un de nos dossiers Rabhi n’ayant visiblement pas gêné outre mesure la présidente de l’Unadfi Catherine Picard et les centaines de milliers de personnes qui les ont parcourus.

Ancienne députée socialiste, Catherine Picard est depuis 2004 présidente de l’Unadfi, une association de protection des victimes de sectes, elle intervenait ce jour-là en réponse à l’un de nos dossiers Rabhi.

 

Non content de véhiculer les monuments de pensées arriérées, notre maître Yoga donne également dans  » l’humour » transphobe qui fait bien évidemment partie de la panoplie réactionnaire du personnage.

Tous les items du conspirationnisme et du fascisme sont également présents.

On retrouve ici la terminologie du « banksters  » qui fut installée en France dans les années trente par le fasciste Léon Degrelle.

 Les références nationalistes sont innombrables, en voici un simple échantillon.

Pour évoquer rapidement le consumérisme ou plutôt, la «  lutte contre le consumérisme « .

On peut essayer peut-être de partir de la proposition en l’étudiant sommairement. On nous dit déjà une chose très importante, c’est qu’il s’agit d’une lutte. Alors, immédiatement, comme c’est visiblement quelque chose qui semble s’adresser aux plus nombreux, on se dit que ça parle de lutte des classes, du truc qui est en train de se passer en ce moment, à savoir que les galériens se rendent compte peu à peu de nouveau de leur force réelle, de la réalité de leurs mêmes existences sociales assignées par le Capital et l’ordre injuste des choses. Mais la lutte contre le consumérisme ne relie pas les gens de la même manière.

Non, dans la lutte contre le consumérisme, il y a ceux qui savent que le consumérisme serait mauvais et il y a ceux qui ne le savent pas.

Ce n’est pas une lutte entre possédants et esclaves mais entre savants et ignorants.

Et en quoi consiste cette lutte?

A nous dire que l’on va trop dans les supermarchés, que l’on est trop influençables par la pub, qu’on serait des êtres faibles totalement obsédés par l’achat, par l’objet, par la marchandise, par l’accumulation, qu’il nous en faudrait toujours plus, que nous serions comme des enfants incapables d’arrêter de manger des bonbons, que nous ne serions pas capables de gérer notre budget, que nous n’aurions pas suffisamment d’approche spirituelle de l’existence, que nous voudrions trop nous faire plaisir, que nous consommerions mal et comme des cons.

Qu’il y aurait une mauvaise façon de consommer et une bonne façon de consommer. Que la bonne façon de consommer, ce serait l’abstinence, la chasteté, l’ascétisme. Qu’une bonne façon de consommer serait en capacité de changer le monde. Que nous espérons un « changement par la consommation » car nous croyons en un « changement par la consommation ».

Bon, le problème, dans cette fable, c’est que l’immense majorité de la population ne se vautre pas dans la consommation. Que la plupart des gens ne peuvent quasiment rien s’acheter. Que tout part dans ce que l’on nomme le « coût de la vie» et qui n’est rien d’autre que le coût du capitalisme.

En réalité, il s’agit de prêtres aux positions sociales dominantes qui entendent choisir à notre place notre consommation, en hallucinant que nous serions finalement les fautifs de l’explosion du Capital et de ces conséquences un accroissement très important de la nature et de l’éventail de la production, une opulence dans les magasins qui est très loin d’être imitée par les budgets des galériens, qui subissent ce système pourri.

Ceux qui  » luttent contre le consumérisme » sont de nouveaux curés. Il faut symboliquement les gifler.

Zen, Alex, Zen.

Au chapitre des horreurs politiques, on trouvera sans surprise le groupuscule souverainiste de droite dure confusionniste l’UPR, de François Asselineau.

On pourra sûrement en déduire qu’Alexandre Lecouillard assure une promo d’enfer à cet ancien collaborateur de Charles Pasqua, ex-colistier de Jean Tibéri.

 Sur le sujet, on relira avec profit cet article dont voici un extrait:

 » Alors qu’il essaye aujourd’hui de se faire passer pour un rebelle, le parcours politique et professionnel de François Asselineau est tout ce qu’il y a de plus consensuel. Enarque, il occupe aujourd’hui les plus hautes fonctions que puissent avoir un fonctionnaire : inspecteur général des finances. Son univers politique s’est toujours situé très à droite : il a ainsi occupé les fonctions de directeur de cabinet auprès de minis­tres du gou­ver­ne­ment Juppé (1995-1996), avant de rejoindre en 1999 le RPF de Philippe de Villiers et Charles Pasqua. Entre 2000 et 2004, il a occupé des postes impor­tants de conseiller aux côtés de Pasqua, alors pré­si­dent du Conseil géné­ral des Hauts-de-Seine. Toujours avec le même, alors allié à Jean Tibéri il s’est pré­senté (et a été élu) sur une liste de droite dis­si­dente aux muni­ci­pa­les pari­sien­nes de 2001. C’est sans étonnement qu’on l’a vu nommé par Nicolas Sarkozy le 20 octo­bre 2004 à la tête de la direc­tion géné­rale à l’intel­li­gence économique à Bercy, et tra­vailler alors en étroite col­la­bo­ra­tion avec Jean-Pierre Raffarin. « 

 En guise de conclusion, nous évoquerons la diffusion d’une répugnante vidéo masculiniste diffusée depuis le département extrême droite du consortium.

Et par qui cette vidéo dégueulasse est-elle hébergée? Par un dieudonniste bien sûr, si l’on en croit ses abonnements facebook, fan d’une page dédiée aux « bonnets rouges « , cette fronde fascisante et néo-poujadiste récente.

 

 

 

 

 

Toute l’hypocrisie de cette page confusionniste résumée en une image, faire réagir sur un innommable vomi sexiste et masculiniste en assurant la promotion au passage, comme s’il n’y en avait pas déjà assez sur ce réseau totalitaire et marchand, d’Alain Soral

La page se sert ici des réactions outrées pour amplifier son audience et permettre ainsi de diffuser au plus large la parole de ce fasciste.

 On nage ici au sommet de la perfidie et de la malhonnêteté, marques de fabrique des pages confusionnistes.

 

Les Enragé-e-s

La Belle Verte, une fable écoréac’ et divinement niaise

La Belle Verte est une fable.

 L’héroïne, Mila, est l’envoyée spéciale d’une planète lointaine où tout n’est que concorde et félicité, macrobio et hymne à la nature : le genre pub pour eau minérale. Découvrant la Terre dans l’état qu’on sait, elle s’efforce, la brave fille innocente – Coline Serreau s’est offert le rôle –  de communiquer son Message.

La_belle_verte

 Échantillons : c’est beau, l’innocence d’un bébé ; c’est moche, l’appât du gain. C’est beau, un arbre ; c’est dégueu, le fast-food. C’est beau, l’amitié ; c’est moche, l’agressivité. Coline Serreau en a plein, des idées de ce calibre-là, nées du fulgurant télescopage entre l’increvable bon sens populaire et la version intégriste d’un « babacoolisme » antédiluvien…

la-belle-verte

 Par ailleurs, La Belle Verte est une comédie. Son principal ressort est le pouvoir télépathique qu’a Mila de « déconnecter » n’importe qui de ses mauvaises habitudes, fausses valeurs et autres tares typiquement terriennes. L’effet est radical : le temps d’une convulsion, le cobaye est purgé, il arbore un sourire béat et se met, au choix, à embrasser les platanes, à jeter sa télé sur le trottoir, à offrir des fleurs à sa femme, ou, s’il est homme politique, à livrer, soudain, ses cyniques arrière-pensées en direct…

Coline_Serreau_Pierre_Rabhi
Coline Serreau ici en compagnie du filousophe exploitant agrobiologique Pierre Rabhi, fringant ambassadeur du mouvement sectaro-religieux; L’anthroposophie

 Avec deux sketches et trois gags rigolos, Coline Serreau a inventé de quoi faire une bande-annonce alléchante. Le reste n’est qu’une litanie laborieuse de redites et lieux communs sur notre misérable existence.

La_Belle_Verte

 Rien que du poussivement gaguesque sur, en vrac, les crottes de chien, la carte de crédit, le rock’n’roll, la bagnole, on en passe et de tout aussi prévisibles au rayon des fléaux de la modernité.

Aux Amanins avec Coline Serreau 2011
Coline Serreau ici au village privatif des Amanins, propriété du clan Rabhi en Ardèche profonde.

 La fable aurait pu n’être que naïve. A la longue, elle apparaît pour ce qu’elle est : un brin réac. Qui a donc déconnecté Coline Serreau ?…

 Jean-Claude Loiseau 

 

A découvrir en complément

Déjà près de 100.000 lectures, Rabhi sur la famille et la PMA, à droite toute! 

2017-03-03_002508

Pour démasquer ce mouvement sectaro-religieux, Au secours! Les anthroposophes sont là

anthroposophie_Pierre_Rabhi

Sea Shepherd? Réactionnaire mon cher Watson

Paul_Watson_Ecologie

Kokopelli ou les illuminés de la petite graine

catalogue_kokopelli

Déjà plus de 100.000 lectures pour notre dossier Nuit Debout avec ici le chapitre « Demain, le coup de com’ des Colibris »

film_Demain_Colibri_Cyril_Dion_Kaizen

 

Le capitalisme nous affame, bouffons-le !